samedi 28 février 2015

everlast



dans l'avion du retour de toronto
j'ai regardé la première heure du film
the theory of everything
biographie romancée de stephen hawking

je n'ai pas fini le film
et je ne sais pas de quoi parle sa fameuse théorie
je ne l'ai pas googlée
mais je me suis rappelée récemment
en revenant de mon examen de comptabilité
que j'en avais une théorie
sur le tout du tout de la vie

il s'agit d'une corrélation exponentielle
entre l'effort et le besoin de repos
avec un exposant d'âge

depuis quelques années
je constate que je suis moins efficace qu'avant

il y a vingt-sept ans
cela ne me prenait que onze mille dollars par année
et deux semaines de vacances
pour produire pendant cinquante semaines
et enrichir mon employeur et la société en général
et faire vivre ma famille
il faut croire que j'ai été efficace
car je n'ai pas arrêté de travailler depuis
à l'exception de deux congés de maternité de trois mois chacun
et un break entre juin et octobre deux mil six
alors que je reconsidérais mes objectifs professionnels
en pleine crise de la quarantaine

maintenant il s'agit que je revienne
d'un congé de cinq jours aux fêtes
pour être crevée après deux semaines
et excitée à l'effet de prendre enfin de vraies vacances
il ne suffit plus de rester à résidence
quatre semaines par année
à lire des romans faire des rénos
ou à méditer
car pour bien me regénérer
il me faut voyager voir du pays
sinon quand le fera-t-on
si on en a encore un jour l'énergie

ces dernières années
je côtoie de plus en plus de gens
qui attendent leur retraite
ou qui planifient leur prochain voyage
dès qu'ils reviennent du précédent
comme s'ils ne vivaient que pour les moments
de ressourcement et de relaxation
et n'avaient plus de capacité de production
crime concentrez-vous bonyenne
focusez produisez
soyez rentable de dieu
on vous paye

j'ai toujours trouvé que c'était un signe de vieillesse
d'épuisement
de manque d'éthique professionnelle
que de penser à autre chose que le travail
pendant qu'on travaille
surtout quand on vous paye

je ne pensais pas un jour être ainsi
et penser moi aussi aux prochaines vacances
plutôt que d'être stimulée de pouvoir contribuer

j'ai toujours senti le devoir de produire
du fait que l'on me payait
quand je deviens moins efficace
que je quitte pour le week-end
en bookant le resto du soir sur l'heure du lunch
que je consacre autant d'énergie au sport et au bénévolat
qu'à ce pourquoi on flaube des ressources sur mon dos
ça ne va pas
quelque chose dans l'équation ne fonctionne pas
j'occupe des ressources qui iraient ailleurs
pour le rendement que cela procure

les jeunes
remplacez-moi
je me vieillis je me rouille
j'apprends toujours mais je rends moins constamment
de façon plus stratégique peut-être
mais avec un effort moins grand
il est étrange que l'on récompense plus
celui qui pense que celui qui produit

je relisais mon plan de vie hier matin
et je suis bien enlignée sur mes objectifs professionnels
il semble que je doive encore travailler
quelques années à temps plein
avant de tomber à mon compte
mais je n'ai envie que d'un drink maintenant
comment m'y rendrais-je

j'ai de la misère à rester chargée
comme si chaque heure de repos
ne produisait plus autant d'efficacité
la voyez-vous ma théorie
mon équation sans constante K
qui me rit dans' face de
ouais ouais
fin de vie utile
obsolescence programmée

il faudra me retirer du marché

voyez-vous comme il est difficile
de demeurer pertinent
et indispensable
(ce n'est pas le cas rassurez-vous)

chu trop high pour rester chargée
chu partie trop vite comme diraient les coureurs
je devrais appliquer un de mes préceptes
qui émane de ma théorie
sur le tout du tout de la vie

god damn fuck

fuck l'intensité propre à la jeunesse

conserve energy
you've got to last
for many years to come.


