samedi 25 octobre 2014

papillon


(dans ma tête chu belle de même)

samedi dernier je voulais être
un peu plus gisèle
un peu plus monica
je ne savais pas alors
que le lendemain
j'allais devenir une autre femme

ça ne s'est pas passé
chez holt ou ogilvy
mais sur bay street à toronto
vers onze heures du matin
le jour de mon
quarante-septième anniversaire

dans les deux derniers kilomètres
de mon demi-marathon
alors que deux fois auparavant
j'arrivais en marchant
juste avant de sautiller
jusqu'au fil d'arrivée
poussée par la vanité devant la foule
ou une amie qui me dépassait
j'ai cette fois-ci couru

alors que d'habitude
j'étais contente d'avoir déjà mis
dix-neuf mille mètres de course
dans mon corps peu athlétique
j'ai cette fois-ci parlé sans arrêt
me disant que deux mille mètres
c'était si court
deux fois moins que ce que je courais
à l'aube deux fois par semaine
j'imaginais ma cour vers six heures trente
quand je rentrais de la course matinale

en fait c'est une autre femme qui m'a parlé
je ne l'ai pas vue arriver dans mon rétroviseur
elle était derrière moi tout le temps
me disant de ne pas arrêter boire
avant le dixième kilomètre
ce qui m'amena non loin du douzième
dans un premier élan
c'est elle aussi qui plus tôt avait remarqué
le dix-septième kilomètre
en croisant l'élite revenir face à elle
et qui m'a dit que je n'arrêterais pas
ma deuxième fois
avant ce marqueur
c'est cette autre femme
qui a remarqué dans les dix derniers kilomètres
que je suivais de proche
le lapin du deux quinze
et elle me poussait lorsque je m'en distançais
cette femme me disait
qu'elle voulait me surprendre
que c'était mon anniversaire
et que pour ma fête
je me devais de réussir mon objectif
celui de finir en bas de deux heures vingt-cinq
et même deux heures dix-huit
puisque j'avais rajusté ma cible
quatre semaines avant le jour de la course
sentant que mon corps était trop à l'aise
avec l'allure que je lui imposais

si d'aventure
je me parlais ou me fouettais
j'abandonnais plus souvent qu'autrement
me trouvant peu valable
pour me rendre des comptes
déclarant forfait à mes propres exigences
me contentant de si peu de moi-même

dimanche en cette journée de fête
je ne me suis pas forcée
je me suis vue comme une autre
à qui je devais autant de respect
qu'à ceux que j'aime et que j'admire
je me suis vue arriver
comme une femme que j'aimais
je suis rentrée en deux heures quinze
je suis passée dans la cour des grands
ceux qui ne lâchent pas
ceux qui se dépassent

la médaille à mon cou
le jour de mon anniversaire
m'a donné un teint aussi beau
que celui de gisèle et de monica
j'ai depuis un aussi beau sourire
de magnifiques jambes
et une superbe poitrine

ce n'est pas chanel qui m'a rendue belle
c'est l'amour que j'ai eu
pour la moi devenue forte
je n'aurais pu souhaiter
grandir plus en beauté.

samedi 18 octobre 2014

wannabe



j'aime le glamour le strass le bling bling
je porte un collier de perles
du lundi au vendredi
pas de rouge à lèvres
pas de boucles d'oreilles
un mini diamant serti d'or
sur l'annulaire gauche
pas de maquillage mascara fard à chose
je me lave les cheveux chaque jour
je les conditionne et les brosse
les attache avec une barrette
sur le haut de ma tête
et les laisse sécher à l'air libre
été comme hiver
je m'achète de nouvelles lunettes
aux trois ou cinq ans
je me parfume tous les matins
incluant les week-ends

et je ne sais pas
ce que sent chanel numéro cinq

pourtant

quand je vois ce vidéo
comme celui avec nicole kidman
il y a dix ans par le même réalisateur
j'ai le goût d'être une autre femme
je fouille le web pour en savoir plus sur elle
j'apprends qu'elle a marié un footballeur
j'aperçois rapidement son salaire horaire moyen
je zieute la maison pas celle-ci en californie
mais celle dans je ne sais plus quel état
et puis l'autre aussi vendue au rappeur
puis je vois ben pelosse
et ses magnifiques photos de monica bellucci
à cinquante ans
pulpeuse et naturelle mais pas si tant
on voit naturel aujourd'hui ce qui est maquillé
et bien fardé
mais on ne le voit plus tellement on est habitué
je le sais j'ai vu le making of
quand gisele se met du rouge à lèvres
pour simuler sa sortie de la mer
alors que sur film
on la trouve beige et sauvage
avec si peu de mascara

