samedi 25 juin 2016

ouste!



je ne vous ai pas raconté la crise de nerfs
que j'ai pognée lorsque nous avons amené
deux chars à l'aéroport dimanche
pour aller reporter un char de location
contracté suite à la panne de moto du samedi au vermont
et pour ramener le chauffeur du char de location
dans un char plutôt qu'un taxi ou un autobus
donc un char de bourgeoise qui part
avec une chatte dedans à l'aller
qui tourne en rond à l'aéroport pour
ne pas payer de parking
et qui revient avec une chatte et un chat
ayant délesté le char de location
pour se perdre dans le traffic
du dimanche où arrivent en ville
les centaines de cyclistes du grand défi pierre lavoie

la crise de nerfs toi
ou
comment j'étais en crisse
de gérer des objets
d'avoir passé le clair de ma matinée ensoleillée de dimanche
à virer su' l'top dans le traffic collé
pour gérer un objet
seul le char avait besoin d'être là
ni le chat ni moi
et pourtant
tant de temps perdu
tant de ressources gaspillées
t'aurais dû voir toi
la crise de nerfs

ne jamais suivre un objet
mais toujours essayer
d'être là où l'on veut être soi-même
combien de temps et de ressources
est-ce que je perds dans la vie
à gérer des objets

d'abord
travailler tous les jours pour les payer
maison mobilier équipement
confort informatique et télécommunications
coudon' ça n'existe plus
rencontrer ses amis dans un café
ou chez soi
faut nécessairement que ça coûte
deux cent piastres à tous les mois
mon bill de vidéotron
pis mon bill d'assurance pour assurer tous ces biens
sans compter le coût de réparation ou de remplacement
quand ça brise
ou le towing tiens comme samedi

deuxio
faire le ménage encore et encore
avoir plus d'un garde-robe de linge
un en haut et encore c'est pas assez
et deux en bas pour celui qu'on met pas
avoir de plus en plus de place
pour contenir de plus en plus de stock à entretenir

une maison
un châlet
une piscine
un schack
un truck
un taxi
un bateau
un hydravion
un quatre roues
où ce que tu t'en vas a'c tes skis
ma p'tite mère folle

tertio
perdre du temps
faire la vaisselle
laver la cafetière
laver le plancher
épousseter

merde je veux le temps et les ressources
pour vivre
je veux l'espace mental
et non le fouillis

c'est fini l'esclavage du matérialisme
on s'en cawlice des bébelles
donnez-moi de l'air que je respire

t'aurais dû voir la crise de nerfs toi
j'ai gardé l'essentiel
j'ai gardé toute ma tête
tout mon sang et tout mon coeur

et j'ai même réussi à garder mon mari
ouf
j'ai eu chaud

j'ai juste classé du linge en soirée
et joué dans des pots de terre
pour faire pousser prochainement des fines herbes
ça va me réconcilier avec le faire
plutôt qu'avec le posséder

allez ouste
fais d'l'air!

samedi 18 juin 2016

demain ensemble



au mois de mai j'ai baigné trois jours
dans une orgie de succès
de communauté de nouvelles idées
de gens qui ont osé ont fait
veulent encore changer
n'ont pas froid aux yeux
écoutent travaillent agissent

lundi j'ai écouté une jeune quarantenaire
originaire d'un bled des caraïbes
raconter son parcours
pour devenir la première femme
dirigeant un service essentiellement masculin
dans une société de transport métropolitaine
elle rayonnait de joie d'ardeur et de détermination
rien ne lui fait peur
bien sûr elle ne dort pas beaucoup
elle a couru trois marathons
et a un équilibre de vie raisonné

mercredi soir nous avons vu
le documentaire demain
une oeuvre à ne pas manquer
une collection d'initiatives locales
ayant du succès et articulant le grand désir
de l'humain de conserver son espèce
dans l'harmonie globale
les gens ont des idées
et ils les réalisent

jeudi matin nous cogitions entre gens d'affaires
et de professions sur les enjeux de l'automatisation
sur la transformation des services
des prérogatives habituelles des professionnels
de la réduction des coûts
et donc des revenus
et de la transformation profonde
de la société et de la relation des gens face au travail
de la relation des gens entre eux
de la valorisation de la communauté
et de la collaboration
plutôt que celle traditionnelle
des carrières et des professions
nous créions des pistes de solutions
et toutes les idées étaient permises
les expériences fusaient de l'international
au local à l'extrêmement pointu
bref il y avait du beau à table
de quoi changer le monde

