samedi 15 juillet 2017

bleue



quand je nage
je ne performe pas
j'en suis incapable

quand je nage
j'essaye d'abord de ne pas me noyer
puis le temps de mon réchauffement
j'essaye de trouver un rythme
de reprendre mon souffle

quand je nage
je regarde le fond de la piscine
et quand le plancher baisse
en fonçant vers les profondeurs
mon coeur et mon esprit s'apaisent
et je me sens protégée
comme dans un utérus

quand je nage
il n'y a personne
que du mouvement de l'eau
presqu'un peu de vague
mais pas de coude qui touche
pas de pieds qui frappent
pas de voix qui parle
juste la mienne

jeudi j'avais pour mandat
pendant mon heure de nage
de réfléchir au coût et bénéfice
de refaire à neuf les sheds de notre duplex
j'ai eu le temps je pense
de faire le tour de toutes les variables
pour proposer mes recommandations
au conjoint et partenaire de ma vie
quelques heures plus tard

quand je nage
je compte les aller-retours
les cinquante mètres les cent mètres
les deux cent mètres
comme un métronome
comme une litanie comme un mantra

quand je nage
je suis dans une bulle d'eau
qui est à peine plus fraîche
que la température de mon corps
je ne respire plus le chlore
ni n'avale l'eau
parce que j'ai appris à faire

quand je nage
je fais aussi quelques exercices
que notre coach nous donne pour nous améliorer
ils sont faciles au début
et plus je les répète
plus ils sont durs parce que je me fatigue
et j'attends toujours impatiemment
les quelques dix minutes précédant
la fin de l'heure
pour simplement revenir à la nage

quand je nage
j'aime glisser dans l'eau
comme un cétacé un dauphin peut-être
beaucoup plus qu'un poisson
une espèce de mammifère marin
qui aime avoir la tête sous l'eau
qui a des fois une petite turbine
qui voit à cause de ses goggles
qui voit des choses impossibles
comme dans un vidéo de musique
des années quatre-vingt
quelque chose de géométrique
avec une ligne bleue tracée dans le fond
au-dessus de laquelle je flotte
avec quelques bouées délimitant le corridor
auxquelles je m'accroche quand je nage de biais

quand je nage
je suis bien
je suis apaisée
à l'abri des aléas de l'univers
s'il y avait la guerre
je voudrais nager dans une piscine
pour toujours.

samedi 8 juillet 2017

beau



depuis quelques temps
je me dis que j'aimerais arriver
à cinquante ans plus belle qu'à trente ans
les médias n'arrêtent pas
de nous noyer avec des images
de femmes plus âgées
super belles
helen mirren céline dion
meryl streep et j'en passe
notons que ce ne sont pas les moindres

que je me sente mieux dans ma tête
et dans mon corps
à cinquante ans qu'à trente ans
va de soi
c'est juste normal
lorsqu'on vit en occident
et qu'on n'a pas souffert de handicap physique
de maladie mentale
ou de sévices à l'enfance
qu'on se développe de cette manière
qu'on prenne conscience de la santé
qu'on fasse plus attention à soi qu'avant
qu'on prenne du temps pour soi
et pour les autres
qu'on ait trouvé son identité
qu'on vive bien avec

mais qu'on soit plus belle qu'avant
est un mensonge
c'est bien parce que la démographie nord-américaine
soit arrivée à majorité à quarante-cinq ans
que l'industrie nous vend l'image
de la femme belle à cinquante ans
je n'ai rien contre
c'est bon pour le moral
et ça continue à faire vendre du linge tight
et de la lingerie fine

mais croyez-moi
j'étais belle en crisse
à dix-sept ans
puis à vingt ans
puis à trente et à quarante

en fait je trouve qu'on ne célèbre pas assez
la jeunesse
c'est pourtant elle qui travaille
à sauver notre civilisation

la petite boulette qui vient de naître
le cinq juillet dernier
à l'issue de nombreuses heures de travail
au poids respectable de huit livres

augustin roy sept ans
qui fait le cube rubik
en à peine quelques secondes
et gagne un ruban de la persévérance scolaire
et qui est inscrit dans une école de bollés

laurence gagnon huit ans
responsable de la section danse
du spectacle de fin de camp musical
qui s'énerve de peur de ne pas bien accomplir sa tâche

lou-anne et lilimei tousignant
filles du futur

marion portelance violoncelliste dix-huit ans
qui a déjà joué au carnegie hall
en faisant un programme de musique
et un programme international au secondaire
et qui poursuit ses études au conservatoire de musique

thomas aucoin-lo vingt-six ans
qui donne ses mains et son coeur
à faire des lampes chez lambert et fils
après des voyages à travailler
dans l'ouest et dans le pacifique

