samedi 23 août 2014

sandwich wasabi



avant mon départ en vacances
était publié un article
sur la génération sandwich
celle qui élève des enfants
en même temps qu'elle prend soin
de parents vieillissants

je me suis dit alors
fiou ce n'est pas mon cas
car j'ai élevé les miens
comme louve dans la forêt
avec bien peu de choses
alors que j'avais vingt ans
et que je ne générais pas
les revenus que je gagne aujourd'hui

je comprends que les adultes
ayant des enfants dans la trentaine
ou la quarantaine
ont normalement plus de moyens
pour élever leurs ouailles
et que les enfants deviennent
une charge financière importante
école université sports cadeaux et activités
ce serait le cas si j'avais d'autres kids maintenant
je parle évidemment des parents
qui travaillent à revenus stables
avec les obligations quotidiennes que cela entraîne
je sais aussi que beaucoup
vivent dans la précarité
et que la question ne se pose même pas

mes flos ont décidé
de voler de leurs propres ailes
vers dix-neuf ans
je n'ai à charge aucune étude universitaire
je n'en aurais pas eu les moyens alors
mes fils auraient été logés et nourris
mais auraient payé leurs études
ou alors ils auraient fait comme moi plus jeune
partir et gagner leur vie
et c'est bien ce qu'ils font

cela fait donc près de cinq ans
que je suis encore une ado
vivant sans enfant
et avec des parents indépendants
et c'est maintenant
que je dépense mes énergies
à construire une retraite
c'est étrange non
je suis insécure de la retraite
comme près du tiers des canadiens sondés
dans l'étude ayant mené à l'article susmentionné
je ne veux plus d'hypothèque
je veux pouvoir vivre jusqu'à cent trois ans
en ne travaillant à ce moment
que de temps en temps

quand j'ai grandi enfant
deux familles chinoises
vivaient avec leur grand mère
il me semblait à l'époque
qu'elles étaient vieilles
bien plus que mes parents
lorsque mes enfants étaient petits
vieilles comme s'il fallait en prendre soin

j'ai dit souvent ici et ailleurs
que mes parents étaient des forces de la nature
eh bien ce sont aussi des humains vulnérables
si ma' tombe avant mon père malade
ce sera la catastrophe
en fait c'est dans le domaine du possible
mais ma mère étant forte et en santé
nous exempte du concept du besoin
elle veille au grain

alors qu'ils vivent de façon frugale
et sans revenus importants
à plus de soixante-dix ans
mes parents continuent à défrayer leur coût de vie
et au moins un voyage par année
pour nous visiter
des fois maman travaille un peu
quand c'est noël ils nous offrent
des enveloppes rouges
avec quelques billets américains

les dernières fois
où j'ai visité la californie
j'ai offert mes premières enveloppes rouges
c'était à ma grand mère
de plus de quatre-vingt-dix ans
qui visitait aussi
à son âge vénérable elle doit être assurée
que les petits prendront soin d'elle
c'est normal
elle en a élevé une tralée
je n'en ai donné que deux à l'humanité
je ne peux pas espérer

mais quand donc commence-t-on
à prendre soin de ses parents

je sais vous me direz
cela viendra bien assez vite
je me pose la question
car ils sont si loin
ils ont eux-mêmes grandi loin des leurs
dans d'autres continents
n'étant pas au chevet
de leurs parents malades
est-ce qu'on continue de vivre sa vie
comme si chacun pouvait prendre soin de soi-même
est-ce une question à poser
sauront-ils y répondre
je ne sais pas ce qui est normal
l'homme-chat dit suis ton coeur
mais mon coeur a peur
il ne veut pas savoir

heureusement qu'il y a mon esprit
pour m'y préparer.

