samedi 26 décembre 2009

merry merry merry


26 décembre 2009 : aucun tsunami ne menace notre petit foyer de la petite-patrie. Sentiment de paix et sérénité malgré le fait que des centaines de milliers de frères et soeurs ont péri par la mer il y a 5 ans et que, malgré l'aide monétaire créant la vague d'or dans les années qui suivirent, il y a encore misère, pauvreté, et peine sur la terre. Pas de kamikaze menaçant de se foutre en l'air avec ses voisins inconnus, au nom d'un dieu ou d'un autre, indiquant qu'une civilisation est bonne et l'autre mauvaise - faut-il être assez aveugle et ne pas aimer l'humain à ce point? Pas de tempête de neige qui couvre les 2/3 des États-Unis depuis une semaine, juste les bienfaits du réchauffement climatique à Montréal : un mièvre -3C qui menace d'un peu de verglas, mais quand même très confortable pour se promener dehors. Donc, ci-dessous, journal intime d'un petit bonheur, décliné depuis le début des célébrations, le 19 décembre 2009.


2008 s'est terminée pour nous sur des chapeaux de roue, 2009 s'étire dans la tranquilité et la joie, quel contraste! Le 19 : Gabriel a 20 ans et M en aurait eu quarante plus quelques, s'il avait survécu ce 27 août à son accident cardio vasculaire. Deux jumeaux non identiques, comme des millions sur cette terre nés le 19 décembre. Belle date. Je n'ai vu ni de Gab ni de M, le premier étant occupé à célébrer avec sa gang d'amis et l'autre à nous inonder d'amour de son ciel, surtout en direction de sa belle épouse et de son fils. Fait froid, pas grave, l'homme chat et moi allons faire un stop and go à la campagne, livrer une TiVi trop grosse pour nous à ceux qui ne s'achètent pas grand chose car ils fabriquent tout : Mimi et Jacquot. La route est prise et nous arrivons à Ste-Victoire en croisant Jacquot dans son driveway avec des cossins pleins les mains, il va en forêt poser des collets. Merde Steph, va donc faire un tour dans le bois, il fait tellement beau, j'vas te prêter des bas et un chandail supplémentaire, tiens, un foulard de laine et hop, voilà les gars partis pour le bois. La Momo s'en va rejoindre Mimi en dedans, au chaud du feu de foyer. On jase, devant la série d'hêtres peints à l'huile par Mimi, quelle beauté. En m'avançant dans la rallonge illuminée, je tombe sur la dernière oeuvre de Jacquot, un immense dyptique à l'huile, représentation surréaliste de personnages intimes dans une campagne inexistante. Mimi et moi parlons d'expo. Nous en parlons jusqu'à ce que les gars reviennent. L'homme-chat m'a ramené quelques magnifiques branches de sapin, pour orner mes cadeaux maison. Y ont vu des traces de chevreuil. On continue de parler expo avec le principal intéressé, pendant qu'on se mitonne une petite bouffe maison. S'enclenche la discussion sur le bonheur, un début de livre de Mathieu Ricard, reçu en cadeau, le genre de truc que je m'achète jamais car je crois tout savoir et ne pas avoir besoin d'un peu de lumière dans mes plaisirs égoïstes, trouvant tout ce qui est spirituel comme péjorativement ésotérique, mais : quelle lecture révélatrice! Le bouddhisme, pour peu que je m'y attarde, ça devrait me ressembler un peu, il s'agit que j'y mette un peu plus de rigueur intellectuelle et du coeur, et j'y serai... je le souhaite.


Dix-neuf décembre : Mimi et Jacquot nous gardent donc à souper en philosophant bonheur. L'homme-chat me ramène en bon chauffeur à Montréal, pendant que je sieste tout mon trajet. Trop tard pour aller retrouver mon Gab au bar de jeunes. Fait froid en calvaire aussi et la mère n'a pas du tout envie d'écouter de la musique loud et boire de la bière cheap dans un bar (miteux) - de jeunes qui festoient.


20-12 : c'est un dimanche, nous allons voir notre chum qui rénove, pour lui porter nos confiseries de noël afin qu'il les apporte avec lui vers sa belle-famille alors qu'il y rejoindra dès mardi, son épouse pour les fêtes. Tiens, passe donc prendre un verre de vin à la maison ce soir. C'est le jour de l'arrivée de pa et ma à l'aéroport, dans l'après-midi, à une heure tout-à-fait décente (pas en soirée ni en matinée). Il n'y a pas de tempête, rien qui ne puisse les arrêter. J'attends patiemment quelques heures à Trudeau, armée de mon bonheur imprimé de M Ricard, apprenant les règles pour être une meilleure personne. La salle d'attente est bondée de monde, on y sent la joie, l'impatience et la fébrilité. Il y a au moins 6 arrivées dans le même après-midi et pas plus de douaniers, les arrivants faisant la file jusqu'en haut des escaliers roulants. Chaque voyageur est reçu à sa sortie par un saut dans le cou, les bagages lui tombant des mains, le chariot bloquant le chemin pendant que se font embrassades et accolades, bienvenues écriées ou en pleurs. Si nous avions pu encanner cette joie, nous aurions eu un beau feu d'artifices. Après 2 heures de bonheur bouddhique, pa et ma arrivent tranquillement avec leurs sacs à dos. M'man est emmitouflée dans son suit de ski et un gros manteau de laine. Bien sûr, les bagages ne les ont pas suivis, l'escale à Denver ayant été bien trop courte. On recevra la valise dans quelques jours. Bon : allons rejoindre l'homme-chat qui a concoté des ribs et des frites tout l'après-midi. Avons soupé comme des cochons en partageant notre premier rouge avec mes parents. Un chum arrive prendre un verre, rencontre mes parents, jasent : Europe, Bretagne, Wallonie, Flandres, Van Dyck, musées, voyages, droit, études internationales, ça vole haut et c'est crissement intéressant.


21 décembre : un lundi de travail pour moi - pour la forme - ainsi qu'un mardi qui suit, puis les vacances. Tiens, tiens, c'est la fête à ma soeur, celle qu'on ne fête jamais en famille puisque c'est dans le temps des fêtes. Une pauvre escamotée. C'est donc une première, à mon souvenir. Nous nous réunissons, à l'exception de mes fils occupés à gagner leur vie de jeunes adultes, dans un resto du quartier chinois, nous sommes en terrain familier. Elle nous présente son nouveau conjoint. Aucune animosité et un accueil des plus serein de la part de mes parents; aurait-il pu en être autrement? Si, si, pensez-y bien : c'aurait pu être un fiasco total ce genre de choses-là, mais pas avec mes parents, fort heureusement. Soirée de rires et de partage, avec la grande table ronde dont le centre circule en cercle pour distribuer la même bouffe à tous. On reconduit mes parents chez les amis sur la R-S après le souper.


22 décembre : last day of work. Un peu d'excitation quand même et très peu de concentration. Lunch collègues, échange cadeaux, appréciation, bonus, bye bye, gestionnaire d'absence de bureau, message d'absence. Go, c'est les vacances! Rejoins homme-chat et un chum dans un bar du plateau, rempli comme un jeudi soir; oui, la veille des fêtes, le monde festoie. 5 à 7 joyeux et souper à l'italien traditionnel. Maison, dodo.


23 décembre : journée d'emballage des confiseries de noël - truffes chocolat noir cayenne paprika piment, et dragées amandes argent, avec tisane blue lady de chez anatol - les gâteries maison de Mo and Steph Sucreries et Anecdotes. Emballage des cadeaux; je n'achète que des livres, c'est simple - un stop magasinage - et c'est instructif. J'étais assez fière des emballages cette année, ayant sauvé mes quelques kilomètres de papier en ayant fourré chaque livre dans un écolosac de toile réutilisable, tous et chacuns bien imprimés de couleurs vives et sélectionnés en fonction de chacun des aimés. Sapin, c'a pris 30 minutes à monter, un peu moins passionnant que quand les enfants étaient là ; mon ami de plastique Canadian Tire, les éternelles boules de verre dorées dont de 3 douzaines, il ne reste plus qu'une, et quelques décos kitch - le chat regardait avec attention. On fout l'électricité dans le tas et hop : la magie de noël s'est installée dans le salon. Journée de bouillon de poulet : les carcasses de 3 beaux poulets que j'ai fait cuire la matinée, en train de mijoter pour 24 heures dans la mijoteuse, le chat dort, c'est sûr, dans cette odeur! Je fais la tarte : chocolat blanc safran - bleuets - chocolat noir - pistaches. Si, si : faut essayer! Elle durcit dans le fridge. Il y a du hockey puis des films d'action à TiVi, je tricote comme une malade à m'en fouler les pouces, ça y est, il ne reste plus qu'une manche. Je le finirai ton chandail, homme, avant la fin 2009!


24 décembre : ah ben! On dégraisse le bouillon pour en faire un beau consommé à servir sur pleurotes grillées et agnoletti. L'homme-chat va chercher les parents sur la R-S, tout le monde se cache dans les chambres à huis clos pour terminer d'emballer, moi je cuisine. Fait chaud dans la maison : les fenêtres sont ouvertes et je porte une robe à bretelles pas de manche! J'ai chaud, mec, j'arrête pas! La bière descend et quand l'homme-chat a une minute, il me concote un bloody cesar de son cru : je cale ça, c'est bon!


Tout le monde arrive, c'est le party, les nièces sont absolument adorables. Mes fils arrivent chacun à leur tour, les becs, comment ça va toi? Vas-tu à l'école, que se passe-t-il? Où vis-tu? etc. Chat sabre un V-C au plaisir de tous et le distribue dans 10 coupes à champagne : la modération a bien meilleur goût! On mange, on boit, l'homme-chat ramasse au fur-et-à-mesure et compte sur son allié des fêtes : Mister dishwasher. Quelle paire efficace ces jours-ci! On déballe les cadeaux, ce sont les nièces qui les distribuent à la pièce, elles savent lire maintenant, et déduisent même les destinataires quand Momo n'a écrit que les initiales sur les paquets! Photos, photos (dont celle du haut où il ne manque que le photographe - le chum à ma soeur). Ma belle-soeur nous a offert un mini cadre doré, framant une broderie d'un blason qu'elle nous a créé : un "S" entremêlé d'un "M", pas pour sado-maso, mais bien pour Steph and Mo - l'emblême de notre maison, aussi possessif puisse-t-il paraître. Ainsi soit-il, les desserts sont descendus vite, les 2 soeurs ayant mis la barre haute et surtout bien chocolatée. Café, thé. Tiens tiens, on n'a pas pris de digestif, mais en fait, on a bu pas mal de rouge quand même.


Bye, bye : mon frère et sa blonde prennent l'avion le 25 au matin pour quelques semaines au Japon. Nous autres : on dort.


25 décembre : bon, c'est noël, Yésous il est né. En fait, à Montréal, vu la célébration passée, c'est plutôt une journée de repos, celle où on lave les verres à vin à la mitaine, on ramasse le plancher, on remplit le bac de recyclage, etc. Puis, on va prendre une marche sur la montagne. Je ne fais pas ça souvent, aller marcher sur le Mont-Royal, mais sachant que mes parents devaient commencer à se sentir ankylosés de n'avoir pas marché ou respiré du plein air, nous avons pris la direction du métro Mont-Royal et entamé la marche vers le Lac des Castors. Seriez-vous étonnés de savoir que ça glisse et patine allègrement en famille au sommet enneigé de Montréal en cette journée de Noël? Quelle joie, quelle beauté! Nous sommes redescendus en une heure à une allure plus preste puisque la température baissait, et avons sauté dans la 55 vers le quartier chinois - encore. Ramassé du canard et du porc BBQ pour nous régaler à la maison avec l'homme-chat qui a siesté toute la journée sur le sofa avec chat Brooklyn sur le ventre, en demi-sommeil. Ah, les fêtes, quel calme! Bien qu'il soit tôt, on réchauffe la bouffe, on va manger, stie, le grand air ça donne faim. Mon chum verse un verre de rouge mais mon père n'en veut pas, il a trop bu la veille, ah oui? Tiens, il aura 70 l'an prochain et bien qu'il soit plus en forme que la moyenne des gens de mon âge, il reconnaît que la machine n'est plus la même, il ne se prive de rien, mais demeure raisonnable en tout.


Il me reste quelques jours à partager en famille, à me reposer, à tricoter, fouiner dans quelques papiers, apprécier. Toute cette collection de petits plaisirs. Ne manquant de rien, on indique qu'en Occident, les gens ressentent un état de bien-être général; je le confirme et puisqu'il arrive encore bien du malheur et des drames dans l'humanité, je ne peux qu'apprécier davantage ces petits moments de joie, sans oublier d'être infiniment reconnaissante, et de devenir bonne et heureuse.


