samedi 24 septembre 2016

immortalité



hier en revenant du marché
ma mémoire j'ai exercée
le nom d'un homme me suis rappelée
il s'appelait laliberté
quel beau nom prédestiné
le soir venu l'ai googlé
pour constater qu'il était décédé
à soixante-huit ans passés

les souvenirs sont faits
pour être immortalisés
je ne connais jim morrison
qu'à l'âge de vingt-sept ans
aux yeux angéliques et au torse nu
je ne l'ai jamais connu ni à soixante
ni à soixante-dix ans

monsieur laliberté
était un crush de ma chumette
alors qu'elle était une jeune fille en fleurs
d'à peine vingt ans
il en avait vingt de plus qu'elle
nous étions à peine sorties de l'enfance
avec la vie devant nous

quand je me souviens des hommes
dont j'ai été amoureuse jeune
ils ont encore les cheveux noirs
ou blonds et les torses musclés
et la fougue de me prendre
jambes écartées à bouts de bras
accotée sur le poêle de la cuisine
à quatre heures du matin

si par malheur je croise
leur photo d'aujourd'hui sur l'internet
je déchante et me ravise
ce n'est pas d'eux que j'ai été éprise
ils n'ont plus le même regard
peut-être encore le même coeur
ils n'ont plus le même corps
non
ce ne sont pas eux

la photo funéraire de monsieur laliberté
le dépeint plus jeune qu'à soixante-huit
les souvenirs sont faits
pour être immortalisés

les souvenirs sont beaux
et ils nous gardent au chaud
dans les nuits les plus glaciales
autant que les plats du creuset
et que l'amour présent
ils nourrissent nos rêves nocturnes
et nous rajeunissent le matin venu
ils sont inaltérés

depuis peu sur le campus universitaire
mes phéromones sont à on
je fréquente le plus fort de la jeunesse
elle m'emplit de désir
elle communique sa passion
ça ne s'estompe pas avec l'âge
c'est toujours présent
mais quand on avait vingt ans
on était beau comme à vingt ans
quand on en a quarante puis cinquante puis soixante
on est beau comme à cet âge

des fois dans le métro
je me prends à imaginer
que je croiserais un ancien amant
et me demande toujours narcissiquement
s'il trouverait que j'ai changé
puis je constate hier
qu'il désenchanterait
car ces trente dernières années
je les ai passées moi aussi

je ne suis qu'un souvenir
à immortaliser

et pendant ce temps
je continue ma vie
à aimer à donner
pour créer à nouveau
mon immortalité.

come on baby light my fire.

samedi 17 septembre 2016

collé collé


source photo
j'aime sa peau
élastique douce chaude
couchée j'aime lui caresser
le chest poilu
comme on caresse le ventre
du bébé chat

ça fait seize ans que je dors en cuillères
avec l'homme-chat
moi la petite lui la grande
cuillère
des fois cuillères à droite
des fois cuillères à gauche
dépendamment des chambres qu'on habite

tu sais que tu aimes un homme
quand tu aimes sa peau
tu sais que tu peux vivre avec un homme
quand endormis
vos corps sont jetés l'un sur l'autre
un bras pesant sur ta taille
une grande jambe écrasant les tiennes
et qu'ils passent ainsi la nuit
sans jamais d'inconfort

tu sais que tu aimes un homme
quand ta peau cherche la sienne
comme une extension de la vie
quand vos corps sont collés
comme des jumeaux chauds inséparables

il y a aussi les vibrations
de la luxure
mais même sans le sexe
la peau est bonne et nourricière

tu l'embrasses le matin
en allant le réveiller au lit
sur le front tendrement
puis sur la joue que tu colles de tes lèvres
pendant qu'il s'allume les yeux

et tu l'embrasses encore en partant travailler
en plaquant encore vos deux joues gauches ensemble
pour qu'elles se sentent bien
comme deux peaux voulant se donner
voulant se coller

sa peau c'est comme cette pâte fraîche enfarinée
toute la vie et la sensualité dans cette peau
tu sais que tu aimes un homme
quand tu te caches le nez dans son cou
pour toujours
quand il cache le sien dans tes cheveux
et que rien
nulle part jamais
ne pique ou ne dérange
pas besoin de parfum de shampoing
ou de savon chic
juste sa peau belle et propre
pour toujours
avec son coeur dedans
et son fabuleux sourire.