après avoir regardé le vidéo
en boucles cinq fois
emportée par le scénario nunuche
immergée dans ce rêve d'un instant
après avoir regardé tous les making of
vu les chanel téléchargé la toune
et bien je me regarde dans l'étain
de la salle de bain
et l'espace d'un moment
j'ai envie de m'acheter chanel numéro cinq
et je réalise en y pensant
qu'il ne s'en vend pas chez coutu
et que cela prendra plus d'investissement
pour devenir cette autre femme
et avoir cet autre homme
cet autre enfant
ce surf ce wet suit
cette autre maison

la pub ça marche.

samedi 11 octobre 2014

expressionnisme


robert motherwell, litho, 1967

je ne sais plus quoi vous dire
je parle tout le temps au je
je ne sais pas écrire d'histoire
je lis arvida d'archibald
des histoires
c'est ce que je veux écrire
je me tanne des réflexions
quoi qu'elles me fassent du bien à exprimer
je suis au stade du journal intime
tout cela semble bien juvénile
j'aimerais écrire la vie l'épopée
à travers un personnage
en dehors de moi
la générosité se vit hors de soi
mon samedi est une extension
du dedans de mon coeur
de mon âme de mon esprit
mais il ne raconte rien
dans cent ans je serai cendre
et tout cela ne comptera plus
j'aimerais être victor hugo
et laisser l'homme qui rit
ou baricco et novecento
j'aimerais avoir écrit
the signature of all things
mais j'écris au je
la seule chose que je sache faire
la manière dont je vis
à travers mon égo
seule et revenant vers moi
l'écriture n'est belle que
lorsqu'elle dit le soi
au travers du monde
lorsqu'elle peint la douleur la joie la couleur
l'excitation dans le jour du jour
dans la sensation
et non dans l'expression
j'aimerais être riopelle ou pollock
ou encore anselm kiefer
et vous faire vibrer
sans dessiner un coeur
comme il est dur l'art d'émouvoir
mais je n'en suis pas là
un jour je voudrai
en attendant je vous sers encore
mes états d'âme
que je ne conçois pas des fois
comment ils puissent vous intéresser
outre que je sois aussi un peu de chacun
et qu'il fera beau ce samedi.

samedi 4 octobre 2014

sel de la vie



je ne suis pas une passionnée de course
je cours quatre fois par semaine
jusqu'au dix-neuf octobre
en préparation pour une course

je ne suis pas une passionnée de natation
je prends des cours
pour me débrouiller dans l'eau
c'est un bon outil de survie

je ne suis pas une passionnée des études
je me forme pour une certification
qui me permettra d'être indépendante professionnellement
dans environ dix ans

je ne suis pas une passionnée des lettres
j'aimerais un jour écrire un roman
et je ne le ferai pas sans savoir écrire
j'écris donc les samedi et je prends des cours quand je peux

je ne suis pas une passionnée des arts
je visite les musées et galeries quand je voyage
ça m'élève l'esprit et le coeur
d'être entourée de beauté

je ne suis pas une passionnée des rénos
dès que j'en ai la capacité physique et financière
je tente de changer mon décor
pour y être plus confortable

je ne suis pas une passionnée du vin
j'en ai bu un peu mais juste assez
pour qu'il y en ait que j'aime plus que d'autres
je me suis renseignée afin de pouvoir toujours boire ce que j'aime

je ne suis pas une passionnée de la bouffe
j'ai un appétit immense et des goûts douteux
je cherche souvent la nouveauté
et la fine restauration

je ne suis pas une passionnée de l'amour
je grandis à vivre ensemble
dans un bonheur pair
qui m'emmène vers l'avant

je ne suis pas une passionnée du travail
je me réalise professionnellement
j'aime rayonner
et gagner des sous

je ne connais que très peu de passionnés
pour dire vrai je ne peux en nommer que deux
et ils datent de mon adolescence
des gens qui ont suivi leur voie
à travers les sacrifices et la souffrance
la passion consumant tout le reste
une vie droite et monolithique
ils sont arrivés à réaliser leur rêve unique

j'ai la qualité de mes défauts
dieu merci il y a du bon dans tout
je n'ai pas la patience ni la discipline requises
pour la passion
je suis fille de peu d'efforts
je me disperse plus que je n'approfondis
et je ne peux donc pas poursuivre une voie unique
je ne suis jamais numéro un
je suis dans la moyenne alerte
mais jamais sur le podium
je fais ce que j'aime
et j'aime en masse
horizontalement
nuageusement
partout heureusement.


