samedi 23 avril 2016

give a little bit



robert doisneau, pour renault, 1936

un réseau c'est un pique-nique
ce sont les mots de geneviève de ce jeudi
un réseau ce n'est pas le resto
où tu laisses deux piastres de tip
en payant a'c ton interac
et d'où tu sors avec tous les bonbons rouges
que tu as pigés dans le bol en laissant les verts

nah
la vie c'est le partage
c'est un give and take
avec le give avant le take

je me suis rappelé jeudi
comment je détestais les égoïstes
les spectateurs qui ne participent pas à la vie
qui matent et prennent les meilleures pratiques
qui attendent le homard frais au buffet
et en prennent deux portions dans leurs assiettes
avant que les autres ne se servent

je détestais
je déteste
les égoïstes
ça y est je manifeste
je suis assez grande maintenant pour le dire

j'ai toujours donné
il n'y a pas un chrétien sur terre
qui pourra dire que je ne suis pas généreuse
ce n'est pas vertueux de ma part
c'est la loi de la vie
si tu ne contribues pas à la vie
à quoi tu sers donc

ah t'es un parasite
voilà ce que tu es quand tu ne donnes pas
tu es un parasite

dégage

ici on grandit
on fait des choses
on construit un monde
en prenant soin les uns des autres
en s'encourageant
en donnant l'un du temps l'autre de l'amour
lui des sous elle des conseils
lui de l'écoute elle de la force
lui de l'expérience elle du calme
lui du réconfort elle du défi
lui un téléphone elle un courriel

quand je pense encore aux égoïstes
ceux qui matent de loin
ou en détail et ont la chienne
ceux qui se protègent de tout
qui ne likent ni ne commentent ever
ceux qui ne discutent jamais dans les plénières
ceux qui crashent les lancements les partys
les courses les mariages des autres
pour faire leur auto-promotion
je déteste
c'est viscéral
je déteste

il me vient toujours en tête
cet essai dont j'ai déjà parlé en deux mil douze
la juste part de robichaud et turmel
où on explique clairement
qu'aucun succès ne se réalise seul
que tout se bâtit dans un contexte
et une infrastructure existante
nous ne créons pas notre vie du néant
nenah
nous naissons dans une époque
qui comporte ses acquis
et en général ils ont été obtenus par nos prédécesseurs

give and take that's what we say

ça fait pas mal
donner
ça fait même beaucoup de bien
c'est le seul moyen de voyager léger
et quand tu sauras comment faire
tu reviendras me voir
pour l'instant je te lâche
chu tannée de te traîner sur mon dos
ciao bye dégage!

(oh!  je me suis emportée!  pardon.)

samedi 16 avril 2016

grand boulevard


st-denis et st-zotique 1948

jeudi matin huit heures
je conduis soleil devant
sur la magnifique rue st-denis
celle qui a été laissée pour compte
comme la main et la catherine
devenues presque moribondes
dans les dernières années

c'était il y a vingt ans
des artères commerciales vibrantes
des endroits où nous nous retrouvions socialement
pour manger boire danser
jouer au pool

et ce ne sont aujourd'hui
plus que des nids de poule à contourner

bref donc sur ma st-denis adorée
je réalisais encore une fois
que c'était la rue que j'habitais
que c'était celle où je résidais aujourd'hui
comme celle qui m'a logée la première
lorsque je suis partie en appartement
il y a trente ans en ville
et je me disais que franchement
j'adorais vivre sur les grandes artères

sur st-denis entre ontario et sherbrooke
iz et moi tenions un quatre et demi
dans le fond d'un corridor
au-dessus d'une boutique de linge
à côté d'un bar brumeux

sur ste-catherine dans l'est
à quelques pas de la fabrique de sucre lantic
stéphane et moi tenions
un immense six et demi
à côté d'une piquerie
et deux étages sur le salon funéraire

quelques années plus tard
sur le magnifique boulevard st-joseph
avant que la ville n'y installe un parapet
nous logions dans un six et demi
au-dessus du médecin et face au dentiste

il y a treize ans
les saints ont légué la place
aux chemins de fer
et van horne fut l'hôte
de notre première propriété
une autre grande avenue
au pied d'un viaduc
où le chat domestique
a appris à éviter les véhicules

j'aime donc vivre sur les grandes artères
contrairement aux autres citadins
qui les trouvent bruyantes
polluées et dangereuses

