samedi 7 février 2009

bonjour félixe


c'est à mon tour de t'écrire. J'écrivais à ta Mamie cette semaine que je pensais à toi, c'est vrai. Tu ne me connais pas, nous vivons à plus de 600km de distance. Moi, je te connais un peu, car je lis une grande Dame qui par sa plume nous raconte de doux moments de sa vie et nous partage ses passions et ses amours. Tu fais partie de ses amours depuis qu'elle sait que tu viendras au monde, il y a des mois déjà. Par sa plume et son coeur, elle nous a annoncé ta venue, et ta naissance récemment, réchauffant cette plus froide journée de l'hiver. Bienvenue en ce monde. Tu vas voir, tu vas adorer ça!

Je suis matinale en ce samedi et je n'ai malheureusement pas les beaux levers de soleil dont tu auras conscience bientôt au Lac Dufault chez Zoreilles. Mais voilà, je me suis couchée tôt hier et en voulant t'écrire cette nuit, je me suis fait un magnifique lever de soleil : penser à toi.

Quand je pense à l'enfance, mon coeur est emballé et mon esprit a tant de choses à dire, que ma plume n'en sera que plus confuse. D'avance, je m'en excuse (ça rime).

Lorsqu'on raconte à un enfant, on veut tout dire, on veut raconter la vie, ce qu'on ne peut pas faire de la même façon avec un adulte, qui l'a déjà vécue. Quand on parle à un adulte, on raconte la vie, celle de tous les jours, avec moults détails, nuances, fières expressions, enrichissements, qu'il juxtaposera sur son vécu pour en saisir ce qui est différent aujourd'hui d'hier, ici de là, etc.

Quand on parle à un enfant, on veut lui dire la vie. Il nous est donné une page blanche, un nouveau cahier pour la rentrée, un nouveau crayon, un ordinateur complètement formaté, tout est à faire, on parle de grands principes, de valeurs, de grandes plages de couleurs, de couleurs vives, pas de détails. Les détails agrémentent le vécu, c'est pour les plus vieux.

Quand on raconte la vie à un enfant, c'est avec douceur, pour lui en décrire les délices. C'est l'hommage qu'on rend à la vie, une sorte de Thanksgiving, athée, qu'on oublie de faire à travers les détails de la vie, celle de tous les jours.

Tu es née moins d'une semaine avant que la Maison-Blanche n'accueille Barack Obama. C'est une grande époque, tu le découvriras avec le temps, mais je t'en parlerai aussi un peu tantôt, c'est d'ailleurs le but de ma pensée. Quand Obama séduit le peuple américain, il lui parle comme on parle aux enfants, avec des grands mots magiques : espoir, construire, possibilités. Lorsqu'il entre au pouvoir, Obama parle au peuple américain comme à des adultes : responsabilisation, difficultés, etc. Un jour tu seras adulte, ne sois pas pressée.

Le bonheur d'être enfant - ou lorsqu'on a des enfants, de pouvoir le revivre en toute conscience à travers eux - c'est de posséder cet émerveillement devant les choses, d'aimer manger la neige, courir et créer des grandes taches de couleurs vives, de sourire jusqu'aux oreilles en gardant son souffle les deux mains devant sa bouche devant un mickey mouse géant. Quand on grandit, on trouve cela vulgaire, criard, on aime les choses plus subtiles, avec plus de finesse. Cela viendra, ne presse pas, tout est à prendre, à aimer, à donner.

Voilà : je veux te dire que tu es chanceuse d'être née. La vie est grande et généreuse pour ceux qui sont nés de l'amour. Lorsque je réalise qui sont mes parents aujourd'hui, je suis convaincue d'être née de l'amour et je peux t'affirmer humblement du petit sommet de mes quarante-et-un ans que c'est un très bon départ. On fait beaucoup de milage dans la vie, avec l'amour. La vie est grande, il faut la vivre pleinement, elle a beaucoup de place pour l'immensité du coeur, ne te gêne pas.

Lorsque l'amour donne à l'humanité une autre vie, tous les humains se réjouissent. C'est une ressource de plus, une batterie neuve, un magnifique réservoir d'espoir, d'amour et de bonheur. Profites-en, chéris bien ta vie.

Tu nais à une fabuleuse époque. Je parle de la mienne et ce que j'en connais, mais j'ai conscience que l'humanité a fait des choses formidables à travers toutes les contrées et toutes les époques et civilisations. Omo Erectus, du haut de ses 100000 ans t'en dira des nouvelles s'il s'en souvient encore. Dans ma courte vie, il y a eu des moments où j'ai sincèrement pensé que l'humanité se vouait à sa perte, que nous tendions vers un déclin, car nous détruisions nos plus précieuses ressources, essentielles à notre survie : notre habitat et nos semblables.

