samedi 28 mars 2015

des mots pour écrire



achillée
agar
aigrettes
arrachis
asclépiade
aspérités
bardane
bractées
cagibi
capitules
chamboulée
charognards
ciliée
communion
corymbe
crayeuse
digitaire
disloqué
dodelinant
ébréchure
effrontément
embrasure
épanchements
escarpins
fabulations
floraison
fugace
glomérules
gyrophares
implorant
inflorescence
lactifères
lambeaux
magma
membraneuse
moussus
noueux
olfactive
ombelles
ombellifères
ornières
panicule
pédoncules
pourpre
pubescente
putréfié
quémander
quiproquo
rameaux
redoux
romanesque
ruissellerait
sanguine
sillage
simagrées
stroboscopique
vacillante

inventaire alphabétique non exhaustif
des mots non usuels
ponctuant des milliers
d'autres mots usuels
qui m'ont fait voyager
la semaine dernière

le vocabulaire
pimente la littérature
il n'y a pas de littérature sans recherche
sans exactitude dans le rythme et la beauté des mots
mais l'art d'écrire ne réside pas
que dans ces exotismes

la littérature naît de
l'orchestration parfaite de ces mots solistes
au sein des mots les plus banals
articulés de manière fine souple et agréable
et complexe

elle se lit à voix basse
et elle se dit à voix haute
elle est rythmée et elle est sonore
elle est visuelle et cinématographique
elle est écrite et décryptée
elle est vive la première fois
et transcendante la deuxième
elle est si riche qu'elle peut même
s'interpréter une troisième fois

la littérature
lorsqu'elle jaillit
est d'une si grande beauté.

merci annie pour ton fabuleux livre.

samedi 21 mars 2015

prendre racines


hilaria baldwin dans son quotidien
vrksasana

il y a pleins de choses
que je ne sais pas faire avec mon corps

tout ce qui implique la force
de mes abdominaux
est un échec avoué
après trente secondes d'effort
je capitule de façon violente

je ne sais pas faire la première position
ni le grand écart
même si je sais joindre
mes deux mains dans mon dos
l'une au-dessus de l'épaule
et l'autre en-dessous

je ne sais pas tenir en équilibre
sur un skate board
je m'en suis donné le défi
à l'automne deux mil treize
il faut reprendre cet exercice

je n'ai pas essayé récemment
de tenir sur ma tête
mais ce n'est pas un obstacle
à la vie courante

je ne tiens pas debout
sur un ballon
je ne saurai même pas comment l'enfourcher

mais ce qui depuis
mil neuf cent quatre-vingt dix-huit
me fait le plus honte
c'est de ne pas savoir tenir en équilibre
sur une seule jambe

cela fait quinze ans
que je pratique le yoga sporadiquement
j'aime le iyengar et ses postures rigoureuses
mais j'aime aussi ce que je fais maintenant
les vendredis midis au bureau
de la petite détente bêbête
avec des simili postures momolles

mais même dans le bêbête
je baisse la tête
lorsqu'une douzaine en rond
nous faisons la pose de l'arbre
et que je n'arrête pas de déposer mon pied
le reprendre le recoller sur ma jambe
trembler lever les bras au ciel
fixer mon regard sur le mur
trembler retomber commencer
j'essaye tant de me concentrer
je trouve des techniques
mais je ne reste pas immobile
pendant plus de deux secondes

la prof disait qu'il fallait sentir
son ancrage à la terre
il s'agit de la posture de l'arbre
la belle vrksasana
et quelqu'un sur facebook me disait
qu'en tant que balance
il était normal que je ne sois pas ancrée

quand même c'est un corps
quand même je tiens très bien en équilibre
dans un métro en mouvement pendant huit stations
mais dès qu'il s'agit de lever un pied
je frétille et je tombe
je pèse trois cent cinquante tonnes et je penche

je manque vraiment de volonté
okay
m'en vais réessayer
de me regrounder
un pied à la fois
sans rire
ni pleurer.


