samedi 28 décembre 2013

chair saine


le caravage
l'incrédulité de saint-thomas

la semaine dernière
mon corps était super en forme
il allait conduire un char
dans la tempête
découper poser visser
du gypse
courir 5:30 en résille
sur st-denis
puis aller danser
sur du rap créole
en fluevogs à talons hauts

la semaine dernière
mon corps faisait du crossfit
pour devenir encore plus fort
mettant à épreuve
des muscles complètement
amorphes et éprouvant
la douleur des abdominaux
des biceps et des triceps

cette semaine
sortie courir aux aurores
dans la neige folle
puis jeudi en plein jour
à faire des intervalles suant

pa' qui a été bien diminué
physiquement depuis sa maladie
envie mes joues rouges
et l'endorphine qui m'habite
quand je rentre
il est heureux pour moi
il se souvient très bien
du bonheur d'être en forme

mercredi on s'habille
et on fait une marche autour
de deux blocs
pour aller au guichet
et au dépanneur
faire les dernières emplettes
de nowell

c'est bien assez pour lui
je ralentis pour être au même pas
il me dit qu'à soixante-dix ans
il grimpait encore le half dome
oui pa' je m'en souviens
on a vu les photos
et ta tribu en parle tout le temps

il me dit cependant
de faire attention
à cette drogue qu'est le sport
qui habite tout le corps
et l'insensibilise à la douleur
il n'y a plus qu'endorphine
et euphorie dans les muscles
et les nerfs
et lorsqu'on ne l'écoute pas
la maladie s'installe

jeudi midi
le buffet chinois
était douteux
oui mais pas au point de
en fait dans la nuit
l'homme-chat est foudroyé
par la gastro
vendredi il reste au lit

hier midi après le lunch
au bureau
je commence à me sentir mal
mais pas au point d'arrêter
j'ai continué à plancher
des finances de coutu
et mckesson en modélisation
et j'étais mentalement absorbée

le retour à la maison
fut plus difficile
j'ai commencé à vouloir
penser à me jeter
dans les rames du métro
assaillie d'un mal de coeur
du crisse

fait la tournée
pharmacie papeterie
épicerie
pour le souper
et également pour un ami grippé

rentrée hier soir
j'avais une pizza à confectionner
quel malheur
le champignon donne mal au coeur
me suis couchée tiens
à mon tour
et ai dormi plus que douze heures

ce matin
une bonne grippe
sans grippe
pas de toux
pas de congestion
pas de pneumonie
juste le tronc
transpercé de centaines
de courbatures vives
dans les os
les muscles et les organes

vous savez comment c'est
vous vous levez
et vous rasseyez
aussitôt
par douleur et manque de force

bien sûr je vais monter
saluer mes parents levés
maman voudra prendre soin de moi
et bien dites donc
pourquoi pas

prenez donc soin
de votre beau petit corps
faites-lui faire des folies
amusez-vous plein
pendant qu'il vous donne
et chérissez le bien

santé les babes! xxx

samedi 21 décembre 2013

les liaisons dangereuses



j'ai été célibataire
à deux reprises dans ma vie

j'ai fréquenté plusieurs hommes
j'aimais cet état de liberté
le fait d'être disponible
et de n'avoir pas à choisir

je variais mon emploi du temps
entre des relations d'une nuit
d'une semaine
de deux nuits par semaine
de deux nuits par mois
d'après-midis au motel
et de quelques soupers
je pensais alors
que je batifolais beaucoup
mais en rétrospective
lorsque je me compare
ce n'était rien du tout
ce n'était que des shoots
de gratification
j'ai aimé tout cela
comme de fabuleux
hors-d'oeuvres

certaines de mes relations
étaient secrètes
pour des raisons pratiques
impliquant des hommes
qui ne souhaitaient pas
qu'on le sache

ce n'était pas vraiment
un problème
outre la discrétion
constante que cela requérait
tant dans la logistique
des rencards
que dans le vécu
des sentiments

car sentiments il y avait
n'allez pas croire
que nous ne soyons
que des courtisanes
nous avons un coeur
nous femmes

et malheureusement
des fois il tombe en miettes
car nous le savions
ce n'était que pur
divertissement
mais nous nous sommes
attachées malgré nous

le problème
de la clandestinité
voir marguerite de valois
et la môle
est qu'on ne puisse
en parler

a-t-on besoin de partager
nos peines
nos deuils
et ces chagrins
qui nous déchirent
et nous remettent
en état pubère
à chaque fois
épuisant nos énergies
physiques et mentales

bien entendu
mais voilà
il faudra demeurer
bouche cousue
car nous avons donné parole
de garder le secret

alors pourquoi donc
tombons-nous dans ce piège
de consentir
à de telles relations
bien sûr le sens de l'aventure
nous séduit
quelle liberté au lit
quelle folie

ne se sent-on pas valorisée
par cette clandestinité
par cet honneur qui nous est consenti
du temps volé
au quotidien
et pourtant et pourtant
tout en étant éphémère
il peut être si marquant
pour nos coeurs

je suis reconnaissante
d'être maintenant
amoureuse au grand jour
c'est bien meilleur
plus sain et plus simple

ce n'est pas brûlant
ni farouche
une bonne relation franche
amoureuse et nourrissante
faite de leçons
et de compromis
de joie et de grands projets
cela est doux pour le coeur
et une fondation pour évoluer

mais n'allez pas penser
que cela manque de romantisme
ou de sex-appeal
oh que non
tout y est

je vous en souhaite
grandement.

