mardi 26 août 2008

décrissage en règle


Faut savoir que mon chum et moi avons des jobs plates à la banque. Lui depuis le mois de mai, alors qu'il a eu l'opportunité de partir une business avec son pote; moi depuis quelques semaines, alors que je ne m'associe pas avec la gang de peddlers que sont mes confrères. Faut savoir que mon chum a saisi l'oppurtunité en mai et que depuis, nous avons travaillé, lui, son pote, Manon et moi, à rénover un bar de quartier. Il a eu son permis d'alcool il y a 10 jours et mon chum et son pote passent par toute la gamme des émotions, voulant que ça lève mais n'étant pas encore tout-à-fait organisés.

Faut savoir que mon chum et moi avions un projet de déménagement planifié pour le 1er juillet avec des rénos majeures pour s'installer dans notre 3e maison en 5 ans.

Faut savoir que l'opportunité du bar a tout bousculé.

Faut savoir que nous avons déménagé et que la maison est un chantier qui n'avance pas, où personne ne travaille, où la peinture n'est pas faite et l'électricité non plus, où 1/3 de la maison est hypothéquée car le recouvrement est enlevé en attendant l'électricité et où ma vie est dans des boîtes dans le garage double qui nous coûte si cher.

Faut savoir que je ne suis pas partner avec mon chum dans son bar mais que depuis peu, je suis sa partenaire de vie, celle qui consent des sacrifices pour le bien du couple, à long terme. Lui aussi fait des sacrifices mais ça, il l'a choisi.

Faut savoir que mon chum est au bout du rouleau, qu'il ne dort pas, qu'il fait un shift de jour et un de soir et que sa blonde essaye de pas lui mettre de pression pour avoir une maison décente, elle fait de la bouffe quand l'énergie est là, et l'aime, essaye d'être un support mais ne se sent pas à la hauteur de la tâche.

Faut savoir que nous avons un chat, nommément Brooklyn, bb poilu.

Faut savoir qu'il nous réveille 2 fois par nuit, soit à 1 heure du matin pour sortir et à 5 heures pour rentrer.

Ce matin, j'ai peté ma coche, j'ai garoché mes oreillers dans le store à 5 heures du matin et déclaré que j'allais tuer le chat.

À 8 heures, alors que mon chum part pour le travail, je lui déclare que je ne serai pas à la maison ce soir, je serai partie. Partie où? Partie, chais pas, ailleurs, chu écoeurée du chat et de la maison qui me rendent folle. Mon chum me demande le # de l'électricien qui doit venir cette semaine. Il viendra pas, que je lui dis.

J'envoie un email à mon chum au travail avec le # de l'électricien, paquete ma brosse à dent avec 2 livres, des bobettes et des bas, et je décrisse dans ma batmobile : la volvo que mon beau-père m'a vendue récemment. Kin toé, pis c't'avec ton char que je m'enfuis!

Décrisser, loin, loin, chais pas, Baie St-Paul, Sept-Iles, Gaspé, puis revenir vendredi car vendredi, mes fils reviennent à la maison, je serai reposée j'espère.

Décrisser, car ce matin, une violence adolescente me hantait, me chauffait les avant-bras et me fouettait de pulsions suicidaires et destructrices. Je tuais le chat ou me pendais. Avec du recul, je me dis qu'il faudrait vraiment que je fasse mon testament, Donald, fais-moi y penser, on sait jamais.

