samedi 16 mars 2019

vains humains



pleurer nos morts
même s'il y en a moins qu'avant
même si les morts par violence
ne représentent pas un centième
des morts par maladies cardiovasculaires

même si on nous met dans la face
des ms-13 enragés
des machettes ensanglantées
des enfants mutilés
des femmes battues
des migrants noyés
des humains dépecés
des mosquées explosées
des avions écrasés
des tours effondrées
des camions et des trains déraillés

pleurer nos morts
parce que cela fait quand même
quatre-vingt ans
que nous avons découvert la fission nucléaire
cinquante ans
que nous avons créé l'internet
vingt ans que big blue
ait battu kasparov

et que malgré tout
nous n'avons pas évolué
hors de notre barbarie

pleurer nos morts
pour oublier notre bêtise.

causes des décès dans le monde
ici.

samedi 9 mars 2019

pit stop


les beatles à miami beach en 1964
pic by bettmann / corbis
vacance
temps pendant lequel une fonction
une dignité un emploi n'est pas rempli
n'a pas de titulaire

l'été dernier sur un toit de brooklyn
sur le bord de la piscine de l'hôtel william vale
je recevais un message
d'une gestionnaire à l'agence
qui voulait m'offrir un poste dans son département
j'étais en fin de contrat au centre d'appel de l'agence
et je prenais quelques jours de vacances
avant la période de recrutement des bureaux de comptables
et avant le début de la dernière session scolaire
du baccalauréat

j'ai accepté le poste
que j'occupe maintenant depuis plus de cinq mois

ce vendredi matin
sur le bord de la piscine
de l'hôtel shelborne à miami
j'ai reçu une lettre confirmant
mon poste permanent à l'agence

comme quoi c'est toujours pendant les vacances
que je reçois des nouvelles du travail

j'ai en même temps reçu une invitation linkedin
de la part du dg vp en recherche et développement
contre l'évasion fiscale
d'une autre agence réputée
siégeant de l'autre côté de la rue
ça m'a réconfortée
sur mon pouvoir d'attraction professionnel

lorsque j'ai quitté la banque en deux mil seize
pour faire des études à temps plein
j'étais loin de viser
une permanence dans la fonction publique
je voulais juste faire mon titre comptable
et je ne pouvais pas étudier à temps partiel
parce que mon esprit n'était pas assez disposé
à faire finance le jour et compta le soir

l'obligation de stage de vingt-quatre mois
requis pour l'obtention du titre comptable
m'a remise en contact avec les employeurs
et je dirais que depuis un an
je fais fiscalité le jour et compta le soir

et j'aime dire que ça me passionne
ça me donne même la perspective
d'un autre jalon à compléter
peut-être une maîtrise en fiscalité
après mon cpa en septembre

j'ai dit peut-être

parce que bien sûr il faut de l'énergie

c'est pour ça que je prends des vacances
pour mettre du soleil dans mon corps
et entre mes oreilles
pour faire le vide afin que les idées se déposent

c'est toujours en vacances que je suis la plus paresseuse
que je ne fous absolument rien
et c'est toujours en vacances
que je suis la plus ambitieuse
que je construis mon devenir

les vacances
cet endroit de répit
cette étape nécessaire
où toutes les bonnes nouvelles arrivent
et se déposent
afin que sans trop savoir comment
ma tête et mes intuitions
prennent ensuite les bonnes décisions
dans le tumulte de la vie
où je n'ai qu'une seule conviction

trust the process.


samedi 2 mars 2019

fusion



il y a deux semaines c'était la saint-valentin
j'étais en cours du soir à l'uqam le jeudi
alors la veille j'avais fait un ti' lunch spécial
mon chum avait apporté du dessert
en pensant peut-être que j'allais lui faire
un grand repas
mais j'avais juste concocté une poutine au smoked meat
et on a bien ri et dévoré
toutes nos félicitations au chef
comme on dit par chez nous quand on mange de la scrap
et les desserts étaient bons
on s'est repris le vendredi au bar st-denis
avec quelques huîtres
du bon vin et des bouchées à gloutonner

je voulais à ce moment parler d'amour
comme j'aime tant le faire
mais j'étais trop pressée de parler d'autre chose
et puis dans la semaine même
ç'aurait fait ti' couple fusionnel
une expression tellement péjorative
que je n'essaye même pas d'y échapper
je pense que si on ne nous en qualifie pas tant
c'est bien grâce au fait
que l'homme-chat ne publicise pas du tout sa vie
il n'en a pas besoin
je le fais assez pour nous deux
ainsi que pour tous ceux que j'aime
et que j'admire
c'est inclus dans le forfait
tu fais partie de mon entourage
je parle de toi
dans un des cinquante-deux billets de l'année

je voulais parler d'amour parce qu'il y a quelques semaines
mon chum a dit à un copain
qu'à notre stade de vie
on ne cherche plus une date
on cherche une compagne de vie
j'ai eu une vague de chaleur
parce qu'évidemment j'entendais
qu'il ne cherchait plus d'amourettes
et qu'il m'avait prise comme compagne de vie
et j'étais profondément touchée par cette assertion