samedi 14 mars 2015

naître



ce soir nous célébrons
le plus jeune des fistons
qui a eu vingt-quatre ans cette semaine
un peu plus que l'âge que j'avais
quand j'en accouchais

c'est un esprit libre
autant que son grand frère
mes gars sont deux garçons
autonomes dans leurs décisions
et l'art de mener leur vie
même s'ils se battent déjà
pour gagner leur vie

c'est ce que je faisais à leur âge
alors que je décidais dès dix-neuf ans
de sacrer mon camp
et partir en appartement
j'avais hâte d'apprendre l'art du quotidien
de prendre mon destin en mains
il est fou comme on manque d'expérience
mais comme on a confiance
on fonce dans tout on essaye
on ne crève pas de faim
on loue on achète on boit on vit
avec si peu et tant de joie et d'espoir
on se réveille avec la neuvième de beethoven
on fume des clopes quand on veut
on se fait du café à l'heure qui nous plait
on travaille on sort on fait l'amour
on lit hugo le soir
on refait le monde
on jase jusqu'aux petits matins
on trouve un travail dans les annonces du journal
on fait ses premiers impôts
on change de succursale bancaire
on déménage
on est amoureux
on tombe enceinte
on fréquente la garderie
et tutti quanti

les enfants sont arrivés dans ma vie
comme un continuum
alors que j'étais jeune
et que l'enfance était encore familière
j'avais tant d'énergie
et faire des enfants faisait partie
de vouloir changer le monde
cela faisait beaucoup de sens
dans ce que je voulais être
dans ma vingtaine

la vingtaine est bien portante
c'est un âge de naissance
je vois les jeunes adultes dans le métro
ils parlent fort ils rient ils sont sûrs d'eux
à cette croisée des chemins
où ils commencent à tenir les rênes
où ils découvrent mais savent tout
ils philosophent déclament et affirment
ils nous apprennent
ils s'impliquent portent des dossards
ils doutent
mais ils nous engagent

la vingtaine est énergique et généreuse
elle donne des concerts bénéfices
pour des organismes de choix
afin d'apporter de la beauté en ce monde

elle apporte de nouvelles idées
dans le monde du travail
elle prend ses responsabilités
elle veut être citoyenne
elle parle culture artistique et politique
elle parle les langues
elle est mixte et métissée
elle fait le printemps
elle fait ses classes
la vingtaine est belle et elle est porteuse
il ne faut jamais arrêter
de la fréquenter
afin de ne pas devenir blasés

nous célébrons ce soir mon deuxième fils
et du même trait mon premier fils
et tous ces fils et ces filles
qui quittent le nid familial
une semaine au costa rica
deux semaines à paris
un an à natashquan
et puis la vie
et qui en le faisant
s'ancrent davantage
dans le coeur de leur maman.



samedi 7 mars 2015

et d'ève et d'adam


john currin, the cripple, 1997

cette femme que je suis
porte une robe rose
et les cheveux relevés
pour dégager son cou
elle aime décolleter sa gorge
même si son buste est plat
elle est généreuse de ce qu'elle a

cette femme que je suis
est une séductrice
c'est sa chumette speedy qui l'a dit
lors d'un déjeuner post natation
c'est bien ce qui la décrit
son approche à la vie
ce désir de plaire
ce désir de réussir
son besoin d'approbation
par elle par lui par eux

cette femme que je suis
passe ses heures dans un bureau
dans les salons dans les avions
dans les négociations
elle a de la crédibilité
et elle s'est mis à porter
des soutiens-gorge sous ses robes
et des bas-résilles par temps frais

cette femme que je suis
fait de la moto derrière son homme
et aussi du pick-up
en bottes ou en birkenstock
selon la fraîcheur de la saison
et elle bronze comme une indienne
avec des traces de montures
tout ce qu'il y a de moins chic

cette femme que je suis
porte des lunettes de natation
et un casque en silicone
avec un maillot une pièce
et du vernis à ongles écaillé
elle souffle et souffre dans l'eau
sa vanité en prend un coup
elle essaye de rencontrer l'humilité

