samedi 26 juillet 2014

empreinte terrestre


illustration de sarah lazarovic

il n'y a pas meilleure que moi
pour vous parler de consommation
je suis la top là-dedans
même si j'haguis magasiner

je ne sais pas
outre qu'elle serait écourtée
si je consommais également
de la drogue
ma vie me coûterait-elle plus ou moins cher

bref
malgré que je m'arrange pour gagner
un salaire plus que raisonnable
je n'arrive pas à épargner

quand on regarde mes mains
avec ses doigts fins
on voit les trous entre les métacarpes
c'est par là que l'argent s'échappe

bien que je sache cuisiner
car il n'en faut pas plus pour se nourrir
je mange au resto
pour les nouvelles saveurs
pour changer d'atmosphère

bien que je sache coudre
je sais encore me servir d'une aiguille et d'un fil
je sais même tricoter crocheter
et denteler au fuseau
j'achète des tonnes de linge
et des garde-robes pour le contenir
ainsi que des boîtes intouchées
dans le sous-sol
et une maison pour contenir
le sous-sol les garde-robes et le linge

bien que je sache créer
je fuis par escapades
essence hôtel resto mer ailleurs temps

tasses
livres
fleurs
repas
souliers
vestons
céramique
thé
café
sels
tablette
cadre
sofa
lampe
crayons
carnets
meuble
album
électronique
cours
savoir
maillot
vernis
shampoing
parfum
chandelle
crème
fruits
concert
avion
plage

en milieu de matinée hier
l'ennui me prit en plein travail
j'avais envie d'un pédicure
j'ai eu ça une fois prodigué par autrui
et j'en avais envie
j'ai fouillé sur le web
pour trouver où aller
au pied levé
me suis levée
pris mon veston et ma sacoche
pris le métro
puis abandonné le projet
alors que je lisais ducharme
accotée au poteau

me suis assise chez tampopo
puis aux givrés
j'y ai pris du plaisir
puis eu la diarrhée
pardon s'cusez

ai après marché
sur st-denis tiens
voir les robes en solde
le destin fit qu'aucune ne fut aimée

retourné travailler
le mal de tête me prit
suis repartie
avec l'immense envie d'acheter
galettes de riz à saveur artificielle
et sucre en forme de bonbons
me suis bourré la face
et me suis endormie

je ne sais pas ce que ma journée
a coûté
je dépense sans compter

des fois je me dis
que je devrais prendre le temps
et redécouvrir le plaisir de faire
de refaire de réparer
plutôt que de le perdre
à gagner tant de sous
puis à les dépenser

pa' et ma' sont des gens si humbles
qui récupèrent tout ce qu'ils savent
faire fonctionner
ma' coud et raccommode son linge
en toute simplicité
et nous fait à manger
pa' use ses souliers
et y pense avant d'en racheter
ils aiment tout ce qu'ils possèdent
ils doivent pouvoir facilement
en faire un inventaire

ce matin
chumette publie ce que lui a dit sa fille
"des livres de la gommette et du papier bulle
c'est ce que j'aime le plus
ben après vous deux c'est sûr"

et me voilà repartie
avec mon dilemme
et mes problèmes industrialisés
je tombe dans mes propres clichés
de grande fille gâtée
je dépense je pollue et je m'en veux
et vous de me lire et de vous dire
oh my
dans quel monde vivons-nous
je ne me plains pas
je ne suis pas malade
je suis une négligente chronique
qui cherche la facilité
je vais me reprendre
il me reste bien cinquante-sept ans à vivre
il faudra que je m'y mette
avant l'âge adulte
avant de crouler sous ces biens
qui ne servent à rien.


samedi 19 juillet 2014

écolière volontaire




je ne sais pas comment
les flos apprennent
comment ça se passe
dans une classe de maternelle
ou de primaire ou même de secondaire

ah si

je me souviens d'une classe de secondaire
c'était maths en secondaire cinq
et je ne comprenais plus rien
j'avais frappé un mur
je ne pouvais plus m'en sortir
avec de bonnes notes
sans écouter la prof
prendre des notes faire des exercices
il me fallait faire un effort

après cette classe j'ai arrêté d'apprendre
à l'école obligatoire

j'ai choisi ce que je voulais apprendre
tant au cégep
avec un oeil et une oreille attentive
qu'aux nombreuses années d'université
qui ont suivi à temps partiel

j'ai choisi ce que je voulais apprendre
la course la nage l'écriture la poterie

il fallait le choisir
car au fond
toutes les structures d'apprentissage
consistent en fait en lieux de rencontres
avec des instructeurs qualifiés
des pairs à émuler
et un programme structuré