samedi 16 août 2014

dis bonjour s'il-vous-plaît merci



tu auras toujours une place dans mon coeur
tu as marqué nos vies

je sais j'étais heureuse d'entendre ces mots
j'ai fait des au revoirs hier matin
ces phrases on devrait les entendre
plus souvent dans nos vies
pas qu'on en ait besoin
pour avoir confiance en soi
ou aimer la vie
mais c'est rassurant de savoir
qu'on fait une différence
avec si peu de gestes

ne pensant qu'à moi et ma sérénité
je voulais esquiver les adieux hier matin
me rendre au resto directement pour midi
remettre ma visa mon blackberry
ma carte d'accès et tutti quanti
je ne ressentais pas d'émotion
de tristesse ou de coeur serré
ce n'est qu'une décision professionnelle
je n'ai pas l'impression de quitter des gens
je ne fais que continuer mon chemin
pourquoi accorder tant d'importance
à un si petit changement
je sais que le monde est petit
et que je vais recroiser
certains d'entre eux encore
et comme pour mes fils
je ne m'inquiète de rien
je suis confiante que la vie soit bonne
pour moi autant que pour les autres

puis j'ai pensé à eux
à chacun d'eux
et je suis allée les saluer
un par un
parce que oui
ça fait la différence dans le quotidien

j'ai des relations interpersonnelles très simples
je ne suis en conflit avec personne
n'ayant que peu d'antennes
je ne perçois ni la malice ni les problèmes
je vis sur mon nuage rose
j'aime tout le monde

j'ai déjà été méchante
longtemps même
vaniteuse et orgueuilleuse
un monstre désagréable

devant mes parents si magnifiques
je ne peux qu'être inspirée
par la bienveillance et l'ouverture
j'ai choisi la gentillesse
la politesse le civisme
je salue ceux que je croise quotidiennement
je dis bonjour je dis merci
je souhaite des joyeux anniversaires
je souhaite un bon après-midi à tous
lorsque je suis bien servie
je remercie abondamment
je suis toujours reconnaissante
même si ça ne se manifeste pas outrageusement
même si je suis enfermée dans mon bureau
à transiger mes fonctions
mes préoccupations

je ne fréquente plus beaucoup d'amis
c'est fort complexe de recevoir et donner
sans qu'il n'y ait de comptabilité
j'ai choisi d'investir en moi
pour être la meilleure personne possible
je ne fais pas d'extravagance
je n'achète plus de cadeaux démesurés
je ne cours plus à la rescousse de mon entourage
je ne prête plus jamais d'argent
je n'offre plus de déménager
je ne me tords plus en quatre pour les autres
je ne donne pas aux mendiants
bref je suis à peine généreuse
mais je fais ce que je fais
avec le respect la bonne foi la considération

je crois au karma
je crois que la gentillesse et la droiture
sont la clé du bonheur et de la paix
je n'ai pas l'esprit de vengeance
je ne cherche jamais le trouble
et je ne mange jamais de mauvais coup

que l'on bénisse mon cul bordé de nouilles
j'ai le karma sain
j'aime les gens quand je les fréquente
c'est comme un code de conduite
j'ai l'air de faire la morale
mais crime c'est si simple
et on me le rend au centuple

j'en suis béate de gratitude!


samedi 9 août 2014

avancement



lundi j'aurai une entrevue de départ
les ressources humaines de la banque
s'interrogent sur la raison
pour laquelle les individus
quittent l'organisation

j'ai reçu cet appel au printemps de toronto
j'étais intriguée
par le recrutement en anglais
out of the province
pour l'entreprise au siège social
dans le quartier international

mais la banque n'avait plus le temps
de chercher
la commande était grosse et dure à combler
elle a sorti les gros canons

