samedi 19 avril 2014

à votre service



nous parlions hier des serveuses
sous l'angle de la conversation
ça m'a fait penser de vous parler du tip

je suis une over tippeuse

en fait je tippe généreusement
tous les services de luxe
de la vie moderne

à ne pas confondre
avec les services essentiels
dont je ne pourrais m'acquitter moi-même
comme le dentiste
le transport en commun
l'assureur
le banquier
le médecin
le couvreur de toit
vous comprenez

j'appelle services de luxe
tout ce qui me fait plaisir
et dont je bénéficie passivement
plutôt que de le faire moi-même
en tête de liste le restaurant dont j'abuse
puis le taxi que j'aime
le livreur de couscous
autant que d'ikea
autant que le déménageur peu importe la date
la coiffeuse tantôt
ainsi que la shampouineuse
si elles sont trois
à me faire du bien au crâne à matin
elles seront trois tippées
la fille qui prépare mon babel fromage suisse
quand je suis paresseuse de déjeuner chez moi
les barrista au club social ou chez gentile
le camelot quoi que c'est complexe
parce que je ne le vois jamais

pour moi qui ai accès à ces services
tipper est mon appréciation infinie
je suis tellement reconnaissante
de pouvoir compter sur la myriade de gens
dont la profession est de servir
cela me rend la vie si agréable
si souvent
plus que du lavage de conscience
judéo-chrétien
c'est de la gratitude pure et simple

je dis merci et je tippe
pour rien de moins que du pampering
de ma personne
rien de moins
que du luxe.


(parenthèse :
je n'aurai jamais de femme de ménage
luxe de la vie moderne à son paroxysme
je ne saisis pas sans malaise 
ce qui me rendrait importante
au point de ne pouvoir ramasser 
mon bordel moi-même
à ce stade
ce ne serait plus une question de tip).

samedi 12 avril 2014

tempus fugit hora volant



le temps libre
est celui
où l'on échappe
à nos obligations

vois-tu comme il est rare

ce n'est donc pas le vendredi soir
car samedi matin
tu vas chez home depot
ni dimanche matin
car t'as une date de course

bien sûr tu aimes ce que tu fais
bien sûr tu échappes à la mort
car tu te réalises
mais tu ne te reposes jamais
jamais fuck all

le temps libre
est celui
qui arrive par accident
quand tu es malade
mercredi matin
et que tu es autorisé
à ne pas répondre
pendant que la vie fonctionne
en parallèle

c'est celui de la semaine de vacances
celle où rien n'est planifié
by the way
es-tu sûr que rien n'est planifié
zéro cadran

le temps libre est rare
je le meuble
car je veux bien en profiter
je ne veux pas le gaspiller

je suis économe
je ne gaspille pas
les ressources que je possède
je m'empresse de les utiliser
pour vivre
pour me réaliser

le temps le plus libre
est celui où je suis entre parenthèses
quand je quitte le bureau
et je marche vers le métro
où personne n'a le droit
de me joindre
je suis entre deux
ni ici ni là
un twilight zone de la vie
je suis à moi-même

vois-tu comme il est rare
le temps libre
vois-tu comme il est essentiel
de s'accorder
de nombreuses parenthèses
du temps à soi

vive les buffers de la vie
ceux qui nous régénèrent
vive le foirage royal
sans recette ni pinceau
vive la paresse occasionnelle
gaspillons écoulons

carpe the fucking diem
sans programme aucun
just relax
let it go.


samedi 5 avril 2014

la touche alpha



je suis amoureuse du désir
c'est la sensation
que je ressens le plus souvent
envers les hommes
celle qui me confirme
ma place anthropologique
dans l'univers

ce n'est plus maintenant
cette chose que j'ai plus d'une fois
confondue avec l'amour
et qui m'a fait souvent passer
pour une folle
brisant des couples
brisant mon ego

j'aime avoir les jambes qui fondent
en regardant
don draper pixellisé
pas jon hamm
mais bien don draper
le mauvais
le complexe
il y a vingt ans
au kiosque à journaux
j'ai mouillé entre les jambes
en voyant tom cruise
sur papier glacé
c'était après top gun
je ne savais pas
sa taille réelle
quelle est-elle sa taille réelle
protégez-moi
je ne veux pas savoir

j'ai désiré pkp
quelques secondes hier matin
je le regardais dans les yeux
il avait l'air trouble
et puissant
j'ai désiré harper
ses yeux de métal
je l'ai imaginé au lit
j'ai sondé son magnétisme
j'ai voulu dans mon corps
tant de bourreaux
tant d'hommes sombres
je suis molle
du mâle alpha

le désir est ancré
dans mon esprit d'abord
il n'a rien à voir avec le corps
qui ne fait que réagir
comme une bête sans tête
et la merveille
de la chose
c'est sa violence magnifique

