samedi 18 novembre 2017

hymne à l'amour



vous trouvez que j'ai fait de l'homme-chat
un personnage public
vous le voyez partout
et vous le reconnaissez
la première fois que vous le voyez en personne

il y a quarante-douze photos de lui par semaine
se promenant entre instagram et facebook
mais non je n'en fais pas une vedette du web
il n'aimerait pas du tout cela
que sa vie soit étalée au grand jour

ce que je célèbre chaque jour pourtant
est mon amour pour lui
c'est l'amour
le personnage principal
ce liant ce regard ce petit je-ne-sais-quoi
qui fait qu'il est beau partout où je vais

quand je vous parle de l'homme-chat
c'est mon amour matérialisé
et fort heureusement pour moi
il est bien partagé

l'amour m'a accompagnée cette semaine
alors que l'homme-chat était physiquement absent
il a veillé sur moi
et a empêché la tristesse et l'ennui
de venir me visiter

je ne pense pas que j'aie un amour pour lui
et lui un amour pour moi
j'ai l'impression que c'est le même
ce même espace ce même air que nous partageons
il est épais et harmonieux
il est douillet
nous l'avons bien construit
et bien entretenu
il est devenu grand et beau
et il est surtout très fort

je lui parle tous les jours à mon amour
il crée des noms
il fait dire
ma chérie mon chat mon amour
il fait attendre au coin du feu
il fait travailler le fourneau
il fait prendre l'avion

je l'aime mon amour
et je suis évidemment heureuse
que l'homme-chat en soit le sujet
et qu'il ait accepté le colis
car encore faut-il pouvoir le recevoir
l'amour
il ne vient pas toujours souriant
il vient avec de grands besoins
et plus on en prend soin
meilleur il devient.

fredonnez avec la môme ici

samedi 11 novembre 2017

les pissenlits par la racine


brouteuses en calvados

dans le billet que je lisais au lunch mercredi
énumérant cinquante trucs
pour vivre sa vie à sa façon
il y avait un truc qui parlait de croire
en quelque chose de plus grand que soi

sur le coup j'ai pensé à la spiritualité
et je me suis demandé si c'était quelque chose
qui allait occuper de plus en plus de place
dans mon esprit ou ma façon de voir les choses
au fur-et-à mesure que je me rapproche de la mort

assise à la table du restaurant de pho
sur la rue sainte catherine est
entre deux cours de comptabilité mercredi midi
j'ai tout de suite pensé à djieu
et me suis répondue instantanément que je n'y croyais pas
ça n'avait pas changé depuis des années
même si j'aime les églises et que j'aime regarder le ciel

croire en quelque chose de plus grand que moi
c'est pourtant ce qui me réconcilie avec la vie
et avec la mort

faire partie d'un tout
autant temporel que matériel
biologique et énergique
je crois en gaïa l'univers et les choses vivantes
je crois au cosmos et aux poussières
j'aime penser que je ne suis rien de plus
qu'un amas de molécules bien pensantes
et que ma durée de vie est limitée

je pense au replicant roy du premier bladerunner
maintenant qu'il y en a un premier et un deuxième
qui leur permette de se situer dans le fil du temps
je pense à roy qui pleure
car il vivra moins longtemps
que son contemporain humain
je pense à roy qui essaye de se définir
et vivre au-delà de ce pourquoi il a été programmé
je pense à roy qui pleure en bleu
sous une avalanche d'eau et de vangelis
et qui nous a tous fait pleurer avec lui
alors qu'il n'était qu'une caricature
de la plus humaine des craintes
avec laquelle nous n'avons pas encore fait la paix
celle de mourir

j'aime alors penser plus grand que moi
j'aime penser au pissenlit
aux vers de terre
aux patates
et à la soupe maison

le plus grand dans chaque détail de la vie
me permet de tout relativiser
et ne pas dramatiser ce qui après coup est toujours futile
toujours
repensez-y
au plus grave dans vos vies
repensez-y après
futile
je vous le dis

j'aime penser à la lumière après l'ombre
lorsque marcel est mort
que la panique fut passée
et que j'ai vu sa lumière éclairer mon ciel
quelques jours après son décès
quand michelle voit son père depuis jeudi
trôner sur le ciel de son lac
j'aime ça et malgré tout ça j'ai peur de perdre le mien

j'irai le vingt-sept novembre
là où on me dira d'aller
pour écouter un autre conférencier
qui m'alignera davantage la pensée
relativement à la mort
car bien que nous soyons novembre
ce sera le thème du prochain creative morning
je pense que ma crainte de la mort
n'a pas rapport à ma rationalisation
de ma place dans le continuum de la vie
et de l'univers
ma crainte de la mort des autres
est une affaire égoïste
la peur du manque
ce qui n'a rien à voir avec la mort
qui est une étape naturelle de la vie

le pissenlit
pas par la racine
mais jaune
sur le gazon de banlieue à brossard
ce pissenlit-là
la beauté de la vie

croire en plus grand que moi
comme faire ma part pour la communauté
comme n'être pas centrée sur moi
même à des périodes où j'ai peur
parce que je vis des changements
même dans notre société arriviste
où on vante la réalisation de soi
quand je pense à plus grand que moi
je me sens humble
comme la soupe maison
je me sens comme les autres
le voisin les fils le chat les caissiers
le banquier la nageuse
comme les autres
pas moins et certainement pas plus

je mets de côté mon arrogance
et ma mégalomanie
et me reconnecte à mon coeur

oui je pense que c'est bien ça
que ça me fait
de croire en plus grand que moi
je ne me sens pas soumise à une autorité
quelque créateur plus fort que tout
qui m'oblige à donner des sous
je me sens faire partie de l'univers