mon chum
l'homme-chat comme on l'appelle
est plus qu'un compagnon de vie
je trouve que le terme amoureux
le qualifie le mieux
mari ami amant partenaire associé confident
name it
il est tout cela

souvent je pense que ma vie serait différente sans lui
des fois je fabule à penser
que si nous ne vivions pas ensemble
je ferais plein de projets
auxquels il n'aimerait pas d'emblée participer
de la marche en gaspésie en hiver
du camping
travailler sur un lac
vivre plus modestement

de un
je me trompe parce qu'il céderait peut-être
de deux
je me fourre un doigt dans l’œil jusqu'au coude
parce que je ne les ferais pas ces choses-là
si j'étais seule
je me connais assez pour savoir
que quand je suis seule
je pogne la chienne
je me cloître
je ne bouge pas
je lis je surf je mange des cochonneries
je dors
je vis loin de la vie

ça ne prend pas vingt ans de vie commune
pour comprendre
que notre couple est plus fort
que la somme de chacun de nous
notre couple est ma matrice
le lieu d'où tout se construit
le lieu qui me nourrit et me ressource
pour que je sois plus forte
pour que quotidiennement je butine d'une fleur à l'autre
et je ramène le pollen à la ruche

c'est probablement faux de prétendre
que sans lui
j'aurais continué à aller à l'école
j'aurais élevé mes fils comme ils sont
j'aurais acheté et rénové des shacks
oui ce serait faux

je suis qui je suis
à cause de notre couple
parce que je partage ma vie avec lui
il me rend meilleure

ce n'est pas un champion
et je n'en suis pas une
je n'ai rien d'extraordinaire
et lui non plus
c'est la combinaison des deux
qui est optimale

je dis souvent dans nos moments intimes
que la seule raison pour laquelle sa mère l'a mis au monde
était pour pouvoir m'étreindre
mais croyez-moi
partager ma vie avec l'homme qui m'était destiné
mérite un valentin chaque jour
tomber sur lui sur six milliards d'humains
en l'an deux mil
et nous laisser le temps de nous apprivoiser
a été de loin le meilleur choix de ma vie

et il ne faut pas que j'oublie
de ramener le pollen à la ruche
de nourrir la matrice
de la garder en vie et vibrante
pour éviter que l'essaim ne se divise
et que tout le monde scram de son bord
en pensant qu'il vaut mieux que l'autre

être bien accompagné
ça vaut de l'or et il faut l'aimer et le polir
car lorsqu'il m'envoie un texto hier après-midi
en me disant
bon examen ce soir
j'ai confiance que tout ira bien xx
c'est tout ce que ça prend
pour que je réussisse

j'aime qu'il m'aime
j'aime l'amour
j'aime l'aimer

c'est ça la fusion
cet état physique qui transforme
et qui crée
pour plus beau et plus grand que soi.

samedi 23 février 2019

mardi de mars



mardi je me suis levée
au moins dix-neuf minutes
après que le réveil ait sonné
je ne l'ai jamais entendu

les mardis je travaille à l'agence à huit heures et quart
je me lève d'habitude à six heures
et je pars n'importe quand entre sept heures trente-cinq
et sept heures quarante-cinq
avant de partir
je range la vaisselle de la veille
je mets ma salade ma pomme mon pain dans mon sac
je vérifie si mon sac d'uqam
contient mon ordi mes livres mon cahier
ma calcu mes crayons mes pass mon portefeuille
mon kit de brosse à dents mon lypsyl
je fais dix à quinze minutes d'exercices
d'abdo et d'ouverture des hanches
en répondant aux courriels
je me lave je me crème je me parfume je me peigne
je déjeune devant la lampe de luminothérapie
en roulant la balle de lacrosse sous mes pieds
je lis le journal
je fais cinq à dix minutes d'italien sur duolingo
en position de squat
et si j'ai le temps
je fais le sudoku et le mot croisé
du devoir du jour

bref les mardis matins l'horaire est tight

mais ce mardi
je me suis levée en retard
et en plus de faire tout cela
j'ai réussi à décoller deux plats de faïence
qui s'étaient imbriqués l'un dans l'autre la veille
avec la succion de l'eau de vaisselle
et qu'on n'aurait réussi à séparer
qu'au prix des deux plats cassés
donc réussi
en les mettant à chauffer au four à trois cent cinquante
pendant trente minutes
pour que l'argile se dilate un peu
et que l'eau sèche
man
ça a décollé

