samedi 30 novembre 2013

feuille de temps



hier assise dans une conférence
au palais des congrès
avec les professionnels
parmi les mieux rémunérés
légalement au québec
je trouvais
que la présentation
était poche

en break j'ai jasé
avec des clients
actuels et potentiels
des relations d'affaires
qui me flattent
et que je flatte en retour
des gens qui me reconnaissent
ou qui m'entendent
converser avec untel
sur tel sujet
et qui m'approchent
pour me demander
mon opinion

en break
j'ai pris des photos
du collègue et moi
devant notre logo corpo
pour ramener aux coms
la preuve de notre contribution

mais j'avais froid
le café était ordinaire
et je m'emmerdais
t'sais ces affaires-là
on aimerait tout le temps
que ce soit comme c2-mtl
ou encore comme un feu de camp

c'était vendredi
je gagnais ma vie

à matin samedi
j'y retourne
pour la journée
plus le gala à soir

qui a vraiment envie
de s'habiller en perles
et résille samedi matin
pour aller "pi-arer"
avec des professionnels
toute la journée
j'ai mieux à faire
dormir
courir
faire des rénos

hier lors de la conférence poche
je me suis dit
god damn fuck
c'est ainsi que je gagne ma vie
à "pi-arer" sans prendre
aucun risque financier
car je ne suis pas
travailleuse autonome
si je l'étais
j'aurais payé pour être là
j'aurais payé très cher en fait

je fréquente de plus en plus
de travailleurs autonomes
qui gèrent tant bien que mal
des flux de trésorerie
aléatoires
et qui tentent d'équilibrer
à temps
les rentrées
et les sorties d'argent

n'étant pas encore moine ricard
n'ayant pas réussi à simplifier
à sa plus petite expression
ma vie et mes besoins terrestres
je n'y arriverais certes pas
sans un stress important

je voue une admiration sans bornes
aux gens qui y parviennent
en restant sereins
et qui prennent le café
avec moi
sans chigner sur le choix
du bistro où ça se passera

faque je dis
vive la conférence
vive l'air conditionné en hiver
vive le dej' et le buffet fournis
vive le café cheap et le jus d'orange
vive l'information sur l'industrie
la pin de la banque sur le veston
les serrages de mains
les sourires
les bavardages
la calculatrice
les cartes d'affaires
les bonbns gratuits au salon
vive le cocktail et le gala à soir
même si je connais pas le band
ni la chanteuse
même si le repas sera bon
mais l'ambiance retenue
même si je porterai des talons hauts

cause je te l'avoue
sans honte
que plus que tout
tant qu'à avoir à gagner ma vie
je l'aime en crisse
mon dépôt direct du jeudi.

samedi 23 novembre 2013

récit des balkans


albanie, octobre 2013, virginie

geneviève me disait un jour
qu'elle voyait des images
lorsqu'elle lisait mes billets
elle-même en produit
de très belles
notamment dans son
dernier opus
issu d'un défi ludique
nous emballant
de scènes photographiques

j'ai un film en tête
depuis lundi soir
quand j'ai lu l'histoire
savamment racontée
par une chumette
un récit de voyage
en terre inconnue

je vous la reproduis ici
tirez-vous une bûche.

        Fushe Arres, un petit village du fin fond (quand j’écris "fin fond", je veux vraiment dire FIN FOND) d’Albanie, est encerclé sur notre carte improvisée. 

"Virg’, tu crois qu’on va réussir à trouver?"

Pas de GPS, pas de signalisation.  L’Albanie est un pays du bout du monde.  *haussement d’épaules*  "Aucune idée.  Mais on va certainement essayer (?!)"  

Cette histoire a commencé comme tant d’autres (cue "prenez place autour du feu de camps avec vos couvârtes, le récit commence"), au croisement d’un coup de folie et d’un coin de ciel bleu. 

Une fondation. 
Une fondation toute bleue.

Un geste simple, lancé dans le vent, avec comme seul espoir de créer du beau.  D’inventer la vie.  De faire de l’extraordinaire avec de l’ordinaire.  Une idée lancée par Claudie.  Une cacanne pour ramasser des fonds au marathon de Montréal.  Un groupe d’amis aux cœurs plus grands que nature.  C’était en Albanie, c'aurait pu être n’importe où, vraiment.  Une métaphore pour hisser nos idéaux au soleil. 