je joue souvent avec le désir
à la limite
de la convenance
ce n'est plus dangereux
car je sais maintenant
que je n'aime que cette partie
et nullement là où elle mène

j'aime le fantasme
et j'aime qu'il le demeure
j'aime croiser
des regards
frôler des peaux
avoir les joues chaudes
le ventre chaviré
avoir les rêves charnels

je remercie les medias
de pourvoir mon univers
d'aussi pervers spécimens
je remercie la stm
de transporter
d'aussi magnifiques usagers
je remercie les designers
de dessiner d'aussi masculins
trois pièces

je veux ressentir
le désir pervers
et le corps vivant
aussi longtemps
que je sache réfléchir.


samedi 29 mars 2014

frische luft



je suis très souvent heureuse
comme le lundi soir
à mon atelier d'écriture
ou plutôt de lecture
quand je découvre
hervé bouchard
autant que réjean ducharme
et nancy huston

quand j'apprends à lire
et j'apprends à écrire
quand je lis en suivant
le défi b52 de la comète

je le disais jeudi soir
c'est fabuleux
à quarante-six ans
d'ouvrir encore
les portes du savoir

imagine si j'apprenais
la mécanique automobile
la botanique
la composition classique
le latin
le droit commercial
la fiscalité
la peinture à l'huile
la psychologie

man comme le monde est infini

et je peux le dire
en ayant appris du vin
de la cuisine
du sport
de la finance

que tu n'apprécies
chaque chose
à son plein potentiel
que lorsque tu la comprends

que tu apprécies les choses
de la vie
quand tu peux les appréhender
à travers de nombreuses
disciplines
que tu peux créer
dès que tu investis
différents horizons

ouvrons les portes
de notre esprit
explorons
apprenons
et apprécions
la grande exposition
du génie humain

si l'ignorance est le terreau
de la servitude
la connaissance devrait
être l'ouvroir de la liberté.

vendredi 21 mars 2014

la paltrowisation



j'ai lu mercredi soir
la lettre de carter
éditeur du vanity fair
me parlant
du phénomène d'amour-haine
entourant gwyneth paltrow

j'en ai rien à cirer
de gwyneth
nous ne nous connaissons pas

ce qui m'a interpellée
c'est le supposé contraste
entre la vie positive
qu'elle semble projeter
à grand coups de
lifestyle guru
curating the positive in life
et la haine qu'elle peut susciter
autour d'elle

la possibilité de défaire
l'image d'une vie parfaite
érigée en modèle d'affaires

j'ai appelé ça
la paltrowisation
ou le phénomène
si tu grattes trop le vernis
j't'haïs

je publie à peu près
tout ce que j'aime
les réflexions que je me fais

si je fais un collage
des photos que je publie
et de mes statuts virtuels
je vais avoir une très belle
robe de vie

mon entourage me dit
que ma vie est belle
et inspirante

en fait c'est du voodoo
je crée ma vie
lorsque j'écris
je me convaincs
je me parle sans arrêt
je me fais croire
autant qu'à vous
que la vie est belle
que je prends les bonnes décisions
que je réfléchis bien
que je suis heureuse

je crée le vernis
qui protège le mou
le fragile
le faillible

je me réveille des fois
en sursaut
car ma nuit a fait sortir
mes plus grandes hantises
mes fragilités non publiées
la peur de perdre l'amour
la peur de perdre le confort
la peur de perdre mes dents

je vous placarde les murs
de bouffées de bonheur
c'est en général
comme ça que je me sens
besoin de le matérialiser
en des mots des images
comme une preuve
que le bonheur existe

grattez pas trop
je risque d'être triste
ou méchante des fois
comme tout le monde

et gwyneth paltrow.


samedi 15 mars 2014

l'approbation




j'adore cette photo de moi
elle est en tout point conforme
à l'image que j'ai de moi
et celle que je souhaite projeter

la couleur et la wave parfaite
dans les cheveux
la tombée du sein gauche
pas trop dramatique
les bras pas gros
une posture droite
un cul non compromis
l'absence du visage
et des taches brunes
l'absence d'excentrisme
de mes verres fumés
ou de mes lunettes
sur la tête
le camouflage
de l'oeil gauche triangulaire
plus petit que le droit
le voilage des plis
au front

c'est une bonne image
je l'approuve

j'évolue dans la vie
comme dans un flipper
un labyrinthe de miroirs
où chaque minute m'est retournée
une image de moi

depuis la vingtaine
j'ai conscience du regard des autres

je le veux approbateur
et je reçois du feed back positif
le travail est bien fait
les notes sont bonnes
la compagnie est drôle
le sex-appeal est présent

