samedi 20 juillet 2019

party d'anniversaire



ce blogue aura douze ans demain
vous lisez présentement
la quatre cent soixante-septième entrée
de cette tribune où je tiens régulièrement salon

les réseaux sociaux ont changé ma vie
j'imagine que c'est le cas pour plusieurs
j'ai souvent dit tout le bien qu'ils m'ont apporté
en racontant les rencontres
que j'ai faites depuis deux mil sept
qui furent virtuelles avant d'être physiques
en décrivant comment le web
m'a permis de m'exprimer plus facilement
de ventiler mes idées et mes états d'âme
de rendre des comptes à un public
qui n'en demande pas tant
mais qui me permet de me garder motivée
qui me donne envie de faire des choses
de vivre ma vie en couleurs
j'aime les réseaux sociaux
comme une fabuleuse vitrine
où ma vie est en spectacle
et dont la mise en scène
me conserve en éveil en amour et en beauté

j'ai rarement déploré les réseaux sociaux
mais il est vrai
qu'ils me permettent parfois de m'isoler davantage
en facilitant ce mode unilatéral de connexions
que je privilégie tant
parce qu'il me procure ce que je veux
quand je le veux

on off
notification no notification
log in log out
vous êtes là vous n'êtes pas la
cela n'a aucune importance
c'est moi qui décide quand j'ai le goût
de prendre de vos nouvelles

et oui

quand j'ai envie de calme
je ferme tout
quand j'ai envie de party
j'ouvre tout
je lis je ris j'aime
je commente je partage

je n'ai pas besoin de sortir pour tout savoir

d'ailleurs l'autre jour
c'est par facebook
que j'ai appris que l'édifice au coin d'ici
était en train de s'écrouler dans la rue
pourtant il faisait beau
je n'ai pas dû sortir ce matin-là

je trouvais intéressante
la chronique de la pépinière
dans le devoir de mercredi
qui raconte que les gens manquent de plus en plus
de connexions physiques
depuis qu'ils sont absorbés par les réseaux sociaux
et que seul un réaménagement des espaces publics
les rendant encore plus excitants
que ce qui se passe dans les internets
pouvait favoriser une reconnexion charnelle
bon c'était comme si la vraie vie
était devenue un peu fade
qu'on avait perdu la capacité
de se réjouir des choses simples

et pourtant je crois que c'est vrai
vous n'avez qu'à demander à l'homme-chat
s'il ne partage pas souvent sa blonde avec son iphone
des fois je me dis que ce n'est pas si mal
que chacun passe un peu de temps dans ses affaires
cela évite peut-être que l'on se tape sur les nerfs
si on n'avait que nous deux pour nous divertir
peut-être nous serions-nous ennuyé
peut-être que notre couple aurait cessé d'exister
s'il n'avait pas vécu un peu pour
et au travers des autres

ah mais je vous entends
vous criez à l'outrage
vous vous dites que cela ne se peut pas
que cela est donc ben atroce
et pourtant c'est vrai
les relations hors écran sont de plus en plus ardues

il y a quelque chose de réconfortant
de pouvoir contrôler ce que l'on veut lire ou entendre
c'est beaucoup moins compromettant
que de jaser avec le voisin sur le perron
on ne sait jamais où il peut nous emmener
par exemple le dentiste hier matin
tout en faisant mon détartrage
me disait qu'il devait me parler d'affaires après
ça ne me tentait pas vraiment
je n'étais pas là pour ça
mais je ne pouvais quand même pas m'enfuir
en virtuel pourtant
ces choses-là n'arrivent pas
quand cela dérape ou prend une tournure désagréable
je ferme l'ordinateur
je ferme le téléphone
je vais faire une sieste et je reviens après
ou je ne reviens pas
vous ne voyez pas mon non-verbal
je n'ai pas répondu tout croche tout de suite
en général c'est facile
je ne suis pas live

les médias sociaux rendent ma vie agréable
ce n'est que le bonbon
je n'ai que ce que j'aime des gens
rien que le bon côté
jamais le mauvais
aucune obligation
juste du divertissement

oui oui c'est cela
du divertissement
mais ce n'est pas vraiment la vraie vie n'est-ce pas
et si je disais que c'est ce que je préfère des humains
le bon côté et non le mauvais
cela ferait de moi une horrible égoïste
qui fait du cherry picking

alors voilà
c'est cela que j'avais à reprocher
aux réseaux sociaux
ils me permettent d'être aussi sauvage que je le souhaite
de devenir tellement sélective
que j'en ai perdu le goût des interactions
que je ne supporte plus les échanges
que je manque de conversation
que je m'ennuie en présence des gens
les réseaux sociaux me permettent
de contrôler mon environnement
sans les aléas des vraies relations
l'accès au monde virtuel
me rend progressivement misanthrope
je n'ai rien contre les humains
c'est qu'en l'absence de pratique
j'ai perdu la capacité d'échange et d'empathie
c'est comme tout le reste
je manque d'exercice