samedi 14 décembre 2013

moebius



je ne vais plus au cinéma
depuis près de quinze ans
je ne regarde pas la télé
depuis bien longtemps
bref ne me parlez
ni d'un film ni d'acteurs
ni de metteurs en scène
je suis perdue

j'ouvre un vanity fair
de temps à autres
et je me rattrape
sur les vols nolisés
avec un film ou deux
par année

tous ça pour dire
que le film d'hier
je l'ai aimé
sans savoir qu'il s'agissait
de la fin d'une trilogie
ni qu'il avait été primé

je vous en parle
sans le nommer
par égard pour ceux
qui ne l'auraient pas encore vu
et qui s'y ouvrent comme moi
sans en connaître la trame

il raconte la fatalité
l'inextricabilité
de nos gestes dans la vie
avec leur répercussion
sur la vie des autres

je ne parle pas
de réchauffement climatique
de préservation de la faune
je parle d'un humain
d'une vie
des enfants des fois

ce film illustre magnifiquement
comment chaque geste
que nous posons
chaque situation
que nous vivons
nous la vivons
de notre point de vue
égoïstement
égocentriquement
nous ne pensons généralement
qu'à notre bien
avant tout

rien ne compte plus à nos yeux
que notre vie et la santé
de nos proches
nous serions prêts pour cela
à demander des sacrifices
à d'autres
des sacrifices d'efforts
de débrouillardise
de dons
de moyens
qui pourraient les mettre
dans le trouble
mais ça ils s'arrangeront bien
plus tard
on va les payer

ces sacrifices
n'ont aucune valeur
pour nous sur le coup
nous comptons toujours
avant les autres

il met en lumière
qu'il n'y a qu'une seule
réalité que nous puissions
vivre à chaque instant
et c'est la nôtre
aussi poignante soit-elle
il n'y a qu'elle
qui soit importante
le mariage de l'autre peut attendre
sa citoyenneté également
et tant pis s'il est exilé
tant qu'on soit en règle
avec son propre quotidien
qu'on ne traîne pas dehors
alors qu'il fait si froid
que le bus arrive vite
que l'auto dégèle
que le souper soit prêt

il consolide
en trois temps
et sur trois continents
l'enchaînement
d'un incident personnel
sur la destinée
de maintes personnes
qui à prime abord
n'ont rien en commun

dans la vraie vie
mesdames et messieurs
on y pense des fois
quand on achète en chine
quand on recycle
pour minimiser
notre impact global

mais il y a plus
nos gestes tant bons
que mauvais
affectent sûrement la globalité
de l'humanité
mais non sans avoir d'abord
affecté quelqu'un d'autre
une personne
une vie
un humain
des fois quelqu'un en meurt

et comme la vie
est un anneau
de moebius
on fait partie
tant du début
que de la fin
des événements

dès lors qu'on
interagit avec un autre
soyons gentils
always

we never know
you know.

samedi 7 décembre 2013

la plus importante des petites voix



l'instinct m'a rarement trahie
sûrement parce que
je m'arrangeais pour
justifier mes décisions
n'empêche qu'il m'a fait avancer

séguin disait jeudi
qu'il n'essayait pas de justifier
ni de comprendre
pourquoi il faisait ce qu'il faisait
il y avait un fil et des idées
qui le traversaient
il les livrait avec les outils
qu'il avait
la peinture
l'écriture
le cinéma
la chasse
la famille
la ferme

je crois que nous avons
la responsabilité
de décider
si petits soyons-nous
dans l'univers
rien ne sert de comprendre
pourquoi on existe
et quel est notre rôle
en ce monde
nous avons la responsabilité
de dire oui à l'instinct
il n'a qu'une fonction
que l'humanité se perpétue

sinon serait prétendre
que je sois plus intelligente
que l'orignal
qui évolue en forêt
depuis des millénaires

l'instinct me fait dire oui
des fois on me regarde de haut
en trouvant
que je pousse
que je suis pressée
que je me prends pour une autre
que je prends des risques
et pourtant c'est si simple
la porte est là
je l'ouvre
je découvre
j'évolue
who cares vers où

je pense à mon chum alain
qui s'en retourne dans l'ouest
vérifier s'il en a encore envie
s'il a eu raison
il y a presque dix ans
de choisir la voie
c'est son instinct qui le pousse
et il a raison
il aura la réponse

c'est notre coeur qui veut
et notre esprit
réagit plus vite
qu'on en a conscience
car nous avons vécu
l'esprit sait par
expérience
que nous pouvons
y aller
mais c'est un muscle
il faut se pratiquer
si on n'ose
jamais traverser
la barrière hostile
de la crainte
l'esprit ne sait pas

il n'y a rien pour rien
sinon poussière
alors pourquoi réfléchir
de midi à quatorze heures
sur la façon
de mettre
un pied devant l'autre?

samedi 30 novembre 2013

feuille de temps



hier assise dans une conférence
au palais des congrès
avec les professionnels
parmi les mieux rémunérés
légalement au québec
je trouvais
que la présentation
était poche

en break j'ai jasé
avec des clients
actuels et potentiels
des relations d'affaires
qui me flattent
et que je flatte en retour
des gens qui me reconnaissent
ou qui m'entendent
converser avec untel
sur tel sujet
et qui m'approchent
pour me demander
mon opinion

en break
j'ai pris des photos
du collègue et moi
devant notre logo corpo
pour ramener aux coms
la preuve de notre contribution

mais j'avais froid
le café était ordinaire
et je m'emmerdais
t'sais ces affaires-là
on aimerait tout le temps
que ce soit comme c2-mtl
ou encore comme un feu de camp

c'était vendredi
je gagnais ma vie

à matin samedi
j'y retourne
pour la journée
plus le gala à soir

qui a vraiment envie
de s'habiller en perles
et résille samedi matin
pour aller "pi-arer"
avec des professionnels
toute la journée
j'ai mieux à faire
dormir
courir
faire des rénos

hier lors de la conférence poche
je me suis dit
god damn fuck
c'est ainsi que je gagne ma vie
à "pi-arer" sans prendre
aucun risque financier
car je ne suis pas
travailleuse autonome
si je l'étais
j'aurais payé pour être là
j'aurais payé très cher en fait

je fréquente de plus en plus
de travailleurs autonomes
qui gèrent tant bien que mal
des flux de trésorerie
aléatoires
et qui tentent d'équilibrer
à temps
les rentrées
et les sorties d'argent

n'étant pas encore moine ricard
n'ayant pas réussi à simplifier
à sa plus petite expression
ma vie et mes besoins terrestres
je n'y arriverais certes pas
sans un stress important

je voue une admiration sans bornes
aux gens qui y parviennent
en restant sereins
et qui prennent le café
avec moi
sans chigner sur le choix
du bistro où ça se passera

faque je dis
vive la conférence
vive l'air conditionné en hiver
vive le dej' et le buffet fournis
vive le café cheap et le jus d'orange
vive l'information sur l'industrie
la pin de la banque sur le veston
les serrages de mains
les sourires
les bavardages
la calculatrice
les cartes d'affaires
les bonbns gratuits au salon
vive le cocktail et le gala à soir
même si je connais pas le band
ni la chanteuse
même si le repas sera bon
mais l'ambiance retenue
même si je porterai des talons hauts

cause je te l'avoue
sans honte
que plus que tout
tant qu'à avoir à gagner ma vie
je l'aime en crisse
mon dépôt direct du jeudi.

