samedi 28 décembre 2013

chair saine


le caravage
l'incrédulité de saint-thomas

la semaine dernière
mon corps était super en forme
il allait conduire un char
dans la tempête
découper poser visser
du gypse
courir 5:30 en résille
sur st-denis
puis aller danser
sur du rap créole
en fluevogs à talons hauts

la semaine dernière
mon corps faisait du crossfit
pour devenir encore plus fort
mettant à épreuve
des muscles complètement
amorphes et éprouvant
la douleur des abdominaux
des biceps et des triceps

cette semaine
sortie courir aux aurores
dans la neige folle
puis jeudi en plein jour
à faire des intervalles suant

pa' qui a été bien diminué
physiquement depuis sa maladie
envie mes joues rouges
et l'endorphine qui m'habite
quand je rentre
il est heureux pour moi
il se souvient très bien
du bonheur d'être en forme

mercredi on s'habille
et on fait une marche autour
de deux blocs
pour aller au guichet
et au dépanneur
faire les dernières emplettes
de nowell

c'est bien assez pour lui
je ralentis pour être au même pas
il me dit qu'à soixante-dix ans
il grimpait encore le half dome
oui pa' je m'en souviens
on a vu les photos
et ta tribu en parle tout le temps

il me dit cependant
de faire attention
à cette drogue qu'est le sport
qui habite tout le corps
et l'insensibilise à la douleur
il n'y a plus qu'endorphine
et euphorie dans les muscles
et les nerfs
et lorsqu'on ne l'écoute pas
la maladie s'installe

jeudi midi
le buffet chinois
était douteux
oui mais pas au point de
en fait dans la nuit
l'homme-chat est foudroyé
par la gastro
vendredi il reste au lit

hier midi après le lunch
au bureau
je commence à me sentir mal
mais pas au point d'arrêter
j'ai continué à plancher
des finances de coutu
et mckesson en modélisation
et j'étais mentalement absorbée

le retour à la maison
fut plus difficile
j'ai commencé à vouloir
penser à me jeter
dans les rames du métro
assaillie d'un mal de coeur
du crisse

fait la tournée
pharmacie papeterie
épicerie
pour le souper
et également pour un ami grippé

rentrée hier soir
j'avais une pizza à confectionner
quel malheur
le champignon donne mal au coeur
me suis couchée tiens
à mon tour
et ai dormi plus que douze heures

ce matin
une bonne grippe
sans grippe
pas de toux
pas de congestion
pas de pneumonie
juste le tronc
transpercé de centaines
de courbatures vives
dans les os
les muscles et les organes

vous savez comment c'est
vous vous levez
et vous rasseyez
aussitôt
par douleur et manque de force

bien sûr je vais monter
saluer mes parents levés
maman voudra prendre soin de moi
et bien dites donc
pourquoi pas

prenez donc soin
de votre beau petit corps
faites-lui faire des folies
amusez-vous plein
pendant qu'il vous donne
et chérissez le bien

santé les babes! xxx

samedi 21 décembre 2013

les liaisons dangereuses



j'ai été célibataire
à deux reprises dans ma vie

j'ai fréquenté plusieurs hommes
j'aimais cet état de liberté
le fait d'être disponible
et de n'avoir pas à choisir

je variais mon emploi du temps
entre des relations d'une nuit
d'une semaine
de deux nuits par semaine
de deux nuits par mois
d'après-midis au motel
et de quelques soupers
je pensais alors
que je batifolais beaucoup
mais en rétrospective
lorsque je me compare
ce n'était rien du tout
ce n'était que des shoots
de gratification
j'ai aimé tout cela
comme de fabuleux
hors-d'oeuvres

certaines de mes relations
étaient secrètes
pour des raisons pratiques
impliquant des hommes
qui ne souhaitaient pas
qu'on le sache

ce n'était pas vraiment
un problème
outre la discrétion
constante que cela requérait
tant dans la logistique
des rencards
que dans le vécu
des sentiments

car sentiments il y avait
n'allez pas croire
que nous ne soyons
que des courtisanes
nous avons un coeur
nous femmes