ce mardi matin
j'ai profité de l'élasticité du temps
ça m'arrive une à deux fois par année
tu le sais tout de suite en regardant le cadran
les minutes passent beaucoup plus lentement que d'habitude
et tu accomplis autant sinon plus de choses
sans pour autant te presser
tu as même l'impression de prendre ton temps
c'est magnétique
ce sont les marées
c'est mars qui appelle vénus
il y a de quoi qui se passe
tu n'as pas besoin de comprendre
tu cash in
parce que tu sais que ça ne se reproduira pas
avant un certain nombre de mois ou d'années ou whatever

quand j'ai mis les pieds dehors
pas en retard du tout
il y avait ce ralenti
comme le beat des films de villeneuve
les voitures au ralenti
la neige au ralenti
aucune tempête
juste une toute fine neige
et en marchant sur st-vallier vers le métro
il y avait cette poussière orangée de mars
comme du smog mais plus cuivré
comme l'air dans l'automne à pékin
avec l'arrière-goût de fer du chemin de fer
dans la gorge
une chrysalide sous vide
vacuum total

c'était un mardi de mars

et ce soir-là en fiscalité à l'uqam
la pression est tombée
parce qu'il n'y avait pas d'examen comme prévu
tu cash in une deuxième fois

soundtrack

puis vers la fin de la semaine
je me suis dit que ma vie serait vraiment différente
si je vivais sur mars
je m'imaginais avec un scaphandre
en train de ramasser des matières radioactives
et de les manger pour survivre
j'imaginais les rats de ratkind de bonnie baxter
comme mes animaux de compagnie
sinon mes meilleurs amis
ou encore les patrons dont je serais l'esclave

puis je me suis aussi imaginé
le martien arrivant sur terre
et je me suis dit
qu'il trouverait que ma vie n'aurait pas vraiment de sens
il ne saurait pas l'utilité ni l'excitation
d'obtenir un titre professionnel de cpa
il ne verrait aucun intérêt à développer de la cryptomonnaie
ni à suivre la vie des autres sur instagram
il ne comprendrait pas la pétroéconomie
ni les big pharma
ni les yachts aux bermudes
ni le pain maison
pas plus que le veuve clicquot
ou le château margaux

si le martien venait sur terre
je pense qu'il s'intéresserait
à la forêt amazonienne
aux alpes et à l'himalaya
à la baie d'halong
à la baie d'hudson
à l'océan atlantique
à l'arctique
aux algues aux criquets aux bleuets et aux champignons

le martien se dirait que l'humain
est pas mal à côté de la track
qu'il est en fin de cycle
parce qu'il a perdu de vue les richesses
dont il peut profiter simplement
parce qu'il court après de futiles chimères
parce qu'il est complètement déconnecté
parce qu'il pense que la vie c'est de faire la fête à miami
plutôt que de chiller avec ses voisins
à jouer à la pétanque
à construire des forts
à ramasser des baies et des champignons
tous les après-midis

je crois aux cycles des civilisations
je pense que nous sommes en fin de cycle
je n'ai pas de trouble avec ça
on va bientôt passer à un autre appel
le prochain cycle reviendra aux sources

je ne pense pas être encore en vie
lorsque notre civilisation s'éteindra
et que d'autres adam et ève
renaîtront à neuf sous une forme différente
peut-être ressembleront-ils à des orchidées
ressuscitées des déchets organiques
avec le peu d'humidité qui planera sur terre

mais j'ai confiance au martien
qui étirera notre temps
fera exploser des bombes d'algues
engendrera des suicides humains collectifs
nous overdosera d'antidépressifs
réchauffera la planète à plus fort que broil
nous mettra ça en fast forward in your face
parce qu'on est vraiment trop imbécile
pour sauver l'humanité
à coup de triathlons et de diplômes de cpa
plutôt que de réduire
réduire
réduire
et prendre notre juste place
parmi toutes les autres richesses de l'univers.

samedi 16 février 2019

la dentellière



la complexité est un des états
les plus anxiogènes qui soit

la complexité relève
de la superposition de choses simples

elle naît du produit de deux facteurs
qui jusque là est relativement élémentaire
mais qui dès lors qu'il se rajoute
à un solde existant
se confond dans une série d'opérations
que le cerveau humain
n'arrive pas à décomposer
du premier coup d’œil

l'humain aime les choses simples
il aime la clarté et les ciels dégagés

c'est pour cela que j'aime l'ordre
et que je tiens mordicus à le maintenir
je remets les choses à leur place
je range
je lave
je n'encombre pas
car mon esprit ne décode pas
dans un environnement surchargé

c'est pour cela que marie kondo
a tant de succès
elle prétend purifier notre vie
en allégeant notre environnement

c'est un accident de parcours
si l'humain a appris à consommer et à accumuler
au fil du temps
au point de ne pouvoir plus gérer ses actifs
au point d'être mêlé
de non seulement ne plus retrouver ses choses
d'avoir oublié de posséder déjà un fouet à mélanger
avant d'en acheter un deuxième
avant d'acheter un troisième kit de fondue chinoise
avant d'acheter un deuxième téléviseur
qui sera livré avant de se débarrasser du premier
avant de comprendre pourquoi il passe tant de temps
à balayer épousseter astiquer
à gagner sa vie à payer ses biens
dont il ne se souvient plus du tout du besoin