james m'a vendu le poste
que je lisais en biais
assez pour que j'écoute sa proposition
alors que je me plais très bien à mon travail
où je performe sur le pilote automatique
où je trône comme une reine dans mon domaine
je l'écoute car dernièrement
je suis un peu contrariée dans le fin fond de mon coeur
il y a quelques promotions qui se donnent
à gauche à droite à des copains
alors que je revendique la mienne
tranquillement depuis deux ans
je ne suis pas une opportuniste
mais j'ai été primée
et j'ai envie de continuer à construire
cela prend quelque pouvoir et reconnaissance
bref tout tardait à se matérialiser
dans un contexte en changement
où il y a trop à penser
à revirer le navire de bord
alors que cela ralentit tout ce qui y vit
c'est cela que je dirai en entrevue de départ lundi

j'ai négocié mes nouvelles conditions de travail
comme une grande
pendant plus de trois mois
avec des appels téléphoniques
à toronto à sept heures trente du matin
et une entrevue sur skype
je n'étais pas nerveuse
mais j'étais bien préparée
je savais ce que je voulais
je demandais trop cher
je voulais une augmentation de quarante pourcents
et il trouvait que c'était élevé
oui mais je quitte une zone de confort
une réputation un domaine d'expertise
pour prendre un risque professionnel
pour revitaliser un département atrophié
il faut me compenser

il est génial de négocier
quand on a tout à gagner
puis j'ai été conseillée
par chumette et par l'homme-chat
et si c'est un deal breaker
refuserais-je l'emploi si c'était trente plutôt que quarante
serais-je prête à perdre l'opportunité
et à rester dans mon emploi
à attendre ma promotion

c'est là que je me suis rendue compte
que le temps fait son travail
c'est en laissant mûrir une idée
qu'elle vous colle à la peau
il ne faut jamais rien précipiter

pendant ce temps mon esprit s'était fait à l'idée
qu'il valait mieux que j'élargisse mes horizons
que je dépasse la spécialité
qui me rendait une si bonne réputation
mais qui blindait le plafond de verre
qu'à promotion la spécialité nuit plutôt qu'elle ne sert
je voulais donc saisir l'opportunité
pour apprendre encore
d'autres industries d'autres activités
élargir mon réseau d'affaires mes contacts
et ma portée géographique
j'avais ma réponse
non je ne pouvais laisser aller cette chance

j'ai rencontré mes nouvelles patronnes
plusieurs fois
au début je craignais de travailler
avec des femmes
j'aime tellement les hommes
ils sont si faciles à vivre
et puis non
j'ai vu ma future boss
et sa vice-présidente
et god damn que ce sont des forces de la nature
des femmes de carrière
déterminées et transversales
il y a une grande force
dans le pouvoir au féminin
une écoute une intelligence émotionnelle
qui transperce les niveaux
une façon de construire matricielle
out of the box
j'ai tout de suite adoré
ce qu'elles faisaient
et ce qu'elles me confiaient

j'ai continué à négocier
avec james à l'aube
à l'heure du déjeuner
j'ai eu trente pourcents
plus plein de boni de signature
j'avais mon offre signée
tout le monde était content

ils attendaient maintenant
que je démissionne
pour annoncer et préparer ma venue en septembre
je ne voulais pas rendre les armes tout de suite
j'étais à huit semaines du départ
je ne pouvais me priver de deux mois de revenus
je leur ai dit le vingt-quatre juillet
avant que mon patron parte en vacances
j'ai continué mon travail assidu
et avancé des livrables appréciables
puis je me suis assise
avec mon jules adoré
pour lui dire que je partais
et il était déconcerté
il a pleuré
il voulait tout me donner
la promotion le centre-ville les nouvelles responsabilités
mais j'y avais déjà réfléchi
et rien de tout celà ne valait
le sentiment de recommencer à neuf
de sauter en parachute

je suis tellement heureuse
d'avoir géré ce dossier
comme une professionnelle
j'ai planifié j'ai discuté
j'ai calculé j'ai réfléchi
je me suis renseignée
j'ai questionné
j'ai tenu mon bout
ce n'était même pas difficile
ce sont des années de travail
c'était un deal comme un autre
un client à satisfaire
une entente à conclure
un soir je me suis dit
c'est à bien faire ce que j'ai toujours fait
à vouloir m'améliorer
à prendre des risques
à apprendre et à vouloir m'impliquer
que j'étais rendue là
à me négocier des conditions de rêve
pour aller apprendre et contribuer
à faire des pas de géants

