samedi 20 mai 2017

désir collectif


lucie, sa tuque vcmdlm, et son sourire,
malgré la situation alarmante
d'une inondation de sa maison à oka

en mars deux mil huit
il y avait une tempête de neige
et les voisins de la rue de normanville
s'aidaient les uns les autres
pour déblayer et déprendre leurs autos respectives
des fabuleux bancs de neige
j'avais écrit un billet à ce moment
qui parlait de solidarité

du cinq au quinze mai deux mil dix-sept
notre chumette lucie et son amoureux rené
ont tenté de se défendre de mère nature
qui a largué de l'eau en grande quantité
et fait monter le niveau du lac des deux-montagnes
au-dessus du solage de leur maison
comme de nombreux résidents riverains
ils se sont battus jours et nuits
pour ne pas abandonner leur maison
à une imminente et désastreuse inondation

lucie a rapidement appelé à l'aide
et de façon très pragmatique
donné toutes les instructions claires
pour que ceux qui pouvaient aller les aider
se sentent le plus utiles possible
elle n'émettait aucune plainte
ne demandait aucune charité
voici ce qui en est
si tu veux on a besoin de toi
elle a publié sur les réseaux sociaux
des informations pertinentes décrivant l'état des lieux
et à tout moment on pouvait savoir quand
et comment se joindre à leurs efforts

on sentait que la situation était dramatique et éreintante
mais que son espoir et sa force
luttaient contre l'abattement
et après dix longues journées
alors que le niveau d'eau baissait
ainsi que le danger d'inondation
une des premières choses que lucie a faite
fut de remercier tout le monde
et publier de nombreuses photos
de tous ceux qui les ont aidés
ont passé des nuits blanches
avec des prénoms et des visages
des fonctions et des provenances
bref elle a exprimé sa grande gratitude

lucie a même mentionné
qu'elle avait le sourire aux lèvres
en repensant à tous ces efforts déployés
et c'est ça qui m'a rappelé
ce grand sentiment du coup de foudre collectif
que l'on ressent
lorsqu'on fait ensemble des choses utiles et significatives

je lis justement actuellement
l'essai de catherine dorion
intitulé les luttes fécondes
où elle parle de ce désir si fort
existant au début d'une relation amoureuse
ainsi que lorsqu'on s'engage dans la lutte citoyenne
et qui s'éteint progressivement
alors que l'organisation s'installe et se sclérose

quand je pense à lucie
je pense aux amis avec qui j'ai des liens très spéciaux
ceux que je vois rarement
mais avec qui j'ai fait des choses spéciales
par exemple les coureurs
du vingt-quatre heures de tremblant
que je n'ai côtoyés que l'espace d'une nuit
avec qui j'ai souffert du même effort
ou ceux avec qui j'ai participé à la corvée
pour monter la rallonge de la maison chez jacques
dans cette belle campagne ensoleillée
il n'y avait rien
puis en fin de journée
les murs étaient montés
ces gens avec qui j'ai réalisé un projet commun
avec qui j'ai intensément vécu
mes souvenirs d'eux se limitent à ces moments-là
ils ne se diluent pas dans le quotidien
dans la déception ou les chichis
ils restent ancrés dans ces moments de lumière
toujours incandescents

je pense que réside là
l'attrait de l'action collective
ce besoin de faire ensemble
quelque chose d'inouï
je suis du genre
à vouloir faire collectivement
pour pouvoir partager l'effort et la réussite
faire dans l'ombre est bien entendu valable
mais beaucoup plus difficile
il ne tient qu'à la force intrinsèque
alors que le mouvement collectif soulève
déploie et décuple la motivation

pensons au printemps érable
ce fabuleux mouvement
qui a fait descendre des milliers en liesse
dans les rues du québec

il est impossible d'encapsuler cette énergie

et même si elles sont momentanées
ces étincelles de groupe
nous font vibrer
les organismes caritatifs l'ont bien compris
et exploitent chez nous ce désir de faire grand
et nous les faisons tous ces beaux défis
le scotia le grand défi pierre lavoie
les constructions d'école pour habitat pour l'humanité
et tutti quanti
ils réussissent à nous faire vivre cette expérience
à satisfaire notre besoin de réalisation
à allumer notre soif de passion
notre envie de nous donner à fond

bravo encore à la belle lucie
pour avoir alimenté la flamme
et été une guerrière noble
une capitaine rassembleuse
et pleine de gratitude

de loin tu m'as fait vivre de beaux moments
et transformé un drame en quasi conte de fées.

