samedi 29 août 2009

l'ombre avant la lumière


le 20 octobre 1987, notre ami débarque à l'appart que je partageais alors avec Iz. Je venais d'avoir 20 ans la veille. Il nous annonce qu'un copain de notre âge vient de perdre la vie dans un accident de la route.

Je me souviens du sérieux et de la solennité de mon copain lorsqu'il a eu la tâche difficile de donner la mauvaise nouvelle. Je lui en serai toujours reconnaissante. Moi, ces trucs, je sais pas faire, lui, il sait, et ça en prend toujours un.

Cette semaine, le jeudi matin de ma 2e semaine de vacances, il laisse un message sur mon répondeur. Il sait que je suis en vacances et me prie de l'appeler quand je pourrai.

Je le rappelle et il m'annonce que "M" a perdu la vie dans la nuit de mercredi. Je nommerai la cause une "attaque" puisque je ne connais pas les termes médicaux exacts en ce moment.

J'avais vu "M" la veille ainsi qu'une douzaine de camarades; je l'ai vu à son meilleur, lorsqu'il est heureux, gai, généreux, amusant, plein de vie.

Incrédulité.

Ceux qui ont appris la nouvelle ont dû avoir cette première réaction : il était si jeune, il était là hier, il y a quelques heures, etc.

Ce fut la grande ombre, le très long moment où l'on ne comprend pas et que l'on n'accepte pas.

Moi, j'aime plutôt quand c'est clair, parce que l'ombre, si je ne la rejette pas, je suis capable de m'y complaire très longtemps et d'y sombrer fatalement et injustement. D'ailleurs mon ami avait pris soin de vérifier si j'étais seule à la maison ou accompagnée, avant de m'annoncer la mauvaise nouvelle.

Il y a eu plusieurs téléphones, des amis en pleurs, d'autres sous le choc, puis le désir de faire quelque chose : s'assurer que les survivants sont corrects, je veux dire au niveau pratique, parce qu'émotivement, on ne peut rien garantir en ce moment, tout est en crise, fragilisé. Femme et enfant, comment se portent-ils? On m'a assurée qu'on veillait sur eux pour l'instant, qu'il y avait de la bouffe dans le frigo, qu'ils seraient entourés, etc. J'ai laissé mon # de téléphone et mon entière disponibilité; je ne pouvais rien faire d'autre qui me vint à l'esprit sans devenir envahissante. Je ne sais pas très bien respecter ces moments-là, je ne sais pas comment les gens se sentent, les émotions sont très floues en moi. J'ai eu des relents de pleurs, très peu. J'ai rapidement vu "M" emplir le ciel de sa chaleur, sa joie et sa bonté. Je lui ai parlé sans cesse dans le ciel depuis jeudi matin; j'avais trouvé ma lumière. En me couchant jeudi soir, j'ai pleuré encore puis je me suis rappelé "M" qui courait comme Forrest Gump, j'ai tellement ri!

D'autres cherchent encore la lumière : une autopsie sera ou a été faite car "M" est mort jeune. On comprendra certaines choses; est-ce que cela aidera à accepter? Vendredi, j'allais faire une journée de bénévolat avec la job; la veille je me suis dit que cela me changerait les idées. Dans la douche à 7am vendredi, j'avais pas envie de me changer les idées; je voulais juste aller me recoucher en pensant à "M". Plus tard, j'ai fait de la moto avec mon chum et des copains voir des prés, des vaches, des chevaux et des alpagas, ça a fait du bien.

Il y aura surement des funérailles pour "M"; ce sera le moment de réunir ceux qui l'aimaient pour qu'ils partagent entre eux une accolade, un chagrin solidaire (le besoin de recueillement collectif lors du deuil me fait reconsidérer des funérailles) et lui disent un digne au revoir. "M" était un homme plus grand que nature tant dans ses émotions que sa générosité; il a apporté bonheur et joie autour de lui. À mon humble connaissance, il était un homme heureux. Je pensais à son entrée au ciel, avec un beau drap autour de la taille, une couronne en plastique orange et probablement une plume (...) arrivant en grande pompe et plein de bonne humeur. Quelle belle place on doit lui avoir faite au paradis! "M" sera toujours ma chaleur dans mon ciel, mon étoile qui me guidera. Je penserai à toi toute ma vie, mon grand grand grand ami, de tout mon coeur et mon âme. Tu manqueras à beaucoup ici, merci d'avoir toujours été là, d'avoir empli nos vies de ta joie, d'avoir été entièrement, pleinement toi-même. Bisous, grand homme xxxxxxxx.

3 commentaires:

Dominique a dit...

Touchant! Merci de le partager... Tu sais, "M", c'est le surnom de mon fils, car il y a deux Félix à la garderie, dont le mien: Félix "M"!
A bientôt, nous quittons demain matin!!! Do xxxx

i a dit...

Mo. C'est bien écrit. Tu mets de mots sur les émotions qui nous habitent. Il était devenu un grand ami pour moi aussi. Il était mon quotidien et mon rayon de soleil du bureau. Je suis aussi d'humble avis qu'il était heureux, en général dans la vie (au delà du stress momentané qu'il vivait) et qu'il était heureux les quelques heures avant. Je me sens privilégiée d'avoir vécu ses dernieres heures avec lui dans l'atmosphère soudée qui était celle de l'équipe dans son grand sens, je me sens privilégiée de l'avoir vu faire un ultime ''Run Forest, Run'' avec le C. de T de doggy bag... J'en ri aussi à travers mes larmes. Je t'embrasse et je suis de tout coeur avec toi, il t'aimait tellement. I

Zoreilles a dit...

Te lire était un cadeau encore aujourd'hui. Je ne connaissais pas M mais ton chagrin, ton amitié et ton admiration pour lui m'ont rejointe. Pour mille raisons.

Un texte très touchant.