ça me ground

dans la terre
pas à la messe ni chez le gourou
ni dans la grande communion
je me sens connectée
au plancher des vaches.

ps : je voulais mettre une photo de roy
celle où il pleure sous la pluie
ça aurait attiré des clics
j'ai préféré la vue aérienne
des brouteuses dans le calvados
on fait un peu partie
de la même famille.

samedi 4 novembre 2017

l'âgisme à tous âges


dena davida qui danse à six ans
et dont la vie évoluera autour de sa passion


tu sais comment j'aime les huîtres
je travaille toujours entre deux et trois minutes
avec mon couteau
avant de réussir à les ouvrir
et quand j'y arrive je prends encore
quelques instants à anticiper le goût
de cette merveilleuse créature
qui était si bien cachée dans sa coquille

la vie est pleine de merveilles
qui gagnent à être découvertes
la vie est pleine de gens merveilleux
qui ont décidé cependant
de se fermer comme des huîtres
à double tour par en-dedans
à tel point
qu'on est découragé de travailler dessus
et qu'on les jette avec l'eau du bain
pour passer à la suivante

je connais quelques personnes comme ça
âgistes malgré elles

madeleine qui a quarante-cinq ans
se demande pourquoi elle travaille encore autant
et pourtant elle devrait savoir
madeleine du haut de ses quarante-cinq ans
tout le travail que ça demande
de maintenir son train de vie
de cent mille piastres par année
c'est pas parce qu'elle a maintenant
quarante-cinq ans
qu'il faut travailler moins
pour maintenir ce beat de vie là
madeleine a perdu la raison
quelque part entre sa fougue de jeunesse
et sa position de cadre
elle a oublié pourquoi elle faisait ça
et a investi tout son temps à courir
après la queue qu'elle n'a pas
plutôt qu'à aimer faire des choses
à prendre ce qu'il y avait autour d'elle
à être curieuse de la vie
et du coup
elle se ramasse avec une hypothèque
qu'elle n'avait pas à vingt ans
alors qu'elle vivait ses meilleurs jours
en appartement

madeleine a oublié de vivre tu vois

simon qui a trente-deux ans
cherche à pogner
auprès de la fille idéale
et même s'il trouve que ses chums de poly
sont pas toujours ben matchés
il les envie quand même un peu
les soirs où il reste dans son salon devant l'internet
et se dit qu'il serait heureux juste là là
à être rien qu'en couple
peut-être avoir un flo ou deux
et même se payer un voyage annuel à cuba
mais simon aussi
du haut de ses trente-deux ans a déjà oublié
il a oublié ce qu'était le bonheur
de jouer avec nathalie sa blonde du primaire
il ne se souvient plus
qu'il était le plus drôle et le plus vif d'esprit
de sa classe en sixième
il s'est encabané depuis
dans des idéaux inatteignables
et il pense que les gens sont donc ben rendus difficiles

je trouve que les gens souffrent d'âgisme
pas envers les autres
envers soi-même
maudit

je trouve que les gens disent
oui mais les jeunes a'c't heure
faut tout faire pour eux
c'est plus comme avant
sophie dit ça très souvent
et elle remet tout sur le dos de la jeunesse
en oubliant la chance qu'elle a
de vivre et d'être en santé à soixante ans
elle a oublié aussi
comment elle est une king dans son métier
elle dit qu'on a arrêté de lui dire

madeleine simon sophie
voici ce que j'ai à vous dire

je n'attends pas que les gens me disent
que je suis une king ou une queen
je le hurle à pleins poumons
à qui mieux mieux
je me bombe le torse
et me dis que si je suis rendue dans la vie
à vingt trente quarante cinquante ans
avec le sourire
c'est parce que je sais faire plein de choses à merveille
et que j'en suis fière
je porte mes galons
y en a pas un dont je ne me vante pas
je veux qu'on le sache
je suis bonne
ma' n'a pas souffert quelques heures de sa vie
pour me donner vie
et que je me décrotte le nombril
en me suçant le pouce

non

des fois je me réveille
et je me sens les chakras pognés
particulièrement les jours de pluie
alors je prends mes mains ensemble
et je fais cinq minutes d'exercices de mobilité
et le fait de bouger mes jointures
de faire des oui et des non avec la tête
de me masser les tempes
et de bouger mes coudes
ça me remonte le ressort en un rien de temps

les postures de yoga
il faut les faire dans les deux sens
par en dedans
et par en dehors
à gauche
et à droite

les ceuzes qui souffrent d'âgisme
ont déjà lâché la serviette
ils sont restés pognés avec leurs asanas par en-dedans
ils tiennent le couvercle du pot de yogourt
tellement serré
que leur muscle de l'ouverture ne fonctionne plus
après ils se demandent
comment ça se fait qu'ils ne rencontrent pas
eux aussi
le gars du câble de joanne
pour vivre l'amour fou et le marier
cream puff madeleine simon sophie
joanne s'est étalée ouverte et vulnérable comme un buvard
le jour où elle a décidé d'être heureuse
et elle a tout pris de la vie
elle a absorbé le bonheur
par tous les pores de sa peau de sa tête et de son coeur
et oui
elle a marié le gars du câble