samedi 10 septembre 2016

you kiou é èm



you kiou é èm
for when you travel outbound
u q a m

l'uqam c'était pour les commerciaux
quand j'avais dix-sept ans
alors au cégep du vieux en arts plastiques
l'uqam c'était pour le graphisme
ça m'intimidait beaucoup en quatre-vingt-six
ça prenait un portfolio bien monté
j'ai fait concordia à la place
j'ai appris un peu l'anglais
et j'ai fait des fine arts

neuf ans plus tard
en quatre-vingt-quinze
travaillant en finances
et mère de deux enfants
l'université du québec est entrée chez moi par la teluq
je ne me souviens pas du cours que j'ai fait
mais c'était par correspondance
puis dans une vraie classe
possiblement au sous-sol du pavillon des sciences de la gestion
parce que la gestion c'est scientifique à l'uqam
en quatre-vingt-quinze c'était vraiment glauque
et très animé
il y en avait du monde
j'ai passé mon cours
à manger des sweet tarts
avec ma chumette isabelle
c'était un cours de métho'
ou un vrai cours de grh
m'en souviens plus
mais je me souviens
qu'à l'issue de mon certificat de grh
j'ai décidé de faire mes autres certificats aux hec
c'est de même
à cette époque où j'essayais d'obtenir un bac par cumul
je me disais que les hec sonneraient mieux

fait que j'ai un bac des hec tu sauras
en douze ans le bac
avant mes quarante ans
avec du monde sérieux
de vrais entreprenants
tout le monde était ambitieux là-dedans
ça a dû me faire un caractère

l'uqam est revenue par la grande porte du mba
et c'est là que je suis vraiment tombée en amour
avec cette université
c'était de deux mil dix à deux mil douze
tu sais durant le printemps érable

j'ai tellement eu de magnifiques professeurs
des vrais profs pas des à moitié
des titulaires de chaires
des doctorants
des cracks des intellectuels
du savoir en cans
j'étais fuckingment fière
je pense que j'ai même posé pour une annonce
et j'étais sur le comité de programme

c'est avec ce diplôme
que l'uqam est devenue
ma alma mater
en deux mil douze
à l'âge de quarante-cinq ans

en parlant d'âge
ce six septembre
en file au local temporaire de la coop pour la rentrée
il se côtoyait des gens de tous les âges
et de toutes les couleurs
il y avait des cinquantenaires
autant que de jeunes adultes
avec leurs plans de cours
et leurs sacs à dos
dans la file au café
des accolades chaudes se faisaient
à la fin de l'été
l'une emménageait à montréal
et allait y trouver un emploi
l'autre venait de s'acheter une auto

l'uqam n'est plus du tout l'école intimidante
que j'appréhendais avant la vingtaine
c'est une maison de bonheur
où les profs adorent leur métier
certains avec une année sabbatique payée aux sept ans
tu sais
on les garde en forme
et en passion
c'est ce qui fait la différence

je retrouve l'uqam à temps plein cette année
avec casier et bouteille d'eau
je connais ses pavillons
ses stationnements
ses étages
ses corridors
ses toilettes publiques
ses abreuvoirs
ses machines à café
ses fours à micro ondes
ses bibliothèques

je l'aime cette école
tout le monde qui y est veut quelque chose
boit du savoir des notes ou des résultats
est là pour apprendre ou avancer
il n'y a personne qui veut pas
c'est rempli d'espoir ces boîtes-là
il faut vraiment les fréquenter plus souvent
les universités
c'est universel
c'est la maison du monde
c'est l'ouverture sur l'inconnu
c'est l'aventure.

