samedi 23 juillet 2016

creo creas creat



la créativité
implique la matérialisation

la créativité dont je rêve
est celle qui fait naître des choses
qui donne la vie

après des études en beaux-arts
au cégep et à l'université
j'ai travaillé presque exclusivement
en financement pendant près de trente ans

on m'a souvent demandé pendant tout ce temps
où était passé mon côté artistique
ma créativité
et je répondais que je ne sentais pas en manquer
je sentais que je créais même dans un monde sans art
je trouvais des solutions à des problèmes
je créais
réellement
je contribuais
en finançant des entreprises
des projets voyaient le jour
créaient des emplois
devenaient des environnements de vie
de production

il y a dix ans j'ai quitté la finance
car je voulais me rapprocher de la créativité
je voulais travailler au cirque du soleil
ou dans une école de danse ou dans une galerie d'art

j'ai travaillé en marketing
j'ai créé
pas des pubs ni des belles choses
je n'étais ni rédactrice ni directrice artistique
mais je créais par ma disponibilité
à penser autrement
je fabriquais de l'apprentissage
je grandissais

je suis revenue aux chiffres que j'aime tant
car ils s'additionnent dans un monde que je comprends
je les vois réellement sur mon chiffrier
ils clignotent ils vivent ils dansent
ils balancent
je les agrémente de vision et de stratégie
et ils deviennent des réalités futures
des perspectives de croissance

mais il me manque encore dans mon emploi du temps
cette tangibilité cette sensualité cette satisfaction
de créer de fabriquer
de mettre la main à la pâte
de réaliser des choses

depuis treize ans je rénove
je fabrique des murs des planchers
des lavabos des cuisines des tables
je tricote des pulls
j'écris des textes
ça répond très bien au besoin de créer
ça laisse quelques legs tangibles

dans le cadre d'un cours d'initiation à la créativité
débutant mon certificat
en création littéraire
entamé mais non achevé
je me suis réinventée
comme une fille qui vainc ses peurs
et apprend à faire du skateboard
à quarante-cinq ans
j'ai créé glamoroll
elle tarde toujours à se matérialiser
je n'ai pas encore dompté mon skate
il me faudra passer à l'action
dépasser le stade de la conception si confortable
dans lequel je ne prends aucun risque

je veux pourtant créer
faire pousser les tomates
donner la vie à des projets
à des choses à des cabanes
à des gâteaux à la terre
j'ai envie de voir naître des chats
j'ai envie de changer les choses

je suis impressionnée par les jeunes
ceux qui créent sans contraintes mentales
en abattant les cloisons et les paradigmes
dans le grand champ des possibles
comme les fondateurs et l'équipe
de pépinière et co qui créent des espaces dans notre ville
avec peu de moyens et peu de temps
ils matérialisent rapidement
ils sortent efficacement
du stade du rêve et de l'idéalisme

j'ai envie de matérialiser
de jouer une oeuvre pour la première fois
de la voir naître
de me réinventer une fois de plus
de façon concrète
de faire

creare
mettre au monde
être en contact avec la vie
pour vivre mieux.

samedi 16 juillet 2016

brain dates



cette semaine je voulais justement faire la conversation
moi qui ai toujours haï cela
moi qui ai fui les partys de filles
car j'abhorre les confidences
je les déteste car je n'aime pas l'apitoiement
propre à certaines situations
la complaisance dans le malheur
le bitchage et la ligue des unes contre les autres
je n'y portais aucun intérêt

et puis aussi il faut l'avouer
j'avais peur de m'écouter parler
je n'avais aucun intérêt pour la vie des autres
j'étais trop intéressée par la mienne

j'ai donc gardé les échanges à un autre niveau
et ai trouvé du sens autrement
ça n'excluait pas pour autant l'amitié
mais ça excluait la confidence
tout le monde sait
que je ne suis pas une confidente
j'esquive toujours le small talk
et les affaires personnelles

cela se manifeste aussi dans mes contacts d'affaires
toujours un peu maladroits avec les femmes
et beaucoup plus simples avec les hommes
je rentre dans le vif du sujet rapidement
en oubliant même de saluer
évidemment et je l'ai répété souvent
un cocktail comptant pleins d'inconnus
venus ramasser des leads d'affaires
me rebute au plus haut point
quoi dire
quoi entendre