mais il n'y a personne
personne d'autre que soi même
qui ne sait nager
mil deux cent cinquante mètres
le dix-sept juillet
alors qu'elle n'en nageait que vingt-cinq
le vingt-huit avril

il n'y a personne d'autre que soi même
qui ose
qui écoute
qui questionne
qui fait
qui comprend
qui absorbe
qui souffre
qui progresse
qui aime
qui sait

pour apprendre il faut être disposé
et ensuite
il faut remercier
toutes ces structures organisées
tous ces éducateurs
qui optimisent
la réception et l'intégration
de l'apprentissage

dans un entretien récent
une professionnelle m'a demandé
mes plans à long terme
j'ai répondu que je voulais
à soixante-quinze ans
être meilleure qu'à cinquante

ainsi soit-il
je n'ai pas le choix
de continuer à apprendre
et de croiser dans ma vie
tant de gens formidables
qui m'aident à me dépasser
lorsqu'on le réussit ensemble
c'est une véritable épiphanie.

vendredi 11 juillet 2014

force tranquille



j'ai déjà dû vous raconter
que quelque philosophie chinoise
prône la force dans la tranquillité
ce qu'on retrouve dans le tai chi
ou mieux le qi gong
ce contrôle de soi
cette maîtrise de l'énergie vitale

beaucoup de force
très peu de gaspillage
n'est pas faible celui qui ne bouge pas
il brûle en dedans
mais il ne se consume pas
il sait que faire de son feu
c'est du pur concentré

moi bien sûr
pour y revenir avant de mourir
je suis tout sauf cela
poule pas de tête
femme de drive
je me garoche partout où
il y a de l'action
et je me dépense en veux-tu en v'là

je vous ai déjà dit
qu'en vieillissant et en me faisant la preuve
que tout n'était pas impossible
et qu'on ne perdait rien à essayer
je devenais de moins en moins craintive
et je voulais tout essayer

et bien jeudi
j'ai témoigné de la force tranquille
chez une chumette qu'on appelle speedy
dans le tourbillon ambiant
de je fais ci on fait ça let's go
elle sait exactement où elle va
car elle sait ce qu'elle veut
elle n'a pas besoin de faire comme les autres
elle prend ce dont elle a besoin
elle n'a pas besoin d'embarquer dans tout
pour le kick d'embarquer
elle sait doser ses énergies
elle connaît ses priorités
elle sait qu'elle ne peut pas tout faire
et elle choisit

j'aime passionnément ces gens
ces esprits libres
plein d'humilité et indépendants
ouverts d'esprits ouverts aux autres
mais qui ne dépendent de rien

j'admire cette force tranquille
quel focus
quel bon usage de ses énergies.



samedi 5 juillet 2014

alma mater


anita roddick
fondatrice du body shop

janie duquette a écrit un livre
sur le leadership au féminin
pas comment la femme se taille une place
au sommet avec les gars
pour ça on essaye de se battre comme eux
faire ci faire ça porter le masque de la dureté
et au bout à 80% dans sa job
80% dans sa famille
pis 80% dans son couple
on fait du 240
et un burn out

on peut pas se battre comme un gars
on peut se battre comme une fille
en fait on doit pas se battre
on nourrit nos forces
et les femmes en ont beaucoup

janie duquette a écrit un livre
sur quoi faire avec le pouvoir
elle a parlé de tous les talents féminins
l'empathie l'authenticité
la sensibilité l'intuition
et elle a dit que nous ne devions pas
perpétuer les systèmes de performance actuels
que nous avions la clé pour changer le monde
de façon à rétablir l'équilibre
que nos talents sont prisés dans la société actuelle
où les clients sont conscients
et qu'ils choisissent de plus en plus avec leur coeur
que nous pouvions revenir à des choses simples
à un équilibre de vie
où le plaisir a sa place
autant que le professionnalisme
où la conscience sociale et environnementale
sont aussi importantes
que la sécurité pécuniaire

j'ai beaucoup aimé
sa conférence de jeudi matin
ça m'a tant parlé

et puis hier
je suis entrée à quatorze heures
dans une salle bondée
de vice-présidents adjoints
réunis depuis le matin
échangeant des stratégies d'affaires
et comment tel staff était coté rouge
parce que ses chiffres n'y étaient pas
j'allais faire ma présentation
à mon tour et je me disais
zut ces gars n'avaient pas vu de femmes
depuis plus de six heures
quelle triste journée vous y pensez

comme chaque femme
j'ai la capacité de changer le monde
une robe un pantalon une décision
et un sourire à la fois
il n'en tient vraiment qu'à moi!