samedi 21 février 2015

scandale



tout comme on s'habitue à la souffrance
et aux conditions difficiles
il faut bien que l'on s'accommode des fois
du confort et du plaisir

s'il y avait un scandale sur la corruption
je serais une suspecte idéale
je suis molle comme l'humain

je gagne ma vie beaucoup mieux
qu'il y a vingt-sept ans
et je voyage plus luxueusement
je mange dans de plus grands restaurants
personne ne me blâme
sauf pour me dire que je dilapide mon argent
plutôt que de le redonner à la société
mais personne ne peut vraiment m'en vouloir
je fais ce que je veux avec la rétribution de mes efforts
avec mon pain négocié et sué

mais voilà qu'au travail je voyage également beaucoup
avec notre agence de voyage
nous avons des fournisseurs attitrés et des tarifs privilégiés
je n'ai cessé depuis six mois
d'augmenter la qualité de mes séjours
dans le respect des politiques
passant de motels miteux à trente-huit dollars de taxi
à des hôtels quatre étoiles en plein centre-ville

on s'entend que je n'ai pas besoin
de tout ce confort pour travailler
je monte les marches du métro square victoria
cinq matins par semaine
et passe devant le lit du sans-abri
constitué d'une dizaine de journaux vingt-quatre heures

mais voilà
je m'habitue grassement au confort

je dis donc que c'est si facile
d'être déconnectée et objective
et qu'un jour si quelqu'un me voulait du mal
je me ferais pincer dans un scandale à la
oui mais elle a mis sur son compte de dépense
une nuitée au royal york
pis une autre pis une autre
ça a coûté à la banque tant de dollars
plutôt que tant et au bout du compte
ce sont les clients qui payent
et ce sera bien sûr vrai
et je tomberai des nues
et me dirai mais oui mais c'était permis
et on pointerait du doigt les centaines de travailleurs
qui font comme moi dans une société ou une autre

vous trouvez que ce n'est rien
que ça fait partie des choses
vous trouvez que le fait qu'on soit intègre
dans nos intentions et nos transactions
nous affranchit du goût des privilèges
et bien non je vous le dis
personne n'est à l'abri
d'accepter toujours un meilleur environnement

vous dites que ce n'est rien
que pour travailler au loin il faut bien être compensé

moi je dis que je n'y pense même pas
que ça fait partie de ma vie
que c'est mon travail
que mon employeur me l'accorde
que c'est la rémunération de mes efforts

et un jour quelqu'un crie au scandale
et on n'a rien à dire
et on est comme tremblay
candide et plein de bonne fois et on dit
oui mais on n'a rien fait de mal
parce qu'ici on appelle ça des conditions de travail
on appelle ça de la reconnaissance
et qu'ailleurs on appelle ça de la corruption
ça dépend du point de vue et du but visé

c'est ainsi qu'humaine j'hésite à juger
les autres humains

ma petite normalité
est certainement un abus pour quelqu'un d'autre
et additionnée aux autres petites normalités
deviendra une énormité inacceptable pour la société.



samedi 14 février 2015

sign your name across my heart



je veux ton corps dans mon lit
je veux tes yeux dans mon coeur
je veux ton nom dans mes papiers
je te veux dans ma vie

si je vous ai souvent parlé d'amour
l'homme-chat devait être impliqué
je ne peux passer outre l'amour
en cette journée de st-valentin
alors que mon couple 
est la fondation de mon évolution

hier quand mes collègues me quittaient
nombre d'entre eux m'ont souhaité
une agréable st-valentin
ce souhait reçu dans une proportion plus importante
que dans les dernières années
ce souhait que l'on reçoit de tous
lorsqu'ils savent qu'on débute une relation
lorsque ce sera notre première fois
alors qu'on mesurera la force de notre amour
à l'aide de manifestations matérielles

je ne sais pas pourquoi on m'a souhaité cela
peut-être l'amour est-il au goût du jour
comme le bacon caramélisé
ou comme l'industrie florissante du matchage
gonflant la valeur de nos fonds de pension
non plus par la vente de roses et de chocolats
mais par la vente de pub sur les sites de rencontres
ou les honoraires pour entrevues et tests psychométriques

