samedi 23 juin 2018

passage



Physicists define the Big Bang as a singularity.
It is a point at which all the known laws of nature
did not exist.
Time too did not exist.
It is thus meaningless to say
that anything existed 'before' the Big Bang.
We may be fast approaching
a new singularity,
when all the concepts that give meaning to our world
- me, you, men, women, love and hate -
will become irrelevant.
Anything happening beyond that point
is meaningless to us.

ce sont les mots de l'historien
yuval noah harari
dans son très éloquent et intéressant sapiens
survolant la brève histoire de l'humanité
et la replaçant dans la ligne du temps physique créé par le big bang
il y a treize milliards et demi d'années
puis son évolution jusqu'à nos jours
et nos demains car nous y travaillons
à mettre des milliards en recherche et développement
pour lutter contre les maladies
pour vivre plus vieux et éternellement
pour robotiser des parties du corps
que nous pouvons déjà contrôler par la pensée
pour créer ces cyborgs pour nous améliorer en surhumains
en athlètes et femmes bioniques
et qui muteront comme toute espèce sophistiquée
en replicant que nous voudrons à tout prix chasser
comme le bladerunner de
mil neuf cent quatre-vingt-deux

sapiens a d'abord été écrit en hébreu
puis traduit en vingt-neuf autres langues
j'ai vu l'exemplaire français
à la librairie pantoute de st-roch
c'est un ouvrage important
que je recommande à tous
je suis heureuse de lire le remerciement de l'auteur
à jared diamond
dont j'ai lu plus de cinq ouvrages
il y a presque dix ans

ces auteurs nous racontent
de façon articulée et accessible
la longue histoire de l'univers
puis des espèces animales
et aborde l'humain dans ce contexte
avec tous les développements les hasards et les savoirs
et c'est une connaissance que nous devrions posséder
et loger aux fins fonds de notre conscience
pour comprendre comment nos faits et gestes
changent tranquillement la face de la terre
comment nous devrions gérer et percevoir
les menaces et les conflits
la chance que l'on a de se réveiller le matin
sans la menace d'avoir été assassinés durant la nuit
le privilège de vivre à une époque
où la majorité des états valorisent la paix
plutôt que la guerre qui était le seul moyen
d'enrichissement d'un royaume ou d'un empire
de comprendre la place de la religion
de l'argent de la science
en saisissant les motifs de leur apparition
des modèles qui nous unissent
des progrès que nous faisons
et comment nous serons anéantis
par notre désir d'éternité
par ceux qui nous remplaceront
car il y aura toujours un organisme plus fort
qui dans quelques siècles ne se souviendra pas plus
des êtres humains
que nous nous souvenons des dinosaures
de l'homme de néandertal

il n'y a donc pas lieu de s'en faire
avec le prochain parfum
le prix des billets d'avion pour le portugal
le vainqueur de la coupe du monde
la garderie du petit
le rapport à rendre pour sept heures du matin
et la future promotion

il n'y a pas lieu de s'en faire
et de prendre autant soin de notre ego
comme si nous étions déjà des demi-dieux
la vie continuera sans nous
sous quelque forme qu'elle soit

on chill
les babes.

samedi 16 juin 2018

cultiver



quand larry a informé l'homme-chat
qu'il avait acheté une plante pour sylvio
son voisin de pallier
j'ai tout de suite ramolli de tendresse
et j'ai su que seul mon chum
savait créer un tel univers
où règnent la gentillesse et l'harmonie

il n'attire jamais la foudre
il garde toujours les choses simples
si ça ne lui plaît pas à prime abord
il n'y va pas
il a un flair aiguisé
pour les bonnes affaires
et les bonnes personnes

il prend toujours le temps
de rencontrer les gens
de répondre à leurs demandes
de prendre soin de ses affaires
et de ses entreprises
mais il choisit convenablement
au préalable

ne rentre pas dans sa vie qui veut
ni dans ses appartements

il ne tient pas de laisse
depuis dix-huit ans
je suis libre comme l'oiseau
il fait confiance et il a confiance
quand je doute de moi
devant un défi ou un examen
il me dit que je suis forte
lui et le chat croient en moi

il parle avec sylvio sourd et muet
il lui parle
avec ses mains
ses yeux qui sourient
son doigt sur une feuille de papier
son index qui pointe le soleil ou les nuages
et il monte chez lui brancher un fil électrique
ou réparer un robinet
avec une telle sollicitude
et il n'augmente pas le loyer
parce que sylvio
qu'a-t-il d'autre
que ses plantes et son petit appartement

il lave les draps et les serviettes
de nos invités touristes au deuxième
il leur écrit des mots de bienvenue
il branche la télévision
et le ventilateur quand il fait chaud
il booke des rendez-vous
il échange des communications
il offre des fruits et des bonbons
et pleins de recommandations

il fait tout cela le matin avant le métro
ou le soir après le boulot
et des fois les fins de semaine
sans jamais grincher
et en ramenant des fois une bonne bouteille
pour la table que sa blonde aura préparée
et il mangera avec appétit
et il embrassera sa blonde et son chat
et ils discuteront
de la beauté et de la dérision du monde

et il bookera une escapade en avion
et un hôtel quatre étoiles
ou un resto à découvrir
et il sortira son épouse en grand
pour le plaisir de l'aimer