samedi 3 septembre 2016

catch me if you can



ça y est j'angoisse
j'ai passé une semaine de fou
justement le genre de semaines que je veux éviter
je n'ai plus l'âge d'avoir des semaines de fou
mais j'en ai malheureusement le tempérament

je pensais que cette semaine
entre ma dernière salariée
et ma première étudiante
en serait une de repos et de préparation

vous le voyez comme moi
avec le outlook que je me suis booké
que je vous remplis un horaire
peu importe les retombées
peu importe les revenus

il faut occuper le temps

et djieu sait que j'en suis capable

même de me dépêcher lundi
entre mon retour de course salutaire sur la montagne
et ma première séance tenante
manquer de temps
entre deux activités non obligées

mais où donc est ma faculté
de prendre ça zen

de me réveiller à quatre heures trente
trois jours cette semaine
bien avant le cri du réveil matin
avec pleins d'idées en tête

et passer des heures à classer
trier déchiqueter des documents
dont je ne vois pas la fin
et qui dormaient pourtant si bien
dans le fond de leurs filières respectives

bien sûr il y a du temps de qualité
comme celui où je consulte le livre de recettes
dresse mon menu pour trois repas
fais mes emplettes et les soupers
bien sûr il y a le gain de temps
à ne pas me transporter en ville chaque matin
chaque soir
bien sûr il y a le bonheur
de luncher des restants chaque midi
et de comptabiliser toutes mes dépenses
et crier victoire quant aux économies que je fais

bien sûr il y a la satisfaction
de faire enfin fonctionner pleins de choses
ma montre garmin notamment
mon imprimante mes écrans
mon speaker bluetooth
de mettre à jour la comptabilité
de notre appartement de touristes
et de faire un post mortem
sur notre tarification après un an d'opération

bien sûr je tripe d'avoir loué un casier à l'école
et de planifier aller nager le mardi
avant mon cours de gouvernance
d'avoir longé les corridors de l'université
avant la rentrée dans quelques jours
d'avoir acheté mes recharges de mines
point sept millimètres
d'avoir jeté les stylos qui n'écrivaient plus
d'avoir imprimé mes plans de cours
sans compter m'y être réinscrite
et d'avoir identifié les textes à lire
aujourd'hui et demain
pour ne pas prendre du retard

mais mon plancher est toujours sale
et mes vitres toujours pas faites
pas encore trouvé les cadeaux de fête
de m en mai et j en août
je n'ai pas terminé le bouquin de warhol
entamé en août à nassau
alors que j'ai déjà envie d'avoir du temps
pour lire le prochain roman qui m'attend

je n'ai pas eu le temps de travailler une fois
sur la terrasse
encore enfermée dans un bureau
peu importe qu'il soit à square victo
ou au palace st-denis

vingt-neuf ans de fonctionnement
en mode rapide et ultra-rapide
sans reprendre son souffle entre deux rendez-vous
ça crée des habitudes
difficiles à enrayer

toutes ces choses que j'ai faites cette semaine
je vivais sans les faire

le constat auquel je dois absolument réfléchir
si je veux survivre
est qu'il ne faut pas se booker serrée
il ne faut pas remplir le temps
il se remplira bien de lui-même
je ne prendrai jamais de l'avance sur la vie
d'y être simplement devrait suffire.

ohm shalom ciao bye
long week-end
go.