alors non
ce n'est pas suffisant de me déconnecter
lorsque je vais au lac ou à la montagne
je crois que c'est surtout important
de me reconnecter au quotidien
avec le vrai monde
et me rappeler que l'humain
est imprévisible et changeant
pour me ramener à la réalité
même si je n'en ai pas du tout envie
même si je le redoute
même si je serai un peu déstabilisée
même si ça risque de chambouler mon horaire
et mes idées
mais avant qu'il ne soit trop tard
et que mon coeur et mon esprit se transforment
en consommateurs d'émotions
et que je devienne dysfonctionnelle en société
il faut que je me réhabitue à la vie
sinon je voudrai toujours quitter
avant la fin de la soirée

alors en ce douzième anniversaire
de ma vie sur les réseaux sociaux
je vous promets
que je répondrai plus souvent à la porte
et même au téléphone
que je ne serai pas exaspérée
lorsque vous radoterez les mêmes histoires
que j'essayerai de rire
même lors de vos farces plates
que je ferai un peu semblant
de m'intéresser à vos vrais problèmes
que je tenterai quand même de vous aider
mais que je prendrai du recul
pour toujours apprécier ma liberté
et mon privilège de vous avoir près de moi
mes amis
de vraies personnes qui me prennent aussi
comme je suis

joyeux anniversaire les babes
je vous aime! xxx



samedi 13 juillet 2019

le facteur bleu


pancarte d'encouragement par maryse

on s'est connu soit avant le facteur bleu
soit à cause du facteur bleu
ou de sa matrice qui le précédait
fondée par mj en deux mil douze

à peu près tout le monde que je connais
est passé par le facteur bleu
parce que dans chacun
sommeille un coureur un joggeur un trotteux
ou un coureur d'élite

ce facteur bleu que j'ai tant aimé
a été le cocon par lequel s'est matérialisé
mon amour de la course à pied
comme plusieurs autres
c'est grâce au facteur bleu
que j'ai couru de nombreuses courses
parti une collection de médailles
et qu'elle soit devenue une pratique durable dans ma vie
à l'aide de coups de pied dans le derrière
et de cocorico cawlice

même si je ne suis plus active dans le facteur virtuel
tout comme je ne suis plus active
dans aucun groupe virtuel
je continue à le porter dans mon coeur
comme j'aime la poly'
où j'ai rencontré mes meilleurs amis
qui sont encore mes meilleurs amis
même si je ne les vois plus qu'occasionnellement

la facteur bleu
ce groupe qui a écrit
les mots homard champagne sexe et aubade
plus souvent que le mot courir
ce groupe qui a organisé
tant de dominicales sur la montagne
et ses espinovs partout dans la province
ce groupe qui a introduit des coachs fabuleux
et des techniques de course personnalisées
ce groupe qui a fait de nombreux amis
ceux que je fréquente encore le plus depuis
ce groupe qui a organisé des voyages de course
au chalet à wakefield pour de fabuleuses premières
de demi et de full marathons à' tawa
ce groupe qui a organisé des partys mémorables
ce groupe qui a créé ses premiers triathlètes
et qui m'a appris à nager par la bande
ce groupe qui a créé des liens d'affaires
ce groupe qui a livré des bouteilles de champagne
des paquets de biscuits des sauces à spag'
là et quand il le fallait
ce groupe de pères nowell coureurs
ce groupe qui a organisé des chasses au trésor
ce groupe qui a redéfini la toponymie de la petite patrie
ce groupe qui a levé des fonds
et organisé des groupes de soutien
pour plusieurs de ses membres dans des moments difficiles
ce groupe où j'ai rencontré des gens
que je n'aurais jamais eu l'occasion de connaître autrement
ce groupe où chacun amenait ses invités
ce groupe où les souhaits de bienvenue
étaient la chose la plus délicate et hilarante du monde
ce groupe qui a tricoté des carrés bleus
puis cousu des timbres bleus
ce groupe qui a dessiné des pancartes
revêtu des suits de hulk et consorts
ce groupe qui a fait faire des bannières
à l'effigie de clo pour son premier demi-marathon
ce groupe qui a visité des enfants malades à ste-justine
ce groupe qui a lancé des livres
ce groupe qui a joint des conseils d'administration
ce groupe qui s'est donné à fond
pour que chacun évolue
ce groupe qui s'est marié et qui a fait des bébés
ce groupe qui a fondé des familles
ce groupe qui a défait des relations
ce groupe qui a initié des changements
ce groupe qui comme une ruche et un microcosme
m'a nourrie et fait grandir

mon cher facteur bleu
même si j'ai quitté la matrice
en rêvant d'indépendance
parce que je suis grande maintenant
même si je ne t'écris plus aussi souvent
sache que je t'aime

je garde tous les amis
que tu m'as permis de connaître
tous les outils que tu m'as donnés
tous les souvenirs que tu m'as permis de construire
et tout le plaisir à venir
merci pour tout
et merci d'exister pour tous ceux qui en ont besoin.

