samedi 15 novembre 2014

prêt à cueillir



oser

c'est mon verbe intransitif préféré

en anglais is to dare
qui est un peu trop fort
soeur de la tentation du diable
une notion de risque supplémentaire
une témérité inutile et déraisonnable
celle qui provoque
de façon insolente et juvénile

j'ai déjà parlé d'oser
je l'aime de plus en plus

il s'agit de l'audace
celle d'essayer
comme un essai gratuit
ou remboursement garanti
l'audace qui nous pousse un matin
à choisir le chemin différent de la veille
et ce faisant
nous rend un tantinet grisé
mais nous fait ensuite sentir bien
comme après un bon sprint
rassuré d'avoir enfin pris cette décision

car l'audace n'est pas folle
elle est le moteur qui appuie sur le bouton
elle prend rarement une décision
qui nous est totalement inconnue
nous l'avions déjà murie
mais n'osions pas
ce n'était que la paresse
et le confort

que l'audace nous sorte
de notre zone de confort
c'est exactement ce qu'elle fait
et c'est cette petite poussée
tout comme l'effort qui fait mal
cette poussée qui nous fait avancer
qui nous fait franchir la rivière
et passer à une autre étape
l'audace c'est la confiance en soi
elle connaît nos limites et nos capacités
elle est fille de notre expérience
et c'est pour cela que l'on y fait
de plus en plus confiance
comme un moteur
que nous aurions construit toutes ces années
c'est notre corps et nos aspirations
traduits pour notre esprit
l'audace est notre coach personnel
si nous n'embarquons pas dans sa caravane
nous ratons un sapristi de voyage
nous gaspillons notre vie
qu'on a beau dire n'est pas longue
mais qui devient éternelle
dès lors qu'on s'ennuie

quand on témoigne
d'un acte d'audace
par une personne qu'on aime
cela nous émeut profondément
nous emplit d'un bonheur chaud
ce sont des actes d'évolution

oser
c'est quasi conscient
quand on y arrive
il faut se laisser tomber comme le fruit mûr
c'est pour cela que la milliseconde
pendant laquelle on se sent
l'étourdissement et l'euphorie
il faut écouter son papillon dans le ventre
et s'envoler

car
comme une organisation que je connais bien
disait à ses clients

oser ça fait grandir.

samedi 8 novembre 2014

jamais deux sans trois



heureusement nous ne sommes pas deux
nous ne sommes qu'une sur trois
une sur trois vous y pensez
ayant subi une agression sexuelle

lundi matin au déjeuner
alors que les portes ne s'étaient pas encore ouvertes
sur les #agressionsnondénoncées
nous ne faisions référence
qu'à la sordide affaire ghomeshi
une autre affaire de persona
une affaire de pouvoir
une affaire de déviance et d'abus

comme chaque femme l'a fait depuis
j'y ai beaucoup pensé
comme beaucoup l'ont fait depuis
je veux en écrire
je veux dire

j'ai dit nous mais je n'en fais pas partie
lundi matin nous pensions une sur deux
nous disions qu'autour de nous
nous connaissions des femmes
ayant subi une agression physique ou psychologique
je me retourne et soit je ne connais personne
soit je suis bénie des dieux
et mes amies aussi
soit je ne vois rien
je pense que c'est ce dernier constat qui prévaut
ça ne peut être que ça si je me fie aux chiffres
j'ai déjà dit que je n'avais pas d'antenne
à ne pas détecter une femme sur trois
victime de violence
faut être aveugle en sacrament
surtout à mon âge qui frôle le demi-siècle

ou peut-être le cachent-elles si bien
comme elles doivent le faire
pour toutes les raisons connues maintenant
depuis deux jours
pour ne pas subir de douleurs additionnelles
pour ne pas être davantage ostracisées
pour continuer à fonctionner dans la vie
car elles ont choisi de vivre
plutôt que de mourir
plutôt que d'en finir
je ne peux pas dire le courage
c'est indicible pour moi qui n'ai pas vécu ça

je peux imaginer comment ma vie serait différente
si on m'enlevait la liberté de la naïveté
de la candeur de l'innocence
je suis bénie des dieux je le répète
surtout considérant une jeunesse
si gourmande de volupté
si amoureuse du désir
j'aurais pu me retrouver
aux bras et à sang du premier venu
et pourtant
je n'ai jamais été battue violée

je me suis battue
conjugalement parlant
une fois ou deux
avec forces bras cou et tralala
ça n'a pas duré
j'ai quitté le gars
c'était un moment d'emportement
nous étions tous les deux fous

j'ai été amoureuse languissante
d'hommes qui ne me voulaient pas
autant que je les voulais
j'aurais été une proie si facile
et pourtant
ça ne m'est jamais arrivé