mais qu'est-ce que j'aime écouter pourtant
j'étudie et j'adore les classes
j'adore que l'on m'apprenne des choses
je chéris les moments où j'écoute une conférence
où j'absorbe de la matière du savoir
les idées que mes pairs partagent
j'adore les conversations politiques
philosophiques et intellectuelles
lors desquelles j'écoute attentivement
à défaut de manquer de perspective
et de me garocher comme une dogmatique
dans la fosse aux lions
et faire une folle de moi

avec les années
ce dernier type de conversation m'interpelle énormément
les réseaux sociaux mettent en relief
le fait que les gens ont des idées
ont des projets de vie
ont énormément à m'apprendre
et sont en train de réfléchir
j'ai envie à nouveau de faire la conversation
on est rendu ailleurs
fini le pleurnichage immature de l'adolescence
on est rendu dans les choses sérieuses
celles où on a envie de changer le monde

ces conversations-là
autour d'un petit déjeuner
ou d'un lunch rapide
entre deux ou trois ou six personnes
qui ont envie de faire des choses
oui
elles changent le monde
et elles m'inspirent
j'ai besoin de cet input pour avancer

et comme le dit si bien yann fortier
dans son dernier billet
je ne vais pas évoluer grâce à une société
qui a une histoire à me raconter
je vais grandir grâce à des gens qui ont des réflexions
et des expériences de vie
ce besoin a été très bien capturé
par christine renaud qui a fondé e-180
sur la prémisse de l'apprentissage par les pairs
c'est d'elle que vient le brain date
ce concept de rencontres
entre gens qui ont des choses à s'apprendre
c'est formidable ce que les gens font
et il y en a plein autour de moi

je t'appelle et on déjeune
j'ai envie de t'entendre.

samedi 9 juillet 2016

un très digne passage sur terre



c'est une phrase de l'homme-chat
nous parlions d'ibrahim ferrer
dont la voix réchauffait nos coeurs
lors du souper hier soir
je me demandais ce qu'il deviendrait
alors que cuba renouait vec les états-unis
l'homme-chat m'a rappelé qu'il n'était plus en vie

il a dit
c'est un très digne passage sur terre
tu sais
il a passé sa vie à faire de la musique

j'ai regardé cet homme
et mon coeur a fondu
je l'ai aimé vraiment très fort à ce moment de la soirée

c'est un très digne passage sur terre

je me pose les questions existentielles le samedi matin
le reste de la vie
je meuble le temps ou bedon le temps se meuble
de frivolités et de plaisir et de passe-temps
et de choses et de stress et d'émotions
qui ne laisseront aucune trace dans la vie
quand je capote
je me demande toujours si cela sera important
alors que je serai sur mon lit de mort
et cette perspective me permet alors de relativiser
et revenir à mon idée de l'existence
qui est que c'est poussière et ça redeviendra poussière
ou un peu mieux
pissenlit

je le connais depuis quatre-vingt-douze
nous vivons ensemble depuis seize ans
je l'ai marié l'an dernier
nous avons craqué ensemble des dizaines de biscuits chinois
dont je garde les messages superstitieusement
nous en avons eues des discussions
sur tout et sur rien
sur l'avenir du hockey comme sur le nôtre
sur le rythme de notre vie
sur l'accumulation des biens
sur l'éducation du chat
sur le menu du prochain souper aux gars

et hier soir cette clé qui a allumé ma batterie
cette phrase comme sortie de la bouche du messie
si significative et qui m'aidera à répondre
aux futures questions de la vie
c'est encore lui qui l'a amenée
il n'y a rien pour rien dans la vie

c'est un très digne passage sur terre

merci l'homme-chat
quelle beauté
quelle clarté.

samedi 2 juillet 2016

le grand bleu



sur trois cents billets de blogue
j'ai bien dû en écrire cent sur l'audace
et sur le goût de faire pleins de choses
et bien sûr la nécessité de vivre vieille
pour compléter ma bucket list

je suis de moins en moins attirée
par les nouveaux projets
car à défaut de tout essayer superficiellement
pour dire que je l'ai fait
ou pour savoir si j'aime ça ou non
j'essaye de plus en plus de les limiter
car ça demande du travail de l'effort
car je ne réussis pas toujours facilement ce que j'essaye
et je ne suis pas capable de livrer toutes les commandes
auxquelles m'engagent mon enthousiasme et mon intérêt