gabriel aucoin-lo vingt-sept ans
qui dédie son énergie à la scène musicale montréalaise
avec passion depuis plus de cinq ans
et anime son émission de radio

anne bussière-godbout vingt-sept ans
conseillère stratégique chez kap
qui développe sa clientèle à une vitesse fulgurante
en élevant deux beaux enfants

gabriel nadeau-dubois vingt-sept ans
co porte-parole de québec solidaire
et député à l'assemblée nationale
qui a participé à soulever les masses
au jeune âge de vingt-deux ans
et faire marcher des milliers de personnes
dans les rues de montréal
pour décrier les politiques ankylosées
et oser vouloir changer le monde

odrey robillard trente-deux ans
nageuse de l'aurore aguerrie
conseillère en investissement responsable
à la caisse de dépôt et de placement du québec
qui contribue à mettre en oeuvre le plan d'action
de développement durable de la caisse

dominic leclerc dans la trentaine
cinéaste de rouyn-noranda
qui a commencé à produire
il y a plus de dix ans

julien niquet et david cayer trentenaire
qui cofondent glutenberg

émilie nollet trentenaire
qui co-fonde avec olivier demers-dubé
l'entreprise éau
créant des fermes d'aquaponie verticale
pour assurer l'autonomie alimentaire
et éradiquer l'exclusion sociale

moi dans la vie
j'aimerais mieux voir ces gens-là dans les médias
pour qu'on sache qu'ils existent
de tous les temps
c'est la jeunesse qui fait évoluer les choses
pas celle cosmétisée et habillée
celle qui sait faire
celle qui rêve
celle qui ose

c'est ça la beauté qu'on doit valoriser
la fougue l'espoir l'action
le monde des possibles.

samedi 1 juillet 2017

légère


leia organa et jabba the hutt

je ne sais pas combien je pèse
je le saurai le quatorze juillet
lorsque je me pèserai le quatorze juillet
pour la quatrième fois
depuis le premier mai

je ne me suis jamais pesée aussi souvent
de toute ma vie

j'aime le mot légèreté
je ne savais pas que c'était cet état
que je recherchais
lorsqu'au printemps je voulais rencontrer
une nutritionniste dès le premier mai
je ne savais pas alors
si j'avais des problèmes de poids
ou d'alimentation
ou de ménopause
ou tout cela à la fois
je ne savais pas et je n'avais pas le temps
de savoir ça
j'avais quatre cours
une saison d'impôt
un peu de course à pieds
et de la natation quand je pouvais

mais je n'étais pas légère
c'était clair

j'avais des fois des brûlements d'estomac
quand je buvais quelques verres
quoique j'avais déjà pris l'habitude
depuis un certain temps
de refuser de boire
quand le coeur ne disait pas oui
dès le premier coup
j'avais déjà appris à ressentir mes envies
face aux choses alcoolisées

j'avais aussi des trucs en-dedans
je ne savais pas ce que c'était
mais c'était à l'intérieur de moi
trop de bouffe trop de sucre du poison
je ne sais quoi
mais je pouvais difficilement faire des rotations
et lorsque je me regardais dans l'énorme glace
de la salle-de-bain
je voyais mon ventre assis sur mes cuisses
dépassant légèrement la pointe de mes seins

je savais qu'à quarante-neuf ans
je n'aurais jamais les seins que j'ai voulus toute ma vie
alors il était hors de question qu'en plus
j'ai un ventre me donnant l'air
de jabba the hutt

le premier mai
après ma session d'hiver
j'allais consulter
pour savoir quoi faire
quoi me foutre dans la 'yieule
et quand je l'ai rencontrée
j'ai dit à la nutritionniste
que j'aimais beaucoup manger
et que je ne voulais pas changer
mes habitudes alimentaires
ni entreprendre un régime
que je voulais juste aller comprendre
comment les choses marchaient

quand j'y pense avec du recul
je trouve que j'étais un peu arrogante
comme si j'allais chez le médecin
en lui annonçant tout de suite
que je ne prendrais pas de sa médecine

elle était wise la petite dominique
très fine psychologue je l'admets
et je ne sais par quelle magie
ça a été si simple à changer

ce que je redoutais le plus
soit couper du sucre et des cochonneries
a été tellement facile
et je n'ai pas du tout eu l'impression
ni de relever un défi
ni de me brimer
et encore moins d'avoir faim

peut-être que le choc de mon poids réel du premier mai
m'avait tellement fouettée
m'a tellement dit
que je m'étais défigurée
que ce n'était plus moi
cette femme de cent quarante livres
que je pensais toute ma vie peser cent vingt livres
ce poids me disait que j'avais perdu le contrôle
qu'il fallait que je prenne en mains cet aspect de ma santé

