samedi 31 août 2013

les liens



il y a les aimants
il y a les liens
ma' et pa' disent que
leur plus grande richesse
est l'amitié cultivée
partout à travers le monde

de taiwan
ils ont émigré en france
puis en belgique
puis au québec
puis en californie

bien sûr ils ont connu
du monde partout
mais de là à ce qu'ils soient
demeurés des amis
c'est là qui est extraordinaire

je vous ai raconté en décembre
que les amis de pa'
avaient levé des fonds
pour lui offrir des soins
lorsqu'il était très malade
je vous ai raconté que depuis
mes parents recevaient
de la visite de leurs amis
de par le monde

mais comment fait-on
pour être encore ami
avec un chum d'université
quand on a presque
soixante-quinze ans
car c'est bien cela

peut-être mes parents
sont-ils sur facebook
et cultivent-ils leurs contacts
sinon comment
ils postent des lettres
font des interurbains
comment l'amitié peut-elle
s'entretenir à basse fréquence

ma meilleure chum
je la vois à peine une fois
par année
vous pouvez imaginer
les autres
est-ce que j'ai des amis
je ne le sais pas
je fréquente beaucoup
de gens avec qui je partage
et enrichis ma vie
c'est la joie le bonheur
la folie

je ne saisis pas mon rapport
avec les gens
il est là mais est ténu
comme une partie de l'environnement
qui évolue autour de moi
au gré des événements
ils restent ils passent
ils font leur chemin
je fais le mien
je ne sais pas si on qualifie
cela d'amitié

j'aime les voir
dans mon quotidien
ou lors des voyages
il n'y a pas plus excitant
qu'une date avec des chums
à l'autre bout de la planète
pourquoi élire domicile
dans une ville quand
la cour est si vaste

partager une bouffe
une expo un concert
de la bonne compagnie
très peu de confidences
je ne suis pas une personne
qui sollicite les confidences
et ma vie est à nu sur facebook

je suis présente j'aime
je donne en personne
je suis grégaire et généreuse
est-ce cela l'amitié

comment font mes parents
pour cultiver cette richesse
tout au long des années
à travers des kilomètres de distance
l'amitié comme un but
comme une façon de vivre

lorsqu'ils sont de retour
à montréal pour les fêtes
ma' va visiter ses amies
anciennes collègues de travail
c'est dire
pa' et ma' connaissent leurs voisins
récemment ils ont gardé
le potager de leur voisine
partie en vacances
c'est dire
ils apportent des fruits
de leurs arbres fruitiers
aux voisins de la rue
c'est dire
ils s'impliquent bénévolement
depuis longtemps
c'est dire
ils aident ils donnent
ils partagent ils ouvrent
ils reçoivent
ils ne jugent pas
c'est dire

mais j'avoue
ma' is such a social bee
and pa' is so charming
ils sont pas mal la recette de l'amitié.

samedi 24 août 2013

#familia


nowel 2010
depuis j'ai deux  neveux
et j'ai encore une grand'ma'
de quatre-vingt-quinze ans
que j'aurai la chance de voir bientôt

personne ne me demande jamais
comment va ma famille
on m'a demandé
comment allait mon père
on me demande des fois
comment vont mes gars

crisse qu'est gênante celle-là

en fait je sais pas comment ils vont
hier j'ai failli les appeler
pour faire rapport à mes parents
que je verrai bientôt

comment vont tes gars

la dernière fois que je les ai vus
c'était au retour du jeune du japon
en juin en juillet en quoi

la dernière fois que j'ai vu
mes parents
c'était en décembre

la dernière fois que j'ai vu
ma soeur
c'était il y a deux semaines

la dernière fois que j'ai vu
mon frère
c'était je ne sais plus

je ne connais aucun
de leur numéro de téléphone

voilà comment va ma famille

et la vôtre

cet été
mes parents reçoivent
tour à tour
chez eux au bout du continent
mon frère ma soeur et moi
avec les flos respectifs
mais plus les miens qui ont leur vie

est-ce parce qu'ils ont leur vie
que je ne m'y impose pas
est-ce parce que j'ai la mienne
qu'ils ne s'y imposent pas