les remerciements et photos de lucie ici
avant la deuxième partie de la corvée
de ménage de poches de sable
le lien vers les luttes fécondes ici.

samedi 13 mai 2017

#lesgens


(revisiter zola)

j'haguis les gens qui
pis ceux qui
et encore ceux-là

je me souviens il y a quelques mois
sinon il y a un an ou deux
que crispi avait publié la photo d'une dame connue
qui disait n'avoir plus de patience ni de tolérance
pour certaines personnes
je pense qu'il s'agissait de meryl streep

il y a en effet des gens
qui me tapent sur les nerfs
enfin pas des personnes telles quelles
mais lorsqu'elles disent ça ou encore ça
ou lorsqu'elles se comportent de certaines manières

tu sais
avoir des mauvaises habitudes
être négative
chiâler
rire des autres
vouloir avoir raison
être dogmatique et fermée
ne pas prendre le temps d'analyser
ne pas se mettre à la place des autres
avoir des préjugés
faire une mauvaise blague
avoir la chienne
dire non
dire oui puis dire non
s'excuser sans le penser
se trouver des excuses
être paresseuse
être trop enthousiaste
être désorganisée
être dépassée
être fataliste
être pessimiste
envier les autres
être au-dessus de tout cela
mettre tout sur le compte de la ménopause
blâmer tout et rien
en vouloir à la température
en vouloir à l'hypothèque
vouloir tout contrôler
ne rien réaliser
se plaindre de la solitude
dire oui mais

ça ces trucs-là
ça me lève la peau
ça me fait fuir à toute vitesse

quand j'y pense avec recul
je sais bien que c'est parce que
je me vois toujours un peu là-dedans
ce sont toutes des faiblesses que j'ai
et qui risquent de m'envahir insidieusement
si je ne porte pas attention quotidiennement
si je ne suis pas vigilante
si je lâche la garde
de vouloir être gentille et ouverte
et on n'a pas toujours l'énergie de devenir meilleure
mais c'est pourtant ce qu'on doit faire
du moins en société

parce que sincèrement
quand je vois ces trucs chez les autres
j'ai peur de devenir ça

une vieille crisse aigrie.

samedi 6 mai 2017

transformation mentale



hier matin je suis retournée me coucher
après un réveil matinal
pour me relever quelques heures plus tard
dans une humeur totalement paresseuse
avant de sortir du lit
je furetais sur les réseaux sociaux
et me suis attardée à comprendre
le changement qu'avait entrepris
une de mes connaissances sur facebook

depuis décembre
elle semble travailler sur une transformation physique
qui allie un régime alimentaire spécial
à un entraînement physique intense
après cinq mois
sa silhouette a complètement changé
elle a possiblement perdu du poids
et musclé certaines parties de son corps
à la fin du mois elle portera des talons hauts
se fera bronzer la peau
et participera à un concours de fitness
je ne sais pas ce que cela implique
je ne connais rien là-dedans

ce qui m'interpelle
c'est cette transformation
ce total makeover
qui est possible en si peu de temps
perdre du poids
redevenir cut

vous avez l'impression
que je suis obsédée par mon poids ces temps-ci
et vous avez un peu raison

mais en fait le poids n'est que le déclencheur
je suis occupée à ravoir une silhouette saine

le cent quarante livres sur la balance
dans le vestaire des filles au centre sportif de l'uqam
dépassait de loin ma conception de moi-même
m'a fait prendre conscience de mon corps
et m'a dit
fille tu t'es laissée aller
bien sûr il y a l'âge et les hormones
mais non c'est trop facile
heu
je n'ai jamais jamais jamais pesé cent quarante livres
même pas cent trente à ma connaissance
voyons-donc
pis je le sais ben trop que je ne me sens pas bien
dans aucun pantalon ni aucune brassière
ce n'est pas vrai que je vais commencer
à avoir un ventre plus gros que mes seins
parce que je suis à la veille d'avoir cinquante ans
et à soixante j'aurai l'air de quoi
et à soixante-dix
et à cent quatre
non mais ça va faire