la jeune nutritionniste qui me conseillait
m'expliquait simplement des mathématiques
des plus et des moins
et mon esprit comprenait très bien ça
elle m'expliquait avec la science
quels aliments étaient nutritifs
et combien il en fallait dans une journée typique
quoi manger au déjeuner au lunch et au souper
et quels aliments n'apportaient absolument rien
sauf des livres en plus
et combien ces livres étaient difficiles à perdre par la suite
elle m'a expliqué les métabolismes
les calories en plus et celles en moins
les gras les sucres
elle m'a montré
en objets de plastique
les volumes correspondant aux poids
une livre de gras
une portion de viande de cent grammes
etcetera

quand je me suis pesée la deuxième puis la troisième fois
j'étais si ravie d'avoir perdu du poids
j'en chahutais dans tout le campus universitaire
mais les gens autour de moi me le disaient aussi
ça m'a fait tant de bien
je me suis trouvé légère
le teint meilleur
je mangeais des légumes aussi souvent que possible
je faisais encore des gâteaux
mais en coupant le sucre et le gras rajoutés
en faisant des purées de dattes
et en comptant sur les compotes de pommes
je comptais les amandes que je me foutais dans la bouche

le douze juin je me souviens
je pesais cent trente-deux livres
j'en avais perdu cinq en un mois
et quand dominique m'a montré sur la table
le jouet représentant une livre de gras
cette énorme masse et qu'elle m'a dit
que j'avais perdu cinq fois ça
c'est là que j'ai compris
ce qu'était la légèreté
cette grosse masse
je l'avais dans mon corps
c'est elle qui m'empêchait de vivre
de bouger librement
qui alourdissait mes pas
et obstruait mes organes
qui empêchait mon sang
de circuler fluidement
et qui me donnait sûrement
des maux de ventre et un teint gris

et depuis soixante-et-un jours
je note tout ce que je mange
sans compter les calories
mais en rapportant sur une feuille
ce que j'ingère aux déjeuners aux lunchs et aux soupers

car si le quatorze juillet ma balance
m'indique que j'ai repris du poids
je saurai pourquoi
j'aurai des traces

après deux mois
j'ai presque perdu mes nouvelles bonnes habitudes
je me sens un peu en danger
parce que je travaille moins
donc j'ai plus envie de manger
ça tue l'ennui
parce que c'est la saison de la crème glacée
et que même en réduisant de deux à une boule
il y en a plus au menu
qu'en plein coeur du printemps
parce que j'ai râté ma course du dix-huit juin
et que la possibilité de faillir
a repris sa place dans mon esprit
parce que je sens dans mon corps
la place de mon estomac
parce que j'ai relâché la garde
quand je prépare les assiettes au souper
parce que les pâtes sont bonnes
et que l'italie s'en vient

je vais resserrer la garde
même si c'est les vacances

j'ai l'air de la fille soucieuse de son apparence
victime des diktats qu'on dénonce
je le suis bien évidemment
ça fait partie de ma psyché
de me sentir belle
d'être bien dans ma peau

mais surtout j'ai tellement aimé ça
savoir que malgré la ménopause qui arrive
malgré mon amour de la bouffe
j'ai réussi à dompter mon corps
à écouter mon réel appétit
il y a des choses que je peux contrôler
si j'en ai envie
et je ne suis pas prête de les lâcher
parce que bien évidemment
je préfère être la belle
plutôt que la bête.

samedi 24 juin 2017

brutes



quand je déjeune le jeudi matin
avec la gang de charlots
je me dis que je fréquente vraiment des champions
je me tiens toujours avec les meilleurs

dans la vie
je dépense plus que je gagne
je vis toujours un peu au-dessus de mes moyens
j'ai de l'ambition
et beaucoup de prétention
je vis à crédit
je flambe du cash pour en faire
i fake it till i make it

quand j'étais à l'école
je voulais surement faire partie
de la gang de cool
et pas de la gang de losers

vous me lisez assez pour savoir
que je déteste les faiblards
ceux qui morvent et braillent
ceux qui disparaissent sous la terre
les insignifiants

je ne les fréquente pas
ils ne m'apportent rien

j'aime l'envergure
même si souvent
je n'en ai pas l'étoffe
je ne travaille pas aussi fort
je ne suis pas assez tough
des fois je suis une imposture
comme dimanche alors que j'abandonne
en plein milieu de la course
parce qu'un rien d'effort
devient psychologiquement trop dur
dans ces moments
je veux croupir sous terre
je suis en colère de n'être pas bonne
de n'être pas la meilleure
à la hauteur de mes ambitions
de détruire l'image que je veux incarner