samedi 27 août 2016

chiffrier ardent



les gens sont rébarbatifs aux chiffres
ça les tue quand je dis
que je vais étudier en comptabilité
ils trouvent ça vraiment ennuyant
complexe et incompréhensible
des colonnes de chiffres non classés
c'est très peu sexy ou appétissant
du simple fait que c'est inintelligible

mais les chiffres voyez
c'est un langage si simple
et si poétique des fois

trois point quatorze-seize
trois cent vingt-cinq farenheit
cinq pieds trois
cent vingt livres
deux heures vingt-deux
ou midi douze
dix-sept heures
ou cinq pihèm
la quatre-vingt sur du parc
dix-neuf deux à 'tivi
cinq-un-quatre quatre-cinq-zéro huit-un-neuf quatre-un-huit
quatre par quatre
quarante onces
en soixante-sept tout était beau
fait vingt-huit
deux par quatre
quatre par six
treize à la douzaine
millionnaire
milliardaire tant qu'à faire
ou neuf et quatre-vingt-dix-neuf
quatre-vingt-dix minutes
cinq et quarante du kilomètre
cent deux cents cent
quatre fois deux cinquante mètres
trente-six semaines
deux ans et demi
trente-sept deux le matin
neuf semaines et demie
onze cents pieds carrés
moins quarante
cinquantième
deux trois cinq sept onze treize dix-sept
quatorze dix-huit
quarante quarante-cinq
onze septembre
quatorze juillet
le vingt-quatre juin
un gramme
trois onces
six pouces et quart
trois cent soixante-dix-sept pages
quatre mille mots
quarante-cinq tours
trente-six vingt-quatre trente-six
cinquante-et-un pour cent

puis repartir à zéro

ils sont beaux et ils pleuvent
je les additionne
je les multiplie
je les expose
ils résonnent
et même des fois
ils sonnent et ils trébuchent
alors ils rayonnent.

samedi 20 août 2016

la vie c'est comme si



okay si ça peut vous faire plaisir
disons que je suis chanceuse

ben oui
chanceuse d'avoir eu des parents
qui m'ont inculqué la valeur du travail
qui m'ont appris par l'exemple
que tout job était bon à faire
sans hiérarchisation en toute humilité
même la restauration ou le marché aux puces
après un doctorat en sciences politiques
même après une carrière en diplomatie
chanceuse d'avoir eu une maman
qui a trimé et donné sans arrêt et qui a obtenu
une licence d'enseignement à soixante ans
et fait une immersion de quelques mois au mexique
pour apprendre l'espagnol dans la cinquantaine
chanceuse d'avoir une soeurette
qui a changé d'orientation pendant l'université
pour suivre sa voie même si elle rallongeait ses études
chanceuse d'avoir un frérot
qui n'a jamais été à la solde des intérêts commerciaux
et qui a pratiqué son métier dans la plus pure perfection
chanceuse d'avoir eu des parents asiatiques
qui m'ont permis d'étudier en arts
et non en pharma ou en dentisterie
chanceuse d'avoir lâché l'école à vingt ans
pour mieux reprendre à vingt-huit
à quarante-trois et même à quarante-huit

chanceuse d'être en bonne santé
chanceuse de savoir lire et écrire
et même de savoir compter
vous y pensez
chanceuse de continuer à apprendre
chanceuse de vivre avec un homme
qui accepte sans juger
chanceuse d'avoir commencé à travailler
dans une industrie pleine de cash
qui m'a donné le goût d'en faire
et m'a permis d'acquérir quelques biens
que je ne pourrai possiblement plus acquérir demain
chanceuse de vivre à cette époque
où tant de femmes et d'hommes
ont tracé le chemin
de toutes les possibilités en toute liberté
chanceuse d'avoir étudié pendant dix-sept ans
à temps partiel en travaillant
chanceuse d'avoir fait payer mes études
par mes employeurs grâce à de bonnes notes
chanceuse de savoir encore réfléchir
chanceuse d'avoir fait des bébés
pendant que mes pairs vivaient leur jeunesse
et de ne plus avoir d'enfants à ma charge
alors que je suis encore en forme
chanceuse d'avoir confiance en la vie
et de ne pas avoir peur de me tromper
chanceuse d'être optimiste
chanceuse d'avoir payé mon char
et d'espérer compter dessus encore un an
chanceuse d'aimer les huîtres
chanceuse de ne pas avoir d'orgueil
et me dire qu'au pire je lâche l'école
et je me cherche une job
car si j'ai pu le faire à vingt
je sais certainement comment à cinquante
chanceuse de savoir que comme tous je mourrai
et deviendrai poussière
chanceuse de vouloir tellement faire des choses
que je les fais
chanceuse de pouvoir décomposer la vie
en toutes petites étapes pour entreprendre chaque chose
chanceuse de savoir que la vie
c'est tellement plus grand que moi
et que la vanité c'est tellement juste du luxe
chanceuse de ne jamais dramatiser
et de me dire que je ne suis tellement pas grand chose
qu'il ne sert à rien de m'énerver avec tous ces paradigmes
chanceuse d'avoir le sens de l'humour
chanceuse de rayonner positivement
et d'avoir des encouragements
et de l'influence
chanceuse de toujours vouloir plus
de vouloir aller plus loin