De Joyeuses Fêtes à vous tous, mes chers amis.


Bises,

lundi 16 novembre 2009

t'écris plus?


lien relatif à l'image : fondation pour l'alphabétisation


une de mes nombreuses interventions pour ne dire que bonjour! Je lis, je lis, ben, pas vraiment, pas le temps pour un livre entier, disons des paragraphes de temps à autre, dans la salle de bain : Windows on the World de Beigbeder ou le 911 réinventé, cadeau de fête de mon fils Gab il y a près d'un mois, je le lis une minute à la fois. Je lis : le Devoir encore et toujours, mais surtout les titres. Je lis, que Pat Dion a reçu la nouvelle couverture de son roman à sortir en février, et je ne m'en peux plus d'attendre! Je lis pour savoir si Josiane Ferron a effectivement écrit un livre pour enfants. Je lis pour savoir si j'irai voir ou non le documentaire de Pedro Ruiz sur Dany Laferrière, qui est autant pour moi que pour Guy A. mon écrivain francophone contemporain préféré, que je n'ai pas lu depuis des siècles puisque je ne lis que très peu, mais dont j'offre systématiquement le dernier roman à chaque possibilité à ma chum Iz qui doit être ma lectrice par procuration. Je lis, des mises à jour insipides mais chaleureuses, de mes amis en virtuo facebook. Je lis des nouveaux trucs, comme c'est quoi un lipdub et je trouve ça hilarant, et je trouve que le monde évolue, que la techno nous emballe, que la nature me manque, mais que les gens sont généralement heureux. Je lis ça, au travers des 4 pages quotidiennes dans le Devoir pour nous rappeler d'aller nous faire vacciner sinon la planète va mourir. Je lis le ciel et les arbres, le peu de gazon qu'il reste dans ma cour. Je lis les yeux de mon chum lorsque je rentre de Québec samedi dans la nuit et qu'on ne s'est vus depuis 48 heures, mon amour. Je lis, un peu finalement quand même. Je vous lis, et je vous embrasse bien fort. Bises,

vendredi 16 octobre 2009

la force d'être heureux


hier, j'écrivais un billet triste, puis je l'ai effacé, disant qu'il ne se faisait pas de partager le désespoir - le désespoir est un mot chargé, me direz-vous. Hier, je voulus lire l'extrait en ligne du livre de Mme Arcan, Paradis clé en main, puis je me suis dit que je ne devais pas.

Comment, pourquoi, la force de vivre? La force d'être heureux.

Le courage, quand on a tout : le physique, le rire, la santé, les parents, la famille, les enfants, le chum, la chance, la tête - de rajouter cette couche essentielle à la vie : le bonheur?

Comment, pourquoi?

Parce que "M", qui aimait tellement la vie, me fouetterait de ne pas vouloir en jouïr.

Y a des jours comme ça où être heureux nous semble ridicule, tellement quelque chose de si simple devient subitement inaccessible, indésirable. On n'a plus envie de se lever, de penser au bonheur, on ne voit que la médiocrité, on constate la faiblesse, la fragilité, la fatigue.

Dure dure la vie, surtout pour ceux qui clament haut et fort leur capacité d'être simplement, béatement heureux (moi, exemple). L'homme chat ne sait pas qu'on puisse être malheureux, il pense que ça vient du dedans le malheur. Il a raison, un peu. Il a raison, la plupart du temps. Mais le désespoir, celui de ne pouvoir être heureux, n'a rien à voir avec la raison, rien du tout. Rien à voir avec le coeur qui nous rattache à ceux qu'on aime et qui nous aiment, rien. Tout à voir avec l'autre partie sombre de nous même, plus noire chez les uns que chez les autres, ce même aimant qui nous a tiré vers la vie et qui nous amène inexorablement vers la mort, cette attraction viscérale qui fait de notre vie un simple passage, la vie d'un humain parmi tant d'autres, parmi tant d'espèces, depuis des millénaires...

La force d'être heureux, je l'ai. Pas tous les jours, mais je l'ai. J'en ai surtout le souvenir, je sais que je peux. C'est cela qui me garde en vie.

mardi 6 octobre 2009

ma maison en ville


je vois ceci tous les matins de ma cuisine, lorsque je regarde vers l'entrée. C'est sombre car il n'est que 6 heures du matin; autrement c'est très clair... et blanc. De l'autre côté de la porte, c'est la rue, les voitures, les piétons marchant jusqu'au métro avec leurs fils et filles aux bras. De ce côté de la porte, je suis chez moi, dans ma maison en ville.

Il n'y a qu'en ville qu'on peut voir ce décor : un corridor mince, témoignant d'une longue maison construite en profondeur. Je ne sais pas quelle longueur a notre terrain, mais je sais que la maison est rectangulaire plutôt que carrée, ou ronde.

Je sais aussi que ma maison est collée entre 2 autres maisons, séparée entre elles par des murs coupe-feu, que nos locataires habitent en haut un appartement semblable au nôtre, que notre cour est ceintrée par une autre et une ruelle en arrière.

Ma maison en ville est différente d'une maison de banlieue.

Je revenais hier après-midi d'une visite dans une banlieue cossue où je mis les pieds dans une construction de 2007 évaluée alors à quelques millions $. Avant de mettre le pied dedans, j'ai commencé par m'y rendre en auto. Je me suis perdue car l'itinéraire Google m'indiquait des rues qui n'étaient pas encore construites; il y avait des pépines et des culs-de-sacs partout. Plus j'avançais en mobile, plus les maisons étaient grandes. L'adresse n'est pas indiquée sur la porte, mais sur un truc à l'entrée du terrain, une espèce de pilône en pierre (? - je suis sure que tous les propriétaires connaissent le nom exact de ce machin - il y en a habituellement 2, de chaque côté d'une gate ou d'une entrée, tiens). On entre dans la propriété sur un chemin dallé en 2 couleurs qui sillone allègrement de la rue à la porte d'entrée en tournant autour d'un arbre au centre d'un petit étang, puis revenant vers la rue. Quelques piquets fluorescents dépassent inélégamment du sentier pour indiquer la limite où nous abîmerions la végétation bien soignée. Lorsque je décidai de l'endroit idéal où stationner l'auto, je marchai d'un pas décidé vers la maison jusqu'à ce que j'hésitai : une porte simple devant moi, et une porte double au-dessus de quelques marches de pierre à ma gauche. Je choisis celle de gauche, je sonne. Comme toujours, dans une immense maison, la sonnette résonne tellement qu'on l'entend plus à l'extérieur qu'à l'intérieur. Vous devinez que la propriétaire est venue m'ouvrir à la petite porte plutôt qu'à la grande, en m'indiquant que personne n'entre jamais par cette porte. Pas grave, la porte principale ouvre quand même sur un hall d'entrée des plus imposants avec au centre, bien symétrique, un escalier montant droit au 2e étage, environ 20 pieds plus haut. La rampe d'escalier est en verre givré. Le plancher est en ipé. En arrière, la table de la salle à manger mesure 10 pieds par 10 pieds, il y a une cascade dans le salon, la piscine creusée est en face de la porte patio qui est une porte coulissante de 6 panneaux, la piscine est assortie d'un petit module de jeux pour enfants, en forme de mini-château. Le garage double est en bas, les chambres en haut j'imagine (je ne sais pas, le plafond était plus que haut), je n'ai pas compris la grandeur de la cuisine et la vasteté m'a empêché de remarquer l'emplacement des choses. Bref, grandiose, mais trop grand, à une échelle vertigineuse! On reste stupéfait. J'ai bien aimé parce que c'est bien fait, c'est beau, c'est agréable, j'ai peu apprécié parce que c'était trop grand, trop haut, trop loin. Quand le mur de la pièce est à 30 pieds de nous, remarque-t-on vraiment s'il est en pierre, en autre chose, et d'ailleurs à quoi ressemblaient les sofas? Mais pourquoi diable les gens se logent-ils dans si grand? Pourquoi les êtres humains se donnent-ils le droit d'occuper autant d'espace?

En revenant dans ma maison en ville, la première impression que j'ai eue fut l'étroitesse des lieux. La largeur de notre maison (un corridor et des pièces de chaque côté) fait la largeur de la salle à manger du petit manoir en banlieue. Ma cour contient à peine son driveway.

J'aime notre maison, à dimension humaine, rapprochée. J'aime aussi ma maison en ville, parce ce que c'est cette petite maison, comme les autres, construite il y a un siècle, par des ouvriers manuels qui pouvaient acheter la terre peu chère dans la Petite Patrie, alors Paroisse Saint-Édouard. Voici comment se décrit ma maison en ville dans Pignons sur rue, les quartiers de Montréal :

La maison contiguë

Ce type de bâtiment est très répandu dans les quartiers Saint-Édouard et Villeray. Ce qui frappe le passant, c'est la succession désordonnée de maisons à un, deux ou trois niveaux. Les différences, parfois subtiles, tiennent à la juxtaposition d'un grand et d'un petit module, à l'inversion des escaliers et des ouvertures et aux corniches légèrement dépareillées. Le désir de répondre à une demande variée - quant à la taille des logements et aux goûts... (cette page de mon livre est abimée - je dois donc vous épargner la suite).

Mais j'en profite pour en rajouter : les ruelles inévitables, les cours, les passants qui arpentent comme moi autant les ruelles verdies que les rues embouteillées. Le traffic tant en arrière qu'en avant. Le calme immense dans ces briques, à 6 heures du matin. Les oiseaux dans les arbres, très vieux, et très proches. Les vieux calorifères à eau, les murs de plâtre, les planchers de bois franc, les surfaces croches, rien de droit, tout étroit, chaud, et humain. Quand je vis dans mon appartement dans ma maison, je ne vis pas dans une villa cossue avec un grand terrain à l'échelle de géants; non, je vis en ville, dans mon petit appartement, parmi tant d'autres et une communauté entière, confortablement logée à la place des ouvriers d'autrefois.

mardi 22 septembre 2009

la pluie

est le meilleur vecteur pour la contemplation; elle me pousse en dedans, de la manière la plus pleine, le regard vers l'intérieur car dehors, l'horizon est bloqué. Elle me pousse à la mélancolie, la douce, celle qui nous rappelle que les émotions existent, celle qui nous fait pleurer timidement pour rien, fait monter la sève au nez, au front puis aux paupières. La pluie est divine, elle m'emmène vers M., je lui parle beaucoup aujourd'hui. M. était mon soleil dans mon ciel de fin d'été; il est ma douce pluie d'automne. J'ai placé mes légumes sur mon bureau face à la fenêtre, en pensant à lui. Tiens, M., mon offrande du 22 septembre. C'est la fête à H., tu te souviens, je l'appellerai tantôt. Maintenant je te laisse mon ami, je rencontre un de tes anciens clients ce matin, lui aussi est allé te voir le 7 septembre. Nous aimons tous ta blonde et ton fils. Moment de recueillement; je pensais déjà à toi hier soir, ce matin humide me colle à ta pensée. Je passerai ma journée heureuse, en mémoire de ta joie. Bises, Mo xxx

lundi 14 septembre 2009

tchin tchin câlisse!


l'homme-chat et son pote ont vendu le bar!!! yeah!!! très bonne nouvelle, merveilleusement bien accueillie de mon bord-cite de la clôture.

finis, la quatre-cent quatre-vingtaine de jours et de nuits à stresser, les drinks à mixer, les sourires à prodiguer, la musique à supporter, les moppes à passer, les limes à acheter, l'alcool à commissionner, le staff à gérer, les gaffes à corriger, les tabs à comptabiliser, les tables à laver, les bécosses à nettoyer, les tuyaux à déboucher, les promotions à annoncer, les bills à payer, les permis à négocier, les divas à envoyer promener, les saoûls à tougher, les toughs à renvoyer, les vestiaires à surveiller, les amis à aimer, les vrais amis à adorer, les faux amis à détester, les clients à remercier, la glace à transporter, les cocktails à préparer, les verres à laver, le partner à endurer, les tylenols à gober, les week-ends à goaler, les shooters à recracher, les matinées à sommeiller, les veillées à veiller, les bars à fermer, les ivrognes à aimer, les filles à draguer, la blonde à manquer, les rideaux à fermer...

tirés les rideaux : nous avons aimé, nous avons fait, nous avons de nouveaux amis, nous avons d'ex amis (moi je me dis : ça ne se peut pas, des ex-amis; il y a eu de graves erreurs de parcours), nous avons de l'expérience... et nous sommes encore un couple!

tchin tchin câlisse! et merci à tous ceux qui nous ont accompagnés dans cette folle aventure!

le meilleur reste à venir, bien sûr.

samedi 29 août 2009

l'ombre avant la lumière


le 20 octobre 1987, notre ami débarque à l'appart que je partageais alors avec Iz. Je venais d'avoir 20 ans la veille. Il nous annonce qu'un copain de notre âge vient de perdre la vie dans un accident de la route.

