samedi 13 janvier 2018

i believe



lors de mes années de mba
ce qui m'a le plus déstabilisée
et qui a cependant été le plus grand apprentissage
était que les enseignants faisaient confiance
en notre intelligence
quelques semaines avant le début du premier cours
notre professeur de processus opérationnel
nous avait envoyé un courriel avec le recueil à acheter
et demandé de faire les lectures préalables au premier cours
j'étais assise au bord d'une piscine à puerto vallarta
en janvier deux mil onze avec sur mes oreilles
mes écouteurs me criant en boucles
des albums de muse
et je me farcissais des centaines de pages
du livre sur les processus opérationnels
sans jamais comprendre ce que je lisais
et puis comme les semaines passaient
et que nous mettions en application nos apprentissages
avec peu d'intervention de l'enseignant
mais des cas réels à résoudre en entreprises
tous ces mots que nous comprenions individuellement
mais qui formaient un charabia de chapitres denses
devenaient progressivement limpides

nous comprenions
nous apprenions

le travail d'équipe le plus intéressant
que j'ai réalisé à l'université
est certainement l'analyse de la structure de gouvernance
de la rabobank
institution financière internationale d'origine hollandaise
qui m'a alors permis de comprendre
toute l'importance qu'occupent ces institutions
dans le paysage économique mondial
et quels sont les contrôles et règles prudentielles
à créer mettre en place et appliquer
afin qu'il n'y ait pas de dérive systémique

j'étais en admiration face à mes enseignants
c'est à ce moment que j'ai compris
que l'on pouvait apprendre
tout ce qu'on décidait d'apprendre
moyennant de bons outils
et un accompagnement pédagogique
mais surtout
on peut tout faire
dès lors que nos mentors
nous font confiance

et après on se souvient
qu'après tout on avait passé à travers
un processus de sélection
rempli des prérequis
donc on n'était certes plus à la maternelle
nos bases étaient solides
et pouvaient accueillir d'autres défis intellectuels
afin d'enrichir nos fondements

je suis restée connectée
avec plusieurs de mes enseignants
et j'ai eu le plaisir d'en recroiser
dans le monde académique
autant que dans le monde des affaires
dans les cinq dernières années

ce décembre avant les fêtes
j'ai reçu un courriel de mon ancienne professeur
de gouvernance
qui enseigne toujours à l'uqam
et est titulaire de la chaire de recherche
ivanhoe cambridge sur l'immobilier
dans ses aspects de valorisation et développement durable
je ne savais pas ce qu'elle me voulait
mais elle m'indiquait qu'elle suivait avec intérêt mon cheminement
et souhaitait me rencontrer

je l'ai vue hier après-midi
le respect mutuel qu'il y avait entre nous était saisissant
elle m'a demandé comment j'allais
pourquoi j'avais quitté la banque
où j'en étais rendue dans mon cheminement
quelles étaient les prochaines étapes
quel genre de comptabilité je souhaitais faire

puis elle a fait quelque chose d'incroyable

elle m'a donné un conseil
elle m'a dit
vous devriez faire ci
c'est ça qui vous distingue des jeunes qui sortent de l'école
vous avez tel ou tel bagage
c'est un profil très rare et très recherché
allez voir les senior
ne passez pas par les voies de débutants
vous êtes d'un calibre différent
ne reniez pas votre passé
laissez-le vous porter

bref je ne vous dis pas précisément
ce qu'elle a préconisé
mais elle m'a bousculée et galvanisée
elle a vu en moi encore une fois
beaucoup plus d'ambition
que l'horizon que je m'étais moi-même fixé

et puis après
je lui ai parlé d'un projet intellectuel
sur lequel j'aimerais travailler
et je lui ai demandé des idées
des pistes de réflexion pour créer quelque chose d'utile
elle m'a donné une myriade d'avenues
et j'ai dû interrompre la réunion
qui avait largement dépassé le temps alloué
parce que je savais qu'elle serait en retard
pour son entretien suivant

nous nous sommes laissées
aussi simplement que nous nous sommes revues
et j'avais sûrement des étoiles dans les yeux
je ne sais toujours pas ce qu'elle me voulait
il est tellement rare de rencontrer des gens
qui par leur simple présence
et leur générosité à votre égard
puissent changer votre vie
en quelques heures

les êtres humains sont merveilleux
soyez toujours respectueux
et reconnaissant autour de vous
maintenez des liens
dites bonjour dites merci
ne médisez pas sur les gens
ne soyez pas égoïste ni aigre
la vie est de loin meilleure
dans la bienveillance.


