samedi 23 mai 2015

vous dites?



je me réveille et me demande
sur quoi j'écrirais bien ce matin
s'il est préférable de ne rien écrire
que d'écrire pour écrire

si cela faisait du bruit
je préférerais taire le clavier
vous les entendez ces pies
qui parlent pour parler
vous voulez taire leur voix
recouvrer le silence

je vous laisse donc sur ces quelques mots
avec beaucoup d'espace

la journée est fraîche et ensoleillée
n'acceptez aucun nuage

et merci pour le thé.

vendredi 15 mai 2015

at war


hermann nitsch
et ses mises en scène du sacrifice
et du châtiment collectif

mon coeur saigne
il saignait en avril 2013
il saigne aujourd'hui

je ne pense qu'à son visage
je ne pense qu'à ça
qu'on termine sa vie de façon irréversible
alors qu'il a l'âge de mes fils

il a tué
on ne peut le nier

pourtant turcotte
je l'aurais condamné franc sans réhabilitation

pourquoi donc suis-je mitigée
c'est mon coeur de mère
c'est celui qui instinctivement me dit
que c'est instrumentalisé
que ce n'est pas vrai
qu'un enfant de l'âge de mes fils
ait des visées destructrices
ce doit être orchestré
par une structure machiavélique

je dois avoir tort
il a tué c'est évident

pourquoi donc ai-je de la misère
à accepter la peine infligée
à ce petit qui a troublé boston
au point que le mass
lui inflige une peine plus sévère
que sa propre législation

la jeunesse et l'innocence
l'instrumentalisation dont kadr a fait l'objet
pourquoi n'est-elle pas en question
dans le cas de tsarnaev

il n'est pas innocent

il a l'âge de mes fils

je suis si troublée

pourquoi
pourquoi donc
condamner des enfants

mon coeur saigne
devant tant de haine

de part et d'autre.



samedi 9 mai 2015

tarahumara



j'entretiens avec la course à pied
une relation d'amour haine
qui caractérise également mon approche
à plein de choses dans la vie
fais ce que dois
judéo chrétienne
asiatique
name it
don't blame no shame
do it

je fais ces choses car je peux les faire
il n'y a donc aucune raison de ne pas les faire

ce que mon corps ou mon esprit peuvent accomplir
épargnent de l'énergie artificielle
si je peux me déplacer avec mes jambes
je n'ai pas besoin de le faire avec du pétrole
ou de l'électricité
si je sais faire la vaisselle je la fais

en plus
utiliser son corps ça garde en forme

la portion haine de ma relation
implique la notion d'effort
qu'il fasse beau et gai comme aujourd'hui
ou qu'il tonne et vente
l'effort de mon corps présente toujours un obstacle

je lis à ce sujet
et je comprends évidemment
que la faiblesse est mentale plus que physique

dean karnazes dans son très motivant ouvrage
ultramarathon confessions of an all night runner
introduit un concept édifiant

la douleur est l'élimination des faiblesses
sa présence annonce la naissance de la force

j'ai commencé à faire du vélo
et à entraîner ma ceinture abdominale
comme chaque fois que j'entreprends
de nouveaux exercices
j'ai mal partout pendant des jours
je dors bien je me lève mal

mais je me sens en vie
vraiment
comme si mon corps produisait de l'énergie

j'aime penser que je suis une dynamo
rien de moins
un organisme qui bouge et qui brille.

samedi 2 mai 2015

du pain du vin et du boursin



à brossard j'avais marché dans la rue
pour promouvoir la création d'un centre jeunesse
ce n'était pas mon idée ni celle de mes amis
c'était celle d'un plus vieux
qui s'était allié des jeunes pour la cause
le centre a été construit
nous y étions bénévoles
c'était très drôle d'être une troupe
plus que de faire du bien

nous vivions dans un bloc
la promiscuité dans tout
une chambre partagée avec soeurette jusqu'à seize ans
un début d'intimité
la vie ailleurs
chez les autres
la vie en gang
avec les gars dans le sous-sol à spagat
les douches communes les cigarettes
les vidéos le dessin la musique

un été complet à percé
la petite irlande
la mer et gilles
la maison construite de ses mains
son regard doux
la paix
les amis
la communauté

j'étais au cégep

je faisais des arts
jusqu'à dix-neuf ans
mais je voulais tellement
vivre la grande vie en ville
que je me trouvais un travail
et abandonnais peinture ciseau et fusain
pour prendre ma vie en mains

j'ai eu des bébés
j'étais fleur bleue
et voulais déménager
dans la petite maison en campagne
proche de la gang de la commune
mais je me suis séparée
parce que j'étais seule à travailler