note : le facteur bleu est un groupe secret.


samedi 6 juillet 2019

le nouveau western



elles ne font que trois twists
et mesurent à peine deux pouces
mais elles tiennent quand même bien
avec un élastique au bout
pour éviter que mes cheveux s'emmêlent
lorsqu'ils dépassent de mon casque rouge

le décor est bleu blanc vert et gris
avec une ligne jaune sinueuse

ça sent l'huile murphy
à cause du mélange des vapeurs d'asphalte
de gazoline et de sapin
il fait chaud tout suinte
et je moucherai noir ce soir
lorsque je me laverai la face
avec une débarbouillette d'eau chaude
elle deviendra crasseuse
et mes pores respireront à nouveau

l'homme-chat et moi
n'avons aucun problème de loisirs
nous avons si peu de temps ensemble
que lorsqu'ils se présentent
on les utilise à se faire plaisir

avant on rénovait
on descendait le pick-up jusqu'à la dump
et avec nos baskets et nos gants
on jetait le bois le métal le gyprock
et les lattes pleines de plâtre
dans les gros containers
on était sale de poussière
et on s'en allait redéfaire d'autres murs
à coups de masse pour en reconstruire des neufs

maintenant on fait autre chose

avec mes tresses et mon casque rouge
on fait de la moto
je ne regrette rien
je redoutais récemment le jour où on arrêterait
d'enfourcher le cheval à gaz
cette machine vulgaire qui pétarade
et qui donne tant de plaisir
je redoutais que l'on vieillisse
et que le confort nous éloigne
de ces virées folles en bike
que l'on fait depuis quinze étés
rain or shine

djieu sait pourquoi j'aime tout de la moto
j'aime sentir le vent chaud sur ma peau
qui me masse le visage et les bras par bourrasques
j'aime sentir tous les courants d'air
dès qu'on pénètre dans des micro climats
qu'on passe du vermont à stratford new hampshire
où l'on doit vivre libre ou bien mourir
mourir comme sept motards
qui se font ramasser par un jeune automobiliste ivre
sept morts sur la route en bike
rien que de même à ce moment là
j'aime rouler les manches de mes chandails
par-dessus mes épaules pour faire brûler mes bras
j'aime gridger comme le racoon inversé
j'aime vrombir
me cambrer les reins et m'enfoncer les fesses
dans le fond du siège capitonné du harley
appuyer mon pied gauche sur la pédale gauche
pour lever la jambe droite par dessus le siège
et m'installer derrière l'homme-chat
   lorraine fait l'inverse
   elle s'appuie sur la pédale droite et lève la jambe gauche
   elle doit être droitière
j'aime passer sous les averses et baisser la tête
pour que le casque reçoive les gouttes qui pincent
je ne sais pas encore si le bas de mes jeans sera froid
une fois que je serai trempée à lavette
j'aime arrêter sur l'accotement pour changer de souliers
chausser les bottes et mettre les converse rouges
sous les élastiques sur le coffre
j'aime voir le soleil sortir des nuages
et sécher tout
comme le séchoir du lave-auto qui repousse l'eau
j'aime aussi à l'occasion mais un peu moins
rouler sous une pluie dense
où on ne voit rien à cause des murs d'eau
sur nos lunettes puis entre les yeux et les lunettes
dans le casque dans les oreilles partout
dans des suits de pluie qui ne respirent pas
en me zippant de la botte aux lunettes
et qui me donnent un look indigne
à chaque stop de pipi de rigueur
j'aime m'asseoir sur les bords de ciment
dans les stations service ou les tim hortons
pour me changer enlever ou mettre une pelure
prendre un café à l'eau de vaisselle
une bouteille d'eau à jeter
ou dans le temps pour fumer une cigarette
j'aime enfiler ma veste chauffante
quand il fait vraiment froid
même si elle me brûle les côtes
avec pas de thermostat
j'ai peur de frapper les orignaux à la brunante
j'aime arriver au motel et sauter dans la piscine
puis sous la douche chaude
j'aime rouler mon linge serré
pour qu'il rentre dans les petites valises

voir et sentir le décor
le manger par les yeux et par la peau
entendre le moteur ronronner
recevoir ses vibrations dans les reins
je suis dans un film imax
star d'un nouveau western
dans lequel je suis une cow girl
ou une indienne
avec des tresses.