samedi 27 septembre 2014

carpe diem



la vie la mort la maladie
ce n'est rien vu de loin
nous ne sommes que matière
que chair en douleur
autant que le chat et le pissenlit

et pourtant cela fait mal
patti smith me faisait pleurer
pas tant par la mort de robert
que par son amour son amitié
en fait la mort de robert
annonçait un soulagement
un ciel éclairé
peint de mains d'artiste
la maladie éradiquée
le corps devenu cendres
la légèreté de l'être

ce qui fait pleurer dans la mort
c'est la personne qui nous manque
c'est la même douleur que l'on a
face au changement
c'est notre haine de l'irrémédiable
notre désespoir de ne pouvoir revenir en arrière
non nous ne pouvons pas reculer
c'est clairement inévitable
il vaut mieux se souvenir avec sérénité
apprécier ce qui a existé
emmagasiner et donner
et continuer à avancer

la mort s'en vient
elle est obligée
en attendant donnons la vie.

samedi 20 septembre 2014

confessional



j'ai déjà déclaré mon amour pour facebook
certains trouvent qu'on y publie n'importe quoi
qu'on y exhibe son chat ce qu'on mange et quand on baise
ils trouvent que c'est faux
car les gens ne s'y montrent
qu'à leur avantage
que c'est une vitrine narcissique

moi je me demande
comment le savent-ils
parlent-ils de même de leurs amis
sont-ils quant à eux de simples voyeurs
alors que d'autres sont exhibitionnistes
n'est-ce pas simplement
comme dans la vraie vie
il y a des gens plus expressifs que d'autres
chacun y prend la place qu'il veut
mais pourquoi donc critiquer
ce qui se passe sur une tribune
à laquelle on a volontairement adhéré

je suis un livre ouvert
vous l'avez constaté
j'y publie dix fois par jour
depuis maintenant sept ans
j'aime cette vitrine témoin de ma vie
elle répond à de nombreux besoins
d'abord celui de la reconnaissance
qui me motive à m'améliorer
sans rétroaction ma vie serait larvaire
puis à celui de l'information
ensuite à celui du divertissement
et encore à celui de la socialisation
ce n'est pas rien
ce qui me pousse à cliquer quotidiennement

j'ai l'air d'y publier une vie en rose
présentée sous son meilleur jour
j'y publie en fait ce que je pense ce que je vis
mais je réfléchis à mes mots
ce qui semble incroyable considérant
le nombre et la vitesse de mes salutations
à certaines périodes de la journée
j'aime écrire des phrases
elles provoquent font rire font réfléchir
font chier surdosent
bien sûr ces phrases me véhiculent
me transportent en palanquin
me déguisent en reine et en héroïne
je suis la vedette de ma propre vie
mais je ne me cache pas
je n'ai que faire de ma vie privée
je m'étale je m'auto-dérise je m'esclaffe
que suis-je comme poussière dans l'univers
pour prétendre à une vie privée
à chier plus haut que le trou
à faire mon affaire à moi toute seule
crissez-moi patience

non
comme une chatte oisive
j'exhibe mon bonheur

en ce samedi matin
je vous fais une liste
des côtés moins glorieux de ma personne
que je dévoile peu
car en fait ils ne m'énervent pas vraiment