la finance s'est immiscée
j'ai évolué au quotidien
avec des gens qui faisaient de l'argent
je vous jure je crois aux vertus de l'argent
c'est un moyen fort pour bâtir
mon salaire de onze mille piastres
en janvier quatre-vingt-huit
était le début de la grande vie bourgeoise
que j'allais préférer
au combat social

j'ai de tout temps idéalisé le socialisme
je rêve de mao
même s'il a fait fuir mes parents
je rêve de fidel et de hugo
mais je ne vivrais pas la misère imposée
je suis amoureuse de la havane
et pleure ses inondations
mon coeur se brise en pensant à ce beau joyau patrimonial
qui sera encore plus décrépi
que dans les soixante dernières années
il ne me vient jamais à l'esprit de penser aux gens
je ne suis pas altruiste

je suis la gauche bourgeoise
je vote à gauche depuis toujours
et indépendantiste
à vingt ans j'étais marxiste léniniste
puis péquiste
devenue depuis orange et solidaire
heureusement que je vote
pour le peu que cela apporte
heureusement que je suis taxée
pour faire vivre un système d'éducation
pour soigner les malades

parce que non
je n'aime pas la misère
je ne suis pas forte pour aider les faibles
je ne milite pas
j'ai peur de la violence du mal et du jugement
je ne descends pas dans la rue
j'exerce ma société secrètement

je crois en la justice sociale
même si j'ai le talent de bien réussir
dans le néolibéralisme méritoire
mon succès je le gagne car j'en suis capable
j'haguis la paresse
je récompense l'intelligence et la discipline
je punis le manque d'engagement le je m'en foutisme
je renvoie l'idiotie
mais je sais aussi
que c'est grâce aux infrastructures
à la liberté d'action
à la paix sociale
aux enfants à l'école publique
aux logements abordables
que j'ai pu évoluer dans mes petits souliers

d'autres bourgeois avec qui je travaille
médisent les militants
comme si c'était eux et pas nous
ils oublient ou ignorent
que les acquis qu'ils ont et qu'ils défendront s'ils ne l'étaient plus
sont aussi le fruit du militantisme
pas le leur bien sûr
ils ne savent crier que contre les militants
contre les policiers qui ne les tassent pas
contre ces hardis qui les empêchent de travailler
vendredi matin
ils ne veulent pas travailler en fait
ils prennent les militants en photo
assistent au moins une fois à une manifestation
dont on parlera dans les journaux
il faut publier ça sur les réseaux sociaux
puis s'enfuient prendre un café pour médire davantage
pendant que les militants revendiquent
une meilleure société
non mes collègues bourgeois
ne sont pas plus vaillants que la gauche levée
ils ne stressent pas tant au fond
à penser au meeting annulé

en deux mil douze
pendant le printemps érable
j'étais particulièrement inconfortable
d'entendre les diatribes de mes collègues
à l'endroit de la jeunesse éveillée
c'est fou comme on a scindé la société
on lui a même attribué des codes de couleurs

en deux mil douze
j'étais encore plus déconcertée
par mes professeurs au mba
à l'uqam de surcroît
qui ne faisaient nullement allusion
à l'environnement social bouillant
alors que nous nous enfermions dans les classes
apprendre la gestion pendant des week-ends de temps
comme si cela n'existait pas
comme si nous étions intouchables
du fait que nous avions payé

je ne cèderais mon mode de vie bourgeois
que si cela devenait un choix social clair
où tout le monde contribuerait
où nous bâtirions ensemble concrètement
avec nos mains et nos têtes
où nous vivrions en communauté
où le savoir serait prôné
et pas juste le hockey
car nous nous aimons beaucoup grâce au hockey
notre peuple en est identitaire
mais ils ne savent pas parler les entendez-vous à la télé
ils ne savent pas plus écrire bonyenne

je ne cèderais mon mode de vie bourgeois
que si tout le monde embarquait
je le veux ce monde
où tout le monde est aussi heureux que moi
où chacun fournit son effort
où l'éducation et la santé sont prodigués
sans discrimination de moyens
où les différences sociales disparaissent
en faveur de l'évolution collective
où nous serions avancés
intelligents et fiers

en attendant je paye mes impôts
je vote à gauche
j'achète local
j'apprends l'agriculture
je donne généreusement
et je cours pour l'alphabétisation
je veux encore changer le monde
je suis heureuse quand mes fils font la grève
et disent leurs idées haut et fort
je veux enterrer les libéraux vivants
je serais une révolutionnaire
si je n'étais pas si amoureuse des belles choses
mais voilà en attendant

je suis la gauche bourgeoise
je ne suis ni françoise david ni docteur julien
ni père emmett johns
je ne suis qu'une bourgeoise qui voudra toujours
vivre dans une meilleure société

ce n'est rien d'autre que de l'égoïsme bien placé
car le bonheur est bien meilleur
lorsqu'il est partagé.