les gens qui souffrent d'âgisme me disent souvent
oui mais toi
t'es chanceuse parce que tu rides moins
(merci ma' de m'avoir faite chinoise)
t'es chanceuse parce que tu prends pas de poids
mais tu vas voir à la ménopause
(je ne sais pas si tu te souviens 
comment j'aimais les bonbons sûrs
ça fait six mois que j'en mange plus)
t'es chanceuse parce que t'as un chum
(c'est sûr il est arrivé de même un matin
sur le pas de la porte comme par magie
ce qui n'est pas faux
mais encore a-t-il fallu que je dise oui)
t'es chanceuse parce t'as de l'argent
(réponds-moi honnêtement
si tu aurais accepté de travailler pour un autre
tous les jours de ta vie pendant près de trente ans)
t'es chanceuse parce que tes enfants sont grands
(j'ai pas beaucoup fait la fête
entre vingt et vingt-cinq ans
j'ai fait deux beaux bébés qui maintenant sont grands)
t'es chanceuse parce t'es aimée

oui chu aimée
parce que je n'exige rien de moins
de la vie

parce que comme dena davida
lorsque j'aurai soixante-huit ans
je n'entamerai qu'un autre chapitre de ma vie
auquel je voudrai consacrer de nombreuses années
parce que comme ma'
à soixante-quinze ans
je voudrai encore perfectionner
mes shots de billard un coup à la fois
parce que comme alice cole
à quatre-vingt et quelques
je voudrai encore courir de plus en plus vite
et peut-être être la meilleure de ma catégorie

parce que je ne renonce à rien dont j'ai envie
et que j'en prends la responsabilité
toute la responsabilité
tout ce qui vient avec
les erreurs
les échecs
les sacrifices
les semaines de sept jours de travail
le peu de revenu pour avoir plus de temps
je façonne ma vie
en mangeant chaque jour
mes shit sandwiches
et en publiant mes lunchs
sur instagram
comme si c'étaient les plus belles merveilles du monde

life is there
take it or leave it

ne garde pas l'huître fermée de grâce
tu as la responsabilité de vivre
d'autres n'en ont pas toujours le loisir.

samedi 28 octobre 2017

l'exercice du pouvoir


arrival
denis villeneuve, 2016

j'aime le pouvoir
j'aime immensément le pouvoir

j'aime en avoir
j'aime en user
je n'aime que les gens qui en ont

en faisant mes longueurs de piscine jeudi
je me suis dit que je devrais consacrer
quelques années de ma retraite
à faire de la recherche et écrire un essai
sur la psyché du pouvoir
un sujet fascinant et un aspect
qui aura certainement défini ma vie

en attendant
je vous offre ma vision conceptuelle de la chose
du haut de mes cinquante ans
d'exercice du pouvoir

dans les dernières semaines
nous avons disserté sur le pouvoir
qui n'existe que lorsqu'il est exercé
le pouvoir est une notion relationnelle
il ne se vit qu'en regard des autres
il existe dans une balance
et n'est concerné que dans un déséquilibre
dans une relation où quelqu'un convoite
ce qu'un autre détient
ça existe dans l'espèce humaine
autant que dans le règne animal

lorsqu'on abuse du pouvoir
il s'exerce aux dépens des autres
l'abus est une utilisation immodérée
de quelque chose de foncièrement bon
mais dont l'usage exagéré
ou à mauvais escient
mène à la destruction de soi
ou la destruction d'autrui

il est facile de tomber dans l'abus
là où tout change de nom
où la recherche aveugle du plaisir
devient le vice
là où la béatitude devient l'enfer

revenons au pouvoir
celui que j'aime car il permet d'agir
car il facilite l'évolution
le pouvoir comme ce qu'en signifie le verbe

mais dans la vie le pouvoir est multiple
et chacun de nous en détient

je répète

chacun de tout détient le pouvoir

il y a

le pouvoir de financer
le pouvoir de diriger
le pouvoir de décider
le pouvoir d'exécuter

le pouvoir de séduire
le pouvoir de nourrir
le pouvoir de guérir
le pouvoir d'agir

le pouvoir de soigner
le pouvoir de crier
le pouvoir de choquer
le pouvoir d'influencer

le pouvoir d'aimer
le pouvoir de loger
le pouvoir de protéger
le pouvoir de consoler

le pouvoir de donner la vie
le pouvoir de donner à autrui
le pouvoir de sauver
le pouvoir de rejeter

le pouvoir d'écraser
le pouvoir de jeuner
le pouvoir d'agresser
le pouvoir de payer

le pouvoir de marcher
le pouvoir de s'exprimer
le pouvoir de jardiner
le pouvoir de créer

le pouvoir de légiférer
le pouvoir de penser
le pouvoir de torturer
le pouvoir de taxer

le pouvoir d'écrire
le pouvoir d'élire
le pouvoir de détruire
le pouvoir de réduire