J'embarque sur la 40, vers l'est, premier objectif : Baie St-Paul. Je roule les yeux fermés, la radio dans le fond, sur le pilote automatique, la route glisse toute seule. Près de Trois-Rivières, le traffic ralentit et moi aussi. Mes pensées ont déjà beaucoup vagabondé. Lors des premiers 70kms, le coeur me levait lorsque je pensais à la ville, à mon quartier, à la maison, au chat qui braille dehors. Quand je pensais à mon chum, je me disais que je l'aimais mais que si je revenais pas ce soir, il comprendrait pas, il m'en voudrait tellement. Même si j'ai vraiment besoin de partir, de voir le fleuve, prendre des photos des oiseaux, marcher dans le bois, lire des livres, prendre un bain, dépenser de l'argent, me saoûler, m'évader, avoir des vacances. Oui mais. Oui mais mon chum aussi aimerait tellement ça. En fait, comme je m'endors au volant, je me rappelle que c'est avec lui que j'aime le plus faire de la route, j'aime partir avec lui, reposer ma tête sur son épaule. Et puis fuck, je n'y pense plus. Je continue à rouler et puis je me dis que non, je pourrais tout crisser là. Cette violence adolescente qui quelquefois m'a fait foutre en l'air ma vie le temps de cligner des yeux et de prononcer des mots auxquels je n'avais pas pensé. Je devais être une alcoolique toxicomane dans une autre vie, j'ai toujours peur de perdre la carte, alors même quand je veux m'évader, je n'y arrive pas. Quand je vois les panneaux de chevreuils et orignaux sur la 40, du coup, je me réveille, je fais attention. Mon but n'est plus Baie St-Paul, je vais aller à Québec. Voir le Louvre. Pis non, pas envie d'aller tripper toute seule, veux juste la paix. Ok d'abord, vais aller me ressourcer à l'Ile d'Orléans. Mon chum me manque déjà. Il aimerait tellement ça, conduire, s'évader, il en a tellement besoin. Il a tellement besoin de moi et je suis en train de l'abandonner. Je l'appelle longue distance. Je lui dis que je suis fatiguée et que j'ai hâte aux vacances. Il me dit que lui aussi, qu'on doit tenir bon, c'est dans 10 jours, on donne un coup puis on décrisse. Ensemble. Pas seule, pas de suicide, pas d'accident, pas de destruction. Ensemble, lui et moi, partenaires de vie, que je m'en allais foutre en l'air pour un caprice d'un matin.

Je me rapproche de Deschambault. Ma vessie m'appelle violemment et le désir de rebrousser chemin. Ça fait presque 3 heures que mon esprit erre sur l'asphalte du Québec. J'arrête au Subway, mange de la cochonnerie, emprunte les salles de bain, fais le plein, et reviens.

Le chemin est plus court au retour. Pas embrouillé. Ensoleillé.

Je suis fatiguée et j'ai envie de pleurer.

La vie est belle mais dieu que je suis conne. Y a des boutes, j'm'écoeure vraiment d'être si gnochonne...

5 commentaires:

Zoreilles a dit...

Bravo, youpi, hourra, olé, scoudelidou wow wow! Y a rien comme un road trip solo pour faire du ménage dans sa vie en un temps record, c'est fulgurant! Un peu violent, peut-être, mais ça a le mérite d'être terriblement efficace.

Ne te traite pas de tous les noms, c'est très sain ce que tu fais, très très sain.

Après ça, tu les connais tes priorités et tu sais quoi faire en Simonac! Tu sais peut-être pas plus ce que tu veux mais tu sais tellement ce que tu veux pus pantoute jamais!!!

gaétan a dit...

Hé ben, même dans l'écriture je ne te reconnaissais pas. Ça fait du bien ? Tant mieux. Le trop-plein faut que ça sorte.... sinon on s'étouffe avec. Ce genre de fuite temporaire permet de voir sa propre vie sous une autre perspective. J'le sais, j'l'ai essayé plusieurs fois.

modotcom a dit...

@ zoreilles et gaétan : tourelou, dormi, ok, on passe à autre chose. merci d'être là. 10-4.

Anonyme a dit...

Maudit que j'te reconnais dans ce texte là. C,est drôle comment je pense être fou de retourner au étude tandis que tu me trouve courageux et que tu te pense folle de peter les plomb tandis que je te trouve courageuse de le faire.
Tu sais, moi j'aurais pas le courage de peter quand la pression monte en dedans.
Autre ordre d'idées: sache qu'une petite forêt À St-So est à ta disposition pour contemplations solos... au besoin, sans rendez-vous. Do
p.s. pour la consultation successorale, j'aurai terminé ce cours en décembre...;)

Pierre M a dit...

Ouf! Je n'imaginais pas. On doit définitivement se parler plus souvent. Tu me manques. Comme dit zoreille, tout ça est très sain, et même courageux. Ne lâche pas.