"Facque, tu penses vraiment qu’il faut prendre cette MINUSCULE route Yann??".  Plusieurs heures de conduite extrême à travers des cols vertigineux (Yann Villeneuve, c’est son nom), une Virg’ blanche – que dis-je, verte! - de mal de cœur ("Virg’ ça va?" *silence*…..), et des dizaines de Mercedes volées conduites par des flos de 14 ans plus tard, on passe finalement une pancarte à demi effacée, glauque : Fushe-Arres. 

L’atmosphère est lourde, lourde de cette pauvreté comme on en voit rarement dans une vie. 

Je cherche la feuille froissée où nous avons pris la peine d’imprimer une photo de la mission. "On essaie tout droit." 

"C’est là! Yann, c’est là!"

*moment de réflexion, assis dans le char à l’autre bout de la planète avec 800 piasses dans les poches, en face de l’Église*

"On le fait pour vrai?"
*grand sourire bleu*
"Go!"

Le reste a déboulé comme un bon roman. 

L’Église fermée (il faut comprendre que l’humanitaire est principalement – en fait presqu’exclusivement - prodigué par l’Église dans les pays pauvres des Balkans et qu’au fond, Église ou non, athées ou non, bouddhistes, chrétiens, musulmans ou danseurs de reggae, le geste n’avait rien à voir pour nous avec l’organisation et tout à voir avec les humains); l’ouvrier qui ne parlait pas un mot d’anglais et qui essayait tant bien que mal de comprendre mon "hôpital! hôpital!", le vieux monsieur au veston sale qui est passé par là et nous a fait signe de le suivre ("il nous amène où Virg’???" "Aucune idée, Yann"); l’orphelinat et les figures d’enfants à moitié cachées à travers la fenêtre; la sœur allemande, de la douceur de celles qui ont beaucoup vécu; la visite; la clinique gratuite pour les enfants du village; l’hôpital qui m’a chaviré le cœur et le brisa en mille miettes; le patient couché sur une table, la jambe ouverte, en lambeaux; le sourire des enfants et de l’infirmière. 

C’est debout dans la clinique de santé que nous avons tendu la liasse de billets à la sœur responsable de la mission.  "For the kids". 

Son hochement de tête, calme, voulait tout dire.  Sa surprise silencieuse, aussi. Sa gratitude, infinie.

Vous pouvez être assurés que tous les dollars bleus amassés iront aux enfants pauvres et aux orphelins de ce village.  Ce village perdu du fin fond de l’Albanie. 

Nous leur avons serré la main. 
Leurs sourires illuminaient le pays au grand complet. 

Et nous sommes repartis. 
Comme nous étions venus. 
Sur un capot de roue. 
Le cœur teinté de bleu. 

Merci. Du fond du cœur et du fin fond de l’Albanie : MERCI.

l'avez-vous vue
c'est l'albanie en forme de coeur.

samedi 16 novembre 2013

du dosage



la culture c'est important
non ça coûte cher
il y a des gens qui crèvent de faim
j'irai au vernissage
ah tout ce vin
oui mais t'as vu le local
la galerie fait de l'argent
les artistes mangent peu
quand même des fois sur st-laurent

en prendre et en laisser

la bn ne finance plus
les démarrages
mais si
la bn ne fait que
des démarrages
ah bon

en prendre et en laisser

tu veux encore des ribs
mais non je suis pleine
alors de la salade
t'as pas aimé
mais si mais si

en prendre et en laisser

il faut écrire
vivre faire des folies
mais non il faut dormir
se reposer
vive le lac
vive la vie le ciel et le zen

en prendre et en laisser

estie qu'on déconne
comme des cancres et des débiles
et ailleurs on est réservé
et de bon goût
en talons ou en rénnings
la flûte à mousseux
ou le suit de jog
croiser ses clients
en face pas lavée

en prendre et en laisser

ai fait le test hier
j'utilise mon cerveau
gauche autant que mon droit
je suis une fille équilibrée

me semble

j'vas en prendre un peu
pis en laisser beaucoup.

le mot en tête : équilibre.  des fois, ça vient de même, sans flafla, full vintage 80.