Je me souviens du sérieux et de la solennité de mon copain lorsqu'il a eu la tâche difficile de donner la mauvaise nouvelle. Je lui en serai toujours reconnaissante. Moi, ces trucs, je sais pas faire, lui, il sait, et ça en prend toujours un.

Cette semaine, le jeudi matin de ma 2e semaine de vacances, il laisse un message sur mon répondeur. Il sait que je suis en vacances et me prie de l'appeler quand je pourrai.

Je le rappelle et il m'annonce que "M" a perdu la vie dans la nuit de mercredi. Je nommerai la cause une "attaque" puisque je ne connais pas les termes médicaux exacts en ce moment.

J'avais vu "M" la veille ainsi qu'une douzaine de camarades; je l'ai vu à son meilleur, lorsqu'il est heureux, gai, généreux, amusant, plein de vie.

Incrédulité.

Ceux qui ont appris la nouvelle ont dû avoir cette première réaction : il était si jeune, il était là hier, il y a quelques heures, etc.

Ce fut la grande ombre, le très long moment où l'on ne comprend pas et que l'on n'accepte pas.

Moi, j'aime plutôt quand c'est clair, parce que l'ombre, si je ne la rejette pas, je suis capable de m'y complaire très longtemps et d'y sombrer fatalement et injustement. D'ailleurs mon ami avait pris soin de vérifier si j'étais seule à la maison ou accompagnée, avant de m'annoncer la mauvaise nouvelle.

Il y a eu plusieurs téléphones, des amis en pleurs, d'autres sous le choc, puis le désir de faire quelque chose : s'assurer que les survivants sont corrects, je veux dire au niveau pratique, parce qu'émotivement, on ne peut rien garantir en ce moment, tout est en crise, fragilisé. Femme et enfant, comment se portent-ils? On m'a assurée qu'on veillait sur eux pour l'instant, qu'il y avait de la bouffe dans le frigo, qu'ils seraient entourés, etc. J'ai laissé mon # de téléphone et mon entière disponibilité; je ne pouvais rien faire d'autre qui me vint à l'esprit sans devenir envahissante. Je ne sais pas très bien respecter ces moments-là, je ne sais pas comment les gens se sentent, les émotions sont très floues en moi. J'ai eu des relents de pleurs, très peu. J'ai rapidement vu "M" emplir le ciel de sa chaleur, sa joie et sa bonté. Je lui ai parlé sans cesse dans le ciel depuis jeudi matin; j'avais trouvé ma lumière. En me couchant jeudi soir, j'ai pleuré encore puis je me suis rappelé "M" qui courait comme Forrest Gump, j'ai tellement ri!

D'autres cherchent encore la lumière : une autopsie sera ou a été faite car "M" est mort jeune. On comprendra certaines choses; est-ce que cela aidera à accepter? Vendredi, j'allais faire une journée de bénévolat avec la job; la veille je me suis dit que cela me changerait les idées. Dans la douche à 7am vendredi, j'avais pas envie de me changer les idées; je voulais juste aller me recoucher en pensant à "M". Plus tard, j'ai fait de la moto avec mon chum et des copains voir des prés, des vaches, des chevaux et des alpagas, ça a fait du bien.

Il y aura surement des funérailles pour "M"; ce sera le moment de réunir ceux qui l'aimaient pour qu'ils partagent entre eux une accolade, un chagrin solidaire (le besoin de recueillement collectif lors du deuil me fait reconsidérer des funérailles) et lui disent un digne au revoir. "M" était un homme plus grand que nature tant dans ses émotions que sa générosité; il a apporté bonheur et joie autour de lui. À mon humble connaissance, il était un homme heureux. Je pensais à son entrée au ciel, avec un beau drap autour de la taille, une couronne en plastique orange et probablement une plume (...) arrivant en grande pompe et plein de bonne humeur. Quelle belle place on doit lui avoir faite au paradis! "M" sera toujours ma chaleur dans mon ciel, mon étoile qui me guidera. Je penserai à toi toute ma vie, mon grand grand grand ami, de tout mon coeur et mon âme. Tu manqueras à beaucoup ici, merci d'avoir toujours été là, d'avoir empli nos vies de ta joie, d'avoir été entièrement, pleinement toi-même. Bisous, grand homme xxxxxxxx.

lundi 24 août 2009

pop ups


pourquoi y en a-t-il autant quand on vient ici? c'est-il bête de ne pas pouvoir contrôler ce qu'on fait, merde? Bon, à mes amis et lecteurs, je m'excuse 42 fois pour ces horribles pop-ups qui polluent votre ordi et votre écran chaque fois que vous me visitez, ce serait comme disons, vous rentrez chez nous pour une bonne bouffe et un bon verre, et ça sentirait tout le temps le pipi de chat, malgré l'accueil sincère, la déco de bon goût, la bouffe savoureuse, et le vin enivrant. Merde quoi! Je chiâle... mais je pense quand même avec beaucoup d'amour à la petite Félixe qui vit ses premiers moments en grande nature. Si quelqu'un a un truc pour moi, j'écoute vous savez, un exterminateur de pop-ups quelqu'un? Merci.

jeudi 6 août 2009

discipline


... je n'haïs pas le mot, juste qu'il m'est rébarbatif; j'y associe des synonymes ardus tels : effort, rigueur, perfectitude (pas perfectionnement, pas perfectionnisme, ...titude comme dans l'entêtement qui va avec), vertu, austérité.

Pourquoi? pourquoi la discipline.

Je savoure mon moment d'écart ce soir (je me sens d'ailleurs toujours mieux en délinquante qu'en volontaire) : indisciplinée, je ne veux pas accompagner chum pour magasiner son nouveau jouet même s'il fait beau et que la vie de couple c'est important. Indisciplinée, je ne veux pas travailler ce soir même si je me suis ramenée du boulot du bureau et que j'ai du temps puisque je ne suis pas partie avec chum. Indisciplinée, je mange un Cup-a-noodle Gattuso à 1,29$ plein de produits chimiques mais au goût bien relevé, et fume des Gauloises jaunes. Indisciplinée, j'ai mal au corps et suis mal assise avec le dos courbé, après 2 mois de pratique matinale de yoga.

Pourtant, cette semaine, je replongeais mes esprits dans la perspective sereine de Guriji B.K.S. Iyengar, et le matin, seule à 5:30 du mat à longer le comptoir de cuisine, je me dis : je vais bientôt atteindre le nirvana, je vais continuer à pratiquer le yoga, plus rigoureusement, avec discipline, jusqu'à ce que ça devienne facile, jusqu'à ce que mon corps ne soit plus un fardeau mais que mon esprit le porte, le coeur sera léger, la respiration fluide, le corps éthéré. J'y arrive tranquillement, je le sens; d'ailleurs j'ai moins envie de voyager à l'extérieur - voir du pays en brûlant du gaz, puisque j'ai tant à voyager en dedans (là, je m'arrête un peu et me dis : ouain, je charie un peu là, j't'en train de devenir un peu fuckée, non? tu te souviens, quand on était ados et qu'on prétendait léviter et faire de la méditation transcendantale et des rebirths dans le cours d'édu au cégep du vieux).

Bon ouais, j'aime le yoga, comprenez moi bien. Ça fait juste énormément de bien, ça fait circuler le sang dans le corps le matin en se levant; des fois, ça contrarie mon corps, comme ce matin où j'en ai pris soin pendant 1 heure plutôt qu'une demi-heure (c'est facile de prendre son temps quand on commence le yoga car c'est vraiment agréable), enfin je pense que j'y ai passé une heure, parce que même si je me suis levée avant 5:30, je n'ai pu quitter la maison que vers 8 heures sans avoir fait d'extra nulle part. On aurait dit que la terre était sous l'effet d'un champ magnétique diabolique et que les aimants tiraient les chiffres du cadran vers le haut à une vitesse fulgurante. Bref, après tout ce temps consacré à ma sérénité et au bien-être de mes membres, j'étais fru. Complètement fru, comme que ça sert crissement à rien d'être zen quand quelqu'un te vole ton temps. Maudit!

J'ai néanmoins passé une bonne journée. Je suis encore une fille heureuse. (une parenthèse, j'étais chez Pierre-Léon dont quelqu'un disait apprécier son blogue car il ne parlait pas beaucoup de lui. Moi, je parle beaucoup de moi quoi.)

La plupart du temps, je m'impose discipline et rigueur (ouain), j'aime le croire et je pense sincèrement que de faire sciemment le contraire relève de la paresse. Je n'aime pas le manque de rigueur; il est une trace plus manifeste que la rigueur elle-même; il est voyant et les symptômes en sont nombreux et handicapent souvent le porteur de toute fonctionalité et de Drive. La rigueur elle, agit en coulisse, sournoisement, dans de petits défis auxquels s'emploie son porteur pour devenir meilleur; c'est un geste conscient, non maniaque, mais louable. Mais, bonyeu, des fois, tout d'un coup (ce n'est même pas le temps dans le mois), toutE décrisse et conspire à faire de moi une petite salope : mange des cochonneries, fume, écris mal, brosse-toi pas les dents... L'élastique qui me tenait drette et plate a peté. Oooohhhh.

Au mois d'août dernier, je faisais un décrissage en règle en pétant les plombs à cet endroit; cela pourrait être la période de l'année où ma soupape lâche. Le yoga, c'est pour ça. Mais la respiration, juste pas capable. C'est trop dur. Je vais m'acharner, croyez-moi, je veux devenir une sainte comme mon père. Est-il discipliné ou est-il un saint, point?

Ego parle et écoute : Zoreilles, je t'écris pas souvent ces temps-ci car j'abuse de mes amitiés et me fais pardonner par pur narcissisme, et je sais que tu vas me dire que la vie c'est ça, faut pas vouloir la régler au quart de tour... T'as raison. Pat : arrête de me tenter à aller m'empiffrer et boire du vin dans les places jetset de cette beauté métropolitaine. Mélodie, je flanche toujours devant ta légèreté (en sachant très bien que t'es fichtrement rigoureuse). Coudonc, n'y a t-il vraiment personne de vraiment sérieux? Quelqu'un qui cherche, ou qui a trouvé la voie? (vous savez pas à quel point je me fais marrer en ce moment, à essayer d'être un être vertueux et intériorisé!).

Bon, y avait assez d'encre.

Ohm.

ps : B.K.S. Iyengar, faut connaître. Sinon, yoga tout court, tai chi ou autre mouvements non violents prétexte à une concentration (je suis nulle en concentration) et permettant simplement de faire bouger son corps qui est trop souvent assis sur le cul.

mercredi 29 juillet 2009

lectorat - merci - Gaia - été

ma chum Do - merci Do - me disait aujourd'hui - ouais, t'as ralenti, t'as décidé de lâcher le web. Son chum de dire "t'écris plus?"

Si, si : j'écris toujours une page de ma vie, tous les jours, dès le réveil, jusqu'au coucher. En dormant, j'écris des rêves érotiques. Ma vie s'imprime chaque jour dans mon coprs qui vibre, dans mon cerveau qui raisonne, dans mon coeur qui aime, dans mon âme qui remercie.

En juin, ma chum Iz que je mettais à jour quant au fait notamment que j'étais occupée et que je cherchais un sens dans ma vie - oh ingrate Mo qui a tout parce que tu es choyée par la vie, parce que tu es dotée, capable, et que tu fais, tu agis, et que - fuck - tu as tout!!! - Mo se cherche, comme toute personne qui a le loisir de le faire, se cherche, à 41 ans et demi, bien nourrie, bien logée, et qui aime et boit du vin...

Ma chum Iz, d'une simplicité désarmante, me dit : Essaye un truc, chaque jour en te levant, remercie la vie, pour n'importe quoi, quelque chose, tu vas voir, ta journée va être meilleure. Ça sonne ésotérique de même mais essaye, tu verras.

Ok, c'était un soir philosophico-amical comme ceux qui sont irremplaçables, traces de l'amitié pure et sincère qui permettent de dire les choses les plus simples comme : dis merci le matin.

Depuis le mois de juin, en plus de m'accorder mon Holy Hour en consacrant du temps à mon corps et à mon esprit en faisant du simili-yoga réinventé iyengar oublié - ohm - je me lève en remerciant la vie de : - me donner le soleil, la santé, l'eau à boire, la douche, le café, l'amour, la joie, une bonne nuit de sommeil, une job, une maison, la vie, la joie, la lucidité, la capacité, la volonté, les oiseaux, la pluie, Galarneau, le ciel, le silence, mon Holy Hour, le lit, l'amour couché à côté de moi, le couple heureux et soudé, le confort, les draps, le défi professionnel, Gabriel, Thomas, le souper, le déjeuner, la pomme qui s'en vient, le chat qui attend de l'autre côté de la porte de la chambre que je vais ouvrir, mes pieds qui me portent, mes jambes fines et qui me tiennent, mes ongles d'orteils, mes petits seins petits mais à moi, mes mains, la vue, l'odorat, la cigarette que je redécouvre à mon plus grand délice, le malheur, la complaisance, la pitié, la passion, un coeur qui bat, la souveraineté de mes actes, la liberté, la possibilité de m'exprimer, me réaliser, Barack Obama, un pays libre, un plancher de bois franc, la terrasse en arrière de la maison, la porte que j'ouvre vers l'extérieur, les mots, les pensées, les joies, les rêves, les délires...

