mercredi 29 août 2007

constructif et postille / facebook

Cela me trotte dans la tête depuis quelques semaines et ça me gêne un peu d'en parler. Le constructif et la postille : ça vous dit quelque chose? Contexte : dans le métro, un matin, alors que je ne lis jamais les journaux gratuits (je m'accorde ce quinze minutes de transport pour faire mes études sociologiques), je lis rapidement un titre de chapitre dans le livre d'une dame assise : constructif et postille. Ah oui, bien sûr, il s'agit d'un manuel de grammaire française. Du coup, je me souviens que je ne me souviens plus du tout de tous les termes utilisés au primaire et au secondaire par nos professeurs et nos manuels d'instructions, pour nous enseigner la manière de bien écrire : propositions de toutes sortes, prépositions , pronoms, verbes, sujets, compléments sont à peu près tout ce qu'il me vient maintenant à l'esprit. Mais je sais, je sais très bien qu'il existe dizaines de mots pour qualifier les parties de phrases, textes, temps de verbe, etc., dans leurs ensembles, sous-ensembles, des mots qui font dès lors partie d'un passé préhistorique (Omo-Erectus, please help me) ou encore du jargon propre aux enseignants et qui m'est à ce jour aussi méconnu que le jargon informatique ou juridique. Ma curiosité m'a poussée le soir-même vers mes dictionnaires : "constructif" me fut défini comme un adjectif positif (critique constructive); "postille" était absent. J'aurais dit "la postille", plutôt que "le postille", mais de toute façon, rien à ce sujet, sauf "il postile" en italien, ou encore mon chum qui me dit que ça sonne comme un mot créole. Dès lors mon profond embarras : est-ce mon imaginaire qui a inventé ces mots, ai-je mal lu le titre que j'apercevais à l'envers de ma place dans le métro? Car je vous jure, dès que je les aperçus au haut de la page du livre, mon esprit était déjà en colère qu'il nous fallut apprendre ces mots ardus entre l'âge de 6 et 16 ans pour ne plus jamais avoir à les utiliser! Je suis en ce moment bien humiliée car en plus de ne pas avoir de mémoire, je crois que je lis des mots qui n'existent pas. J'aurais dû me fier à mon premier réflexe de demander à la dame de vérifier la couverture de son livre et m'assurer qu'il était bien écrit en français.

Sujets qui me venaient à l'esprit lorsque je pensais à écrire ce billet, mais sur lesquels je n'ai pas eu le temps d'élaborer : tout travail intellectuel que j'encourage, incluant les sudoku; les mots croisés - quand j'étais adolescente, en Europe, nous adorions les mots croisés, il y avait une série de revues qui s'appelaient Sport Cérébral (tout comme le sport physique qui exerce le corps, le sport cérébral exerce les méninges); la Dictée des Amériques - fantastique challenge, un trésor de passe-temps, et bien d'autres.

Aujourd'hui, l'apprentissage du français se poursuit pour moi en écrivant et en lisant : livres, journaux, revues, vos blogues, et Facebook...

Autre nouveauté virtuelle dans ma vie cette semaine : je réponds à l'invitation de 2 amis à me joindre à Facebook. Je dis déjà "amis" car tout le principe est là, se faire des amis. Très facile à utiliser, on crée intuitivement sa page personnelle, on y colle des photos comme sur un babillard et on consulte le répertoire spatial pour partir à la recherche de toutes les personnes dont notre mémoire nous donne à nous souvenir. Après, on les invite à devenir, ou redevenir nos amis. J'ai ainsi "trouvé" mes fils sur Facebook; ils ont respectivement 65 et 88 amis. Je les ai "invités" à devenir mes "amis"; un seul m'a répondu, je crois que l'autre est plutôt gêné, car dès qu'il "acceptera", tous ses amis sauront que je fais partie des siens, photo à l'appui. J'ai aussi retrouvé certaines personnes avec qui j'avais perdu contact. Le monde virtuel permet aux plus gênés de se dévoiler devant la face entière du monde; Facebook, étonnamment, leur permet de se montrer tels qu'ils sont, à peine modifiés, sans pseudonyme.

Je me suis ensuite demandé pourquoi des gens "sérieux" (je m'inclus en général là-dedans, dans une catégorie opposée à ce qui est branché et futile, mais l'usage intensif et croissant de mon ordi et du monde virtuel m'indique que je me contamine), donc pourquoi des gens sérieux s'abaissent à faire ce genre de choses, c'est-à-dire à s'exhiber mollement devant la planète entière, photos, cartes souvenirs, commentaires gnan gnan, dates de naissance en prime. Il m'a semblé, depuis l'utilisation que j'en fais depuis 3 jours, qu'il ne s'agit de rien d'autre qu'un immense concours de popularité. On y participe en secret car c'est virtuel mais aussi en réalité puisqu'on y "rencontre" de vraies personnes, de vrais amis de surcroît. J'ai comme l'impression que lors de mon prochain souper entre amis, je serai plutôt gênée d'en parler... Car en fait, il ne se passe rien sur Facebook, on n'y apprend même pas le français pour tout dire; on sélectionne avec notre souris différentes options pour modifier son profil, inviter des amis et leur faire une petite tape sur l'épaule virtuelle. C'est comme être dans un bar, donner des bises à tout le monde, scruter la porte d'entrée pour tenter de reconnaître parmi les siens tous les gens qui y entrent, et n'avoir aucune conversation à faire, checker le linge, les souliers, combien on dépense... En plus, quand je m'occupe à me faire des amis devant mon écran, et bien je tourne le dos à mon chum. Quand vient son tour, car lui aussi veut jouer - d'ailleurs, je l'ai invité à être mon chum sur Facebook, il a accepté et on a maintenant une "relation" - quand lui est occupé sur l'ordi en me tournant le dos, j'ai hâte qu'il finisse pour reprendre ma place. Jusqu'à présent, c'est chouette, c'est un outil de réseautage très puissant, pour autant que les gens intéressants en fassent partie. Je me suis fait 16 amis en 3 jours. Mais je crois que j'arriverai bientôt à la fin de mon émerveillement et que la critique deviendra plus acerbe; j'entrevois le "déshumanisant" qui se fraye un chemin dans ma série de commentaires à venir.

1 commentaire:

Zoreilles a dit...

J'ai bien hâte d'entendre vos commentaires à ce sujet, avec quelques jours ou semaines de recul.

Pour ma part, je dois rester prudente avec les paradis virtuels, j'aime trop la nature humaine, fascinante, le fait de communiquer et j'ai tendance à procrastiner de cette manière. C'est facile pour moi de savoir si j'ai été trop loin, je me sens toute croche après, vide, quand le virtuel prend le dessus sur l'humain, la marge est souvent mince entre ces deux mondes...

J'espère que vous nous tiendrez au courant de vos impressions sur cette nouvelle découverte. Est-ce aussi passionnant que ça en a l'air?