puis après je retourne
me coller aux champions
parce qu'ils ne disent rien
ils ne me jugent pas
ils sont occupés à faire
ils ont mieux à faire
alors je ferme ma yieule
j'arrête de brailler
et je remets l'épaule à la roue
let's move on babe
if you want it go get it

ces gens-là ils carburent
ils savent que rien ne vient sans effort
mais qu'une vie sans accomplissement
c'est drabe et c'est déjà la mort

je les aime ces gens-là
et je voudrai les côtoyer toute ma vie

ceux qui écrivent des livres
courent des marathons
courent la gaspésie en relais amoureux
tricotent des sculptures
taillent le bois
coupent le métal
soufflent le verre
chantent dans le métro
traversent l'océan pour vivre l'amour
se cassent un bras en vélo
font des triathlons
se lèvent à l'aube pour fendre le chlore
vont plaider à la cour
se creusent les méninges pendant des heures
font des double dec
écrivent une thèse
font de la politique
aspirent à un monde meilleur
verdissent les ruelles
plantent des légumes sur la rue
cuisinent pour les autres
font de la boxe
font le ironman ce dimanche
le demi l'olympique ou le sprint
enfilent un wetsuit
portent un casque de bain sans broncher
fouettent les blancs d'oeuf
font le ménage
changent les draps
ouvrent les fenêtres
construisent des maisons
enseignent aux enfants
apprennent aux adultes
font du bénévolat
chantent des chansons
voyagent autour du monde
gèrent des hôtels et des restaurants
sont tous les jours en tablier
réalisent des idées
articulent celles des autres
font des mots croisés
jouent au scrabble et au crible
gagnent des tournois de pool
déménagent en couple
font leurs valises
crissent leur camp
font de la peinture
exposent sur les murs
rentrent en collection
rentrent dans les ordres
lavent la vaisselle
mangent de la crème glacée
conduisent des tracteurs
mènent les brebis
dessinent leur vie

voient le jour
voient chaque jour

ce sont mes champions
ceux qui me font pousser
ceux que mon coach david appelle tendrement

les bruuuuuuutes!!!

samedi 17 juin 2017

désamour



la vie de couple c'est dangereux
ça peut être rapidement rempli de désamour
si on ne fait pas attention chaque jour

la personne qu'on adulait à vingt ans
celle qui était la plus belle
et que l'on voyait lumineuse
dans nos rêves au lit le soir
en nous pressant de la revoir le lendemain
cette personne qui était la plus drôle
la plus intelligente
qui dépassait de loin tous nos camarades
celle avec qui on apprenait le plus
la personne la plus enrichissante
qui valait plus que nos parents
nos frères nos soeurs et notre meilleur ami
cette personne qui valait une carte confectionnée à la main
des mots d'amour recherchés rimés puis écrits
cette personne qui valait une bague
des cadeaux une demande en mariage

cette personne
cinquante ans plus tard
on l'a prise pour acquis
on la respecte moins que toutes les autres
parce que le rapport a changé
parce qu'elle n'illumine plus notre vie
parce qu'au lieu de continuer
à paver notre chemin de promesses
et d'être notre guide
dans le changement vers un monde meilleur
au lieu d'être restée cette partenaire dans le jeu
cette complice dans les réalisations
dans l'expérience de la vie
cette faiseuse de wow
cette personne est devenue celle qui prend soin de nous
celle qui fait les meilleurs repas de la terre
celle qui nous amène chez le médecin
celle qui prend notre température
celle qui écrit à notre place
celle qui s'occupe de nos moindres soucis
avec le temps elle est devenue un peu notre mère

tout d'un coup
cette personne qui nous tirait vers le haut
la capitaine de notre coeur est devenue une esclave
elle l'est devenue par amour ou par habitude
parce que nous étions la personne la plus importante au monde
parce qu'elle nous aimait
et que même malade vieux ou bedonnant
elle nous aime toujours
parce qu'on la rend importante et essentielle
parce qu'elle l'est évidemment réellement
parce qu'on est devenu sa raison d'être
parce qu'elle veut encore qu'on l'aime

audrey hepburn l'ingénue la délinquante
est devenue mère teresa la vertueuse la pieuse

la vie de couple c'est dangereux
si vous ne continuez pas à vous développer
à vous dépasser et à impressionner
si vous n'êtes devenus qu'une cellule fusionnelle
et n'existez qu'à travers l'autre
vous allez rapidement souffrir de désamour
vous ne serez plus la personne la plus intéressante
et la plus convoitée de l'univers
tout le monde sera meilleur que vous
tout le monde saura mieux jouer au billard que vous
qu'y connaissez-vous au billard d'ailleurs
tout le monde connaîtra la science mieux que vous
quand avez-vous le temps de vous instruire d'ailleurs
tout le monde saura raconter l'histoire mieux que vous
que savez-vous de l'histoire d'ailleurs
tout le monde pourra parler de l'art mieux que vous
vous ne savez pas parler de l'art
parce que tout ce temps-là
nous étions ensemble
tout ce temps-là
tu étais avec moi
tu n'étais pas là ailleurs
occupée à être une personne