c'est sur ces rues avenues et boulevards
que les logis sont les plus profonds
les plus vastes et les mieux construits
ce sont les sentiers les mieux desservis
toujours déneigés en premier
et lorsque ce même jeudi soir
une panne d'électricité
plongeait st-vallier dans l'obscurité
notre st-denis à un jet de pierre
brillait de mille hydro
tout comme je n'ai jamais vécu
de panne en quatre-vingt-dix-huit
sur la grande st-joseph

sans compter qu'un boulevard
c'est si noble
on y voit presque passer les carrosses
quand ce ne sont pas les parades
les courses et mille autres manifestations humaines

ce sont mes racines européennes
qui me les font tant aimer
ces grandes avenues bourgeoises
ce grandiose en pierres et boiseries
bordé d'arbres centenaires.

samedi 9 avril 2016

journée de marché



nos locataires de voyage
on quitté ce matin dans un grand chahut
me faisant craindre qu'ils partaient
avec le mobilier les draps et la vaisselle

en ouvrant les rideaux
j'ai aperçu la voiture les emmenant
vers une nouvelle destination
et le silence se fut

je ne vous fais pas aujourd'hui un récit policier
je vais vous parler de marketing

c'est un autre chauffeur de taxi
dont la valeur du permis a baissé ce matin
je ne me suis même pas posé de question
quand j'ai vu le bazoo noir décoller du trottoir
c'était uber évidemment

notre appartement a été payé sur airbnb
de façon sécurisée via internet
dès le début du séjour
aucun échange de numéraire
aucune mauvaise créance
aucune vérification de crédit
rien à collecter rien à négocier
au checkout aucun dérangement
aucun sourire ni facture à imprimer
tout cela était géré par un intermédiaire créatif
moyennant un trois pour cent très accommodant

demain uber et airbnb
seront des marques aussi familières
qu'apple et amazon
et après demain
elles le seront comme coke et mcdo

l'innovation et les changements sont inévitables
ils naissent de l'insatisfaction des modèles existants
des fissures non comblées
des choses qu'on ne répare pas parce que c'est comme ça
parce qu'il n'y a pas d'alternative
parce que le client est otage
de son banquier de son cordonnier
de son garagiste de son coiffeur
de son technicien en informatique
de son comptable

oui on peut toujours faire mieux
et la raison pour laquelle on le fait
est pour que l'expérience soit plus simple
ou plus agréable ou moins chère
il n'y a pas quarante-douze autres raisons
pourquoi nos business deviennent caduques

le client a toujours raison

j'adore les métiers traditionnels
j'adore l'innovation
l'un n'empêche pas l'autre

si vous gagnez votre vie
à offrir produit ou service
soyez toujours attentif
à l'environnement à ce qui se passe autour de vous
et surtout ce qui se passe très loin
sondez votre client aussi souvent que possible
faites remplir les sondages anonymes
cela se fait depuis la nuit des temps
encore aujourd'hui chez st-hubert
car votre prochain concurrent
est votre client d'aujourd'hui
qui a toujours trouvé
votre sauce trop salée.

samedi 2 avril 2016

danse macabre



nous avons accueilli beaucoup de morts
cette semaine
il y a quelques années
je ne me souviens plus
si c'était à l'occasion de la mort subite de m
ou de la maladie grave de pa
ma jeune soeur avait fait le constat
que l'occident n'apprivoisait pas la mort
qu'elle ne faisait pas partie de la vie
yvonne avait bien raison

car s'il y a une affaire qui vient avec la vie
c'est bien la mort certaine

hormis les fêtes des morts
s'étalant de l'halloween
à la toussaint ainsi qu'à la journée des morts
et autres célébrations
bouddhistes païennes ou chrétiennes
visant à purifier les âmes abandonnées
et accompagner les esprits
il n'y a pas dans notre vie moderne
l'intégration de la mort
dans nos gestes et réflexions quotidiennes
si ce n'est que par l'urgence de vivre
ou le désir de la vie éternelle

dans mon esprit
la mort sera toujours une délivrance
ce n'est que dans la vie
qu'il y a souffrance douleur et peur
c'est dans la vie qu'on pleure
la mort est lumière et repos