et il aidera ses amis
avec les plantes les meubles les boîtes
les annonces de trucs à vendre

et il s'achètera des costards
pour assister à de grandes réunions
avec l'exécutif de la boîte
et il se parfumera élégamment
et il prendra soin de son staff
comme il prend soin de tout
et quand il ne voudra plus
il dira
no i'm not doing this

et il ira courir sur la track
ou ailleurs longtemps ou non
et il rira et il fera une sieste
et il achètera une oeuvre d'art

il ne cherche pas la complexité
il fait toute chose avec dosage et fluidité
il s'interroge mais ne doute pas
et il n'attire que le bon

il occupe ses années simplement
mais chacun de ses gestes
est une fleur qu'il plante
dans un sublime jardin anglais
qui marquera longtemps
son noble passage sur terre.

samedi 9 juin 2018

sortie de secours


la vie c'est toute une obligation
you've gotta fuckin' live up to it

c'est avec peu d'effroi que j'ai appris vendredi
le suicide d'anthony bourdain
bien sûr j'étais et suis encore profondément attristée
que parte si tôt un être humain exceptionnel
autant bad boy que sensei
qui malgré sa renommée
demeurait ouvert modeste et humble
et était surtout pour nous montréalais
un allié ayant contribué à l'essor fulgurant
de notre scène culinaire

mais j'étais calme aussi
face au fait qu'il ait choisi lui-même
de terminer ses jours
et je recule ici
pendant que vous montez aux barricades
en criant
ce n'est pas un choix

ma réaction a été plate et identique
à toutes les fois où j'entends parler de suicide

pourtant
il ne semblait manquer de rien
c'est ben pour dire

évidemment ceux qui s'enlèvent la vie
car il manquent de tout et souffrent de façon flagrante
on n'en entend pas parler
donc je n'y pense jamais

des fois
mon mari et moi
on en parle

quel gène manque-t-il à ces gens
riches et célèbres
éduqués même peut-être
de quel droit peuvent-ils prétendre
qu'ils n'apprécient pas la vie
alors qu'ils semblent au faîte
de la réalisation humaine moderne
alors que tant de gens sont dans la misère
vivent l'enfer sur terre

il n'y a rien à comprendre

quand je parle ou j'écris sur le suicide
j'ai toujours un peu honte
je me sens comme une imposteuse
car je n'ai jamais perdu de proche
qui se soit infligé la mort
ne suis ni psychologue ni psychanalyste

mais j'ai toujours trouvé
que le sentiment de perte des survivants
était bien égoïste
un deuil qu'il faut vivre évidemment
mais comme le disait nelly arcan
ne pas vouloir faire souffrir son entourage
n'est pas une raison suffisante pour vivre

j'ai donc lu récemment pour la première fois
sur les causes du suicide
et j'ai appris que les hommes y parvenaient
bien mieux que les femmes
mais de façon autrement plus violente

c'est ça qui m'effraie dans le suicide
pas la fin de la vie
parce que la mort
avouons-le
on n'en sait vachement rien
mais la souffrance
la peur
c'est d'avoir mal qui me turn off
chaque fois que j'ai envie d'en finir

une balle dans la gorge
une lame sur une veine
du sang partout
un corps dans la rame de métro
arkeu
c'est vraiment trop affreux et dramatique
ça doit être traumatisant pour ceux qui en témoignent

moi si je devais partir
je disparaîtrais avant
comme claire halde
évaporée

les statistiques disent aussi
qu'au canada le plus grand taux de suicides
se situe chez les gens dans la force de l'âge
entre quarante et cinquante-neuf ans
et là
pouf
je me reconnais

dans mon esprit mal renseigné
il y a trois types de suicidaires
ceux qui souffrent affreusement
de conditions physiques intolérables
et j'inclus là-dedans ceux qui ont moins que rien
et les malades mentaux et les dépendants
ceux qui succombent à un acte de folie
dans une phase maniaque ou pire dans le creux de leur bipolarité
et ceux qui ne voient que le vide de la vie
qui n'ont ni envie d'être heureux
ni d'être tristes
ceux qui ne ressentent plus rien

je suis un peu de cette dernière catégorie
je n'ai pas le mal de vivre non
vous seriez outrés si j'affirmais cela
je ne suis pas malheureuse
je ne manque de rien
je ne suis ni en crise ni en souffrance

mais ça ne m'exalte plus de vivre
je trouve cela absurde
j'ai fait le tour de la question
je me fatigue de consommer sans cesse de ressources
pour nourrir mes jours prolongés
par les progrès scientifiques et la possibilité d'éternité
sans trouver ma place dans le grand monde
sans pouvoir envisager la noblesse de
ce passage sur la terre
malgré un plan de vie bien tangible
des actions au quotidien
une hyperactivité occupationelle
mais dont je ne vois aucune issue
aucun bien-fondé stratégique
rien à accomplir
pas de saint-graal à trouver
aucune chasse au trésor
rien nil niet nada

je ne suis pas étouffée dans un tunnel noir
ne vous méprenez pas
j'exulte au soleil quand il se pointe
et lorsque je piétine ma terrasse
et contemple la vigne et savoure le café
j'aime ce petit bonheur
puis rapidement je me dis
okay so what