samedi 23 novembre 2013

récit des balkans


albanie, octobre 2013, virginie

geneviève me disait un jour
qu'elle voyait des images
lorsqu'elle lisait mes billets
elle-même en produit
de très belles
notamment dans son
dernier opus
issu d'un défi ludique
nous emballant
de scènes photographiques

j'ai un film en tête
depuis lundi soir
quand j'ai lu l'histoire
savamment racontée
par une chumette
un récit de voyage
en terre inconnue

je vous la reproduis ici
tirez-vous une bûche.

        Fushe Arres, un petit village du fin fond (quand j’écris "fin fond", je veux vraiment dire FIN FOND) d’Albanie, est encerclé sur notre carte improvisée. 

"Virg’, tu crois qu’on va réussir à trouver?"

Pas de GPS, pas de signalisation.  L’Albanie est un pays du bout du monde.  *haussement d’épaules*  "Aucune idée.  Mais on va certainement essayer (?!)"  

Cette histoire a commencé comme tant d’autres (cue "prenez place autour du feu de camps avec vos couvârtes, le récit commence"), au croisement d’un coup de folie et d’un coin de ciel bleu. 

Une fondation. 
Une fondation toute bleue.

Un geste simple, lancé dans le vent, avec comme seul espoir de créer du beau.  D’inventer la vie.  De faire de l’extraordinaire avec de l’ordinaire.  Une idée lancée par Claudie.  Une cacanne pour ramasser des fonds au marathon de Montréal.  Un groupe d’amis aux cœurs plus grands que nature.  C’était en Albanie, c'aurait pu être n’importe où, vraiment.  Une métaphore pour hisser nos idéaux au soleil. 

"Facque, tu penses vraiment qu’il faut prendre cette MINUSCULE route Yann??".  Plusieurs heures de conduite extrême à travers des cols vertigineux (Yann Villeneuve, c’est son nom), une Virg’ blanche – que dis-je, verte! - de mal de cœur ("Virg’ ça va?" *silence*…..), et des dizaines de Mercedes volées conduites par des flos de 14 ans plus tard, on passe finalement une pancarte à demi effacée, glauque : Fushe-Arres. 

L’atmosphère est lourde, lourde de cette pauvreté comme on en voit rarement dans une vie. 

Je cherche la feuille froissée où nous avons pris la peine d’imprimer une photo de la mission. "On essaie tout droit." 

"C’est là! Yann, c’est là!"

*moment de réflexion, assis dans le char à l’autre bout de la planète avec 800 piasses dans les poches, en face de l’Église*

"On le fait pour vrai?"
*grand sourire bleu*
"Go!"

Le reste a déboulé comme un bon roman. 

L’Église fermée (il faut comprendre que l’humanitaire est principalement – en fait presqu’exclusivement - prodigué par l’Église dans les pays pauvres des Balkans et qu’au fond, Église ou non, athées ou non, bouddhistes, chrétiens, musulmans ou danseurs de reggae, le geste n’avait rien à voir pour nous avec l’organisation et tout à voir avec les humains); l’ouvrier qui ne parlait pas un mot d’anglais et qui essayait tant bien que mal de comprendre mon "hôpital! hôpital!", le vieux monsieur au veston sale qui est passé par là et nous a fait signe de le suivre ("il nous amène où Virg’???" "Aucune idée, Yann"); l’orphelinat et les figures d’enfants à moitié cachées à travers la fenêtre; la sœur allemande, de la douceur de celles qui ont beaucoup vécu; la visite; la clinique gratuite pour les enfants du village; l’hôpital qui m’a chaviré le cœur et le brisa en mille miettes; le patient couché sur une table, la jambe ouverte, en lambeaux; le sourire des enfants et de l’infirmière. 

C’est debout dans la clinique de santé que nous avons tendu la liasse de billets à la sœur responsable de la mission.  "For the kids". 

Son hochement de tête, calme, voulait tout dire.  Sa surprise silencieuse, aussi. Sa gratitude, infinie.

Vous pouvez être assurés que tous les dollars bleus amassés iront aux enfants pauvres et aux orphelins de ce village.  Ce village perdu du fin fond de l’Albanie. 

Nous leur avons serré la main. 
Leurs sourires illuminaient le pays au grand complet. 

Et nous sommes repartis. 
Comme nous étions venus. 
Sur un capot de roue. 
Le cœur teinté de bleu. 

Merci. Du fond du cœur et du fin fond de l’Albanie : MERCI.

l'avez-vous vue
c'est l'albanie en forme de coeur.

samedi 16 novembre 2013

du dosage



la culture c'est important
non ça coûte cher
il y a des gens qui crèvent de faim
j'irai au vernissage
ah tout ce vin
oui mais t'as vu le local
la galerie fait de l'argent
les artistes mangent peu
quand même des fois sur st-laurent

en prendre et en laisser

la bn ne finance plus
les démarrages
mais si
la bn ne fait que
des démarrages
ah bon

en prendre et en laisser

tu veux encore des ribs
mais non je suis pleine
alors de la salade
t'as pas aimé
mais si mais si

en prendre et en laisser

il faut écrire
vivre faire des folies
mais non il faut dormir
se reposer
vive le lac
vive la vie le ciel et le zen

en prendre et en laisser

estie qu'on déconne
comme des cancres et des débiles
et ailleurs on est réservé
et de bon goût
en talons ou en rénnings
la flûte à mousseux
ou le suit de jog
croiser ses clients
en face pas lavée

en prendre et en laisser

ai fait le test hier
j'utilise mon cerveau
gauche autant que mon droit
je suis une fille équilibrée

me semble

j'vas en prendre un peu
pis en laisser beaucoup.

le mot en tête : équilibre.  des fois, ça vient de même, sans flafla, full vintage 80.