je ne fais que revoir un peu mon alimentation
comprendre ce que je peux changer
pour être en meilleure santé
pas être mince
pas mourir de faim
pas devenir une femme que je ne suis pas
pimbeche ou anorexique
juste en meilleure santé
plus légère du dedans
et plus délicate à la course
parce que mon poids
il faut que je le déplace
et c'est franchement lourd vingt livres de trop

outre mon alimentation
le défi est d'intensifier mes entraînements physiques
pas de faire de l'activité physique
ça je n'y manque pas
mais de la faire rigoureusement

lorsque je regardais les transformations
de nombreuses personnes hier matin
leurs témoignages parlaient de total engagement
et maintes fois je lisais
que les femmes ou hommes ayant pris cet engagement
trouvaient que le résultat attendu valait mille fois
le mal et la souffrance que l'entraînement leur occasionnait
cette gêne de sortir de leur zone de confort
de changer leurs habitudes de vie
et de forcer autant physiquement

je peux totalement compatir
c'est dur pour moi l'effort physique

ce matin si cela a lieu malgré la pluie
je vais aller à mon entraînement
malgré que ce soit dur et que je n'aime pas forcer
courir plus vite que mes capacités
faire des burpees et des exercices abdominaux
je déteste cela
mais je vais essayer de garder en tête
ce nouvel objectif qui me tient à coeur
et me rappeler que si j'y mets l'effort
je pourrai peut-être l'atteindre

le changement
c'est d'abord dans la tête que ça se passe
et quand l'objectif est réaliste
et que la tête travaille en harmonie avec le corps
je peux progresser.

samedi 29 avril 2017

le progrès



cette semaine
il y a eu cet excellent papier de geneviève
relatant la volonté de s'améliorer
elle y parlait du prodigieux michel
et de ses progrès à la course à pied

j'ai adoré
parce que c'est toujours impressionnant
de lire que les gens se dépassent
et aussi parce qu'avouons-le
michel n'est pas qu'un homme qui se dépasse
à la course à pied
c'est un être humain d'une énorme générosité
et d'une grande humilité

des fois quand on lit un papier comme ça
on pense à la culture de la performance
et on se dit
oui mais
de un
ce n'est pas donné à tous
de deux
on n'est pas obligé de performer dans la vie

de un
d'accord
il y a des handicapés physiques
des déficients mentaux
et des gens avec pleins de contraintes
de deux
on pense trop souvent à la performance
comme du dépassement dans des sphères
très précises
comme la carrière ou le sport
des choses qui se voient et dont on parle dans les journaux

or ce dont il est question dans le papier de geneviève
c'est simplement de la volonté de faire mieux
michel court de mieux en mieux
et de plus en plus rapidement
parce qu'il aime courir
et décide d'y investir le temps et le coeur
d'autres aiment faire des mots croisés
jouer au badminton
faire des gâteaux ou enseigner
tous veulent s'améliorer
sans qu'on ait à y dénoncer
la culture de la performance

j'ai commencé à faire des sudoku
il y a quelques semaines
parce que la prof de mon cours de compta financière avancée
avait mentionné un lien avec ce genre de problèmes
j'avais déjà essayé avant et n'avais jamais réussi
ne sachant pas la logique et la perspective à aborder
depuis quelques temps j'en ai réussi quelques-uns
et chaque fois je me dis
qu'avant je ne savais pas faire ça
et maintenant je sais

j'apprends l'italien aussi
avant je ne savais pas parler italien
maintenant je sais

et comme toute personne normale
j'ai aussi des déficiences
pleins si vous me demandez
mais on les voit moins
mais ce que je fais j'aimerais faire mieux la prochaine fois
parce que j'en suis capable

pas parce que je veux être wonderwoman
pas parce que je suis meilleure que les autres
je ne veux pas être performante
d'ailleurs il faudra aborder ce thème
qui est trop souvent péjoratif
mais ce sera pour une autre fois

je veux juste être meilleure
meilleure à cinquante ans qu'à vingt
meilleure à ma mort qu'à ma naissance
pour le progrès.

sinon quoi?

lisez le papier de geneviève.