hier j'ai suivi en direct
les cyclistes du grand défi pierre lavoie
travaillant corps et âmes
à pédaler mille kilomètres du saguenay à la métropole
pour financer et sensibiliser à l'importance
de l'exercice physique
des centaines de gens voulant s'impliquer
dans ce mouvement collectif
pour vivre sainement
que de force et de joie

je suis si privilégiée d'être quotidiennement inspirée
par tant d'exemples de succès
d'audace et de capacité
ça nourrit mes ambitions
ça rassure mes moyens
ça me permet d'oser

mais encore et toujours le constat désolant
que près de la moitié de la population québécoise
n'a pas accès à ce bonheur à ce succès
car elle ne sait pas lire
ou se servir d'un guichet automatique
d'un téléphone cellulaire ou d'un ordinateur

imaginez le retard qu'elle prend sur les autres
l'écart que ça lui impose
du reste de la société qui avance
à la vitesse grand v
la polarisation du savoir et des moyens
n'ira qu'en s'accentuant
avec les progrès technologiques
et le clivage entre les riches et les pauvres
se creusera davantage

le contact avec le succès favorise le succès
la société est perméable
l'innovation vient de l'extérieur
aidons
aidons
aidons
c'est notre devoir et notre bonheur
pour avancer ensemble vers une vie
encore meilleure

nous n'avons pas à régler le sort du monde
mais d'être empathiques au quotidien
d'ouvrir les yeux et constater
et poser les gestes de la gentillesse
mettre en pratique nos cours moraux
exercer le plus simple bon sens
celui qui nous rend heureux

chaque fois qu'on pense à soi au quotidien
s'interroger si cela est bon pour tous
puis agir

sourire et saluer
c'est la première clé pour le rapprochement
j'aime la vie
et je veux la vivre encore longtemps
ensemble.


samedi 11 juin 2016

besoin d'amour



je me suis ségréguée cette semaine
en m'isolant pour rompre une chaîne de contagion
ça ne m'arrive jamais de vivre une once de rejet
j'ai toujours et je suis toujours
entourée d'amour d'amis de respect
de pleine considération
quelle chance j'ai

mon sens de l'humour et ma candeur
m'ont attiré de bien bonnes blagues
mais j'ai quand même eu peur du rejet
parce que je me sentais comme ça
parce que j'avais une condition
qui me tenait à l'écart

le mal est bientôt fini
je retournerai incessamment en société
et plutôt que d'avoir des amis qui se reculent
lorsqu'ils me croisent
je recommencerai à embrasser et à étreindre
et faire partie
faire partie
faire partie

ces mili minutes de solitude
que j'ai pu ressentir
me font réaliser à quel point il doit être dur
de ne pas être aimé de ne pas être supporté
me font penser aux parias de ce monde

à l'étoile de david épinglée en quarante-et-un
et qui décidait du sort du porteur sans autre considération
aux enfants souffrant de dysphorie de genre
s'isolant au quotidien
aux jeunes se faisant basher sur l'internet
alors qu'ils ont tant besoin d'amour
aux minorités visibles torturées
et victimes de discrimination négative ou positive
aux dépressifs aux suicidaires aux itinérants
aux burn outs aux personnes âgées
aux pauvres aux malades

je n'ai que de petits boutons
mon bien-être n'est aucunement menacé
et j'ai peur du rejet
imaginez tous ceux qu'on a marginalisés
comment ils doivent souffrir
ou peut-être non
imaginez comment je n'ai jamais souffert
et comment je dois remercier
d'être si bien entourée
d'être si bien aimée

empathie
dorénavant je serai gentille.