cependant
à défaut d'évoluer dans la nouveauté
ce que je vais tenter de faire
est d'éviter de me scléroser
quand je parle du trait le plus vilain
de la vieillesse
et je le dis avec un grand dédain
c'est bien celui-là
dans lequel notre vie se rapetisse
parce qu'on a peur
parce qu'on ne veut plus

je vais donc continuer d'oser
d'oser à être meilleure
à affronter mes peurs
à ne pas dire non
à ne pas lâcher là où habituellement j'arrête

jeudi je nageais et j'étais fatiguée
j'allais arrêter en plein milieu d'une longueur
et puis je me suis dit non
je me suis dit que j'étais capable
et j'ai continué
et j'ai arrêté plus loin

il y a pleins de trucs qui me font peur dans ma vie
alors qu'il s'agit de capacités dont j'ai besoin
je serais heureuse de les réussir
avant même d'entreprendre du nouveau

engager une conversation avec un inconnu
dans un coquetel professionnel
après trente ans de carrière
j'en suis toujours incapable
c'est quelque chose que j'aimerais réussir
avant de mourir
je n'ai pas à justifier pourquoi
je veux tout simplement dépasser
ce petit bloquage psychologique
je ne veux plus être gênée

être flexible dans mes plans plutôt que rigide
être capable de m'adapter aux humeurs
et à la température
ça doit faire une décennie que j'y travaille
je ne lâcherai pas ce trait-là

écouter plus et écouter attentivement
quand les gens me parlent
et réfléchir
pouvoir changer d'opinion
et ne pas rester campée
je ne veux plus avoir de préjugés

être empathique
sans nécessairement aller vers les autres
mais au moins les recevoir
dans mon coeur avec sincérité
c'est l'endroit le plus serré chez moi
l'ouverture du coeur
je le sais et il est dur à ramollir
je n'irai pas jusqu'à y planter un couteau
pour le pétrir
mais j'ai besoin de sentir
et d'être meilleure
sans vanité
mais sincèrement

je ne cours plus après la nouveauté
je veux juste m'améliorer
dire okay je peux faire mieux
arrêter de penser que je ne suis pas capable
que je ne le veux pas parce que c'est comme ça
je vais oser être entière
je vais oser continuer de croire
que c'est possible

je me regarde aller
et ce que je dois le plus surveiller
est de ne pas fermer moi-même
les portes de la vie
mais de continuer à marcher  droit dedans
avec le port altier et l'humilité

la semaine dernière je me suis regardée dans la glace
et me suis fait croire
que j'avais douze ans de moins
j'ai tenté de me souvenir
de ce que je faisais à trente-six ans
puis je me suis rappelé que j'étais encore une floune
il n'y a pas si longtemps

je vais garder ça en tête
cette énergie et cet enthousiasme
à plonger dans la vie
et je vais maintenant l'appliquer
à me connaître davantage
à plonger au fond de moi
et arrêter de flirter superficiellement avec le quotidien
et je serai encore plus fière
de ce que j'apprendrai
de ce que j'accomplirai.

samedi 25 juin 2016

ouste!



je ne vous ai pas raconté la crise de nerfs
que j'ai pognée lorsque nous avons amené
deux chars à l'aéroport dimanche
pour aller reporter un char de location
contracté suite à la panne de moto du samedi au vermont
et pour ramener le chauffeur du char de location
dans un char plutôt qu'un taxi ou un autobus
donc un char de bourgeoise qui part
avec une chatte dedans à l'aller
qui tourne en rond à l'aéroport pour
ne pas payer de parking
et qui revient avec une chatte et un chat
ayant délesté le char de location
pour se perdre dans le traffic
du dimanche où arrivent en ville
les centaines de cyclistes du grand défi pierre lavoie

la crise de nerfs toi
ou
comment j'étais en crisse
de gérer des objets
d'avoir passé le clair de ma matinée ensoleillée de dimanche
à virer su' l'top dans le traffic collé
pour gérer un objet
seul le char avait besoin d'être là
ni le chat ni moi
et pourtant
tant de temps perdu
tant de ressources gaspillées
t'aurais dû voir toi
la crise de nerfs

ne jamais suivre un objet
mais toujours essayer
d'être là où l'on veut être soi-même
combien de temps et de ressources
est-ce que je perds dans la vie
à gérer des objets