le pouvoir de tester
le pouvoir de témoigner
le pouvoir d'incriminer
le pouvoir d'emprisonner

le pouvoir de libérer
le pouvoir de soulager
le pouvoir d'anesthésier
le pouvoir d'hypnotiser

le pouvoir de dénoncer
le pouvoir de mobiliser
le pouvoir de rassembler
le pouvoir d'attaquer

le pouvoir de comprendre
le pouvoir d'apprendre
le pouvoir d'entendre
le pouvoir de surprendre

le pouvoir de peindre
le pouvoir de geindre
le pouvoir de feindre
le pouvoir d'atteindre

et ils sont nombreux et infinis

le pouvoir n'est pas machiavélique
il n'est pas une fin en soi
il n'est qu'une commodité dont on se sert
pour en acquérir une autre
il est un instrument dans une structure
que l'on construit toute sa vie
et qui se terminera on l'espère
avec le pouvoir ultime
de mourir sans souffrir

le pouvoir vient avec la liberté
et la capacité de l'exercer
l'exercice du pouvoir vient avec le désir
et la motivation
ce n'est pas le pouvoir qui est malsain
ce sont les mobiles pour lesquels on l'utilise
c'est l'escient
la conscience du pourquoi

les pouvoirs sont nombreux
et ils guident nos vies

vous savez desquels vous rêvez
vous savez ceux que vous possédez
vous connaissez ceux que vous exercez
et ceux que vous choisissez
peut-être ne vous souvenez-vous pas
quand vous avez eu conscience d'en avoir
et comment vous avez fait pour les acquérir

mais vous aimez ça comme moi le pouvoir
car vous n'aimez certes pas son contraire

l'impuissance

alors à chaque instant
n'oublions jamais
d'exercer notre pouvoir.


dans arrival ou toute oeuvre de science-fiction
nous testons nos paradigmes
les pouvoirs se substituent
et d'autres sont mis en valeur.

samedi 21 octobre 2017

doux



la révolte
la rage
l'indignation
ce sont des émotions que je n'ai pas ressenties
depuis bien longtemps
même s'il m'est arrivé d'avoir crié fort
lorsque j'étais plus jeune
je n'ai pas été fâchée depuis un très long temps
je ne tolère pas le bruit fort
je ne me mets pas en colère
je ne fais pas de crise
et l'homme-chat ne supporte pas
que l'on hausse le ton

je suis donc devenue calme
non sans ondée
mais calme

je crois toutefois
que si l'on portait atteinte à mon intégrité
je pourrais arracher des yeux
même en portant les ongles courts

donc si je n'ai pas été remuée cette semaine
c'est en fait que je n'ai pas été blessée

car comme tous et toutes
ça me faisait mal de lire tout sur tout
et je réfléchissais
ai-je déjà été agressée
est-ce que je connais un ou des vieux porcs
et ma réponse était non
à part le fou qui m'a giflée dans la rue
lorsque j'avais dix-neuf ans
et que je marchais vers le métro lucien l'allier
puis que ma chumette d'université m'a dit
de me construire une bulle imaginaire
autour de moi pour me protéger

il faut croire que je suis depuis protégée
personne ne m'a jamais fait mal
je ne sais pas pourquoi

c'est peut-être parce que je suis chinetoque
et que l'on pense que je maîtrise un quelconque
art martial
ou que j'avais juste un air bête

à cet égard
jacquot relate souvent que
lorsqu'il m'a connue plus jeune
j'avais ce petit air de
ne m'approche pas
peut-être un peu snob
au-dessus de tout cela
alors que je sais très bien
que j'étais comme tout le monde
molle du dedans
à vouloir tout prendre de la vie
autant l'amour l'affection que les opportunités

mais clairement non
je ne me suis pas fait agresser
pas même d'un iota à me comparer
aux nombreux récits relatés depuis quelques jours

et puis j'ai fermé l'ordi' vendredi
parce que vraiment ça goûtait le vomi
toute cette hargne
cette haine
cette montée aveugle de quelque chose d'amer
cette perte d'objectivité
beaucoup trop émotive
et j'ai fermé tout
parce que ça m'a rappelé
dans le fin fond de ma petite humaine

à quel point c'est violent la douleur

et que je préfère la douceur.


samedi 14 octobre 2017

longtemps


château margaux

je l'avoue
avoir cinquante ans dans cinq jours
ça me fait de quoi
je ne le pensais pas
mais je me regarde dans le miroir
et j'ai peur de changer

que mes cheveux deviennent fins et clairsemés
que ma peau s'assèche comme un désert
que mes seins se vident
que mes entrailles s'endorment
que mes os cassent

parce que quand je regarde en arrière
je suis si heureuse de ma vie

au fil des trente dernières années
je me suis construit un univers de beauté
où tout est majesté et grandeur
pour évoluer dans l'harmonie

j'ai joué l'insolence l'arrogance
la vanité et l'orgueil
et j'ai foncé avec entrain et aveuglement
les murs sont tombés
les portes se sont ouvertes
j'ai construit mon royaume
mon jardin mon terreau
j'ai bien joué
j'ai tout remué

j'ai tout ce qu'il faut

et là je peux mûrir

je ne veux plus faire de grands sauts
ou révolutionner ma vie
je suis contente de ce qu'elle est

je ne veux plus remuer
comme une grande bourrasque
vulgaire et violente
je veux exhaler la délicatesse
d'un doux parfum

je n'ai plus envie d'être chavirée
mais d'être très émue et vivante

je n'ai plus l'urgence de bâtir
mais plutôt d'assembler les repas
de la vie avec mon âme et mon coeur

je veux cesser de gueuler
de chanter à tue-tête
et de m'indigner
je veux lire apprendre et sourire
et rire avec humeur et faste

je veux tout prendre
tout garder
regarder
observer
lire
écrire
vivre
et au lieu d'éclater
et de me brûler en dix ans
j'aimerais suivre la route
vivre le voyage
regarder le paysage
et non courir après la médaille

je veux m'équilibrer
et goûter bon longtemps.