samedi 9 novembre 2013

le lien du mot



il y a les amis des animaux
il y a les amis des mots
chapi chapo
tra la la

je me suis fondue
dans le web
en 2007
en tombant sur
le défunt blogue
d'omo erectus

je découvris
des mots lancés
dans un univers
sans fin
un univers accessible
sans contrainte
matérielle

je découvris les blogueurs

ils figurent encore
dans la colonne de droite
les nelson blonde et dion
les quatre mains et les zoreilles
les taxis et les mauvais chanteurs
les archet et les camions
les godbout léveillée
et autres magnifiques
expressions de la vie

ce sont les mots
qui m'ont accrochée
à l'internet

le fait d'en écrire
le fait d'en lire

puis il y a eu facebook
qui a transformé
les mots en vie
il y a eu les retrouvailles
les miroirs
les photos
et les mots

puis le blogue
et encore des mots
des rencontres
de blogueurs
en chair et en os
des lancements de livres

les porns
les antéchrists
et les bouffons
je me découvre
par les mots
de nouveaux fétiches
les mots
les amis

le blogue
la course
le groupe
des auteurs
des éditeurs
des traducteurs
des réviseurs
des enseignants
des poètes du dimanche
tous aiment écrire
ma vie sociale ponctuée
de course à pied
et de littérature

puis il y a l'action
la communautaire
celle qui fait du bien
l'implication dans la société
les coureurs pour une cause
tout le monde embarque
les gens sont généreux
il y a les élections
les prises de position
qui se ressemblent
autour de moi
comme ça me ressemble

et puis il y a
la fondation alpha
dans laquelle
j'ai finalement pu m'impliquer
dès ce printemps

car ne pouvoir lire ou écrire
est impensable à mes yeux
ne pouvoir décider
c'est laisser aux autres
le pouvoir de le faire
ne pouvoir lire
c'est se priver
de toute la richesse de la vie
la découverte
de nouveaux horizons
la socialisation
la démocratie

la fondation
avait un récent besoin
de membres
j'ai demandé autour de moi
et du coup
en moins dune heure
plus de dix amis
ont spontanément
répondu à l'appel
ce sont tous des gens de mots
ils étaient là déjà
proches de moi
ils sont partout
autour de moi
ces gens que les mots
ont façonnés
et qui continuent
à transformer la vie
par les mots

j'ai senti faire partie
d'une communauté d'esprit

me sont venues alors
deux nouvelles réflexions

de un
les gens qui nous entourent
nous ressemblent-ils
de plus en plus

de deux
il faut toujours demander
c'est la meilleure chance
de pouvoir recevoir

je lisais ce billet
dont je vous fais un lien
en fin de page
à travers une citation
d'einstein

on y explique
que notre circuit
neurologique réagit
de façon à favoriser
la socialisation
et qu'en fin de parcours
il y a l'harmonisation

il y a un diagramme de venn
important dans le cerveau
entre l'influence
de notre entourage
et la définition de notre
identité

ce sont les mots
qui m'ont amenée au web
et à de nombreux amis
sont-ce les mots
qui les ont amenés dans ma vie

comme si j'étais née
pour avoir
des amis de mo'.

"Without the sense of fellowship
with men of like mind,
life would have seemed to me empty."

samedi 2 novembre 2013

autour du nombril



toi et moi attablés
devant un café
un verre de rouge
une soupe tonkinoise
on peut se jaser ça

mais mon amie
ma confidente
nah
c'est pas trop moi ça

non pas que je sois prude
discrète ou timide
ni que je manque d'empathie
juste que j'aime
la distance qui me sépare
des chichis des gens

je trouve la confidence
éminemment nombriliste
dans sa présentation
point que les problèmes
n'existent pas
juste qu'on les présente
comme le centre du monde

la confidence me place
de suite
dans un état de vigilance
et de méfiance
je deviens méprisante

je reçois agréablement
la primeur exclusive
ou le mini secret
et je m'en fais gardienne
hermétique et fidèle

mais la confidence
la grande histoire
du moi je ne l'entends pas
elle se noie dans une mer
d'intolérance et d'incapacité
à relativiser sa vie
dans le quotidien du commun

je ne m'empêche pas
de te jaser ça
dix fois par jour
sur facebook
ou ici
tu prends tu prends pas
c'est pas grave
je veux juste le dire juste l'écrire

c'est un moyen idéal
pour exhiber mon égo
à la hauteur de ses aspirations
mes tripes et mes angoisses
selon leurs pulsions
c'est une scène où je clame
et où j'accueille
qui veut bien échanger
avec moi

mais monopoliser
un être humain
pour me confier
nah
c'est pas trop moi ça

en tête-à-tête
pas de tracas
pas de déceptions
pas de chienneries
de déchirements ou d'angoisses
il y a des solutions à trouver
des idées à partager
du coaching à recevoir et à donner
des projets à concevoir
il y a une vie à vivre
c'est éminemment plus intéressant.

samedi 26 octobre 2013

get me there


peinture dont je ne connais le nom
par andrew wyeth

j'ai un précepte dans la vie
aimer ce que je fais
j'en ai un autre
apprécier la vie

faque ça se peut
que quoi que je fasse
j'essaye d'en tirer
le maximum
et que je sois généralement
heureuse

j'ai un nouveau précepte
depuis près de deux ans
oser des choses nouvelles

n'empêche

le quotidien use

tout ce que j'intègre
au quotidien
est beau bon pour l'âme
et enrichissant
mais je me fatigue
de plus en plus vite
tant physiquement
que mentalement

je me sens constamment
à la course
à la poursuite
de quelque chose
sans sentiment
de contentement
ou de réalisation
juste fatiguée de la vie

j'ai un besoin de plus en plus
rapproché
de m'enfuir
de me ressourcer

est-ce le fait que je n'évacue plus
depuis l'arrêt de la course
il y a cinq mois
que mon cerveau
pouvait ventiler au quotidien
et se régénérer
oui peut-être un peu

mais également
j'ai besoin de voir ailleurs

je me demande si c'est de la fatigue
ou de la consommation rapide
l'érosion du concept
d'appréciation des moments simples
du quotidien
comme s'il fallait
faire un effort
pour maintenir l'aptitude
au bonheur
alors qu'avant
on était juste heureux

mes parents
par la force des choses
étant plus immobiles qu'avant
ont fini par retrouver
le bonheur de la simplicité

cet après-midi
nous partons
voir des copains ailleurs
et également voir de l'art
il n'y a aucune autre définition
dans mon esprit
que le ressourcement
faire du pick-up
deux heures de temps
sans réfléchir
et se laisser porter

comme un temps d'arrêt
dont on a besoin
pour repartir à nouveau
dans le quotidien
qui pourtant
saurait être si beau

je suis dans un mode
où je trouve
que je dépense beaucoup
trop d'énergie
comme un gaspillage
de la vie.