il reste comme chez plusieurs
une petite tache noire dans l'angle mort de mon âme
on ne peut pas la percevoir
on ne sait pas d'où elle origine
elle ne fait pas mal
elle veille

c'est très métaphysique mon rapport à la vie
ça a la prétention de vouloir s'inscrire
dans la grande ou la petite histoire de l'humanité
mais comme j'haguis la petitesse
allons-y pour la grande
et dans l'histoire vivante
s'il faut vivre
il faut bien qu'il y ait une raison
et je ne la trouve pas
malgré mes années de pérégrination
je demeure fébrile
restless
je veux toujours fuir
et malgré les prédications de mon mari adoré
qui m'implore constamment de lâcher prise
d'arrêter de me questionner
et juste de vivre
je trouve cela nul et non avenu
de ne pas me questionner
quand j'en ai la capacité

ne pas vouloir vivre quand on est heureux
c'est tout simplement scandaleux
à vingt ans je me disais que je vivrais
jusqu'à trente ans avant d'avoir à me définir
à trente ans je me laissais jusqu'à quarante
depuis quarante ans comprenez donc
que je me cherche sans arrêt

je pense que c'est cela le luxe de celui qui ne manque de rien

de chercher sans cesse un sens à sa vie
comme un singe intelligent
mais pas assez pour le trouver
finalement
comme une bête de cirque
je me lève chaque matin
et je m'oblige à vivre avec gratitude
et à apprécier chaque nouvelle minute
que le bonyieu me donne
pour pouvoir me réinventer

quelle lassitude

quand je pense à mourir
et que je tâte mon corps en santé
je me dis que c'est du gaspillage
que ça peut encore servir
mais à quoi donc

j'aurais envie d'être légère
et partir à courir pendant des kilomètres
puis des lustres
et que mon corps fonde comme un glaçon
et disparaisse au point de fuite

bien sûr qu'on n'a jamais attenté à ma vie
ni la maladie ni la violence ni l'accident
ne m'ont encore frappée
et même le char qui tournait rapidement dans la rue
je lui ai crié
si tu m'écrases
je te tue
voyez comme je deviens mauvaise
quand je manque de mourir

pour moi le suicide
c'est juste un outil
un outil de gestion de la durée de vie
un outil de contrôle
le ciseau qui coupe le cordon
une façon de décider
une manière comme une autre d'avoir le dernier mot
de savoir pourquoi.


ps : ceci n'est pas un appel à l'aide, c'est une réflexion.

c'est un sujet grave que je ne voudrais pas minimiser.
j'en parle peu car en parler c'est un peu le provoquer.

donc, je présente mes excuses 
à ceux que j'aurais pu offenser avec mes mots trop lourds et trop légers.
à ceux qui ont perdu des proches
et à tous ceux qui souffrent
je vous encourage à demander de l'aide.
211 ou 1-866-appelle 
(crisse comment on peut se souvenir de ça?).

je m'excuse auprès de tous ceux
qui croient férocement en la vie,
qui la donnent, qui la maintiennent, 
qui en prennent soin, qui la chérissent.  

par respect, je ne vais pas vous démentir,
et je reste car j'aime beaucoup aimer.

ah, et puis, il y toute cette culpabilité à gérer,
toute cette lourdeur administrative
que crée un départ inattendu.

la vie, c'est vraiment toute une obligation...

samedi 2 juin 2018

flambeau d'amour


the oyster dress - alexander mcqueen

le beau temps amène avec lui
les bébés chats
la saison des amours
et l'envie de séduire

mon désir de plaire
se trouve quelque part dans les fondements
de ma pyramide de maslow
en compétition quotidienne avec
l'envie de faire des choses utiles
le besoin de me sentir en vie
l'ambition de devenir meilleure

un jour je serai sereine
et tout cela se taira
au profit du détachement
ouste les tourments et la souffrance
des désirs inassouvis

d'ici là
à cinquante ans
je me regarde encore dans la glace
je me retourne brusquement pour m'apercevoir
et dès que j'entends une voix mâle
ou quand j'aperçois un camion de pompiers
for all there is
mes phéromones s'activent

je ne me demande pas si je suis belle
cela est tellement subjectif
je ne me pose jamais la question
j'assume et j'évolue le port altier

mais je questionne mon pouvoir de séduction
qui
à défaut de trouver une raison d'être plus noble ici-bas
est la seule mesure de ma valeur
dans le règne animal
ou dans le règne humain devrais-je dire
parce qu'avec ce que je lis sur l'évolution
chez les animaux ce sont les mâles qui veulent plaire
c'est la psyché humaine
et notre capacité de réfléchir et défléchir
qui est venue tout fucker la game
et placer la femelle
dans une telle position de vulnérabilité

le besoin d'amour et d'attention est insatiable
il est aussi avide que l'appât du gain
et si je reçois déjà beaucoup d'amour
il m'arrive d'en vouloir davantage
et lorsque ces élans m'envahissent
je deviens surhumaine
je lis je m'évade
je regarde les hommes à l'extérieur
et j'imagine des histoires
je rêve érotique
et j'écris
car le feu du désir
est une puissante source créatrice
il a depuis des millénaires
produit l'art dont seul l'humain est capable

et puis enfin je demande aux amis
de m'écrire des mots d'amour
ceux qui exorcisent notre corps consumé de langueur
et notre coeur de lambeaux flamboyants.