j'éternue beaucoup
et je me mouche bruyamment
très souvent avec du papier cul
j'ai été complexée pendant quarante ans
de mes petits seins
je le suis maintenant
de mon ventre un peu proéminent
je suis une championne de la paresse
et c'est pour ça que je me donne des objectifs
si j'étais ermite je dormirais toute la journée
j'ai de la corne sous les pieds
je ne sais pas porter les talons hauts
et j'en suis si désolée car je trouve ça joli
je ne baise pas tous les jours
même si j'ai brièvement tenu un blogue de cul
je dévore les chips à m'en donner le mal de coeur
c'est écoeurant sans classe ni goût
je mange le poulet et les frites avec mes doigts
j'ai le vertige ça m'empêche de faire des choses
je ne sais plus écrire le chinois
je ne réponds pas au téléphone
je parle très peu à mes parents
encore moins à mes frères et soeurs
et pas plus à mes fils
je ne connais pas leurs numéros de téléphone
je n'arrive jamais au bout de défaire mes boîtes
je suis une botcheuse de rénos
il manque toujours la finition
je n'arrive pas à épargner une cenne
même si je suis plus insécure
qu'un travailleur autonome
je ronfle des fois la nuit
je marche fort
je ne sais pas mettre la table
je n'ai ni nappe ni napperons
je ne sais pas boire je vomis encore
j'ai peur des foules
j'ai mal à tenir debout pendant tout un show
je suis trop fatiguée pour veiller
j'ai des taches brunes sur la face
j'avale des vitamines chaque jour
comme une droguée
je suis inflexible de l'horaire
je vire folle quand on me dérange
ce qui inclut chez nous à l'improviste
dont le releveur de compteurs
je suis incapable d'être en visite
si je n'ai pas trouvé de cadeau ou de vin
je suis sourde ou paresseuse auditive
je fais tout le temps répéter
je n'ai aucune mémoire
ni des noms ni des numéros de téléphone
je ne me souviens pas des livres que j'ai lus
malgré ma grande bibliothèque
je ne peux pas participer au jeu des dix livres
qui ont marqué ma vie j'ai honte
je n'ai pas de patience pour l'incompétence
je n'aime pas le chat tant que ça
je ne garde ni mes nièces ni mes neveux
j'haguis le bruit ambiant des enfants
je fais de très mauvais oeufs miroirs
j'ai souvent mal au ventre
je cours lentement et je nage sans vigueur
je lâche l'effort physique dès que possible
j'abandonne facilement mille et un trucs
je fais rarement le ménage
mes pieds nus deviennent sales dans la maison
j'ai peur de manquer d'amour
je suis dépendante affective et sociale
et des chips je vous l'ai déjà dit

bon y a sûrement plein de choses que j'oublie
mais vous voyez le topo
ma vie n'est pas rose mais laquelle l'est
je vous l'écris de toute façon
quand tout m'ennuie quand j'ai des états d'âme
j'ai pas de black list
ni d'arrêt de non publication
je n'ai aucune gêne à vous le dire
what you see is what you get
je n'ai pas d'autre vie
que celle dont vous témoignez
et j'entends continuer à en profiter
aussi longtemps et vivement
que j'en aurai la capacité
j'ai trop de respect pour cette courte fenêtre
dans laquelle je monte ma pièce de théâtre
je me mets en scène je joue je batifole
quelques années sont une trop courte saison
dans l'histoire de l'univers
pour oublier de s'amuser et de partager

amen.

samedi 13 septembre 2014

la preuve



on n'a jamais une deuxième chance
de faire bonne impression
non mec ça se passe là
les projecteurs sont rivés sur toi
ça fait assez longtemps qu'on t'attend
dis-nous de quel bois tu te chauffes
ta job en dépend
ceci est encore plus vrai
lorsqu'on est engagé pour gérer
et non exécuter
on compte sur toi
on attend que tu décides

le deuxième jour de mon arrivée
à ce nouvel emploi
ma boss me tend un livre
rempli de post its
ainsi que la photocopie du résumé
et me dit qu'ici
on gère comme ça
que je peux le lire si ça m'intéresse
je lui demande si je l'achète
elle dit non elle me prête le sien
il s'agit de
the first 90 days
de michael watkins

je dévore les livres de gestion
les how-to
comme des livres de recettes
je m'y retrouve
je m'y découvre
je m'y sens bien
j'ai lu le résumé
sur l'heure du lunch
d'ailleurs c'est tellement important
que je vous renvoie un lien
vers le résumé ici
c'est en anglais
mais la pensée managériale
est soit anglophone ou nippone