samedi 22 avril 2017

chouchous



ils sont seize
à m'avoir fait confiance
à avoir demandé mon aide
à m'avoir confié leurs plus précieuses informations
à m'avoir écrit parlé lue écoutée
dont j'ai écrit le nom
calculé les revenus les dépenses les crédits
découvert les occupations les habitudes financières
pour qui j'ai créé des dossiers
que je tiens au chaud dans mon classeur verrouillé
et que je chéris comme la prunelle de mes yeux

ce sont mes nouveaux chouchous
ce sont mes clients

seize individus de tous âges
de toutes professions
et de toutes conditions
qui me font découvrir seize univers

il y a presqu'un an
yann m'avait dit que j'aurais du succès comme pigiste
car je savais faire tant de choses
je n'en espérais pas tant
mais je retiens souvent sa phrase
depuis la dernière année
elle me donne confiance lorsqu'il m'arrive de douter

je vous écrirai un jour un autre billet
sur l'indépendance financière
que beaucoup pensent que j'ai
et qui me permettrait de vivre mes passions
d'avoir fait le saut entre un emploi rémunéré
et les études à financer
ainsi qu'un travail autonome
je vous parlerai alors de l'indépendance
que j'ai acquise face aux choses financières
plutôt que de la possibilité d'arrêter
de générer des revenus
ce qui est totalement l'opposé de ma situation

mais elle est importante
cette indépendance
elle modèle mon esprit

car en fait des clients je n'en cherchais pas si tôt
alors que j'étais et suis encore dédiée
à la raison pour laquelle
j'ai laissé mon travail à temps plein
c'est-à-dire les études sept jours sur sept
je suis concentrée à me rapprocher de jour en jour
d'un titre professionnel que je trime dur à obtenir
d'ici deux ou trois ans
comme je l'ai dit à des amis jeudi
cette fois-ci j'aimerais bien ne pas mourir
avant de l'avoir obtenu

donc
cette indépendance
qui ne criait pas
je veux des clients
j'ai besoin d'un job
je veux des sous
elle me permet de rester cool

alors ils sont venus
un à un
parce que je n'étais pas pressée
parce que je savais ce que je faisais
et que j'avais le loisir de le faire ou de le refuser
je savais que si j'accueillais de nouveaux mandats
en février mars et avril
cela bousculerait ma session universitaire
qui se termine avec des examens
en même temps que la saison fiscale

alors j'ai mis mes limites
j'ai dit
voici ce que je sais et peux faire
et voici ce que je ne peux pas faire
avant le premier mai
et ils ont tous embarqué

et je les aime
j'ai été chanceuse
ils sont tous extras
je n'ai pas attiré de morons de malfrats de malhonnêtes
de névrosés de psychopathes de dramatiques

rien que des gens formidables

j'ai donc commencé à avoir des clients

j'ai appris en février mars et avril
qu'on ne peut développer une entreprise
que lorsqu'on croise le besoin d'un client
on ne peut pas créer une entreprise
on ne peut pas avoir cette vision mythique
si elle ne croise aucun besoin
tout reste théorique
tant qu'on n'a pas un service concret à offrir

c'est en lançant cette idée de faire les impôts
dans le bon timing
que les clients ont choisi de me faire confiance
ont décidé de changer de comptable
tu y penses
ils ont changé de comptable pour moi
en ne me connaissant pas
c'est fort une réputation
il y en a même qui ont décidé de me payer
pour faire quelque chose qu'ils faisaient eux-mêmes
et sans le vouloir
j'ai commencé de nouvelles et formidables relations
et j'ai même rentabilisé ma license de logiciel d'impôt
je me suis instruite encore davantage
alors que je n'en demandais pas tant

et oui cher ami yann
je vais avoir du succès
parce que je vais continuer à bien faire
ce que je sais faire
et surtout écouter mon coeur et mes capacités
à trimer à mon rythme
à vouloir être là
investir
bien servir
travailler avec des gens intéressants
qui triment aussi dur que moi
des clients responsables
qui payent et qui comprennent

vois-tu
je suis en lune de miel
je ne pensais pas que cela m'arriverait encore

i fully heart.