d'abord
travailler tous les jours pour les payer
maison mobilier équipement
confort informatique et télécommunications
coudon' ça n'existe plus
rencontrer ses amis dans un café
ou chez soi
faut nécessairement que ça coûte
deux cent piastres à tous les mois
mon bill de vidéotron
pis mon bill d'assurance pour assurer tous ces biens
sans compter le coût de réparation ou de remplacement
quand ça brise
ou le towing tiens comme samedi

deuxio
faire le ménage encore et encore
avoir plus d'un garde-robe de linge
un en haut et encore c'est pas assez
et deux en bas pour celui qu'on met pas
avoir de plus en plus de place
pour contenir de plus en plus de stock à entretenir

une maison
un châlet
une piscine
un schack
un truck
un taxi
un bateau
un hydravion
un quatre roues
où ce que tu t'en vas a'c tes skis
ma p'tite mère folle

tertio
perdre du temps
faire la vaisselle
laver la cafetière
laver le plancher
épousseter

merde je veux le temps et les ressources
pour vivre
je veux l'espace mental
et non le fouillis

c'est fini l'esclavage du matérialisme
on s'en cawlice des bébelles
donnez-moi de l'air que je respire

t'aurais dû voir la crise de nerfs toi
j'ai gardé l'essentiel
j'ai gardé toute ma tête
tout mon sang et tout mon coeur

et j'ai même réussi à garder mon mari
ouf
j'ai eu chaud

j'ai juste classé du linge en soirée
et joué dans des pots de terre
pour faire pousser prochainement des fines herbes
ça va me réconcilier avec le faire
plutôt qu'avec le posséder

allez ouste
fais d'l'air!

samedi 18 juin 2016

demain ensemble



au mois de mai j'ai baigné trois jours
dans une orgie de succès
de communauté de nouvelles idées
de gens qui ont osé ont fait
veulent encore changer
n'ont pas froid aux yeux
écoutent travaillent agissent

lundi j'ai écouté une jeune quarantenaire
originaire d'un bled des caraïbes
raconter son parcours
pour devenir la première femme
dirigeant un service essentiellement masculin
dans une société de transport métropolitaine
elle rayonnait de joie d'ardeur et de détermination
rien ne lui fait peur
bien sûr elle ne dort pas beaucoup
elle a couru trois marathons
et a un équilibre de vie raisonné

mercredi soir nous avons vu
le documentaire demain
une oeuvre à ne pas manquer
une collection d'initiatives locales
ayant du succès et articulant le grand désir
de l'humain de conserver son espèce
dans l'harmonie globale
les gens ont des idées
et ils les réalisent

jeudi matin nous cogitions entre gens d'affaires
et de professions sur les enjeux de l'automatisation
sur la transformation des services
des prérogatives habituelles des professionnels
de la réduction des coûts
et donc des revenus
et de la transformation profonde
de la société et de la relation des gens face au travail
de la relation des gens entre eux
de la valorisation de la communauté
et de la collaboration
plutôt que celle traditionnelle
des carrières et des professions
nous créions des pistes de solutions
et toutes les idées étaient permises
les expériences fusaient de l'international
au local à l'extrêmement pointu
bref il y avait du beau à table
de quoi changer le monde

hier j'ai suivi en direct
les cyclistes du grand défi pierre lavoie
travaillant corps et âmes
à pédaler mille kilomètres du saguenay à la métropole
pour financer et sensibiliser à l'importance
de l'exercice physique
des centaines de gens voulant s'impliquer
dans ce mouvement collectif
pour vivre sainement
que de force et de joie

je suis si privilégiée d'être quotidiennement inspirée
par tant d'exemples de succès
d'audace et de capacité
ça nourrit mes ambitions
ça rassure mes moyens
ça me permet d'oser

mais encore et toujours le constat désolant
que près de la moitié de la population québécoise
n'a pas accès à ce bonheur à ce succès
car elle ne sait pas lire
ou se servir d'un guichet automatique
d'un téléphone cellulaire ou d'un ordinateur

imaginez le retard qu'elle prend sur les autres
l'écart que ça lui impose
du reste de la société qui avance
à la vitesse grand v
la polarisation du savoir et des moyens
n'ira qu'en s'accentuant
avec les progrès technologiques
et le clivage entre les riches et les pauvres
se creusera davantage

le contact avec le succès favorise le succès
la société est perméable
l'innovation vient de l'extérieur
aidons
aidons
aidons
c'est notre devoir et notre bonheur
pour avancer ensemble vers une vie
encore meilleure

nous n'avons pas à régler le sort du monde
mais d'être empathiques au quotidien
d'ouvrir les yeux et constater
et poser les gestes de la gentillesse
mettre en pratique nos cours moraux
exercer le plus simple bon sens
celui qui nous rend heureux

chaque fois qu'on pense à soi au quotidien
s'interroger si cela est bon pour tous
puis agir

sourire et saluer
c'est la première clé pour le rapprochement
j'aime la vie
et je veux la vivre encore longtemps
ensemble.