et en un rien de temps mes amis
l'humain vit dans la complexité
il se tire les cheveux à deux mains
puis se prend les tempes
puis se bouche les oreilles
en fermant les yeux
il ne veut plus rien voir

il veut que tout disparaisse

il fait de l'aveuglement volontaire
parce que la complexité étouffe

mais simplifier
est plus facile à dire qu'à faire
car bien que l'humain aime la clarté
la complexité est un phénomène naturel

rien n'est linéaire
et la vie serait vraiment plate
si elle n'était faite que de choses simples
se succédant l'une après l'autre
sans jamais croiser d'autres chemins
sans faire de détours
il nous faut la complexité
comme dans le vin elle confère la richesse
mais il faut qu'elle redevienne dentelle
que les livres soient ordonnés
dans la bibliothèque

et ils sont très talentueux les auteurs
qui arrivent avec brio
à nous amener du point a au point b
en nous faisant passer par le point x
et en tournant bien autour du point g
tout en faisant évoluer parallèlement
plusieurs protagonistes dont les vies se croisent
sans que nos esprits et nos émotions
ne soient déroutés
mais que tout cela soit fluide et captivant
comme l'est la vraie vie

il n'y a pas de complexité
dans une seule opération
dans une seule transaction
dans une seule action
elle vient de l'enchevêtrement de tout cela
de l'accumulation
de l'amoncellement
alors qu'on oublie de revenir sur nos pas
quelques instants
pour faire un constat ou un post-mortem

des fois on se retrouve à des moments charnières
où l'on n'a pas le choix de s'arrêter
pour décoder et expliquer les événements
et la complexité est alors difficile à pénétrer
parce qu'on a acheté un deuxième immeuble
l'année d'avant celle où on a vendu le premier
parce qu'un locataire est passé du logement
du deuxième au logement du premier
parce qu'on a perdu un contrat de redevances
parce qu'on a commencé un nouvel emploi
parce qu'on a géré une succession
parce qu'on a reçu un cadeau
parce que la commande est passée chez l'imprimeur
puis qu'il a fait faillite
parce que la guerre a commencé
au milieu de l'année scolaire
parce que les égouts ont refoulé
alors qu'on voulait travailler vendredi
parce que ci parce que ça

je passe mes journées à décomposer
de la complexité
à défaire des puzzles en morceaux
pour comprendre chacune des composantes
je ne suis pas seule
les avocats décodent les contrats rédigés par leurs consœurs
les psychanalystes explorent nos accumulations
les hypnothérapeutes nous font creuser loin
les vitriers redonnent la transparence
et les opticiens ajustent nos lentilles

puis il y a ma'
qui dans un fil plein de nœuds
passe quelques heures à trouver où est le bout
et à dénouer chacune des boucles
pour retrouver le fil
pour retrouver le courant
pour refaire le cours des choses
patiemment
comme la dentellière
une boucle à la fois

et on le peut tous

défaire tranquillement
désengorger
remonter à la surface
et refaire comme l'auteur talentueux
un parcours limpide et cristallin

une vie claire agréable
et palpitante.

samedi 9 février 2019

femme de ménage


j'aime cette photo de joblo depuis qu'elle a été publiée
elle figure déjà probablement dans un de mes billets

je suis heureuse de n'avoir pas le temps
de faire le ménage chez nous
nulle part dans mon outlook
n'y a-t-il une plage horaire nommée
passer l'aspirateur
ou faire le lavage

mais ça ne veut pas dire
que je me roule dans la crasse
c'est relativement en ordre au palace
j'aime beaucoup trop laver
ça me vient de loin

mais quand j'entends une chumette dire
qu'elle a passé son dimanche à récurer
deux salles de bain
ou l'autre son samedi à sortir les lits
et aspirer son entrée
je suis abasourdie

je vous l'accorde je ne lave pas beaucoup
les plinthes des boiseries
n'ont pas été époussetées depuis des lunes
et je ne lave pas mon plancher chaque semaine
j'aspire à peine mes tapis
même si nous vivons sur st-denis
qui nous donne notre ration de pollution
et avec le chat brooklyn qui mue à longueur d'année
je pense que c'est bien de manger
un peu de sable
ça renforce le système immunitaire

mais j'ai remarqué que lorsque je me mets à laver
je ne finis plus
je constate à quel point ce n'est jamais assez propre
puis je n'arrête plus de frotter
je deviens hystérique
et en colère
j'ai l'impression que je vis dans un junk house
mieux vaut ne rien voir

en fait je suis une femme de ménage
comme dans le pain de ménage
celui qui est bon et souple et confortable
je tiens maison comme une bourgeoise
je fais à manger
je sors les poubelles le recyclage
je rénove je rafistole
j'emballe des cadeaux
je reçois je fais plaisir
je range les affaires
je me souviens toujours avoir vu
le truc que l'homme-chat cherche en vain
le soir ou le lendemain
mais je ne suis maniaque de rien