je suis contente de partir
j'aime être un agent de changement
je déteste subir ma vie
je veux décider

je me suis toujours rappelé
une phrase de mon ancien collègue yvon
act as what you want to be
à partir du moment
où j'ai voulu avancer
je ne me suis plus jamais
habillée sloppy un vendredi matin
j'ai toujours enfilé mon suit et ma tête
de professionnelle
et tu vois ça a fait la différence
les gens ont confiance
que je serai capable d'apprendre rapidement
pour contribuer dans un domaine
que je connais à peine
et ils sont prêts à payer

et ils ont raison
ils m'ont déjà demandé
de présenter une conférence au congrès d'automne
c'est un nouveau départ
c'est un facelift total pour l'ego
now go!

samedi 2 août 2014

arpents d'amour




chérie
on va s'acheter une terre

c'était plus beau
qu'une demande en mariage

on en jasait
des cent arpents
avec pommiers et pins rouges
de la forêt pour marcher
un grand chien
on mettra des pancartes
terrain privé
pour quand on sera pas là
on sait même comment
on financera ça
dans quelques années

on pensait pas à ça à vingt ans hein

on va aller en voir
en mode exploratoire
il a dit laisse-moi ça
c'est sa partie de notre plan de vie

quand l'homme-chat
parle de ses projets de vie
tu veux vieillir avec lui
et bien sûr tu en fais partie
dans l'amour il y a tout
le sourire dans les yeux
l'entraide le soutien
la fierté l'admiration
mais il n'y a pas plus belle
déclaration d'amour
que l'envie de vieillir ensemble.


samedi 26 juillet 2014

empreinte terrestre


illustration de sarah lazarovic

il n'y a pas meilleure que moi
pour vous parler de consommation
je suis la top là-dedans
même si j'haguis magasiner

je ne sais pas
outre qu'elle serait écourtée
si je consommais également
de la drogue
ma vie me coûterait-elle plus ou moins cher

bref
malgré que je m'arrange pour gagner
un salaire plus que raisonnable
je n'arrive pas à épargner

quand on regarde mes mains
avec ses doigts fins
on voit les trous entre les métacarpes
c'est par là que l'argent s'échappe

bien que je sache cuisiner
car il n'en faut pas plus pour se nourrir
je mange au resto
pour les nouvelles saveurs
pour changer d'atmosphère

bien que je sache coudre
je sais encore me servir d'une aiguille et d'un fil
je sais même tricoter crocheter
et denteler au fuseau
j'achète des tonnes de linge
et des garde-robes pour le contenir
ainsi que des boîtes intouchées
dans le sous-sol
et une maison pour contenir
le sous-sol les garde-robes et le linge

bien que je sache créer
je fuis par escapades
essence hôtel resto mer ailleurs temps

tasses
livres
fleurs
repas
souliers
vestons
céramique
thé
café
sels
tablette
cadre
sofa
lampe
crayons
carnets
meuble
album
électronique
cours
savoir
maillot
vernis
shampoing
parfum
chandelle
crème
fruits
concert
avion
plage

en milieu de matinée hier
l'ennui me prit en plein travail
j'avais envie d'un pédicure
j'ai eu ça une fois prodigué par autrui
et j'en avais envie
j'ai fouillé sur le web
pour trouver où aller
au pied levé
me suis levée
pris mon veston et ma sacoche
pris le métro
puis abandonné le projet
alors que je lisais ducharme
accotée au poteau

me suis assise chez tampopo
puis aux givrés
j'y ai pris du plaisir
puis eu la diarrhée
pardon s'cusez

ai après marché
sur st-denis tiens
voir les robes en solde
le destin fit qu'aucune ne fut aimée