cette femme que je suis
a un ventre qui ne partira plus
à l'âge de quarante-sept ans
il ne sera pas plus petit
qu'à l'âge de vingt-cinq ans
et elle arrête des fois d'y penser

cette femme que je suis
a élevé deux garçons
d'une main ferme mais sans rigueur
avec suffisamment d'amour
et des glaïeuls l'été
pour qu'ils l'aiment à leur tour
ces beaux
ces magnifiques enfants

cette femme que je suis
espère être grand
et arrière-grand
et arrière-grand-grand maman

cette femme que je suis
a toujours été amoureuse
mais jamais mariée
non pas car elle n'a pas essayé
mais elle n'a plus sa virginité

cette femme que je suis
porte des vêtements de sport
et sue souvent sa vie
à essayer de faire la forme
et de la performer
avec des femmes et des hommes
ses camarades
elle n'est ni pire ni meilleure
elle est comme elles elle est comme eux

cette femme que je suis
ne s'est jamais maquillée
mais elle se parfume
car elle aime la volupté
comme la crème glacée
le whiskey le café

cette femme que je suis
sacre comme un charretier
et apprend l'italien
dans une encyclopédie culinaire
elle parle les chiffres
et elle écrit les lettres

cette femme que je suis
n'a jamais milité
elle a toujours grandi
avec des hommes doux
elle n'en a jamais eu peur
elle en a à peine souffert

cette femme que je suis
aimerait aujourd'hui
dire un grand merci
à toutes ces femmes qui sont venues
se sont levées et ont crié
ont pleuré n'ont rien dit
pour lui permettre de vivre
la vie qu'elle veut vivre

cette femme que je suis
aimerait aujourd'hui
dire un grand merci
à tous ces hommes qui l'entourent
l'aiment et l'encouragent
et qui font que sa vie
est la plus heureuse des vies.


samedi 28 février 2015

everlast



dans l'avion du retour de toronto
j'ai regardé la première heure du film
the theory of everything
biographie romancée de stephen hawking

je n'ai pas fini le film
et je ne sais pas de quoi parle sa fameuse théorie
je ne l'ai pas googlée
mais je me suis rappelée récemment
en revenant de mon examen de comptabilité
que j'en avais une théorie
sur le tout du tout de la vie

il s'agit d'une corrélation exponentielle
entre l'effort et le besoin de repos
avec un exposant d'âge

depuis quelques années
je constate que je suis moins efficace qu'avant

il y a vingt-sept ans
cela ne me prenait que onze mille dollars par année
et deux semaines de vacances
pour produire pendant cinquante semaines
et enrichir mon employeur et la société en général
et faire vivre ma famille
il faut croire que j'ai été efficace
car je n'ai pas arrêté de travailler depuis
à l'exception de deux congés de maternité de trois mois chacun
et un break entre juin et octobre deux mil six
alors que je reconsidérais mes objectifs professionnels
en pleine crise de la quarantaine

maintenant il s'agit que je revienne
d'un congé de cinq jours aux fêtes
pour être crevée après deux semaines
et excitée à l'effet de prendre enfin de vraies vacances
il ne suffit plus de rester à résidence
quatre semaines par année
à lire des romans faire des rénos
ou à méditer
car pour bien me regénérer
il me faut voyager voir du pays
sinon quand le fera-t-on
si on en a encore un jour l'énergie

ces dernières années
je côtoie de plus en plus de gens
qui attendent leur retraite
ou qui planifient leur prochain voyage
dès qu'ils reviennent du précédent
comme s'ils ne vivaient que pour les moments
de ressourcement et de relaxation
et n'avaient plus de capacité de production
crime concentrez-vous bonyenne
focusez produisez
soyez rentable de dieu
on vous paye

j'ai toujours trouvé que c'était un signe de vieillesse
d'épuisement
de manque d'éthique professionnelle
que de penser à autre chose que le travail
pendant qu'on travaille
surtout quand on vous paye

je ne pensais pas un jour être ainsi
et penser moi aussi aux prochaines vacances
plutôt que d'être stimulée de pouvoir contribuer