samedi 7 octobre 2017

les cinq à sept de l'aube



jeudi matin à table il y avait

une jeune fille avec son fils d'un mois
qui venait célébrer son anniversaire
avec sa gang de charlots
elle avait pris le métro sur la ligne orange
là où il y a maintenant des ascenceurs aux stations
et marché de berri au café pamplemousse
avant huit heures du matin
c'était le baptême de métro
pour le ti' gars d'un mois

une jeune fille qui s'en allait au travail à la caisse
et qui essaye de gérer son temps
avec ses deux cours d'anglais à mcgill
où elle apprend à négocier et présenter en affaires
dans une langue seconde
car elle veut s'adresser aux gens d'affaires d'expérience
avec vocabulaire subtilité et fluidité
elle prépare également une présentation
qu'elle fera dans quelques semaines
devant des centaines d'avocats
cette jeune fille vient de recevoir l'invitation
à joindre un conseil d'administration
dans lequel elle recommandera au comité de placement
de s'impliquer en équité dans des entreprises d'ici
elle croit en son ambition et lui donne les outils
et le travail pour se réaliser
elle est comme la mairesse st-hilaire
frondeuse et fonceuse
elle travaille fort car elle ne veut rien de moins
que changer le monde

une jeune fille qui a nagé dans mon corridor
après quelques mois d'arrêt pour donner vie à sa fille
elle me dépassait déjà pendant mes longueurs
la poussette de sa fille de trois mois
était stationnée au bout du couloir
pour pouvoir la surveiller
à chaque cinquante mètres de nage
une fois elle est sortie de l'eau
et a fait faire un tour de roues à la petite
pour l'endormir un peu
avant de retourner dans l'eau
poursuivre son entraînement

une jeune fille qui vient de recevoir
après deux semaines seulement
son visa de séjour et de travail dans un autre pays
et qui envisage les prochaines années
à se fixer ailleurs
sans peur du changement
et avec la plus grande fluidité
elle était étonnée que la réponse soit si rapide
puis elle s'est dit qu'elle avait vraiment bien travaillé
et préparé une demande parfaite

une jeune fille qui partira dimanche
avec son chum et sa fille
faire une visite touristique
d'une ville vermontoise
alors qu'elle a passé tous ses week-ends cette année
à s'entraîner pour un défi sportif d'envergure
je pensais à elle en nageant
et à ses mille neuf cent mètres de nage en eau libre
réalisés en septembre dans la cohue
malgré sa peur de l'eau il n'y a pas si longtemps
elle est une modèle de détermination
de patience et de travail
elle vainc une peur et fait tomber les obstacles
un après l'autre
pour réaliser ses rêves

une jeune fille qui a marché pendant sept jours
dans la nature sauvage gaspésienne
et qui revient les yeux et le coeur bien emplis
avec dans le ventre l'ardeur des vikings
qui les premiers ont foulé le sol inhospitalier
des terres d'amérique
et qui nous ont permis de nous établir ici
elle nous rappellera bientôt
comment notre confort est pris pour acquis
cette jeune fille ayant revêtu robe et talons
pour un lancement parlementaire cette semaine
et qui le refera encore dans les prochaines semaines
a mis ses docs martens et sa tuque et enfourché son vélo de ville
pour nous rejoindre dans le bonheur d'une tasse de café au lait
pour sentir l'ambition et la joie
et reprendre tous les travaux écrits qui l'attendent

une jeune fille qui a les bras les doigts et le corps de fée
qui est notre soigneuse officielle
la guérisseuse du tout
une jeune fille qui donne son corps
à guérir ceux des autres
qui venait de terminer une semaine de bénévolat
aux grands ballets canadiens
et qui portait un coeur rouge en séquins
sur son très beau tee-shirt
et un sourire grandiose sur son visage heureux

une jeune fille qui s'implique dans tout à fond
autant ses engagements au musée qu'à la fondation
et qui assume le gros du travail au bureau
vient de terminer ses plus récents défis sportifs haut la main
et qui a à coeur d'être rigoureuse et professionnelle
elle vient de remettre à sa place
un collègue manquant de scrupule
qui au sein d'une équipe qui l'a formé
n'a pensé qu'à son intérêt personnel
et a décidé de quitter l'équipe dans un mauvais timing
cette jeune fille  qui lui a dit ce qu'elle en pensait
et ne l'a pas embrassé sur les joues
pour lui souhaiter bonne chance
il s'en souviendra longtemps
dans son propre cheminement
un jour il se retournera et il dira qu'elle avait raison