dans ce très intéressant article
du national geographic d'avril
on parle de la définition clinique de la mort
et du fait que certains reviennent de l'au-delà
vers le monde conscient
ça devrait suffire à enrayer nos peurs

en occident
la mort est une chose à éviter
et à repousser le plus loin possible
on ne la veut que très tard dans l'automne
et seulement dans les cas où la vie
ne vaut pas la peine d'être vécue
la mort est pressentie comme une perte
plutôt qu'une suite
un trou plutôt qu'un flux
on évite d'en parler
trop occupé à vivre
mais tout ce qui bouge et brûle de l'énergie
se déteriore rapidement ne se conserve pas
notre vie effrénée sans réflexion
nous rapproche plus qu'on ne croit de la mort
et si la mort nous prend par surprise
on réagit mal
on réagit toujours mal
comme si c'était l'oeuvre du diable

et pourtant

si on n'y pense pas autrement
la vie ne pourra être qu'un éternel
larmoiement

ça va finir bien mal tout ça

apprenons à mourir autant qu'à vivre.

samedi 26 mars 2016

undisclosed desire



je n'aime pas le sexe
autant que j'aime le désir

le premier est animal et mécanique
le deuxième est mental et sophistiqué

le roman de pascale
me rappelle ces jours-ci mes désirs adolescents
ceux liés à la découverte à l'inconnu
à la possibilité de connaître l'amour
ceux essentiels pour aller vers l'autre
et menant à l'acte ultime de la copulation
celui permettant la reproduction de notre espèce

c'est dit simplement
et c'est vécu de façon infiniment complexe
un trou dans le ventre
des papillons dans la poitrine
des oreilles qui bourdonnent
la tête qui tourne
la perte de la raison
le désir emplit de vie et de pulsions

dans ma vie adulte
il se manifeste par une attirance physique
que je ne voudrai jamais matérialiser
il est généré par un regard soutenu
une bise sur la joue
ou la caresse sur l'épaule
mais il ne mènera jamais au sexe
qui romprait le charme de ce fil
de cette histoire si belle dans notre imagination
le sexe n'a rien à voir dans le schème du désir
il n'amplifie ni ne marque l'intensité de cette sensation

je ne sais pas si les hommes vivent le désir
comme les femmes vivent de désir

cette sensation que l'on ressent dans la gorge
dans les larmes qui montent aux yeux
dans les cuisses tremblantes
si intense à l'intérieur
et générée par des liens si ténus
fins comme le fil de soie
comme l'effleurement
comme la rosée qui menace à tout moment
l'évaporation

le désir est grandiose et violent
il se vit dans la vie moderne
dans un format pourtant si convenable
pour qui sait le contenir
et ne pas s'y soumettre comme une âme perdue
il peut même se vivre sans même l'adultère
voyez comme il est pratique
il ne se partage pas
il est invisible
l'air n'est pas chargé d'électricité
le courant ne passe pas
ce ne sont que des fabulations
de si beaux phantasmes
le désir nous enveloppe de sensualité
nous réchauffe
nous visite dans nos rêves
et lorsqu'il est moins ardent
nous retourne à notre vie d'amour
celle que l'on peut vivre en toute normalité
dans notre corps et notre raison

le désir est un météore
sa trajectoire mène à la destruction
il faut en user avec parcimonie
il ne remplit pas il brûle
ça n'a rien à voir avec le cul
ni même avec l'amour

le désir est une bête en soi
une merveille de l'esprit
qui félicite notre ego
une réponse positive
que l'on poursuit toute la vie
comme une drogue
plus forte que l'orgasme
celle de l'inaccessible étoile

retournez à votre tête et jouez ceci.

samedi 19 mars 2016

viens donc ici que je t'aime



lise thériault s'est trompée
lise payette s'est trompée
marie-france bazzo s'est trompée
sophie durocher s'est trompée

nathalie normandeau a rusé
nathalie normandeau a usurpé

heureusement cette semaine il y a eu cette voix
cette voix de femme que je voulais entendre
elle est arrivée par surprise
elle s'est déposée en mon coeur comme un baume

cette voix
c'est geneviève lefebvre
la femme qui a aimé qui aime et qui aimera

rallongez votre café
remplissez votre thé
allumez cette cigarette
et prenez cinq minutes pour lire ou relire
ce fabuleux texte qui a réjoui mon vendredi