Des fois, je dis merci Seigneur, en trouvant que ces mots ne m'appartiennent pas car je ne l'ai jamais fait, ni dans mon éducation ni dans mes croyances, ça vient tout seul comme une expression qu'on a toujours lue et qui vient à l'esprit par habitude. Je change Seigneur pour Gaia, ma belle Gaia, la mère de toute chose, la généreuse terre et nature. Merci!

Le lectorat qui attend mérite une auteure inspirée...

J'aime beaucoup la vie. Si cet été, je ne le partage pas avec vous autant que dans le passé, ne croyez pas que je n'aime pas partager. Je partage beaucoup avec moi-même et c'est crissement bon. L'amitié me permet tout cela. Mais d'abord et avant tout : la vie.

Mille bisous jusqu'à bientôt.

lundi 6 juillet 2009

écrire dans sa tête


en juin, j'ai spontanément arrêté de fouiner le cyberespace, que ce soit pour lire, interagir ou écrire. Je n'ai plus ouvert l'ordi à mon réveil pour y passer 1 heure en orbite le matin, ni plus ouvert l'ordi en revenant du travail pour venir y scèner régulièrement. La vie se passait ailleurs et je savais que je devais m'y reconnecter, après 2 ans d'évasion virtuelle.

Les premiers jours furent un calvaire : j'avais du temps. Lire : j'avais du temps à tuer.

Mais à mesure que les jours passaient, il m'était devenu indolore de ne pas ouvrir l'ordi dès mon réveil.

Le vide creusé par le fait de ne pas écrire, se fit ressentir alors que je zappais la Tivi à la recherche d'une évasion intéressante. Ce face à moi a remis en question mon bonheur. J'ai trouvé ma vie "plate" pendant plus d'une semaine. J'ai eu une crise existentielle avant de réapprendre à faire des choses concrètes, avec mes mains et mon esprit, et pas juste penser tout haut du bout de mes doigts.

Écrire était devenu, je l'avoue, un geste compulsif. Aucune retenue ni distance ne s'imposaient à moi dès qu'il me venait une idée, une pensée, une réflexion, une question, aussi bénines et insignifiantes soient-elles. J'écrivais, c'est tout. J'écrivais, aux 5 secondes, et je lisais boulimiquement. Sur le web, dans ce monde imaginaire mais pourtant réel. Cette fênêtre sur le monde m'a manqué, je me suis sentie seule et isolée, dans le vrai monde.

En fait, c'est écrire qui me manquait. Un sevrage, comme arrêter de fumer, cesser toute chose que l'on fait par habitude et qui nous fait du bien.

Je me suis rapprochée de mon homme-chat. J'ai échangé avec lui plus que je n'échangeais jadis avec tout ce qui bougeait ou s'exprimait sur le web. C'était bon et structurant. L'homme chat a construit une terrasse dans notre cour fermée de la maison en ville. J'ai profité de l'air citadin sous le parasol.

J'ai commencé à tricoter : j'ai terminé le dos du chandail de laine que je lui offrirai cet automne.

Des fois, comme le temps passait, je me relisais et constatais en effet que je n'avais plus rien à dire. Comme quoi, la facilité à s'exprimer vient avec la pratique.

Ce congé fut un excellent exercice. Je me sens beaucoup plus équilibrée, en harmonie avec la vraie vie du dehors. Si l'ordi fouerre demain, ce ne sera pas un désastre.

Il n'y a pas le feu. Écrire seulement quand on a envie.

J'ai redécouvert d'autres façons de vivre : faire du yoga, respirer, faire l'amour, la bouffe, les plantes, échanger avec des mots, des gestes, et écrire...

... car les mots, ils feront toujours partie de moi, qu'ils soient imprimés ou dans ma tête. Je ne suis pas partie, mais je ne suis pas revenue non plus. Je suis simplement là, une moi plus complète que jamais.

J'ai écrit beaucoup de "je", car écrire, c'est fait pour ça.

Re-bonjour à vous tous.

jeudi 28 mai 2009

vendredi 15 mai 2009

la langue de mon coeur

je vous assure, j'adore le français. Je vous le concède, je ne l'utilise pas parfaitement, ni ici, ni ailleurs. Surtout ici, où je m'amuse à le marier en expressions contemporaines inexistantes et souvent incompréhensibles, bilingues, trilingues et expérimentales. Surtout lorsque j'omets de façon stylistique la majuscule de ma première phrase qui devrait normalement figurer sous forme de lettrine . Si je m'égare, ce sera généralement de façon involontaire. Je me relis. Toujours. Surtout depuis que je tape si vite que les coquilles sont inévitables (lorsque mes ongles poussent, c'est encore pire!). J'haïs les fautes d'orthographe et les erreurs de grammaire. Comme plusieurs, j'ai étudié en français, de la maternelle à la fin secondaire. J'ai lu. J'aime. Le français n'est pas ma langue maternelle. Ni l'anglais.

Alors, que la Dictée des Amériques disparaisse "dans l'indifférence", cela me peine énormément. J'y ai participé une fois, je ne me suis pas rendue loin. C'est excessivement rigoureux. Est-ce uniquement un exercice intellectuel? Et puis, si c'était cela, est-ce un défaut de vouloir parfaire notre langue?

Je suis contre la modernisation du français de façon catégorique, c'est-à-dire en voulant l'arrimer avec la phonétique, simplement pour "faire simple". Je suis contre. À cause : de l'étymologie, de l'histoire, du défi d'apprendre, de la capacité d'apprendre, de la spécificité, du charme, de la composition visuelle. Si l'on écrivait "boté" au lieu de "beauté" ou "poto" au lieu de "poteau", ce ne serait pas très joli, n'est-ce pas? En plus, on ne saurait plus si l'on parle français ou espagnol.

Sur ce, levez-vous, peuple du Québec!, osè-je dire. Revendiquez votre langue!!! Possédez-la, maîtrisez-la, avant de pouvoir l'imposer à ceux qui ne la parlent même pas. Il est vrai : si nous ne la possédons pas, elle ne durera pas au-delà de quelques générations. Il faut la chérir, lui donner une âme, une vie, lui rendre justice. C'est une si belle, et si parfaite langue.

jeudi 14 mai 2009

deuil de livres

en juillet 1987, mes boîtes de livres reposaient avec mon lit simple et peu de meubles dans le garage chez mes parents. L'entrée de garage était en pente, celle du genre où l'on bâtit un abri tempo en hiver pour se protéger de la blanche. Une entrée double. Je travaillais tout l'été à Percé à vendre des cerf-volants. Mes biens attendaient qu'Iz les récupère pour emménager avec elle dans notre nouvel appart en ville.

Juillet 1987 (le 14 je crois), il y a un fameux déluge à Montréal, de la grêle, des inondations partout. Dans le garage bien sûr!

Iz m'avait prévenue : tes boîtes ont été mouillées.

À mon retour, j'ai sorti les livres des boîtes, plusieurs n'étaient plus des livres, mais du papier mâché. D'autres avaient des pages collées, d'autres ne s'ouvraient juste plus. De ceux que j'ai pu récupérer, certains trônent encore dans ma bibliothèque, mais avec un corps ondulé et non droit, dont ma monographie du Met datant de 85-86. La plupart étaient de magnifiques livres d'art.

Dans les 20 dernières années, j'ai accumulé énormément de livres. En espace physique biplanaire, cela occupe un mur de 12 x 9. En boîtes de carton de 3p cubes, cela fait environ 20 boîtes. De tout, de rien. De beauté, d'amour, d'intelligence. J'adore les ouvrages; je suis amoureuse de ces objets que l'on regarde, on touche, on sent (une odeur de colle et d'encre), on ouvre, on lit, on amène au lit, on ferme, on sépare, on garde, on termine, on referme, on classe, on retrouve, on prête, on redécouvre... Jamais je ne m'en débarrasse, peu importe le sujet de l'ouvrage. En 2007, lors de mon party d'huîtres, nous avions fait un échange de livres, tu amènes un livre (préférablement usagé, lu et commenté) et tu repars avec un autre. Je me suis donc séparée de mon préféré Novecento et ai gagné un philosophique Tao. Les livres contiennent le savoir et l'imagination, la culture et la finesse, l'humanité et la générosité, et j'en donne et reçois beaucoup. Je les collectionne, sans rigueur, mais en abondance. Je les expose, de façon ostentatoire, je les regarde, les caresse, les lis, les vénère.

En juillet 2008, nous avons déménagé dans une maison où nous allions faire de nombreux travaux. Nous avions un immense garage double qui a abrité tous nos biens qui se plaçaient petit à petit dans les êtres de la maison. Aujourd'hui, le garage est presque vide. Mais : on en a jeté du stock!!! L'eau s'infltrait dans le garage par le toit, les boîtes étaient enveloppées d'une couche de glace cet hiver. Bref, ce fut mon deuxième déluge. Je pensais à mes livres, mais sans trop y penser, en me disant : ce n'est que du matériel, c'est inanimé, ce ne sont que des biens, il n'y a pas mort d'homme. En fait, je ne m'imaginais pas : en avoir autant, et que pouvaient-ils bien leur arriver? Loin des yeux, loin du coeur, c'est vrai pour tout.

On les a rentrés hier soir.

On a fini d'installer le bureau et la bibliothèque. L'homme-chat a dit qu'il allait pleuvoir aujourd'hui, qu'on devait rentrer les livres.

J'ai ouvert les boîtes.

Je vous jure, chers amis, quelle désolation que des livres mouillés, moisis, collés, les pages illisibles... Mon coeur était bouleversé. Autant d'années de création, dans du papier savamment livrées, avec talent illustrées, finissent ces jours-ci en purée...

Quelle tristesse... C'est pire que je le pensais. Ce ne sont pas des biens inanimés, les livres sont des êtres aimés. J'aurais préféré ne pas savoir, j'aurais aimé qu'ils soient emportés, hors de ma vue, ma pensée, mon coeur.

J'en ai mis quelques-uns à sécher. D'autres sont encore en pile dans des boîtes molles d'humidité. Certains ont vécu 2 catastrophes, comme mon livre du Met - qui s'en est assez bien tiré, cette fois-ci.

Maintenant qu'ils sont chez moi, malades, accidentés, tristes, en phase terminale, pleurant et condamnant... Ce sera un long travail d'amour, de patient labeur, afin de les récupérer, les faire sécher, en prendre soin. Peut-être repasser leurs pages au fer tiède, les tenir sur mon coeur, leur dire je t'aime un à un en contemplant chacun des titres, chacune des couvertures, les bénir d'un baiser, puis les poser chacun à leur tour, sur les tablettes de leur nouveau sanctuaire...

vendredi 8 mai 2009

prendre congé

bien sûr, j'aimerais pouvoir renoncer à 20% de mon salaire et travailler 4 jours semaine. Je m'imagine cette journée extra qui serait tout à moi (mon chum au travail, pas de chat, pas d'enfants...), café dans ma cuisine ou sur une terrasse, journal lu jusqu'aux avis de décès et aux annonces personnelles, soleil contemplé dans la vitre pendant au moins 5 minutes, marche errante en running shoes. L'idéal de la journée extra qu'on s'accorde.

Aujourd'hui, vendredi, j'ai pris congé. Pas pour les mêmes raisons, pas pour la maladie non plus, mais pour mieux repartir. Voyez-vous, et je ne vous apprends rien, mon travail comporte d'énormes défis (tiens, je sais que je ne suis pas seule dans cette situation). Des fois, il comporte de grosses déceptions. Des fois, j'ai envie de me dissocier tellement je suis déçue. Et puis je me dis : non, tu dois gérer, tu as une bonne carrière, une opportunité en or, tu dois gérer ces problèmes, trouver des solutions, c'est ta job. Ben oui, bien sûr. Et je m'y acharne 5 jours sur 7, des fois 7 et la plupart du temps, j'aime ça, c'est fait pour moi. Mais des fois, c'est juste trop. Alors, plutôt que de tout crisser là, comme je le fais si facilement (j'ai une grande gueule et je suis plutôt impulsive), je prends congé. Je dis à mon patron : je prends congé. Il s'inquiète un peu, puis dit : oui, pour décompresser, je te comprends, je le ferais aussi si je pouvais...