j'aime la propreté depuis ma tendre enfance
de laquelle j'ai un souvenir de grand désordre
je ne sais pas si c'est un vrai souvenir
ou simplement le fait que nous ayons tellement bougé
alors que pa' et ma' travaillaient tout le temps
qui me laisse cette impression de chaos
j'ai des souvenirs de passer du temps
dans la salle de bain
à laver la toilette et à astiquer les robinets
j'aimais que cela brille
mais je ne me souviens pas avoir fait la vaisselle
ni même fait à manger
alors que j'étais petite
je ne me souviens de rien en fait

mais grande j'ai commencé à laver
et je voulais que tout soit propre tout le temps
et que tout soit en ordre
encore aujourd'hui
il ne traîne jamais une fourchette
ou une assiette sale dans la maison
la moitié de la vaisselle est faite
quand j'ai fini de cuisiner
et l'autre est terminée
dans la demi-heure suivant le souper
d'ailleurs je ne comprends pas les gens
qui laissent tout traîner dans l'évier
et qui se donnent des rendez-vous
ad hoc out of the blue
pour aller passer une heure à l'évier
faire la vaisselle de la veille
alors qu'ils n'ont rien à faire dans la cuisine
soyons efficaces
c'est mon motto

je lave mon bain quand je prends ma douche
sinon quand est-ce
on ne peut pas laver un bain
quand on est propre et habillé
il me semble qu'en se lavant c'est le meilleur temps

des fois le week-end dans la cuisine
quand le soleil daigne éclairer mon plancher
et que j'y vois les aspérités
je m'accroupis avec un linge
et de l'huile murphy et je ramasse et lave
pendant un gros cinq minutes

si je reçois de la visite
ce qui est devenu une rareté au palace
je mets un effort de plus
pour aspirer et aérer
pour laver les miroirs et les surfaces
mais sans plus

la poussière vient avec le lieu
c'est ici c'est comme ça

et il ne me viendrait jamais à l'esprit
de faire travailler une domestique
j'ai un malaise très colonial
envers ce lien de servilité
j'accepte mal que quelqu'un soit réduit
à nettoyer le vase
où je dépose ma merde

je fais le ménage tout simplement
en cinq dix quinze vingt minutes
jamais plus que le temps que ça me prend
pour écrire ce billet
juste assez pour que si un voleur entre
à n'importe quel moment
il trouve que je vis dans une bien belle maison

je fais le ménage
comme je change les couches de mes enfants
comme j'ai lavé mes couches de coton
comme je lave mes verres
comme je me brosse les dents
comme je lave sèche et plie mon linge
comme je me nettoie le visage
par pure dignité
si je vis assez amplement pour créer le bordel
c'est une hygiène de vie de se ramasser soi-même

le yin et le yang.

samedi 2 février 2019

grand


grand canyon national park

je suis une fille pas grise
mon teint est tout sauf morose
s'il a de quoi
il est un peu jaune

ce n'est pas parce que c'est février
que je pleure que je blues ou que je spleen
non je vous ai dit qu'en deux mil dix-neuf
le café allait être bon et fort
et bien oui
c'est l'année de mes cinquante-deux ans
et j'ai l'intention de la mener
victorieuse
et non niaiseuse

donc je pensais en début de semaine
être misanthrope
j'avais envie d'écrire un billet
pour dire comment j'haïssais
tel genre de monde ou tel autre
puis j'ai su que c'était la semaine
de la sensibilisation à la santé mentale
et je me suis dit que le moment
était mal choisi
que ce n'était pas tout d'avoir une grand 'yieule
il fallait quand même être un peu adroit
cadrer dans son temps

faque
j'ai décidé d'aimer plutôt que d'haguir

et pour sauver mon âme
qui devenait sauvage au fil des jours
je suis tombée face-à-face
avec jérémie dans le métro
ce jeudi matin

ça nous a pris quelques secondes pour nous reconnaître
j'ai pris des nouvelles
de la structure corporative de la banque
parce que ça m'intéresse toujours
de savoir comment se porte le monde des affaires
et puis on s'est mis à parler de vélo
parce que jérémie allait travailler
tous les jours en vélo
été comme hiver
et il m'a raconté son changement d'emploi du temps
à cause du nouveau job de sa blonde
et du transport des enfants
bref
il prend maintenant le métro l'hiver

mais en avril
il coursera en vélo au tour du sénégal
une épreuve de mil quatre-vingt-dix-sept kilomètres
sur sept jours

on a parlé d'entraînement
d'acclimatation à la chaleur
des petites vacances qu'il prendra
avec la famille à cuba
une semaine avant
juste pour faire la transition
entre la fin de l'hiver québécois
et le printemps sénégalais
autrement ce sera un parcours plat
ce sera facile et il est excité