MERCI À TOUS POUR VOS COUPS DE POUCE LES BABES!!! XXX

samedi 15 avril 2017

last call



s'il y a une chose qui me rend
bête et méchante
c'est les losers

je sais
j'ai promis un certain jeudi
que j'essaierais de moins dénigrer
parce qu'au fond je ne peux pas juger des gens
qui suis-je
que sais-je d'eux

mais bon
quand il y en a vraiment trop au pied carré
je peux juste hurler ark
gang de losers

je sais
tu veux me tirer des roches
je suis une femme hautaine
tu ne me pensais pas comme ça
mais non
je suis une femme heureuse
je me tiens loin de l'échec
de la honte
de la mièvrerie

j'évolue parmi des gens positifs et équilibrés
qui font des choses
qui regardent et entendent autour d'eux
qui se lèvent le matin
qui ont des projets
des gens d'action
qui profitent de la vie

pas des gens qui se retrouvent
dans des bars miteux
tous les samedis depuis quarante ans
et qui écoutent de la bonne musique
seulement si on l'entend une fois par an
mais pas tous les samedis
alors que le deejay a le même âge qu'eux
pour leur rappeler le bon vieux temps
tu sais en mil neuf cent quatre-vingt-cinq

non la vie continue
et il faut continuer avec

pas écouter marjo milène farmer
pis niagara en boucles
pour oublier
qu'ils sont encore là
à consommer
à fuir la vie et chercher les chimères
qu'ils ont d'ailleurs déjà abandonnées
édentés d'avoir mal vécu
et sans dessein autre que de tenir une baguette de pool
et s'ils avaient pu
ils auraient la cigarette entre l'index et le majeur
dont la cendre tombe sur le tapis de billard
parce qu'ils la tiennent en même temps que la baguette
ceux-là même qui n'ont aucune conversation
ceux qui te font baisser la tête
lorsqu'ils te passent devant parce qu'ils sont tellement pleutres
parce qu'ils n'ont pas changé d'un iota
depuis deux mil huit
ceux qui portent des souliers laids et usés
et dont les visages n'ont aucun relief
les losers
tu sens mon dédain
et tu me hais d'être vile

on a récemment reparlé
d'une des plus ancienne performance
de marina abramovic datant des années soixante-dix
où elle se tenait debout pendant des heures
pendant que les spectateurs pouvaient disposer de son corps
comme ils l'entendaient
ayant à leur disposition différents objets

après un certain temps
les gens sont devenus cruels et humiliants
la blessant physiquement autant que psychologiquement
par la suite elle a marché parmi eux
et peu d'entre eux pouvaient la regarder dans les yeux
ayant honte de ce qu'ils avaient fait

je ne veux pas voir les losers
savoir que si j'étais parmi eux
je m'abaisserais à leur niveau
ça me rend méchante cruelle et inhumaine
je ne veux pas penser que si je me tenais là
je deviendrais comme eux
ils voudraient me séduire
et je n'aurais plus la force de fuir

hier nous parlions des gens malheureux
ceux qui commettent des délits honteux
parce qu'ils ont besoin d'amour
parce qu'ils veulent de l'attention
l'homme-chat en sage vénérable
disait que nous étions tous un peu comme ça
que nous l'exprimions chacun à notre façon
ce grand besoin d'amour
alors je te le dis
mieux vaut le crier haut et fort
créer des choses belles et douces
te trancher les veines sur une scène
faire de la poésie du punk militer
que de marcher la tête entre les jambes
tellement insignifiant
que tu te lèches les couilles

ne sois jamais
au grand jamais
un crisse de loser
un estique de nul
sois unique heureux malheureux
en quête de
mais sois fier
lève-toi

ressucite bonyienne
c'est pâques simonac!


samedi 8 avril 2017

écrire l'autre



le salon du livre de québec bat son plein
avant ça il y a eu des lancements
des auteurs et auteures parmi mes amis
beaucoup d'auteurs
pleins de coureurs
comme si l'un allait avec l'autre

le salon du livre du québec
ouvre également la saison de course
celle où tous à part les vikings de l'hiver
sortiront dans leurs tits kits serrés

depuis murakami
l'auteur est coureur
d'ailleurs les auteurs ne sont pas que des coureurs
ils sont des coureurs de fond
des endurants
ça prend la même discipline
est-ce complémentaire ou renforçant
je n'en sais rien

je ne possède pas la discipline
du coureur de fond
fournir un effort continu
pendant de longues heures
m'a toujours été difficile
je ne possède pas non plus
l'art d'être auteur

je parle d'écriture ce matin
car lorsque je lis tant de fabuleux romans
je me demande encore
si un jour j'en serai capable

j'ai beaucoup envie d'écrire
et je me dis tout le temps que ce sera facile
le jour où je m'y mettrai
puis quand je commence à penser à un début de
je suis à la même place
que lorsque j'ai débuté mon bac' en compta
avec tout à apprendre
à ne rien savoir