samedi 19 octobre 2013

oui je le veux


the fabulous fashionistas

vouloir plus
pouvoir moins
ainsi soit-il

bon week-end de party
pour ton anniversaire mo
mais non pas de party
je m'achète un skateboard

hein quoi
mais oui
j'ai décidé
que j'allais essayer
tout ce dont j'avais envie
dans la vie

vouloir plus
car le sentiment d'urgence
s'installe dès quarante-six ans
vouloir de peur
de ne pouvoir
car le temps est limité
même en projetant cent trois ans

pouvoir moins
pas trop de party
car on s'en remet
moins bien
deux bouteilles et demie
à quatre un après-midi
ont suffi pour me détruire
après un grill cheese
pouvoir moins
tougher un party d'huîtres
à soixante à jeun
et être fatiguée à minuit
pouvoir moins

comment concilier
ce désir de vivre
avec la décrépitude
charnelle

il n'y a pas grand choix
sauf écouter la sagesse
qui a pris
quarante-six ans
à s'installer

dormir
bien se nourrir
faire de l'exercice
respirer chaque instant
le vivre lentement
mais le vivre intensément
pis crisse prendre
soin de soi
mettre de l'effort
sur son beau body

et pas dans le sens du bistouri
en fait on ne veut ni bistouri
pour se rehausser ni pour ponter
faque
en boucle encore et en choeur

dormir
bien se nourrir
faire de l'exercice
respirer chaque instant
le vivre lentement
mais le vivre intensément
pis crisse prendre
soin de soi
mettre de l'effort
sur son beau body

tchin tchin cawlice
c'est ma fête!

jeudi 17 octobre 2013

hiatus VII

des bandes de chiffres
des colonnes
des tables
des formules
des additions
une partie de ma vie
devant un écran
un esprit qui vaque
soustrait
multiplie
additionne
calcule
une heure pis deux pis trois
des réminiscences
du rêve de la veille
dans un grand appart
de voyage
sombre et vieux
hors du centre
un homme
une visite nocturne
et des chiffres
je suis drapée de chiffres
toute la matinée
comme un voile qui m'entoure
l'image que l'on se fait
de l'intelligence artificielle
puis ma mère dans le rêve
les murs jaunes
ailleurs loin de tous
ce rêve me revient
toute la journée
je vis dans ce brouillard
sans clarté aucune.

samedi 12 octobre 2013

feng shui mon ami




feng shui
vent eau
énergie
flux vie

oh comme ça te ressemble

vous avez déjà dit ça
en rentrant chez quelqu'un
les gens vivent
et évoluent dans des espaces
et les moulent à leur façon
ils décorent des lieux
selon leur goût
en regardant pinterest
ils se laissent inspirer
tiens on parle
d'inspiration
on parle de lieux
et de décors qui nous disent
quelque chose
alors qu'on cherche
la chose qui nous ressemble
est-ce étrange

lorsque l'homme-chat
a visité la maison
la première fois
il l'a tout de suite aimée
ce fut de même pour moi
et pour tous ceux qui y pénètrent
elle est de celles qui ont
du caractère
belles comme des églises
sans le crucifix ni l'encens
mais un confessionnal
dans chaque pièce
il y a un sous-sol
où les esprits vaquent
quand je suis seule
je les sens me visiter
j'ai un peu peur
mais ils sont gentils

en lavant les boiseries
et les vitres hier
je me pâmais
de chaque coin
où le plancher de bois
rencontre la plinthe
que de beauté
d'avoir meublé de
tant d'arbres
cette urbanité

je rêve très souvent
à des lieux
souvent circonscrits
dans des maisons
des appartements sans fin
où les pièces s'enfilent
l'une après l'autre
comme des appartements
haussmaniens
ce sont ces rêves
qui me laissent le plus
d'impression
le matin venu
être dans un endroit
aussi émouvant
que le grand canyon
emplit
le peu de volume de
mon corps
et forme mon intériorité

même si un volume
nous est donné
pour nous y recréer
y évoluer au quotidien
exprimer notre créativité
lorsqu'on a le choix
d'adopter un endroit pour y vivre
si c'est construit
bâti il y a un siècle
on se laisse imprégner
de son énergie
il n'est pas domptable
comme une page blanche
que l'on définit
au sharpie
on ne le démolit
pas au ciseau
pour recommencer à neuf
on adopte une maggie
avec son vécu
on lui donne tout notre amour
et on sait qu'elle va nous aimer
en retour et embellir notre quotidien

on n'habite pas une maison
c'est bien elle qui nous habite.

samedi 5 octobre 2013

tchicane



estie d'tabarnak de cawlice!!!

c'est à peu près
ce qui se passe
dans ma tête
et dans le monde
quand je suis contrariée
ces temps-ci

ma' s'est chicanée
avec son mec
mon calme père
bien sûr c'est elle
qui le rend en colère
elle conserve
le vieux linge
parce qu'elle coud
et recycle tout
ils ont dû parler un peu fort
puis bouder
je tiens ça d'elle le boudin
puis se sont réconciliés
parce qu'après
près de cinquante ans
il a bien fallu
se réconcilier un jour

j'ai déjà été impétueuse
j'énumère mes célèbres scènes
je sors du souper
familial en chicane
avec mon chum
et lui crie après
le plus fort que je peux
dans le parking
du bloc appartement
c'est l'été toutes fenêtres ouvertes
j'ouvre la portière du char
en roulant en faisant
semblant d'en débarquer
je décroche les lunettes
de mon homme et les garoche
en pleine rue
je lance un riedel
à terre puis un autre
quatre au total en cristal
je crisse mon camp
en char puis reviens
quelques heures après

je me suis beaucoup calmée
on dit qu'il est bon
de se chicaner
sortir le méchant
et faire la paix
je dis que ça brise
des couples toutes
ces petites blessures
on n'a pas besoin de
ça dans la vie
on a besoin d'amour

quand je suis contrariée
je préfère bouder
ça se passe en silence
en petite meurtrissure
égoïste
mais ça ne blesse personne
avec des mots injurieux
ou de la violence
je boude
je me couche
je suis silence
et tout revient dans l'ordre
presque
je suis de moins en moins
contrariée
j'essaye d'écouter
m'ouvrir et m'écarter l'esprit
comme le reste
pour trouver le terrain d'entente
comme les deux roches
qui se polissent
à force de se côtoyer

je vous laisse sur
un cassage d'assiettes
en règle.

