dimanche 7 octobre 2007

à cause

Je voulais écrire "accommodements raisonnables", mais c'est un peu à la mode et surexploité. Comme plusieurs, j'ai lu et entendu cette expression maintes fois depuis un an; il n'en reste pas moins que j'hésite encore avec les doubles consonnes qui dominent le mot "accommodement", comme si on voulait s'assurer que le moins de monde possible puisse l'utiliser...

J'écris comme bien du monde sur ce sujet. Je ne le trouve pas futile. Je ne le trouve pas important. J'envisage ce passage comme une crise de croissance de l'humanité, faisant suite à beaucoup de tolérance et conséquente avec les mutations fréquentes, l'immigration, et une certaine globalisation des idées, des concepts, des religions malheureusement vues et approchées grossièrement car l'information est devenue un bien de consommation de masse. Un retour du balancier - on a été trop gentil on paye (on n'est jamais trop gentil, croyez-moi, c'est un faux débat). Au Québec, ça a également une tonalité bien spéciale; ça met un peu d'huile sur le feu, ça irrite l'eczéma continuel de la crise d'identité non réglée.

La raison qui me pousse à écrire ce billet remonte à il y a 2 semaines alors que je lisais un article portant sur les accommodements raisonnables octroyés en faveur de l'astronaute Sheikh Muszaphar Shukor qui allait visiter l'espace alors que le ramadan n'était pas terminé. Ça ne me dérange pas les gens qui demandent des faveurs spéciales pour ne pas compromettre une spécificité de leur identité; je trouve juste que ça manque de savoir-vivre et de maturité, ça témoigne d'une rigidité et d'une fermeture d'esprit peu porteuses du développement humain. Ce qui m'a fait rire tout au long de l'article et qui m'a totalement époustouflée, était plutôt le fait que Sheikh Muszaphar Shukor qui voulait respecter la pratique du ramadan a été consulter le ministère du développement islamique pour se faire édicter les procédures afin de respecter sa religion en orbite. C'est super d'avoir la foi; pourquoi n'est-ce pas suffisant de la porter simplement dans son coeur? Me semble qu'on n'a pas besoin de déranger le monde pour savoir comment être un bon croyant. T'imagines comment le ministre du développement islamique a dû rire lorsqu'il a pensé à ce fidèle égaré et qu'il a couché sur papier les multiples petites procédures à respecter pour demeurer un bon croyant lorsqu'on est en orbite. J'ai écrit "demeurer", comme si "demeuré" en dérivait. Mon impression générale teintée d'hilarité est encore l'incrédulité quant au manque d'intelligence humaine. Craïsse, tu vas dans l'espace, tu fais comme tout le monde qui va dans l'espace. Depuis quand a-t-on le luxe d'imposer sa différence? Tu sais, quand je campe en forêt et que j'ai envie de déféquer, je ne me demande pas où il est le Cottonelle double épaisseur, je prends ce qu'il y a sur place... et je vis en harmonie avec mon environnement.

On arrive aux accommodements. Je n'ai jamais senti le racisme - je suis jaune, vous vous souvenez. Je ne me souviens pas que mes parents ou la communauté chinoise qui m'entourait aient fait quelconque lobbying pour que le Québec tolérant le soit encore plus à notre égard. Nous parlions le chinois dans nos maisons, dans le jardin, dans la rue, partout où on voulait le faire; on l'enseignait au Québécois et autres qui voulaient l'apprendre : ouverture d'esprit, voyage, exotisme. Pis, on avait du fun. On était bien - ensemble. Je veux dire : ensemble. On était acceptés, je ne me suis jamais posé la question. Je parlais, je parle et je parlerai toujours le français, l'anglais, le chinois et tout ce que j'aurai envie de parler. J'ai cet immense privilège de pouvoir vivre sans contrainte, dans un pays libre, et de m'exprimer sans peur de représailles, d'aimer et de vivre avec ceux que j'aime, sans égard à la couleur, la langue, la religion. Mais de quoi a-t-on besoin de plus?

Je n'aime pas que les média moussent un concept réducteur et sectaire qui immanquablement mène les moins instruits à généraliser, préjuger, penser la division et l'exclusion. Il ne faut pas mettre sur pied une commission qui analyse la question : une commission, c'est comme un projet pilote, ça coûte beaucoup d'argent à la population et ça ne mène jamais à grand chose. Vivons ces incidents comme un mal à passer, des incidents de la vie courante que l'on règle normalement comme tout conflit qui oppose 2 personnes (2 communautés, parce que nos différences nous rallient maintenant en clans); réglons cela par le dialogue et le bon sens. Pourquoi a-t-on oublié ces règles de savoir-vivre élémentaires, qui sont le fleuron de notre société et qui placent le Québec à l'avant-garde du modèle de tolérance et de multiculturalisme - j'y crois et y tiens ardemment, c'est ce qui nous enrichit tous, immigrants et hôtes. Faut arrêter de tirer la couverte chacun de notre bord; il n'y a personne qui va voler l'identité de personne; sans vous, qui serai-je - vice-versa (very humbly yours).

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