ce feed back est la fondation
de l'estime de moi-même
il est faux de prétendre
que je n'ai pas besoin de reconnaissance
j'ai besoin de toute la reconnaissance
de la plus triviale
à la plus sincère
du compliment sur les cheveux
à la critique sur le texte
ou sur l'implication sociale

je suis une machine d'autopromotion
très bien rodée
je peux vous vendre l'idée que
je suis belle bonne
la meilleure
je suis une experte
de la séduction
j'ai plus de vingt-cinq ans de pratique
dans l'art de réussir
et tout cela
parce que j'en suis moi-même
convaincue
je suis sure de moi
de mes compétences
de mes capacités
de mes limites
et de la possibilité
d'y aller
de savoir qu'on peut
se casser la gueule
mais que ça ne nous enlaidit pas

l'estime de soi
est la fondation de l'évolution
de l'individu
sans elle
même le meilleur ne sait pas
qu'il l'est
il ne faut donc jamais hésiter
à féliciter
à encourager
à aider
à aimer les gens qui nous entourent

c'est le carburant
qui fait la différence
entre cent ans de bonheur
ou cent ans de pourriture

lorsque vous aimez
dites-le
approuvez.


samedi 8 mars 2014

sortie de scène



j'étais illuminée toute la semaine
heureuse vive ensoleillée

je voulais écrire encore
sur le bonheur clair
enjoué et distinct
de la vie sous les tropiques

puis le mot suicide
a été évoqué
et le chagrin m'a brouillée
pendant une éternité

devant la rame de métro
je me suis demandée
si les suicidés
étaient malheureux
à cause des autres
ou s'ils étaient malheureux
en dedans d'eux

je parle à travers
mon chapeau
évidemment
je ne suis ni psy
ni socio ni anthropo
je ne connais rien à la question

j'ai menacé souvent la vie
de me la couper raide
de me faire une sieste éternelle
suite à une fatigue insurmontable
heureusement
je n'avais pas la force
de fermer la porte

le suicide arrive-t-il
quand on n'y voit plus d'issue
quand le temps ne passe plus
comme une mélodie
mais comme une trame
kafkaienne
quand il n'y a plus personne
sur qui frapper
quand la source du malaise
est vague floue et innommable
que la vie n'apporte pas de réponse
qu'il n'y a plus de questions
qu'aucun dialogue n'intéresse
que le temps stalle
dans un torse gonflé de larmes
une grisaille constante
humide et froide

qu'il doit faire noir et flou
dans une âme mêlée
qui ne trouve plus pied
sur rien de solide
aucun espoir
aucune visée
aucun bonheur
qui renvoie de la vie
l'absurdité de la mort imminente
pourquoi perdre son temps
à l'égrainer
lorsqu'on peut y arriver
plus rapidement
quelle désespérance
doit habiter
l'enveloppe charnelle
des angoissés des déprimés
des évadés qui ne se groundent pas
qui ne trouvent que la tombe
comme destination qui vaille
que la vie doit être insensée
molle et puante
pour attenter ainsi à sa personne
avoir la force de tirer
couper avaler brûler
pour n'avoir plus aucune attache
pleure-t-on même avant
que la vie doit être vide
pour forcer la rage
de partir ainsi

sauvagement

quand j'y pense
j'ai le coeur en miettes
la ligne est si fine
entre bonheur et désespoir
je souhaite que le désespoir
ne dure jamais plus
d'une couple heures
salvatrices pour recouvrer
la raison et demander secours
mais assez court
pour qu'il ne me mène jamais
à concrétiser une si décisive
finitude.

samedi 1 mars 2014

oreilles de lapin



j'ai le wifi
j'ai également
un téléphone cellulaire
j'ai une clé
avec un code
qui me permet de rentrer
dans les antres des systèmes bancaires
à partir de n'importe quelle
connexion internet

j'ai un compte internet
en fait j'en ai quatre
j'ai des mots de passe
pour des comptes auprès
des plus grands distributeurs
de la planète
j'ai un réseau de contacts virtuels
me permettant de rejoindre
un million six cent
quatre-vingt-treize et trois quarts
personnes via linked in

je suis très connectée

(mettre la toune)

mais si tu vas mal
je ne le détecte pas
quant à ce qu'il advient
des gens qui m'entourent
je n'en sais rien

voilà
je manque de sensibilité
je suis asociale
j'ai trop d'empathie
pour me mêler
de la vie des gens
pour rentrer dedans
car je ne sais faire autrement
que vivre leurs peines
que souffrir leurs chagrins

depuis que j'ai appris
que mes amis se séparaient
je suis emplie d'une tristesse infinie
la vie me pèse
comme une illusion perdue
je voudrais changer la situation
je voudrais changer le monde
je voudrais le bonheur omniprésent

j'ai fait ça toute ma jeunesse
être dans la vie des gens
écouter échanger converser
ça fait si tant souffrir
et vouloir aider
comme il y en a de la souffrance
partout quand tu t'y mets