mes cinq stations debout
à jaser avec jérémie
m'ont encore confirmé
que j'aime clairement plus les gens talentueux
ceux qui travaillent fort
ceux qui s'entraînent sans compter
ceux qui font mieux que moi
ceux qui peuvent m'apprendre
ceux qui sont plus intelligents
plus forts
plus érudits
plus cultivés
plus entreprenants
plus sages
ceux qui font le tour de la gaspésie
ceux qui me font rire toute la soirée
ceux qui racontent des histoires abracadabrantes
ceux qui me font découvrir le lapsang souchong
ou dissertent sur le goût insaisissable de l'umami
ceux qui fraudent la planète au complet
incluant bill clinton
ceux qui se lèvent à l'aube pour nager
ceux qui créent des entreprises
ceux qui fabriquent des ciabbata
ceux qui construisent et rénovent des cabanes
ceux qui peignent et sculptent
ceux qui courent le matin
ou cent soixante-cinq kilomètres
ceux qui font de la boxe
ceux qui écrivent des livres
ceux qui sont occupés du matin au soir
ceux qui ont hâte de se lever le lendemain

bref je n'aime que les gens extraordinaires

et je déteste un peu
ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie
et qui la passent à se poser la question
et je déteste beaucoup
ceux qui blâment les autres et la température
et je déteste encore plus
ceux qui vivent dans le passé
inconscients que d'une minute à l'autre
le train les frappera de front

j'ai deux devises qui me suivent depuis longtemps
et qui m'aident à choisir clairement
quand je n'ai pas beaucoup de temps

become your dream
de james de la vega
street philosopher

quand tu as le choix
prends le meilleur

dans ma vie
ça s'applique à ce que je mange
ce que je bois
les actions que j'entreprends
et les gens que je vois

à bas la morosité
basta ouste
et vive l'aventure!

samedi 26 janvier 2019

travailler


il ne me manque que les souliers rouges

au bureau j'ai un collègue
qui a environ trente-deux ans
il a passé cette année son examen de cpa
pour le réaliser
il a choisi la plus facile des quatre options
celle en comptabilité de gestion
pas la finance
ni la fiscalité
ni l'audit
pourquoi se casser le coco s'est-il dit
quand tout ce qu'il veut c'est un titre
c'est un jeune homme
qui travaille dans la fonction publique
et qui n'aspire pas à travailler en cabinet comptable
alors qu'il a des chums d'université
qui travaillent beaucoup plus d'heures que lui
et qui gagnent beaucoup moins
il a assisté récemment au lunch de départ
d'un collègue pour la retraite
et quand il est revenu au bureau
il s'est dit qu'il lui restait encore
trente-trois ans à travailler
il prend toutes ses pauses
il va se chercher un café
et lorsqu'il résout un problème
il choisit toujours le raccourci
qui le fera travailler le moins fort possible

même s'il ne me ressemble pas
je l'adore

il a certes des choses plus intéressantes dans la vie
qui le stimulent davantage que son travail

moi évidemment
sur quatre-cent quarante-deux billets de blogue
il y en a possiblement dix pour cent
qui indiquent mon plaisir à travailler

je n'envisage jamais arrêter de travailler
bien sûr j'ai besoin de pauses comme tout le monde
des vacances de quelques jours une ou deux ou trois fois par année
mais j'aime l'idée de fournir du labeur
tous les jours de ma vie

que ce soit à l'agence
ou dans mon bureau au palace
à me creuser la tête en autodidacte
à essayer de régler des problèmes comptables réels
ou dans les mises en situation académiques
que ce soit pendant des journées pleines de fin de semaine
pour ne gagner que cent soixante-quinze dollars
ça ne m'embête pas
ça me réjouit

peut-être le travail me permet-il de fuir
de fuir quoi
je ne le sais pas

je me vois bien à quatre-vingt-dix ans
en train d'étudier au doctorat
j'aime fournir l'effort cérébral
j'aime accumuler des connaissances
j'aime ce progrès

j'aime
allumer l'ordinateur
sortir mon crayon et mon bloc-notes
ouvrir un nouveau dossier
ouvrir une feuille excel
lire un nouveau rapport
décacheter une enveloppe
terminer un autre trimestre
pitonner sur la calculatrice
ouvrir un manuel scolaire
lire de nouvelles diapositives
créer un nouveau dossier sur le serveur
rédiger des paragraphes
imprimer copier brocher scanner
ouvrir les tiroirs
fermer les tiroirs
coller un étiquette
écrire au sharpie
écrire dans le cahier à anneaux
classer des documents
envoyer des courriels
me creuser les méninges
m'asseoir et discuter
apprendre des nouveaux concepts
développer mon vocabulaire
parler aux avocats
parler aux comptables
lire des jugements
découvrir des histoires
compléter des tâches
aider des humains
leur annoncer de bonnes nouvelles
ranger un livre
fouiller dans un code
chercher l'article de loi le paragraphe l'alinéa
imprimer et lire un nouveau plan de cours
écouter un enseignant
prendre des notes à la main ou à la machine
voir les mots défiler
entendre et dire des mots
les écrire les mémoriser
débuter une nouvelle grille de sudoku
faire une autre leçon d'italien
trouver trinité et tobago sur la mappemonde
lire un article sur le web
apprendre sur l'intelligence artificielle
la réalité augmentée
la robotisation
et les chaînes de blocs