lisez la chronique hilarante d'émilie dubreuil
et ses problèmes de loisirs.

samedi 29 juin 2019

become your dream



cela fera bientôt une semaine
que je ne traîne pas de sac d'école
que je me promène
sans un ordinateur dans le dos
c'est bon
c'est moins lourd pour mes épaules

il y a deux semaines on a remis notre rapport
et il y a une semaine on a fait notre présentation
on attend les notes
depuis jeudi je suis en congé d'études
j'ai deux mois devant moi
pour pratiquer des cas
et réussir une pratique en août
à défaut de quoi je ne me présenterai pas
aux examens de l'ordre en septembre

quand j'avais quarante ans
je n'avais pas mappé ça dans mon plan de vie
ce n'était pas écrit cpa
c'était écrit mba et vpa
le premier est complété depuis deux mil douze
le deuxième n'a jamais été acquis
et en fait
être vice-président adjoint dans une banque de nos jours
est un exercice plutôt périlleux et éreintant
je n'y serais pas arrivée
je n'avais pas la couenne assez dure
je manquais d'ambition
ou de compétence

alors bon j'ai décidé de devenir comptable

depuis mercredi je me sens un peu en vacances
et je pense à moi
je suis même allée courir deux fois depuis
j'ai mangé avec monachouchou
je me suis fait masser par un homme
qui n'a pas eu peur de me faire mal en douceur
qui a abandonné les arts martiaux
pour mettre toute son énergie
dans le pétrissage des chairs

je me sens bien en vie
dans une cinquantaine fougueuse
je veux toujours et encore être belle
je veux être libre
comme toutes les femmes de mon âge
manger tout ce dont j'ai envie
je m'étonne de n'être pas encore embarquée
dans la mouvance végétarienne
et mon djieu que ça me prend du temps
je ne trouve pas la motivation
je serais trop dogmatique je me connais
j'ai encore envie de manger n'importe quoi
de mâcher des sour patch kids
et des chips au jalapeno
j'aimerais pouvoir faire du sport
sans me sentir lourde ni avoir mal
j'ai envie de faire du surf sur le fleuve
du skateboard et de la boxe
j'ai franchement envie d'enfourcher mon bike
et de rouler en ville sans avoir peur
je veux avoir les cheveux longs
et des tresses d'indienne
même si on ne peut plus dire
des tresses d'indienne
je veux créer faire de la peinture et écrire
je veux construire une maison
même si je n'ai plus la force de transporter
un deux par quatre
et que je n'ai plus de char
pour aller au home depot
je veux cuisiner comme une salope
et foutre ma cuisine à l'envers
pour en sortir des plats savoureux
dignes du mission chinese food et du fat rice
je veux rajeunir et être the girl
et non une madame
je veux ci
je veux ça
et encore ceci

fuck
j'ai peur de vieillir

et dans mon plan de vie écrit il y a longtemps
et que j'ai ressorti jeudi
ça me dit que je n'écrirai et ne peindrai
qu'après soixante-cinq ans
okay je ne suis pas en retard
je suis encore si jeune

chaque chose en son temps
comme dirait mon mari
il ne faut rien presser
il faut compléter
ne pas sauter les étapes

jeudi aussi
le massothérapeute
a pogné un nœud douloureux dans mon dos
et m'a dit que c'était sur le vaisseau de la conception
et j'ai failli partir à brailler
en me disant c'est ça
il y a sûrement quelque chose
que je cherche à régler
dont je ne connais pas encore la source

en attendant de revoir les chutes niagara demain
je vais continuer d'être ravie
d'être heureuse d'accomplir
en toute dignité
mon labeur d'humaine
avec ou sans urgence
avec fébrilité et épuisement
dans une course effrénée contre la montre
à poursuivre un rêve qui n'est pas défini
pour ne pas mourir avant d'avoir trouvé le sens
et que mon we the north
me dise quelque chose
avant de mourir.

la photo date d'il y a plus d'une dizaine d'années.


samedi 22 juin 2019

bienveillance



la beauté dans l'horreur
c'est geneviève qui l'a dit
et c'est très bien dit

si vous ne l'avez pas encore lue
prenez cinq minutes pour lire cette chronique
vous recueillir puis revenir
ou ne pas revenir

je n'ai rien a ajouter
tout a été si bien écrit

mais si
j'ai peut-être ceci à dire

la bonté n'est pas divine
la bonté est humaine
et pour en recevoir
il faut également en donner
si les humains ne prennent pas soin
les uns des autres
nul ne le fera
ni le bon djieu ni les chats