à vingt ans
un itinérant m'a frappée
comme je marchais vers le métro
je suis sure de l'avoir déjà écrit
ma chum d'université m'a dit
pense à avoir une bulle autour de toi
une enveloppe d'invincibilité

je traverse la vie
avec impunité et confiance
je ne veux pas au grand jamais
que quelqu'un m'enlève ce droit de vivre
bulldoze mes fondations de maslow
je ne veux pas vivre dans la terreur
alors que je suis émancipée
à tout lire je pense que c'est un privilège
mais non dis-je
de quel droit peut-on me faire mal

je ne veux pas être le sexe faible
je ne me suis jamais sentie ainsi
vous êtes braves
belles filles belles femmes belles dames
j'ai maintenant tant d'empathie

merci de continuer à dénoncer.


ps :
la photo
shooting artistique controversé
inspiré du viol collectif de nirbhaya en 2012

pps :
sur une note plus joviale
cette semaine fut couronnée par le baptême
du nouveau blogue de geneviève allard
qui nous donnera j'espère d'autres beaux mots cerclés

en l'ajoutant dans mon blogroll
je me suis rappelé que j'aimais
beaucoup zoreilles
que je n'avais pas lue depuis trop longtemps
j'y suis retournée avec grand plaisir

bonne lecture.

samedi 1 novembre 2014

assis dis-je



geneviève nous a récemment transmis
un article dans lequel on parlait
de zitzfleisch

mot yiddish
contrôle de soi
patience
capacité de rester assis longtemps
assis
cul

ce nouveau mantra
est pertinent
à mon époque
où tout me distrait
où je ne sais plus mener
un ouvrage de longue haleine
sans m'interrompre quarante-douze fois
pour faire n'importe quoi d'autre
où mon esprit est constamment dissipé
où je ne sais plus rester concentrée

je manque de zitzfleisch
je suis donc en retard sur mes échéanciers
that's it that's all
c'est pas compliqué
faut que je réinvestisse cette aptitude
je peux facilement imaginer mon père jeune
assis devant un bureau
à lire et retranscrire pendant des heures
sans distraction
malgré le bruit ambiant
et les enfants courant autour de lui
je me souviens des heures passées
à dessiner à peindre
lorsque j'étais plus jeune
ça n'a pas empêché un mba
un bac en douze ans
une carrière stimulante
et d'autres réalisations
mais tout est rigoureux
rien n'est simple

je suis devenue impatiente
je suis orientée vers les résultats
je ne finis pas
j'essaye d'aboutir
je tourne les coins ronds
et lorsque vient le temps
de faire un travail plus ardu
me demandant un effort supplémentaire
j'ai besoin d'aide
de feedback de va et vient
de relecture
d'analyse
de synthèse
et on recommence
je ne manque ni de méthodologie
ni de rigueur
mais j'ai perdu l'endurance
je peux persister et me répéter
mais non renouveler mon raisonnement
tout en l'articulant clairement
pendant six heures de suite
j'ai perdu cette faculté
car j'aime trop
ce qui me sucre le bec rapidement

je ne vois pas le jour
où je courrai un marathon
où j'écrirai un roman
où je soumettrai une thèse
où je cuisinerai français classique
où je serai yogi

zitzfleisch 'stie
zitz the fucking fleisch.


samedi 25 octobre 2014

papillon


(dans ma tête chu belle de même)

samedi dernier je voulais être
un peu plus gisèle
un peu plus monica
je ne savais pas alors
que le lendemain
j'allais devenir une autre femme

ça ne s'est pas passé
chez holt ou ogilvy
mais sur bay street à toronto
vers onze heures du matin
le jour de mon
quarante-septième anniversaire

dans les deux derniers kilomètres
de mon demi-marathon
alors que deux fois auparavant
j'arrivais en marchant
juste avant de sautiller
jusqu'au fil d'arrivée
poussée par la vanité devant la foule
ou une amie qui me dépassait
j'ai cette fois-ci couru

alors que d'habitude
j'étais contente d'avoir déjà mis
dix-neuf mille mètres de course
dans mon corps peu athlétique
j'ai cette fois-ci parlé sans arrêt
me disant que deux mille mètres
c'était si court
deux fois moins que ce que je courais
à l'aube deux fois par semaine
j'imaginais ma cour vers six heures trente
quand je rentrais de la course matinale