voici les perles de mon amie kiki

   for me nothing you remained, but everything.
   a love, so earnest, and personal.
   a form of which can only be known
   by those whose hearts have been whipped
   and ripped asunder,
   by nothing worse than silence.
   a ghost-alive.
   and left with a yearning so painstaking and forsaken,
   it is marked not only lonely and brutal,
   but unforgettable and unexplicable.
   a yearning so unfulfilled,
   only a mirage seems real.

vous pourrez lire les mots de kiki
dans son recueil blood is blue.

et écoutez ici bono huler le désir.


samedi 26 mai 2018

jouer



c'était en mars deux mille trois
tom avait fait le scénario
on s'était déguisés
et après la game d'échecs
nico avait pris la caméra
et on avait shooté

super 32
existe encore
sur un ruban d'un format illisible
et peut-être aussi sur un cédérom

on aime ça jouer
même si dans le monde adulte
c'est un peu tabou de ne pas être sérieux
de faire les bouffons
et pourtant sans qu'on se rende compte
c'est bien parce qu'on joue
qu'on a du plaisir dans la vie

comme quand on était petit
et qu'on campait des personnages
qu'on courait comme des fous
qu'on disait n'importe quoi à quatre ans
alors qu'on essayait de compter jusqu'à vingt
en jouant à cache-cache
et seulement parce qu'on joue
on peut dire n'importe quoi
et prétendre qu'on parle anglais ou espagnol

j'adore jouer

quand les gars étaient petits
j'inventais des menteries
des espèces de fabulations
je leur disais que le père nowell existait
et que pleins d'autres choses aussi
je les menaçais de leur donner des punitions
plus grandes que tout l'univers
et je bluffais souvent pour les discipliner
et le fait qu'ils étaient tout petits
naïfs et inoffensifs
m'affranchissait du sérieux et de la rigueur
j'ai tellement joué quand mes p'tits étaient petits

pas que j'aimais jouer
aux autos aux lego ou autres niaiseries
mais j'aimais redevenir petite moi aussi
et faire des folies
crier tout l'air de mes poumons dans splash mountain
et sauter dans les flaques d'eau
courir le plus vite possible
faire des casse-tête
peindre des animaux sur le mur de leur chambre
i mean qui ferait ça dans une autre pièce de la maison
mais je trouvais que c'était permis avec eux
car ils étaient trop petits pour me juger

alors qu'avec les grands
on a l'impression qu'il est interdit de jouer
de se laisser aller à cette folie quotidienne

mais quand on est grand
on joue encore
c'est juste plus subtil
on ne s'en rend pas compte

ce n'est pas jouer
comme dans jouer une partie de pool
ou jouer à l'argent au casino
c'est jouer comme dans déconner

on a tous envie de déconner

l'homme-chat me dit des fois
ne prévois rien
on ne sait pas ce qu'il va arriver après
d'un coup qu'on déconne

l'homme-chat et moi on joue
tous les jours sans savoir qu'on joue
on parle au chat et on répond à sa place
il a sa voix de chat et moi j'ai ma voix de chat
et on se parle en chat à la place du chat
pendant que le vrai chat nous trouve bien idiots
mais on ne sait pas qu'il nous juge
alors on s'amuse
on se fait des scènes et d'autres
comme si c'était des marionnettes

des fois je demande à l'homme-chat
de me parler avec des accents
il les connaît tous
tu dis grec
il imite un grec
tu dis tamoul
il imite un tamoul
il dit tout le temps oui
et jamais non
il s'exécute et je ris
on rit souvent en fait

quand on sort au resto
on se fait l'inside de la facture
à la fin du repas
et on rit tout le temps
encore après dix-huit ans
c'est niaiseux comme on est débiles
mais on aime ça
jouer un peu

quand on ne se trouve plus drôles
on rit des autres
on fait des farces
on les imite
on se raconte des histoires

on joue aux amoureux aussi
ça ce sont vraiment nos meilleurs rôles
et on n'a pas besoin de se prendre au sérieux
c'est tellement facile pour nous
de rentrer à pied du pho bras dessus bras dessous
en amoureux
on aime ça jouer à l'amour
ça nous rend vachement heureux

quand je suis en contact avec les enfants
je retrouve cette envie de jouer
de ne pas me prendre au sérieux
de faire des choses impossibles
de me faire des coiffures
de mélanger les couleurs
de parler des langues inconnues
d'inventer des mots
de souffler des chandelles et chanter fort
de déconner
pour le simple plaisir
pour rire
pour niaiser
pour créer
pour le bonheur de.

play, by moby, l'album complet.