quand ce sera fait
revenez ici
je vous attendrai

bonne lecture

je ne suis pas bambi



vous avez levé les yeux
vous avez souri
vous avez le coeur chaud
vous vous êtes rappelé en lisant
comment vous avez aimé ces hommes et ces femmes
lorsque vous étiez plus jeune
et vous vous êtes dit
que ce n'était pas exactement pareil
parce qu'à l'époque de vos trente ans
vous ne connaissiez pas le plaisir
le plaisir de s'aimer d'être bien dans sa peau
de se savoir quelqu'un de bien
quelqu'un qu'on aime
vous aviez besoin qu'on vous le dise
vous aimiez être de service
vous vouliez donner et fuir
savoir que l'on vous préfère
à sa propre femme à son propre mari
et vous vouliez qu'on jouisse entre vos jambes
qu'on vous embrasse et vous regarde dans les yeux
et qu'on vous dise à table
que vous étiez plus qu'un divertissement
que la folie d'une nuit
mais vous vouliez la folie
car vous n'aviez pas encore connu la vie

vous vous dites qu'aujourd'hui c'est différent
qu'aujourd'hui oui vous mangeriez des frites
avec autant de sel que le coeur vous en dit

parce que maintenant
vous avez eu des preuves d'amour
vous avez connu la paix les honneurs
la reconnaissance
maintenant vous êtes quelqu'un
vous êtes bien
vous ne doutez plus
vous choisissez vous valez

alors maintenant vous dégustez
vous mangez goulument
vous aimez ce que vous faites dans la vie
vous prenez avec gourmandise
sans chichi ni arrière pensée
vous êtes libre et authentique
et vous donnez sans compter
vous vous amusez
vous rendez heureux

ce texte de geneviève
je l'ai tant aimé je l'aime et je l'aimerai
je l'écrirai au sharpie sur les murs de ma maison
en lettres cursives jusqu'à ce que
ma main entière se fatigue
je le porterai en étendard
dans le métro dans la promiscuité
sur une scène dans la rue
dans la vie
ce texte de geneviève
je le porterai comme un mantra
et je l'appliquerai à toute personne
à tout être vivant et aux choses belles
aux escaliers à monter
au plancher à laver
au soleil du matin
au travail à entamer
aux poids à lever
à la vie entière

manger des frites une à la fois
savoir aimer
sans se questionner
avoir envie
boire jusqu'à plus soif
chacun des instants
vivre

allez la vie
viens donc ici que je te prenne
viens donc ici que je t'aime

c'est bien cela que d'être femme.

samedi 12 mars 2016

le sexe beau



je suis née en soixante-sept à paris
avant l'âge de dix ans j'ai joué avec mes amis
et vers onze ans je suis devenue sandy de grease
j'étais amoureuse de daniel à uccles
puis un peu de pascal aussi
je ne me souviens pas à quel âge
j'ai eu le contrôle sur les ciseaux de ma'
mais dès que j'ai pu avoir les cheveux longs
je ne les ai plus jamais eus courts

je regardais comaneci et evert lloyd
autant que les speakerines aux nouvelles
sylvie vartan et mireille mathieu
autant que lio kim carnes et chrissi hynde

j'ai eu très peu de seins à l'adolescence
je ne portais pas de soutifs
dans les années quatre-vingt
mes chandails étaient si échancrés
que le directeur de la poly m'a appelée dans son bureau
et m'a collée une mention de tenue indécente

adulte j'ai adoré les talons hauts
que je n'ai jamais su porter
puis j'ai porté des bébés
et une grossesse ectopique

j'ai été maman
travailleuse
impliquée
amoureuse
amante
mariée
femme

cette semaine j'ai voulu réécrire un billet
similaire à celui de l'an dernier
dans lequel je disais que j'étais femme et heureuse de l'être
et que je remerciais toutes celles qui m'avaient précédée
ainsi que tous les hommes qui m'entouraient
je dis encore merci

je suis une femme heureuse

mais il est vrai que je subis
le préjudice de mon sexe
c'est tellement sournois
que je ne m'en rends pas compte
et je me débrouille très bien
à cette étape de notre évolution
privilégiée de l'occident
élevée dans une famille de grande ouverture

