lundi 24 septembre 2007

superficial is the crown of the meaningless

Je me suis récemment abonnée au journal The Gazette. C'est en anglais, c'est pour ça. Pour enrichir mon écrit : court, concis, avec les bons mots, ceux qui percutent. Je travaille maintenant dans les coms et les longs paragraphes, ça n'a pas toujours la cote. Je n'aime pas vraiment le format de The Gazette, il me semble qu'il y a beaucoup trop d'annonces et les textes n'attirent pas mon attention; peut-être suis-je trop habituée au format de La Presse (avec beaucoup d'annonces aussi). Ce matin, je ramasse The Gazette on the porch (dans la Petite Patrie, je dois être la seule à lire the English papers, pis à me faire livrer, en plus). Je vois une photo sur la une, il s'agit de Paris Hilton, la reine du fake. Maudit que je l'aime pas; elle incarne ce qu'il y a de plus futile et inutile dans l'humanité - certains diront : non, ça prend du rêve, ça fait rêver, les paillettes pis les belles robes, les beaux mecs, les belles dents - fudge man, aspirez à mieux! Comme je l'aime pas, je regarde pas la télé, je lis pas les journaux à potins. Mais que mon journal d'actualités me livre Paris on the front page au lieu de la famine, la guerre, l'économie, la politique ou les changements climatiques, ça me y'outre! Le titre : An American Princess in Montreal. C'est vrai que la royauté en Amérique, il n'y en a pas, donc les princesses, faut les inventer. C'est la job à Walt Disney, ciboire, pas à The Gazette! The Gazette, because words matter. Ouain, je regrette presque mon abonnement. À ce compte-là, le Lundi a l'air moins snob et ne prétend pas livrer autre chose que des singeries peu évoluées.

jeudi 20 septembre 2007

la vie est courte

Ma chum de travail (toute jeune, 23 ans) apprend le décès de sa tante ce matin. Un cancer, une diverticulite en plus, quelque chose qui fait qu'elle n'avait pas la force de combattre. Et puis après la nouvelle tôt ce matin, ma chum a un petit accrochage de bagnole sur la route. Quel début de journée! Si c'était moi, je crisserais le camp de la job aujourd'hui, histoire d'absorber, dormir, me poser les bonnes questions. Sinon, travailler comme une maudite pour enterrer mes pensées. Tout extrême, rien entre les 2. Ma petite chum, je pense à toi...

La vie est courte et elle prévient rarement quand ça lui tente plus. L'égalité entre les hommes existe à ce niveau ultime où la mort les embrasse. J'ai peur quand je pense que mes parents partiront un jour; ils m'ont présenté leur testament il y a quelques années en toute candeur, comme on donnerait à quelqu'un son courrier - tu sais, pour tes dossiers quoi. J'aurai de la peine, très certainement malgré ma certitude qu'ils auront eu une belle vie et qu'ils auront fait le bien en laissant en héritage une fabuleuse inspiration pour leurs enfants. Ma peine sera surement de celle de ceux qui restent, de ceux qui s'ennuiront des morts, parce que ceux qui partent, ils doivent être bien, non?

dimanche 16 septembre 2007

Monsieur Chic, mon itinérant

C'est pas le mien puisque personne n'appartient à personne, mais ça me fait du bien de savoir que j'ai le mien, c'est bon pour ma conscience. Difficile d'écrire sur ce sujet quand je ne sais pas moi-même ce que j'en pense et ça, depuis toujours en fait. Les itinérants, que se passe-t-il dans leur vie, que s'est-il passé, pourquoi sont-ils dans la rue? À Montréal, ma vie urbaine inclut de passer devant des vendeurs de "hash, pot, mescaline" - vous vous souvenez sur St-Denis dans les années 80?; des itinérants, jeunes et moins jeunes, debout, assis, couchés, en chaises roulantes, avec ou sans enfant, animaux, membres estropiés; des artistes de la rue; des prostituées; des vendeurs de revues, des disciples religieux, bref : une kyrielle d'humains dont le quotidien est de solliciter le passant. Sans passants, ils ne seraient que dans la rue; ils auraient froid, n'auraient personne à qui parler, sourire et n'auraient pas d'argent pour s'acheter une clope ou un sandwich.