en fait c'est une autre femme qui m'a parlé
je ne l'ai pas vue arriver dans mon rétroviseur
elle était derrière moi tout le temps
me disant de ne pas arrêter boire
avant le dixième kilomètre
ce qui m'amena non loin du douzième
dans un premier élan
c'est elle aussi qui plus tôt avait remarqué
le dix-septième kilomètre
en croisant l'élite revenir face à elle
et qui m'a dit que je n'arrêterais pas
ma deuxième fois
avant ce marqueur
c'est cette autre femme
qui a remarqué dans les dix derniers kilomètres
que je suivais de proche
le lapin du deux quinze
et elle me poussait lorsque je m'en distançais
cette femme me disait
qu'elle voulait me surprendre
que c'était mon anniversaire
et que pour ma fête
je me devais de réussir mon objectif
celui de finir en bas de deux heures vingt-cinq
et même deux heures dix-huit
puisque j'avais rajusté ma cible
quatre semaines avant le jour de la course
sentant que mon corps était trop à l'aise
avec l'allure que je lui imposais

si d'aventure
je me parlais ou me fouettais
j'abandonnais plus souvent qu'autrement
me trouvant peu valable
pour me rendre des comptes
déclarant forfait à mes propres exigences
me contentant de si peu de moi-même

dimanche en cette journée de fête
je ne me suis pas forcée
je me suis vue comme une autre
à qui je devais autant de respect
qu'à ceux que j'aime et que j'admire
je me suis vue arriver
comme une femme que j'aimais
je suis rentrée en deux heures quinze
je suis passée dans la cour des grands
ceux qui ne lâchent pas
ceux qui se dépassent

la médaille à mon cou
le jour de mon anniversaire
m'a donné un teint aussi beau
que celui de gisèle et de monica
j'ai depuis un aussi beau sourire
de magnifiques jambes
et une superbe poitrine

ce n'est pas chanel qui m'a rendue belle
c'est l'amour que j'ai eu
pour la moi devenue forte
je n'aurais pu souhaiter
grandir plus en beauté.

samedi 18 octobre 2014

wannabe



j'aime le glamour le strass le bling bling
je porte un collier de perles
du lundi au vendredi
pas de rouge à lèvres
pas de boucles d'oreilles
un mini diamant serti d'or
sur l'annulaire gauche
pas de maquillage mascara fard à chose
je me lave les cheveux chaque jour
je les conditionne et les brosse
les attache avec une barrette
sur le haut de ma tête
et les laisse sécher à l'air libre
été comme hiver
je m'achète de nouvelles lunettes
aux trois ou cinq ans
je me parfume tous les matins
incluant les week-ends

et je ne sais pas
ce que sent chanel numéro cinq

pourtant

quand je vois ce vidéo
comme celui avec nicole kidman
il y a dix ans par le même réalisateur
j'ai le goût d'être une autre femme
je fouille le web pour en savoir plus sur elle
j'apprends qu'elle a marié un footballeur
j'aperçois rapidement son salaire horaire moyen
je zieute la maison pas celle-ci en californie
mais celle dans je ne sais plus quel état
et puis l'autre aussi vendue au rappeur
puis je vois ben pelosse
et ses magnifiques photos de monica bellucci
à cinquante ans
pulpeuse et naturelle mais pas si tant
on voit naturel aujourd'hui ce qui est maquillé
et bien fardé
mais on ne le voit plus tellement on est habitué
je le sais j'ai vu le making of
quand gisele se met du rouge à lèvres
pour simuler sa sortie de la mer
alors que sur film
on la trouve beige et sauvage
avec si peu de mascara

après avoir regardé le vidéo
en boucles cinq fois
emportée par le scénario nunuche
immergée dans ce rêve d'un instant
après avoir regardé tous les making of
vu les chanel téléchargé la toune
et bien je me regarde dans l'étain
de la salle de bain
et l'espace d'un moment
j'ai envie de m'acheter chanel numéro cinq
et je réalise en y pensant
qu'il ne s'en vend pas chez coutu
et que cela prendra plus d'investissement
pour devenir cette autre femme
et avoir cet autre homme
cet autre enfant
ce surf ce wet suit
cette autre maison

la pub ça marche.