j'ai toujours senti le devoir de produire
du fait que l'on me payait
quand je deviens moins efficace
que je quitte pour le week-end
en bookant le resto du soir sur l'heure du lunch
que je consacre autant d'énergie au sport et au bénévolat
qu'à ce pourquoi on flaube des ressources sur mon dos
ça ne va pas
quelque chose dans l'équation ne fonctionne pas
j'occupe des ressources qui iraient ailleurs
pour le rendement que cela procure

les jeunes
remplacez-moi
je me vieillis je me rouille
j'apprends toujours mais je rends moins constamment
de façon plus stratégique peut-être
mais avec un effort moins grand
il est étrange que l'on récompense plus
celui qui pense que celui qui produit

je relisais mon plan de vie hier matin
et je suis bien enlignée sur mes objectifs professionnels
il semble que je doive encore travailler
quelques années à temps plein
avant de tomber à mon compte
mais je n'ai envie que d'un drink maintenant
comment m'y rendrais-je

j'ai de la misère à rester chargée
comme si chaque heure de repos
ne produisait plus autant d'efficacité
la voyez-vous ma théorie
mon équation sans constante K
qui me rit dans' face de
ouais ouais
fin de vie utile
obsolescence programmée

il faudra me retirer du marché

voyez-vous comme il est difficile
de demeurer pertinent
et indispensable
(ce n'est pas le cas rassurez-vous)

chu trop high pour rester chargée
chu partie trop vite comme diraient les coureurs
je devrais appliquer un de mes préceptes
qui émane de ma théorie
sur le tout du tout de la vie

god damn fuck

fuck l'intensité propre à la jeunesse

conserve energy
you've got to last
for many years to come.


samedi 21 février 2015

scandale



tout comme on s'habitue à la souffrance
et aux conditions difficiles
il faut bien que l'on s'accommode des fois
du confort et du plaisir

s'il y avait un scandale sur la corruption
je serais une suspecte idéale
je suis molle comme l'humain

je gagne ma vie beaucoup mieux
qu'il y a vingt-sept ans
et je voyage plus luxueusement
je mange dans de plus grands restaurants
personne ne me blâme
sauf pour me dire que je dilapide mon argent
plutôt que de le redonner à la société
mais personne ne peut vraiment m'en vouloir
je fais ce que je veux avec la rétribution de mes efforts
avec mon pain négocié et sué

mais voilà qu'au travail je voyage également beaucoup
avec notre agence de voyage
nous avons des fournisseurs attitrés et des tarifs privilégiés
je n'ai cessé depuis six mois
d'augmenter la qualité de mes séjours
dans le respect des politiques
passant de motels miteux à trente-huit dollars de taxi
à des hôtels quatre étoiles en plein centre-ville

on s'entend que je n'ai pas besoin
de tout ce confort pour travailler
je monte les marches du métro square victoria
cinq matins par semaine
et passe devant le lit du sans-abri
constitué d'une dizaine de journaux vingt-quatre heures

mais voilà
je m'habitue grassement au confort

je dis donc que c'est si facile
d'être déconnectée et objective
et qu'un jour si quelqu'un me voulait du mal
je me ferais pincer dans un scandale à la
oui mais elle a mis sur son compte de dépense
une nuitée au royal york
pis une autre pis une autre
ça a coûté à la banque tant de dollars
plutôt que tant et au bout du compte
ce sont les clients qui payent
et ce sera bien sûr vrai
et je tomberai des nues
et me dirai mais oui mais c'était permis
et on pointerait du doigt les centaines de travailleurs
qui font comme moi dans une société ou une autre

vous trouvez que ce n'est rien
que ça fait partie des choses
vous trouvez que le fait qu'on soit intègre
dans nos intentions et nos transactions
nous affranchit du goût des privilèges
et bien non je vous le dis
personne n'est à l'abri
d'accepter toujours un meilleur environnement

vous dites que ce n'est rien
que pour travailler au loin il faut bien être compensé

moi je dis que je n'y pense même pas
que ça fait partie de ma vie
que c'est mon travail
que mon employeur me l'accorde
que c'est la rémunération de mes efforts

et un jour quelqu'un crie au scandale
et on n'a rien à dire
et on est comme tremblay
candide et plein de bonne fois et on dit
oui mais on n'a rien fait de mal
parce qu'ici on appelle ça des conditions de travail
on appelle ça de la reconnaissance
et qu'ailleurs on appelle ça de la corruption
ça dépend du point de vue et du but visé

c'est ainsi qu'humaine j'hésite à juger
les autres humains

ma petite normalité
est certainement un abus pour quelqu'un d'autre
et additionnée aux autres petites normalités
deviendra une énormité inacceptable pour la société.