Il m'arrive occasionnellement de mauvaises aventures avec les gens qui habitent la rue (certains parlent fort) : je me suis fait frapper à la tête, cracher au visage, crier des insultes. Je pense tout le temps dans ces moments-là que c'est une expression de leur misère que je ne connais pas. Il m'arrive souvent de leur faire des sourires car ça je peux donner facilement. Il ne m'est arrivé que 3 fois de leur donner des sous. Les sous, les sous, cette chose tant convoitée dans le monde et dans le cas des plus démunis, une certes nécessité. Je ne donnais pas car je croyais plus jeune que la réussite dans la vie tenait au mérite et que celui qui voulait, pouvait. En grandissant, ma pensée fut nuancée par la constatation flagrante que tous ne naissent pas avec les mêmes opportunités et que la société doit compenser pour qu'à un certain âge (disons l'âge scolaire, dans un monde idéal), les chances soient égalisées. Il est clair que notre société a essayé mais n'y est pas parvenue. Je lui concède l'extrême difficulté de la tâche et la relative paix sociale qu'elle a quand même su instaurer par le biais de son filet social (qu'il nous coûte cher, qu'il soit inefficace, qu'il soit surexploité, on en pensera ce qu'on veut). Avec tout cela en tête, j'allais tranquillement mon chemin en pensant que ce n'était pas ma responsabilité d'aider les plus démunis.

Je connais les opérations généreuses du Père Emmet Johns, je sais l'existence de l'Accueil Bonneau, du resto Robin des Bois, du Chaînon, du Refuge, de l'Armée du Salut, de Sun Youth. Je sais les gens dévoués qui s'y donnent à fond pour aider leur prochain. J'aimerais avoir leur vertu et leur compassion, je ne les ai pas. Ils sont comme les soeurs cloîtrées qui prient pour la rédemption au nom du restant de la société, ils le font pour nous, pour que nous n'ayons pas à nous en préoccuper, pour que nous vaquions à nos occupations, et apportions notre propre contribution à la société. Je me demande très souvent quelle est la contribution que j'apporte à la société - tu sais, la vie c'est une simple équation : le seul fait d'exister consomme des énergies et des ressources et tu pars donc en déficit avec la nature; je crois que le moins que je puisse faire pour mettre ça even avec la Terre, c'est de faire un petit plus pendant mon existence.

J'ai acheté une fois le journal L'Itinéraire et bien que j'en saluais l'effort, je ne me résolvais pas à le trouver intéressant, c'était plutôt pour accomplir un geste symbolique (laver ma conscience).

Depuis 4 semaines, j'ai "mon" itinérant, celui qui est au coin de la rue quand je sors du travail tous les soirs (j'ai cru remarquer qu'il n'y est pas pendant quelques jours suivant le début du mois). Il adresse la parole à beaucoup de monde et tend humblement sa casquette pour recueillir la dîme. Des fois, il vend L'Itinéraire. Ça fait près d'un an que je passe devant cet homme sans lui adresser la parole mais en surprenant des bribes de conversation qu'il a avec d'autres humains souvent habillés en costard et munis d'attaché-cases. Ma foi, cet homme est doté d'une intelligence certaine et d'une bonne élocution; il n'est ni saoul, ni drogué, ni sale (à ce point, vous me trouvez condescendante; j'ai beaucoup de respect pour la vie, j'essaye juste d'être candide et ça me met visiblement mal à l'aise d'aborder ce sujet very straightforwardly). Je ne lui aurais pas parlé si ce n'était qu'une fois j'étais seule avec lui au coin de la rue alors que j'attendais ma lumière. Je lui ai adressé la parole, demandé son nom, donné le mien, offert un petit compliment du style "vous êtes un brave homme", frotté son épaule et donné 2 piastres. Il m'a dit qu'il s'appelait "X" (depuis vendredi, je fais plus attention pour protéger l'identité des individus); il s'appelle Monsieur Chic pour les fins de ce billet.

Le soir même de ma rencontre avec Monsieur Chic (2 minutes de conversation et 2 piastres), j'étais folle comme un balai, je sentais que j'avais fait une bonne action, que je m'étais rendue humble et accessible, que je voulais me rapprocher de cet homme. Wooow jeune fille, vous mélangez tout! Les jours où je ne le voyais pas, je pensais à lui et me demandais pourquoi j'étais heureuse de connaître Monsieur Chic, et je crois que ma réponse est la suivante :
- avoir "mon" itinérant m'absout d'avoir à penser à tous les autres (c'est déjà fait);
- "mon" itinérant est visiblement instruit, poli, et non violent;
- "mon" itinérant semble comprendre mon monde et je n'ai donc pas besoin de comprendre le sien;
- dire bonjour et sourire à "mon" itinérant et l'appeler par son nom, pardonne le fait que je ne lui donne pas d'argent chaque fois;
- ma bonne conscience s'en porte bien.