ingrid me disait récemment
comment elle était fascinée
par le capital de sympathie
dont je semble bénéficier
je le sais et si j'en suis époustouflée
j'en suis d'abord reconnaissante
mais je ne suis pas seule
plusieurs personnes qui m'entourent
ont également cette chance
au premier chef pa' et ma'
dont les amis ont réussi à organiser
une levée de fonds
similaire à celle pour mathieu et florence
lorsque pa' est tombé gravement malade
en deux mil douze
ce n'était peut-être pas via les réseaux sociaux
mais réseau il y avait certainement

je pense que les gens aiment
ceux qui aiment

ce n'est pas difficile d'être bon
si ma devise est become your dream
elle est certainement suivie de près par
be gentle
always

je parle souvent de la bienveillance
le fait de sourire et de regarder
le fait de s'aimer en tant qu'humain
avec nos forces nos ambitions
nos zones d'ombre et notre fragilité
le fait de respecter les autres
le fait de s'intéresser à son entourage
de le mettre en valeur
le fait de s'effacer et laisser briller
le fait d'aider
le fait de demander
de saluer et de remercier
le fait d'accepter

et il faut surtout vouloir
tisser et entretenir des liens
en chair et en os
ou en pixels et en octets

aimer l'humanité
est un prérequis
à moins d'être un petit prince
et de se satisfaire
d'une rose et d'un renard.

#flotoute
la campagne de socio-financement
pour supporter les soins de florence
se déroule ici.


samedi 15 juin 2019

monsieur maurice



on ne sait pas s'il a soixante-dix
septante-cinq ou quatre-vingts ans
peut-être n'en a-t-il que trente
mais c'est sûr qu'à vingt ans
ce devait être tout un personnage

à vingt ans
il devait déjà faire du vélo

depuis cinq ans nous le voyons
sillonner la rue st-denis
surtout les jours du recyclage
il ramasse les canettes et bouteilles
dans son trailer de vélo
il roule sans peur aux aurores
pour être le premier à récolter
nos contenants à consigner

je l'ai croisé lundi en allant travailler
il m'a tout de suite demandé
comment va votre mari

les gens qui ont eu vingt ans
à la même époque que lui
posent toujours cette question à une femme mariée
par pudeur
ils ne s'enquièrent jamais de la femme en premier

alors oui
le mari va bien
il est occupé il travaille beaucoup
et vous monsieur maurice
comment allez-vous

il va bien monsieur maurice
la santé est bonne
et madame se porte bien également
il est content les jours de collecte
il se fait entre soixante-dix et septante-cinq dollars
en consigne
ça paye son voyage de pêche

on l'aime beaucoup monsieur maurice
parce que c'est lui qui nous a vendu
le palace st-denis

c'est lui qui en a pris soin
et qui l'a entretenu avant la vente
pendant les deux années
suivant la mort de son beau-père
qui y habitait avec son chien
c'est lui qui repeignait les cadres de portes
et les lattes du vieux balcon
il gossait des affaires
on ne sait pas trop quoi
mais il aimait le palace encore plus que sa femme
la fille du défunt propriétaire

je pense que ses beaux-parents
avaient cette maison
depuis les années quatre-vingts
et ils y avaient tous vécu de beaux moments
avec des soupers de nowell 
dans le sous-sol aménagé

monsieur maurice aurait aimé
que sa dame achète le palace à la mort du vieux
mais il fallait prendre soin de la belle-mère
encore aux hospices

ils étaient donc heureux ces gens-là
de vendre à l'homme-chat et moi
ils ont bien vu qu'on aimerait la maison
autant qu'ils l'ont aimée
il fallait voir la trâlée familiale
toute endimanchée
attablée avec nous chez le notaire
le quinze août deux-mil treize

monsieur maurice et sa dame
vivent aussi dans notre petite-patrie
et si elle n'est pas sorteuse
lui il se balade
sur son deux roues
qui devient six avec son trailer à canettes
pour se faire
soixante-dix
septante-cinq piastres
une ou deux fois par semaine

on le croise à l'occasion
en allant faire les courses
en ramassant le devoir du jour sur le perron
en marchant vers le métro
l'homme-chat trouve qu'il en reperd un peu
qu'il ne nous reconnaît pas vraiment
peut-être qu'il ne sait plus
si le palace était vraiment la maison familiale
on s'est fait voler un lion en avant
peut-être qu'on a perdu ses repères

néanmoins
avec son 'ti casque sur les oreilles
à sillonner les rues de son quartier
monsieur maurice quoi qu'il arrive
se finance en pédalant
un christie de beau voyage de pêche.