prenez soin de vos coeurs
et soyez gentils les babes! xxx

samedi 28 septembre 2013

fine gueule et tablier


boudin maison
pyrus bistro juin 2012

ayant faim d'inspiration
me suis dit ce matin
que je vous ferais part
de mon appétit gargantuesque

ai toujours aimé manger
ma soeur itou pis mon frère idem
on est une famille de gourmands

bref manger pour la faim
comme le matin
alors que je n'ai appris
à déjeuner
que lorsque j'eus à nourrir
des bébés
mais surtout manger pour le goût
à toute heure de la journée
mon palais est un réceptacle
des plus merveilleuses
sensations terrestres

à vingt ans
je ne savais pas cuisiner
je faisais des motons
dans la crème de poireaux
depuis mon mari
m'empêchait de jouer
dans' cuisine
sauf pour faire la vaisselle
j'ai changé de mari

je préfère toujours
manger la bouffe des autres
encore à ce jour
je suis friande des restos
faire la bouffe me tue
quand il s'agit de me nourrir

j'ai eu une période cook
très cordon bleu épanoui
quand j'eus rencontré
l'homme-chat qui m'avait séduite
par un carré d'agneau
et autres gourmandises
j'achetai et lu julia child
mastering the art
of french cooking
et fis des pâtés de foie
des consommés
de la crème anglaise
et mes débuts en pâtisserie

c'était lorsque je nourrissais
encore mes fils à demeure
quelques soirs par semaine
mais surtout la fin de semaine
depuis qu'ils sont partis
je n'ai envie de préparer et cuire
que lorsque je reçois
chanceuse d'avoir conjoint
qui manie le chaudron
à la perfection

dans les préférences
de mon palais
il y a les huîtres
les chips
le canard
et les saucissons
j'aime le sel
autant que le sucre
dans les bonbons sûrs

j'aime la finesse dans la bouffe
et de moins en moins le gras
vecteur de saveur rapide
pour les affamés de fin de soirée
mon corps digère moins bien
le smoked meat de
chez schwart's mais ma yieule
y succombe encore
mensuellement
avec frites au vinaigre
et pickles

dans mes heures vulgaires
je me bourre de poutine
la sauce brune a toujours
été un classique de mes saveurs
le goût salé doit me rappeler
les plats chinois
dont je ne parle même pas
tellement j'en mangerais
trois fois par semaine
alors que je n'en cuisine pas
je fais vivre
hong kong et les bouibouis
des chinatown et tous les pho
en amérique du nord

ce matin je vous écris
et je pense aux premières minutes
du film salé sucré
d'ang lee
alors que le vieux cook
prépare un repas dominical simple
pour recevoir ses filles
chaque chose qu'il fait
le cérémonial de la cuisine
chaque plat qu'il met sur la table
me fait mourir d'envie

aimer faire la cuisine
est une chose qui me manque
mon ancienne patronne
prenait des cours
de cuisine
et passait ses week-ends
à faire de la bouffe
alors qu'elle n'avait
personne à nourrir
sauf elle-même
cuisiner pour le plaisir

j'aimerais retrouver ce goût
et je m'installe toujours
une cuisine en conséquence
vaste pratique et bien équipée
cuisiner vient de l'art de manger
il faut aimer la bouffe sinon
mais cuisiner est également
tellement plastique et physique
cela peut être méditatif
dans les gestes
comme ma' qui prend le
temps du tai chi
à monter un repas lentement
en maitrisant chacun de ses gestes

je tripe au marché
je suis toujours gourmande
j'aime les couteaux acérés
j'aime manier la planche
couper hacher faire sauter
brasser minuter
mijoter mitonner
sentir assaisonner
enfourner coucher rouler
et goûter

ah le goûter

en attendant de reprendre
le tablier avec gaieté
je vous laisse sur
cette merveille scène
en allant fouiner
dans mes armoires
quelque trouvaille
de goût pour mon palais gourmand

bon appétit!




samedi 21 septembre 2013

prétexte


le meilleur slogan commercial 
du vingtième siècle

prétexte

nom commun, adjectif  
du latin praetextus 
bordé ornement bordure prétexte
dérivé de praetexo 
border orner prétexter

tu pensais que 
ça précédait le texte
moi itou

en fait le prétexte est
ce dont j'ai le plus 
apprécié abuser
dans la dernière année
la course en fut un
tous mes copains
de course le savent
et beaucoup l'ont dit
avant moi

que la course est prétexte
à vivre intensément
à tester ses limites
à se dépasser
à trimer dur
à se redécouvrir
à jouer à être heureux
à rencontrer
soi-même et les autres

lundi dernier
dans le cours de
création littéraire
la prof nous a donné
un prétexte
asseyez-vous face au mur
pensez à votre enfance
ce que vous ressentez
images odeurs bruits
pensez-y
imprégnez-vous
écrivez

l'écriture a plu
immédiatement
puis sans cesse

la prof a recommencé
avec l'adolescence
puis l'âge adulte
elle aurait pu dire
chaise ou arbre
ou oignon
il ne suffisait
qu'une idée
pour que l'expression fuse

un devoir de création
comptant pour vingt pour cent
de ma note finale
aboutir et livrer
une création
sortant de notre
zone de confort
quelque chose de différent
du tricot du macramé
car il n'y a plus grand monde
qui sait faire ça
une installation
un meuble
une pièce de théâtre

j'ai croisé un skateux
sur crémazie
et me suis rappelée
que j'avais toujours voulu
faire du skateboard
je ne sais pas pourquoi
ça n'a pas traversé
ma vie plus jeune
mais voilà
le travail est un prétexte
à me redécouvrir
j'y vais je saute
j'essaye je trippe

quelqu'un a dit 
que lorsque tu désires
faire quelque chose
et que tu te vois le faire
tu le visualises
depuis longtemps
tant dans tes songes éveillés
que dans tes rêves endormis
et bien tu sauras le faire

nous verrons bien

quel prétexte voudriez-vous
que je vous confie
ce matin
afin que vous vous
dépassiez à nouveau
que vous découvriez
un nouvel horizon?