samedi 19 mai 2018

l'élan amoureux




j'ai un redoutable instinct de survie
et je place automatiquement hors de ma portée
tout ce qui consomme mes ressources vitales
s'il me manque de temps
je commence par couper les contacts sociaux
puis les sports
à tort évidemment
pour favoriser le sommeil
puis l'amour des gens
puis l'amour de moi-même
puis un contrat à temps plein

avant de me couper l'âme

je me sens beaucoup mieux ce matin
avec du temps pour vivre
car je pense que sur mon lit de mort
je ne pourrais être que dans l'un de ces états
soit la folie
totalement déconnectée de la vraie vie
pour cause de manque de recul
soit la béatitude des souvenirs doux des gens
avec qui j'aurais partagé de beaux moments

dès que j'ai repris le temps de respirer
joblo m'a réconciliée avec les humains
et dans son zeitgeist
elle a également parlé du dernier article
de geneviève dans la revue espaces
   je vous mettrai le lien en bas de page

en lisant l'article je me suis rappelée
de geneviève dans les vestiaires de la piscine
et comme ça fait longtemps que je n'ai ni couru ni nagé
je me suis brutalement souvenue de cette image
qui incarne un moment de rare beauté

celui où après une heure de chlore et une douche hâtive
elle apparaît devant le miroir avec la serviette autour du buste
et les cheveux essorés
pour appliquer soigneusement son crémeux mascara
sur les cils ornant ses yeux de biche
pour les faire ressortir de son visage à la peau laiteuse

quand je la vois faire cela
je suis toujours emportée par un élan romantique
où j'ai l'impression de voler ce moment fugace
où norma jeane se transforme en marilyn
pour aller conquérir le monde

vendredi matin donc en repensant à cette image
je suis partie à la chasse de la beauté
dotée d'un élan amoureux
de l'envie de séduire d'aimer
de regarder les gens dans les yeux
de sentir leur odeur
de leur faire des câlins

je sortais enfin de ma folie fatale

voici ce que j'ai trouvé beau
les dos de livres dans la bibliothèque du palace
cette pièce où règnent tant de sources d'inspiration
l'homme-chat dans son costard et ses beaux souliers
s'en allant à une réunion de la haute-direction
la langueur du chat brooklyn tapi dans la chaise de cuir
entamant un vendredi de royale paresse
la fille dans le métro à la peau brune mat
et au fard à paupière net dessiné en rose
le fin bracelet en or à la cheville d'une autre que j'ai croisée
les lunettes de soleil
les pommiers ou cerisiers en fleurs
embaumant le parc entre guy-favreau et le palais des congrès
et les personnes arrêtant leur chemin pressé
le temps de les prendre en photos
la ligne blanche sur le suède bleu foncé des souliers
de l'homme qui monte les marches devant moi
théo au bureau avec les lunettes à bordures rouges
sur sa peau café rwandais
qui mange du gingembre cru car il doit bien faire l'amour à sa femme
théo qui depuis notre déménagement hier est maintenant devant moi
et gesticule avec ses mains pendant qu'il parle au téléphone
sa boîte de lait d'amandes et de vitamines c sur son étagère
nabila l'indonésienne et ses yeux bridés maquillés
dans son beau visage ovale cerné de son hijab
shérine et hamida qui ont commencé leur jeun du ramadan
et font famine devant le soleil mais se gavent dès le coucher
et se lèvent avant l'aube pour se nourrir
tout en cuisinant le souper pour les enfants et la famille
et parce que le jeun est bon pour la santé
me conseillent de le faire en hiver
lorsque les journées sont plus courtes
car on a le droit de tricher
la beauté d'éric que je trouvais empêtré dans ses bottes d'hiver
il y a quelques semaines
et qui fait son 30k de ride de vélo de sa couronne nord
au terminus du métro et descend la ligne orange
puis saute dans la douche une fois dans l'édifice
pour ne pas empester ses collègues
le vase bleu de cristal de notre chef d'équipe
rempli de bonbons pour tous ses collègues
le merci de la cliente au téléphone
et le compliment sur le service d'excellence
la dame au bout du fil qui s'occupe de sa nièce
suite au décès de sa soeur
le livre sur les trucs de fiscalité si bien écrit
dont les paragraphes se dévorent comme les chapitres du roman
entre deux appels à l'agence
le soleil au sortir de l'édifice en fin de journée
la rousse assise proche de la fenêtre
au fard lilas identique à la couleur de ses montures
et de son rouge à lèvres
les cosméticiennes avenantes au jean-coutu
la caissière qui t'offre un sac en papier
les viennoiseries de la boulangerie du coin pour le lendemain
l'homme-chat qui rentre avec un colis
car il a commandé un chandail au uk
et que je l'aime d'être ainsi
la dégustation de deux sortes de chips qu'il me fait
en me mixant un fabuleux coquetel de son cru
la beauté de cet homme lorsque pour accompagner
une vulgaire pizza réchauffée
il débouche ensuite un bon vin
et même lorsqu'il débouche un bouchonné
les talons de chèque et les factures imposantes
du client dont je tiens les livres en fin de soirée
l'envergure du professionnalisme

toute la volonté humaine de bien faire
de vouloir plaire
d'être beau et gentil envers les autres
le respect
l'envie
le désir

beaucoup de belles choses à contenir dans une vie
quand on s'y attarde

et le temps qui redonne envie de voir tout cela
d'aimer
d'écrire.

l'article de geneviève dans la revue espaces.