samedi 11 octobre 2014

expressionnisme


robert motherwell, litho, 1967

je ne sais plus quoi vous dire
je parle tout le temps au je
je ne sais pas écrire d'histoire
je lis arvida d'archibald
des histoires
c'est ce que je veux écrire
je me tanne des réflexions
quoi qu'elles me fassent du bien à exprimer
je suis au stade du journal intime
tout cela semble bien juvénile
j'aimerais écrire la vie l'épopée
à travers un personnage
en dehors de moi
la générosité se vit hors de soi
mon samedi est une extension
du dedans de mon coeur
de mon âme de mon esprit
mais il ne raconte rien
dans cent ans je serai cendre
et tout cela ne comptera plus
j'aimerais être victor hugo
et laisser l'homme qui rit
ou baricco et novecento
j'aimerais avoir écrit
the signature of all things
mais j'écris au je
la seule chose que je sache faire
la manière dont je vis
à travers mon égo
seule et revenant vers moi
l'écriture n'est belle que
lorsqu'elle dit le soi
au travers du monde
lorsqu'elle peint la douleur la joie la couleur
l'excitation dans le jour du jour
dans la sensation
et non dans l'expression
j'aimerais être riopelle ou pollock
ou encore anselm kiefer
et vous faire vibrer
sans dessiner un coeur
comme il est dur l'art d'émouvoir
mais je n'en suis pas là
un jour je voudrai
en attendant je vous sers encore
mes états d'âme
que je ne conçois pas des fois
comment ils puissent vous intéresser
outre que je sois aussi un peu de chacun
et qu'il fera beau ce samedi.

samedi 4 octobre 2014

sel de la vie



je ne suis pas une passionnée de course
je cours quatre fois par semaine
jusqu'au dix-neuf octobre
en préparation pour une course

je ne suis pas une passionnée de natation
je prends des cours
pour me débrouiller dans l'eau
c'est un bon outil de survie

je ne suis pas une passionnée des études
je me forme pour une certification
qui me permettra d'être indépendante professionnellement
dans environ dix ans

je ne suis pas une passionnée des lettres
j'aimerais un jour écrire un roman
et je ne le ferai pas sans savoir écrire
j'écris donc les samedi et je prends des cours quand je peux

je ne suis pas une passionnée des arts
je visite les musées et galeries quand je voyage
ça m'élève l'esprit et le coeur
d'être entourée de beauté

je ne suis pas une passionnée des rénos
dès que j'en ai la capacité physique et financière
je tente de changer mon décor
pour y être plus confortable

je ne suis pas une passionnée du vin
j'en ai bu un peu mais juste assez
pour qu'il y en ait que j'aime plus que d'autres
je me suis renseignée afin de pouvoir toujours boire ce que j'aime

je ne suis pas une passionnée de la bouffe
j'ai un appétit immense et des goûts douteux
je cherche souvent la nouveauté
et la fine restauration

je ne suis pas une passionnée de l'amour
je grandis à vivre ensemble
dans un bonheur pair
qui m'emmène vers l'avant

je ne suis pas une passionnée du travail
je me réalise professionnellement
j'aime rayonner
et gagner des sous

je ne connais que très peu de passionnés
pour dire vrai je ne peux en nommer que deux
et ils datent de mon adolescence
des gens qui ont suivi leur voie
à travers les sacrifices et la souffrance
la passion consumant tout le reste
une vie droite et monolithique
ils sont arrivés à réaliser leur rêve unique

j'ai la qualité de mes défauts
dieu merci il y a du bon dans tout
je n'ai pas la patience ni la discipline requises
pour la passion
je suis fille de peu d'efforts
je me disperse plus que je n'approfondis
et je ne peux donc pas poursuivre une voie unique
je ne suis jamais numéro un
je suis dans la moyenne alerte
mais jamais sur le podium
je fais ce que j'aime
et j'aime en masse
horizontalement
nuageusement
partout heureusement.


samedi 27 septembre 2014

carpe diem



la vie la mort la maladie
ce n'est rien vu de loin
nous ne sommes que matière
que chair en douleur
autant que le chat et le pissenlit

et pourtant cela fait mal
patti smith me faisait pleurer
pas tant par la mort de robert
que par son amour son amitié
en fait la mort de robert
annonçait un soulagement
un ciel éclairé
peint de mains d'artiste
la maladie éradiquée
le corps devenu cendres
la légèreté de l'être

ce qui fait pleurer dans la mort
c'est la personne qui nous manque
c'est la même douleur que l'on a
face au changement
c'est notre haine de l'irrémédiable
notre désespoir de ne pouvoir revenir en arrière
non nous ne pouvons pas reculer
c'est clairement inévitable
il vaut mieux se souvenir avec sérénité
apprécier ce qui a existé
emmagasiner et donner
et continuer à avancer

la mort s'en vient
elle est obligée
en attendant donnons la vie.