samedi 6 janvier 2018

Le billet du lendemain


Nude standing by the sea
Pablo Picasso, 1929

Elle s'approcha du bar avec un pas lent dès qu'elle le situa parmi les clients.  Fabrice leva les yeux de son téléphone quand il vit les souliers de la femme proches des siens.
- Hi! You look wonderful!
- Oh, nice to see you; you're amazing too!
La femme déposa son sac à main sur le comptoir pour extirper le tabouret et s'installer entre le couple étranger et Fabrice.

Marie avala sa bouchée de pâtes et dit à Paul "Elle a vraiment de gros seins", ce que Paul ne tarda pas de constater en apercevant la poitrine de sa nouvelle voisine, appuyée sur le comptoir pendant les salutations.  On aurait dit que le chandail rouge serré accentuait les volumes, mais peu importe la couleur, Marie n'y pensait déjà plus et retourna son attention sur sa somptueuse assiette de tonarelli au cacio e pepe.  Elle tâta rapidement le pendentif de rubis accroché à sa chaîne en or, qu'elle portait délicatement au cou lors des grandes sorties.

Paul ne faisait jamais de commentaires déplacés sur les femmes, et démontrait une grande tendresse pour Marie.  Il était un homme discret et il ne voudrait jamais la blesser en comparant le physique plus avantageux d'une autre au sien, qu'il connaissait depuis près de vingt ans.  Il l'aimait, après tout.  Et c'était leur week-end de voyage, celui avant qu'il rentre au bureau en début d'année.  Il était heureux et en paix avec l'idée de partager sa vie avec une complice, une compagne qui disait oui à toutes ses folies, qui mangeait et buvait avec lui.  Ensemble, ils réalisaient des rêves qu'aucun n'aurait entrepris chacun de son côté.

En ce vendredi soir, le restaurant de l'hôtel grouillait d'achalandage, et c'est au bar qu'il y avait le plus de va-et-vient.  Les clients s'y assoyaient pour un apéritif en attendant que leur table se libère, et seulement quelques-uns s'y installaient pour manger.  Paul et Marie préféraient toujours manger au bar, bénéficiant d'une vue exclusive sur la préparation des drinks, et d'un accès rapproché aux conversations du personnel.  Ils se sentaient ainsi davantage dans la game.

Marie s'était maquillée pour l'occasion et sentait qu'en ce moment, ses pupilles étaient particulièrement brillantes lorsqu'elle annonça à Paul :
- Je sais ce que j'écrirai demain.
- Hmmm.
- Oui, je vais sûrement parler d'art.
Ils venaient de passer une longue journée à flâner dans les musées et ça l'avait rendue heureuse.  Elle savourait la chance qu'elle avait de vivre avec un homme qui aimait l'art autant qu'elle et en ce vendredi, il n'y avait rien de plus noble que de travailler à la diffusion de l'art et de la culture auprès du plus grand nombre.

- Prends un break demain.
- Pourquoi, un break?
- Saute un samedi, tu n'as pas besoin d'écrire demain, nous sommes en vacances.
- Mais si, je t'assure, j'ai envie d'écrire.
Après un moment Marie ajoute :
- C'est un bon exercice pour moi.  Tu sais que depuis quatre ans, en écrivant tous les samedis, j'ai écrit environ deux cents billets?
- Wow, c'est beaucoup.  Et qu'as-tu appris en écrivant depuis quatre ans?
- Bah, je ne sais pas, je n'ai pas vraiment appris, j'écris plutôt mes réflexions.  Ça m'aide à réfléchir et à articuler mes pensées.  J'avais recommencé à écrire régulièrement lorsque j'ai pris le cours de création littéraire, tu te souviens, avec Laurance qu'on a été voir au lancement?
- Oui, mais pourquoi veux-tu encore écrire tous les samedis?
Pour Paul, cet exercice était un peu laborieux.  Il lui semblait émaner d'une discipline que lui-même ne s'imposerait pas et trouvait légitime de prendre relâche pendant les vacances.