samedi 14 février 2015

sign your name across my heart



je veux ton corps dans mon lit
je veux tes yeux dans mon coeur
je veux ton nom dans mes papiers
je te veux dans ma vie

si je vous ai souvent parlé d'amour
l'homme-chat devait être impliqué
je ne peux passer outre l'amour
en cette journée de st-valentin
alors que mon couple 
est la fondation de mon évolution

hier quand mes collègues me quittaient
nombre d'entre eux m'ont souhaité
une agréable st-valentin
ce souhait reçu dans une proportion plus importante
que dans les dernières années
ce souhait que l'on reçoit de tous
lorsqu'ils savent qu'on débute une relation
lorsque ce sera notre première fois
alors qu'on mesurera la force de notre amour
à l'aide de manifestations matérielles

je ne sais pas pourquoi on m'a souhaité cela
peut-être l'amour est-il au goût du jour
comme le bacon caramélisé
ou comme l'industrie florissante du matchage
gonflant la valeur de nos fonds de pension
non plus par la vente de roses et de chocolats
mais par la vente de pub sur les sites de rencontres
ou les honoraires pour entrevues et tests psychométriques

l'an dernier j'ai passé la fête de l'amour
dans une maison au texas
avec l'homme-chat
et trois demoiselles
dans un trip de course à pied
cette année je passe la fête de l'amour
à cuisiner avec l'homme-chat et recevoir
des amis de longue date

je peux vous dire d'emblée que je ne comprends pas
comment les gens font pour se choisir virtuellement
comme on choisit une paire de souliers
mais c'est parce que je n'ai pas magasiné
depuis près d'une quinzaine d'années
me voyant construire et échanger
sur les réseaux sociaux
je serais peut-être la plus fervente adepte
de ce nouveau marché

mais je ne ferai pas l'hypothèse que je suis célibataire
car je ne le suis pas
je vais plutôt vous dire
comment ma recherche du bonheur
se concrétise beaucoup dans ma relation amoureuse
comment j'ai eu raison
de faire confiance au temps
comment celui-ci bonifie constamment
ma relation de couple

je suis chaque jour bénie
d'avoir aimé patiemment
plus que jamais ces dernières années
j'entends les je t'aime et les mon amour
si muets dans les premières années
alors que je voulais les ouïr pour mieux me définir
l'amour nous transforme l'homme-chat et moi
et nous le savons
lorsque nous échangeons ce regard souriant
de nombreuses fois dans la journée
ce regard chargé de bienveillance
de bonheur et d'espoir
de bien-être et d'amour

dans l'amour que j'ai et qu'il a
il y a cette gratitude d'être aimé et d'être bien
le temps a fait ça
on le sent dans notre couple

je me souviendrai toujours
de la tendresse que j'ai ressentie
lorsqu'après l'amour le vif le suant
il m'avait gardée près de lui le premier soir
collée au creux de son corps
lovés en cuillères
nous dormons encore ainsi
avant ou après l'amour
oui nous dormons encore ainsi
et cette tendresse reste dans mon coeur
et se poursuit dans nos regards
lorsque nous sommes éveillés

je ne vous énumérerai pas les gestes quotidiens
que l'amour implique
mais ils sont infinis
et se traduisent au-delà de l'entraide
ils se traduisent par la gentillesse gratuite
tout le temps
le fait de ne pas juste vivre en couple
mais de penser à son bien-aimé
de faire quelque chose pour lui
qu'il fasse tant de choses pour moi
le fait de faire tant de choses à deux
que nous ne ferions pas seuls
et la gratitude de pouvoir le faire

se remercier l'un l'autre d'être ensemble
vivre dans l'intimité
la croissance
le bonheur
la paix

c'est clair que j'adore l'amour.