samedi 4 juin 2016

the greatest



tu as été l'idole de ma vie adulte
celle qui savait depuis quelques années
que tu mourrais avant elle
celle qui gardait espoir d'un jour
te saluer bien bas en chair et en os

je ne sais pas pourquoi je t'aimais tant
j'aimais te voir pugiler
et rire et sourire
ah ton sourire
comme il était grand
ah ton coeur
comme il était vaste

tu as incarné la force la fougue la jeunesse
la blackitude peu importe ce que ça veut dire
je t'ai toujours aimé
inconditionnellement

je suis allée te voir à ton musée de louisville
j'ai lu tes citations tes pensées
ta philosophie
ton revirement de situation
tes grands slogans
et j'ai vu tes gants de boxe
tes nombreuses victoires
et tous tes vices

comme je t'ai aimé
je t'ai cité plusieurs fois
aux enfants de montréal
que l'on encourage à garder sur les bancs
d'école pour ne pas qu'ils lâchent la vie
pour ne pas qu'ils abandonnent
je leur ai cité ceci de toi
don't quit
suffer now
and live like a champion
for the rest of your life

magnifique cassius clay
cher muhammad ali
tu es le plus grand
je t'aimerai toujours

play.

signature


pic by brandon stanton

hier vers dix-sept heures sur st-vallier
deux gars souriants jouent nus pieds
dans la platebande de mauvaises herbes 
séparant le trottoir de la rue
bêches en main
ils remettent de la beauté dans le quartier

hier soir vers vingt heures
une vingtaine de kids
instruments en mains en bouches en bras
nous livraient les plus beaux mouvements symphoniques
créés dans l'humanité

la semaine dernière en vingt minutes
trente personnes d'horizons différents
revitalisaient mentalement les abords du canal lachine

jeudi soir castellucci qui nous livrait
une pièce des plus déjantées
avec une mise en scène impeccable
sur la déshumanité de la religion

une semaine avant
quatre italiens nous interprétaient
leur vision obscure de la crise
sociale et économique européenne
en jouant des ombres et de la lumière

je vous écris ces mots pour vous dire
que l'humain est capable de grandes choses
de tant de génie et de beauté
cela me fascine quotidiennement
et explique pourquoi nous existons
il ne faut jamais abandonner
la quête du meilleur
de livrer la bonté la générosité et l'intelligence
il n'y a selon moi
aucun autre but dans la vie
que d'exploiter toutes nos capacités
pour donner le meilleur de l'humanité.

samedi 28 mai 2016

sans bornes



l'esprit préfère les chiffres ronds
il s'en souvient plus facilement
ils marquent l'imaginaire
en étant des référents

ma' est devenue enseignante à soixante ans
j'aurai de meilleures habitudes alimentaires
d'ici l'âge de cinquante ans
je serai comptable à cinquante-cinq ans

mais non ça ne peut pas être ça
il n'y a que deux chiffres ronds par décennie
pas assez d'étapes pour marquer l'évolution

voyez

je suis devenue ainée à trois ans à bruxelles
j'ai vu taiwan à neuf ans et mes grands-parents
j'ai eu un cadet avant dix ans
j'ai fait les classes neige à onze ans en suisse
j'ai quitté mes amies chères à treize ans à uccle
pour traverser l'atlantique jusqu'au québec
j'ai entendu mes premières émissions anglophones à quatorze ans
dans le west island
j'ai connu l'amour à seize ans à brossard
j'ai commencé à fumer au même âge
j'ai fini le secondaire à dix-sept ans
et le cégep à dix-neuf
j'ai connu percé entre dix-neuf et vingt ans
en y vendant des cerfs-volants
j'ai lâché l'université en fine arts à concordia
j'ai pris un appartement avec iz sur st-denis
et commencé à travailler à vingt ans
quel adon de chiffre rond
j'ai perdu mon premier ami à cet âge
j'ai été maman à vingt-deux ans dans hachèm
et une deuxième fois à vingt-quatre ans
quand louise harel était femme de communauté
j'ai fait mon premier party d'huîtres
et rencontré mon premier steph à vingt-cinq ans
quel adon de chiffre rond
j'ai recommencé les études à vingt-huit ans
j'ai déménagé sur le plateau à vingt-neuf ans
j'ai emmené mes flos à disney world à trente-deux ans
l'homme-chat m'a datée quand j'avais trente-trois ans
oui oui c'était un chiffre rond
c'était l'an deux mil
je suis devenue propriétaire à trente-six ans
et ai arrêté de fumer en même temps
j'ai commencé à suivre l'homme-chat en moto
à l'âge de trente-sept ans
j'ai adopté le chat brooklyn et les pompes pour l'asthme au même âge
j'ai acheté ma deuxième maison à trente-neuf ans
et ai quitté mon premier long emploi au même âge
en sautant sans filet pour découvrir autre chose
je suis retournée en europe avant quarante ans
j'ai terminé mon bac de douze ans à temps partiel
acheté ma troisième maison et vendu ma première
et commencé à blogger à quarante ans
quel adon de chiffre rond
j'ai vendu ma deuxième maison
suis devenue la blonde d'un propriétaire de bar
et ai recommencé à fumer à quarante-et-un an
tout en commençant à travailler dans les banques
j'ai repris les études à quarante-trois ans
pour terminer mon mba à quarante-cinq ans
quel adon de chiffre rond
j'ai aussi fait mon vingt-et-unième et dernier party d'huîtres à cet âge
j'ai commencé à penser à courir à quarante-trois ans
le chiffre rond était l'an deux mil dix
j'ai arrêté de fumer une deuxième fois à quarante-quatre ans
j'ai acheté ma quatrième maison à quarante-six ans
j'ai négocié ma plus grosse paye à vie
à quarante-sept ans
et ai recommencé l'université une troisième fois
je me suis mariée à quarante-huit ans
le chiffre rond est deux mil quinze