samedi 12 mai 2018

transformation



je me sens encore à côté de la track
et je trouve que ma transformation est
vraiment longue et douloureuse

mais même si
hier j'ai eu le temps de faire deux fois mon quizz
relire mes réponses et partir trente minutes avant la fin
sinon je trucidais la surveillante
même si
je voulais raccrocher la ligne au nez
des prestataires qui me tapaient s'es nerfs
même si
j'évitais de croiser un collègue
que j'ai envie de vomir
à cause de son excès de sollicitude
même si
je me suis endormie devant ma formation web
en après-midi et que j'ai eu envie de crisser mon camp
même si
j'ai failli rester dans le wagon
de nombreuses autres stations pour finir mon sudoku
même si
j'ai utilisé les escaliers roulants
pour monter dans le métro
même si
je suis restée à la station les yeux rivés
sur mon bout de journal
à côté des quêteux et des distributeurs de journaux
pour ne pas rentrer à la maison
même si
j'ai failli boycotter un souper entre amis hier soir

il reste que
après une bonne nuit de sommeil
et une bonne dose d'amour
mon cerveau voit assez clair pour comprendre
que je suis sur le bord du burn out
et que je doive me remettre en question
encore une cinquante millième fois

en juin deux mil treize
proche de la maison de margo à dennys
cape cod
virginie me demandait si je voulais vraiment être pharmacienne
si j'avais vraiment envie de ce quotidien
alors que j'envisageais à cette époque
quitter un poste prometteur
au sein de la septième banque du pays
elle me forçait à m'imaginer ce futur
parce que le chemin allait être long et douloureux
et il fallait qu'il en vaille la peine

un an plus tard
j'entreprenais des études en comptabilité
parce que le chemin allait être moins long
mais je n'avais pas envisagé le futur
c'est le propre de l'être humain
de s'emmerder avec le futur
depuis qu'on travaille les champs du matin au soir
on doit penser aux saisons aux récoltes
au climat aux intempéries
aux périodes de bombance et celles de vache maigre

moi
je ne pense à rien
je pense à bien manger à bien boire
à m'habiller à me parfumer
à lire et à contempler l'art
donc non
je n'avais pas pensé à mon avenir

mais je savais que le présent n'était plus le bon
je ne pouvais plus m'astreindre
aux contraintes corporatives
elles me pesaient trop lourd

mais j'ai eu un autre poste
dans une autre corporation
et j'ai continué
relevant à nouveau un autre défi
m'y investissant entièrement
sans penser
jusqu'à ce que ce soit clair
que ce n'était plus mon monde
qu'il fallait que je me transforme

il me fallait de la liberté

mais à quel prix

j'ai choisi le chemin de la comptabilité
j'aurais pu choisir le petit pain
le petit gagne-pain
le facile
mais mon orgueil m'en a empêché

leçon de vie
l'orgueil est un péché capital
et non un coach de vie

j'ai choisi un long et douloureux chemin
qui jour après jour depuis quatre ans
me pèse me diminue
la croix est trop lourde à porter
je ne sais pas pourquoi j'ai besoin
de traverser ces épreuves

parce que ma vie a été trop facile avant

je ne sais vraiment pas ce que ça change à l'humanité
de faire ce que je fais
c'est un diplôme dur à obtenir
en travaillant à temps plein
d'ailleurs pourquoi me suis-je retrouvée
à travailler à temps plein
moi qui ne voulais plus de cela

je n'ai pas assez de prédateur
je suis en train de m'autodétruire
à force de vivre dans l'abondance
manger boire chier
dormir me lever travailler

non

j'ai juste envie de m'enfuir

tu as raison virginie
il faut que ça en vaille la peine
je repars réfléchir
et à défaut de trouver rapidement la réponse
je retourne travailler
et faire de mon mieux
dans mon quotidien
celui qui m'est alloué
pour me retrouver.

samedi 5 mai 2018

stop



du lundi au vendredi à l'agence
j'aide toutes sortes de gens
qui parlent le français ou l'anglais
qui baragouinent l'un ou l'autre
ou un mélange des deux
ou encore rien pantoute