samedi 11 juin 2016

besoin d'amour



je me suis ségréguée cette semaine
en m'isolant pour rompre une chaîne de contagion
ça ne m'arrive jamais de vivre une once de rejet
j'ai toujours et je suis toujours
entourée d'amour d'amis de respect
de pleine considération
quelle chance j'ai

mon sens de l'humour et ma candeur
m'ont attiré de bien bonnes blagues
mais j'ai quand même eu peur du rejet
parce que je me sentais comme ça
parce que j'avais une condition
qui me tenait à l'écart

le mal est bientôt fini
je retournerai incessamment en société
et plutôt que d'avoir des amis qui se reculent
lorsqu'ils me croisent
je recommencerai à embrasser et à étreindre
et faire partie
faire partie
faire partie

ces mili minutes de solitude
que j'ai pu ressentir
me font réaliser à quel point il doit être dur
de ne pas être aimé de ne pas être supporté
me font penser aux parias de ce monde

à l'étoile de david épinglée en quarante-et-un
et qui décidait du sort du porteur sans autre considération
aux enfants souffrant de dysphorie de genre
s'isolant au quotidien
aux jeunes se faisant basher sur l'internet
alors qu'ils ont tant besoin d'amour
aux minorités visibles torturées
et victimes de discrimination négative ou positive
aux dépressifs aux suicidaires aux itinérants
aux burn outs aux personnes âgées
aux pauvres aux malades

je n'ai que de petits boutons
mon bien-être n'est aucunement menacé
et j'ai peur du rejet
imaginez tous ceux qu'on a marginalisés
comment ils doivent souffrir
ou peut-être non
imaginez comment je n'ai jamais souffert
et comment je dois remercier
d'être si bien entourée
d'être si bien aimée

empathie
dorénavant je serai gentille.

samedi 4 juin 2016

the greatest



tu as été l'idole de ma vie adulte
celle qui savait depuis quelques années
que tu mourrais avant elle
celle qui gardait espoir d'un jour
te saluer bien bas en chair et en os

je ne sais pas pourquoi je t'aimais tant
j'aimais te voir pugiler
et rire et sourire
ah ton sourire
comme il était grand
ah ton coeur
comme il était vaste

tu as incarné la force la fougue la jeunesse
la blackitude peu importe ce que ça veut dire
je t'ai toujours aimé
inconditionnellement

je suis allée te voir à ton musée de louisville
j'ai lu tes citations tes pensées
ta philosophie
ton revirement de situation
tes grands slogans
et j'ai vu tes gants de boxe
tes nombreuses victoires
et tous tes vices

comme je t'ai aimé
je t'ai cité plusieurs fois
aux enfants de montréal
que l'on encourage à garder sur les bancs
d'école pour ne pas qu'ils lâchent la vie
pour ne pas qu'ils abandonnent
je leur ai cité ceci de toi
don't quit
suffer now
and live like a champion
for the rest of your life

magnifique cassius clay
cher muhammad ali
tu es le plus grand
je t'aimerai toujours

play.

signature


pic by brandon stanton

hier vers dix-sept heures sur st-vallier
deux gars souriants jouent nus pieds
dans la platebande de mauvaises herbes 
séparant le trottoir de la rue
bêches en main
ils remettent de la beauté dans le quartier

hier soir vers vingt heures
une vingtaine de kids
instruments en mains en bouches en bras
nous livraient les plus beaux mouvements symphoniques
créés dans l'humanité

la semaine dernière en vingt minutes
trente personnes d'horizons différents
revitalisaient mentalement les abords du canal lachine

jeudi soir castellucci qui nous livrait
une pièce des plus déjantées
avec une mise en scène impeccable
sur la déshumanité de la religion

une semaine avant
quatre italiens nous interprétaient
leur vision obscure de la crise
sociale et économique européenne
en jouant des ombres et de la lumière

je vous écris ces mots pour vous dire
que l'humain est capable de grandes choses
de tant de génie et de beauté
cela me fascine quotidiennement
et explique pourquoi nous existons
il ne faut jamais abandonner
la quête du meilleur
de livrer la bonté la générosité et l'intelligence
il n'y a selon moi
aucun autre but dans la vie
que d'exploiter toutes nos capacités
pour donner le meilleur de l'humanité.