l'an dernier j'ai passé la fête de l'amour
dans une maison au texas
avec l'homme-chat
et trois demoiselles
dans un trip de course à pied
cette année je passe la fête de l'amour
à cuisiner avec l'homme-chat et recevoir
des amis de longue date

je peux vous dire d'emblée que je ne comprends pas
comment les gens font pour se choisir virtuellement
comme on choisit une paire de souliers
mais c'est parce que je n'ai pas magasiné
depuis près d'une quinzaine d'années
me voyant construire et échanger
sur les réseaux sociaux
je serais peut-être la plus fervente adepte
de ce nouveau marché

mais je ne ferai pas l'hypothèse que je suis célibataire
car je ne le suis pas
je vais plutôt vous dire
comment ma recherche du bonheur
se concrétise beaucoup dans ma relation amoureuse
comment j'ai eu raison
de faire confiance au temps
comment celui-ci bonifie constamment
ma relation de couple

je suis chaque jour bénie
d'avoir aimé patiemment
plus que jamais ces dernières années
j'entends les je t'aime et les mon amour
si muets dans les premières années
alors que je voulais les ouïr pour mieux me définir
l'amour nous transforme l'homme-chat et moi
et nous le savons
lorsque nous échangeons ce regard souriant
de nombreuses fois dans la journée
ce regard chargé de bienveillance
de bonheur et d'espoir
de bien-être et d'amour

dans l'amour que j'ai et qu'il a
il y a cette gratitude d'être aimé et d'être bien
le temps a fait ça
on le sent dans notre couple

je me souviendrai toujours
de la tendresse que j'ai ressentie
lorsqu'après l'amour le vif le suant
il m'avait gardée près de lui le premier soir
collée au creux de son corps
lovés en cuillères
nous dormons encore ainsi
avant ou après l'amour
oui nous dormons encore ainsi
et cette tendresse reste dans mon coeur
et se poursuit dans nos regards
lorsque nous sommes éveillés

je ne vous énumérerai pas les gestes quotidiens
que l'amour implique
mais ils sont infinis
et se traduisent au-delà de l'entraide
ils se traduisent par la gentillesse gratuite
tout le temps
le fait de ne pas juste vivre en couple
mais de penser à son bien-aimé
de faire quelque chose pour lui
qu'il fasse tant de choses pour moi
le fait de faire tant de choses à deux
que nous ne ferions pas seuls
et la gratitude de pouvoir le faire

se remercier l'un l'autre d'être ensemble
vivre dans l'intimité
la croissance
le bonheur
la paix

c'est clair que j'adore l'amour.


now take it away sweet d'arby.

samedi 7 février 2015

saleté



hier soir seule
attablée avec ma bouffe
et ma lecture touristique
j'avoisinais une cohorte
de cinq professionnels dans la mi-trentaine

elle lui dit
what kind of car do you have
son chum de lui répondre
you can see his keys on the table
a jag-u-ar yes it's a jaguar
oh i love it
yes i love it too

le propriétaire de la panthère
est assis au milieu
il a une shape de footballeur
dans un costard bien coupé
le crâne brillamment rasé
j'entends qu'il est banquier
il fait face à sa petite amie
il parle fort
la boisson révélera sa vulgarité
à sa gauche il y a un ami
en habit de preppy
assis en face de sa blonde
qui s'intéresse aux chars
elle est sociable et gentille
elle fait la conversation
le chauve lui dit
you want to change him for me
le cinquième convive
porte son complet du vendredi
et une barbe naissante de fin de semaine
il assez baraqué pour qu'une femme
soit trop fragile pour lui
il n'était pas accompagné

au milieu de la table
cinq menus fermés depuis trop longtemps
des verres à moitié secs
et des coquilles d'huîtres évidées
ils ont bien cinq-à-septé
peu de bouffe
beaucoup d'alcool

pendant ce temps
je déguste ma salade césar
et mon whiskey sour
en faisant la conversation virtuelle
à mon écran de téléphone