retourné travailler
le mal de tête me prit
suis repartie
avec l'immense envie d'acheter
galettes de riz à saveur artificielle
et sucre en forme de bonbons
me suis bourré la face
et me suis endormie

je ne sais pas ce que ma journée
a coûté
je dépense sans compter

des fois je me dis
que je devrais prendre le temps
et redécouvrir le plaisir de faire
de refaire de réparer
plutôt que de le perdre
à gagner tant de sous
puis à les dépenser

pa' et ma' sont des gens si humbles
qui récupèrent tout ce qu'ils savent
faire fonctionner
ma' coud et raccommode son linge
en toute simplicité
et nous fait à manger
pa' use ses souliers
et y pense avant d'en racheter
ils aiment tout ce qu'ils possèdent
ils doivent pouvoir facilement
en faire un inventaire

ce matin
chumette publie ce que lui a dit sa fille
"des livres de la gommette et du papier bulle
c'est ce que j'aime le plus
ben après vous deux c'est sûr"

et me voilà repartie
avec mon dilemme
et mes problèmes industrialisés
je tombe dans mes propres clichés
de grande fille gâtée
je dépense je pollue et je m'en veux
et vous de me lire et de vous dire
oh my
dans quel monde vivons-nous
je ne me plains pas
je ne suis pas malade
je suis une négligente chronique
qui cherche la facilité
je vais me reprendre
il me reste bien cinquante-sept ans à vivre
il faudra que je m'y mette
avant l'âge adulte
avant de crouler sous ces biens
qui ne servent à rien.


samedi 19 juillet 2014

écolière volontaire




je ne sais pas comment
les flos apprennent
comment ça se passe
dans une classe de maternelle
ou de primaire ou même de secondaire

ah si

je me souviens d'une classe de secondaire
c'était maths en secondaire cinq
et je ne comprenais plus rien
j'avais frappé un mur
je ne pouvais plus m'en sortir
avec de bonnes notes
sans écouter la prof
prendre des notes faire des exercices
il me fallait faire un effort

après cette classe j'ai arrêté d'apprendre
à l'école obligatoire

j'ai choisi ce que je voulais apprendre
tant au cégep
avec un oeil et une oreille attentive
qu'aux nombreuses années d'université
qui ont suivi à temps partiel

j'ai choisi ce que je voulais apprendre
la course la nage l'écriture la poterie

il fallait le choisir
car au fond
toutes les structures d'apprentissage
consistent en fait en lieux de rencontres
avec des instructeurs qualifiés
des pairs à émuler
et un programme structuré

mais il n'y a personne
personne d'autre que soi même
qui ne sait nager
mil deux cent cinquante mètres
le dix-sept juillet
alors qu'elle n'en nageait que vingt-cinq
le vingt-huit avril

il n'y a personne d'autre que soi même
qui ose
qui écoute
qui questionne
qui fait
qui comprend
qui absorbe
qui souffre
qui progresse
qui aime
qui sait

pour apprendre il faut être disposé
et ensuite
il faut remercier
toutes ces structures organisées
tous ces éducateurs
qui optimisent
la réception et l'intégration
de l'apprentissage

dans un entretien récent
une professionnelle m'a demandé
mes plans à long terme
j'ai répondu que je voulais
à soixante-quinze ans
être meilleure qu'à cinquante

ainsi soit-il
je n'ai pas le choix
de continuer à apprendre
et de croiser dans ma vie
tant de gens formidables
qui m'aident à me dépasser
lorsqu'on le réussit ensemble
c'est une véritable épiphanie.