samedi 8 juin 2019

le troisième œil



cette semaine il y a eu des morts
certaines plus proches et plus déchirantes que d'autres
ma' dit que c'est la fatalité
moi je dis
que c'est la fatalité quand ça nous déplaît
et que c'est le mérite quand ça fait notre affaire

tout ça se déroule sur terre
pendant qu'au même moment
je profite de la vie au maximum
et que d'autres humains
règlent des problèmes humains

samedi dernier comme il devient coutume
et comme ce sera le cas encore aujourd'hui
j'étais enfermée avec mon équipe
dans un local de la biblio' de l'uqam
à avancer notre rapport de session

nous sommes une équipe de cinq filles aux cheveux noirs
les quatre autres sont plus jeunes que moi
excessivement intelligentes
et éminemment belles

lors d'une pause entre deux stratégies
on s'est mis à parler d'esthétique
parce qu'une copine s'était esquivée pendant une heure
pour aller se faire limer les dents
afin qu'elles soient droites
bien droites
c'est vrai que lorsqu'elle est revenue
j'ai vu son sourire parfait
avec ses belles dents blanches
droites
bien droites
du coup j'ai regardé son nez
il est parfait son nez
même si l'homme-chat dit qu'on vit avec le corps qu'on a
et qu'on ne se fait refaire le nez
qui si l'on en a deux dans la face
et on on a aussi soulevé le fait que les enfants beaux
sont favorisés à l'école
et dans les relations sociales
et que bref la beauté selon les conventions
était un atout dans la vie

on a discuté de chirurgie esthétique
parce que la mère d'une autre a une clinique
et a refusé d'opérer ses filles
qui lui demandaient plus jeunes en riant
de leur remodeler les lèvres au botox
l'autre a dit que sa mère s'est fait refaire le ventre
qu'il est vraiment beau son ventre
parce qu'après l'accouchement
elle n'était pas redevenue comme avant
et parce que là-bas après l'accouchement
on te dit de rester alitée et on te gave de tout
parce que tu viens de donner la vie
et aussi on a dit que ça coûtait beaucoup moins cher
de se faire réparer tout ça au maroc
qu'en amérique du nord

je ricanais silencieusement
en regardant cette ferveur
cette volonté qu'elles ont d'être belles
ancrée dans leurs gènes
dans des millénaires de civilisations
je ne dis ni macho ni patriarcales
je dis
ancrée depuis longtemps
je ricanais donc en me disant qu'une fois à mon âge
ces chumettes verraient la vie autrement

je ne l'ai pas dit

je ne l'ai pas dit
parce que ce n'est pas vrai
c'est faux qu'à cinquante ans
je ne veux plus être belle ni jeune
que je n'aurai jamais recours à la chirurgie
que je me sens bien maintenant
parce que je glow de l'intérieur
avec mon infinie sagesse
bullshit
j'ai envie de plaire encore et toujours
d'avoir un beau body
d'être sexy

et je me suis rendue compte
que je ne vivais encore que pour le regard des autres
lequel me pèse ces jours-ci
depuis que je guéris un chalazion
qui m'a infectée la paupière
il y a quelques semaines
parce que j'ai dû faire un truc accidentel absolument prohibé
du type manger un yogourt passé date

bref il m'a poussé une excroissance sur la paupière
à cause d'une glande bloquée
et tout le monde regarde mon troisième œil
en me demandant quelle est cette monstruosité

dans ma société et dans ma tête
il n'en prend pas gros pour redescendre
au sous-sol de l'estime de soi
et de me faire douter de toutes mes capacités
j'ai peur de ma paupière
comme l'ado a peur du bouton d'acné
le gros auréolé sur la joue droite
qui mesure environ un demi-pouce de diamètre
et qu'on a tenté de camoufler
en se regardant dans le miroir grossissant
celui qu'on a voulu brûler au vinaigre
et au baking soda
avant d'être obligé d'affronter la jungle
dans le métro à la poly au cégep
celui qu'on a voulu oublier
en fumant un gros bat'

alors non
je n'ai rien contre la chirurgie esthétique
je suis pour toutes les solutions que l'on possède
pour être bien dans sa peau
dedans dehors à gauche à droite dessus dessous
je suis pour
quand on peut si on en a besoin
peu importe que ce soit déductible ou non fiscalement
je suis pour tout

et heureuse de vivre
et vibrer dans cette humanité
à notre époque à cet endroit sur terre
où toutes les formes de féminités
peuvent s'épanouir

jusqu'à ce que mort s'en suive
et s'il me faut n'y arriver qu'à cent quatre ans
je me plairai à être belle
pour faire une entrée bien glamour
au palace du saint-pierre.

