samedi 4 mai 2013

burqa de chair


vanessa paradis

burqa de chair - nelly arcan
titre d'un recueil de textes posthume
publié en 2011
l'emprunt du titre m'est venu en tête
au lendemain de la pièce
mettant en scène le mal de vivre
incarné par 7 magnifiques corps de femmes

envie d'écrire sur le culte du corps
celui que j'ai toujours entretenu
(je vais ce matin chez la coiffeuse
pour maquiller ma chevelure)
de petite fille enfouie dans les revues de cul
à adolescente feuilletant le glossy magazine
de vanessa à la récente michelle jenneke
le culte du corps m'a habitée

petite je voulais les cheveux longs
que maman me gardait courts
ado, je voulais des vêtements
ceux qui appartiennent à la clique
non ceux recyclés des amis de la famille

une paire de jeans m'acheter
ça ne m'est pas arrivé
avant que je ne puisse travailler

à l'âge d'aimer je voulus plaire
savoir poser mon corps dans des draps
pour exposer ce qui plaisait
tenir les épaules larges
pour faire sortir la poitrine
je me souviens de l'exercice
les coudes vers l'extérieur
les doigts tirant pour faire grossir les seins
qu'à cela ne tienne je les porte petits
depuis maintenant trente ans

j'ai vite marché comme une pute
je ne sais d'où vient ce roulement du cul
je mets ça sur le compte de mes pieds plats
un collègue m'a déjà dit
t'as pas besoin d'avoir des seins 
t'as juste à marcher
strike one, c'était un compliment
la tête avide de séduire

les cheveux longs j'ai tenu
dès l'adolescence
avec les ongles limés et acérés
deux choses bien élevées
amplifiant mon body chenu

je devins tigresse
à défaut d'être plantureuse
j'enfantai jeune et me plus
dans la rondeur des seins nouveaux
et dans le ventre de femme
je me sentis comme 
une femme d'ingres

lorsque je voulus séduire 
à nouveau
je pensai à des seins
ceux que l'on colle sur son corps
je pensai à la couleur
celle que l'on met dans ses cheveux
je pensai à un ventre plat
celui que je n'avais pas

dans la trentaine
je prenais soin de ma peau
dans la quarantaine 
je prenais soin de ma parure

et puis et puis
j'ai commencé à courir

j'ai aimé mon corps
d'abord de l'intérieur
comme celle qui avait d'abord
arrêté d'inhaler
je le sentais propre
propre à vivre mieux
propre à vivre plus longtemps
l'esprit était clair et dégagé
mens sana in corpore sano

et puis et puis
j'ai commencé à croiser des coureurs

des corps sveltes et musclés
(un six pack m'a toujours fait mouiller)
le corps fait machine
le corps comme une perfection
la force et l'endurance
et j'ai vu le mien se transformer
dedans j'ai senti mes muscles
mon tonus et ma vigueur
ma force à mon tour
et je me suis regardée
le miroir n'était plus invisible
mes jupes ont raccourci
mes jambes se sont montrées

encore une fois je me suis dit
c'est à ma portée je serai belle

sexy is a state of mind
that's the funky part of it
i live and breathe 
with my body exposed
glowing from the inside
with a fresh tan
white teeth in a beautiful smile
and clean and fragrant hair

burqa de chair.



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