- What's next?
La question gêna profondément Marie.  Elle se dépêcha d'avaler sa bouchée de pâtes et lui répondit :
- Un roman, j'aimerais écrire un roman.  Et je suis sûre que ça m'aide, d'écrire régulièrement, c'est un bon exercice.
- Alors écris-le, ton roman.  Arrête de prendre des cours, mets les efforts sur ton roman si c'est ça que tu veux.  Focusse!  D'ailleurs, tu l'as déjà écrit, ton roman, avec tous tes billets depuis ces années, vas-y, mais fais-le!  Rien ne se fera si tu ne le fais pas, tu as beau apprendre à tenir un crayon, mais un livre ne se fait pas si tu ne le déposes pas sur le papier.
Il avait raison et elle le savait.
- Mais j'aime ça Paul, prendre des cours.  J'aime écrire, et j'aime apprendre... Tu sais Paul, c'est pour ça que je t'aime.  Tu me connais tellement que tu peux me dire des choses pareilles.  J'aime ça quand tu me bouscules un peu comme ça.  Et tu as raison.

- Ils ont vraiment une drôle de dynamique à côté.

Fabrice venait de quitter le bar avec sa compagne.  À côté de Marie, un homme se glissait entre elle et son épouse et les obligeait à tasser leurs sièges plus à droite.  Un groupe de jeunes femmes se rassemblait du côté de Paul, la brune lui faisant penser à Monica Lewinsky.  Il était au-delà de vingt-deux heures et le plat de poulet à la diablo venait d'être déposé devant eux.  Le barolo était soyeux, et Marie se disait qu'elle était vraiment une femme comblée.

Elle pensait toujours écrire un billet sur l'art le lendemain.

samedi 30 décembre 2017

entrelacs de mots et quelques chiffres



le dernier samedi de l'année
l'heure des bilans est arrivée
mais je n'en ferai rien ce matin
aucune liste il n'y aura
je me rends bien compte
que je ne deviens pas comptable pour rien
j'aime compter autant que conter
et faire défiler ma vie
dans des bilans et états des résultats
et cumuler les bénéfices non répartis
pour me rassurer devant l'infini

donc j'ai choisi le bon métier
celui qui me permet de tout ordonner
en sudoku et ledger
sans que rien ne dépasse
et que tout balance
comme le signe astrologique
d'une fille née un dix-neuf octobre

je veux juste dire ceci ici

dans les derniers mois
des gens influents ont mis en garde
contre les réseaux sociaux
sachez que dans mon cas
ils me font mieux vivre et mieux aimer
ce n'est pas à cause de l'avènement de facebook
que j'ai arrêté de parler ou de voir le monde
c'est parce que je ne voulais plus recevoir
cent personnes en même temps chez moi
et torcher du jus d'huîtres le lendemain

les réseaux sociaux illuminent ma vie
grâce à eux et l'envie de rendre des comptes
l'envie de rapporter du beau et du bon
comblant mes penchants d'esthète
font que mon quotidien s'embellit
font que je recherche dans les faits et les moments
la beauté en toute chose
pour l'exposer pour la montrer
et par le fait même
ma vie est pleine de savoureux
et délicieux moments

les réseaux sociaux
pour mieux déposer
pour mieux vider mon esprit
et repartir à neuf vers un nouveau cliché
à chaque instant
pour vivre du beau et pour le beau
pour saisir l'heureux

et savez-vous quoi
jamais ces moments
je ne les compte
une fois racontés
ils sont classés
je passe à autre chose

compter et conter
pour mieux naviguer sur le flot

joyeuse deux mil dix-huit les babes
soyons connectés
avec la terre avec l'eau
et entre nous.

