lundi 27 mai 2013

programme officiel



(pic by scornflakes - instagram)

la fois où j'ai été travailleuse presqu'autonome
je bourrais mon agenda
pour savoir pourquoi me lever le matin
maintenant que j'ai un horaire plus stable
tous les vendredis après-midis
je vérifie l'agenda de la semaine suivante
pour savoir pourquoi rentrer le lundi
je planifie
je remplis
je case
j'ai le vertige du vide

le week-end pendant le mba
j'étudiais j'écrivais je visitais
quel est le plan
est la question du samedi matin
a-t-on quelque chose samedi
oui non d'accord

j'adore quand on m'encadre
je déteste prendre les décisions
dis-moi où quand comment combien
je suis le programme
c'est donc reposant

un programme
comme une soirée de homards entre amis
comme une fin de semaine de course
comme une journée dans la capitale

un programme
pour mieux mesurer
ce qui a été fait
pour ne pas sentir le vide
pour avoir une utilité
pour fonctionner

un programme
pour pouvoir y déroger
avant je capotais
impossible de dérailler

un programme
pour écrire un billet chaque samedi
et instaurer l'habitude
on est lundi
que veux-tu
j'étais occupée à être ailleurs

depuis trente semaines
j'ai couru un programme
qui m'a amenée une médaille
avant de finir
j'ai tout de suite écrit
le prochain programme
pour la course d'automne

j'ai deux semaines de répit
sans programme de course
mes rénnings vont s'ennuyer

vais-je savoir courir
sans cocher une case

voilà je m'ennuie
je suis déroutée

un programme
pour mieux en apprécier les trous
un programme
pour péter les plombs quand il est trop lourd
un programme
pour pouvoir foxer
un programme
pour se sentir évoluer
un programme
pour se sentir libre.

samedi 18 mai 2013

mort-mentanée


si j'avais écrit ce billet plus tôt cette semaine
(hier)
c'aurait été un billet d'humeur
mais tu vois là
le soleil est de retour

mort-mentanée




lorsque j'étais plus jeune
j'avais des pensées suicidaires
blunt as it is
probablement tout le monde
dirait la même chose
en repensant à son adolescence
sauf les spécialistes
qui peuvent parler de la biologie des choses
que je ne connais pas

c'est con qu'on ne puisse plus
dire le mot suicide à cause de sa gravité
mais crisse que c'est ça pareil

à quinze puis vingt puis vingt-cinq ans
quelqu'un m'aurait assurément
décrite comme un être passionné

j'aimais l'être
vers trente ans je crois que j'ai compris
que j'aimais me complaire dans cette folie

j'ai vécu de longues années
avec des hommes infiniment plus calmes que moi
ça tempère et c'est bon
et devenir calme est la meilleure
chose qui me soit arrivée
du coup je redoute les sautes d'humeur
je les haïs chez les autres
je trouve cela juvénile
non accompli
détestable crise de restaurant chinois

j'ai tenté une réelle fois de me suicider
en mil neuf cent quatre-vingt-treize
avec une corde
j'ai choké avant la corde
j'en suis tellement heureuse

je voulais mourir
parce que la vie était trop belle
trop parfaite
et que je n'étais pas à la hauteur
ne pas boire ne pas fumer être fidèle

toutes les fois où je veux partir
l'urgence qui m'anime est de fuir
et c'est tout le temps drivé
par à quoi bon
je n'ai plus envie de jouer
c'est trop dur
un sentiment d'échec
d'incompétence

ce n'est pas anodin
si j'aime tellement
voyager partir m'enfuir

un spécialiste que je n'ai jamais consulté
me dirait surement que c'est normal
c'est de l'épuisement
je suis trop exigeante
ingrid dirait lâche prise

en fait c'est dans ces moments-là
(après et pas pendant)
que je me rends compte comment il est exigeant
de tout le temps être heureux

ce n'est pas l'activité
ce qu'on fait
combien on en fait
l'intensité
la façon
qui nous use nous fatigue

c'est d'être
de toujours faire l'effort d'être bien

ma vie est comme le cours de la bourse
c'est vulgaire
en général je suis stable et rentable
aux cinq ans j'ai un crash total
un décrissage en règle

c'est un build-up de plusieurs mois
pendant lesquels toute ma tête est là
mon corps se fatigue lentement
je n'ai plus envie
j'ai des assauts émotifs
qui me poussent à l'excès
c'est le conflit intérieur
entre se laisser aller
et tout contrôler
pour limiter les dommages permanents

ensuite vient l'anesthésie
elle est totale
pendant des jours
plus rien n'y fait
ni froid ni chaud
aucune vague sur le coeur
la ligne horizontale
le silence radio

