jeudi 6 mai 2010

à distance de la réalité

photo : Yann Arthus Bertrand

J'adore cet état de grâce qui arrive lorsqu'un léger voile nous sépare de la réalité : quand on est malade et que les tempes sont chaudes, quand on est fatigué, quand le temps est brumeux, quand on est stone, saoûl ou under the influence, quand on est en amour, quand on sort de la routine. Aujourd'hui, ma condition réunit 3 éléments : je suis malade et pas tout-à-fait là, il pleut, pleuvait, orageait mais est maintenant nuageux, et je sors de ma routine. Ce matin, à 6am, j'évaluais la sagesse d'aller travailler lorsque mes les courbatures au bas du dos m'ont vite indiqué que je serais irritée en moins de 2 d'être assise à mon bureau à me concentrer sur chiffres, plan d'affaires et satisfaction de la clientèle. De plus, le mal de gorge disait clairement : ne laisse pas sortir trop d'air ni en rentrer, ne parle pas : conserve energy.

Cet état de grâce, cette demi-réalité, cette exemption de 24 heures, m'éloigne de tout stress, de toute préoccupation auxquelles sont pourtant conviés mes collègues en ce moment-même. Alors qu'hier à la même heure, chaque tranche de 5 minutes faisait la différence entre arriver à l'heure ou en retard à mon prochain rendez-vous, mais était cruciale à l'entretien d'importance que j'étais en train d'avoir, aujourd'hui 24 heures me semblent tout-à-fait acceptables comme "retard". Combien ai-je de 24 heures dans une vie, si j'espère me rendre à 84 ans, au moins? Pourquoi la vive acuité de mes sens me met-elle hors du lit à 5 heures 30 et fonctionnelle dès lors pour les prochaines 16 heures à faire tout, rapidement, professionnellement, et idéalement infailliblement. Faut-il invoquer la mort, la foudre ou le suicide pour être pardonnée d'avoir pris off une journée? Comme on est devenu exigeant maintenant. Je ne m'exclus pas de ce train d'enfer, nous menant inexorablement vers la fatigue, l'épuisement, la maladie (ouf, une chance qu'elle est là, des fois!). - Je sais que si Zoreilles me lit, elle me dira que ce n'est pas la première fois que j'invoque cela et que c'est un schème récurrent dans ma vie - nul n'étant parfait.

Comme il est salutaire de laisser à son corps le temps de se lever de lui-même, à son esprit de pardonner cet écart de conduite, à ses cheveux d'avoir une nouvelle teinture en cette journée de congé, de découvrir un nouveau stationnement pour une pharmacie qu'on ne fréquente jamais et qui partage justement le parking de saeco où on va chercher la machine espressro réparée - car il faut bien avoir fait quelque chose quand même!, de rouler à 30km/hr sur st-laurent en s'en crissant des pressés qui veulent joindre le métropolitain, de ne pas avoir pris de douche, d'être habillée comme une fille qui travaille de nuit, en suit de jogging et imper argent sous la pluie sâle, de regarder le soleil percer au travers des nuages maintenant, à midi quarante-neuf un jeudi alors que bientôt, j'aurais été en réunion. Ah, comme c'est salutaire - et bon!

Ce voile est celui qui m'éloigne (un bref instant entre deux parenthèses) de mon état d'alerte qui me donne des fois des palpitations et un sentiment constant d'accomplissement. Je souhaite atteindre ce calme sans devoir être malade, sans qu'il pleuve, sans m'empêcher de faire ce que je fais tous les jours. Simplement en pratiquant le yoga plus régulièrement, en étant plus bouddhique, plus sage, plus détachée, sans devoir avoir un millimètre de crasse et sentir le rhume ou la sueur de fièvre, mais en robe d'été, heureuse, femme et professionnelle. Quel dur équilibre à atteindre.

Me pardonneront-ils, mes collègues, mes relations professionnelles, mes patrons, de ne pas rentrer pour ne pas les contaminer, de me reposer pour penser plus clairement demain? Est-ce que cela arrive aussi à nos clients que l'on veut satisfaire à tout prix? Ceux qui travaillent 60 heures par semaine à acquérir des business qu'ils ont la réputation de mener au succès? Sont-ils infaillibles? Pour moi, j'aurai besoin de la sieste tantôt, je vais tenter de profiter des quelques heures qu'il me reste dans ma tendre bulle, déconnectée du téléphone, du email et des urgences de la vie d'affaires.

ciao,

2 commentaires:

Zoreilles a dit...

Oui oui, Zoreilles était là, aux aguets, à espérer ton prochain billet et nenon nenon, elle ne te reprocherait jamais d'en avoir déjà parlé! C'est toujours la première fois... De la musique à mes zoreilles.

J'ai trouvé un sous-titre à ton billet d'aujourd'hui : Délinquance. C'est ce que ça m'inspire. Oui, délicieuse délinquance!

modotcom a dit...

@ Zoreilles : ;-)