bref une vie c'est plein de milestones
et beaucoup plus qu'aux cinq ans

cette semaine à c2mtl
l'environnement nous dit
que tout va très vite
que le zeitgeist est d'oser
que le coût d'opportunité pour essayer du nouveau
est à son plus bas
avec l'avènement des technologies digitales
et des services mis à la disposition des citoyens
il n'y a aucune raison de ne pas mettre de l'avant ses idées
de réaliser ses rêves
dans un tel environnement
attendre cinq ans c'est une éternité

attendre c'est perdre du temps
la vie c'est maintenant
mettez votre réveil à cinq heures vingt-trois
ou six heures douze

et une fois par adon ce sera un chiffre rond.

samedi 21 mai 2016

atrophie


three studies of lucian freud
francis bacon, 1969

il ne m'arrive pas de réfléchir
sans y attacher des mots
est-ce à dire que la pensée
n'existe pas sans langage
dans quelle langue rêve-t-on
présentement je vous écris
en français
c'est la langue des mots qui résonnent
dans ma tête et dans mon palais
je m'entends penser
mais si je ne parle pas
rien ne m'empêche de penser
si je suis en terre inconnue
je réfléchis j'aime je contemple
et je pense
je pense en français et j'aime dans cette langue
c'est certain

faites l'exercice
essayez de penser sans parler
quelle est cette langue dans votre silence

je me demande si l'analphabète
le sourd le muet l'allophone pensent
de façon désordonnée ou articulée
dans quelle langue rêvent-ils

le penseur solitaire a-t-il un dictionnaire
peut-il échanger et enrichir sa pensée
comment nourrit-on l'esprit
il y a bien des langages
le corps l'art la musique
pour ne nommer que ceux-là
requièrent-ils la langue
ou suffisent-ils seuls à faire évoluer

rien ne s'est passé d'autre dans ma tête
depuis tantôt
que le fait de parler
que ce soit en silence ou en clavier
je n'ai que des mots à défiler
je ne peux imaginer mon esprit sans langage
ce serait il me semble
un désert orange
des fois ensoleillé des fois embrumé
mais toujours rien que
sans notes et toujours rothko plutôt que bacon

des mots
de grâce
du vocabulaire de la beauté.

samedi 14 mai 2016

me tasser? no way josé!