une jeune fille qui partait au centre des sciences
pour vérifier le montage de la prochaine exposition
à laquelle son entreprise a participé
parmi les nombreux mandats qui l'occupent
cette jeune fille qui récolte le fruit d'années d'efforts
de passion et d'engagement
à s'impliquer à gérer une équipe à être une leader
cette jeune fille a une vision
crée des produits
emploie des gens signe des contrats
fait confiance engage
est une femme d'affaires aguerrie
et une employeur de choix

entre ces filles
et des fois les gars
il s'échange inévitablement chaque jeudi
et des fois le lundi
un courriel une référence un rendez-vous un livre
de l'argent une offre une recommandation
des conseils

ces personnes formidables
ces charlots et charlottes
sont des agents de changement
des champions qui prennent en main leur vie
qui sont sensibles à leur environnement
qui font preuve d'empathie et de générosité
c'est un tremplin vers le bonheur
c'est un forum inspirant
où tous et toutes se tirent vers le haut

je pense que l'on s'aime tant
sans se coller à la peau
parce qu'on se respecte mutuellement
le fait de faire du sport ensemble
de progresser ensemble chacun à sa vitesse
nous réunit automatiquement
dans le partage des défis
dans la réussite
dans la progression
le fait de se savoir forts et vulnérables à la fois
le fait de se passer du shampoing
ou du savon dans les douches du vestiaire
le fait de porter des apparats hideux
comme un casque de bain et des goggles
nous rend vraiment aimables
la joie de se nourrir après l'entraînement
une fois gonflés d'endorphine
et satisfaits de nos efforts
prédispose à la communion

alors mesdames et messieurs
chers leaders exécutifs
au lieu des traditionnels cinq à sept de réseautage
où seuls le verre de vin et les bouchées
aident à délier l'ambiance en fin de journée
précédez donc vos activités de réseautage
par une bonne heure de piscine
à six heures du matin
vous tirerez le meilleur de chacun
et tous en sortiront gagnants

et ils voudront recommencer.


samedi 30 septembre 2017

pas chouchoune


jp bédard
embrace that f...ing suck

si c'était moi
je ne lirais jamais un billet d'humeur
s'il y a une chose qui me tape s'es nerfs
ce sont les gens qui s'apitoient sur leur propre sort
des victimes qui se plaignent la bouche pleine
des gens qui ont eu une faiblesse
et qui ont l'odieux de tremper dans le même bain
que les réels malchanceux de la vie
les pockés les défavorisés
il en pleut en ville
rajoute-s-en pas fille
t'es pas à plaindre
t'as pas le droit

comment il disait donc bégin à tlmep
égocentrique narcissique
pas cool ça

donc non
pas chouchoune pantoute

oui j'ai besoin que tu me prennes dans tes bras
pis que tu me fasses un câlin
oui j'ai besoin de brailler parce que ça sort tu' seul
mais goddamnfuck j'vais tout faire
pour sortir de cet état-là le plus rapidement possible

parce que la vie m'a appris
que je n'avance pas quand je braille
ou que je me roule en foetus sous les couvertes
oui ça prend une bonne sieste
quelques mots lancés dans l'univers
une conversation empathique
et qui replace avec mon meilleur ami
qui est également mon époux
puis on se reprend en mains

j'ai appris à truster mes émotions
si elles sortent elles sortent
si je change brusquement de registre
c'est parce que c'est bon
le déséquilibre
le vertige qui mène à autre chose
je me suis habituée
et je l'accueille avec bienveillance
mais pendant qu'il passe
j'ai quand même des frissons dans le dos
un stress dans le ventre
et des déceptions des fois

ma plus grande crainte
c'est la complaisance
c'est de tout crisser là
et devenir faible
tout abandonner
pour ne pas lutter
manquer de courage
oui c'est ça ma crainte
manquer de courage
de humpf

dans ce temps-là
je pense à ma' la battante
qui a obtenu un diplôme à soixante ans
qui a fait soigner pa'
qui prendra un taxi lundi soir
parce que mon char de bourgeoise
me fait un clin d'oeil de très mauvais goût
en ne rechargeant pas la batterie
et menaçant de mourir sans énergie à chaque cent mètres

dans ce temps-là
je pense à j-p bédard qui l'a certes pas eu facile
et qui nous dit
embrace the suck

dans ce temps-là
je pense au courage dont la majorité
des humains font preuve sur la terre
et je me trouve vraiment lâche de brailler pour des peccadilles
j'ai même pas mal
j'ai juste l'ego égratigné
et une chance que j'ai un ego
parce qu'il est big en estique
et il veut gagner
sans lui je n'aurais jamais avancé
je ne serais pas en voyage en italie pour mes cinquante ans
sans mon ego
je serais une paresseuse oisive cachée
mais voilà
il a été choyé mon ego dans la vie
et je n'ai jamais trop travaillé pour le contenter
maintenant comme dit l'homme-chat
je suis dans la marée rouge
the red ocean
je compétitionne pour un titre professionnel

c'est pas une job de chouchoune
c'est de la volonté et de la détermination
il faut que je le veuille ce titre
il faut que ça me demande un peu
on ne vainc pas sans péril

alors non
ce n'est pas un billet d'humeur
je suis pas du foie gras
je suis de l'adrénaline

pas chouchoune.