lu d'autres expressions de la féminité : 
le névrosé les retranchées de fanny britt
et le tout dernier et très inspirant numéro femme 
du magazine canadian art


samedi 1 juin 2019

enfler



ces jours-ci j'engraisse
de une à deux livres par semaine
je le sais
je possède maintenant une balance
non
ce n'est ni de la musculature
ni l'effet de la ménopause

c'est de la sur- et de la malnutrition

je mange un sac de chips le soir
quand je rentre de l'école à neuf heures trente
je me fais un bol de ramen en plastique
et même une fois deux bols
je m'esquive de l'agence le midi
pour me faire une poutine valentine
l'autre bord de la rue
et laisse pourrir ma salade kale dans mon casier
je mange une assiette shish taouk débordante
et j'en jette le quart
j'achète trois palettes de chocolat
je me bourre de biscuits italiens
de crème à glace
de granita
je bois coquetels et vins blanc orange et rouge
je mets un pouce de beurre sur mes toasts
et du sirop d'érable dans mes céréales commerciales

des fois je fais un souper le vendredi
si l'homme-chat rentre de toronto
et on mange et relaxe en prenant un verre
puis un deuxième service
le samedi on se fait une bonne bouffe
dans un resto branché en ville
où on paye plus cher au poids qu'ailleurs sur la planète
et on prend quelque degrés d'éther
j'achète des viennoiseries à la boulangerie du coin
pour le week-end

bref je m'enfonce dans le cercle
de la gratification la plus instantanée qui soit
et que mes moyens financiers permettent
je bouffe mon stress et ma fatigue

j'ai remis l'image
de la page couverture du hungry brain
que j'avais littéralement dévoré
en deux mil dix-sept
ouvrage d'une intelligence et d'une clarté inestimables
et en parallèle avec le coaching
de ma nutritionniste
j'avais pris de bonnes habitudes alimentaires
et j'avais droppé du poids
me faisant sentir très bien dans ma peau

sans brûlures d'estomac
de un
plus légère et flexible
de deux
de meilleure humeur
de trois
en voyant plus clair
de quatre
sans être serrée
par la bande de la brassière
et encore moins de la ceinture
qui les deux me rendent malade
lorsque je suis habillée toute la journée
de cinq de six de sept
le tout en économisant
des tonnes d'argent
de huit de neuf de dix et de ka ching

bref
pour de multiples raisons
j'ai besoin de me remettre
à manger ce dont mon corps a besoin
et rien que ça

et ne pas prendre mon propre corps
comme une poubelle
sinon il va casser.

ps : j'ai aussi beaucoup aimé
le très beau body de ma chumette sophie lepage
qui a optimisé son alimentation
et j'aimerais reprendre soin de moi
en me gratifiant de bien-être
et en mangeant mieux.

samedi 25 mai 2019

forza!



ce matin je me prépare encore une fois
à aller passer ma journée à l' uqam
faire une pratique d'examen de quatre heures
en résolvant trois cas
puis travailler notre cas de session en équipe
et voir notre coach avant le souper
c'est un bootcamp
c'est le portrait de notre été à tous
cinq mille étudiants en comptabilité au pays
qui écriront l'examen final de l'ordre
les onze douze et treize septembre

ce lundi après une escapade en amoureux
avant d'aller écrire un examen et une rencontre d'équipe
j'ai lu sur linkedin
que gallup pouvait me révéler mes forces
et me dire comment les exploiter
pour avoir du succès

je suis totalement le genre à me dire
que c'est de la schnoutte
je suis assez mature pour me connaître
ça fait juste vendre des billets
je n'ai pas besoin de ça

mais sérieusement j'y étais attirée comme par un aimant
et je n'ai pu résister
c'était comme si ma survie en dépendait
c'était comme s'il me fallait absolument manger
un sac de miss vickies au jalapeño
plutôt que de relire des notes de cours

j'ai donc payé le questionnaire
et pris les trente-cinq minutes pour le compléter
ça s'appelle les forces de clifton

à l'issue du test
l'ordinateur m'a révélé mes trente-quatre forces
classées par ordre d'importance
et m'a indiqué quoi faire avec
les avantages de chacune à mettre de l'avant
et les zones d'ombre que ces caractéristiques peuvent amener

man je te jure
c'est pile poil moi
en effet je le savais
je n'avais donc pas besoin de payer pour

j'ai lu les vingt-cinq pages du rapport émis
deux fois plutôt qu'une
et c'est comme si je me regardais dans un miroir grossissant
je me scrute dans les moindres détails
et j'en obsède

bien sûr
puisque ma première force est l'importance
mon besoin de valorisation fait que
chaque chose que j'accomplis est importante
j'y accorde le respect et la valeur
et je suis donc motivée et positive
ce qui me pousse également à encourager les autres
à avancer

mais man
encore
que de narcissisme
et tant besoin d'être rassurée
au point de vouloir voir par écrit
mon portrait psychologique
et comment l'optimiser

bref lundi donc
j'avais besoin de savoir qui j'étais
pour aller affronter une fois encore
mes inquiétudes d'échouer