le chauve se lève
et visite ses voisines
je pense que c'est une deuxième tablée
de collègues arrivant pour le souper
il n'est même pas dix-neuf heures
lorsque je regarde
je m'aperçois que ce sont deux prostituées
je ne comprends pas ce qu'il fait
mais il y passe un certain temps
avant de revenir s'asseoir
en face de celle qui devrait être sa blonde
la conversation porte sur tout et rien
et sur la barbade
le chauve passe d'une table à l'autre
embrasse une des blondes
elles se lèvent et s'en vont
il vient rejoindre sa gang

le party est fini
il dit à sa blonde
what
you know i love you
it's nothing
they were just hookers

j'étais rendue au filet mignon
médium saignant le steak
le couteau rentrant bien dans la chair

ce n'était peut-être pas sa blonde après tout
c'était peut-être juste une date
mais quand elle s'est levée pour aller s'aérer
j'ai vu qu'elle avait mis les efforts
fait de belles boucles au fer chauffant
dans ses cheveux à mèches
elle n'était même pas vieille
une de ces belles jeunesses au corps publicitaire
maquillée et habillée pour l'occasion
elle avait choisi le mauvais gars
peut-être avait-elle choisi le portefeuille
le pouvoir et l'arrogance
ce n'était même pas don draper
mais ça ne la mettait pas du tout en valeur

s'il était un salopard en public
je ne pouvais imaginer l'imbécile en privé
je ne pouvais pas croire
que cela existait dans la vraie vie civilisée
dans le pouvoir au sein d'une société
que je pensais éduquée
je n'avais jamais témoigné
de tant de misogynie
endossée par des gars muets
et des filles qui ne disent rien
des gars et des filles qui renoncent
face à un pouvoir autre
l'argent affranchit-il du respect
quelle déception que cette population

mais le filet de steak était bien mignon
et en seule femme que j'étais
de la lame de mon couteau
je l'ai bien dominé.


samedi 31 janvier 2015

abondance



cette semaine ma boss a été nommée vice-présidente
elle mérite amplement cette promotion
elle travaille dur depuis des années
cette décision a été entérinée
au conseil d'administration
pour créer le poste il fallait argumenter
que ses fonctions étaient beaucoup plus complexes
que celles de bien d'autres vp
cette nomination témoigne également
de l'importance que revêt son secteur
au sein de l'organisation

hier après-midi comme c'est souvent le cas
dans les dernières heures de la semaine
mon esprit était clair
et je ne voulais pas quitter le bureau
j'avais un air d'aller dans ma stratégie
tout était facile j'avais du contenu
j'écrivais je planifiais j'ordonnais
j'ai même soumis ma première version
due avant la fin janvier

c'est ainsi que l'on gagne nos vies
elle moi et nos collègues
à penser des choses
à faire des réunions
à mettre en place des moyens
à communiquer des plans
afin que d'autres puissent utiliser
modifier mieux faire produire et réaliser

comme c'est abstrait comme travail
quand tu regardes ça de l'extérieur

si j'avais peint
comme je le souhaitais dès mon jeune âge
j'aurais gagné ma vie
en vendant des peintures
à des gens qui en voudraient
afin qu'ils puissent rêver
voyager admirer apprécier dépenser en parler
et comme c'est futile tout autant

comme je serai bientôt en réflexion stratégique
sur les activités de la fondation
je me poserai les mêmes questions
mais que fait-elle
à quoi sert-elle

et c'est ainsi que je me retrouve encore
dans la quadrature du cercle
à me demander si au fond
le seul travail qui vaille est celui
de soigner éduquer et nourrir
et pour qui et dans quel but

c'est bien étrange dans cette époque
où on essaye d'avancer
et qu'on parle de resserrer les moyens
qu'est-on en train de resserrer au fait
qu'est-ce donc qu'on empêche d'avancer

je lis ces jours-ci le prince de machiavel
qui instruit de façon pratique
sur la façon de prendre et de garder le pouvoir
ça où les existentialistes
tant qu'à moi c'est pareil
comme effet sur mes activités quotidiennes
quelle futilité que cette abondance d'activités
la vie tourne en rond
nous ne faisons que passer

c'est sûr qu'avec du recul
qu'on soit vp ou pépé
il n'y a rien qui soit plus important
qu'autre chose
aucune activité humaine
n'est essentielle
on ne passe nos journées qu'à les occuper
qu'à ignorer la fin de l'éternité.