on est samedi et j'ai envie de vous dire
ce que je ferai dans vingt ans

plusieurs pensent à la retraite comme un arrêt
ou comme une autre vie
elle ne peut pas être cela
elle doit être un continuum
c'est un très vilain mot
retraite
comme une voie de sortie
comme l'exclusion de la vie
c'est hors de question pour moi
je veux continuer à vivre
je veux rester dedans
ici avec vous avec moi
jusqu'à cent quatre ans

d'abord réglons l'affaire financière

si j'ai réussi à fonder une famille
il y a vingt cinq ans
en gagnant onze mille dollars par année
je ne vois pas comment je ne pourrai pas
subvenir aux besoins de ma petite personne
avec le même montant plus tard
j'ai été une grande insécure financière
pendant toute ma vie au travail
et c'est bien parce que je dépensais à outrance
et à cause de rien d'autre

dans vingt ans
j'aurai payé la demeure
sinon je l'aurai vendue
pour m'en être payé une toute petite
je n'aurai plus envie de faire le ménage
d'un six-et-demi plus sous-sol et terrasse
en plein coeur de la ville
il me restera à assumer les taxes annuelles
et ma bouffe et le wifi dont le prix sera rendu dérisoire
on s'entend
onze mille piastres par année
rien de quoi m'emballer
et ça se pourrait même que l'état
puisse en supporter une partie

dans vingt ans je serai toujours impliquée
dans la communauté
à gagner un petit peu d'argent
je n'arrêterai jamais de travailler
et je le ferai différemment
avec l'âme du pigiste
comme disait la belle johanne
cette âme libre et autonome

je passerai l'été dans un shack
au baskatong à laver les bateaux
et les approvisionner en gas
je passerai l'hiver dans un chalet
à mitonner des plats pour les skieurs
ou les randonneurs

dans vingt ans je gagnerai quelques sous
à classer des livres à la bibliothèque scolaire
car il y aura à nouveau des livres
dans vingt ans je rangerai les légumes
au marché bio et conterai des histoires
aux commis de vingt ans
je ferai le grand écart
et la roue latérale dans un parc quelconque
après avoir couru cinq kilomètres
je laverai les tasses et les soucoupes au café du coin
je ferai la tenue de livres
du cordonnier et du tailleur
je serai bénévole dans une fondation ou dans deux
j'irai réconforter les donneurs de sang lors des collectes
je serai logée gratuitement dans une réserve du costa rica
en échange du ménage
je serai nourrie au vietnam en enseignant l'anglais
je donnerai quelques conférences
à la chambre de commerce
je tricoterai des brassières pour bébés
pour les maisons de familles
je recoudrai du linge usagé
et j'écrirai un roman

dans vingt ans je continuerai à lire
les livres non entamés de ma bibliothèque
je fabriquerai quelques meubles de planche
avec tout le bois que nous recyclons
il y aura tant de choses à faire
qu'il n'y a pas de retraite à prendre
pas de place pour l'inquiétude ou l'ennui
que la vie qui continue
aussi ensoleillée qu'elle l'est aujourd'hui

d'ici là je dépense moins
je me connecte au bonheur
celui d'exister et respirer
dans un pays où il fait bon vivre
où le danger est presqu'absent
et je me garde en santé
en marchant courant sautant
et en souriant.

samedi 7 mai 2016

no 300



trois cents billets de blogue
ça se fête en grand
il y a neuf ans que j'ai commencé à écrire ici
et ma vie en est bien enrichie
fank-u est une tribune d'expression
et une tribune d'échange
j'y suis venue timide puis loquace puis érotique

depuis trois ans
c'est devenu mon espace de réflexion hebdomadaire
mon moment de recul régulier
écrire m'aide à réfléchir
quand je me relis je me dis que j'ai tort
j'ai faim j'ai raison je suis fâchée j'aime
je délire puis je reviens

je vous compile en toute humilité
une douzaine de best of
choisis amoureusement dans mes carnets
de ces neuf années de ma vie
je les aime ces billets
ils sont si moi que c'en est émoi

vous n'avez pas à lire
c'est juste moi qui me suis fait plaisir
pour ce matin
rien que ce matin
où je me remémore de si beaux moments

et parce que mon écriture a bien changé
je vous les énumère en ordre chronologique

août 2007 : voyage au far ouest, ou la place de l'homme dans l'univers, road trip
janvier 2008, l'homme et le chat, genèse de l'homme-chat
mars 2009, solidarité, unis par la tempête, du bon voisinage
avril 2009, premier appart, empty nesting
juillet 2010, l'amérique dans tous ses états, road trip
mai 2012, chère éloïse, lettre d'amour à la jeunesse militante
avril 2013, la course, estique, hommage à ce sport
mai 2013, burqa de chair, culte de l'image
mai 2013, matière de mère, hormonal
mars 2014, l'approbation, besoin d'amour
mars 2015, et d'ève et d'adam, gratitude d'être femme
juin 2015, mister and missus, moment de grâce