Ce matin, après avoir réglé des urgences par courriel, je troque mon suit de banquière et mon bureau dans ma tour d'ivoire pour la skill saw, la drill sans fil et le rouleau à peinture. Je me défonce en électricité et en rénos, en bruit dans le quartier silencieux qui travaille au centre-ville. Je boirai autant de café que je le désire, entendrai le facteur lorsqu'il passera, peut-être 2 ou 3 ti-culs dans la ruelle, les trucks de service en arrière de la Plaza, verrai une autre vie. Puis, ce sera le week-end. Et lundi sera lundi, et je serai de nouveau une professionnelle dans mon domaine, pas celui de blogueuse érotique ou d'états d'âme, pas celui de blonde amoureuse, pas celui de cuisinière émérite, pas celui d'apprenti-rénovatrice, mais celui de grande dame de la finance, sur le visage duquel on ne voit que la perfection de la profession.

Sometimes you wish you did not have to earn a living, but fuck, it's all wrong, you wouldn't live without it, you love to work, you just love all of it - money, recognition, making a difference, the dentist, and all the fringe, being a star, even. So hard to balance your life. Happiness is a state of mind, no matter what you do.

mercredi 6 mai 2009

rénos

je regardais les photos d'un de mes amis qui rénovait récemment son salon, avec poussière de gypse dans les cheveux (les doigts jamment dans la perruque et c'est pas doux du tout, jusqu'à temps que les cheveux ressortent de la douche bien shampouinés et conditionnés). Ça m'a fait penser que nous en avions déjà fait pas mal et que s'il ne reste que de la finition (nous sommes les pires là-dedans, ayant déjà fait l'expérience de vivre de nombreuses années avec des cadres de portes pas terminés, une super cuisine neuve à laquelle il manque un mur de gypse ou chapeautée d'un plafond troué, etc. et empressés de terminer lorsqu'on met la maison en vente). On en est maintenant à dealer avec des mini-projets de bricolage, plus que de la grosse job sale. On a emménagé notre chambre dimanche soir dans la super belle pièce où elle était destinée, avec des moulures en plâtres au plafond, de toute beauté (qui a bien pu perdre son temps un jour couché sur un échafaud à dessiner du crèmage en plâtre sur un plafond?). Bien sûr, elle n'est pas terminée mais - wow - que d'espace, comparativement au petit coqueron dans lequel nous dormions depuis presqu'un an. Celui-ci rajeunira sous le coup de pinceau bientôt et deviendra un chouette bureau dans lequel je déplacerai mon fidèle ami ordi pour vous écrire le matin, le soir, le midi, en toute quiétude et avec ma tonne d'amis livres dans ma bibliothèque à construire, qui dominera en arrière. Mon homme m'a acheté un bouquet de fleurs ce dimanche, qu'on a posées dans mon joli vase qui dormait depuis des mois en arrière d'un meuble quelconque. C'était pour inaugurer ma nouvelle tablette vide-poche que j'ai construite au-dessus du comptoir à chat (dans un creu du corridor), j'ai utilisé la scie ronde pour la première fois, j'étais fière car j'en avais toujours très peur; je suis maintenant une vraie rénovatrice en règle, ayant déjà apprivoisé la drill et l'escabeau bancal. À la fin de ma coupe, le fil s'est embobiné entre la lame et son étui et a été sectionné d'un coup (c'est mieux que mon doigt), j'ai réparé le fil - je suis bonne avec le cuivre et le tape électrique : la Skill Saw sert toujours. En juin, durant sa semaine de vacances, l'homme chat construira une terrasse dans notre mini-cour fermée en arrière, ce sera la plus magnifique oasis urbaine de la Petite Patrie, je vous le dis! À défaut d'avoir un lac dans sa cour en Abitibi, on aura des plantes en pots à 2 pas du métro. Je ferai une séance de photos ce week-end et au fil des rénos pour vous donner un aperçu de ce qui occupe nos temps libres. C'est chouette les rénos - quand on a le temps!


Des photos : en haut, quelque part en juillet 2008, on décide qu'on construit une cuisine dans la pièce en arrière. Conjoint varge dans les murs. C'est resté ainsi jusqu'en décembre, une pièce inutilisée et non rénovée, faute de temps. En bas, lendemain du party de Noël en famille chez nous, à l'issue d'un sprint de rénos tout le mois de décembre, comme je vous le racontais ici. Bon, ça a encore changé depuis, je vous collerai des photos à jour un autre tantôt. Comme quoi, quand on s'y met, on a des bonnes idées et le résultat est des plus agréable. Mais, ouf!, ça prend de l'énergie, surtout quand on vit dedans en même temps. Heureusement qu'on s'aime lui et moi!

samedi 25 avril 2009

testament


chers lecteurs, je vous prends à témoins de cette déclaration solennelle mais non funeste. D'ailleurs, vous voudrez bien, par l'entremise de la section commentaires, attester que vous êtes majeur et que vous reconnaissez en ce texte ma plume, qu'il n'y a pas usurpation de mon identité et que vous en authentifiez l'origine.

Depuis ma vie adulte, j'ai rempli bien des obligations formelles pour être en règle avec la vie civile : paiement de mes comptes, déclaration de mes dûs envers 2 plutôt qu'un gouvernement, conduite de ma vie en bonne citoyenne. Il y a un truc que je dois faire depuis que j'ai des enfants et que j'ai omis jusqu'à maintenant alors qu'ils sont adultes : être en règle avec la mort. Ou plutôt, faciliter la tâche à mes survivants (c'est donc prétentieux de mettre le possessif "mes" à "survivants", non? Ils ne sont et ne seront pas plus nôtres de par notre passage dans l'autre monde). Depuis une dizaine d'années, je retarde mon notaire pour la production de mon testament, tout comme je retarde mon dentiste pour l'installation d'un implant. Parce que j'ai pas envie d'y penser, et surtout, parce que je n'en ai pas besoin, là.

Un jour, j'ai bien failli mourir. Je ne me souviens plus quel jour ni pourquoi, mais j'ai eu conscience que cela pouvait m'arriver n'importe quand. Je me suis procurée un formulaire de testament chez bureau en gros et l'ai rempli - c'est simple de dire ce qu'on veut, mais il m'y manque encore 2 signatures de témoins pour le rendre valide.

Bref, me voici, partageant avec vous mes dernières volontés. Puisque le cyberespace contient déjà toutes mes informations personnelles, il ne sera nullement difficile de légitimer cet écrit et les croisements le lieront à ma vraie identité, permettant de l'exécuter simplement et facilement. Il sera valide jusqu'à production d'un écrit d'une date ultérieure sous quelque forme qu'elle soit.

Ce que j'aime du web, c'est la simplicité. Je vais juste dicter mes dernières volontés. J'ai pas envie ni besoin de connaître le numéro de mes assurances-vie, le gestionnaire de mes réer, mon créancier hypothécaire, fudge, c'est pas de ça que je veux parler, mais bien, de ce que je souhaite qu'il arrive de moi et du peu qu'il en restera lorsque je quitterai la terre ferme. J'en connais d'un ou deux qui contesteront la forme légale de la chose, mais regarde, c'est pas sous seing privé, c'est pas notarié, mais c'est quand même lu par beaucoup de monde qui me connaissent et ce sera témoigné par plusieurs autres. Faut évoluer, t'sais, les nouveaux paradigmes.

Ok, je me lance. Je teste :

Lorsque je mourrai, auriez-vous l'obligeance de bien vouloir veiller à ce que :

- l'on me croque l'orteil pour bien vérifier que je sois morte;

- l'on donne immédiatement tous mes organes utiles s'il en reste - je veille dorénavant à en prendre bien soin; ils vont peut-être veiller tard...;

- l'on réduise mes restes en fine poudre que l'on garoche au hasard dans un jardin - il en poussera des ronces, des roses ou des carottes, selon la disposition du moment;

- si l'on me funère, l'on me fasse jouer bien fort le Requiem de Mozart - en entier, s'il vous plaît, car c'est divin d'un bout à l'autre; si la foule est pressée, l'on fera jouer plus fort encore The Great Gig in the Sky;

- aucun mausolée ne soit érigé en ma mémoire, je désire ne plus occuper aucun espace public, étant déjà en dette avec la planète depuis ma naissance;

- si on dissèque mon patrimoine, l'on sache que :

- la résidence principale et tout ce qui vient avec : meubles, hypothèque, locataires (oui, oui, eux aussi), soit léguée à mon conjoint l'homme chat (le nom est fictif mais la situation réelle);

- si résidence secondaire il y a, ou autre investissement immobilier, ou business, effectué avec mon conjoint qui aura privé mes fils de mon vivant d'une vie de luxe (chars sports, hi fi dernier cri, piscine creusée, etc.), ma part du biscuit leur soit rendue, en parts égales et sans chicane;

- nonobstant tous lois et règlements, je souhaite que mes réers, assurances-vie, placements et autres liquidités soient le bénéfice de mes deux gentlemen de fils, Gabriel et Thomas (noms réels) à parts égales et sans chicane;

- que ma part du bb chat (la tête ou le cul. ou le ventre aussi, car il en a quand même tout un, avec plein de poils blancs de lapin dessus. ah, et puis les belles pattes gantées de blanc qu'ils croisent comme un aristochat lorsqu'il est assis dans son fauteuil), bref, on laisse faire. Le chat est déjà celui de l'homme chat, rien à léguer à ce chapitre. Que ma part dans la bouffe à chat lui soit transmise afin que jamais il ne meure de faim.

- que ma collection de cd et toute ma bibliothèque (si mes livres ont résisté à l'eau du garage cet hiver, on saura bientôt) soient léguées à mes 2 fils à parts égales, car la culture, comme le voyage, nous font grandir lors de notre vivant.

- bon, je pense qu'il ne reste plus rien à part ça.

Dans le fond, une vie, on règle ça de même, c'est simple non? Le gros du leg est non matériel, j'espère sinon, c'est un peu nihiliste de se rendre compte que c'est réglé comme ça après 40, 70, 90 années de vie? Bof, je reviendrai vous hanter, j'ai pas peur!

Je crois que ça prend un exécuteur testamentaire : je sais pas, je dirais ma copine Iz, si elle me survit, sinon ma soeur tiens.

Ok, là, c'est la partie sérieuse du propos, merci de bien vouloir contribuer à cet ouvrage en inscrivant un commentaire et j'imprime le tout incessamment pour le ranger quelque part, pour la postérité. Premier testament en orbite?

De la photo : Christina's World, par Andrew Wyeth est une peinture qui me fascine depuis mon adolescence. C'est la première image à laquelle m'a fait penser la mort. Je la vois ainsi : lointaine, inconnue, mais calme, tranquille. Ayant peur d'avoir peur, j'ai également une légère confiance en la mort, autant qu'en la vie, le juste retour des choses. Mais je crois sincèrement que je repousserai sur terre sous la forme d'une fleur de pavot jaune dans un champ de fleurs de pavot jaunes.

dimanche 19 avril 2009

premier appart

la mère est euphorique : elle a appelé fiston ce matin pour passer le voir, sait pas trop vers quelle heure, le coloc est toujours couché et il y a un ami. ok, quand pars-tu travailler? plus tard, vers 3 heures. ok, alors je passe vers 2, c'est correct? ouais, ok, une petite demi-heure. ok, quelle adresse? attends, attends, gab, j'entends pas bien, c'est quoi le numéro? y a-t-il un numéro d'appartement?

Comprenez : j'avais hâte de voir Gab, parti il y a quelques semaines. Premièrement, pour lui remettre son chocolat de pâques, n'ayant pu le voir la semaine dernière. Deuxièmement, pour me rassurer : qu'il ne vivait pas dans une dump. Troisièmement, pour lui apporter des trucs : cafetière (j'ai brisé le récipient en verre ce matin dans mon excitation) et autres ustensiles de la vie pratique (j'ai cherché une batterie de cuisine et un set d'ustensiles à mon passage ce matin chez home depot puis chez loblaw's - sans succès). J'ai remplacé le récipient de la cafetière par une tasse en verre du bon format, ai pris deux autres tasses super kitch usagées dans mes vieilles affaires, ai lavé un vieux bac à recyclage et ai mis cela dedans. Partie en char faire des emplettes. Faute d'avoir cuisiné ces temps-ci, je n'ai pu apporter de la bouffe maman, mais j'ai acheté 2 pots de sauce à spag et 2 paquets de spagat, des mangues bien mures et des fraises bio (genre de trucs que les kids s'achètent pas en premier lieu).