et nietzsche s'empare
de mon esprit qui ne combat plus
cosmique dans l'univers
je me compare aux fourmis
aux gazelles aux lions
et je me dis
de quel droit
m'attribuerais-je
des ambitions des désirs des aspirations
pourquoi relever des défis
pourquoi faire l'effort
pourquoi gagner ma vie
pourquoi être meilleure

quelle prétention justifie
toute cette animation
cette perte d'énergie

aujourd'hui
quand je me réveille
ou avant que j'y sombre
je prends action
je contre j'écris
je pense à consulter
je raisonne
crisse que je suis bien faite

cette fois-ci mon trouble
vient du travail
je n'y suis plus motivée j'y suis défaite
je vais me faire remonter
pour mieux continuer
car nous humains avons les moyens
avons la raison
savons si bien nous conditionner

pour être heureux
jusqu'à la nuit des temps
car
après la mort-mentanée
vient le printemps

soundtrack : deep down and dirty.

samedi 11 mai 2013

matière de mère


matière organique : eau, mer, sel, chair, sang.
matière, table des :  pourquoi, de qui, quand, comment, où.
matière-discipline : passion, organisation, tolérance, patience, détachement.


bonne fête des mères dis-je.

il y a la mer celle des vagues
celles de la lune
comme le cycle
celui des menstrues
celui qui doit produire
il y a la chair
il y a le sang
il y a l'eau
il y a ce trouble qui dès l'enfance
nous pousse à coller
à border

petite il n'y avait chez nous
que peu de contact physique
et pourtant
j'ai toujours été charnelle
je touche tout ce qui vit
et même la matière morte
je peins je sculpte je danse
je baise je mange je bois
je veux un ventre

tout commence par le ventre
celui dont je rêve à l'adolescence
le cliché de la grande famille
parce qu'on a aimé tripper
en gang dans le sous-sol
de la mère de qui
et qu'on pense que ce sera
le même feeling d'être entourée

fourrer avec le gars
dont on est passionnément amoureuse
tomber enceinte comme des nues
et pourtant être émue
pleurer car le coeur est plein de larmes
vouloir le garder faute de l'avoir planifié
aimer l'enceintitude
depuis toujours j'aurais recommencé
juste pour l'enceintitude
plus que la grossesse qui est
de gonfler
l'enceintitude rayonne de matière
l'aura est là
vive le biscuit soda
l'aura est là
la féminité à son apothéose

avec du recul
je me rends compte
que dans ma vie
c'est là que je me suis le plus sentie femme
un état exclusif et sacro saint
je crois que la vierge marie
fut visitée par les rois mages
et qu'elle fut fécondée par un esprit
cette sainteté de la grossesse
me fascine comme une chose
matérielle si immatérielle
si divine

l'acte de donner la vie
m'émerveille encore

de mon corps naîtra une bête
la chair de ma chair
lorsqu'elle me regardera
ce sera comme un mini chat
j'aime les bébés comme
j'aime les chats
pour la tendresse qu'ils procurent
pour la senteur la rondeur
pour le collage dans nos bras

je préfère les chats qui ne pleurent pas

en matière de patience j'étais nulle
à vingt ans
je ne sais par quel miracle
je suis devenue si zen
par rapport à mes fils aujourd'hui
alors que j'aurais pu les jeter du troisième
n'eut été d'un coup de fil
à ma cocotte amie pour
me sortir de l'enfer maternel
un soir où seul un scotch aurait fait l'affaire

en matière de
cawlice que j'étais organisée
le lait de soya maison
les couches de coton
les dodos à la commune à yamaska
les purées dans le blender
la job après trois mois

un jour j'ai confié mon premier fils
à céline au service de garde
femme plantureuse dans la cinquantaine
qui l'a coincé entre ses seins
l'a pris dans ses bras forts
et en a fait un être humain
comme j'ai été rassurée
de savoir qu'il y avait
de vraies mamans
que je n'avais pas besoin
de savoir faire ou être
j'ai lâché prise
je n'étais pas seule

en fait je m'en suis un peu crissé
de ce que c'est que d'être mère
j'en ai eu deux en quinze mois
j'ai beaucoup aimé ça
je n'ai jamais souffert
ou j'ai l'esprit bien fait
ma propre mère se souvient
des nuits douloureuses de leurs
premières années
alors que je me séparai
et retournai vivre chez elle
avec mes mini-rejetons
pour une courte durée

j'ai beaucoup aimé ça
être leur maman
jouer avec eux
faire la fête
la foire et toutes les conneries
que je pense n'avoir pas faites
lorsque j'étais petite
je suis allée à la ronde
je suis allée à disney
nous avons manqué l'avion
je les ai fait courir après
avec leur mini sac à dos su'l'dos