samedi 28 mai 2016

sans bornes



l'esprit préfère les chiffres ronds
il s'en souvient plus facilement
ils marquent l'imaginaire
en étant des référents

ma' est devenue enseignante à soixante ans
j'aurai de meilleures habitudes alimentaires
d'ici l'âge de cinquante ans
je serai comptable à cinquante-cinq ans

mais non ça ne peut pas être ça
il n'y a que deux chiffres ronds par décennie
pas assez d'étapes pour marquer l'évolution

voyez

je suis devenue ainée à trois ans à bruxelles
j'ai vu taiwan à neuf ans et mes grands-parents
j'ai eu un cadet avant dix ans
j'ai fait les classes neige à onze ans en suisse
j'ai quitté mes amies chères à treize ans à uccle
pour traverser l'atlantique jusqu'au québec
j'ai entendu mes premières émissions anglophones à quatorze ans
dans le west island
j'ai connu l'amour à seize ans à brossard
j'ai commencé à fumer au même âge
j'ai fini le secondaire à dix-sept ans
et le cégep à dix-neuf
j'ai connu percé entre dix-neuf et vingt ans
en y vendant des cerfs-volants
j'ai lâché l'université en fine arts à concordia
j'ai pris un appartement avec iz sur st-denis
et commencé à travailler à vingt ans
quel adon de chiffre rond
j'ai perdu mon premier ami à cet âge
j'ai été maman à vingt-deux ans dans hachèm
et une deuxième fois à vingt-quatre ans
quand louise harel était femme de communauté
j'ai fait mon premier party d'huîtres
et rencontré mon premier steph à vingt-cinq ans
quel adon de chiffre rond
j'ai recommencé les études à vingt-huit ans
j'ai déménagé sur le plateau à vingt-neuf ans
j'ai emmené mes flos à disney world à trente-deux ans
l'homme-chat m'a datée quand j'avais trente-trois ans
oui oui c'était un chiffre rond
c'était l'an deux mil
je suis devenue propriétaire à trente-six ans
et ai arrêté de fumer en même temps
j'ai commencé à suivre l'homme-chat en moto
à l'âge de trente-sept ans
j'ai adopté le chat brooklyn et les pompes pour l'asthme au même âge
j'ai acheté ma deuxième maison à trente-neuf ans
et ai quitté mon premier long emploi au même âge
en sautant sans filet pour découvrir autre chose
je suis retournée en europe avant quarante ans
j'ai terminé mon bac de douze ans à temps partiel
acheté ma troisième maison et vendu ma première
et commencé à blogger à quarante ans
quel adon de chiffre rond
j'ai vendu ma deuxième maison
suis devenue la blonde d'un propriétaire de bar
et ai recommencé à fumer à quarante-et-un an
tout en commençant à travailler dans les banques
j'ai repris les études à quarante-trois ans
pour terminer mon mba à quarante-cinq ans
quel adon de chiffre rond
j'ai aussi fait mon vingt-et-unième et dernier party d'huîtres à cet âge
j'ai commencé à penser à courir à quarante-trois ans
le chiffre rond était l'an deux mil dix
j'ai arrêté de fumer une deuxième fois à quarante-quatre ans
j'ai acheté ma quatrième maison à quarante-six ans
j'ai négocié ma plus grosse paye à vie
à quarante-sept ans
et ai recommencé l'université une troisième fois
je me suis mariée à quarante-huit ans
le chiffre rond est deux mil quinze

bref une vie c'est plein de milestones
et beaucoup plus qu'aux cinq ans

cette semaine à c2mtl
l'environnement nous dit
que tout va très vite
que le zeitgeist est d'oser
que le coût d'opportunité pour essayer du nouveau
est à son plus bas
avec l'avènement des technologies digitales
et des services mis à la disposition des citoyens
il n'y a aucune raison de ne pas mettre de l'avant ses idées
de réaliser ses rêves
dans un tel environnement
attendre cinq ans c'est une éternité

attendre c'est perdre du temps
la vie c'est maintenant
mettez votre réveil à cinq heures vingt-trois
ou six heures douze

et une fois par adon ce sera un chiffre rond.