samedi 14 septembre 2013

de l'art de gouverner



un jour j'ai pris une carte
du parti du renouveau démocratique
je crois que c'est comme ça
que ça s'appelait
c'était un spinoff
du parti communiste canadien
marxiste léniniste
le leader était d'origine indienne
et intelligent comme 
la plupart des leaders
sont intelligents
j'avais vingt ans
le radicalisme traverse
la quête identitaire

et puis j'ai longtemps
embrassé le parti québécois
en fait depuis que j'ai
immigré au québec
je trouvais charmante
cette envie d'être un pays
se séparer et avoir
le contrôle de ses décisions
était pour moi cohérent pour
quelque tranche de la société
qui souhaitait le faire
et en assumer les conséquences

je crois que c'est romantique
cette conviction chez moi
ça vient des gaulois
dans astérix

je suis une éternelle romantique
j'embrasserai encore la séparation
jamais comme une faction sectaire
mais comme un projet de liberté
je crois qu'on doive
le faire et en finir
pour autant qu'on ait
un peuple fort et instruit
capable de se prendre en main
comme tanguy
doit partir de chez lui
et découvrir ses limites
en volant de ses propres ailes

romantique j'ai dit

un jour j'ai aimé
françoise david
et j'ai bien sûr 
supporté jack layton

j'ai même aimé louise harel
quand j'habitais hache-aime
dans les années quatre-vingt
et qu'elle y était
impliquée localement

comme beaucoup j'ai le désir
de changer la société
mais j'ai toujours dit
que jamais je ne m'impliquerai
en politique
il n'y a pas plus ingrat
comme choix de vie

chaque jour dans les débats
qui déchirent notre société
où l'on accuse les élus
de leurs pensées ou façons de faire
je me dis qu'il est dur
de gouverner
le citoyen qui conteste
le fait souvent
de sa posture de gérant d'estrade
alors qu'il est généralement
peu renseigné
alors qu'il est encore
lui-même en quête d'identité
je ne parle pas du
citoyen critique et articulé 
qui mène le débat dans le fond
remue les idées
de façon constructive
sans démagogie ni propagande

j'ai le défaut de ne pas
facilement prendre position
dans les débats qui font malgré tout
progresser la société
il m'est difficile de comprendre
l'ensemble des enjeux

je pèse longtemps 
le pour et le contre
j'ai la conviction molle
la balance que je suis
n'a pas évolué à ce niveau
j'écoute tout j'enregistre
je dis oui je dis non
je suis influençable
je n'accorde pas inconditionnellement
l'immunité à mes élus 
je lis je discute j'essaye de comprendre
mon coeur balance
lorsqu'il suit ma tête
constamment d'un bord à l'autre
du balancier

j'aurais détesté gouverner
et me faire lapider
jour après jour après jour
j'aurais haï perdre le contrôle
des rênes qu'on m'aurait confiés
en m'élisant un jour
j'aurais détesté devoir plier
devant l'opposition
alors que je doive
prendre des décisions
selon mes convictions
j'aurais abhorré
être diminué quotidiennement

je ne suis pas cynique
quant à la politique
j'essaye d'être une citoyenne
qui participe activement
à la vie démocratique
pour améliorer la société
dont je veux faire partie
mais toujours je dirai que
de quelque allégeance qu'ils soient
ceux qui choisissent
la voie de travailler
pour notre société
méritent toute mon admiration
et toute ma gratitude.

samedi 7 septembre 2013

repositionnement


mt rainier, wa, 2013.

j'adore le narcissisme
du titre qui apporte
tant d'importance à notre vie

dans la vie ordinaire
je fonctionne
ce n'est pas que je ne pense pas
c'est que je pense pour fonctionner

en vacances je pense
je pense pour évoluer
en deux semaines
tout m'a inspirée
la nature les gens d'aujourd'hui
et les gens d'hier

flash en vrac

en sinuant les routes
de la white pass
nous entrons en forêt
et descendons
nous promener
bien que la vigne
et l'érable à giguère
poussent allègrement
dans notre cour urbaine
c'est au contact des grands arbres
de plus de huit pieds de diamètre
que nous sentons la majesté
de la forêt
et qu'on se dit
qu'on ne peut abattre
des êtres centenaires
quel bonheur la forêt

à mt rainier
il y a un endroit qui s'appelle paradise
on y célébrait un mariage
lorsque nous y étions
quelle beauté

pis je lis walden
pendant mes vacances

au mont st helens
après avoir été époustoufflé
de ces paysages grandioses
menant au pied du volcan
en passant par des dizaines
de tableaux d'interprétation
permettant de comprendre la nature
en croisant une ranger plutôt sympa
il y a devant un escalier
une boîte avec une fente
indiquant payez ici
quelques enveloppes
on appelle ça le honor system
il paraît que les gens contribuent
c'est fantastique cet honneur

les itinérants de la côte ouest
n'envahissent pas ta bulle
bourgeoise bien qu'ils soient
excessivement nombreux
ce doit être le climat plus doux

pis je lis toujours walden

pendant la guerre
en chine mon grand-père
était dans l'armée
se battant contre les japonais
ma grand-mère le suivait
de quelques pas avec quatre enfants
dont mon père
pendant ce temps à taiwan
ils se battaient contre les alliés
puisque taiwan était alors
sous contrôle japonais
pendant que maman naissait
mon père et ma mère
sont donc une très heureuse rencontre