en vingt-huit ans de carrière à temps plein
je me bats toujours pour faire valoir mes idées
j'ai un style professionnel féminin
caractérisé par la rigueur et la préparation
plutôt que l'assurance et la fermeté
je suis à l'aise à disserter devant des foules
mais en comité stratégique
uniquement composé d'hommes
je me prépare à attaquer
je carbure aux réalisations
dans ma vie personnelle autant que professionnelle
je ne suis pas compétitive
j'ai juste toujours besoin de me prouver
je n'ai manqué de rien
mais je ne veux jamais dépendre financièrement
de qui que ce soit
je prends soin de mon apparence
et n'ai pas peur de montrer mon corps
que j'aime de plus en plus
je fais plus attention qu'avant
de ne pas provoquer
j'ai vécu et vis toujours en ville
le soir le jour l'aube la nuit
je marche avec assurance pour être plus grande
je m'enrobe de mon aura de force

mais encore une fois je suis consciente
que ces petits irritants ne m'empêchent pas
d'être heureuse et d'évoluer
à mon rythme
des fois plus lent que celui de mon partenaire
mais je ne serai jamais un homme
alors autant être une belle femme
autant vivre avec ce grand privilège

et faire briller le sexe beau.

samedi 5 mars 2016

clignotant



caroline allard
anne archet
samuel archibald
stéphane berthomet
edouard bond
julie bouchard
patrick dion
sandra doyon
marc forget
yann fortier
marie-julie gagnon
pascale jeanpierre
pierre-léon lalonde
geneviève lefebvre
mélodie nelson
annie perreault
geneviève pettersen
nancy b pilon
daniel rondeau

sont autant d'auteurs
qui ont aujourd'hui leurs isbn
mais que j'ai d'abord rencontrés sur la toile
avant de les aimer sur papier
j'en fis la connaissance progressive
sur plusieurs blogues
puis les retrouvai sur facebook
où il s'écrit d'ailleurs des pièces d'anthologie

j'adore le web
il me nourrit tant et me fait vivre
je me souviens il y a presque dix ans
l'émotion éprouvée
en renouant avec l'écriture sur un écran pixelisé
tout en savourant le blogue d'omo-erectus
puis m'être construit une bibliothèque
pour ranger des milliers de pages de papier
qui me font toujours voyager

dieu sait que j'aime le curseur qui clignote
et qui bat le pouls de la création littéraire.

samedi 27 février 2016

banque de temps



c'est immanquable
quand on part en voyage
ou pour plus de dix heures de travail
l'homme-chat oublie quelque chose à la maison
on n'est jamais rendu très loin
avant qu'il ne s'en rende compte
souvent juste dans la voiture
mais il doit retourner en dedans
chercher quelque chose
notre quotidien est plein de faux départs

à le voir aller depuis novembre
il est clairement trop occupé au quotidien
pour pouvoir planifier ces détails à l'avance

depuis au moins deux jours
les usagers du métro
rechargent leur carte opus
pour le mois de mars
d'autres feront la file pendant trente minutes
le premier mars au matin
ou au soir
parce qu'ils ne font rien à l'avance
mais bien à la dernière minute

je n'achetais mes trucs à la dernière minute
que lorsque j'étais plus jeune
et que mon budget ne me permettait pas
des frais payés d'avance

sinon je pense que l'humain aime planifier
c'est vraiment sécuritaire pour le futur
je ne peux pas le nier
j'ai rédigé un plan de vie en deux mil sept
couvrant de grands objectifs jusqu'à ma mort
je ne peux pas dire que je n'aime pas être prévoyante

mais bien que je me procure mes livres de cours
et que je fasse mes lectures à l'avance
je finis toujours par perdre cet avantage
et arriver à peine à échéance
le souffle court
je n'arrive pas à suivre le rebours

je suis rarement en retard cependant
sauf à mes rendez-vous galants
avec l'homme-chat
et quelques réunions professionnelles

je ne garde jamais mon avance
parce que je bourre mon temps trop serré
parce que la vie m'occupe à chaque instant
et que je n'ai pas le temps
de prendre de l'avance
je n'ai même pas le temps de procrastiner
j'ai le diagramme de gantt déficient

dans ma vie adulte
la seule avance que j'ai
c'est de pouvoir sortir les vidanges
la veille de la collecte

je ne mourrai ni à l'avance
ni en retard
mais bien quand ce sera le temps
avec une certaine ponctualité
ce sera une grande fierté.