ça ne m'a pas servi à grand chose
de savoir que j'étais importante
et de plus le principe est de miser sur ses forces
plutôt que d'essayer d'améliorer ses faiblesses
ce qui est totalement contre mon objectif de cet été
de travailler fort pour faire l'épreuve la plus dure
dans laquelle je réussis le moins

bref
poubelle tout ça
je vais continuer à bûcher fort
car je crois que la discipline paye
même si j'ai pleins de talents naturels
la discipline est quand même ma troisième force
et c'est elle qui me permettra de surmonter les obstacles
et de mettre l'emphase sur ce qui est plus difficile
car il est important pour moi
qui suis une intellectuelle
slash ma huitième force
de relever des défis de taille
des défis plus difficiles
pour me sentir valorisée

donc poubelle oui
mais pas la déchiqueteuse
ça m'a quand même fait un peu bomber le torse dans le métro
et être fière de mon petit bonhomme de chemin

dans cinq jours environ
je serai officiellement ménopausée
et dans cent dix jours environ
j'aurai franchi la porte d'un ordre professionnel

ça vaut la peine de rester forte
et il y a de quoi se sentir bien.

note : je préfère le yoda wisdom
aux forces de clifton
keep it simple and wicked.

samedi 18 mai 2019

savoir vivre



hier matin sur un quai peu achalandé
à l'approche du wagon de métro
j'ai encore résisté à l'appel de la rame
je me suis dit
non je ne mourrai pas aujourd'hui
j'ai envie de passer le week-end avec mon chum
et puis je veux voir le nouveau resto
de marcus samuelsson

en entrant dans le wagon
je me suis dit qu'il fallait aussi
que je réussisse mes examens de cpa
je n'ai même pas pensé au titre
que je n'aurai qu'une fois les stages terminés
et je n'étais même pas rendue à penser
qu'une des conditions préalables à son obtention
était d'être en vie

je constate donc encore une fois
que ma raison d'être ne tient qu'à de futiles amusements
qu'à quelques projets occupationnels
je me sens comme on doit se sentir dans candy crush
j'en parle sans savoir
mais dans le wagon de métro
je scène des fois par-dessus les épaules
et dans candy crush ça semble tourbillonner rapidement
c'est plein de couleurs et ça goûte sucré
je sens que mon univers révolutionne
autour du prochain sac de bonbons
de la prochaine récompense

wow
ma vie vaut vraiment la peine d'être vécue
comme dirait dr serge marquis

savoir qu'il n'y a que des plaisirs immédiats
qui me tiennent en vie
n'est pas très rassurant
et c'est surtout décevant
quant au progrès de ma contribution sur terre

quand je pense à ces petits plaisirs
le prochain repas
le prochain dossier
les prochaines connaissances
le prochain road trip
le prochain restaurant
la prochaine exposition
la prochaine course
c'est comme si j'attendais mon fix
mon rush d'adrénaline
aussi éphémère soit-il

comme depuis quelques générations
mes aïeuls n'ont plus de prédateurs connus
je ne passe pas ma vie
à me défendre ou à survivre
je ne vis dans aucune précarité
et depuis plus de dix ans
les enfants étant partis
je ne vis que pour me réaliser
je ne prends soin que de moi
et ne me soucie que de ma réalisation personnelle

des fois je me plais à penser
que je fais des choses importantes
que je relève des défis
que je suis utile
mais vous rendez-vous compte
du privilège que j'ai
de ne penser qu'à mon bien-être
physique mental et intellectuel

je fais partie de ce first world
qui malgré l'abondance et les possibilités
doit occuper ses jours
à défaut de s'ennuyer
pour ne pas se suicider
parce que les enfants sont enfantés
parce la survie de l'espèce est assurée
parce que la job est faite

et je vous vois arriver

oui mais mo trouve-toi une cause noble
il y a tant de besoins sur cette terre
aide les pauvres les malades les analphabètes
va construire des écoles au costa rica
va faire du bénévolat à la mission old brewery

oui
mais non
je n'en ai pas envie
j'ai un peu honte de le dire mais c'est vrai
je préfère m'entraîner pour grimper le kilimandjaro
que d'aller faire du bénévolat
là où je serais utile et sûrement maladroite

plus égoïste que ça je meurs
j'ai perdu l'habitude de la grandeur
de la communauté
de l'envie de faire ensemble

si je m'implique un jour socialement
ce serait par vanité
et non par altruisme
je me sens sans cesse coupable
de ma position privilégiée
j'ai ce handicap
quand j'avais une paye
je me sentais coupable
si je pensais que je ne travaillais pas assez
quand je recevais un cadeau
je me sentais coupable
si je ne renchérissais pas

bref un beau malaise

un jour je le sentirai pour vrai
ce besoin d'aider
et faire plus grand que moi
et seulement à ce moment
je le ferai

il me faut garder ma candeur.