now take it away sweet d'arby.

samedi 7 février 2015

saleté



hier soir seule
attablée avec ma bouffe
et ma lecture touristique
j'avoisinais une cohorte
de cinq professionnels dans la mi-trentaine

elle lui dit
what kind of car do you have
son chum de lui répondre
you can see his keys on the table
a jag-u-ar yes it's a jaguar
oh i love it
yes i love it too

le propriétaire de la panthère
est assis au milieu
il a une shape de footballeur
dans un costard bien coupé
le crâne brillamment rasé
j'entends qu'il est banquier
il fait face à sa petite amie
il parle fort
la boisson révélera sa vulgarité
à sa gauche il y a un ami
en habit de preppy
assis en face de sa blonde
qui s'intéresse aux chars
elle est sociable et gentille
elle fait la conversation
le chauve lui dit
you want to change him for me
le cinquième convive
porte son complet du vendredi
et une barbe naissante de fin de semaine
il assez baraqué pour qu'une femme
soit trop fragile pour lui
il n'était pas accompagné

au milieu de la table
cinq menus fermés depuis trop longtemps
des verres à moitié secs
et des coquilles d'huîtres évidées
ils ont bien cinq-à-septé
peu de bouffe
beaucoup d'alcool

pendant ce temps
je déguste ma salade césar
et mon whiskey sour
en faisant la conversation virtuelle
à mon écran de téléphone

le chauve se lève
et visite ses voisines
je pense que c'est une deuxième tablée
de collègues arrivant pour le souper
il n'est même pas dix-neuf heures
lorsque je regarde
je m'aperçois que ce sont deux prostituées
je ne comprends pas ce qu'il fait
mais il y passe un certain temps
avant de revenir s'asseoir
en face de celle qui devrait être sa blonde
la conversation porte sur tout et rien
et sur la barbade
le chauve passe d'une table à l'autre
embrasse une des blondes
elles se lèvent et s'en vont
il vient rejoindre sa gang

le party est fini
il dit à sa blonde
what
you know i love you
it's nothing
they were just hookers

j'étais rendue au filet mignon
médium saignant le steak
le couteau rentrant bien dans la chair

ce n'était peut-être pas sa blonde après tout
c'était peut-être juste une date
mais quand elle s'est levée pour aller s'aérer
j'ai vu qu'elle avait mis les efforts
fait de belles boucles au fer chauffant
dans ses cheveux à mèches
elle n'était même pas vieille
une de ces belles jeunesses au corps publicitaire
maquillée et habillée pour l'occasion
elle avait choisi le mauvais gars
peut-être avait-elle choisi le portefeuille
le pouvoir et l'arrogance
ce n'était même pas don draper
mais ça ne la mettait pas du tout en valeur

s'il était un salopard en public
je ne pouvais imaginer l'imbécile en privé
je ne pouvais pas croire
que cela existait dans la vraie vie civilisée
dans le pouvoir au sein d'une société
que je pensais éduquée
je n'avais jamais témoigné
de tant de misogynie
endossée par des gars muets
et des filles qui ne disent rien
des gars et des filles qui renoncent
face à un pouvoir autre
l'argent affranchit-il du respect
quelle déception que cette population

mais le filet de steak était bien mignon
et en seule femme que j'étais
de la lame de mon couteau
je l'ai bien dominé.