J'avais peur qu'il ne veuille pas me voir. En fait, à cet âge-là, après avoir voulu rompre mon cordon ombilical avec maman depuis déjà bien longtemps, je me suis passée de sa présence pendant des lunes - des mois j'ai l'impression. Quand tu gagnes enfin ta liberté, il me semble que la dernière chose que tu veux voir, c'est une réminiscence de ta vie d'avant. M'enfin, j'avais une mince appréhension alors que moi, j'allais le voir avec tellement d'excitation. Je me suis dit : mon fils, il me prendra comme je suis, je suis sa mère et j'ai envie de le voir.

Suis arrivée devant chez eux à 2 pile, stationnée avec mon carosse de mère bourgeoise dans une mini-rue ensoleillée du centre-sud. Tu vois, aujourd'hui, la magnifique journée de printemps porte à l'allégresse, les gens se promènent, le sourire fendu jusqu'aux oreilles, même dans les quartiers moins nantis, plus centraux, populeux, populaires. À côté du métro Berri, au sud d'Ontario, sur St-Christophe. Do, tu dois connaître, quand on monte jusqu'à Ontario, on tombe sur le Cheval Blanc, en marchant vers l'ouest, on tombe sur le défunt Hasard qui était notre hang out de jeunesse il y a 22 ans. Un peu plus loin, le cégep de fils, cela se fait à pied.

Voilà, j'ai donc pour la première fois de ma vie, visité un appartement loué par ma progéniture. Quel drôle de feeling. C'est comme je l'imaginais (moins droit et moins coquet qu'un 2e ou 3e logement) mais en mieux encore. Les gars, fils et coloc, sont bien installés, il y a du linge sur la corde à linge et de la bouffe dans le frigo. Il n'y a pas de vaisselle qui traîne dans le lavabo. Gab a une superbe énorme chambre (je l'envie, je n'en ai jamais eu d'aussi grande!). Il y a un babillard en liège sur lequel sont tackés des documents (ça traîne pas partout).

Savez-vous à quoi on reconnaît un premier appart - d'étudiants, on s'entend? La couleur des murs est celle des anciens locataires et ne changera pas d'ici la fin du bail - Gab, si tu entends peindre, demande au proprio de payer la peinture. Au pire, on dessinera direct sur les murs (Do et JF avaient peint un cube dans un coin dans leur 1er appart du centre-sud - illusion d'optique). Il y a des affiches sur les murs (moi, j'ai trainé 37,2 le matin d'un appart à l'autre pendant quelques années quand même). Les instruments de musique jalonnent toutes les pièces. Il n'y a pas de rideaux. Ils sont divisés comme aucun appart conventionnel, souvent loués d'un proprio qui a pris le parti de faire 2 apparts en en séparant un plus grand, pour faire plus d'argent. Loyer de 600$ non chauffé quand même!

Les gars étaient ravis de la cafetière, même si le récipient est remplacé par autre chose. J'ai laissé un sac de café moulu Starbucks - un peu de luxe dans leur vie, ça sert à cela des parents à ce stade-là. Gab m'a dit que c'était pas nécessaire la bouffe, qu'il y en avait dans le frigo, ils ne manquaient de rien. Les gars voulaient mon opinion, trouvaient qu'ils ne payaient pas cher pour la localisation. Non, c'est très bien, très très bien même pour un premier effort! Keep on! C'est génial, j'en ai les larmes aux yeux de bonheur et de nostalgie. Un gros pincement heureux. Vraiment. On a parlé de choses pratiques, il m'a montré la confirmation de son ouverture de compte auprès d'Hydro, je lui ai ramené ses relevés d'impôt, non je ne les utilise plus, il est mieux d'en bénéficier lui-même, qu'il aille chercher sa déclaration provinciale chez Desjardins puis sa fédérale je sais pas où pis je t'aiderai à le faire Gab, faut commencer un jour, pis tu vas probablement retirer 100 piastres cette année.

Suis partie, les gars m'ont saluée. Coloc était encore une fois reconnaissant pour la cafetière, son rêve, qu'il disait. Suis rembarquée dans ma bagnole bourgeoise et m'en suis revenue par les rues étroites du centre-sud, puis du plateau, puis de la petite patrie. Me suis stationnée devant la maison et en ouvrant la porte, me suis dit que j'étais vraiment une mère comblée.

Comme tu m'apportes du bonheur, cher Gabriel, je suis tellement fière de toi, je te souhaite la plus grande et la plus belle vie! Bisous et câlins. Ta mère.

ps Gab : c' pas pour t'inquiéter, mais quand belle-maman vient nous voir, elle ramène tout le temps des kossins à son fils, un pot de moutarde, de confiture, du chocolat, des trucs tu sais, même si ça fait plus de 20 ans que chum a quitté la demeure maternelle. Des réflexes qui durent longtemps, dans le coeur d'une maman.

vendredi 17 avril 2009

problèmes techniques

comme c'est insultant que mes invités soient confrontés à un rejet lorsqu'ils me visitent ici. J'en suis cent mille quatre cent quatre-vingt-six fois désolée. En plus de la publicité qui vole partout et colle aux pantalons de Gatéan. Gaétan, est-ce fini ou cela se produit-il encore (et avec du sonore en plus, qu'il disait mon copain cycliste). Bref, je rapporte ici ce que j'ai écrit en annexe de mon avant-dernier billet, au cas où vous ne reliriez pas en arrière (plutôt rare comme comportement j'en conviens).

* parenthèse technique du 17 avril 2009 : j'ai dû enlever la photo, elle causait des problèmes d'expulsion de mon blogue, ce que je ne désirais absolument pas pusique je vous accueille à bras ouverts. Alors, je vous joins le lien aller la voir vous-même. En espérant que c'était cela qui causait les problèmes. Sinon s'il y a encore de l'interférence, courage, merci de m'en aviser!!!

Il m'apprendra de piquer des trucs gratuits à gauche et à droite sur le web sans payer mes dus; des fois, je me fais cochonner.

Allons, passons maintenant au salon!


fuck, c'était pas ça, c'est autre chose. J'essaye autre chose.

la fatigue


est ce monstre qui vous empêche de faire les choses que vous voulez au moment où vous le voulez.

Elle vous dit que vous en avez entrepris trop. Leçon : nos ambitions sont toujours plus grandes que nos moyens et malgré l'âge, on ne s'en souvient que trop rarement.

Que la vie est trop courte. En amatrice de jaywalk à Montréal, c'est sûr que je me fais frapper un de ces 4.

Q'une journée ne compte que 24 heures. Heureusement.

Que dans 24 heures, il faut s'en réserver au moins 12 pour faire des choses intéressantes, regénératrices, enrichissantes pour l'âme et le corps : dormir, boire, manger, aimer, rire, penser. Notre raison d'être est dans ce créneau et non dans les suivants - on se trompe souvent.

Que dans le 12 heures qu'il reste, il faut s'en réserver 1 d'obligation d'usure : entretien des lieux, des vêtements et accoutrements, du body (le nôtre et le carosse), alimentation du frigo avant que celui-ci nous alimente à son tour, etc. On n'aime déjà moins ça, voyez-vous.

Que le 11 heures qu'il reste sera exploité par une autre volonté que la vôtre si vous ne savez pas ce que vous voulez dans la vie.

Ce n'est pas mon cas. Hélas! Je me laisse avoir quand même de temps en temps.

La fatigue, c'est le signe de la maladie qui n'est pas loin... et c'est beaucoup pire!

Je sais ce que vous allez dire, je vous entends déjà mais ai besoin de vous lire.

Bonne journée. C'est bientôt le week-end. Tendres amitiés,

mardi 14 avril 2009

évasion fiscale


vous comprendrez le lien avec la photo plus bas**.

je plugge le fiscal juste parce que c'est le temps de l'année. Je dois encore ma 23e déclaration à la mitaine à mes 2 gouvernements pour 2008 (quand est-ce qu'on devient un pays, crisse, me semble que juste ça c'est un bon argument de vente!). Après ces années de dur labeur, je produis encore mes déclarations à la main malgré notre situation fiscale plus rock and roll - pas exactement pareille que lorsque je recevais des prêts et bourses pendant l'université. Je me suis promis d'utiliser un logiciel l'an prochain, mais j'ai toujours l'impression qu'il n'est pas assez fûté pour me faire profiter de tous mes avantages fiscaux. Bon : exit les impôts, on n'en parle plus.

Non, la seule chose dont je rêve fait partie du titre : évasion. Lorsque je dis cela, c'est comme si ma vie était une prison. Vous me direz : chérie, tu te plains la bouche pleine, tu es folle ou quoi, tu es comblée, tu as 2 magnifiques fils, un chum fantastique, une bonne job, une maison... Ça ressemble pas à quelque chose ça? Cela ne vous fait-il pas penser à l'esclavage quotidien requis pour atteindre ces quelques idéaux structuraux conventionnés? Je ne chie sur rien, je suis tous les jours heureuse (il est vrai), j'adore tous et chacun des attributs qui constituent ma vie : ma job, le défi professionnel, la culture, les membres de ma famille, mes amours, blabla. En plus, je prends un temps fou sur le net que je consacrerais à autre chose s'il n'existait pas - on en a déjà discuté (mind you, si je n'étais pas ici, vous me manqueriez terrrrrriblement). Je trouve donc que ces temps-ci, tout cela, pour se réaliser harmonieusement, requiert énormément de rigueur, de discipline, peu de laisser-aller, une minuterie. C'en est quasiment militaire comme rythme de vie, et ça doit avoir l'air de cela aussi. On fait tout en pensant à ce qui suit*, notamment le peu de sommeil obligatoire qu'il nous faut pour continuer. On reçoit des amis à la va-vite, on visite prestement, je parle à mes gars en petit colonel "quand est-ce que tu travailles? quand vas-tu à l'école? quels jours? as-tu fait ton épicerie? oublie pas de réparer ton bicyk. as-tu réparé ton bicyk? est-ce que tu soupes à la maison?" Je ne veux pas tomber là-dedans, ça ne rime à rien. Alors, je m'évade. Savez-vous comment? Ben, first : je lis, ben oui, je lis - Le Devoir, les blogs, le National Geographic, peu de livres ces temps-ci. Et puis, second : j'écris, ben oui, j'écris : ici et ailleurs. Ailleurs, j'écris des obscénités, quelqu'un m'a dit : c'est donc ben cochon ce que t'écris Mo, puis quoi, ben moi, je me suis habituée et ça me plaît (c'est devenue totalement intégré et j'écris de l'érotique presque tous les jours, aussi sainement que je déjeune). Ensuite, j'aime ceux qui m'entourent et je leur dis. Le dimanche : je baise pascal et je fais de la bouffe - je baise aussi les autres jours - tiens, hier, c'était lundi. Final : je flatte le chat. Lorsqu'il m'enrage et que je veux le lancer à travers la fenêtre (impossible : il pèse 20 livres et déborde de mes mains), mon chum me rappelle toujours l'utilité ultime de ce félin de salon ; c'est un anti-stress Mo, un anti-stress.

Je pensais à tout cela ce matin, après avoir lu Mélodie Nelson, que je trouve adorable et frivole à souhait, qu'il s'agit de la parfaite évasion, du moment de plaisir, de la brise qui souffle dans mon esprit étouffé qui ramène de la job à la maison pendant le congé pascal parce que je me sens coupable d'être tant payée. Je me disais qu'on a tous besoin de cette beauté qu'est la simple légèreté de l'être. Merci tous mes amis blogueurs. La vie est bien meilleure avec vous!


* je me suis relue : ce n'est pas vrai qu'on pense à ce qui suit lorsqu'on est avec du monde. Je m'en excuse et je rectifie. Lorsque nos amis sont partis, on pense à la suite. D'ailleurs, je ne parle pas au nom de mon chum qui lui, bien qu'il soit fatigué, est beaucoup moins fatiguant que moi!

ps : en cherchant une image pour illustrer mes propos, je me suis souvenue que la frivolité était ce nom donné à la sorte de dentelle at the top. J'ai d'ailleurs appris cet art lorsque j'étais jeune, en Europe. Cela se fait avec une petite navette dans la main droite, alors que la main gauche tient adroitement l'ouvrage déjà entamé. Légèreté, évasion, ouain, quand t'es pas trop myope ou presbyte, sinon, plutôt : impatience, exaspération!