égoïstement je préfère ne pas savoir

mon esprit a développé
des mécanismes
pour éviter de savoir
je me retire
quand c'est le temps des potins
je m'esquive me sauve m'enfuis
je ne suis pas là
je te pense heureux
tu ris je ris
tu souris je souris
quand je te vois pleurer
mon coeur saigne

voilà
tu sais tout de moi
mais ne me raconte pas

je ne veux pas
jamais me réveiller
au triste jour

je me shield
derrière mon bouclier virtuel
sans microbe sentimental
dans un éden superficiel
de bonheur constant
sans drogue aucune
que l'illusion candide
d'un firmament heureux.

samedi 22 février 2014

une petite vite



elle accouche en beuglant
du premier
elle accouche comme une chatte
du deuxième
sans épidurale
en déchirant une seule fois

elle fait du lait de soya maison
elle fait des purées maison
elle lave les couches de coton
elle allaite les nourrissons

elle confie les petits
à la garderie
en poussette parapluie
et en snooglie
en attendant l'autobus
dans hochelaga

et rejoint le travail
ils ont trois mois

elle gagne leur vie
et apprend à travailler

elle ne sait pas faire à manger
elle pleure et veut le tromper
elle se sent flouée
elle le quitte

elle conduit une voiture usagée
avec la carrosserie rouillée

elle ne sait pas nager
ni faire du kayak ni courir
ni rouler à bicyclette
elle ne sait même plus dessiner

des fois elle pleure
elle sort et boit
elle veut s'amuser
elle n'a pas d'argent
il veut une pension
elle doit faire faillite
elle pleure souvent
avec le menton tremblant

elle sort encore et boit toujours
elle le rencontre là
elle forme un couple
elle s'amuse
elle le trouve trop parfait
elle veut mourir
avec une corde au plafond

il la quitte
elle pleure beaucoup
elle s'amuse
elle voit des hommes
elle rêve de liberté
elle s'endette
elle travaille encore plus

elle le rencontre
elle partage sa vie
elle finit ses études
elle quitte son emploi
après deux décennies
sans plan de carrière
pour recommencer à zéro
comme une impulsion

elle recommence
elle trouve ça dur
elle n'est pas bonne
c'est difficile
elle veut prendre la route
pour ne plus revenir

elle change
elle recommence
elle aime ça
elle a une carrière
elle a les pieds sur terre

elle rêve d'amour
elle se réveille
elle a l'amour

elle reprend et retermine ses études
elle est fatiguée
elle court
elle jogge et elle performe
elle regarde autour d'elle
ce trop plein d'énergie
toute cette vie qui continue
elle pleure encore
elle aime la vie
elle écoute les symphonies

comme toutes les autres
cette femme traverse
l'univers
à la vitesse de l'étoile filante
elle ne laissera aucune trace

rien que de l'énergie qui brûle.

samedi 15 février 2014

cocufier - avoir ou être



lorsque j'étais célibataire
je fréquentais plusieurs garçons
dont certains étaient
des hommes liés
ce n'était pas de mes affaires
c'était à eux de gérer

hier à l'occasion
de la st-valentin
nous avons parlé
de la fidélité
il a bien fallu pour moi
être accompagnée
de trois autres femmes
pour en jaser
devant l'homme-chat
avec qui je ne parle pas
de ces choses-là

il a donc appris
que je le tuerais
de mes propres mains
si j'apprenais
qu'il me trompait
que je le garocherais dehors
du char en route
sur l'autoroute
au risque de frapper
une auto à contresens

mais que si c'était juste
un french
d'une collègue de bureau
au party de nowell
je le lui pardonnerais
il a pris quelques notes

on a aussi parlé
des relations extra maritales
des personnalités publiques
obama hollande woods clinton
et délibéré à savoir
si cela était pertinent
d'en jaser sur la place publique

est-ce que ce qui se passe au lit
affecte la capacité à gérer
à gouverner à performer

il semble évident que
cela relève de la sphère privée

moi étrangement
je tends à les aimer davantage
ces hommes sexuels
comme une espèce
de syndrome de stockholm
mal placé

et si c'était eux
les cocufiés
par
michelle valérie erin hillary

en parlerait-on autant
est-ce que cela affecterait
leur capacité à gérer
à gouverner à performer

ou est-ce que cela
resterait du domaine privé

moi je dis
vivons ouvertement
sinon entretenons
l'illusion

dès lors qu'on doive prouver
que l'on règne et performe
l'ego
c'est plus fort que l'amour
et certainement plus fort que le cul.