samedi 23 novembre 2013

récit des balkans


albanie, octobre 2013, virginie

geneviève me disait un jour
qu'elle voyait des images
lorsqu'elle lisait mes billets
elle-même en produit
de très belles
notamment dans son
dernier opus
issu d'un défi ludique
nous emballant
de scènes photographiques

j'ai un film en tête
depuis lundi soir
quand j'ai lu l'histoire
savamment racontée
par une chumette
un récit de voyage
en terre inconnue

je vous la reproduis ici
tirez-vous une bûche.

        Fushe Arres, un petit village du fin fond (quand j’écris "fin fond", je veux vraiment dire FIN FOND) d’Albanie, est encerclé sur notre carte improvisée. 

"Virg’, tu crois qu’on va réussir à trouver?"

Pas de GPS, pas de signalisation.  L’Albanie est un pays du bout du monde.  *haussement d’épaules*  "Aucune idée.  Mais on va certainement essayer (?!)"  

Cette histoire a commencé comme tant d’autres (cue "prenez place autour du feu de camps avec vos couvârtes, le récit commence"), au croisement d’un coup de folie et d’un coin de ciel bleu. 

Une fondation. 
Une fondation toute bleue.

Un geste simple, lancé dans le vent, avec comme seul espoir de créer du beau.  D’inventer la vie.  De faire de l’extraordinaire avec de l’ordinaire.  Une idée lancée par Claudie.  Une cacanne pour ramasser des fonds au marathon de Montréal.  Un groupe d’amis aux cœurs plus grands que nature.  C’était en Albanie, c'aurait pu être n’importe où, vraiment.  Une métaphore pour hisser nos idéaux au soleil. 

"Facque, tu penses vraiment qu’il faut prendre cette MINUSCULE route Yann??".  Plusieurs heures de conduite extrême à travers des cols vertigineux (Yann Villeneuve, c’est son nom), une Virg’ blanche – que dis-je, verte! - de mal de cœur ("Virg’ ça va?" *silence*…..), et des dizaines de Mercedes volées conduites par des flos de 14 ans plus tard, on passe finalement une pancarte à demi effacée, glauque : Fushe-Arres. 

L’atmosphère est lourde, lourde de cette pauvreté comme on en voit rarement dans une vie. 

Je cherche la feuille froissée où nous avons pris la peine d’imprimer une photo de la mission. "On essaie tout droit." 

"C’est là! Yann, c’est là!"

*moment de réflexion, assis dans le char à l’autre bout de la planète avec 800 piasses dans les poches, en face de l’Église*

"On le fait pour vrai?"
*grand sourire bleu*
"Go!"

Le reste a déboulé comme un bon roman. 

L’Église fermée (il faut comprendre que l’humanitaire est principalement – en fait presqu’exclusivement - prodigué par l’Église dans les pays pauvres des Balkans et qu’au fond, Église ou non, athées ou non, bouddhistes, chrétiens, musulmans ou danseurs de reggae, le geste n’avait rien à voir pour nous avec l’organisation et tout à voir avec les humains); l’ouvrier qui ne parlait pas un mot d’anglais et qui essayait tant bien que mal de comprendre mon "hôpital! hôpital!", le vieux monsieur au veston sale qui est passé par là et nous a fait signe de le suivre ("il nous amène où Virg’???" "Aucune idée, Yann"); l’orphelinat et les figures d’enfants à moitié cachées à travers la fenêtre; la sœur allemande, de la douceur de celles qui ont beaucoup vécu; la visite; la clinique gratuite pour les enfants du village; l’hôpital qui m’a chaviré le cœur et le brisa en mille miettes; le patient couché sur une table, la jambe ouverte, en lambeaux; le sourire des enfants et de l’infirmière. 

C’est debout dans la clinique de santé que nous avons tendu la liasse de billets à la sœur responsable de la mission.  "For the kids". 

Son hochement de tête, calme, voulait tout dire.  Sa surprise silencieuse, aussi. Sa gratitude, infinie.

Vous pouvez être assurés que tous les dollars bleus amassés iront aux enfants pauvres et aux orphelins de ce village.  Ce village perdu du fin fond de l’Albanie. 

Nous leur avons serré la main. 
Leurs sourires illuminaient le pays au grand complet. 

Et nous sommes repartis. 
Comme nous étions venus. 
Sur un capot de roue. 
Le cœur teinté de bleu. 

Merci. Du fond du cœur et du fin fond de l’Albanie : MERCI.

l'avez-vous vue
c'est l'albanie en forme de coeur.

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