c'est comme ça

plus jeunes chez ma' et pa'
pas de becs pas d'étreintes
c'était comme ça

depuis que je suis adulte
mes parents sont mes idoles
esprits libres et ouverts
sans préjugés aucun
et d'une grande générosité
sans compter  l'exemple
de la culture et de la discipline

je les admire
comme j'admire ali

je les aime
comme pleurer quand pa' était malade

est-ce cela la famille

depuis que pa' est malade
et qu'il a reçu
de nombreux témoignages d'amitié
de partout dans le monde
ma' tient un journal de son état
au début pour surveiller
la progression de sa guérison
comme un journal médical
ensuite pour simplement
donner des nouvelles
je la lis religieusement
lui découvre un talent d'écriture
un certain humour
et une grande sensibilité

j'ai quarante-cinq ans
je découvre ma maman

quand les fils ont fait
le mural avec moi
ils m'apprenaient
une vision sur l'art
j'étais sur le cul d'admiration
de ces petits garçons

je suis également
une fan finie
de ma tendre soeur
et de mon frérot hyper créatif

peut-être en est-il ainsi

la famille se révélant
à nous tranquillement
occultant le quotidien déchiré
de l'élevage de l'être humain
et dévoilant des trésors de talent
que l'on reçoit en cadeau
au compte-gouttes
comme mille et une garanties
d'un bagage génétique précieux
à savourer à travailler et à chérir

quand t'as une famille de même
tu la gaspilles pas.

samedi 17 août 2013

bâtir




il y avait pouchou
c'est un breton
et sa femme élizabeth
la chine quelque part
des amis de mes parents
connus en europe
il était architecte
et avait construit cette maquette
de sa future maison
puis avait construit sa maison
nous y avons passé quelques étés
alors qu'ils partaient en voyage
des paliers en tapis
en tuiles en pierres en bois
des vitres des meubles
des mezzanines des portes d'écurie
où on jouait au mot de passe
un garage un jardin une balançoire
un escalier sans contremarche
un chat qui revole
et georges brassens dans le tapis
mes souvenirs de petite fille

je me rappelle de la maquette
en coroplast blanc

nous avons déménagé
plusieurs fois
les  grandes maisons
nullement à notre portée
j'ai partagé la chambre de ma soeur
elle a partagé la mienne
jusqu'à l'âge de quinze ans
la dernière à l'appartement
était vaste et bleue ciel
avec un rideau rose
fait d'un ancien drap
en espèce de dentelle
avec les murs décorés
de dessins posters
et autres signes d'appartenance
j'avais peint mon bureau
je crois que j'y passais
déjà beaucoup de temps

quand mes parents
ont acheté leur première maison
j'ai eu ma première chambre
au sous-sol
j'ai choisi la couleur de peinture
je suis rentrée au vieux
en arts plastiques
et j'ai peint
il y en avait partout
j'ai commencé concordia
et j'ai dessiné et sculpté
j'ai tout abandonné
et j'ai pris mon premier appart'
en ville avec chumette iz

c'était st-denis
la ville
on s'est séparées
j'ai bougé vers le plateau
un mur de brique
sur la rue bordeaux
c'était beau et magnifique
vivant seule dans mon 3 1/2
j'avais enlevé les portes
les avais peintes bleu marine
et m'en servais comme
de nombreuses étagères
pour porter bouteilles décoratives
et autres displays
avais repeint la salle de bain
en bleu foncé ultra brillant
le proprio a capoté
quand il a dû relouer

j'ai toujours aimé décorer
mes aires de vie
j'ai loué à montréal
pendant seize ans
à trente-six je vivais
dans un magnifique 6 1/2 sur st-joseph
je n'ai encore rien vu depuis
qui soit aussi beau et vaste
ça coûtait une beurrée à l'époque
mais plus tellement après 7 ans
c'était l'époque de l'inflation des loyers
et de la spéculation immobilière
le 6 plex était à vendre
pour quatre cent mille
et il y avait si peu d'acheteurs

le fils du nouveau proprio vivait
au-dessus de notre tête
un idiot une tête en l'air
bruyant dans l'escalier
et négligent tout le temps
créant un dégât d'eau
avec son lave-vaiselle
il faisait chier tout le monde
nous avons décidé de partir