samedi 28 juin 2014

le levier amoureux


humans of new york by brandon

quand j'écrivais cette semaine
que la force du couple
était d'être un groupe
c'est que l'homme-chat faisait le ménage du sous-sol
pendant que je faisais celui du rez-de-chaussée
et que toute seule
je n'aurais jamais fini à la même heure
je n'aurais même pas reçu la magnifique visite
que je n'aurais probablement pas connue

le couple n'est pas juste une cellule d'entraide
le couple est un levier

j'aime le couple
comme j'aime
la famille la tribu les amis

je prêche pour ma paroisse
en couple mes capacités sont décuplées
certains diront que je dois apprendre
à me suffire à moi-même
et être aussi accomplie
en étant seule
mais voilà
ce n'est pas mon cas
je ne me réalise que lorsque
cette fondation est construite et bien solide
je suis anthropo et je suis maslow

en couple ma sécurité financière
est meilleure j'avance plus vite
en couple ma sécurité émotive est assurée
sinon je suis une femme insécure
cherchant l'approbation sexuelle
en couple je ne cuisine qu'une fois sur deux
en couple je partage mes joies
et mes préoccupations
en couple je discute et j'apprends

seule je n'aurais jamais
traversé l'amérique deux fois en moto
acheté ma première maison à trente-six ans
et en acheté trois autres depuis
utilisé une drill ou une skill saw
bu les vignobles de californie
et de france
quitté un emploi de dix-huit ans
et embrassé une nouvelle carrière à quarante ans
adopté un chaton
pris l'avion si souvent pour le sud
et l'auto si souvent pour new york
confit le canard et confectionné la crème caramel
visité les galeries et les musées
été si belle le matin
voulu être belle pour toujours
et prendre soin de mon corps
autant que de ma tête

sans compter l'amour
que l'on fait que l'on dit que l'on embrasse
les regards les joies les mains

patrick dion a écrit ces jours-ci
sans toi je ne suis que l'ébauche de moi-même
c'est formidablement beau

le couple c'est plus que la force du groupe
c'est l'amour qui donne la force d'exister
j'aime beaucoup prendre soin de mon couple
c'est la base de tout mon reste.

samedi 21 juin 2014

lady death



j'ai peur de la mort
l'envie du suicide en est mitigée
je regarde la photo des soldats irakiens
le gun derrière la tête
et mes bras tremblent
en me demandant à quoi ils pensent
en cette minute qui les sépare de la mort
j'ai peur quand je pense au père et à sa fille
accidentés de la route
j'ai peur non pas de l'au-delà
mais de la non-existence
j'ai peur des machettes
des couteaux et des guns
qui envoient le vivant dans la mort

ma soeur écrivait il y a un temps
dans un contexte de deuil
dont je ne me souviens plus
que la société occidentale
était peu préparée à la mort
alors que d'autres civilisations la célébraient
ou l'incluaient dans le cycle de la vie
je ne pense pas à acheter
un terrain au cimetière du mont-royal
ni à faire des préparatifs funéraires

il faudrait que je comprenne
que j'accepte
toute ma raison m'accompagne
pour me convaincre
que la mort d'un humain
n'est rien dans l'infini du big bang
pas plus que la fraise cueillie
ou la côtelette d'agneau

mais god damn que ça me déchire
ça m'effraie cette mort

je parlais samedi dernier
à un client pharmacien
opéré du cancer de la prostate
je lui parlais de mon père
mon père ce grand homme
cette inspiration infinie
qui grimpait des montagnes
à un âge avancé
et était l'invincible héros
et je lui disais que ma plus grande peine
était de le voir diminué par la maladie
il m'a répondu
mo
tu penses encore à ton père
comme s'il avait cinquante ans
alors qu'il en a soixante-quinze
le mien est mort à soixante-douze

ma mère m'écrivait cette semaine
qu'il serait mieux qu'ils se rachètent
une maison plutôt que de continuer à loyer
comme ils le font depuis la maladie
mais les banques ne prêtent pas aux retraités
j'ai dit que j'allais cautionner
elle m'a dit non
ton père n'a pas la force de bouger encore
on sera corrects pour un autre dix ans

mais d'où vient cette volonté
de vivre encore activement
d'acheter d'apprendre de déménager
à soixante-dix ans
sinon que la peur même de la mort

je suis pareille
je me voudrai vivante jusqu'à cent trois
je m'entraîne à repousser
ce passage irrémédiable
qui viendra bien avant cent quatre

je n'ai pas cette tardive sagesse
je souffre encore de l'ultime vertige.