samedi 25 avril 2015

intérieur nuit



photo : tristan lafon

nous étions couchés face à face dans mon lit
c'était le creux de la nuit
je me suis approchée de lui pour l'embrasser
il a reculé l'air étonné
son regard fut mesquin
je suis descendue à son aine
sa queue était courbée
et loin d'être cylindrique
elle était érigée en parallélépipède
je me suis rassasiée
ma chair était pleine

le téléphone sonna
il répondit
j'étais trahie
je savais dès lors qu'il me ferait chanter

je lui ai asséné un coup
j'étais bonne boxeuse
il est tombé
nous nous sommes battus
il était réduit en miettes
et je l'ai mis dans une tasse
en vitre la tasse
car je voulais la briser

je suis sortie sur le balcon avant
il pleuvait et faisait froid
j'ai lancé la tasse
mais il n'y avait que deux étages
elle ne s'est pas cassée
je l'ai rattrapée et lancée encore
elle n'éclatait jamais
je l'ai relancée et relancée
puis je me suis dit qu'après tout
elle devait être bien maganée
elle était devenue de fer et non plus de verre

en remontant chez moi
j'ai croisé le père de mes fils
il s'était réconcilié avec une ancienne épouse
ce devait être moi et nous sommes partis
bras dessus bras dessous

puis je suis rentrée à l'appartement
l'heure ne changeait pas
je devais rentrer par derrière
par la fenêtre
heureusement elle s'ouvrait facilement

dehors c'était fête foraine
j'ai retrouvé les miens
et mon mari habituel
mais il réapparut
déguisé en tout ce qui bougeait
une balkane dans son foulard
qui me pointait son arme
cachée dans une sacoche
il voulait m'éliminer
me faire mal physiquement
il m'a piégée au jeu du marteau
mais je me suis détournée et l'ai semé

j'allais prendre la sortie
par l'édifice à bureaux
le concierge faisait le ménage
des balles de caoutchouc exposées
dans le bac vitré au milieu du corridor
il y en avait des bleues des roses
et des jaunes
des balles de tennis élimées

je me suis réveillée
à l'aube dans mon lit
avec un terrible mal de ventre
rassurée d'être vivante
et voulant vite retourner
à cette escapade onirique
où jamais je ne m'éteins
et toujours je cours et je jouis.


samedi 18 avril 2015

parenthèse



je me réveille
non démaquilllée
en train de vérifier
si mon rouge à lèvres
a taché mon oreiller

je me suis réveillée
en sortant du taxi
sans me souvenir
de l'avoir pris

quelle heure était-il
lorsque je suis sortie
combien de fois
ai-je manqué tomber
sur mes talons
sur la piste de danse

jeff me disait qu'il adorait
regarder le gens
si chic et si vulgaires
je savais que je voulais hier
être de la deuxième catégorie
je l'avais dans les veines du bras droit
ce désir de partir
sinon de commettre l'irrémédiable

je me demandais dans la matinée
qui à quarante-sept ans
avait tant de facilité que moi
pour la dépravation
si c'était un fait
de ma génération
de bar boomer.


samedi 11 avril 2015

tasse-toi mononcle!



dans la vie j'agis vite
lorsqu'il faut que j'entame quelque chose
je m'y mets
je dessine un plan
je structure ma pensée
et je m'y attaque

j'haguis les gens qui savent pas
ceux qui lambinent
qui ont mille excuses
qui ne rappellent pas le client
cause il parle anglais
et qui se sentent incapables de

tout le monde est capable de

bien sûr on ressent un inconfort
lorsqu'on attaque un nouveau dossier
on le trouve complexe
mais rien n'est complexe
ce n'est que le même schéma simple
celui que l'on connaît
et que l'on éclate en plusieurs niveaux
de plus en plus fins
la complexité ne réside
que dans la compréhension
de la tessellation
le plus dur
est de décomposer
et le plus simple est de savoir
ce que l'on cherche

mind you la plupart des gens
ne savent même pas ce qu'ils cherchent
lorsqu'ils commencent un dossier
c'est pour cela qu'ils trouvent ça difficile
car ils font la même chose
à répétition
depuis des années
sans se poser de question