samedi 24 janvier 2015

body language



ça y est j'ai l'âge de ma mère

depuis la mi-décembre
j'ai eu deux diagnostics de périménopause
j'avais promis de ne pas en parler
de ne pas me laisser aplatir
par l'angoisse de vieillir

je me pâme d'être jeune
de n'avoir que quarante-sept ans
moins de la moitié de mon espérance de vie
même pas encore grand-mère
et espérant l'être en multiples

pas même mariée
jeune poulette séductrice
au faîte de ma carrière
avec quinze ans de travail à temps plein
devant moi
puis du temps partiel à m'occuper
des visées d'implication sociale
le début d'un certificat
et la perspective d'un titre professionnel

non je suis encore dans ma prime jeunesse

mais voilà que depuis deux semaines
les changements dans mon corps
taxent mes ambitions
je dors comme un bébé
je passe tout droit
je n'entends plus le réveil
et mes engagements d'entraînement
tombent à l'eau

c'est là que je me dis
que ce j'haïs le plus dans la vie
ce n'est pas de vieillir
c'est que la machine ne suive pas
et je me rends compte que ce n'est pas l'âge
ce pourrait être la maladie
ce pourrait être la morosité
ce pourrait être la paresse l'oisiveté
ce pourrait être plein de choses
me rendant immobile

mas ce n'est pas l'âge
il y a alice cole
il y a ma mère justement
cette femme si énergique
il y a ma grand-mère qui l'est encore plus
je peux bouger
je peux danser
je peux courir
et je vais m'efforcer
de continuer à nourrir mon corps
pour qu'il reste flexible agile et fort
je vais le lever l'entraîner le pousser
pour qu'il soit encore jeune et sain
et qu'il me permette de réaliser
toutes mes ambitions

m'en cawlice de devenir quinquagénaire
sexta sexta sex-appeal
je veux juste pas saigner vingt jours par mois
pendant les prochains deux ans
et ne pas pouvoir bouger
je vais m'habituer et rebondir
car la vie ne s'arrête pas
à sept heures et dix un samedi
de janvier deux mil quinze.

samedi 17 janvier 2015

errer sans savoir



il est exigeant de posséder aujourd'hui
une vaste culture générale
de maîtriser l'histoire la science
la géographie
et puis encore d'être à jour avec l'actualité

mea culpa
je ne m'informe pas
non par paresse
mais je n'y trouve pas le temps
ou peut-être est-ce parce que
je passe mon temps
à apprendre d'autres choses
les arts la comptabilité
le corps le métier
à faire toutes sortes d'activités
me convaincant de la vie
puis à dormir

je connais l'actualité
par les nouvelles relayées
dans les médias sociaux
puis dans mon devoir en papier
sur les écrans médiatiques
dans le métro et l'ascenseur au bureau
et sur l'application new york times
de mon téléphone
plus intelligent que moi

je ne connais rien de la scène culturelle
ni le nom ni le visage ni le son
des chanteurs et des acteurs
ne me parlez pas d'un film
je ne vais pas au cinéma
je ne regarde pas la télé
et ne l'écoute pas plus en fond de trame
je suis abonnée
au national geographic
depuis plus de vingt ans
à nouveau projet qui me fait réfléchir
et à quelques revues d'art
je ne les lis presque pas
j'écoute la radio parlée dans mon char
les rares fois que je l'utilise
et même pas à radio canada
mais à arcand curzi maréchal dutrizac houde fournier

je lis des documents stratégiques
liés à mon métier
je lis des manuels scolaires
liés à mes études
je lis des livres sur tous les sujets
dans mes loisirs

donc isolée de la société
je n'apprends les nouvelles que lorsque
la catastrophe a éclaté
et lorsqu'elle arrive
je n'ai aucune donnée de contexte
je ne sais plus où se situe telle ville
telle capitale tel pays d'orient
ou comment on appelle aujourd'hui la tchécoslovaquie
je sais ça vous choque
mais c'est aussi pour cela
que je souhaite rarement réagir à froid
lorsque je lis une mauvaise nouvelle
j'essaye d'abord de la comprendre
dans le pot-pourri de mon esprit
et peut-être même me dresser un contexte
dans wikipedia qui est une source plus fiable que moi