nous avons acheté notre première maison
un triplex tellement run down
que lorsqu'on a voulu le vendre
une première fois
l'inspecteur de l'acheteur disait
qu'il était une nuisance pour la sécurité
de ses habitants et des voisins
il est toujours debout
il était beaucoup plus petit
que ce que nous habitions
nous y avions investi
ce qu'on pouvait de réer
et nous avons sué des bras
ouvert l'espace
posé poutres et clôture
refait la salle de bain
rénové ce qu'on a pu
on s'est gréé en outils
et on a aimé ça

nous étions dans le mile end
et avions notre premier chat
là-bas pour y rester
nous étions chez nous et avions la paix

on a connu un portugais
qui avait eu dix-neuf maisons
il nous a dit
c'est bien 
mais ce n'est qu'un stepping stone
vous allez encore bouger

il avait raison
trois ans plus tard
nous avons vu une petite maison
dans la petite patrie
un étage
c'était le plain pied
petite petite petite
sans recouvrement extérieur
une reprise de finance
on l'a achetée avec emprunt
et ce qui nous restait d'épargne
on a construit notre première cuisine
j'ai manié la allen key 
et j'ai aimé ikea
construit un patio
refait le revêtement extérieur
marché sur le toit
refait la salle de bain

puis on a trouvé le duplex
on a fait une offre d'achat
on vendu le mile end
eu une superbe mise de fonds
et acheté en petite patrie
on a vendu le plain pied
à une amie

le duplex c'était toute une histoire
à rénover sans arrêt jusqu'aujourd'hui
depuis cinq ans qu'on y est
déplacé la cuisine
construit la cuisine
ouvert
fait un salon
un walk in
une terrasse
une chance que j'ai des beaux-parents
pis notre ami jacquot

lorsque les locataires du haut
sont partis
nous avons rénové l'appart
refait une salle de bain
changé porte et fenêtres
sablé et vernis les planchers
j'adore ces logements
aux beaux planchers de bois
nous avons absorbé
un an de perte
pour mieux repartir
avec un loyer du marché
nous venons de refaire
notre propre salle de bain
qui vivotait sur papier peint
et moisissure
ventilateur plywood murs et planchers
toilette et lavabo
car nous allons maintenant
pouvoir le louer
pour encore une fois bouger

mon ami me dit
vous investissez dans l'immobilier
euh non cher ami
de l'argent à investir nous n'en avons point
nous investissons la sueur de nos bras
notre gutz et notre imagination
pour tranquillement accéder
à un endroit qui nous plaise

stepping stones qu'il disait.

samedi 10 août 2013

existentialisme


alice, 1866
john tenniel

hum ti dum ti dum (trame sonore)

je tombai récemment
sur une chumette
qui se questionnait
à trente-sept ans
sur la somme
de ses accomplissements
et le temps
qu'il lui reste invariablement

il y a un âge où on fait ça

si je ne l'ai pas déjà écrit
je me souviens très bien
qu'à vingt ans je vivais
au jour le jour
avec le sourire étampé au visage
et les tripes étalées dehors toutes

à trente ans déjà maman
je travaillais et autre encore
je trouvais que ma vie
était un ramassis d'expériences
et que tout était bon
je pouvais mourir et me dire
que j'avais tout aimé de mon existence
et que finalement non je ne savais pas
à trente ans où s'en allait ma vie
j'allais me donner à cet effet
une autre décennie

à quarante ans j'ai dû adopter
quelques principes de vie
comme on fait quand on grandit
dans le comportement et l'approche
une remise en question professionnelle
oui mais la vie elle
j'ai fait rédiger un testament
dont la première version fut numérique
on a bien ri
le notarié fit suite
à un plan de vie

oui j'ai rédigé un plan de vie
quand j'en parle on en rit
comme si cela enlevait
l'essence même de la vie
qui est d'ouvrir son coeur
à toutes les opportunités
et au hasard de la vie

en fait j'ai fait cela
par souci d'efficacité
par gestion de mes priorités
oui je sais on ne gère pas sa vie
ni ses émotions mais bon
ce n'est pas car c'est impossible
qu'on ne doive essayer

je renonce à l'avance
à tout faire
je souhaite faire
ce dont j'ai vraiment envie
je laisserai à d'autres le soin du reste
de toute façon je n'aurai
que cent trois ans

le plan de vie me rappelle
sur quoi me concentrer
trois quatre aspects
ma façon d'être un être humain
mon rôle dans la société
dans la communauté
mon rôle de maman
ma relation amoureuse
mon style de vie