et d'y aller

oui vous avez bien raison
pour pouvoir me réinventer sans cesse
et avoir du plaisir dans la vie
pour décider de changer de route de temps à autres
il me faut surtout de la chance comme vous dites

mais je vais vous confier ceci
j'y mets pas mal de bonne foi
et une bonne dose de sueur quand même!

(ok go,je vous laisse là
m'en vas recommencer ma vie
but don't you worry babe
cause it's only mountains).

samedi 13 août 2016

home sweet home



j'aime ma maison
la mienne pas comme dans ma possession
ou celle de la banque ou du propriétaire ou celle que je paye
ma maison
comme dans celle que j'habite

lorsque nous sommes rentrés de voyage hier
et que nous avons pénétré ses aires
elle sentait le renfermé
l'air n'y avait pas circulé depuis deux semaines
pas plus que l'eau que l'homme-chat a repartie tout de suite
il n'y a pas eu âme qui vive
voix d'homme de femme d'enfant ou de chat
qui ait résonné en ses murs
depuis trop longtemps

j'ai hâte d'avoir le temps de la prendre
qu'elle m'habite à son tour

lorsque j'étais enfant
les lieux m'habitaient
dans mes rêves les lieux m'habitent encore
petite je m'y assoyais je les contemplais
je les touchais je m'y ennuyais
depuis que je vis ici
la maison ne m'habite pas
je n'ai pas eu le temps
nous avons rénové nous avons emménagé
nous avons rénové encore et loué et géré
mais je n'ai pas encore eu le temps
de m'asseoir à terre
dans chacun de ses recoins
de toucher et d'embrasser
le plâtre sur ses murs
de palper amoureusement ses longueurs de boiseries
de me coucher sur ses parquets
non je n'ai pas encore eu le temps
de sentir son odeur
de connaître les rayons de soleil
lorsqu'ils entrent à telle heure dans le salon
ou dans la cuisine

dès septembre je passerai plus de temps
dans ma maison
le jour comme le soir
et je me laisserai imprégner
de cette structure qui n'est pas bénigne
de ces volumes enveloppants
de ces matériaux nobles
de cet air nourricier

bientôt ma maison sera plus que l'hôtel où je dors
où je me ressource pour repartir
elle sera mon foyer et le réceptacle
de mes amours et mes passions
j'en prendrai soin comme elle le mérite
j'en décaperai la porte et les fenêtres avant
je referai ses balcons
je lui ferai un parterre de fleurs
je la ferai belle et elle sentira bon
je la dorloterai et l'aimerai
comme tous ceux qui l'ont habitée
et j'y resterai pour encore quelques années.