merci d'être là
dans mon parcours dans mon rétroviseur
dans mon intimité
à m'aider à vivre
je vous aime! xxx

samedi 30 avril 2016

dangereusement


les héroïnes du documentaire advanced styles

quand j'étais petite
je ne savais pas ce qu'était la vie
je rêvais d'avoir ma propre chambre
ou de décorer la nôtre avec des rideaux en dentelle
vus dans la maison d'aurore
de mettre des cadres
de dessiner
et peut-être de peindre une façade noire
d'avoir un amoureux
je ne savais pas ce qu'étaient des enfants
sauf pour jouer avec les chats
se disputer
chanter du georges brassens par coeur
dans la maison des amis en vacances
et regarder nadia comaneci en soixante-seize
sans nécessairement vouloir être comme elle

quand j'étais petite
j'avais plein de rêves
et pas encore de désirs

c'est au contact de la vie que l'on génère des ambitions
je me souviens me dire que si un jour
je gagnais vingt-cinq mille dollars
je serais riche et ce serait bien
j'avais fait cette réflexion
dans la cafétéria de la poly antoine-brossard
en secondaire quatre
à l'heure des réflexions sur le cégep
il y a bien longtemps

je me suis mise à vouloir avoir
mon appartement
pour disposer mes bouteilles de parfum
et mes disques dans une belle décoration
d'accrocher mes peintures et d'en faire plein
comme je le voulais

je me suis mise à vouloir vivre à la campagne
à vouloir changer les choses
en m'impliquant sur le ca de la garderie
je me suis mise à vouloir faire du ski
comme mes collègues de bureau
à porter des tailleurs
à vouloir un chanel que trente ans plus tard
je n'ai toujours pas
je me suis mise à aimer la saab neuf cent
puis la jaguar verte
et enfin la porsche puis la cadillac
je me suis mise à aimer les huîtres
la veuve clicquot et le golf
et maintenant ça y est je me suis mise
à acquérir de l'art

à trente ans je ne savais pas ce que j'allais être
et repoussais cette définition à quarante
quand je m'y suis rendue
je ne savais pas plus et même si ma vie
avait été une collection d'expériences enrichissantes
je me suis donné des objectifs
et une direction
je me suis positionnée comme être humain
pour canaliser mes énergies dans ce qui comptait le plus pour moi

à l'aube de la cinquantaine
ma vision a encore une fois changé
j'ai tout ce que je désire
c'est ainsi c'est arrivé
je continue de rêver
à avoir un business
à m'établir en californie ou à miami
je rêve de vendre et de partir

mais je vis tout d'abord
je reviens à la joie d'être tout simplement
à manger à respirer à voir à découvrir
et à aimer
j'aime beaucoup aimer en fait
je recommence à me servir du téléphone
à rencontrer des gens
à prendre l'air marcher courir pédaler
à savourer une belle promenade le dimanche
à écrire des mots
à rire à dévaler à festoyer

j'ai peur de devenir une vieille sénile
je ne serai pas une vieille aigrie j'en suis presque sure
ça me rassure
mais je ne voudrai pas perdre les facultés
qui me font tant apprécier la vie
je vis à une époque formidable
elle est ingrate et dure pour un pan de l'humanité
je suis du bon côté
celui de toutes les possibilités
et je ne peux pas gaspiller toutes ces opportunités
le monde change rapidement
je peux écrire ce que je veux
je peux faire tous les sports que je veux
je peux m'habiller comme bon me semble
je peux quitter un emploi pour en choisir un autre
je peux publier sur le web
je peux exprimer mes idées

ce serait vraiment trop fou de ne pas en profiter
de ne pas faire ce dont j'ai envie

dangereusement
c'est ce que me répond au téléphone
la directrice générale de la fondation pour l'alphabétisation
quand je lui demande comment ça va

ainsi prend-on la vie
dangereusement
living on the edge
à fond et avec légèreté
dans toutes les teintes et les saveurs
fierce and glamorous

bonne journée la vie!