vendredi 11 juillet 2014

force tranquille



j'ai déjà dû vous raconter
que quelque philosophie chinoise
prône la force dans la tranquillité
ce qu'on retrouve dans le tai chi
ou mieux le qi gong
ce contrôle de soi
cette maîtrise de l'énergie vitale

beaucoup de force
très peu de gaspillage
n'est pas faible celui qui ne bouge pas
il brûle en dedans
mais il ne se consume pas
il sait que faire de son feu
c'est du pur concentré

moi bien sûr
pour y revenir avant de mourir
je suis tout sauf cela
poule pas de tête
femme de drive
je me garoche partout où
il y a de l'action
et je me dépense en veux-tu en v'là

je vous ai déjà dit
qu'en vieillissant et en me faisant la preuve
que tout n'était pas impossible
et qu'on ne perdait rien à essayer
je devenais de moins en moins craintive
et je voulais tout essayer

et bien jeudi
j'ai témoigné de la force tranquille
chez une chumette qu'on appelle speedy
dans le tourbillon ambiant
de je fais ci on fait ça let's go
elle sait exactement où elle va
car elle sait ce qu'elle veut
elle n'a pas besoin de faire comme les autres
elle prend ce dont elle a besoin
elle n'a pas besoin d'embarquer dans tout
pour le kick d'embarquer
elle sait doser ses énergies
elle connaît ses priorités
elle sait qu'elle ne peut pas tout faire
et elle choisit

j'aime passionnément ces gens
ces esprits libres
plein d'humilité et indépendants
ouverts d'esprits ouverts aux autres
mais qui ne dépendent de rien

j'admire cette force tranquille
quel focus
quel bon usage de ses énergies.



samedi 5 juillet 2014

alma mater


anita roddick
fondatrice du body shop

janie duquette a écrit un livre
sur le leadership au féminin
pas comment la femme se taille une place
au sommet avec les gars
pour ça on essaye de se battre comme eux
faire ci faire ça porter le masque de la dureté
et au bout à 80% dans sa job
80% dans sa famille
pis 80% dans son couple
on fait du 240
et un burn out

on peut pas se battre comme un gars
on peut se battre comme une fille
en fait on doit pas se battre
on nourrit nos forces
et les femmes en ont beaucoup

janie duquette a écrit un livre
sur quoi faire avec le pouvoir
elle a parlé de tous les talents féminins
l'empathie l'authenticité
la sensibilité l'intuition
et elle a dit que nous ne devions pas
perpétuer les systèmes de performance actuels
que nous avions la clé pour changer le monde
de façon à rétablir l'équilibre
que nos talents sont prisés dans la société actuelle
où les clients sont conscients
et qu'ils choisissent de plus en plus avec leur coeur
que nous pouvions revenir à des choses simples
à un équilibre de vie
où le plaisir a sa place
autant que le professionnalisme
où la conscience sociale et environnementale
sont aussi importantes
que la sécurité pécuniaire

j'ai beaucoup aimé
sa conférence de jeudi matin
ça m'a tant parlé

et puis hier
je suis entrée à quatorze heures
dans une salle bondée
de vice-présidents adjoints
réunis depuis le matin
échangeant des stratégies d'affaires
et comment tel staff était coté rouge
parce que ses chiffres n'y étaient pas
j'allais faire ma présentation
à mon tour et je me disais
zut ces gars n'avaient pas vu de femmes
depuis plus de six heures
quelle triste journée vous y pensez

comme chaque femme
j'ai la capacité de changer le monde
une robe un pantalon une décision
et un sourire à la fois
il n'en tient vraiment qu'à moi!


samedi 28 juin 2014

le levier amoureux


humans of new york by brandon

quand j'écrivais cette semaine
que la force du couple
était d'être un groupe
c'est que l'homme-chat faisait le ménage du sous-sol
pendant que je faisais celui du rez-de-chaussée
et que toute seule
je n'aurais jamais fini à la même heure
je n'aurais même pas reçu la magnifique visite
que je n'aurais probablement pas connue

le couple n'est pas juste une cellule d'entraide
le couple est un levier

j'aime le couple
comme j'aime
la famille la tribu les amis

je prêche pour ma paroisse
en couple mes capacités sont décuplées
certains diront que je dois apprendre
à me suffire à moi-même
et être aussi accomplie
en étant seule
mais voilà
ce n'est pas mon cas
je ne me réalise que lorsque
cette fondation est construite et bien solide
je suis anthropo et je suis maslow