samedi 6 août 2016

am i not your girl



je lisais hier un billet de glennon doyle melton
relayé par elizabeth gilbert
où elle révèle sur son blogue
qu'elle vient de se séparer
et elle fait part du combat qu'elle a eu
à savoir si elle allait ou non le dire à ses lecteurs
alors qu'elle était en train de publier
son dernier livre portant sur le mariage
il y avait la question débattue de la stratégie marketing

toute vérité est-elle bonne à dire

je parle bien sûr dans un contexte professionnel
pas de la question de jugement lors d'une conversation

je me suis posé la même question hier
par rapport à moi-même
alors que j'étais en train de créer un blogue d'affaires
avec le même identifiant que mon blogue personnel
et le même donc que mon blogue érotique
je me suis demandé si le lectorat visé était le même
s'il était judicieux de cacher
cette partie de mon identité ou de la révéler
bref comment j'allais gérer mon image

lorsque j'ai fait le choix cette année
de retourner aux études et obtenir un titre professionnel
j'ai aussi décidé de m'affranchir de certaines contraintes
je remarque avec le temps que chacun est une personne entière
avec des goûts et intérêts variés
et que le fait que je sois multiple
que j'aime les arts les lettres autant que les affaires
que j'aime les cocktails les fleurs les voyages le sport
le bénévolat et le cul
n'est pas quelque chose qui m'est exclusif
mais tout le monde n'en parle pas ouvertement

et d'ailleurs est-ce pertinent

mais
il y a ce désir d'authenticité
mêlé à mon expérience
qui me dit
oui je peux continuer à dire et à m'exprimer
vous me connaissez ce n'est pas comme si j'allais arrêter
mais avec un peu de finesse et de stratégie
continuer à penser où et comment le faire
quelle démarcation appliquer entre le professionnel et le personnel
même si je la veux de plus en plus invisible

pour ne pas me compromettre
pour ne pas tout ruiner
parce que le jugement
ça continue à exister
et ça va peser pour toutes les années à venir.

si le coeur vous en dit, jouez sinead et lisez glennon.

samedi 30 juillet 2016

allegro vivace ma non troppo



il me semble qu'on arrive tard dans la vie
à se rendre compte de notre finitude
de la mort inéluctable
faudrait introduire une date de péremption
on serait plus efficace dans la vie
on accomplirait des choses
on arrêterait de niaiser

cent quatre ans
ce n'est quand même pas si loin que cela
enfin ce n'est certainement pas l'éternité
ce sera dès le dix-neuf octobre
treize mille deux cents jours ouvrables
si je me fais quatre semaines de vacances par année
en travaillant huit heures par jour
chu mieux d'aiguiser mon crayon
pour réussir à y ployer tout ce que j'ai envie de faire

ainsi donc
des fois il faut prioriser
comme je veux mon titre comptable
avant l'âge de cinquante-cinq ans
j'ai décidé de ne plus étudier à temps partiel
mais d'étudier à temps plein
on change de régime
on inverse l'emploi du temps

mardi neuf heures trente patrimoine et collections
c'est pas en compta c'est pour changer d'air
et faire un peu de muséologie et diffusion de l'art
mardi quatorze heures gouvernance
gestion des risques et contrôle interne
mercredi neuf heures trente comptabilité financière intermédiaire II
mercredi quatorze heures impôt sur le revenu II

à cela on ajoute
séances sportives les lundis matins
lunchs séance tenante les lundis midis
étude et devoirs les soirs et les jeudis
et gagne-pain les vendredis

c'est simple on arrange l'horaire en conséquence
et c'est ça dès septembre

bien sûr j'ai du succès et j'ai confiance
bien sûr la vie me sourit et je saurai faire
mais il faut que je vous l'avoue
mon meilleur guide dans la vie
c'est d'être à l'écoute de mes faiblesses
c'est de capter quand l'amour n'y est plus

quand je n'ai plus la flamme
quand je suis épuisée
c'est souvent parce que je ne suis pas bien
qu'il manque quelque chose à mon équilibre
je perds le contrôle de ma vie
quelqu'un d'autre la dirige et ça dérape
quand je sens que je passe du temps à être occupée
sans rien accomplir
c'est que l'emploi du temps est erronné
que je ne passe pas le clair de mon temps
à ce qui compte vraiment pour moi

il faut alors que je laisse aller
et que je me recentre
avant de m'éteindre
et de ne plus rien vouloir
ni même vivre jusqu'à cent quatre ans