il est dur de ne pas s'user
de demeurer pertinent et intéressant
il n'y a rien qu'à voir comment les marques
rafraîchissent leur image aux cinq ans
pour continuer à séduire
même leurs meilleurs clients acquis

ayez une vie bonyenne
amusez-vous le plus souvent possible
ne soyez pas dull et plein de devoirs
ne vous oubliez pas en chemin
tant que vous serez en vie
achetez-vous les plus belles robes
les plus beaux souliers
ramenez de la fraîcheur au foyer
ce frische luft dont on a tous besoin
pour continuer à grandir pour bien respirer
ne risquez pas le désamour
en emballant le vôtre trop serré.

samedi 10 juin 2017

saisons




je ne sais pas comment j'occuperais mon temps
si je recevais un verdict de maladie incurable
je ne sais pas si je planifierais mes journées
aussi touffument que je le fais

je me lève ces jours-ci
une heure plus tard qu'à la même période l'an dernier
et me couche à la même heure
outre cette heure supplémentaire passée à dormir
être plus près de la tombe
je cours encore après mes heures et mes minutes

depuis le premier mai
je suis un cours intensif soit deux sessions par semaine
au lieu de quatre cours de janvier à avril
à la fin mai j'ai terminé le mandat
qui m'occupait un jour par semaine
et je ne suis plus occupée le soir
avec les dossiers de vingt clients

pourtant mon outlook est toujours aussi plein

il y a un peu plus d'orange
soit ma catégorie sociale
le temps que je prends pour voir des gens
il y a du rouge
soit la catégorie maison
alors que j'ai débuté mes rénos
et que je consacre encore deux heures les lundis
à faire l'épicerie et le gâteau
il y a toujours du bleu
soit la catégorie académique
alors que je vais aux cours j'étudie et je produis
puis il y a de plus en plus de mauve
soit la catégorie professionnelle
alors que je fais des suivis de dossiers
j'apprends des logiciels
je vois des clients

bien sûr les occupations changent
je vois une diététiste
j'assiste à des conférences
je cours un peu plus
je rénove
j'apprends toujours

mais le temps me manque
et même si je ne gagne pas de sou
je me lève chaque matin pour entamer la journée
avec un horaire chargé

il y avait aussi à l'agenda
une heure d'écriture par jour
depuis le premier mai
je me suis dit que j'aurais le temps
et l'espace mental
puisque je passais de quatre cours à un

il n'y a ni temps ni espace mental
je n'ai réussi à y consacrer que quelques heures
depuis le premier mai

je ne sais pas pourquoi les gens rêvent de la retraite
le temps file un point c'est tout
c'est au-delà de nos forces
n'essayons pas de tout contrôler
toutes ces occupations sont futiles la mort venant

je chante cabrel
la feuille d'automne emportée par le vent
en ronde monotone
tombe en tourbillonnant.

samedi 3 juin 2017

grand faiseux


lampe en chêne par thomas aucoin-lo

hier je suis allée au lancement d'espace fabrique
une coopérative manufacturière
co-fondée par emmanuelle raynaud artiste visuelle
et son co-fondateur machiniste
ça leur a pris cinq ans pour mettre sur pied
leur projet et aller se chercher
un million de dollars de financement
par investissement québec
la ville de montréal
le fonds de solidarité ftq
et un ange financier du domaine manufacturier

je suis allée pour voir les machines
ces choses conçues et fabriquées par l'humain
qui nous permettent de matérialiser
des objets que nous avons dans la tête

l'expérience est positive
et je vous en parlerai davantage
lorsque j'irai la première fois faire mes cours
de santé et sécurité
puis de gosser avec de l'équipement industriel
et mon petit bout de bois