ça inclut la gentillesse
une maison à construire
à la campagne
des vignes
un roman de la peinture
et du bénévolat

ban t'sais quoi
ça m'aide en crisse
à prendre des décisions
tant professionnelles
sociales que physiques
ça me permet de dire oui à tant de choses
et non à tant d'autres
sans hésitation remord
ni question
ça facilite tellement la vie
alors qu'elle sera si courte

ça encadre mon insécurité
de vouloir prétendre
que quelque chose doive arriver
dans cette finitude
de mon existence sur terre
dans l'infini cosmique

ah comme il est doux
de gérer son propre nombril.

samedi 3 août 2013

aimantés



je pars aux six semaines ailleurs
à deux cents kilomètres d'ici
vers l'est ou vers l'ouest
pour travailler deux jours là-bas
je couche à l'hôtel
et puis je m'ennuie de lui

l'homme-chat et moi
vivons au quotidien
un amour tendre et serré

s'il fallait qu'il m'annonce
qu'il doive s'exiler six mois
en indonésie ou en alaska
mon coeur s'arrêterait là

mon réflexe serait de le suivre
pour ne pas briser ce cordon divin
serions-nous aimantés
par l'amour qui grandit
lorsque nous nous éloignons
l'un de l'autre

dans un horizon de temps fini
deux jours une semaine
la vie de couple en solo
s'organise bien
avec sa finitude rapprochée

mais six mois
un an deux ans
comment vit-on cela

me viennent en tête
trois exemples proches
de couples ayant vécu
physiquement séparés
pendant de longues périodes

mes amis j and m
amourachés à montréal
puis vivant à distance
lui ici elle en europe
lui d'aller étudier et travailler là-bas
les deux de revenir ensemble vivre ici
du transatlantique et du web
pendant des années

ma patronne et son amoureux
de plus d'une vingtaine d'années
vivaient séparés
alors qu'il contractait la chine
à grands coups de séjours
pendant qu'elle travaillait autonome
et qu'elle apprenait les langues
on le voyait des fois
ils se rejoignaient
en estrie ou en suisse
pour un concert de cécilia
au lac leman
pour fêter ses cinquante ans

pa' est parti travailler
en californie
au début des années quatre-vingt-dix
il avait le choix de toronto
ou les états-unis
il a choisi la double citoyenneté
c'est un réflexe organique
d'immigrant éternel

ma' vivait alors avec le frérot
qui finissait son université
soeurette et moi
vivions déjà nos vies adultes
j'avais fait des fils
que mes parents avaient déjà connus

ma' faisait sa vie de femme mariée
trônant en reine dans son patelin
avec travail et activités
nombreuses elles étaient
alors que pa' découvrait
les great outdoors californiens
en randonnées tous les week-ends
il apprit à courir
et regagner la force physique
il s'adonnait à ses passions
l'aventure la musique et la lecture
il venait nous voir à montréal
pendant les fêtes
ma' le rejoignait annuellement
pour des vacances en amoureux
c'était les premières fois
qu'ils étaient seuls
depuis qu'ils avaient fondé une famille
trente ans auparavant

ma' partageait la calligraphie
avec son doux chéri
alors qu'il lui fit découvrir
les plus grands paysages terrestres
elle le rejoignit finalement
aux moins cinq ans plus tard
et ils vécurent heureux
dès lors en amoureux

un couple bien établi
dont chaque élément est riche
autonome et doté d'amour
a beaucoup à donner
lorsqu'il se retrouve

j'adore mon quotidien amoureux
il me manquerait sûrement au début
pour laisser la place
à un quotidien individuel
amoureux et généreux
il y aurait de la technologie
des communications longue distance
il y aurait des avions
et la puissance des aimants
et des retrouvailles douces et tendres.

j'écris ces mots alors que l'homme-chat
a la tête reposée sur mes mollets
il me serait bien difficile
de me passer de cette tendresse quotidienne.