samedi 31 janvier 2015

abondance



cette semaine ma boss a été nommée vice-présidente
elle mérite amplement cette promotion
elle travaille dur depuis des années
cette décision a été entérinée
au conseil d'administration
pour créer le poste il fallait argumenter
que ses fonctions étaient beaucoup plus complexes
que celles de bien d'autres vp
cette nomination témoigne également
de l'importance que revêt son secteur
au sein de l'organisation

hier après-midi comme c'est souvent le cas
dans les dernières heures de la semaine
mon esprit était clair
et je ne voulais pas quitter le bureau
j'avais un air d'aller dans ma stratégie
tout était facile j'avais du contenu
j'écrivais je planifiais j'ordonnais
j'ai même soumis ma première version
due avant la fin janvier

c'est ainsi que l'on gagne nos vies
elle moi et nos collègues
à penser des choses
à faire des réunions
à mettre en place des moyens
à communiquer des plans
afin que d'autres puissent utiliser
modifier mieux faire produire et réaliser

comme c'est abstrait comme travail
quand tu regardes ça de l'extérieur

si j'avais peint
comme je le souhaitais dès mon jeune âge
j'aurais gagné ma vie
en vendant des peintures
à des gens qui en voudraient
afin qu'ils puissent rêver
voyager admirer apprécier dépenser en parler
et comme c'est futile tout autant

comme je serai bientôt en réflexion stratégique
sur les activités de la fondation
je me poserai les mêmes questions
mais que fait-elle
à quoi sert-elle

et c'est ainsi que je me retrouve encore
dans la quadrature du cercle
à me demander si au fond
le seul travail qui vaille est celui
de soigner éduquer et nourrir
et pour qui et dans quel but

c'est bien étrange dans cette époque
où on essaye d'avancer
et qu'on parle de resserrer les moyens
qu'est-on en train de resserrer au fait
qu'est-ce donc qu'on empêche d'avancer

je lis ces jours-ci le prince de machiavel
qui instruit de façon pratique
sur la façon de prendre et de garder le pouvoir
ça où les existentialistes
tant qu'à moi c'est pareil
comme effet sur mes activités quotidiennes
quelle futilité que cette abondance d'activités
la vie tourne en rond
nous ne faisons que passer

c'est sûr qu'avec du recul
qu'on soit vp ou pépé
il n'y a rien qui soit plus important
qu'autre chose
aucune activité humaine
n'est essentielle
on ne passe nos journées qu'à les occuper
qu'à ignorer la fin de l'éternité.


samedi 24 janvier 2015

body language



ça y est j'ai l'âge de ma mère

depuis la mi-décembre
j'ai eu deux diagnostics de périménopause
j'avais promis de ne pas en parler
de ne pas me laisser aplatir
par l'angoisse de vieillir

je me pâme d'être jeune
de n'avoir que quarante-sept ans
moins de la moitié de mon espérance de vie
même pas encore grand-mère
et espérant l'être en multiples

pas même mariée
jeune poulette séductrice
au faîte de ma carrière
avec quinze ans de travail à temps plein
devant moi
puis du temps partiel à m'occuper
des visées d'implication sociale
le début d'un certificat
et la perspective d'un titre professionnel

non je suis encore dans ma prime jeunesse

mais voilà que depuis deux semaines
les changements dans mon corps
taxent mes ambitions
je dors comme un bébé
je passe tout droit
je n'entends plus le réveil
et mes engagements d'entraînement
tombent à l'eau

c'est là que je me dis
que ce j'haïs le plus dans la vie
ce n'est pas de vieillir
c'est que la machine ne suive pas
et je me rends compte que ce n'est pas l'âge
ce pourrait être la maladie
ce pourrait être la morosité
ce pourrait être la paresse l'oisiveté
ce pourrait être plein de choses
me rendant immobile

mas ce n'est pas l'âge
il y a alice cole
il y a ma mère justement
cette femme si énergique
il y a ma grand-mère qui l'est encore plus
je peux bouger
je peux danser
je peux courir
et je vais m'efforcer
de continuer à nourrir mon corps
pour qu'il reste flexible agile et fort
je vais le lever l'entraîner le pousser
pour qu'il soit encore jeune et sain
et qu'il me permette de réaliser
toutes mes ambitions

m'en cawlice de devenir quinquagénaire
sexta sexta sex-appeal
je veux juste pas saigner vingt jours par mois
pendant les prochains deux ans
et ne pas pouvoir bouger
je vais m'habituer et rebondir
car la vie ne s'arrête pas
à sept heures et dix un samedi
de janvier deux mil quinze.