samedi 14 juin 2014

un à la fois




les montagnes accouchent des souris
mais les souris n'accouchent pas des éléphants

le fromage se mange une bouchée à la fois
et au prix d'efforts renouvelés

j'annonçais cette semaine
mon quatrième retour aux études
ayant été acceptée au certificat
en sciences comptables
programme de pré-requis
pour entamer l'agrément national
des comptables professionnels

c'est un gros projet
quand on le prend dans son ensemble
l'obtention d'un titre professionnel dans cinq ans
et des études sans arrêt d'ici là en travaillant

mais un chum a dit récemment
qu'il faut découper chaque projet
en de petites tâches

la souris n'accouche pas d'un éléphant

j'ai voulu abandonner le projet
quand j'ai réalisé qu'il me prendrait cinq ans
je me suis demandé si ça valait la peine
valoir la peine signifie qu'il y a un sacrifice
mais qu'est-ce qui est sacrifié au juste
si on poursuit un projet qui nous intéresse

puis je me suis dit
que si je commençais
peut-être je finirais
et bien avant la fin
chaque pas complété est une fin en soi
si je finis deux cours
ce seront deux cours de plus
que ceux qu'on n'entame jamais

quand je regarde dans mon rétroviseur
de quarante-six ans
je vois très bien que j'ai fait une chose à la fois
suivie d'une autre

ma vie est une suite de décisions
une prise d'information
un formulaire complété
d'autres scannés
un envoi par courriel
un paiement par carte de crédit
une admission
une inscription à un cours
une lecture un travail une lecture un examen
une note
et encore
une journée de travail
une paye
un projet
une promotion
et encore
un coup de peinture
un tour de vis
un tour de pick-up
un bail signé
un chèque de loyer
une patte crèmée
un bas et un soulier de course
l'autre pied
un dossard
une médaille
et encore

je me suis dit la semaine dernière
crisse chu rendue là

ben oui toi à force de

mais non y a rien là
la souris n'a pas accouché de l'éléphant
elle a juste fait un pas avant le suivant.

samedi 7 juin 2014

chante-la ta chanson



mon père aime la musique
au point d'avoir son tourne-disque
dans sa chambre à coucher

mon frère aime la musique
au point d'en produire et d'en jouer

ma soeur aime la musique
au point de connaître tout ce qui se fait

mon fils aime la musique
au point de travailler pour la prod
et de courir l'émergent

on est une gang de mélomanes chez nous
mais je n'en écoute que très peu
je me suis entourée du bruit ambiant
depuis près de quinze ans
je n'achète plus de cédés
depuis limewire puis itunes
je cours sans musique
sauf lors des longues courses
je n'écoute jamais la radio musicale
sauf la classique
mais au bureau l'ordi sonne creux
donc non je n'écoute plus de musique

je vais à des shows
quand j'y pense
le classique des classiques
cinq fois par année
et des fois des shows de choses et d'autres
dont j'entends parler

je suis une fan finie des spectacles
mais je n'y pense pas car je ne veille plus
au-delà de vingt-deux heures

quand je m'y adonne
je chante danse et déménage
je joue du air drum
de la air guit
je suis heureuse
je sue j'ai soif je m'en peux plus
la musique me transporte tout le temps
lorsqu'elle est interprétée devant moi
en chair et en os
par des rock stars
j'adore les chanteurs et chanteuses
qui lancent des mélodies dans la nuit
avec leur coffre et leur tête
qui créent des personnages de toutes pièces
qui font théâtre sous nos yeux
comme j'aime les shows de musique
le blues le jazz le rock le toute
la flûte l'orgue et le piano

c'est la livraison tangible
de l'art musical
une céleste communication
elle m'emporte dans d'autres dimensions
dans une transe euphorique
j'aime la musique
encore plus
lorsqu'elle est rare
et c'est alors qu'elle m'habite
et que je vibre comme la harpe.