samedi 20 septembre 2014

confessional



j'ai déjà déclaré mon amour pour facebook
certains trouvent qu'on y publie n'importe quoi
qu'on y exhibe son chat ce qu'on mange et quand on baise
ils trouvent que c'est faux
car les gens ne s'y montrent
qu'à leur avantage
que c'est une vitrine narcissique

moi je me demande
comment le savent-ils
parlent-ils de même de leurs amis
sont-ils quant à eux de simples voyeurs
alors que d'autres sont exhibitionnistes
n'est-ce pas simplement
comme dans la vraie vie
il y a des gens plus expressifs que d'autres
chacun y prend la place qu'il veut
mais pourquoi donc critiquer
ce qui se passe sur une tribune
à laquelle on a volontairement adhéré

je suis un livre ouvert
vous l'avez constaté
j'y publie dix fois par jour
depuis maintenant sept ans
j'aime cette vitrine témoin de ma vie
elle répond à de nombreux besoins
d'abord celui de la reconnaissance
qui me motive à m'améliorer
sans rétroaction ma vie serait larvaire
puis à celui de l'information
ensuite à celui du divertissement
et encore à celui de la socialisation
ce n'est pas rien
ce qui me pousse à cliquer quotidiennement

j'ai l'air d'y publier une vie en rose
présentée sous son meilleur jour
j'y publie en fait ce que je pense ce que je vis
mais je réfléchis à mes mots
ce qui semble incroyable considérant
le nombre et la vitesse de mes salutations
à certaines périodes de la journée
j'aime écrire des phrases
elles provoquent font rire font réfléchir
font chier surdosent
bien sûr ces phrases me véhiculent
me transportent en palanquin
me déguisent en reine et en héroïne
je suis la vedette de ma propre vie
mais je ne me cache pas
je n'ai que faire de ma vie privée
je m'étale je m'auto-dérise je m'esclaffe
que suis-je comme poussière dans l'univers
pour prétendre à une vie privée
à chier plus haut que le trou
à faire mon affaire à moi toute seule
crissez-moi patience

non
comme une chatte oisive
j'exhibe mon bonheur

en ce samedi matin
je vous fais une liste
des côtés moins glorieux de ma personne
que je dévoile peu
car en fait ils ne m'énervent pas vraiment

j'éternue beaucoup
et je me mouche bruyamment
très souvent avec du papier cul
j'ai été complexée pendant quarante ans
de mes petits seins
je le suis maintenant
de mon ventre un peu proéminent
je suis une championne de la paresse
et c'est pour ça que je me donne des objectifs
si j'étais ermite je dormirais toute la journée
j'ai de la corne sous les pieds
je ne sais pas porter les talons hauts
et j'en suis si désolée car je trouve ça joli
je ne baise pas tous les jours
même si j'ai brièvement tenu un blogue de cul
je dévore les chips à m'en donner le mal de coeur
c'est écoeurant sans classe ni goût
je mange le poulet et les frites avec mes doigts
j'ai le vertige ça m'empêche de faire des choses
je ne sais plus écrire le chinois
je ne réponds pas au téléphone
je parle très peu à mes parents
encore moins à mes frères et soeurs
et pas plus à mes fils
je ne connais pas leurs numéros de téléphone
je n'arrive jamais au bout de défaire mes boîtes
je suis une botcheuse de rénos
il manque toujours la finition
je n'arrive pas à épargner une cenne
même si je suis plus insécure
qu'un travailleur autonome
je ronfle des fois la nuit
je marche fort
je ne sais pas mettre la table
je n'ai ni nappe ni napperons
je ne sais pas boire je vomis encore
j'ai peur des foules
j'ai mal à tenir debout pendant tout un show
je suis trop fatiguée pour veiller
j'ai des taches brunes sur la face
j'avale des vitamines chaque jour
comme une droguée
je suis inflexible de l'horaire
je vire folle quand on me dérange
ce qui inclut chez nous à l'improviste
dont le releveur de compteurs
je suis incapable d'être en visite
si je n'ai pas trouvé de cadeau ou de vin
je suis sourde ou paresseuse auditive
je fais tout le temps répéter
je n'ai aucune mémoire
ni des noms ni des numéros de téléphone
je ne me souviens pas des livres que j'ai lus
malgré ma grande bibliothèque
je ne peux pas participer au jeu des dix livres
qui ont marqué ma vie j'ai honte
je n'ai pas de patience pour l'incompétence
je n'aime pas le chat tant que ça
je ne garde ni mes nièces ni mes neveux
j'haguis le bruit ambiant des enfants
je fais de très mauvais oeufs miroirs
j'ai souvent mal au ventre
je cours lentement et je nage sans vigueur
je lâche l'effort physique dès que possible
j'abandonne facilement mille et un trucs
je fais rarement le ménage
mes pieds nus deviennent sales dans la maison
j'ai peur de manquer d'amour
je suis dépendante affective et sociale
et des chips je vous l'ai déjà dit