samedi 23 septembre 2017

ruelle beau dommage



elle s'appelle de même
depuis juin deux mil quinze
alors que l'artiste jérôme poirier a reproduit en murale
la pochette de l'album de beau dommage
contenant la toune tous les palmiers
où l'on nomme l'adresse célèbre
du soixante-sept soixante st-vallier montréal

c'est très beau cette ruelle
parce qu'au bout
il y a jean-françois et sa squadra
au café beaufort
djee-eff que j'ai croisé jeudi soir
en revenant du lancement de caroline et geneviève
en break dans la ruelle de l'autre bord
de st-zotique
légèrement fatigué
après un stretch de onze jours de travail
mais tellement heureux
de partir vendredi
pour son tournoi de hockey balle au massif
c'est une bête au hockey balle
tu veux jouer dans son équipe et pas contre

hier l'homme-chat se rappelait
qu'il faisait lui aussi des stretch
de onze ou treize jours de travail sans pause au resto
pendant les rush de haute saison
mais c'était quand il était jeune
il ne le ferait plus maintenant
il disait que la journée de pause était aussi horrible
que celles de travail
t'as aucun chum avec qui sortir
parce que t'as pas eu le temps de les appeler
depuis si longtemps
t'as pas de bouffe dans le frigo
t'as pas d'énergie
t'as rien à faire du coup
pis tu recommences le lendemain

bref
djee-eff
amuse-toi ce week-end

au bout de la ruelle
il y a aussi john
qui a racheté depuis des années
le commerce du nettoyeur monsieur rousseau
john travaille assis devant la vitrine
avec sa machine à coudre et ses aiguilles
quand tu passes devant sur st-zotique
il te fait un sourire large
te lance un grand salut de la main
et se lève toujours un peu du tabouret
pour être sûr que tu le voies
il t'appelle ma chérie quand il sait que tu l'entends
il a de vieilles photos de revues de céline dion
sur les murs
tu sais pas s'il l'aime à cause de son défunt mari syrien
ou s'il l'aime vraiment elle
c'était dans le temps où elle ne s'habillait pas si bien

à côté de chez john
avant de tourner dans la ruelle
celle sur laquelle est peinte la murale
il y a un coiffeur qui à toute heure
coupe des cheveux
d'un mafioso ou d'un autre
qui a stationné son char tout croche
toujours un peu devant la sortie de la ruelle
sur l'enseigne du coiffeur
c'est juste marqué coiffeur
sans nom ni numéro de téléphone
mais il y a une chaise
un gars assis
un gars debout
et des lunettes noires

de biais en arrière de chez nous
il y a la cour de nico et nadine
et de leur deux flos augustin et romain
ça c'est l'adon le plus drôle de la vie
parce que nico c'est le chum de l'homme-chat
depuis plus de vingt ans
ils ont fait l'ithq ensemble
on n'avait pas réalisé qu'en achetant là
on était si proche de chez eux
pourtant on connaissait le quartier
on avait déjà été chez eux
mais bref c'est vraiment chouette
on entend les réunions de famille
les méchouis
et les kids qui s'amusent
et des fois on voit pogo
le chien aveugle

il y a annie aussi
qui nous rejoint par derrière pour aller courir
quelques dimanches matins
où qu'on invite de façon impromptue
à prendre une bouchée
quand elle passe par là
en même temps qu'on mange dehors

en face de chez nous dans la ruelle
il y a johanne
avec ou sans h c'est délicat
on ne sait jamais tant qu'on ne l'a pas lu
elle aura bientôt soixante ans
vit au deuxième et ses parents âgés
mais juste sa mère maintenant
vivent au rez-de-chaussée
son père vient de mourir
elle fait changer dix portes et fenêtres à son duplex
elle a choisi une bonne entreprise
qui stationne son énorme camion
depuis deux jours sur un côté de la ruelle
avec une longue rampe qui en descend
elle a dû prendre congé pour qu'ils installent
c'est le bordel
ça fait vraiment beaucoup de poussière partout en dedans
elle a dû reloger sa mère chez sa soeur
parce qu'elle n'arrivait plus à se cacher dans aucune pièce
il y avait des hommes partout
sa chatte apeurée qu'elle appelle tipou
et dont on ne connaît ni le sexe ni l'âge
s'était réfugiée hier dans le talus de mauvaises herbes
dans notre cour
notre chat brooklyn lui avait cédé sa place
et je l'ai retrouvé couché sur un paillasson piquant
à l'ombre dans un autre coin de la terrasse
j'ai jasé un peu avec johanne de ses rénos
elle pense qu'elle déménagera peut-être en bas
lorsque sa mère mourra
puisqu'elle se sent âgée elle-même
et elle louera le haut
il faudra refaire la cuisine tu sais
dans la ruelle il faisait chaud dans ma blouse noire à manches longues
que je portais dans la maison plus fraîche
et en lui parlant j'ai remarqué
que johanne était amputée du pouce droit

il y a d'autres voisins de ruelle
qui ont formé un groupe sur facebook
dans lequel on jase de la sécurité des enfants
de la sécurité des domiciles
de la vague de vols l'autre saison
du verdissement
des activités ludiques pour les kids
des ventes de garage
et des scratchs sur les chars