j'ai rarement une opinion tranchée
je suis timide à cet égard
ayant vraiment peur de me gourer
c'est le propre des balances
que dit ma culture astrologique
l'envie de voir les deux côtés de la situation
avant de juger
mais voilà
compte tenu de mon retard informatif
je ne me rends jamais à cerner
entièrement la vue d'ensemble

bref je continue donc à consacrer ma mémoire vive
à digérer des informations spécialisées
et à vivre dans le déni
de la cartographie des enjeux mondiaux
l'avantage de cette réalité
est que la vie est belle
et que je croise les itinérants
en chair et en os
je m'implique dans une cause plutôt que mille
et que j'aime profondément tout ce que je fais
mais quand je hoche de la tête
dans une conversation intelligente
ne me passez pas en entrevue
de grâce
je coule le cours d'actualités.


samedi 10 janvier 2015

errare humanum est



david et goliath
le caravage, 1599

de retour au travail cette semaine
je n'ai pas beaucoup cherché
la bonne nouvelle dans l'actualité
et à défaut me suis fait inonder
de grand désespoir humain

vous savez comme j'ai peur de la mort
vous ne vous doutez même pas
comment je crains le meurtre
ce geste à dessein
d'un humain enlevant la vie
à son contemporain

charlie hebdo
boko haram
la colline parlementaire
al fuwat
magnotta
sandy hook
turcotte
rizzuto
les rouges et les bleus
l'afghanistan
medellin
l'irak
homolka et bernardo
les hells
la somalie
columbine
dawson
oklahoma city
fabrikant
rwanda
pinochet
polytechnique
rfk
le cambodge
l'algérie
manson
jfk
le vietnam
l'indochine
la corée
la shoah
l'empire ottoman
holomodor
mao
kkk
staline
la sécession
les amérindiens
la st-barthélémy
les croisades
néron
les gladiateurs
l'empire chinois

une énumération non exhaustive
et nauséabonde de massacres humains
à répétition pendant des millénaires

et parmi tous ces massacres
il y a apparemment l'évolution
de nos civilisations
le progrès technologique et intellectuel
le confort le sucre et les moyens
la longévité et la santé

alors contemporains humains
aujourd'hui comme hier comme demain
allons faire le bien
sinon tuez-moi là.


samedi 3 janvier 2015

pierres d'assise



je suis festive
ayant pris quelques jours
avec l'homme-chat
en dehors du foyer
pour passer le premier de l'an

nous aimons célébrer ce marqueur
même si je me suis couchée
avant minuit le trente-et-un décembre
j'ai déjà fait le bilan de deux mil quatorze
et elle sera dure à battre
quoique je ne veuille rien battre
mais juste bien vivre

j'ai débuté deux mil quinze
en faisant l'amour
je crois que c'est important
mais ce n'était pas conscient
c'était juste bon
il y a de ces choses
qui sont le fondement même de l'existence
et qui deviennent pour moi des pierres d'assise

ma vie amoureuse est une fondation
ma sécurité physique est une fondation
mon travail est une fondation
mes enfants et ma famille sont des fondations
mon corps est une fondation
ma culture et mon développement intellectuel sont des fondations

je me le rappelle car il suffit
qu'il y ait un de ces aspects de ma vie
qui se mette à vaciller
pour que le reste chavire
pour que les paradigmes changent
pour que les repères disparaissent
pour que je me noie
et bien sûr comme toute personne de mon âge
cela m'est déjà arrivé

je crois donc qu'en deux mil quinze
forte de l'assurance acquise l'an dernier
je tenterai de rester consciente et éveillée
d'apprécier davantage ceux qui m'entourent
ce qui me rend heureuse
de prendre bien soin des fondations
de nourrir le jardin
afin qu'il offre toute l'année
les belles fleurs de la vie.