ces jours-ci j'ai besoin de faire
de fabriquer avec mes mains

je suis à la recherche de mes habiletés de survie
je sais cuisiner
je sais courir pour m'enfuir
je sais nager pour ne pas me noyer
je peux rouler un peu en vélo
je sais conduire vite
je sais tricoter pour me vêtir
je sais faire de la dentelle qui ne sert à rien
je sais emballer des cadeaux
je sais faire des noeuds papillons
je sais faire des collages
je sais scier du bois et des fois couper du métal
je sais visser avec un tournevis et avec une drill
je sais me servir d'une crow bar autrement que pour tuer
je sais partir un feu dans l'âtre
je sais hacher du petit bois
je sais couper des légumes et de la viande
je sais sabler et vernir des planchers
je me sers d'une scie ronde d'un banc de scie
et de tous les appareils à main
sauf une chain saw qui m'horripile encore
je sais lire et écrire
je sais compter avec ou sans calculatrice financière
je sais peut-être patiner
je sais crocheter pour me mettre la corde au cou
je sais convertir des miles en kilomètres
je sais faire de la soupe
je sais me servir de la colle à bois qui n'est pas bonne à sniffer
je sais relier un livre avec du fil
je sais recoudre tous les boutons du monde
je sais nettoyer une salle de bain à la brosse à dents
je sais tirer des joints même s'ils sont moches
je sais rôtir un poulet
je sais pêcher de la truite mais pas tant jouer avec l'appât
je sais faire fructifier des sous
je sais ouvrir des douzaines d'huîtres dans une soirée

mais

je ne sais pas encore

faire pousser des herbes et des légumes
plier du métal
guérir des blessures
consoler un humain
recoudre une plaie
conduire une moto pour m'esquiver
tuer un animal pour me nourrir même si
je pense devenir végétarienne pour m'en sauver
boxer pour me battre
plonger au fond des mers pour je ne sais quelle raison
me mettre du rouge à lèvres
réparer un ordinateur ou une télévision

j'ai besoin d'avoir ce kit de survie
j'ai donc besoin de savoir fabriquer
avec mes mains mon cerveau et toute ma coordination
j'ai longtemps été une technicienne mentale
puis une spécialiste
et une experte de la chose pensée
mais j'étais avant tout une créatrice
dessinant partout depuis ma tendre enfance
j'ai besoin de me savoir autarcique
de pouvoir reproduire les recettes
directement chez moi dans l'assiette
de pouvoir dessiner et coudre le vêtement
de ne plus être une consommatrice passive
mais de devenir comme ma'
qui rapièce tout son linge et celui de pa'
depuis toujours et des années
j'aimerais réparer ce qui se casse
ne pas jeter ne pas gaspiller

devenir une grande faiseuse
parce que ça me donnerait plus confiance
parce que j'aimerais mieux faire partie de la chaîne
plutôt que d'être à sa traîne.

(okay, quand tu viendras chez moi,
il n'y aura pas de set de tables en macramé,
ni de chandelier tricoté,
c'est pas là que je m'en vais, t'inquiète!)

samedi 27 mai 2017

go get it!!!



daliyah marie arana, 4 ans,
a lu 1000 livres

les envieux et moi on a quelque chose en commun
on s'haguit mutuellement des fois
ces fois-là ils me causent des émotions viscérales
comme rager contre la convoitise oisive

on a lu quelque part
dans les comportements de ceux qui évoluent
qu'ils n'envient jamais leur entourage
mais qu'ils les supportent et les félicitent
ceux qui mènent la parade tirent et inspirent les autres
puis chacun leur tour
ils se dépassent mutuellement
comme un peloton de cyclistes

personne n'est source de jalousie ou de mépris

we don't make decisions based on money
we make decisions based on what's good for us
c'est steve wozniak qui l'a dit vendredi matin
alors qu'il parlait longuement d'innovation
et du fait que ce n'était jamais le côté économique
qui orientait le changement en matière de créativité
mais bien un meilleur résultat attendu

l'argent est toujours un mauvais guide
l'argent n'est qu'un moyen

de mes quatre cent vingt-cinq amis facebook
personne n'a le droit de m'envier
ni de me mépriser
aucune d'entre elles ne fait partie
de populations marginalisées
handicapées physiquement ou mentalement
et n'ayant pas accès à l'éducation publique au québec

je prends des décisions
et me booke des activités et un chemin de vie
non en fonction de combien ça coûte
mais en fonction de ce que je veux faire
et c'est ainsi que j'ai toujours vécu
un peu au-dessus de mes moyens
je me suis toujours tenue avec des gens meilleurs que moi
simplement guidée par ce que ma vie veut être
voir et aller un peu plus loin
évoluer

payer de ma poche une conférence de trois jours
n'est rien d'enviable
je le fais parce que j'ai envie d'être là
parce que ça m'apporte quelque chose
dans mon coeur et mon esprit
c'est autant d'argent que j'ai généré en travaillant
et que j'ai mis de côté comme en l'an deux mil
quand j'ai emmené mes ti-loups à walt disney
c'était des dollars durs à ramasser
mais qui en valaient tellement la peine
aujourd'hui mes intérêts sont ailleurs
je me prive des plaisirs parentaux
et je stimule mon coeur et mon esprit autrement
l'argent n'en est pas moins dur à ramasser