en septembre je retombe en amour
je le suis déjà en fait
depuis que je me suis engagée dans ce nouvel horaire
depuis que j'ai avisé la banque il y a quelques semaines
que j'allais quitter mes fonctions
car je manquais de temps
pour faire des choses qui m'importaient plus pour l'instant
consacrer du temps à mes études
ce sera quand même quatre ans devant moi
du temps à ma forme physique
un marathon à cinquante ans peut-être
du temps à l'alphabétisation
beaucoup d'événements bénéfices
du temps pour réapprendre mon rapport à l'argent
et au pouvoir de faire mieux avec moins
du temps pour le jardin les enfants l'amour
du temps pour m'occuper
du temps pour faire pour créer

cause t'sais
treize mille deux cents heures
c'est quand même pas l'éternité
mais c'est bien assez
pour retourner jouer.

samedi 23 juillet 2016

creo creas creat



la créativité
implique la matérialisation

la créativité dont je rêve
est celle qui fait naître des choses
qui donne la vie

après des études en beaux-arts
au cégep et à l'université
j'ai travaillé presque exclusivement
en financement pendant près de trente ans

on m'a souvent demandé pendant tout ce temps
où était passé mon côté artistique
ma créativité
et je répondais que je ne sentais pas en manquer
je sentais que je créais même dans un monde sans art
je trouvais des solutions à des problèmes
je créais
réellement
je contribuais
en finançant des entreprises
des projets voyaient le jour
créaient des emplois
devenaient des environnements de vie
de production

il y a dix ans j'ai quitté la finance
car je voulais me rapprocher de la créativité
je voulais travailler au cirque du soleil
ou dans une école de danse ou dans une galerie d'art

j'ai travaillé en marketing
j'ai créé
pas des pubs ni des belles choses
je n'étais ni rédactrice ni directrice artistique
mais je créais par ma disponibilité
à penser autrement
je fabriquais de l'apprentissage
je grandissais

je suis revenue aux chiffres que j'aime tant
car ils s'additionnent dans un monde que je comprends
je les vois réellement sur mon chiffrier
ils clignotent ils vivent ils dansent
ils balancent
je les agrémente de vision et de stratégie
et ils deviennent des réalités futures
des perspectives de croissance

mais il me manque encore dans mon emploi du temps
cette tangibilité cette sensualité cette satisfaction
de créer de fabriquer
de mettre la main à la pâte
de réaliser des choses

depuis treize ans je rénove
je fabrique des murs des planchers
des lavabos des cuisines des tables
je tricote des pulls
j'écris des textes
ça répond très bien au besoin de créer
ça laisse quelques legs tangibles

dans le cadre d'un cours d'initiation à la créativité
débutant mon certificat
en création littéraire
entamé mais non achevé
je me suis réinventée
comme une fille qui vainc ses peurs
et apprend à faire du skateboard
à quarante-cinq ans
j'ai créé glamoroll
elle tarde toujours à se matérialiser
je n'ai pas encore dompté mon skate
il me faudra passer à l'action
dépasser le stade de la conception si confortable
dans lequel je ne prends aucun risque

je veux pourtant créer
faire pousser les tomates
donner la vie à des projets
à des choses à des cabanes
à des gâteaux à la terre
j'ai envie de voir naître des chats
j'ai envie de changer les choses

je suis impressionnée par les jeunes
ceux qui créent sans contraintes mentales
en abattant les cloisons et les paradigmes
dans le grand champ des possibles
comme les fondateurs et l'équipe
de pépinière et co qui créent des espaces dans notre ville
avec peu de moyens et peu de temps
ils matérialisent rapidement
ils sortent efficacement
du stade du rêve et de l'idéalisme

j'ai envie de matérialiser
de jouer une oeuvre pour la première fois
de la voir naître
de me réinventer une fois de plus
de façon concrète
de faire

creare
mettre au monde
être en contact avec la vie
pour vivre mieux.