Comment peut-on donner simplement? Pourquoi n'en suis-je pas capable? Donner, simplement, de bon coeur, sans juger. Si je gagnais mieux ma vie, est-ce que je donnerais plus? Si je ne me sens pas une meilleure personne du seul fait de connaître Monsieur Chic, c'est probablement parce que je ne fais pas cela bien, ou je ne le fais pas pour les bonnes raisons. Difficile d'être bon.

samedi 15 septembre 2007

la vie privée et le web

J'ai besoin d'une lanterne et d'un code d'éthique pour me comporter civilement dans la blogosphère, et sur le web en général (j'ai récemment joint l'intriguante communauté de Facebook). À table hier au lunch, à job, la discussion est lancée - on fait souvent des working lunchs : au lieu de prendre ce moment pour soi et faire le vide mentalement, on s'oblige à continuer à travailler ou à réfléchir collectivement : c'est du pareil au même, la journée continue (j'ai deux "deux points" dans ma phrase, j'ai pas dû apprendre ma grammaire comme il faut). La discussion concerne le fait qu'une personne a publié sur son blogue la recette et la photo d'une dame qui donne des cours de cuisine. La prof de cuisine est fâchée car elle ne connaît pas la blogueuse et ne l'a pas autorisée à diffuser ce contenu sur le web. Concernant la recette, la réponse est vite trouvée : la même recette fait partie du domaine public puisqu'elle est déjà publiée sur un autre site web avec permission. À partir du moment où tu l'autorises, je crois que tu ne peux techniquement pas en limiter la diffusion (je me trompe, peut-être).

Quant à la photo, c'est difficile à trancher. Parcourant le Code Civil, la Charte des droits et libertés de la personne et quelques articles sur le droit à l'expression, en consultant un ami juriste, il me semble clair que l'on ne puisse publier - ni même capter - l'image d'une personne sans son consentement express, ceci contrevenant à la protection de sa vie privée. Ca, c'est noir sur blanc sur le papier (by the book, on dit en anglais). À moins d'être journaliste et là, le droit à l'information du public prévaut de temps à autre sur le droit à la vie privée. Si, à plus forte raison, le sujet de l'image est une personnalité publique, celle-ci a en quelque sorte renoncé à une partie de sa vie privée et a des attentes moins élevée que le citoyen ordinaire quant à la non-diffusion de son image. Se rajoute à ces critères celui de la faute. Est-ce que la photo ainsi diffusée à l'insu du sujet cause préjudice à ce dernier?

Tout cela étant pondéré, je dirais que notre prof de cuisine n'a pas de cause pour poursuivre la blogueuse; elle peut légitimement lui demander de retirer sa photo du blogue. La photo est neutre et a été prise dans un lieu public où la prof donnait une prestation publique. En fait, la dame devrait être honorée qu'une inconnue lui fasse bonne publicité sur son blogue personnel d'amoureuse de bouffe, tout en lui attribuant en règle tous les crédits de sa recette, et en partageant ces informations avec sa communauté d'intérêt. Quoi de plus noble!

Blogosphère : quelle est la règle? Je crois que le bons sens persiste en ce monde comme en celui-ci, mais je ne sais plus trop : les nouveaux moyens d'expression me transportent dans un environnement ouvert, libre, et qui m'appert un peu différent de celui de tous les jours où je sors dehors et me trouve parmi mes compères avec qui j'ai appris à coexister grâce à des règles de civisme bien établies. Zoreilles me faisait un commentaire sur un billet que j'écrivais à mes débuts en ce monde, concernant le fait de protéger l'identité des individus, autant dans les textes que dans les photographies, ce qui semblait limiter occasionnellement la diffusion de certaines photos qu'elle aurait bien aimer publier. Qu'en est-il si je diffuse à leur insu, la photo de mon chum, des membres de ma famille ou celle de mes amis, sur mon blogue ou même sur Facebook? Si je vois les Beatles dans la rue lors d'un voyage à Londres et que, tout en criant "chéri, c'est les Beatles", je fais un snapshot que je m'empresse de publier sur mon album de voyage virtuel, suis-je en défaut? Si oui, does anyone care - et je crois que c'est plutôt cela ma question.

On s'entend que l'on détient maintenant des armes de diffusion massive et que la bonne foi des citoyens ne suffit pas pour assurer une certaine retenue. Mais doit-on se retenir ou est-ce que le droit à l'expression - avec moins de contraintes - vient de pair avec l'Internet? Help me understand - non que je craigne des poursuites, mais des fois, j'oublie que tout le monde n'est pas comme moi : je m'en fous de savoir où, comment et combien de fois je suis, car je ne m'inquiète pas de savoir qui je suis.