j'aime découvrir
apprendre
comprendre
et appliquer

peu importe les conditions
que ce soit ou non rémunérateur
que ce soit pour tester une nouvelle recette
de muffins de pain ou de fat rice
faire ou défaire des tuyaux d'abs
scier des deux par quatre
rédiger un examen de fiscalité
faire de la tenue de livres
ou écrire une réponse à la cour canadienne de l'impôt
j'aime travailler

mon corps et mon esprit sont mus
par le fait de produire un résultat
de matérialiser des choses

mais tout comme mon collègue de travail
j'aime aussi faire cela avec des humains de qualité
des humains qui sont mus
par quoi je ne le sais pas
mais des humains inspirants
qui bougent qui pensent qui font

sur ce
vous m'avez assez lue
et je vous laisse également
car aujourd'hui
de neuf heures à quatorze heures
je serai scotchée à mon ordinateur
ma calculatrice et mon manuel de l'ordre
pour résoudre un cas de cinq heures
avec ou sans pause
à mes dépens.

samedi 19 janvier 2019

créateur



le big bang
les étoiles
les météores
l'air
le feu
l'eau
la terre
les dinosaures
les reptiles
les poissons
les batraciens
les tortues
les kangourous
les tigres
les pélicans
les cygnes
les chats
les loups
les bouledogues
les séquoias
les chênes
les orchidées
les roses
les pissenlits
le maïs
les tomates
les patates
les abeilles
le miel
les pommes
les yeux
la bouche
le nez
les oreilles
les orteils
les mains
les grains
l'huile
l'argile
le pinceau
la plume
les mots
le papier
la pulpe
les pigments
les ciseaux
les couteaux
le bois
la pierre
l'émeraude
le diamant
la forge
les aiguilles
la glu
le fil
le coulis
le mortier
gizeh
la cathédrale de chartres
la truie
la pâte
le levain
les arabesques
la trampoline
le nageur
la gymnaste
les cerceaux
le chef d'orchestre
la partition
le lutrin
la queue-de-pie
le haut-de-forme
la baguette
les chopsticks
les chops de porcs
la chopard
le foulard hermès
le château margaux
le canard à l'orange
le soufflé au fromage
le old fashioned
casablanca
les mille et une nuits
les misérables
la joconde

les œuvres d'art font partie
de ce grand thème de la création
elles n'ont pas que le droit de naître
elles ont le droit d'exister
elles ont droit de cité
elles concourent à notre identité
à notre histoire à notre évolution

conçues du feu de l'air de l'eau et de la terre
les œuvres d'art doivent naître
le créateur a comme ultime raison d'être
de créer l'œuvre de la mettre au monde
qu'elle soit rap sonate sérénade
nocturne concerto symphonie ou opéra
qu'elle soit alexandrin haiku
ode poème fable nouvelle ou roman
qu'elle soit graffiti collage
photographie dessin estampe peinture
ou sculpture
qu'elle soit moon walk claquettes
swing en ligne valse ou tango
qu'elle soit mime huit millimètres
muet noir et blanc ou imax
qu'elle soit stand up théâtre d'été
broadway ou hamlet
l'œuvre d'art est un être vivant

le créateur n'est pas un simple passeur
ils ne sont pas nombreux ceux dotés
de la douance et du labeur nécessaires
pour mettre au monde ces monuments de vie
pour livrer à l'humanité ces existences
qui survivront au-delà de la leur

quand on regarde un rodin
quand on lit un hugo
quand on écoute un dvorak
quand on s'imprègne de béjart
quand on contemple un cézanne
on vibre et on grandit

tous les humains parlent le langage
des œuvres d'art
c'est un langage magnétique et biologique
provenant du fin fond du cosmos
peaufiné par des millions d'années
d'histoire et d'évolution

on en a besoin
comme du pain de l'eau de l'air
des plantes et des animaux

la notion de l'oeuvre d'art comme être entier
qui doit voir le jour
m'a été révélée en deux mil quinze
dans le très bon bouquin big magic d'elizabeth gilbert
ce livre a un peu démystifié l'acte de création
comme faisant partie de la vie humaine
il n'y a pas de complexe à créer
il n'y a pas de petite ou grande oeuvre
la création est le plus beau cadeau
que l'on puisse donner à l'humanité

il n'y a rien de plus puissant
que le dialogue entre les humains et les œuvres d'art
il faut qu'ils se rencontrent

merci de nous les présenter.