samedi 27 décembre 2014

gran reserva



ça y est nous y sommes arrivés
à l'aube de deux mil quinze
un chiffre qui n'apparaissait dans mon esprit
que dans des plans d'affaires horizon deux mil quinze

je serais tentée de dresser un bilan
ceux qui me connaissent savent que
je carbure aux réalisations
je suis femme de décompte et d'énumérations
plus le checklist est long plus je suis heureuse
à quoi sert de se lever aux aurores
si ce n'est pour se réaliser et pour en réaliser
mille et deux mille autres

ceux qui me connaissent mieux
savent que je pistonne à la reconnaissance
aux félicitations
c'est pour ça les bilans
c'est le bulletin de la bonne élève
le coup de pied dans le cul
pour continuer à y aller
à performer comme une grande fille
un bête de cirque une ti-jo-sait-tout

j'adore oser j'adore réaliser

mon année fut splendide en tout point
elle fut fatigante
j'ai l'impression de ne pas avoir arrêté
mais j'ai un vif sentiment d'accomplissement
j'ai tant grandi je le sais

j'ai appris à lire
en prenant l'exemple du défi b52 de la comète
et ai lu près de vingt-cinq livres cette année
mon préféré fut les états-unis du vent
suivi de près de the twenty-two million dollar shark
de arvida
et the signature of all things
le meilleur mise-en-bouche étant
le petit dernier de geneviève lefebvre
dévoré en cinq heures sur le train

j'ai appris l'humilité en ne sachant pas écrire
et en soumettant trois versions d'un même texte
j'ai compris que c'était dur de composer

j'ai appris à nager
en joignant les charlots au petit matin
et en persévérant longueur après longueur
à reprendre mon souffle
en n'ayant plus peur de me noyer
en découvrant la sensualité

c'était beau aussi la natation le matin
car j'ai réappris à socialiser
autour de nombreux déjeuners heureux
j'ai redécouvert le bonheur de jaser

j'ai acquis l'étoffe de la sportive
qui demi-marathon après demi-marathon
a su se relever malgré la piètre performance
j'en ai couru trois cette année
et le dernier je vous l'ai raconté
le lendemain d'une course magnifique
de quarante-septième anniversaire

j'ai acquis la confiance
encore
oui là vous pensez que je ne passe plus dans la porte
et c'est presque ça
j'ai de l'assurance
j'écoute plus que jamais ce que les gens disent
et je fais à ma tête
en fait peu importe ce que je fais
j'en suis fort aise et heureuse
je décide oui ou non
et je suis sereine
c'est un peu parce que je pense plus à moi

je suis redevenue sociable
et ai fait de nouvelles connaissances
autant que renoué avec les anciennes

je suis devenue moins énervée
je travaille plus au travail
j'étudie avec ardeur
mais je ne m'énerve plus pour le plancher sale

j'ai appris à connaître mon corps
et à suivre ses signaux d'alarme
j'ai appris à préserver ma santé

j'ai franchi un milli degré de plus
dans ma vie amoureuse
nous sommes bien et avons confiance l'un en l'autre
j'ai aimé voir l'homme-chat heureux
et je crois qu'il m'a vue heureuse aussi
nous nous en aimons davantage

j'ai acquis l'assurance
d'avoir été une bonne maman
la meilleure que je puisse être
car mes fils me rendent constamment
des tonnes d'affection
j'en suis convaincue maintenant

j'ai appris à dire non
et je n'ai pas besoin de m'expliquer
juste car je sais qu'en refusant
c'est pour mieux choisir
le où le quand et le comment

vous m'avez lue souvent cette année
je vous ai raconté
mes aventures
en conclusion
je me suis senti évoluer
dans le vrai sens
j'ai grandi

ce fut une année de maturité

je vous aime
vous êtes vraiment swell de me joindre
ici le samedi
et je vous souhaite
une merveilleuse année deux mil quinze
je vous souhaite la santé
pour bien faire
et je vous souhaite d'oser et d'aimer
et si cela vous tente
je vous souhaite même d'y aller!

tchin tchin les babes! xxx