il y a les asiatiques
les chinois de hong kong établis à vancouver
les autochtones à travers tout le pays
ceux qui portent des noms francophones
et tous les anglophones
tinker drinker dreamer white baker
les ressortissants de la côte d'ivoire
les syriens qui ont fait zéro revenu en deux mil dix-sept
zéro revenu en deux mil seize
et zéro revenu en deux mil quinze
il y a les résidents temporaires avec permis de séjour
ceux avec permis échus
il y a les réfugiés
il y a les résidents permanents
il y a les français
il y a les numéros commençant par zéro et ceux par neuf
il y a ceux qui te donnent leur numéro de téléphone
au lieu du numéro d'assurance sociale
en t'assurant que c'est le bon
il y a les italiens de st-léonard et ceux qui appellent de milan
il y a les mères dont le mari habite au pays
il y a les enfants sans parents
qui sont en centres d'accueils
il y a les grands-mamans qui s'occupent des petits
il y a les parents
avec quatre enfants handicapés
il y a les gens qui appellent pour aviser du décès
de leur femme ou de leur mari âgé de quatre-vingt-trois ans
et qui gèrent chaque chose patiemment
une à la fois et ne pleurent pas
il n'y a pas encore eu la mère
m'annonçant le décès de son enfant mineur
mais ça ne saura tarder
les statistiques ne jouent pas en sa faveur
il y a les gens de toutes les races
les jaunes les rouges les blacks
les intoxiqués les ivres les décrochés
les résidents sans domicile fixe
ceux qui ont déménagé tant de fois dans la dernière année
qu'ils ne peuvent te donner aucune adresse valide
il y a ceux qui habitent des boîtes postales
et ceux qui changent de province
il y a les étudiants étrangers
et les divorcés pas encore séparés
il y a les jeunes n'ayant pas vécu
douze mois de vie conjugale
mais sont conjoints du fait d'avoir déjà eu un enfant ensemble
il y a celle qui a eu deux enfants en moins de deux ans
et trois états civils différents
il y a la mère dont le mari prend l'argent
il y a l'homme qui veut accéder au dossier de sa femme
il y a le mari dont l'épouse ne parle pas la langue
il y a le mari âgé qui n'entend plus bien
il y a ceux qui ne savent pas lire
il y a ceux qui crient car ils ont eu un accident cérébrovasculaire
et ceux qui oublient tout dans un cerveau noyé
il y a ceux qui laissent leur papiers dans le pick-up
il y a les téléphones cellulaires
il y a ceux qui appellent du chantier
et ceux qui appellent sur la réserve
il y a les enragés et les frustrés de la vie
qui sont tous doux en fin d'appel
il y a les puckés pour vrai
il y a ceux qui appellent pour le prochain
soixante-dix piastres trimestriel
il y a tous ceux qui n'ouvrent pas le courrier
il y a les enveloppe-phobes
il y a ceux qui essayent l'électronique
il y a ceux qui changent de garde tous les mois
il y a ceux qui savent nommer leur huit enfants
et donnent leur dates de naissance en ordre chronologique
il y a ceux qui ont des papiers de cour
et d'autres qui ont toutes leurs déclarations de revenus
il y a les débiles
et les parents d'enfants autistes
il y a ceux qui mémorisent le montant
de la ligne cent cinquante
et ceux qui appellent la ligne francophone
pour te parler en anglais
il y a les crédits pour personnes handicapées
et les gens sans fichier
ceux qui ne sont nulle part
et qui doivent être attachés à un conjoint guide
il y a ceux et celles
à travers tout le pays

je ne les aime pas tous d'emblée
ils me déconcertent avec leur étourderie
leur ignorance leur négligence
mais j'aime toujours les servir
car je sens la volonté
j'admire leur patience et leur humilité
leur écoute l'effort qu'ils mettent à comprendre
et à agir
ils veulent savoir régler essayer
ils font
ils avancent
et à la fin des appels
qu'ils aient pleuré crié sacré ou épelé
nous sommes eux et moi toujours un peu plus contents qu'avant



mais il y en a d'exceptionnels que j'exècre



ceux-là  je les haguis du début à la fin
je suis capable de haine professionnelle

la pimbèche à l'accent français
qui n'a aucune réponse à tes questions
car c'est son fiscaliste qui a fait ses impôts
alors qu'elle déclare un gros revenu
de sept mille huit cent soixante dollars par année

(fiscaliste de mon cul
pauvre conne)

le mec qui ne peut te donner
aucune des informations sur son dossier
même si ça prend ça pour aider sa blonde
parce que tu vois
il ne sait pas
c'est sa secrétaire qui s'occupe de ça
c'est trivial de connaître son revenu net
de trois cent cinquante huit mille dollars
et de savoir si sa déclaration de revenu
a été transmise électroniquement ou en papier
il ne fait même pas l'effort ludique
d'essayer de guesser d'un coup qu'il tomberait dessus par chance
et que ça changerait la vie de sa conjointe

(estique de parvenu de mon cul
pauvre con)

ceux-là
ils m'enragent
ils me font pester
j'ai envie de les fesser
ils réveillent en moi la tueuse
je veux les étrangler et leur faire mal
ces espèces d'incapables qui se prennent pour d'autres
et c'est à ça que je pense en silence
pendant qu'ils n'essayent rien
baignant abjectement dans leur suffisance
pendant que la vie avance comme si on leur devait tout
je les haguis en silence
au bout du fil

et pour ceux-là
et ceux-là seulement
le mensonge a été crée
celui où je prétends que la ligne griche
qu'elle va être coupée
que j'entends vraiment mal
et que

oups

ciao
bye
hasta la vista baby
on passe à un autre appel.

samedi 28 avril 2018

ligne de vie


(image sans crédits volée sur un site web)

voici ce qui m'occupe ces jours-ci
et qui fait que je ne suis pas parlable
non parce que je sois devenue asociale
mais que je manque de temps

j'ai un contrat de jour dans une agence
de neuf à cinq avec trente minutes pour luncher
et deux pauses de quinze minutes
j'ai accepté le contrat
pensant qu'il se qualifierait pour un stage
à l'intérieur du vingt-quatre mois obligatoire
pour obtenir le titre de cpa
je ne sais pas encore si ça va marcher
mais j'adore ce contrat
j'y trouve bien mon compte
ça me donne un coup de pouce financièrement
j'y aide des gens au quotidien
et j'ai du plaisir dans une équipe
avec une chef d'équipe
qui est plus une mère-poule
qu'une boss

les soirs et les week-ends
je m'occupe de mes clients
ceux que je n'ai jamais sollicités
mais qui ont accouru dès qu'ils ont su
que j'allais travailler les chiffres
que je saurais m'occuper des leurs

et depuis janvier j'ai refusé quelques clients
j'ai prévenu les miens que je n'en prendrais pas d'autres
j'ai gardé la crème par manque de temps
et c'est parfait