ouvrir son esprit
prendre un sharpie
dessiner des boîtes

bon

c'est pareil pour les kids à l'université
on fait une présentation ensemble à six
ça compte pour douze pourcents
on s'entend
deux pourcent chaque
j'ai dit que j'allais faire le powerpoint et la stratégie
et que je leur laissais l'analyse financière
cause les colonnes les budgets et les prévisions
je fais ça tous les jours

fait qu'ils m'arrivent avec du blabla
et peu de chiffres
je leur ai dit dans le casque
hey les jeunes c'est parce qu'on est
dans un cours de comptabilité
j'aimerais ça que tous les concepts
qu'on a vus dans le cours soient abordés
t'sais
me semble que c'est là-dessus qu'on sera évalué
pas sur ton intuition que ci ou que tu penses que cela
même si t'as déjà un bon jugement

me semble
c'est la première chose à avoir compris non

bon

mais ça prend de l'apprentissage
de l'expérience
de faire sans arrêt et de plus en plus
de faire différent et nouveau
d'apprendre une nouvelle langue
d'être en contact avec la jeunesse
la musique l'art expérimental
de voyager
de changer d'emploi
de découvrir la stratégie
le marketing la communication
la haute direction
de se rasseoir au plancher des vaches
de courir de s'exténuer
de sortir s'épuiser à jeun
de méditer de relaxer
d'aimer de regarder
de soigner d'écouter
de sculpter de dessiner
d'escalader de sauter
d'écrire de calculer
de cuisiner de se déshabiller
de donner du sang d'accoucher
d'investir dans une business
de travailler à commission
d'être pigiste
de risquer sa vie pour réussir

ça prend tout ça pour comprendre
ça prend ça pour saisir rapidement
pour dealer efficacement avec ces choses de la vie

on haguit oser
prendre des risques
se casser la yieule
en demandant à des journalistes
de se positionner pour la fondation
au risque de se brûler
mais on apprend
et on recommence différemment
faut savoir se faire dire non
échouer et avoir l'air fou
mais jamais devant la direction
on apprend à choisir la bonne tribune
pour essayer des trucs
mais toujours et sans arrêt
on essaye
faut pas rester cantonné
dans ses façons de faire

la plus grande menace dans la vie
est de se faire dire qu'on est bon
et de s'asseoir dessus
parce que les meilleurs
vont prendre notre place
et que l'on va se faire écarter
sans avoir de pension

bon

on continue.

(j'aime diego
j'aime le soccer
j'aime le verbe to kick
comme dans kick-off
kickstarter
tu inities
tu sais pas où ça te mène
l'expérience apporte la précision

mais kick t'sais.  kick.)

samedi 4 avril 2015

l'âge de la raison


simen johan
until the kingdom comes

il y a beaucoup de bruit
dans ma tête ces temps-ci
je gère très mal le désordre
j'ai des maux de dos
de fesses et de jambes
de la fatigue
et un grand vide dans le coeur et dans le ventre

m'arrive alors une envie de tout foutre en l'air
et dieu sait que je sais tout crisser là
et je l'ai déjà fait violemment
plus d'une fois
plusieurs billets de crissage en règle
sur cette même tribune
peuvent en témoigner

je n'ai plus envie de rien
que de m'éteindre
cette incapacité à être heureuse
malgré le tumulte la frénésie
malgré l'arrivée du printemps

lorsqu'il y a comme cela du bruit
j'ai envie du vide
envie de tout jeter
les biens matériels m'irritent
je capote à l'idée d'accumuler
la peau me lève quand je passe
devant notre duplex
je me dis mais pourquoi
en suis-je là
à courir après plus tout le temps

alors je cours aussi un peu
dans mes rénnings
mais rien n'y fait
l'effort est dur
le corps est lourd
je respire mal
je suis en crisse
mon esprit est plein de colère

au soleil hier
aux deux tiers de ma course
je me suis arrêtée
et affalée sur le banc de parc
j'ai respiré
et mentalement
j'ai tout abandonné
une chose à la fois
je me suis retrouvée
sans emploi célibataire
et sans biens matériels
et je me suis cherché
un sens à ma vie
et je n'ai rien trouvé de plus
je me suis demandé
pourquoi j'abandonnais tout le temps
lorsque j'arrivais près du but
ce serait si victorieux de l'atteindre
je n'ai pas besoin de psychanalyse
j'ai besoin de fournir plus d'effort
et ça me fait craquer de pression
point final

dans ma tête
j'avais tout lâché
demain je serais à la case zéro
ça m'a rendue plus légère au retour
je suis revenue à pieds
sans courir
à lentement marcher
en pensant que je ne courrai plus non plus

et puis bien rentrée
je me suis étirée
lavée reposée
j'ai pris le temps de déjeuner
de lire du papier
et dans ses bras l'homme-chat m'a serrée
et je me suis dit
qu'il est bon d'être ici
et qu'en chaque chose il fallait s'investir

il m'a suffi d'une sublime
marche au soleil
de scénarios mentaux bien assumés
d'une bonne chicane avec moi-même
pour qu'avec la vie
je sois réconciliée

amis
donnons-nous le temps de vivre

toujours.