en couple ma sécurité financière
est meilleure j'avance plus vite
en couple ma sécurité émotive est assurée
sinon je suis une femme insécure
cherchant l'approbation sexuelle
en couple je ne cuisine qu'une fois sur deux
en couple je partage mes joies
et mes préoccupations
en couple je discute et j'apprends

seule je n'aurais jamais
traversé l'amérique deux fois en moto
acheté ma première maison à trente-six ans
et en acheté trois autres depuis
utilisé une drill ou une skill saw
bu les vignobles de californie
et de france
quitté un emploi de dix-huit ans
et embrassé une nouvelle carrière à quarante ans
adopté un chaton
pris l'avion si souvent pour le sud
et l'auto si souvent pour new york
confit le canard et confectionné la crème caramel
visité les galeries et les musées
été si belle le matin
voulu être belle pour toujours
et prendre soin de mon corps
autant que de ma tête

sans compter l'amour
que l'on fait que l'on dit que l'on embrasse
les regards les joies les mains

patrick dion a écrit ces jours-ci
sans toi je ne suis que l'ébauche de moi-même
c'est formidablement beau

le couple c'est plus que la force du groupe
c'est l'amour qui donne la force d'exister
j'aime beaucoup prendre soin de mon couple
c'est la base de tout mon reste.

samedi 21 juin 2014

lady death



j'ai peur de la mort
l'envie du suicide en est mitigée
je regarde la photo des soldats irakiens
le gun derrière la tête
et mes bras tremblent
en me demandant à quoi ils pensent
en cette minute qui les sépare de la mort
j'ai peur quand je pense au père et à sa fille
accidentés de la route
j'ai peur non pas de l'au-delà
mais de la non-existence
j'ai peur des machettes
des couteaux et des guns
qui envoient le vivant dans la mort

ma soeur écrivait il y a un temps
dans un contexte de deuil
dont je ne me souviens plus
que la société occidentale
était peu préparée à la mort
alors que d'autres civilisations la célébraient
ou l'incluaient dans le cycle de la vie
je ne pense pas à acheter
un terrain au cimetière du mont-royal
ni à faire des préparatifs funéraires

il faudrait que je comprenne
que j'accepte
toute ma raison m'accompagne
pour me convaincre
que la mort d'un humain
n'est rien dans l'infini du big bang
pas plus que la fraise cueillie
ou la côtelette d'agneau

mais god damn que ça me déchire
ça m'effraie cette mort

je parlais samedi dernier
à un client pharmacien
opéré du cancer de la prostate
je lui parlais de mon père
mon père ce grand homme
cette inspiration infinie
qui grimpait des montagnes
à un âge avancé
et était l'invincible héros
et je lui disais que ma plus grande peine
était de le voir diminué par la maladie
il m'a répondu
mo
tu penses encore à ton père
comme s'il avait cinquante ans
alors qu'il en a soixante-quinze
le mien est mort à soixante-douze

ma mère m'écrivait cette semaine
qu'il serait mieux qu'ils se rachètent
une maison plutôt que de continuer à loyer
comme ils le font depuis la maladie
mais les banques ne prêtent pas aux retraités
j'ai dit que j'allais cautionner
elle m'a dit non
ton père n'a pas la force de bouger encore
on sera corrects pour un autre dix ans

mais d'où vient cette volonté
de vivre encore activement
d'acheter d'apprendre de déménager
à soixante-dix ans
sinon que la peur même de la mort

je suis pareille
je me voudrai vivante jusqu'à cent trois
je m'entraîne à repousser
ce passage irrémédiable
qui viendra bien avant cent quatre

je n'ai pas cette tardive sagesse
je souffre encore de l'ultime vertige.