samedi 9 novembre 2013

le lien du mot



il y a les amis des animaux
il y a les amis des mots
chapi chapo
tra la la

je me suis fondue
dans le web
en 2007
en tombant sur
le défunt blogue
d'omo erectus

je découvris
des mots lancés
dans un univers
sans fin
un univers accessible
sans contrainte
matérielle

je découvris les blogueurs

ils figurent encore
dans la colonne de droite
les nelson blonde et dion
les quatre mains et les zoreilles
les taxis et les mauvais chanteurs
les archet et les camions
les godbout léveillée
et autres magnifiques
expressions de la vie

ce sont les mots
qui m'ont accrochée
à l'internet

le fait d'en écrire
le fait d'en lire

puis il y a eu facebook
qui a transformé
les mots en vie
il y a eu les retrouvailles
les miroirs
les photos
et les mots

puis le blogue
et encore des mots
des rencontres
de blogueurs
en chair et en os
des lancements de livres

les porns
les antéchrists
et les bouffons
je me découvre
par les mots
de nouveaux fétiches
les mots
les amis

le blogue
la course
le groupe
des auteurs
des éditeurs
des traducteurs
des réviseurs
des enseignants
des poètes du dimanche
tous aiment écrire
ma vie sociale ponctuée
de course à pied
et de littérature

puis il y a l'action
la communautaire
celle qui fait du bien
l'implication dans la société
les coureurs pour une cause
tout le monde embarque
les gens sont généreux
il y a les élections
les prises de position
qui se ressemblent
autour de moi
comme ça me ressemble

et puis il y a
la fondation alpha
dans laquelle
j'ai finalement pu m'impliquer
dès ce printemps

car ne pouvoir lire ou écrire
est impensable à mes yeux
ne pouvoir décider
c'est laisser aux autres
le pouvoir de le faire
ne pouvoir lire
c'est se priver
de toute la richesse de la vie
la découverte
de nouveaux horizons
la socialisation
la démocratie

la fondation
avait un récent besoin
de membres
j'ai demandé autour de moi
et du coup
en moins dune heure
plus de dix amis
ont spontanément
répondu à l'appel
ce sont tous des gens de mots
ils étaient là déjà
proches de moi
ils sont partout
autour de moi
ces gens que les mots
ont façonnés
et qui continuent
à transformer la vie
par les mots

j'ai senti faire partie
d'une communauté d'esprit

me sont venues alors
deux nouvelles réflexions

de un
les gens qui nous entourent
nous ressemblent-ils
de plus en plus

de deux
il faut toujours demander
c'est la meilleure chance
de pouvoir recevoir

je lisais ce billet
dont je vous fais un lien
en fin de page
à travers une citation
d'einstein

on y explique
que notre circuit
neurologique réagit
de façon à favoriser
la socialisation
et qu'en fin de parcours
il y a l'harmonisation

il y a un diagramme de venn
important dans le cerveau
entre l'influence
de notre entourage
et la définition de notre
identité

ce sont les mots
qui m'ont amenée au web
et à de nombreux amis
sont-ce les mots
qui les ont amenés dans ma vie

comme si j'étais née
pour avoir
des amis de mo'.

"Without the sense of fellowship
with men of like mind,
life would have seemed to me empty."

samedi 2 novembre 2013

autour du nombril



toi et moi attablés
devant un café
un verre de rouge
une soupe tonkinoise
on peut se jaser ça

mais mon amie
ma confidente
nah
c'est pas trop moi ça

non pas que je sois prude
discrète ou timide
ni que je manque d'empathie
juste que j'aime
la distance qui me sépare
des chichis des gens

je trouve la confidence
éminemment nombriliste
dans sa présentation
point que les problèmes
n'existent pas
juste qu'on les présente
comme le centre du monde

la confidence me place
de suite
dans un état de vigilance
et de méfiance
je deviens méprisante

je reçois agréablement
la primeur exclusive
ou le mini secret
et je m'en fais gardienne
hermétique et fidèle

mais la confidence
la grande histoire
du moi je ne l'entends pas
elle se noie dans une mer
d'intolérance et d'incapacité
à relativiser sa vie
dans le quotidien du commun

je ne m'empêche pas
de te jaser ça
dix fois par jour
sur facebook
ou ici
tu prends tu prends pas
c'est pas grave
je veux juste le dire juste l'écrire

c'est un moyen idéal
pour exhiber mon égo
à la hauteur de ses aspirations
mes tripes et mes angoisses
selon leurs pulsions
c'est une scène où je clame
et où j'accueille
qui veut bien échanger
avec moi

mais monopoliser
un être humain
pour me confier
nah
c'est pas trop moi ça

en tête-à-tête
pas de tracas
pas de déceptions
pas de chienneries
de déchirements ou d'angoisses
il y a des solutions à trouver
des idées à partager
du coaching à recevoir et à donner
des projets à concevoir
il y a une vie à vivre
c'est éminemment plus intéressant.