Je n'en sais pas plus aujourd'hui mais je sens quelque chose de formidable dans l'air du temps, un espoir. Plus je communique - le cyber m'aide beaucoup quoi qu'on en pense -, plus je témoigne de la bonne volonté de l'être humain. Des erreurs et de la mauvaise foi, nous en connaîtrons toujours et je serais naïve, candide et trompeuse de te dire qu'il n'y a pas d'horreur commise par l'humanité. Chaque époque porte son lot de misères, de grandeurs, de rêves et de réalisations, le tout est souvent à sa mesure. Mais je vois les jeunes grandir, mes fils s'épanouir tout en beauté, en intelligence sincère, en grande communion avec la vie, faisant des choix pour leur vie qui ne sont pas les miens mais qui appartiennent à quelque chose de plus grand : une conscience planétaire. C'est vraiment emballant. C'est une époque magnifique Félixe, tu le découvriras. Tu es à point nommée : Félixe, comme dans joyeux, heureux; ton entourage te lègue un riche héritage quant à l'aptitude au bonheur, je ne suis pas inquiète pour toi. Il y a 14 mois naissait un autre petit Félix, lui aussi conçu dans l'amour, un autre petit bonheur qui deviendra grand et qui nous apprendra beaucoup, et à vivre autrement, et à devenir de meilleurs humains.

J'aurais dû écrire à mes fils il y a presque 20 ans, mais je n'en étais pas là. Je n'étais pas tant en amour avec la vie qu'avec l'action. C'était ma 2e naissance, celle de mes 20 ans. Je n'embrassais de la vie que les émotions et les menus détails. Aujourd'hui, c'est ma 3e naissance, je dis : ma 2e vingtaine. J'embrasse la vie pas mal largement, je te jure!

Je ne sais pas quoi te dire ma belle, il y a tellement de choses à raconter...

Sois heureuse, toute ta vie, profites-en, tu ne manques de rien. La vie est un très grand cadeau et un merveilleux chemin à parcourir, créer et découvrir chaque jour.

Bises,

6 commentaires:

Zoreilles a dit...

Chère Modotcom,

Par où commencer? Tiens, pendant que sèchent mes yeux embués, par cette image de coeur en neige soutenu par une branche en forme de Y. Juste ça et j'aurais été émue, si tu savais tout ce que cette image peut représenter pour moi mais c'est une autre histoire...

Et là, ton texte, que dis-je, une lettre d'amour à l'humanité toute entière que tu adresses à Félixe. Mais c'est toi, la grande dame, qui sème à tout vent de l'amour de la vie et de l'espoir en l'humanité, de la joie de vivre au quotidien. Ta lettre, c'était une prière.

Cette prière, je crois qu'au fond de toi-même, tu l'adressais aussi beaucoup à tes parents, à tes amours, tes fils, j'espère qu'ils pourront te lire, ça leur confirmera encore ce qu'ils savent déjà de la grandeur et de la pureté de ton âme.

Tes mots et les images qu'ils contiennent sont un véritable cadeau, pour moi d'abord, qui t'en remercie du fond du coeur et je reviendrai te lire encore et encore dans les prochains jours, pour tes proches ensuite, pourrais-tu leur imprimer s'ils n'ont pas les coordonnées de ton blogue? Dis-leur qu'il y a une nouvelle mamie qui te l'a suggéré. Et parce qu'on est ici dans notre univers virtuel, ta lettre est un cadeau hors de prix offerte à tous ceux et toutes celles qui passeront par ici.

L'amour, l'amitié, l'espoir, la joie de vivre, la tendresse et la confiance sont des denrées rares mais pas autant qu'on pourrait le penser, il suffit de te connaître, même juste un tout petit peu, pour s'abreuver à ta source, si vive et généreuse.

Je te saluerai cette fois plus chaleureusement qu'à l'accoutumée, tu mettras ça sur le compte de mon émotion : Je t'embrasse et te serre fort fort fort,

Zoreilles x x Francine x x

Zed Blog a dit...

C'est tout à fait mignon, doux, cotonneux, coussiné, tendre, vivant.

Tu as aussi un Félix dans ta vie?


Zed ¦)

Anonyme a dit...

Wow!
Tu as touché droit au coeur la maman de petit Félix....
Merci xxxx

Pierre Lafontaine a dit...

Magnifique ode à l'Humanité. Quel beau mot. Avec tout l'amour du monde dans cet intense désintéressement. J'peux juste dire merci!

OMO-ERECTUS a dit...

C'est avec un tout petit peu de retard que je viens de lire ce très beau texte. J'ai les yeux qui larmoient et le reniflement présent. Mais n'allez pas conclure si vite que c'est l'émotion. C'est un reste de grippe, ou de rhume. Chaque fois qu'un homme est ému, ca ne pourrait être autre chose. Quoique le truc de la poussière dans l'oeil, c'est encore très efficace.

Je disais donc que si j'ai l'air ému, de la même manière que je l'ai été à la lecture de la lettre de Zed à Félixe, c'est sans doute à cause de cette grippe qui ne me quitte pas. Mais en êtes-vous bien convaincue? Moi, non.

Bravo, Modotcom. Simplement.

Zed Blog a dit...

Omo=Erectus, le rhume t'a embrouillé le clavier, je pense! :DDD

Tu veux dire la lettre de Zoreilles, non? Hihihihihi! Zed ¦)