ça m'a flashé ce matin
je ne sais pas faire la fiction
je n'écris pas sur les autres
peut-être devrais-je commencer à le faire
cela me permettrait d'utiliser
le je moins souvent
et de voir évoluer des personnages

je ne sais écrire que mon journal intime
je ne sais que io i je uo

peut-être devrais-je m'astreindre à mieux courir
en réfléchissant à écrire

encore
encore travailler
j'avais cette idée romancée de l'écriture
celle du talent inné
celle de liz gilbert disant
que l'histoire passe par l'auteur
mais trouvera sa voie pour s'exprimer
et qu'il faille juste être assez sensible
pour trouver le fil

j'aimerais me faire hypnotiser
trouver le début de la bobine
le mot
elle
lui
un jour
ici
là-bas

bref tu comprends
je vais aller faire quelques devoirs
me calmer le pompon
et courir pour la fondation pour l'alphabétisation

chacun sa place dans l'univers.


samedi 1 avril 2017

entrevue



le week-end dernier je lui ai demandé
s'il pensait qu'untel était amoureux d'unetelle
ou s'ils ne faisaient que former un couple
une cellule fonctionnelle

il a trouvé ça étrange comme question
il n'avait jamais pensé à l'absence d'amour
il m'a dit qu'il pensait qu'il l'aimait
j'ai voulu me rassurer en lui demandant s'il m'aimait
il m'a répondu oui

mardi j'ai eu peur qu'il me quitte
je crois que cela ne me soit arrivé
que deux fois en seize ans
c'est trop peu

c'est angoissant quand ça arrive

j'ai eu ce guts feeling au nord de mes entrailles
toute la journée enfermée dans une tour du centre-ville
je le sentais
je ne voulais pas lui écrire
il était occupé
c'était sa fête
il avait tant besoin de liberté

hormis son anniversaire
il n'y avait rien de spécial
pas d'escarmouche
pas de malentendu
rien qui puisse mettre
un iota de nuage dans notre vie idéale

juste cette impression
qu'il voulait partir

en sortant du boulot pour aller
à notre date où il ne savait pas s'il serait présent
à cause de l'heure inconnue de son rendez-vous
avec un enième contracteur pour nos sheds
je me suis transportée cinq minutes
dans son âme et son coeur
de jeune garçon
et me suis vu fuir cette vie
cette vie calme et rangée
où tout va si vite
où l'on doit exécuter des gestes
pour ne pas lâcher
où l'on a des projets
et où l'on se repose
cette vie qui exténue
mais où l'on donne tant
parce que c'est le temps de donner
cette vie où l'on s'imagine déjà dans le futur
à south beach ou à la campagne
avec des acres de bois
du feu partout des chiens et des chats
cette vie faite de travaux
de gâteaux de vaisselle de bouffe
de vidanges à sortir
de locataires à gérer
de devoirs à faire
de voyage à booker

cette vie

s'enfuir

quitter

notre cellule fonctionnelle

j'ai eu un haut le coeur dans le métro
qui m'a humecté les yeux
en enflammant mes joues au passage
j'avais une mini peine d'amour
j'avais la chienne
j'avais une peine d'ego

s'il partait
ce serait ma faillite
mais je savais aussi que non
s'il partait
ce serait parce qu'il veut autre chose
une autre vie

et je me suis demandé
comment je pouvais l'aimer autrement
que de la façon dont je l'aime depuis seize ans
il y a pourtant tant d'amour
d'affection de respect de sollicitude entre nous
il y a de la tendresse et du bien-être
il y a du confort du rire
de la grande amitié
il y a de la passion à nos heures
c'est mon meilleur ami
c'est mon complice

comment donc l'aimer autrement

il n'est pas parti
il est venu au rendez-vous
la vie a repris son cours

comment ferais-je donc
pour que parmi toutes
il me choisisse encore
il me faut passer cette entrevue
et la passer encore
chaque jour comprendre entendre
séduire aimer émerveiller

avoir peur de perdre.