** parenthèse technique du 17 avril 2009 : j'ai dû enlever la photo, elle causait des problèmes d'expulsion de mon blogue, ce que je ne désirais absolument pas pusique je vous accueille à bras ouverts. Alors, je vous joins le lien aller la voir vous-même. En espérant que c'était cela qui causait les problèmes. Sinon s'il y a encore de l'interférence, courage, merci de m'en aviser!!!

lundi 6 avril 2009

cyber-réalité

ce matin, j'ai passé 45 minutes sur l'ordi en me levant, avant d'aller me doucher. Hier, je ne sais pas. Ce soir, j'ai ouvert l'ordi en arrivant à la maison. Un tour rapide : outlook, fank-u, mon site de Q (tiens, non, chu pas allée ce soir), facebook, twitter (pas encore non plus ce soir), j'ai déjà envoyé 2 emails par facebook et consulté plusieurs états d'âme amicaux. Bon, m'enfin là, quand est-ce qu'on lâche ce truc!!! J'écrivais ce matin mon statut sur twitter; attends, je disais un truc du style que je venais de passer l'aube en orbite. Dans la douche je me suis dit, c'est vrai quoi, je suis tout le temps en orbite, c'est fatiguant merde! Je devrais m'imposer un temps limite d'internet par jour, un peu comme les flos vous savez, le nintendo quand ils étaient jeunes, max 30 minutes, et APRÈS les devoirs, et APRÈS le bain, et APRÈS la vaisselle, gnangnan, gnangnan. Non mais (encore), ça va faire!!! J'avoue : je suis coupable. Je suis tellement dépendante de ce bidule, j'adoooooooooore le web.

D'abord, outlook à miiison, de kossé? Comme si j'avais pas assez de mes 50 courriels quotidiens à job, faut que je m'en tape une autre dizaine chez nous - ben non, je téléphone plus, qu'est-ce tu veux, j'aime pas ça parler dans l'appareil...

Ce que j'aime du web : découvrir en juillet 2007 Omo-Erectus que je lis encore aujourd'hui et qui parlait dernièrement de Star Académie, tout-à-fait à point, vous allez voir, le phénomène est ahurissant. Omo, permettez-moi de vous dire que si ce n'était de vous, je ne voyagerais probablement pas à la même vitesse dans cette orbite. J'aime encore être ici devant l'écran, continuer à vous lire, vous connaître et vous aimer, compagnons virtuels que je sais réels - c'est bien pour cela que je vous aime. J'aime : m'exprimer sur ce blogue et sur les vôtres. Au début, c'était de l'expression, ce l'est encore et ce m'est facile (qu'il m'est agréable d'écrire), mais c'est plus. Ici comme ailleurs dans la blogosphère : une tribune d'échange. Aussi et je le répète : apprendre à vivre, car vos expériences m'enrichissent abondamment et j'en suis vraiment reconnaissante. 1 point pour le web!

Facebook : je crois avoir dit que l'expérience était narcissique quand je le découvris en 2007. Concours de popularité. Ouain, peut-être. Après 18 mois d'usage, je pencherais pour le côté pratique : rester en contact, retrouver du monde, étendre son cercle de contacts, dans le but de communiquer massivement et facilement, partager - états d'âme, information, contenus digitaux (photos, vidéos, musique), publicité (si si, je vous le dis, je m'en sers d'ailleurs allègrement pour créer un historique facebook au bar de mon chum - quel commerce dans le vent n'a pas aujourd'hui sa page facebook?). Une fois par mois, je me demande si j'accepte la "friend request" de quelqu'un que je ne connais pas ou que j'ai à peine croisé. Lorsque j'accepte, je reçois du feedback de ces gens qui apprennent à me connaître dans ces pages - pour autant que l'on soit authentique, je pense que cela véhicule effectivement une partie de nous. D'ailleurs, j'ai l'impression que peu d'utilisateurs de facebook sont prudes, beaucoup d'information se promène et les tireurs de ficelle le savent bien - moi, je m'en contrebalance plutôt.

Ok, now : blogue érotique. Étrange non? Moi, j'aime bien écrire là-dessus, ça décrisse les inhibitions, je me sens complètement déchaînée; est-ce correct, éthique, moral, d'utiliser l'espace public pour véhiculer des obscénités? La question se pose, je me la pose. Il paraît que je vais me le faire dire si je vais trop loin. On verra. Bon, s'agit-il de l'expression, de la communication ou d'autre chose? Une chose est sure, du côté des lecteurs, ce n'est rien d'autre que du voyeurisme : à lire le compteur de clics versus le nombre de commentaires, c'est certain que cela attire les gens mais que peu se prononcent. Et c'est ben correct, j'ai aucun problème avec ça non plus. Dans le fond, le blogue érotique est un peu comme un exercice narcissique, je crois. Je me fais énormément plaisir, ça titille mes sens et ma vie (et celle de mon chum voyez-vous) s'en trouve d'autant agrémentée. D'autre part, je me dis que je suis game, ça me fait du bien. Na na na, moi j'écris du cul, moi j'écris du cul, pis pas toi! Heu...hum, j'en parle pas à mes employeurs disons...

Bon, Twitter à c't heure. Avez-vous essayé ça? Ça là, Mesdames, Messieurs, c'est du pur remplissage de vide! On commence, on est tout seul. Ensuite, on va se chercher du monde à "suivre". Non mais : c'tu poche un peu comme principe d'aller "suivre" du monde. Pis en plus : il n'y a rien à suivre si ces gens-là ne disent rien. Donc, ils essayent de meubler le vide et dire le plus de choses possible le plus souvent possible; ça donne de pures absurdités! Faut voir! Tiens, si vous me cherchez sur Twitter, cherchez modotcom et vous témoignerez du degré de sottise dont je suis capable. Bon, une fois qu'on suit un ou deux émetteurs de statuts ne dépassant pas 140 caractères, ils peuvent à l'inverse nous rendre la pareille. On se retrouve donc avec une colonne de "following" et une colonne de "followers". Y a-t-il quelqu'un quelque part qui peut me dire à quoi ça ressemble dans la vraie vie des fleurs qui poussent dans le champ?

Tabarnak que c'est étrange la cyber-réalité. C'est quand tu sais pas à quoi ça sert au départ, pis que t'en as crissement pas besoin : ben, c'est pas normal que ça trouve une utilité - voir crée une dépendance - après 18 mois.

Ok basta! See you next time happy people. Love you always, but got to deal with this drug... it's eating my life away... mais j'aime telllllllllllllllllllement ça!

ps : je n'ai appliqué aucune rigueur journalistique au présent billet et n'ai pas effectué d'étude sociologique sur la cyber-réalité. C'est tout-à-fait subjectif et à l'opposé de l'approche académique de ma star préférée.

mercredi 1 avril 2009

ces numéros que l'on a, gravés dans la mémoire

je ne parle pas de ceux qui sont gravés sur nos cartes à puce digitales, ceux dont on ne se souvient plus car les machines les mémorisent à l'extérieur de notre corps : ma soeur, ma chum, ma mère (je ne connais pas le # de téléphone de ma mère - mind you, c't aux États, on s'écrit - email - , c'est plus simple - j'connais pas son adresse non plus, faudrait pas qu'il lui arrive quelque chose vite, vite, là...). Bon, je ne parle pas des numéros des autres. Je parle des nôtres, ceux que l'on a gravés dans la peau car ils nous appartiennent.

tiens, notre numéro d'assurance sociale.

tiens, les 8 chiffres de notre date de naissance. Avant, il n'y en avait que 6, mais depuis presque 10 ans, il y a des gens plus jeunes que nous, nés d'un autre millénaire, nous sommes donc des anciens, obligés de spécifier le 19..

tiens, notre numéro de téléphone. avant, à 7 chiffres, maintenant, précédés d'un 514-

puis, il y a l'adresse aussi. Qui aurait dit que quelqu'un d'autre que les 4 membres de ma famille habitent au 6241? Non, non, malgré les centaines de rues de Montréal, cette adresse, c'est la nôtre! M'enfin, ce n'est plus celle de Gab, qui a changé d'adresse il y a 7 jours, il aura donc lui un nouveau numéro tatoué dans la peau.

En parlant d'adresse, une fois que j'habitais au 170, je remarque qu'un de mes amis loge également au 170 mais sur une rue parallèle à la nôtre, 2 kms au nord. Quand je le vois, je lui dis "tu sais, nous avons la même adresse? - hein? - le même numéro d'adresse, je veux dire. - le 203? - hun? - le 203? - heu, non : le 170?". Vous savez quoi? Lui, il associait son numéro au 203 qui était celui de son appartement et non au 170 qui était celui de la porte d'entrée de tous les locataires du bloc. Alors que chez nous, le 170, c'était bien notre entrée exclusive.

Bon, pour faire plaisir à Gaétan qui me dit que j'ai déménagé plus souvent que lui - pas beaucoup pour une citadine dans la 40aine - je dirais que j'ai autant de numéros d'adresse que de rues que j'ai habitées. Dans le désordre le plus complet : j'ai habité au 3961 , et puis au 832, et puis au 4558, et puis au ... (j'oublie - Iz, c'était quoi sur St-Denis?), et puis au 1405, et puis au ... (j'ai oublié sur Leclaire) et puis au 416C, et puis au 5910, etc.

Des numéros de téléphone, j'ai changé moins souvent que d'adresses parce que si je déménageais dans le même quartier, je courais la chance de conserver mon #. Par exemple, lorsque j'ai déménagé à presqu'une dizaine de kms de distance (oui Gaétan, à Montréal, c'est beaucoup), de Ste-Catherine/Pie-IX à St-Joseph/St-André, j'ai gardé le même # car je restais à l'est de la rue Berri. Lorsque nous avons ensuite déménagé sur Van Horne, pas très loin, nous avons dû changer car nous sommes passés à l'ouest de Berri, et même de St-Laurent (presque des anglais ma foi!).

Revenons aux numéros civiques : lorsque je cherche une adresse, j'utilise les nombreuses miennes pour m'orienter dans la ville. Par exemple, sur une rue est-ouest, je sais que 170, c'est environ 3 ou 4 rues à l'est ou l'ouest de St-Laurent. 800-900, c'est proche de St-Hubert, 4000 c'est proche de Pie-IX vers l'est. Nord-Sud, 4500 c'est en haut de Mont-Royal, 5900 c'est Rosemont, 6300, c'est Beaubien, etc. C'est quand même utile toutes ces niaiseries.

Je vous jure, je n'écris pas juste pour essayer de battre mon record de mars. Par exemple, ce billet recèle de précieux indices pour la chasse aux indices du mois d'août 2009 (à surveiller)

en avril

ne te découvre pas d'un fil...

mars s'est conclue pour moi avec 13 billets érotiques et 11 billets sur cette page... À me lire, mes amis se demandaient si j'avais une autre vie. Bien sûr mes chers, et quelle vie! Je me prépare à passer cette avril tout aussi en vie, prolifique et à ne pogner aucun virus soit-il virtuel ou physique, et à me réchauffer pour mai... où je ferai ce qu'il me plaît!

Prudence, en cette journée cachotière!

jeudi 26 mars 2009

soirée privilèges

sans mon homme, sans mon fils, ni l'autre. il reste un chat - quelque peu exigeant en ce soir de pluie, mais quand même, on appelle cela : tranquille.
changée en suit de jogging et gougounes, je me suis permis une barrette jaune pour rattacher mon toupet sur ma tête et relever mes cheveux en chignons.
suis allée au dep - c't un chinois - me chercher du junk food à n'en plus finir.
n'ai pas bu de vin car n'en ai pas envie.
ai épluché une couple de papiers, lis le devoir à loisir et satiété, de long en large, de gauche à droite et de travers, ferai les mots croisés et pourquoi pas m'essaierai au sudoku.
ai lu mon blog de Q pour vérifier la participation à ma super orgie, pour me rendre compte qu'il y a de la vraie porno en ce bas monde; maman, que fais-je?
ai le nez qui coule, me mouche.
n'ai pas mis de musique, par pure paresse.
ne prends pas un bon bain chaud mais sais qu'il n'en tient qu'à moi.
rêve de me coucher tôt mais sinon c'est que j'aurai étiré le plaisir...

de la cris... de sainte-paix!

alleluia : je me prévaus de tous mes privilèges!

lundi 23 mars 2009

l'heure qu'il est

dimanche fin de journée. Je règle l'alarme à 6:30 AM. Lorsque j'eus terminé, le cadran indique 6:30 PM.

Ça m'a quand même pris 3 secondes pour réaliser que c'était bien l'heure qu'il était.

dimanche 22 mars 2009

les rues que l'on habite

(Inventaire. Exhaustif. Repassez si vous êtes pressé. Saviez-vous que Gab était parti? Sinon, voir le billet précédent.)

Avenue Maurice : c'est la plus ancienne dont je me souvienne, celle de ma tendre enfance. Les plus nombreuses photos à cette époque de notre séjour à Ixelles, collaborent à ma mémoire. C'est l'époque où j'étais fille unique. Mes souvenirs me rappellent que ma mère avait surpris un serpent dans le jardin en avant de l'appartement - il avait l'air gros à l'époque. J'avais toujours peur de passer dans la cuisine, qui reliait le salon aux autres pièces de la maison car il y avait un imposte vitré où le soir on voyait le corridoir commun plongé dans la noirceur. Mon père y aurait apparemment fait éclater une conserve en la mettant à chauffer sans l'ouvrir. Sur les photos : en robe que Maman avait cousue, similaire à la robe de la poupée assise à côté de moi, toutes deux devant la cheminée de marbre rose.