xxx

samedi 23 décembre 2017

du feu et beaucoup d'eau



samedi prochain j'écrirai sûrement
mon cinquante-deuxième billet de l'année
alors que j'énumérerai mes réalisations
dans un bilan annuel
comme j'aime tant le faire
parce que j'ai besoin de le faire
parce que souvent je me demande pourquoi
je suis fatiguée à goaler trois cours universitaires
quand mon collègue de classe
en fait cinq à temps plein
en travaillant une vingtaine d'heures par semaine
j'aime savoir que j'ai fait
et vous savez que je suis une fille de médailles
à défaut d'en être une de podiums
je carbure aux réalisations
aux papiers aux photos aux mots
aux témoignages de mon passage sur terre

hier

j'ai écouté vu et entendu
quatre personnes ayant parlé d'elles-mêmes
et de ce qui les avait motivées
à créer le projet dans lequel elles se sont engagées
dans les récentes années

il y avait catherine blanchette-dallaire
fondatrice de onroule.org et sesame.world
laure caillot
la maman zéro déchet
sophie tarnowka
fondatrice de we do something montreal
et fabrice vil
fondateur de pour 3 points

j'adore ces personnes
elles sont bien sûr engagées
et dédiées à leurs causes
et en sont des ambassadeur et ambassadrices hors pair
mais ce qui m'a le plus rejointe
dans leurs présentations d'hier matin
était un point commun
qui a confirmé une intuition
que je traîne avec moi depuis la dernière année

elles ont toutes agi selon un gutts feeling
elles ont toutes senti en elles
une rage une indignation un besoin de changement
et ont tranquillement transformé ce malaise
en action de façon à diminuer la dissonance

sans savoir comment leur action
allait se concrétiser
en suivant leur instinct
en ayant peur
en doutant
en ne sachant pas

petit à petit
elles ont rencontré des gens
qu'elles ne connaissaient pas avant
qui leur ont permis de continuer à avancer
leurs organismes leurs médailles leurs réalisations
ne sont que le témoignage de leurs parcours
ce qui compte là-dedans c'est le parcours

je confirme donc
que si mon coeur et mon intuition
me guident de changer et de faire
je n'ai pas besoin de me poser la question
à savoir où cela va me mener
je n'ai qu'à en être consciente
et suivre le chemin
en le faisant bien
en faisant tout de mon mieux
et en connaissant mes motivations

geneviève qui traite mon muscle raide du mollet
en acupuncture
me parle de l'eau
qui est l'élément de l'hiver
l'eau a de nombreuses vertus
et caractéristiques
dont celle de couler
mais également de déposer

tout concorde avec la saison
je vais arrêter de réfléchir et rationaliser
pour quelques jours
je vais juste sentir
et me déposer

il y a un temps pour le feu
qui pousse à agir
et il y a un temps pour l'eau
qui consolide et guérit.

(et du coup me revient en tête
ce ver d'oreille d'enya que je ne vous mettrai
pas en lien
parce que je trouve que la chanson a mal vieilli).

samedi 16 décembre 2017

à l'ardoise


(je sais de quelle ardoise il s'agit)

j'aime faire des demandes d'admission
à des programmes universitaires
les deux derniers non complétés
sont un certificat en création littéraire
débuté entre la fin du MBA
et le début du certificat en comptabilité
puis un certificat en muséologie
et diffusion de l'art
que je n'ai pas pu débuter
car le certificat en comptabilité
exigeait que mes cours lui soient exclusifs

j'aime m'inscrire à des cours
comme les coureurs aiment s'inscrire à des courses
je suis juste motivée par mon envie de le faire
puis lorsque j'y pense je me dis que je sais le faire
que j'ai déjà étudié
que les apprentissages ne seront qu'incrémentaux
que ce sera légèrement difficile
mais totalement à ma portée

alors je fais des cours universitaires
et des fois ça me fait compléter des jalons
un peu lorsqu'à force de courir quarante-deux virgule deux kilomètres
on complète un marathon

mais j'aime vraiment ça étudier
et les quatorze cours en comptabilité
que je viens juste de finir
ne sont qu'une portion
du grand nombre de cours universitaires complétés
au fil de ma vie
et de ceux qu'il me reste à faire prochainement
pour me préparer aux grands examens de profession