ah merde
j'étais si déstabilisée par ce propos
d'avoir à faire mes preuves
en si peu de temps
je savais que je devais prouver
ce dont j'étais capable
mais là
c'était bien plus décisif
il fallait poser des gestes rapidement
ou lentement
selon l'impression qu'on voulait laisser
je ne pouvais pas juste m'asseoir en poste
et observer
je ne pouvais pas juste agir comme j'étais
et répéter ce que je savais le mieux faire
régler des micro problèmes
en étant gentille avec tout le monde
non le monde me regardait
déjà

oui en deux jours déjà

je devais donc réfléchir rapidement
à un plan à long terme
trouver mes alliés dans l'organisation
comprendre les attentes du patron
comprendre l'organisation
ce qui était accepté ce qui ne l'était pas
l'opportunisme ou le travail d'équipe
développer ou protéger
comment faire un quick win
malgré le fouillis
accepter de ne pas tout comprendre
et prendre des décisions
une après l'autre

la première que j'ai callée
est de m'acheter ma propre copie du livre
la deuxième que j'ai callée
est de réaménager le bureau
pour un peu d'intimité
la troisième que j'ai callée
est de réfléchir sans rendre des mini comptes
la quatrième que j'ai callée
est de faire un plan à long terme
et déterminer mon leg à l'organisation
la cinquième que j'ai callée
est un meeting avec ma boss
la semaine prochaine pour en discuter
la sixième que j'ai callée
est de saluer les gens que je croise
même s'ils ne le font pas naturellement
la septième que j'ai callée
est de m'inscrire aux cours de yoga
du vendredi midi dans la tour

et là je commence à m'y retrouver
la femme flexible gentille posée
qui respire par le nez
je ne suis pas despote
je ne suis pas néron
je finirai l'art de la guerre
de sun tzu
je planifierai en respirant
je vais pouvoir mettre la table
et donner le ton

alea jacta est.

samedi 6 septembre 2014

grâce à toi



une des aptitudes
que l'on développe en vieillissant
est l'instinct de survie
l'art de repérer les bonnes personnes
les opportunités
et l'art de sauver sa peau
avant que ça chire
ou de changer de route
lorsque ça ne nous apporte rien

on ne se l'avouera pas
mais on est opportuniste
on délaisse les gens
qui ne nous apportent rien
même si on les aime
mais ils ne nous divertissent plus
ne nous apprennent plus
ne nous supportent plus
oui on est fait de même
avec un besoin inné de grandir

on fréquente des gens
souvent meilleurs que soi
ils nous inspirent
on les admire
on apprend vite à qui se coller
pour avoir des alliés
pour nous aider à avancer

c'est pas gênant
tout le monde le fait
ça n'empêche pas d'être sincère
gentil poli aimant et généreux
car le tout se fait naturellement
dans les alliances que l'on crée

c'est pareil en amour
si on n'avance pas plus vite en couple
qu'individuellement
on lâche le couple
on aime car on admire
car ça nous valorise
car ça nous fait avancer
pas juste parce que c'est bon pour le coeur
pas juste
essayez pour voir

c'est pour cela qu'on change de cercles
plusieurs fois dans sa vie
il faut que les choses avancent
même si c'est stable au foyer
même si c'est stable au travail
même si c'est stable socialement
une des sphères est en mouvement
quelque chose bouge autour de soi
on rencontre de nouveaux clients
on suit un nouveau cours
on découvre un nouvel auteur

ce n'est pas tant
pour se divertir et se sortir du quotidien
c'est en fait pour s'inspirer
pour se tirer vers le haut
évoluer
améliorer sa vie

c'est fantastique de s'exposer
et d'échanger
les gens qui nous entourent
sont autant d'étoiles
qu'on regarde dans le ciel
et qui empêchent nos souliers
de s'enliser dans la vase
ils nous appellent à leurs côtés
au firmament des succès
et du bonheur
de la paix de la joie
leur vie leur savoir
leur coeur leurs ambitions
sont des exemples de possibilités

ces amis ces collègues ces connaissances
nous aident à oser
ils nourrissent notre quotidien
autant que le pain le beurre et le vin
merci d'être là
formidables coachs de vie!