samedi 31 mai 2014

classe moyenne



cette semaine j'ai lu trois textes
qui remettent une fois de plus en question
mon mode de vie hédoniste

le week-end dernier en allant et retournant d'ottawa
j'ai englouti le magnifique sel de la terre de samuel archibald

man je fais partie de la classe moyenne
et vous aussi
il se peut que vous soyez au centre
au bas ou ailleurs
moi je suis très certainement au top de

archibald décrit très bien
les causes et motivations de la classe moyenne
lorsqu'il se permet d'en parler comme un monolithe
alors qu'il explique que ce n'en est pas un
la caractéristique dans laquelle je me suis le plus reconnue
et je ne sais plus s'il en parle ainsi
c'est
oui mais j'ai travaillé pour
faque touche pas à mes affaires
laisse-moi acquérir les bébelles que je veux
travailler fort puis voyager
et dis-moi yousque ça coûte le moins cher

j'ai suivi cette lecture du très excellent
constituer le québec de roméo bouchard

man une assemblée constituante tirée au sort
pour rédiger une constitution
avec une démocratie directe
et la souveraineté du peuple
implique qu'il faille s'engager
ne plus élire le gestionnaire
qui gérera notre équilibre budgétaire
mais participer activement à l'élaboration
des projets de société
à la construction du bien commun

cette semaine muhammad yunus
donnait une conférence à c2-mtl
pour parler d'entrepreunariat social
dont l'objectif n'est pas de créer de l'argent
mais de meilleures conditions de vie humaine

man

j'ai toujours voté à gauche
j'ai suivi le parti communiste marxiste léniniste
étant jeune maman
j'ai été membre du parti du renouveau démocratique
je vote encore à gauche
je milite intellectuellement pour l'universalité des services publics
en santé en éducation

mais voilà
je passe ma vie à accumuler des biens
du plaisir et une rente
mon obsession la plus chère
et c'est le cas de le dire
est d'atteindre l'indépendance financière
qui n'arrivera pas de toute façon
au rythme où je m'endette

je ne veux pas céder mon hédonisme
et mon individualisme
pour créer un projet de société
je suis d'une passivité morte
je contribue au système de redistribution de la richesse
en payant de larges impôts
en nourrissant la caisse de l'assurance-emploi
dont j'ai tenté de me prévaloir après dix-huit ans
de travail à temps plein mais sans succès
je donne vingt-cinq piastres à toutes mes connaissances
qui s'impliquent dans une cause
je donne temps et argent
à la cause de mon choix

mais voilà
je ne suis pas prête à renoncer
je le ferais si tout le monde le faisait
si on m'y forçait
comme en quarante-neuf
lors de la révolution culturelle de mao

man
j'ai quarante-six ans
même si ma conscience comprend
je braille comme un bébé
de me savoir si faible
citoyennement.



samedi 24 mai 2014

acquisition de talents



tout est possible

et je ne dis pas cela
à la veille d'un demi-marathon
je le dis car je le constate
et j'aime cet état de fait

j'ai commencé à vivre cette sensation
il y a environ cinq ans
alors que j'allais relever
un extraordinaire défi professionnel

je ne savais pas à ce moment
que je deviendrais une équipe
que nous allions grandir
que nous allions être réputés
c'est avec du recul que je vois
tout ce que nous avons accompli
du simple fait que je prenais alors
ce qu'on appelait un risque

je ne savais pas
que j'allais construire quelque chose
je ne faisais qu'avancer

tout est possible

lors du mba
la plus grande acquisition
ne fut pas tant
ces nouveaux angles de réflexion
que sont les processus et la gouvernance
le plus grand apprentissage
fut de réaliser que je pouvais
créer de zéro
connaître une nouvelle matière
l'appréhender et travailler pour la comprendre
puis en produire une synthèse
et appliquer de nouvelles compétences

tout est possible

je ne savais pas
et pouf
maintenant je sais

la même chose s'est produite
depuis que nous avons rénové
la première maison que nous avons achetée
ça nous a permis
de vivre dans beaucoup mieux aujourd'hui
à force de travail
et de changements

j'ai avancé également
depuis que j'ai commencé à courir
je constate les progrès à travers le temps
je ne courais pas
et pouf
maintenant je cours

la comète écrivait hier
que la course rapportait au mérite
et ça s'applique oui je dis
à d'autres champs de la vie
de un
plus on se pratique à avancer
à emprunter de nouvelles avenues
plus cela devient facile et normal
il n'y a plus l'angoisse
de prendre des risques
cela devient simplement notre façon d'évoluer
de deux
quand on décide d'essayer
à coups d'efforts
on bâtit quelque chose
c'est inévitable
si on travaille
on construit
le rendement est là

quand je regarde en arrière
je vois des progrès
je n'en suis pas peu fière
je suis au fond
de ce sel de la terre
et me proclame
self made woman

avec le temps
le mot oser devient caduc
on acquiert le réflexe d'essayer
et ce que l'on recherche comme une drogue dure
c'est de faire d'autres bonds
de se réinventer
c'est l'envie d'évoluer
comme une envie de mourir
plus accomplie plus épanouie

allez hop
on avance!