bon y a sûrement plein de choses que j'oublie
mais vous voyez le topo
ma vie n'est pas rose mais laquelle l'est
je vous l'écris de toute façon
quand tout m'ennuie quand j'ai des états d'âme
j'ai pas de black list
ni d'arrêt de non publication
je n'ai aucune gêne à vous le dire
what you see is what you get
je n'ai pas d'autre vie
que celle dont vous témoignez
et j'entends continuer à en profiter
aussi longtemps et vivement
que j'en aurai la capacité
j'ai trop de respect pour cette courte fenêtre
dans laquelle je monte ma pièce de théâtre
je me mets en scène je joue je batifole
quelques années sont une trop courte saison
dans l'histoire de l'univers
pour oublier de s'amuser et de partager

amen.

samedi 13 septembre 2014

la preuve



on n'a jamais une deuxième chance
de faire bonne impression
non mec ça se passe là
les projecteurs sont rivés sur toi
ça fait assez longtemps qu'on t'attend
dis-nous de quel bois tu te chauffes
ta job en dépend
ceci est encore plus vrai
lorsqu'on est engagé pour gérer
et non exécuter
on compte sur toi
on attend que tu décides

le deuxième jour de mon arrivée
à ce nouvel emploi
ma boss me tend un livre
rempli de post its
ainsi que la photocopie du résumé
et me dit qu'ici
on gère comme ça
que je peux le lire si ça m'intéresse
je lui demande si je l'achète
elle dit non elle me prête le sien
il s'agit de
the first 90 days
de michael watkins

je dévore les livres de gestion
les how-to
comme des livres de recettes
je m'y retrouve
je m'y découvre
je m'y sens bien
j'ai lu le résumé
sur l'heure du lunch
d'ailleurs c'est tellement important
que je vous renvoie un lien
vers le résumé ici
c'est en anglais
mais la pensée managériale
est soit anglophone ou nippone

ah merde
j'étais si déstabilisée par ce propos
d'avoir à faire mes preuves
en si peu de temps
je savais que je devais prouver
ce dont j'étais capable
mais là
c'était bien plus décisif
il fallait poser des gestes rapidement
ou lentement
selon l'impression qu'on voulait laisser
je ne pouvais pas juste m'asseoir en poste
et observer
je ne pouvais pas juste agir comme j'étais
et répéter ce que je savais le mieux faire
régler des micro problèmes
en étant gentille avec tout le monde
non le monde me regardait
déjà

oui en deux jours déjà

je devais donc réfléchir rapidement
à un plan à long terme
trouver mes alliés dans l'organisation
comprendre les attentes du patron
comprendre l'organisation
ce qui était accepté ce qui ne l'était pas
l'opportunisme ou le travail d'équipe
développer ou protéger
comment faire un quick win
malgré le fouillis
accepter de ne pas tout comprendre
et prendre des décisions
une après l'autre

la première que j'ai callée
est de m'acheter ma propre copie du livre
la deuxième que j'ai callée
est de réaménager le bureau
pour un peu d'intimité
la troisième que j'ai callée
est de réfléchir sans rendre des mini comptes
la quatrième que j'ai callée
est de faire un plan à long terme
et déterminer mon leg à l'organisation
la cinquième que j'ai callée
est un meeting avec ma boss
la semaine prochaine pour en discuter
la sixième que j'ai callée
est de saluer les gens que je croise
même s'ils ne le font pas naturellement
la septième que j'ai callée
est de m'inscrire aux cours de yoga
du vendredi midi dans la tour

et là je commence à m'y retrouver
la femme flexible gentille posée
qui respire par le nez
je ne suis pas despote
je ne suis pas néron
je finirai l'art de la guerre
de sun tzu
je planifierai en respirant
je vais pouvoir mettre la table
et donner le ton

alea jacta est.