samedi 28 mars 2015

des mots pour écrire



achillée
agar
aigrettes
arrachis
asclépiade
aspérités
bardane
bractées
cagibi
capitules
chamboulée
charognards
ciliée
communion
corymbe
crayeuse
digitaire
disloqué
dodelinant
ébréchure
effrontément
embrasure
épanchements
escarpins
fabulations
floraison
fugace
glomérules
gyrophares
implorant
inflorescence
lactifères
lambeaux
magma
membraneuse
moussus
noueux
olfactive
ombelles
ombellifères
ornières
panicule
pédoncules
pourpre
pubescente
putréfié
quémander
quiproquo
rameaux
redoux
romanesque
ruissellerait
sanguine
sillage
simagrées
stroboscopique
vacillante

inventaire alphabétique non exhaustif
des mots non usuels
ponctuant des milliers
d'autres mots usuels
qui m'ont fait voyager
la semaine dernière

le vocabulaire
pimente la littérature
il n'y a pas de littérature sans recherche
sans exactitude dans le rythme et la beauté des mots
mais l'art d'écrire ne réside pas
que dans ces exotismes

la littérature naît de
l'orchestration parfaite de ces mots solistes
au sein des mots les plus banals
articulés de manière fine souple et agréable
et complexe

elle se lit à voix basse
et elle se dit à voix haute
elle est rythmée et elle est sonore
elle est visuelle et cinématographique
elle est écrite et décryptée
elle est vive la première fois
et transcendante la deuxième
elle est si riche qu'elle peut même
s'interpréter une troisième fois

la littérature
lorsqu'elle jaillit
est d'une si grande beauté.

merci annie pour ton fabuleux livre.

samedi 21 mars 2015

prendre racines


hilaria baldwin dans son quotidien
vrksasana

il y a pleins de choses
que je ne sais pas faire avec mon corps

tout ce qui implique la force
de mes abdominaux
est un échec avoué
après trente secondes d'effort
je capitule de façon violente

je ne sais pas faire la première position
ni le grand écart
même si je sais joindre
mes deux mains dans mon dos
l'une au-dessus de l'épaule
et l'autre en-dessous

je ne sais pas tenir en équilibre
sur un skate board
je m'en suis donné le défi
à l'automne deux mil treize
il faut reprendre cet exercice

je n'ai pas essayé récemment
de tenir sur ma tête
mais ce n'est pas un obstacle
à la vie courante

je ne tiens pas debout
sur un ballon
je ne saurai même pas comment l'enfourcher

mais ce qui depuis
mil neuf cent quatre-vingt dix-huit
me fait le plus honte
c'est de ne pas savoir tenir en équilibre
sur une seule jambe

cela fait quinze ans
que je pratique le yoga sporadiquement
j'aime le iyengar et ses postures rigoureuses
mais j'aime aussi ce que je fais maintenant
les vendredis midis au bureau
de la petite détente bêbête
avec des simili postures momolles

mais même dans le bêbête
je baisse la tête
lorsqu'une douzaine en rond
nous faisons la pose de l'arbre
et que je n'arrête pas de déposer mon pied
le reprendre le recoller sur ma jambe
trembler lever les bras au ciel
fixer mon regard sur le mur
trembler retomber commencer
j'essaye tant de me concentrer
je trouve des techniques
mais je ne reste pas immobile
pendant plus de deux secondes

la prof disait qu'il fallait sentir
son ancrage à la terre
il s'agit de la posture de l'arbre
la belle vrksasana
et quelqu'un sur facebook me disait
qu'en tant que balance
il était normal que je ne sois pas ancrée

quand même c'est un corps
quand même je tiens très bien en équilibre
dans un métro en mouvement pendant huit stations
mais dès qu'il s'agit de lever un pied
je frétille et je tombe
je pèse trois cent cinquante tonnes et je penche

je manque vraiment de volonté
okay
m'en vais réessayer
de me regrounder
un pied à la fois
sans rire
ni pleurer.