mon voisin de gauche de ruelle
ou de droite sur la rue st-denis
a déménagé à la fin juillet
finalement
comme doit se dire son proprio
qui a acquis le cinqplex
il y a deux ou trois ans
il avait déjà exproprié les quatre locataires du dessus
rénové tous les logements de fond en comble
en dérangeant les voisins de droite de la ruelle
ou de gauche sur la rue st-denis
dès sept heures trente tous les jours
pendant deux étés
en foutant de la poussière
jusque dans nos assiettes lorsqu'on soupait dehors
bref
le voisin du rez-de-chaussée
était indécrottable
puis il a fini par céder
tant mieux
c'était un estique de grincheux antipathique
mais quand même
à la place de son camion et de son trailer
à la place de sa face de boeuf
et des airs de piano que son frère débile
produisait de temps à autre mélodieusement
dans le salon mitoyen au nôtre
il y a maintenant des coups de marteau
d'arracheur de plâtre et lattes de bois
il y a des containers en acier dans la cour
pour recevoir les vieilleries
les boiseries les murs les fils
et tout est strippé à neuf
dans la rue quand tu regardes par la fenêtre
tu vois jusque dans la cour
il n'y a plus de murs
il n'y a plus rien
il n'y a plus de vie

c'est un beau gâchis
de ne pas préserver l'harmonie
c'est un beau gâchis de détruire la vie
pour créer le néant
pour nettoyer et refaire au goût du jour
qui ne goûte rien
la ruelle porte bien son nom
quel beau dommage!


samedi 16 septembre 2017

aveugle



cette semaine en lisant le devoir
je me suis dit que j'en reperdais
que je n'étais plus à jour sur les nouvelles
qu'elles s'enchaînaient si rapidement
et toutes plus désastreuses les unes que les autres

ça me désespérait
j'avais envie de me désabonner de mon quotidien

enfant je n'écoutais pas le journal télévisé
en europe je me souviens que mes parents le faisaient
parce que ma' trouvait toujours jolie
telle ou telle speakerine
mais ça ne m'intéressait guère
je ne me souviens pas d'avoir été rivée à l'écran
devant telle ou telle nouvelle marquante
de l'histoire contemporaine
je me souviens de noms
jimmy carter
anouar el-sadate
valéry giscard d'estaing
la reine fabiola

puis adolescente je me souviens
que pa' lisait the gazette
dont je ne collectionnais que les comics à l'époque
il recevait également le newsweek
mais comme tout cela se passait en anglais
et que j'étais une artiste dans l'âme
je ne m'intéressais qu'aux arts visuels
et à la musique
et rien de l'actualité ne s'imprégnait dans mon cerveau

sauf la fois de reagan contre kadhafi dans les années quatre-vingt
j'ai pensé que ç'allait être la troisième guerre mondiale
je pleurais comme une madone

cette semaine l'homme-chat m'a montré en vidéo
des flamands roses s'enfuyant en gang floride
à cause de l'ouragan irma
je ne savais pas alors si je voulais rire ou pleurer

les nouvelles sont sordides
soit le monde se porte de mal en pis
soit c'est ce qu'on nous fait croire

ceci dit
des gens souffrent et meurent quotidiennement
sur la planète

je me rappelle souvent comment j'ai de la chance
d'être née en occident et de n'avoir jamais vécu la guerre

face aux nouvelles
je me sens mal à l'aise de publier mon quotidien
rempli des plaisirs de la vie affluente occidentale
même si elle résulte de certains efforts
je me sens indécente
comme si on pouvait dire
fuck man qu'elle est pas dedans
comme si j'étais complètement déconnectée de la réalité

quand je compare mon quotidien
de mon observatoire luxueux
à ce dont on m'informe qui se passe autour de moi
aux réalités exposées au world press photo
je me dis que je saute les deux pieds dans le piège
de la caste
celle isolée dans son confort
celle de la réalisation de soi
au sommet de la pyramide de maslow
celle qui un jour deviendra sectaire
comme tous les sectaires que l'on dénonce sur les réseaux sociaux
comme les fous qui élisent trump
simplement car ils ne s'abreuvent pas
des autres réalités que la leur

non je ne peux pas cesser de lire les nouvelles

j'ai peur de parler pour ne rien dire
de n'être pas pertinente
de sonner comme des chroniqueurs des fois
de qui l'on dit qu'ils sont restés pognés
mais d'où donc sortent-ils

j'ai peur d'être off
de manquer d'empathie
de compassion
de parler à travers mon casque
et de devenir une vieille autruche
aux lunettes roses
qui radote

une crisse de vieille folle
qui a pas rapport

parce que lundi en moto
je demandais à l'homme-chat pourquoi
nous recevions tant de roches
dans le visage en roulant
et il m'a répondu que ce n'était pas des roches mon amour
c'était des bébittes
faque en plus de polluer la planète
avec notre bébelle à moteur
qui nous donne une illusion de fuite et de liberté
on tue des êtres vivants à cent quarante à l'heure

man

des fois j'e ferais mieux de me taire
de cesser d'exposer ma vie si simple et heureuse
parce que ça se peut que ça déraille dans la grisaille
que ça heurte ceux qui souffrent
et que tout ça finisse par sonner un peu faux.