Rue ? (la mémoire me manque), dans le quartier de Auderghem, entre les stations Hankar et Delta. Petit appartment au rez-de-chaussée. Nous mangeions des sorbets au citron en grande quantité l'été. La toilette était séparée de la salle de bain. Mon père est rentré saoûl un jour et a failli se casser la gueule avec ma petite soeur dans ses bras; ma mère l'a engueulé en chinois. La grosse araignée dans la toilette. L'école privée en face pendant quelques mois, ma petite soeur se mettait en file pour avoir du chocolat au lait pendant la récré, mais mes parents n'avaient pas payé. Le souvenir le plus traumatisant était lorsqu'après être arrivée de l'école à la maison avec ma petite soeur, je n'avais pas les clefs pour rentrer, alors nous avons laissé nos sacs d'école devant l'entrée du bloc et sommes allées attendre Maman au métro. Il me semble qu'on a attendu une éternité, ma soeur et moi. Un vieux monsieur est venu s'asseoir près de nous et a commencé à nous questionner. J'avais un peu peur. Il a dit qu'il allait nous raccompagner à la maison et que si Maman n'était pas arrivée, il nous amènerait chez lui en attendant. On commence à marcher et j'ai vraiment vraiment peur, j'ai envie de pleurer. Nous habitions sur le coin de la rue. En arrivant proche du coin, je vois la lumière du salon qui s'allume, mon coeur débat, je cours vers la maison avec ma petite soeur. On sonne, Maman ouvre. Elle voit le vieux monsieur, je ne sais pas ce qu'elle fait mais ça implique de l'argent puis une conversation rapide, refermer la porte, et retrouver ses 2 petites filles sottes de retour à la maison. Je pense qu'elle ne nous a même pas chicanées. Je n'ai jamais aimé ma mère comme ce soir-là. Elle était descendue à l'autre station, c'est pour cela que nous l'avions manquée.

Chaussée d'Alsemberg : la dernière artère que j'ai habitée en Belgique. Avec le tram, et le supermarché en face de chez nous. Nous avions pris l'appartement de Françoise et Brigitte dont les parents déménageaient dans une nouvelle villa en banlieue. L'appartement était au-dessus de Michael Shop, le magasin d'import-export que M Huang avait ouvert et que mon père reprenait. Il serait commerçant jusqu'à notre départ. Nous avons vécu là plein de belles choses, notamment les 4 premières années de mon petit frère. Derrière le magasin, il y avait une cour intérieure couverte, au bout de laquelle se trouvait un autre bâtiment désert. La couverture de la cour était faite en fibre de verre, vous savez la jaune transparente ondulée? Elle était inclinée et partait de la fênêtre de notre chambre au 2e étage, en pente jusqu'au toit du bâtiment annexe. Nous marchions tout le temps sur les toits et faisions pipi sur les couvertures inclinées. On voyait par les puits de lumière et trappes de ventilation, l'intérieur du commerce de nettoyage à côté.

Rue ?, quelque part à Kirkland : landing au Québec, août 1981. Nous vivons temporairement chez des amis dans le west island.

Avenue Talleyrand, Brossard : 1981-1984 : appartement à 2 étages dans un bloc de - je dirais - une centaine d'appartements. Ma soeur et moi partageons une grande chambre bleu pâle avec des rideaux roses. Il y a du tapis plein partout. Je vais au secondaire, au Québec, je suis une parfaite adolescente, en crise, mais heureuse.

Rue Tyrol : 1984-1987 : mes parents sont propriétaires pour la 1ère fois de leur vie. Ils ont plus de 40 ans. J'imagine que c'est cela avoir plus d'opportunités. Nous avons une petite maison avec une piscine hors terre dans la cour, un garage et j'ai ma chambre au sous-sol. J'ai peint et décoré ma chambre moi-même : un blanc mauve avec des stores rouges et des bouteilles de parfums partout. Cégep du Vieux en arts plastiques, je peins tout le temps, il y en a partout sur le tapis. Mon père capote. Mes chums viennent à la maison, déconner dans la piscine.

Rue St-Denis, 1987, avec ma copine Isabelle : premier logement en ville. Lâché l'école, je vais travailler. Nous sortons beaucoup. Nous fréquentons un bar qui est devenu notre 2e salon. Un soir où nous avons fermé, nous sommes rentrées à l'appart avec un mec, pour continuer à philosopher. On s'est fait du café et on jasait dans la cuisine jusqu'aux petites heures du matin. Dans la cour, on voit des flash lights, ce sont des voleurs. Nos voisins sont un bar dont je ne me souviens pas du nom mais qui est très bruyant avec son air climatisé sur notre balcon et un niveau de décibel intolérable. Non, ce ne sont pas des voleurs, ce sont les pompiers. Attention, ils arrivent avec leur hache pour défoncer la porte et nous sortir de là! On sort dans la rue, la scène est bizarre : nous sommes tous les trois, tasses de café en mains, dans la pénombre de l'aube, dans la côte Sherbrooke Ontario de la célèbre St-Denis qui est sens unique vers le sud, devant le truck de pompiers parqué en sens inverse. Le feu a pris, le bar est resté fermé pendant plus de 6 mois, nous avions la paix jusqu'à la fin de notre bail. St-Denis, ça coûtait 410$ à 2.

Rue Bordeaux : juin 1988, Iz s'était trouvé un logement au sud de Rachel et moi, je déménageais en juillet juste au nord de Mont-Royal. Séparées, mais habitant encore la même rue. Première fois que j'habite seule, un petit 3 1/2 au 2e. J'enlève les portes et m'en fais des tablettes. Je rencontre mon chum de l'époque et il me déménage chez lui avant la fin de mon bail.

Rue Moreau : c'était à l'autre bout du monde, ce qu'on nommait alors Hochelaga-Maisonneuve, séparé de la civilisation par une track de chemin de fer. Nous partageions la rue avec la fabrique de levure Lallemand. Faubourg à M'lasse, qu'ils appellent ça. Ouais, j'les crois. Nous avions 2 logements un au-dessus de l'autre et avions ouvert la cage d'escalier, résultant en un immense 9 1/2 sans aucun confort. Vie médiocre, à part la naissance de mes 2 fils. Je travaille et fais 2 congés de maternité de 3 mois chacun. L'amour s'ettiole rapidement, ne reste que la misère.

Rue Tyrol : coudonc, on l'a déjà vue celle-là! Ben oui, retour chez Maman après m'être séparée. J'ai 2 jeunes bébés et deviens monoparentale. J'ai environ 24 ans, je sors tous les soirs pour rattraper le temps perdu, les bébés dorment à Brossard. Je retourne aux petites heures du matin pour dormir un peu, me laver et partir avec la marmaille vers Montréal : garderie, job.

Rue Leclaire : fin fond d'Hochelaga-Maisonneuve. 3 1/2 miteux qui n'a pas de lavabo dans la salle de bain tellement elle est petite, seulement dans la cuisine. Le petit bain a une douche téléphone prise après le robinet, on ne peut pas se laver debout. Le grand luxe, mais c'est fou comme on s'accommode vraiment de tout. Ça, ça coûtait 325$, un vrai bargain, pour habiter près du marché Maisonneuve et avoir des voisins qui ne travaillent pas mais qui surveillent vos allées et venues.

Rue Ste-Catherine est : mon premier Steph m'ayant courtisée pendant le noël 1992, a raccourci son séjour à Vancouver pour revenir vivre à Montréal. L'appart sur Leclaire était petit et moche, il fallait bouger. Rue Ste-Catherine, un proprio et son chum avaient rénové un superbe 6 1/2 de 1500p.c. au 3e étage, avec un mur de briques et d'immenses pièces éclairées. Que c'était beau et pas cher! Nous avons habité là pendant 3 ans. Au rez-de-chaussée, un salon mortuaire. Un vrai. À côté, une piquerie. En face, un garage où mon chum stationnait la Renault 5 et son camion (il était camionneur à l'époque). Ça coûtait 512$.

Boulevard St-Joseph : plateau Mont-Royal. Enfin mon incursion dans la vraie bourgeoisie! J'ai adoré cet endroit que nous ne pensions jamais louer tellement c'était cher pour nous (100$ de plus que ce qu'on cherchait), mais c'était tellement beau : vitraux, planchers de bois francs travaillés, boiseries décapées et vernies, moulures de plâtres, ornementations de bois généreuses dans le salon, fausse cheminée, immense cuisine rénovée, salle de bain en mini tuiles de céramique, de vastes pièces, une charpente droite et solide : une vraie beauté! Le propriétaire était nonagénaire, il avait rénové cet appartement pour y loger un membre de sa famille que cela n'intéressait pas. J'y ai vécu 7 ans, fait mes emplettes à pied, sorti le soir à pied, marché pour aller travailler au centre-ville, élevé mes enfants au-dessus de la tête du médecin qui occupait le demi sous-sol, fréquenté le parc Laurier, etc. J'y ai aussi quitté mon premier Steph, vécu une année de célibat actif et y suis devenue la blonde de mon 2e Steph (l'homme chat, mon homme) qui cherchait une chambre après sa propre rupture conjugale. J'y ai appris à boire du vin, cuisiner, recevoir. J'y ai hébergé mes amis, pour le week-end de Sherbrooke, pour ne pas retourner dans H-M, pour veiller tard le soir, pour le plaisir. En 2003, cela coûtait presque 800$. Nous sommes allés à la Régie 2 fois contre notre propriétaire pour des problèmes d'eau chaude. Il nous a eus à l'usure, nous avons acheté pour mieux quitter.

Avenue Van Horne, au pied du viaduc Rosemont, c'est le Mile End, vraiment end. Il n'y a rien que des édifices industriels en face, convertis en ateliers d'artistes et de studios de répétition de musique métal le dimanche soir. Derrière les édifices, la track de chemin de fer puis le home depot, d'où l'on voit tout l'art du graffiti se déployer en couleurs sur les édifices désaffectés. Art urbain. Adoré le Mile End. Nous avons commencé à rénover. Nous avions une ruelle pleine de chats et des poubelles accotées sur le côté de notre chambre à longueur d'année. Mon chum virait fou. Sans compter les graffitis, pas les beaux, les débutants. On a adopté Brooklyn à 8 semaines, l'ayant ramené dans une boîte en carton de son Montréal-Nord original, vers son nouveau chez lui. Il marchait de travers sur le plancher de bois. Nous avons également adopté notre premier bbq, un vieux hibachi, pour bénéficier pleinement des agréments de notre première cour, aussi petite soit-elle. Nous sommes allés à la Régie, contre notre locataire, un paresseux fini qui refusait 6$ de plus sur son loyer. C'est un ostie, je vous le dis!

Rue de Normanville : la maison que personne ne voulait acheter parce qu'elle avait été désertée par son propriétaire qui n'avait plus d'argent pour la payer. Il avait commencé à la rénover et le mur extérieur arrière n'était pas fait. On voyait donc du styf rose à la grandeur, avec des beams en bois. T'avais l'impression que c'était une chiotte. Mais ce ne l'était pas, et ç'a été notre 2e grand chantier de rénovation. Tiens, nous étions maintenant dans la Petite Patrie, beau petit quartier, plus populaire, mais très sympathique. Quelle belle petite maison, avec une cour ample où nous avions construit un patio avec un bel auvent, siège de nombreuses soirées d'été, et passage obligé vers la ruelle qui nous menait à 2 minutes du Dairy Queen, habitude estivale sucrée. Désagrément : au coin de la rue, un Mc Do devant lequel nous passions inévitablement en revenant du métro. Vendue à une amie en 2008.

Avenue de Chateaubriand : à 5 minutes de notre ancienne maison. Un duplex, encore des locataires. Beaucoup de travaux, reprendre le logement d'un locataire, et travailler tranquillement, avec patience, parce que le tout coïncide dans le temps avec l'ouverture du bar de mon chum. Nous sommes à terminer une belle cuisine. Mon chum a son garage double en arrière, nous avons de la place pour respirer. C'est une vieille maison mais on aime; on lui fait plein de projets, une remise en beauté échelonnée sur plein d'années, envie de prendre notre temps. J'ai tout de suite aimé le quartier, c'est encore le cas aujoud'hui. J'en parlais d'ailleurs dans ces pages, en 2008. Nous nous sommes fixés, l'homme chat et moi, pour quelque temps. Mais pour mon fils, c'est aussi le tremplin vers sa nouvelle vie. De Chateaubriand, c'est pourtant un beau nom de rue...

Je remarquai donc cet après-midi que cela fait maintenant plus de 20 ans que j'habite Montréal. C'est l'endroit où j'ai habité le plus longtemps dans ma vie. Quand je pense aux noms de rues, je pense donc à une certaine vie.