il ne faut pas non plus envier
des participants invités à ces événements
il faut faire la juste part et se rappeler
que s'ils sont invités et pas nous
c'est qu'ils la font la job pour se trouver là
ils y vont aux cinq-à-sept qu'on abhorre
ils les font les contacts
consacrent leurs énergies à réseauter
font une job importante
choisissent des fournisseurs avec qui transiger
et des fois on leur dit merci
on les invite à une conférence
même si on a l'impression
qu'ils y sont moins à leur place
qu'on y serait
ça c'est présomptueux
ils sont à leur place justement

lorsque j'ai connu c2mtl pour la première fois
je travaillais pour une petite banque
qui avait décidé d'être le partenaire
de leurs premières éditions
et des fois on avait des billets pour assister
à une ou une autre séance de la conférence
en autant qu'on y invitait deux ou trois clients importants
je n'ai jamais réussi à me qualifier
pour y assister à ce titre-là
et les présidents de nos entreprises clientes
ne connaissaient pas la conférence
et n'avaient aucun temps à consacrer
à aller y voir de plus près
ni même envie d'aller y entendre
sir richard branson

alors en deux mil seize
n'étant plus à l'emploi de cette banque
je me suis dit que si je voulais y aller un jour
je devais m'arranger moi-même pour y aller
combien ça coûte
c'est quand
trouver le tarif le moins cher
mettre des sous de côté
prendre une semaine de vacances à mes frais
bang je le fais
je n'ai jamais regretté cette liberté
de prendre les moyens pour vivre à ma guise

il ne faut jamais envier
you want there
you go there

quand j'accompagne des clients
et qu'on discute de plan d'affaires
je leur dis toujours d'enlever la contrainte de l'argent
s'il n'y en avait pas
que ferais-tu
quelle serait ta vision idéale
quel serait ton rêve
astheure
comment fait-on pour y arriver

on va trouver les moyens
si tu as envie d'y aller

si tu as envie d'y aller
si tu as envie d'y aller

aujourd'hui je ne gagne pas de sous
mais je réalise un rêve
j'étudie à temps plein
si je ne pensais qu'à l'argent
je retournerais faire du neuf à cinq
sur le marché du travail

mais comme je n'ai qu'une vie
j'essaye de faire ce qui est plus important pour moi
en ce moment
de suivre ce que mes viscères m'indiquent
avec tous les sacrifices que mon choix comporte

quand je regarde les autres autour de moi
je ne les envie pas
quand ils font des trucs trippants qui m'interpellent
je ne suis pas jalouse
je m'écrie plutôt
comme la petite daliyah marie arana

oh my gosh!!! i can do that!!!


pour la magie de daliyah, voyez-la s'écrier ici.

samedi 20 mai 2017

désir collectif


lucie, sa tuque vcmdlm, et son sourire,
malgré la situation alarmante
d'une inondation de sa maison à oka

en mars deux mil huit
il y avait une tempête de neige
et les voisins de la rue de normanville
s'aidaient les uns les autres
pour déblayer et déprendre leurs autos respectives
des fabuleux bancs de neige
j'avais écrit un billet à ce moment
qui parlait de solidarité

du cinq au quinze mai deux mil dix-sept
notre chumette lucie et son amoureux rené
ont tenté de se défendre de mère nature
qui a largué de l'eau en grande quantité
et fait monter le niveau du lac des deux-montagnes
au-dessus du solage de leur maison
comme de nombreux résidents riverains
ils se sont battus jours et nuits
pour ne pas abandonner leur maison
à une imminente et désastreuse inondation

lucie a rapidement appelé à l'aide
et de façon très pragmatique
donné toutes les instructions claires
pour que ceux qui pouvaient aller les aider
se sentent le plus utiles possible
elle n'émettait aucune plainte
ne demandait aucune charité
voici ce qui en est
si tu veux on a besoin de toi
elle a publié sur les réseaux sociaux
des informations pertinentes décrivant l'état des lieux
et à tout moment on pouvait savoir quand
et comment se joindre à leurs efforts

on sentait que la situation était dramatique et éreintante
mais que son espoir et sa force
luttaient contre l'abattement
et après dix longues journées
alors que le niveau d'eau baissait
ainsi que le danger d'inondation
une des premières choses que lucie a faite
fut de remercier tout le monde
et publier de nombreuses photos
de tous ceux qui les ont aidés
ont passé des nuits blanches
avec des prénoms et des visages
des fonctions et des provenances
bref elle a exprimé sa grande gratitude

lucie a même mentionné
qu'elle avait le sourire aux lèvres
en repensant à tous ces efforts déployés
et c'est ça qui m'a rappelé
ce grand sentiment du coup de foudre collectif
que l'on ressent
lorsqu'on fait ensemble des choses utiles et significatives