j'ai donc laissé les moins bien organisés
en arrière
tant pis pour eux
ce sera toujours tant pis
pour les moins organisés
dans la jungle de la vie
il faut un minimum de discipline
un minimum de volonté
pour sortir du marasme
faut pas se complaire dans son propre bordel
(j'haguis les pleutres)
et surtout ne pas utiliser le prétexte que
tu sais je suis un artiste
on est comme ça nous autres
jamais à l'heure
comme si c'était futile d'être rigoureux
comme si la création te donnait un passe-droit

moi aussi je suis une artiste
et je suis fichtrement bien organisée
faque va chier
si tu veux travailler avec moi
sois à la hauteur
(fin de l'éditorial)

ce week-end après le brunch de fête du frérot
je vais clore les dossiers fiscaux
de mes clients pour entamer
leurs affaires d'entreprises dès le mois de mai

et le week-end prochain
je débute mon deuxième cycle en compta' à l'université
avec des cours le samedi
et les lundi et mercredi soirs

j'essaye d'avoir sept jours de congé cet été
entre ma session scolaire d'été et celle d'automne
mais ça ne sera pas simple à l'agence
que veux-tu
c'est si prometteur un poste d'entrée
à la fonction publique
on peut bien faire quelques compromis

mais bon
il faut faire des choix
et ces jours-ci je ne suis jamais sûre des miens
car je suis fatiguée à outrance
et ne pas avoir le temps de penser
est très périlleux dans mon cas
car je ne suis plus très jeune
et si je mange mal
manque de sommeil et de temps pour l'exercice physique
je peux en tout temps voir trouble
et vouloir me calisser
sous les roues du train

je suis la première à dire
qu'on peut choisir sa vie
et je me demandais cette semaine
pourquoi je ne choisissais jamais la plus simple
et je pensais sérieusement
souffrir d'un complexe d'infériorité
qui me pousse sans arrêt à vouloir prouver
que je suis meilleure que les autres

je ne suis pas heureuse de moi
ce n'est pas suffisant
j'ai un orgueil mal placé

et puis jeudi je pose les yeux
sur la chronique de nicolas langelier
dans le dernier nouveau projet
et je comprends tout
à tout le moins
je suis touchée

il me manque certainement de participer
à quelque chose de plus grand que moi
je n'ai pas besoin d'être meilleure que les autres
je n'ai pas besoin de m'essoufler ainsi
comme une bonyenne
et crever avant le temps
j'ai besoin de m'investir avec la communauté
sentir que j'aide
je veux faire partie d'un tout qui est plus ambitieux que moi
j'ai besoin de savoir qu'ensemble
tout est possible
et qu'on avance

mais je manque un peu de courage
je n'ai pas envie de pédaler seule
je n'ai pas envie de mener
ni de mobiliser
je lâche les bras au lieu d'aller à la rencontre
et de faire lever la pâte

alors je fais lever la pâte
dans la cuisine du palace
dans mon ordinateur
dans ma calculatrice
dans mon emploi du temps

pour combler ce grand vide sidéral
qu'est le manque d'un projet commun
un projet qui fait une différence
qui fait avancer l'humanité
plus que celui d'obtenir un titre en comptabilité

j'espère quand même que lorsque j'aurai
complété mon estique de titre de comptabilité
vers mes cinquante-cinq ans
je sois finalement en symbiose
avec mes valeurs et mon environnement
et que je participe davantage
à la progression d'un tissu social
plus intéressant

je sais déjà que mes fils le font à leur tour
mais j'aimerais bien encore
jouer dans cette terre
qui est la nôtre
et que je souhaite comme tous
vouloir rendre meilleure.

lire le petit dernier 
toujours pertinent
qui m'aide constamment à réfléchir.

samedi 21 avril 2018

un autre appel



franchement
je trouve que c'est trop long la vie
mon désir de vivre jusqu'à cent trois ans
il y a quelques années
est remplacé avec le temps
par une lassitude tacite

comprenez moi bien
je vis une bonne vie
et je suis très heureuse
j'aime tout ce qui se passe ici
j'ai envie de faire des choses
de peindre et d'écrire
de vivre seule avec l'homme-chat
dans le bois

mais c'est trop long

c'est une tare que nous puissions vivre
maintenant plus longtemps
que la bouffe et la médecine soient meilleures

mais il faut les vivre
tous ces jours additionnels
cela prend des ressources
on consomme plus d'eau
plus de nourriture
on dépouille encore davantage
la terre de ses richesses
c'est nul et absurde

je suis contre

il n'y a plus d'utilité
à vivre au-delà de notre contribution à l'humanité
dès lors qu'on a procréé
ou aidé
on a fait notre part

on devrait pouvoir sortir dignement
fermer la porte derrière soi
et une fois qu'on a tout barré
en s'assurant que le rond de poêle est bien éteint
et les lumières fermées
on saute dans le taxi
au milieu de la nuit
et c'est fini
on ne revient plus

générique
on passe à un autre appel

on laisse la place aux plus jeunes

mais bon
puisque je suis encore ici
aussi bien aimer la vie
parce que ce n'est pas parce que c'est long
que j'ai le droit d'écoeurer le peuple
ou de casser le party.