j'aime tellement l'université
que des fois je me dis que je devrais plutôt
enseigner qu'étudier
j'y serais plus utile
et ça me coûterait moins cher

ma' a dit une ou deux fois
mais je pense bien que cela vient d'elle
qu'il y a deux grandes phases dans la vie
celle où tu prends
et qui comprend bien sûr toute la phase de l'enfance
puis celle de l'apprentissage
et celle où tu donnes
soit celle où tu contribues à la société
en produisant des choses utiles

en étudiant toutes ces années
j'ai l'impression d'être restée prise
dans la phase un
comme l'aiguille bloquée dans un sillon
et qu'il faudra bien qu'un jour je finisse
par consolider mes acquis
pour qu'ils soient utiles à la société

bref
place aux remerciements

j'ai complété ce premier jalon universitaire
en comptabilité grâce à
ma candeur ma naïveté et ma tête de linotte
mon orgueil mon orgueil et encore mon orgueil
ma stupeur ma discipline mon travail
mon acharnement mon stress ma confiance
mes capacités mes apprentissages

l'homme-chat qui m'encourage sans arrêt
tous les membres de la famille incluant le chat
tous les amis de partout
sur la planète virtuelle
dans le chlore
et sur les flancs du mont-royal et du parc la fontaine

adeline
alec
anie
castin
catherine
chantal
christine
debbie
elie
jasmine
joseph
ksenia
marianne
marie-lisa
maggie
mathieu
mohamed
sarah
thierry
thierry deux
vincent
mes précieux partenaires de travaux d'équipe

andré
atef
bruno
chantal
claude
denis
janine
louise
marie
pierre
rachel
renée
robert
sylvain
mes passionnés enseignants

pour apprendre et aimer apprendre
il faut un écosystème
il faut de bonnes conditions
j'avais le temps de penser et réfléchir
j'avais les moyens de me nourrir
le cerveau était disponible
et chacune des personnes qui m'entourait
croyait en mes capacités autant que moi

il faut faire la juste part
ça ne vient pas tout seul
avec les bons ingrédients
on compose une belle ardoise
après c'est à nous de choisir
si on rajoute de nouvelles saveurs
de nouveaux savoirs

et à quel moment et avec qui on les partage.

samedi 9 décembre 2017

nos enfants


les quatre cents coups
françois truffaut, 1959

j'ai vu des enfants cette semaine

lundi soir j'ai vu camille adulte
accompagnant martine adulte
à une activité caritative
et elles étaient en symbiose

mardi soir j'ai vu catherine adulte
dans la salle de projection
des films que sa mère avait réalisés
et auxquels elle avait participé aussi
et elles étaient fières

mercredi sur mon écran d'ordi
j'ai vu thomas et loïc
et une vingtaine de petits
qui ne voulaient plus de la vie
et j'ai abondamment pleuré
autant qu'un père orphelin

jeudi j'ai vu des kids
de vingt-cinq ans présenter leurs projets
devant la classe
habillés en robes et costards
devant leur powerpoint
et donnant leur vie pour une note
et donnant leur sang
pour une carrière

vendredi j'ai vu jeannine et léon
et également nancy et geneviève
leurs mamans dont j'ai déjà eu l'âge
et en regardant ces merveilleuses créatures
j'étais encore une fois soufflée
et émerveillée qu'elles naissaient
à partir de rien
en sachant respirer et crier
puis regarder et apprendre à parler

et heureuse de savoir
qu'elles avaient toute la vie à elles
et comment nous les chérissions
beaucoup plus que nous puissions
aimer une bête de famille ou un arbre

et qu'on avait raison et besoin
de refonder chaque jour l'espoir en l'humanité
dès qu'un enfant vient au monde.