en aparté
mon collègue a planifié une croisière d'un mois
en amérique du sud pour février
il a tout organisé lui-même
réservé ceci et cela
et ce depuis plus de neuf mois
il a dû tout annuler à la dernière minute
car son épouse devait subir une opération
la vie nous réserve bien des surprises
on ne peut pas si facilement l'organiser.

samedi 20 février 2016

courrier du coeur



il y a deux propos que je veux tenir ce matin

le premier concerne la teneur de ce blogue
qui me désole semaine après semaine
du fait qu'il ressemble de plus en plus
à mon courrier du coeur
une espèce de fourre-tout de croissance personnelle
complètement matante et nombriliste
qui dans le marasme actuel
de guerre viol séquestration corruption
est d'une futilité et d'une légèreté
à enlever à richard martineau
l'exclusivité d'être complètement
déconnecté du reste du monde

c'est possiblement propre
à mon âge mon sexe et mon statut envié
dans la société occidentale riche

c'est un scrupule narcissique que je me permets
mais quand je relis la description de cette tribune
où j'ai écrit il y a huit ans
que j'y apprenais à vivre
alors autant continuer à le faire
puisque c'est ce qui m'occupe bien égoïstement
ces derniers temps

---

si vous êtes toujours là
à lire mon journal intime
de fille qui apprend à vivre
voici le second propos dont je vous entretiens
et dont je suis heureuse
oui il marque un jalon dans ma vie adulte
oui je vous le dis

ce mercredi étant le troisième sans cours de compta
j'ai été à un lancement
c'était doux et léger
et fabuleusement heureux
j'ai même pu aller manger au resto
sans penser aux devoirs que je ne faisais pas

l'acte très anodin de lâcher un cours
le quatre février dernier
s'est avéré beaucoup plus porteur
qu'il n'y paraissait au départ
dès le début de la session
j'avais planifié des soirées et week-ends
à la lecture et aux exercices
dans mon horaire je casais par la suite
les sorties de course de cours de boxe de natation
des fois des vacances
et il n'y avait pas de place pour faire l'amour

je vous niaise
mais l'agenda était plein
et il était hors de question
que je prenne de mon temps
pour aider qui que ce soit
à rénover un logement à faire le ménage
car je n'avais plus de temps
c'était devenu une cassure d'aller prendre un café le dimanche
car ça amputait deux heures d'étude
j'étais très malheureuse et continuellement stressée
et je n'arrivais pas à accomplir quoi que ce soit
ni étudier ni travailler ni courir ni nager ni boxer
ni même dormir des fois
je pouvais même considérer mettre fin à ces jours
je pense que c'était juste trop plein
cela me demandait trop de sacrifices
pour une réalisation trop lointaine
et peut-être même pas si probable
et puis quoi si à cinquante-cinq ans
je devenais comptable
pour faire quoi je vous demande

pour le trip de l'avoir réussi

or voilà ce qui a changé depuis le quatre février

je souris je ris je fais des choses
j'ai du temps je dors je lis
j'ai même lentement envie de courir
dans le métro un matin avant la st-valentin
j'ai déclaré que mon sommet était passé
sans en être navrée
je me suis simplement dit
que mes années remplies à produire
pour amasser pour grandir pour me protéger
étaient derrière et non plus devant moi
il me fallait ralentir ce rythme-là
et je me suis souri
depuis petit à petit et sans forcer
la vie n'est que plus douce
je suis plus heureuse de faire
que d'avoir fait
je ne carbure plus aux objectifs futurs
mais j'apprécie les processus
heureuse de poncer et sabler
heureuse de cuisiner
heureuse de travailler
pas en vue du futur
mais pour le présent

j'ai même commencé à écrire mardi
un livre je veux dire
et ça s'est fait tout seul
sans flafla sans stress sans grande déclaration
sans retenir mon souffle
simplement par l'acte heureux d'écrire
sans penser au résultat

bref je crois que j'ai retrouvé le plaisir de vivre
et ce n'était pas l'histoire d'un cours de compta
c'était juste l'abandon qui m'a délivrée
d'une entière façon de vivre pour le futur
j'ai changé d'aquarium

cette semaine j'ai reproduit une citation d'albert einstein
qui traduit totalement ma lune de miel
avec mon nouveau moi et mon plaisir de vivre
creativity is intelligence having fun.

let's have fun.
yours truly,
astro momo xxx