samedi 12 janvier 2019

simultané


(c) anna malina

je pense que dans une journée
il m'arrive au moins mille moments
où j'accomplis deux choses en même temps

je suis pour le fait
de prendre le temps de faire les choses
c'est-à-dire les choses qui gagnent à être faites
avec concentration attention amour et savoir-faire

mais je suis une boulimique d'efficacité
ne changeant de pièce
que lorsque les choses à faire dans la première
sont bien complétées
pour ne pas perdre de temps
à me déplacer inutilement

conserve energy is my m o 

mais comptons donc ces moments
de superposition dès que je me lève le matin

en cuisine j'attends pour laisser rentrer le chat
que j'ai laissé sortir en me levant
tout en serrant la vaisselle séchant depuis la veille
dans l'égouttoir
et en transférant ma salade du frigo
mes fruits et mes amandes à mon sac à lunch

lors de mes exercices abdominaux
je lis le courriel quotidien de ma'
en faisant la planche

en me crémant après la douche
je fais mes exercices d'extension des psoas

le petit déjeuner est mon moment
le plus efficace
alors que j'ai enfilé mon écarteur d'orteils
et allumé ma lampe de luminothérapie
pour emmagasiner de la vitamine d
à raison de quinzze à trente minutes par jour
je mange debout en feuilletant le journal sur la table
et en roulant la balle de lacrosse sous mes deux pieds
pour renforcer mes plantes de pieds
ça fait combien de choses en même temps ça
j'ai compté cinq
c'est dingue

quand il me reste du temps
je termine mon petit-dej'
accroupie à terre pour pratiquer mes squats
et écarter les hanches
en buvant mon allongé
et faisant des sudoku dans cette position

je fais ma vaisselle
en croquant mes vitamines c

je passe quelques minutes matinales
sur le trône et j'y termine
un sudoku une leçon d'italien des mots croisés
mais je me grouille
parce que la salle de bain
c'est la scène d'un ballet matinal chronométré
entre les deux époux

je me brosse les dents
en massant à nouveau mes pieds avec la balle
ou en enfilant mes souliers
en ramassant mes affaires
en enfilant mon manteau
god knows

dans le temps en marchant sur saint-vallier
j'écoutais andy dans mon iphone
me guider dans la méditation
et je descendais comme ça la rue
les yeux fermés
avec le reflet orange du soleil
sous les paupières
et je les rouvrais rapidement
pour ne pas foncer dans un piéton
ou marcher tout croche

ces temps-ci je suis plus minimaliste
alors je ne porte plus mes écouteurs en public
donc je ne médite plus en marchant
mais je regarde le ciel et je souris
ou je pense à comment je pose mes pieds
sur le sol avec mes bottes très plates

l'occupationnel dans le métro
se déroule en deux temps

le premier se passe sur le quai
en attendant le train
j'y lis mes notes de cours ou j'y termine les mots croisés
le deuxième se passe dans le train
pendant les quinze minutes que prend le chauffeur
pour me déplacer au chaud sur cinq kilomètres
j'y suis toujours debout et je ne lis pas
parce que cela prend trop de place
et mes concitoyens sont nombreux
alors je travaille ma posture
je m'applique à être grande
avec un fil qui me tire sur la tête
à redresser les épaules
à rentrer les fesses
à tourner les genoux vers l'extérieur
à ne pas écraser mes pieds

j'évite d'utiliser le iphone dans le métro
parce que ça me coûte des données
sauf quand je dois faire un paiement interac
à une charlotte qui a fronté notre session de natation
alors là je paye interac bing bang
pendant que le chauffeur m'amène
soit à place d'armes soit à beaubien

quand je marche vers l'agence
je pense
c'est un de ces moments de transition
que j'utilise à réfléchir
à des choses peu engageantes mais quand même utiles
comme me rappeler de mes rêves
travailler ma mémoire pour me rappeler un nom
fabriquer des phrases
penser à un texte
planifier un repas
planifier la journée
je fais cela en marchant
en faisant des longueurs de piscine
en montant les huit étages à pieds
c'est vraiment génial de faire ça
la pensée qui occupe
occulte l'effort physique fourni
et le résultat est probant dans les deux sphères
c'est fou ce qui est accompli
entre un point a et un point b

c'est tout

le reste de la journée
je ne suis concentrée que sur une tâche à la fois
je passe d'un dossier à l'autre
sans jamais faire du multitâches
je suis là avec ce qui m'occupe
une lettre une syllabe à la fois
un chiffre un piton une respiration à la fois

mais vous voyez le topo
là où il n'y a que des gestes mécaniques et des habitudes
j'y vais gaiement
je ne perds pas de temps
je multiplie les plaisirs

des fois je m'excite parce que je me trompe
ça va trop vite et je trébuche
je ris je crie un peu je gesticule
tasse-toi de là

mais tout autant que dans mes moments
de déambulations créatrices
lorsque je me donne à fond dans une seule tâche
mes superpositions et collisions
donnent des fois de bien belles créations.