samedi 2 décembre 2017

biophilie



biophilie
terme adopté par le biologiste
edward wilson dans les années quatre-vingts
pour qualifier l'affinité innée que l'humain
a pour le vivant et les systèmes naturels

cette thèse est très utilisée en architecture
où on promeut l'exposition à la lumière naturelle
et la vue sur des éléments de la nature
elle l'est également en urbanisme
où on valorise la coexistence du béton
avec la végétation
pensons parcs et rives
arbres et oiseaux

bien que les escapades hors de la ville
me font toujours le plus grand bien
et que j'adore courir dans les parcs et forêts
je suis une grande citadine
et je n'ai pas le pouce vert
faisant en sorte que je ne sache
ni entretenir un potager ni une platebande

le vivant vers lequel je vais pour trouver mon bonheur
celui qui dure au-delà des plaisirs momentanés
est jusqu'à présent l'autre humain
et des fois les chats les chiens et les bébés

le bonheur tire sa source chez moi
du fait de prendre soin du vivant
de faire de la nourriture pour moi
mais encore plus pour les autres
donner un sens à ma vie passe par le fait de partager
avec les autres vivants
de caresser un chat de le nourrir
de nettoyer ses affaires
de penser à l'homme-chat
de fabriquer de construire et de créer
pour les autres et avec eux
d'échanger de donner des morceaux de vie
de donner du sang
de partager la vie
c'est ça ma biophilie

pour revenir à wilson et au botaniste mondor
qui me l'a fait découvrir jeudi soir
dans une table-ronde portant
sur la conception du bonheur en ville
je n'ai donc pas le pouce vert
mais il ne m'empêche pas de verdir
la terrasse l'été avec quelques plantes en pots
pour dissimuler la vue sur le clapboard
l'asphalte et la clôture frost

à la fin de l'été
on rentre les plantes afin qu'elles ne gèlent pas
mais souvent elles ne passeront pas l'hiver
dans le rez-de-chaussée mal éclairé du palace
et malgré les soins judicieux de l'homme-chat

puisque mondor parle des bienfaits
de s'occuper et de s'entourer des plantes
j'ai décidé de les faire vivre
en les nommant rita et olivia
ce sont deux areca dont je ne remarquais
qu'hier matin les différences
rita a deux pousses
et olivia est plutôt discrète
pointant vers les haut et non vers l'extérieur
nous allons les monter à l'étage
être colocs avec nos invités voyageurs
qui pourront leur parler et les arroser chaque vendredi
un calendrier sera accroché sur le frigo
et vendredi sera le
weekly rita & olivia care day

je suis tellement fière de mon interprétation
de la biophilie
je suis heureuse d'avoir enfin fait connaissance
avec rita et olivia
et de les confier désormais
à la lumière du deuxième étage
et aux bons soins de gens qui veulent
se sentir chez eux en voyageant
par leur verdure
rita et olivia leur feront baisser le rythme cardiaque
et embelliront leur environnement

la biophilie
c'est la vie
prenez soin d'un homme d'un enfant
d'un chien d'un chat
d'un plant de tomates
d'une personne âgée
d'un voisin
d'une troupe d'écureuils
d'un flocon de neige

soignez le vivant
le bonheur y est.

Rita et Olivia, Areca, Dypsis Lutescens nées à l'été 2017
futures colocataires du 2e étage du Palace.


samedi 25 novembre 2017

la parabole des portes



poussin était une fille à grande crête
elle n'avait peur de rien
et défonçait de son bec de nombreuses portes
criant dès l'aube comme son père le coq
que rien n'était à son épreuve
fut-elle une future poule
ou encore mieux
un futur coq
fier
le torse bombé
et la crête bien en vue
majestueuse
triomphant du haut
d'une girouette
au sommet des plus hauts clochers de montréal

poussin pouvait faire n'importe quoi
changeant d'idées n'importe quand
sur n'importe quoi
et même si elle était jaune
comme un poussin asiatique
elle ne souffrait d'aucun stigmate
et adorait sa vie

elle apprit à nager
à courir
et essaya même de voler

mardi soir
poussin ne pouvait plus rentrer
dans son palais
la porte lui était barrée
et sa clé n'arrivait pas à déclencher
le mécanisme qui jusqu'à ce moment
ne lui avait jamais apparu magique

poussin se trouvait donc d'un côté de la porte
et son palais de l'autre
son palais où
même si elle n'y passait pas la majeure partie
de son temps
lui apparaissait du coup si précieux
et même brooklyn le gros matou
qui allait bientôt mourir d'inanition
si poussin ne s'en occupait pas bientôt
même le matou commençait à l'inquiéter