les tibétains sont gentils
et n'ont aucun attachement matériel
le tibet est une localisation
stratégique pour la chine à cause
de la frontière et de l'élévation
les revendications territoriales
représentent plus du tiers
du territoire chinois actuel
la société tibétaine
comporte des castes
dont l'élite comprend le dalai lama
c'est bien sûr le peuple
qui n'est pas attaché au matériel
lorsque les tibétains commencent
à faire commerce avec les touristes
comme on fait au vingt-et-unième siècle
partout dans le monde
ils vont déposer leur argent
entre les doigts
des bouddhas dorés
chaque famille donne un fils au monastère
les autres triment en souriant
et ont la peau tannée au soleil
l'élite a la peau blanche
tu ne penses pas que ce soit ainsi
et pourtant si
pa' dit qu'il est dommage
que la société tibétaine
soit en voie d'extinction
non à cause du refus de la chine
de leur octroyer l'indépendance
mais par le fondement même
de leur société
qui n'a pour issue que la réincarnation

je lis toujours walden

jason le mari de ma tante
ne conduit pas
ne parle pas anglais
est un ingénieur retraité
il est sauvage et timide
et parle à ses plantes
il a un jardin divin dans la cour

dans les mains un autre livre
the age of the insight
d'eric kandel
psychiatre et chercheur en neurosciences
faisant le lien entre l'interprétation
des oeuvres d'art
et la science du cerveau
il prend pour exemple
l'école moderne de vienne
au début du vingtième siècle
alors que les scientifiques
les intellectuels et les artistes
se fréquentaient et échangeaient
je suis assoiffée de ce métissage intellectuel
artistique et culturel
je suis indignée de savoir
que la plupart des professionnels
de notre société
ne lisent plus après leurs études
que des ouvrages spécialisés
dans leurs domaines
la curiosité de son monde et des autres
n'est-elle pas un vecteur d'évolution

big sur impose une révérence
la mer est toute puissante
les montagnes sont imposantes
le mariage de l'eau
du ciel et de la terre
fait trembler l'être humain

en californie
l'homme-chat voulait voir
des shops de bikes
la dernière est à san clemente
madame et monsieur
ont vendu leur dernière
entreprise et parti la shop de bike
avec leur fils et un chum
ils se sont dit
pourquoi on triperait pas
avec nos gosses

ranchipur est l'éléphant mâle
de la horde au zoo de san diego
il a quarante-sept ans
et pèse six tonnes
il est fabuleux beau et fort
il a une fille dans un autre état
qui l'a récemment fait grand-papa
son soigneur steve
travaille avec lui depuis
vingt-et-un ans
c'est son buddy
steve ne semble pas
s'être préoccupé de sa coupe de cheveux
depuis aussi longtemps
ni vivre dans un loft
dans un quartier sketchy de la
steve est calme
et parle aux éléphants

un passage dans walden
où l'auteur rencontre
un irlandais venu s'installer
en nouvelle-angleterre
car il y a le café le matin
le thé le soir et le beurre et la viande
entre les deux
et pour ce faire il travaille dur
toute la journée
son épouse cuisine sans vêtement
et pour travailler il doit manger
thoreau vit dans le bois
cueille des fruits et cultive les haricots
il passe son temps
à contempler la nature
de temps en temps il pêche
pour se nourrir la semaine
il vit sans luxe
mais le plus heureux des hommes

je n'ai pas fini walden
car la vie reprend son cours
avec ses occupations dingues

mais les vacances permettent
de réaligner les priorités
en fonction des nouveaux apprentissages
et de notre place dans l'univers
quel luxe on a de pouvoir penser.

samedi 31 août 2013

les liens



il y a les aimants
il y a les liens
ma' et pa' disent que
leur plus grande richesse
est l'amitié cultivée
partout à travers le monde

de taiwan
ils ont émigré en france
puis en belgique
puis au québec
puis en californie

bien sûr ils ont connu
du monde partout
mais de là à ce qu'ils soient
demeurés des amis
c'est là qui est extraordinaire

je vous ai raconté en décembre
que les amis de pa'
avaient levé des fonds
pour lui offrir des soins
lorsqu'il était très malade
je vous ai raconté que depuis
mes parents recevaient
de la visite de leurs amis
de par le monde

mais comment fait-on
pour être encore ami
avec un chum d'université
quand on a presque
soixante-quinze ans
car c'est bien cela

peut-être mes parents
sont-ils sur facebook
et cultivent-ils leurs contacts
sinon comment
ils postent des lettres
font des interurbains
comment l'amitié peut-elle
s'entretenir à basse fréquence

ma meilleure chum
je la vois à peine une fois
par année
vous pouvez imaginer
les autres
est-ce que j'ai des amis
je ne le sais pas
je fréquente beaucoup
de gens avec qui je partage
et enrichis ma vie
c'est la joie le bonheur
la folie

je ne saisis pas mon rapport
avec les gens
il est là mais est ténu
comme une partie de l'environnement
qui évolue autour de moi
au gré des événements
ils restent ils passent
ils font leur chemin
je fais le mien
je ne sais pas si on qualifie
cela d'amitié

j'aime les voir
dans mon quotidien
ou lors des voyages
il n'y a pas plus excitant
qu'une date avec des chums
à l'autre bout de la planète
pourquoi élire domicile
dans une ville quand
la cour est si vaste

partager une bouffe
une expo un concert
de la bonne compagnie
très peu de confidences
je ne suis pas une personne
qui sollicite les confidences
et ma vie est à nu sur facebook

je suis présente j'aime
je donne en personne
je suis grégaire et généreuse
est-ce cela l'amitié

comment font mes parents
pour cultiver cette richesse
tout au long des années
à travers des kilomètres de distance
l'amitié comme un but
comme une façon de vivre

lorsqu'ils sont de retour
à montréal pour les fêtes
ma' va visiter ses amies
anciennes collègues de travail
c'est dire
pa' et ma' connaissent leurs voisins
récemment ils ont gardé
le potager de leur voisine
partie en vacances
c'est dire
ils apportent des fruits
de leurs arbres fruitiers
aux voisins de la rue
c'est dire
ils s'impliquent bénévolement
depuis longtemps
c'est dire
ils aident ils donnent
ils partagent ils ouvrent
ils reçoivent
ils ne jugent pas
c'est dire

mais j'avoue
ma' is such a social bee
and pa' is so charming
ils sont pas mal la recette de l'amitié.