ils ont veillé mes chouchoux
avec les amis de maman
autour d'une fondue
et de verres de vin
et ils se sont couchés
en plein milieu de partys
ce sont des enfants dociles
si tant faciles

je n'ai pas forcé
j'ai ri j'ai crié j'ai pleuré
j'ai été une maman

un jour un ami m'a dit
tu es comme une lionne
avec ses petits

je voulus qu'ils soient bons à l'école
nous faisions des devoirs
je n'échappai pas à ce désir
d'avoir une super progéniture
j'allais les voir en uniformes
à face lors de leurs concerts
qu'ils étaient beaux
je pleurais toutes les fois
j'aimais les enfants
je les aime encore

au final
j'ai deux fils
qui vivent quelque part sur le globe
depuis plus de vingt ans
on se parle rarement
on s'écrit de temps en temps
on se voit quatre fois l'an

ils ne me manquent pas
je sais qu'ils sont là
ils savent que je suis là
je les aime profondément
je les admire terriblement

quand je pense à eux
des fois mon corps retrouve
la matière
celle de vouloir
encore faire des enfants
des fois je pense
avec mon corps
au plaisir qu'ils soient petits
mes yeux s'embuent

bientôt je ne pourrai plus
faire des bébés
bientôt je cèderai
à d'autres femmes
ce plus grand des plaisirs
cette chance immense
qui m'a été donnée d'être maman

samedi 4 mai 2013

burqa de chair


vanessa paradis

burqa de chair - nelly arcan
titre d'un recueil de textes posthume
publié en 2011
l'emprunt du titre m'est venu en tête
au lendemain de la pièce
mettant en scène le mal de vivre
incarné par 7 magnifiques corps de femmes

envie d'écrire sur le culte du corps
celui que j'ai toujours entretenu
(je vais ce matin chez la coiffeuse
pour maquiller ma chevelure)
de petite fille enfouie dans les revues de cul
à adolescente feuilletant le glossy magazine
de vanessa à la récente michelle jenneke
le culte du corps m'a habitée

petite je voulais les cheveux longs
que maman me gardait courts
ado, je voulais des vêtements
ceux qui appartiennent à la clique
non ceux recyclés des amis de la famille

une paire de jeans m'acheter
ça ne m'est pas arrivé
avant que je ne puisse travailler

à l'âge d'aimer je voulus plaire
savoir poser mon corps dans des draps
pour exposer ce qui plaisait
tenir les épaules larges
pour faire sortir la poitrine
je me souviens de l'exercice
les coudes vers l'extérieur
les doigts tirant pour faire grossir les seins
qu'à cela ne tienne je les porte petits
depuis maintenant trente ans

j'ai vite marché comme une pute
je ne sais d'où vient ce roulement du cul
je mets ça sur le compte de mes pieds plats
un collègue m'a déjà dit
t'as pas besoin d'avoir des seins 
t'as juste à marcher
strike one, c'était un compliment
la tête avide de séduire

les cheveux longs j'ai tenu
dès l'adolescence
avec les ongles limés et acérés
deux choses bien élevées
amplifiant mon body chenu

je devins tigresse
à défaut d'être plantureuse
j'enfantai jeune et me plus
dans la rondeur des seins nouveaux
et dans le ventre de femme
je me sentis comme 
une femme d'ingres

lorsque je voulus séduire 
à nouveau
je pensai à des seins
ceux que l'on colle sur son corps
je pensai à la couleur
celle que l'on met dans ses cheveux
je pensai à un ventre plat
celui que je n'avais pas

dans la trentaine
je prenais soin de ma peau
dans la quarantaine 
je prenais soin de ma parure

et puis et puis
j'ai commencé à courir

j'ai aimé mon corps
d'abord de l'intérieur
comme celle qui avait d'abord
arrêté d'inhaler
je le sentais propre
propre à vivre mieux
propre à vivre plus longtemps
l'esprit était clair et dégagé
mens sana in corpore sano

et puis et puis
j'ai commencé à croiser des coureurs

des corps sveltes et musclés
(un six pack m'a toujours fait mouiller)
le corps fait machine
le corps comme une perfection
la force et l'endurance
et j'ai vu le mien se transformer
dedans j'ai senti mes muscles
mon tonus et ma vigueur
ma force à mon tour
et je me suis regardée
le miroir n'était plus invisible
mes jupes ont raccourci
mes jambes se sont montrées

encore une fois je me suis dit
c'est à ma portée je serai belle

sexy is a state of mind
that's the funky part of it
i live and breathe 
with my body exposed
glowing from the inside
with a fresh tan
white teeth in a beautiful smile
and clean and fragrant hair

burqa de chair.