poussin se demandait
comment une simple porte
de la matière solide
puisse la séparer de son univers
et l'empêcher de fonctionner
l'empêcher de foncer dans la vie
de voler jusqu'au sommet des clochers
comme elle pensait toujours le faire

tout d'un coup
une porte était vraiment fermée
et son assurance se dérobait sous ses pattes
poussin se dégonflait tranquillement
entre huit et dix heures du soir mardi
même mercredi matin
alors qu'un spécialiste des portes
courut à son secours
elle ne comprenait pas comment
une simple porte
à plus forte raison bien transparente
puisse résister si longtemps
et qu'un univers aussi beau que son palais
soit à ce point une forteresse
elle n'osait pas dire prison
mais elle le pensait un peu quand même

le spécialiste des portes n'était pas plus vieux
que poussin
un débutant de toute évidence
qui a failli tout arracher
sans réussir à ouvrir la porte
poussin se demandait
comment les voleurs faisaient

puis est arrivé le senior des portes
le coq incontesté de la profession
poussin avait confiance en lui
elle reconnaissait un maître
un expert de son envergure
il a caressé et parlé doucement à la porte
et avant que junior arrive avec une menaçante crow bar
senior avait ouvert la porte
sans outil ni technique spéciale
juste parce qu'il savait comment
juste parce que c'était son champ d'expertise

pour senior
les barrures sont son univers
il peut toutes les ouvrir
mais peut-être ne sait-il pas chanter comme un coq
ou compter les chiffres de son ledger

poussin a compris cette semaine
qu'il existe des portes qu'on ne sait pas franchir
que certains ont peur des peurs
même celles transparentes
et que même en osant
on risque de s'y frapper le nez le bec le front la crête
bref
qu'on ne sait pas tout faire
mais ça n'empêche pas d'essayer
que des fois
il vaut mieux aller doucement
que foncer à toute allure

poussin a appris aussi
qu'il est important de se faire de nombreux amis
et qu'ensemble
on peut vraiment tout faire
et que seul
peu importe la fierté et la compétence
on n'est qu'une partie d'un tout!

à lire sur la peur de...
la fin des exils de jean-martin aussant

samedi 18 novembre 2017

hymne à l'amour



vous trouvez que j'ai fait de l'homme-chat
un personnage public
vous le voyez partout
et vous le reconnaissez
la première fois que vous le voyez en personne

il y a quarante-douze photos de lui par semaine
se promenant entre instagram et facebook
mais non je n'en fais pas une vedette du web
il n'aimerait pas du tout cela
que sa vie soit étalée au grand jour

ce que je célèbre chaque jour pourtant
est mon amour pour lui
c'est l'amour
le personnage principal
ce liant ce regard ce petit je-ne-sais-quoi
qui fait qu'il est beau partout où je vais

quand je vous parle de l'homme-chat
c'est mon amour matérialisé
et fort heureusement pour moi
il est bien partagé

l'amour m'a accompagnée cette semaine
alors que l'homme-chat était physiquement absent
il a veillé sur moi
et a empêché la tristesse et l'ennui
de venir me visiter

je ne pense pas que j'aie un amour pour lui
et lui un amour pour moi
j'ai l'impression que c'est le même
ce même espace ce même air que nous partageons
il est épais et harmonieux
il est douillet
nous l'avons bien construit
et bien entretenu
il est devenu grand et beau
et il est surtout très fort

je lui parle tous les jours à mon amour
il crée des noms
il fait dire
ma chérie mon chat mon amour
il fait attendre au coin du feu
il fait travailler le fourneau
il fait prendre l'avion

je l'aime mon amour
et je suis évidemment heureuse
que l'homme-chat en soit le sujet
et qu'il ait accepté le colis
car encore faut-il pouvoir le recevoir
l'amour
il ne vient pas toujours souriant
il vient avec de grands besoins
et plus on en prend soin
meilleur il devient.