samedi 30 août 2014

temps libre



j'ai aimé ça n'avoir rien à l'horaire
ni jeudi ni vendredi
j'ai fait une liste de choses à faire
avant la rentrée
celle de la nouvelle job
et du nouveau cours en compta
me suis levée aux heures
où mon corps a bien voulu
quand il a pu se séparer
de celui de l'homme-chat
dans le lit des vacances
mon corps et mon esprit ont pris le temps
et l'homme m'a laissée seule
voulant lui aussi embarquer
dans ses occupations
nous venions de passer douze jours
collés sur une moto
face-à-face deux fois par jour au resto
ça faisait du bien de se séparer
j'aime ces journées de liberté gagnées
j'ai fait de la bouffe
du ups
de la papeterie
de la banque
de toute de toute de toute
on s'est retrouvé pour faire la commande
et manger une bouchée
j'ai cuit enduit canné
et je me dis qu'en temps réel
je devrais faire cela le week-end
c'est-à-dire me garder du temps de liberté
les cinquante autres week-ends de l'année.

samedi 23 août 2014

sandwich wasabi



avant mon départ en vacances
était publié un article
sur la génération sandwich
celle qui élève des enfants
en même temps qu'elle prend soin
de parents vieillissants

je me suis dit alors
fiou ce n'est pas mon cas
car j'ai élevé les miens
comme louve dans la forêt
avec bien peu de choses
alors que j'avais vingt ans
et que je ne générais pas
les revenus que je gagne aujourd'hui

je comprends que les adultes
ayant des enfants dans la trentaine
ou la quarantaine
ont normalement plus de moyens
pour élever leurs ouailles
et que les enfants deviennent
une charge financière importante
école université sports cadeaux et activités
ce serait le cas si j'avais d'autres kids maintenant
je parle évidemment des parents
qui travaillent à revenus stables
avec les obligations quotidiennes que cela entraîne
je sais aussi que beaucoup
vivent dans la précarité
et que la question ne se pose même pas

mes flos ont décidé
de voler de leurs propres ailes
vers dix-neuf ans
je n'ai à charge aucune étude universitaire
je n'en aurais pas eu les moyens alors
mes fils auraient été logés et nourris
mais auraient payé leurs études
ou alors ils auraient fait comme moi plus jeune
partir et gagner leur vie
et c'est bien ce qu'ils font

cela fait donc près de cinq ans
que je suis encore une ado
vivant sans enfant
et avec des parents indépendants
et c'est maintenant
que je dépense mes énergies
à construire une retraite
c'est étrange non
je suis insécure de la retraite
comme près du tiers des canadiens sondés
dans l'étude ayant mené à l'article susmentionné
je ne veux plus d'hypothèque
je veux pouvoir vivre jusqu'à cent trois ans
en ne travaillant à ce moment
que de temps en temps

quand j'ai grandi enfant
deux familles chinoises
vivaient avec leur grand mère
il me semblait à l'époque
qu'elles étaient vieilles
bien plus que mes parents
lorsque mes enfants étaient petits
vieilles comme s'il fallait en prendre soin

j'ai dit souvent ici et ailleurs
que mes parents étaient des forces de la nature
eh bien ce sont aussi des humains vulnérables
si ma' tombe avant mon père malade
ce sera la catastrophe
en fait c'est dans le domaine du possible
mais ma mère étant forte et en santé
nous exempte du concept du besoin
elle veille au grain

alors qu'ils vivent de façon frugale
et sans revenus importants
à plus de soixante-dix ans
mes parents continuent à défrayer leur coût de vie
et au moins un voyage par année
pour nous visiter
des fois maman travaille un peu
quand c'est noël ils nous offrent
des enveloppes rouges
avec quelques billets américains

les dernières fois
où j'ai visité la californie
j'ai offert mes premières enveloppes rouges
c'était à ma grand mère
de plus de quatre-vingt-dix ans
qui visitait aussi
à son âge vénérable elle doit être assurée
que les petits prendront soin d'elle
c'est normal
elle en a élevé une tralée
je n'en ai donné que deux à l'humanité
je ne peux pas espérer

mais quand donc commence-t-on
à prendre soin de ses parents

je sais vous me direz
cela viendra bien assez vite
je me pose la question
car ils sont si loin
ils ont eux-mêmes grandi loin des leurs
dans d'autres continents
n'étant pas au chevet
de leurs parents malades
est-ce qu'on continue de vivre sa vie
comme si chacun pouvait prendre soin de soi-même
est-ce une question à poser
sauront-ils y répondre
je ne sais pas ce qui est normal
l'homme-chat dit suis ton coeur
mais mon coeur a peur
il ne veut pas savoir

heureusement qu'il y a mon esprit
pour m'y préparer.