samedi 25 mars 2017

fugacité



ma vie est un embranchement
un réveil ignorant
fruit du seul hasard
fonçant vers la mort
en ne sachant pas plus
où mène l'autre route

ma vie n'est pas bataille
elle est une suite de gestes
des rituels insensés
qui escamotent la beauté

ma vie est aveugle
elle a si peu de temps
pour attraper l'essence
les effluves organiques
l'héritage
la civilisation
la science
la technologie
la littérature
l'art
l'architecture
et la mathématique

ma vie ne sait pas où aller
elle sait seulement avancer
avec des indications abstraites
une voix qui lui parle
d'abysalles entrailles

ma vie ne sait rien des autres
elle est un peu superflue
elle ne se lie ni aux fleurs
ni aux parfums de celles-ci
quand par hasard elle s'arrête
pour contempler ses semblables
ma vie sourit mais sans savoir

elle n'a pas d'existence
elle est diaphane
elle va disparaître
sans grand souci ni dégât

ma vie passe
elle est sans conséquence
rien ne sert donc de l'alourdir
avec de graves importances.


samedi 18 mars 2017

la ferme



je me demande ce qu'être fermé le samedi
a en commun avec la ferme
d'ailleurs il n'y a pas de lion à la ferme
il faudrait que je fouille dans antidote
ou wikipedia y a-t-il encore un larousse
je veux dire en ligne tu sais
qui m'expliquerait l'étymologie
du verbe fermer

il n'était pas question de fermer ce matin
sous prétexte de me lever tard
ou de manquer de choses à dire

j'ai une certaine fierté à tenir ce blogue
et à y pointer régulièrement
comme à la ferme où tout est orchestré
comme un ballet russe
malgré les aléas de la nature
mais réglé quand même au quart de tour
à la technique pomodoro

donc pas question de fermer ce matin
loin d'être une obligation une cassure
le fait de coucher dans l'univers une centaine de mots
pendant une heure le matin
est plutôt une hygiène de vie
une façon de tisser des liens
là où on n'en verrait pas normalement
le fait de tracer un sentier
dans le champ allant de l'étable à l'écurie
juste du fait d'avoir mis le pied
dans une mare bouetteuse

il faut y être
just show up qu'ils disent
ensuite on verra

il y a toujours au hasard de l'action
un embranchement
comme les très beaux de pierre-léon
ceux qui nous sont encore inconnus
une chatte qui accouche dans l'étable
des oeufs chaudement pondus
ou de la sève qui coule

la ferme
non
on ne la ferme pas
pourquoi donc
plutôt que d'être béant à la vie
à la nouveauté et aux pensées modernes
qui ne sont pas nécessairement enrichissantes
mais toujours symptomatiques
de l'air du temps
lécher son index et le lever
sentir le zeitgeist
puis le tremper dans la crème

j'ai essayé d'être ouverte hier soir
et d'apprendre les nouveaux mots
que les convives prononçaient
lorsqu'ils m'expliquaient l'existence
de groupes auxquels appartenaient
des gens qui prenaient des positions plutôt radicales
mais je ne me souviens même pas des termes utilisés
j'étais un peu fascinée mais plutôt fatiguée
j'ai décidé que je m'y fermais
et qu'il n'y avait là pour moi aucun intérêt
rien qui vaille de mon temps chronométré
ni même errant
rien qui puisse me faire évoluer
pour les cinquante années qu'il me reste à pointer
du coup je me suis sentie vieille
comme quelqu'un qui s'était fermé
et qui à défaut de savoir ce qui se passait
s'était retranché dans ses convictions
et qui serait rapidement dépassé

je me suis dit que ces phénomènes
étaient marginaux et si spécifiques
qu'ils ne valaient pas la peine
qu'on ne peut pas tout savoir
mais voilà le hasard ne les a pas mis sur ma route pour rien
il faudra que j'en comprenne un peu plus
des gens vont naître et vont mourir
et pas juste naturellement
il y a beaucoup de haine ces temps-ci
on disait que les réseaux sociaux la nourrit bien

la vie suit son cours
mais prend des fois des chemins un peu sombres
dans l'univers des humains
elle leur fait dire des choses cruelles
penser des aberrations qui divisent plutôt qu'unissent
il faut savoir que ça existe
comprendre même superficiellement
ne pas rester fermé à ces réalités
mais pas que

il faut aussi continuer à vivre
en restant connecté
avec le plus profond de soi
ce qui est biologique
et spirituel
pas ésotérique
mais spirituel dans l'essence de nos vies

au moins les moutons les brebis les cochons
et autres trucs qui groinent
les plumés qui piaillent
ils ne racontent pas la haine
ce n'est pas à eux que l'on crierait
la ferme!