fredonnez avec la môme ici

samedi 11 novembre 2017

les pissenlits par la racine


brouteuses en calvados

dans le billet que je lisais au lunch mercredi
énumérant cinquante trucs
pour vivre sa vie à sa façon
il y avait un truc qui parlait de croire
en quelque chose de plus grand que soi

sur le coup j'ai pensé à la spiritualité
et je me suis demandé si c'était quelque chose
qui allait occuper de plus en plus de place
dans mon esprit ou ma façon de voir les choses
au fur-et-à mesure que je me rapproche de la mort

assise à la table du restaurant de pho
sur la rue sainte catherine est
entre deux cours de comptabilité mercredi midi
j'ai tout de suite pensé à djieu
et me suis répondue instantanément que je n'y croyais pas
ça n'avait pas changé depuis des années
même si j'aime les églises et que j'aime regarder le ciel

croire en quelque chose de plus grand que moi
c'est pourtant ce qui me réconcilie avec la vie
et avec la mort

faire partie d'un tout
autant temporel que matériel
biologique et énergique
je crois en gaïa l'univers et les choses vivantes
je crois au cosmos et aux poussières
j'aime penser que je ne suis rien de plus
qu'un amas de molécules bien pensantes
et que ma durée de vie est limitée

je pense au replicant roy du premier bladerunner
maintenant qu'il y en a un premier et un deuxième
qui leur permette de se situer dans le fil du temps
je pense à roy qui pleure
car il vivra moins longtemps
que son contemporain humain
je pense à roy qui essaye de se définir
et vivre au-delà de ce pourquoi il a été programmé
je pense à roy qui pleure en bleu
sous une avalanche d'eau et de vangelis
et qui nous a tous fait pleurer avec lui
alors qu'il n'était qu'une caricature
de la plus humaine des craintes
avec laquelle nous n'avons pas encore fait la paix
celle de mourir

j'aime alors penser plus grand que moi
j'aime penser au pissenlit
aux vers de terre
aux patates
et à la soupe maison

le plus grand dans chaque détail de la vie
me permet de tout relativiser
et ne pas dramatiser ce qui après coup est toujours futile
toujours
repensez-y
au plus grave dans vos vies
repensez-y après
futile
je vous le dis

j'aime penser à la lumière après l'ombre
lorsque marcel est mort
que la panique fut passée
et que j'ai vu sa lumière éclairer mon ciel
quelques jours après son décès
quand michelle voit son père depuis jeudi
trôner sur le ciel de son lac
j'aime ça et malgré tout ça j'ai peur de perdre le mien

j'irai le vingt-sept novembre
là où on me dira d'aller
pour écouter un autre conférencier
qui m'alignera davantage la pensée
relativement à la mort
car bien que nous soyons novembre
ce sera le thème du prochain creative morning
je pense que ma crainte de la mort
n'a pas rapport à ma rationalisation
de ma place dans le continuum de la vie
et de l'univers
ma crainte de la mort des autres
est une affaire égoïste
la peur du manque
ce qui n'a rien à voir avec la mort
qui est une étape naturelle de la vie

le pissenlit
pas par la racine
mais jaune
sur le gazon de banlieue à brossard
ce pissenlit-là
la beauté de la vie

croire en plus grand que moi
comme faire ma part pour la communauté
comme n'être pas centrée sur moi
même à des périodes où j'ai peur
parce que je vis des changements
même dans notre société arriviste
où on vante la réalisation de soi
quand je pense à plus grand que moi
je me sens humble
comme la soupe maison
je me sens comme les autres
le voisin les fils le chat les caissiers
le banquier la nageuse
comme les autres
pas moins et certainement pas plus

je mets de côté mon arrogance
et ma mégalomanie
et me reconnecte à mon coeur

oui je pense que c'est bien ça
que ça me fait
de croire en plus grand que moi
je ne me sens pas soumise à une autorité
quelque créateur plus fort que tout
qui m'oblige à donner des sous
je me sens faire partie de l'univers

ça me ground

dans la terre
pas à la messe ni chez le gourou
ni dans la grande communion
je me sens connectée
au plancher des vaches.

ps : je voulais mettre une photo de roy
celle où il pleure sous la pluie
ça aurait attiré des clics
j'ai préféré la vue aérienne
des brouteuses dans le calvados
on fait un peu partie
de la même famille.