je lis justement actuellement
l'essai de catherine dorion
intitulé les luttes fécondes
où elle parle de ce désir si fort
existant au début d'une relation amoureuse
ainsi que lorsqu'on s'engage dans la lutte citoyenne
et qui s'éteint progressivement
alors que l'organisation s'installe et se sclérose

quand je pense à lucie
je pense aux amis avec qui j'ai des liens très spéciaux
ceux que je vois rarement
mais avec qui j'ai fait des choses spéciales
par exemple les coureurs
du vingt-quatre heures de tremblant
que je n'ai côtoyés que l'espace d'une nuit
avec qui j'ai souffert du même effort
ou ceux avec qui j'ai participé à la corvée
pour monter la rallonge de la maison chez jacques
dans cette belle campagne ensoleillée
il n'y avait rien
puis en fin de journée
les murs étaient montés
ces gens avec qui j'ai réalisé un projet commun
avec qui j'ai intensément vécu
mes souvenirs d'eux se limitent à ces moments-là
ils ne se diluent pas dans le quotidien
dans la déception ou les chichis
ils restent ancrés dans ces moments de lumière
toujours incandescents

je pense que réside là
l'attrait de l'action collective
ce besoin de faire ensemble
quelque chose d'inouï
je suis du genre
à vouloir faire collectivement
pour pouvoir partager l'effort et la réussite
faire dans l'ombre est bien entendu valable
mais beaucoup plus difficile
il ne tient qu'à la force intrinsèque
alors que le mouvement collectif soulève
déploie et décuple la motivation

pensons au printemps érable
ce fabuleux mouvement
qui a fait descendre des milliers en liesse
dans les rues du québec

il est impossible d'encapsuler cette énergie

et même si elles sont momentanées
ces étincelles de groupe
nous font vibrer
les organismes caritatifs l'ont bien compris
et exploitent chez nous ce désir de faire grand
et nous les faisons tous ces beaux défis
le scotia le grand défi pierre lavoie
les constructions d'école pour habitat pour l'humanité
et tutti quanti
ils réussissent à nous faire vivre cette expérience
à satisfaire notre besoin de réalisation
à allumer notre soif de passion
notre envie de nous donner à fond

bravo encore à la belle lucie
pour avoir alimenté la flamme
et été une guerrière noble
une capitaine rassembleuse
et pleine de gratitude

de loin tu m'as fait vivre de beaux moments
et transformé un drame en quasi conte de fées.

les remerciements et photos de lucie ici
avant la deuxième partie de la corvée
de ménage de poches de sable
le lien vers les luttes fécondes ici.

samedi 13 mai 2017

#lesgens


(revisiter zola)

j'haguis les gens qui
pis ceux qui
et encore ceux-là

je me souviens il y a quelques mois
sinon il y a un an ou deux
que crispi avait publié la photo d'une dame connue
qui disait n'avoir plus de patience ni de tolérance
pour certaines personnes
je pense qu'il s'agissait de meryl streep

il y a en effet des gens
qui me tapent sur les nerfs
enfin pas des personnes telles quelles
mais lorsqu'elles disent ça ou encore ça
ou lorsqu'elles se comportent de certaines manières

tu sais
avoir des mauvaises habitudes
être négative
chiâler
rire des autres
vouloir avoir raison
être dogmatique et fermée
ne pas prendre le temps d'analyser
ne pas se mettre à la place des autres
avoir des préjugés
faire une mauvaise blague
avoir la chienne
dire non
dire oui puis dire non
s'excuser sans le penser
se trouver des excuses
être paresseuse
être trop enthousiaste
être désorganisée
être dépassée
être fataliste
être pessimiste
envier les autres
être au-dessus de tout cela
mettre tout sur le compte de la ménopause
blâmer tout et rien
en vouloir à la température
en vouloir à l'hypothèque
vouloir tout contrôler
ne rien réaliser
se plaindre de la solitude
dire oui mais

ça ces trucs-là
ça me lève la peau
ça me fait fuir à toute vitesse

quand j'y pense avec recul
je sais bien que c'est parce que
je me vois toujours un peu là-dedans
ce sont toutes des faiblesses que j'ai
et qui risquent de m'envahir insidieusement
si je ne porte pas attention quotidiennement
si je ne suis pas vigilante
si je lâche la garde
de vouloir être gentille et ouverte
et on n'a pas toujours l'énergie de devenir meilleure
mais c'est pourtant ce qu'on doit faire
du moins en société

parce que sincèrement
quand je vois ces trucs chez les autres
j'ai peur de devenir ça

une vieille crisse aigrie.