et malheureusement
des fois il tombe en miettes
car nous le savions
ce n'était que pur
divertissement
mais nous nous sommes
attachées malgré nous

le problème
de la clandestinité
voir marguerite de valois
et la môle
est qu'on ne puisse
en parler

a-t-on besoin de partager
nos peines
nos deuils
et ces chagrins
qui nous déchirent
et nous remettent
en état pubère
à chaque fois
épuisant nos énergies
physiques et mentales

bien entendu
mais voilà
il faudra demeurer
bouche cousue
car nous avons donné parole
de garder le secret

alors pourquoi donc
tombons-nous dans ce piège
de consentir
à de telles relations
bien sûr le sens de l'aventure
nous séduit
quelle liberté au lit
quelle folie

ne se sent-on pas valorisée
par cette clandestinité
par cet honneur qui nous est consenti
du temps volé
au quotidien
et pourtant et pourtant
tout en étant éphémère
il peut être si marquant
pour nos coeurs

je suis reconnaissante
d'être maintenant
amoureuse au grand jour
c'est bien meilleur
plus sain et plus simple

ce n'est pas brûlant
ni farouche
une bonne relation franche
amoureuse et nourrissante
faite de leçons
et de compromis
de joie et de grands projets
cela est doux pour le coeur
et une fondation pour évoluer

mais n'allez pas penser
que cela manque de romantisme
ou de sex-appeal
oh que non
tout y est

je vous en souhaite
grandement.

samedi 14 décembre 2013

moebius



je ne vais plus au cinéma
depuis près de quinze ans
je ne regarde pas la télé
depuis bien longtemps
bref ne me parlez
ni d'un film ni d'acteurs
ni de metteurs en scène
je suis perdue

j'ouvre un vanity fair
de temps à autres
et je me rattrape
sur les vols nolisés
avec un film ou deux
par année

tous ça pour dire
que le film d'hier
je l'ai aimé
sans savoir qu'il s'agissait
de la fin d'une trilogie
ni qu'il avait été primé

je vous en parle
sans le nommer
par égard pour ceux
qui ne l'auraient pas encore vu
et qui s'y ouvrent comme moi
sans en connaître la trame

il raconte la fatalité
l'inextricabilité
de nos gestes dans la vie
avec leur répercussion
sur la vie des autres

je ne parle pas
de réchauffement climatique
de préservation de la faune
je parle d'un humain
d'une vie
des enfants des fois

ce film illustre magnifiquement
comment chaque geste
que nous posons
chaque situation
que nous vivons
nous la vivons
de notre point de vue
égoïstement
égocentriquement
nous ne pensons généralement
qu'à notre bien
avant tout

rien ne compte plus à nos yeux
que notre vie et la santé
de nos proches
nous serions prêts pour cela
à demander des sacrifices
à d'autres
des sacrifices d'efforts
de débrouillardise
de dons
de moyens
qui pourraient les mettre
dans le trouble
mais ça ils s'arrangeront bien
plus tard
on va les payer

ces sacrifices
n'ont aucune valeur
pour nous sur le coup
nous comptons toujours
avant les autres

il met en lumière
qu'il n'y a qu'une seule
réalité que nous puissions
vivre à chaque instant
et c'est la nôtre
aussi poignante soit-elle
il n'y a qu'elle
qui soit importante
le mariage de l'autre peut attendre
sa citoyenneté également
et tant pis s'il est exilé
tant qu'on soit en règle
avec son propre quotidien
qu'on ne traîne pas dehors
alors qu'il fait si froid
que le bus arrive vite
que l'auto dégèle
que le souper soit prêt

il consolide
en trois temps
et sur trois continents
l'enchaînement
d'un incident personnel
sur la destinée
de maintes personnes
qui à prime abord
n'ont rien en commun

dans la vraie vie
mesdames et messieurs
on y pense des fois
quand on achète en chine
quand on recycle
pour minimiser
notre impact global

mais il y a plus
nos gestes tant bons
que mauvais
affectent sûrement la globalité
de l'humanité
mais non sans avoir d'abord
affecté quelqu'un d'autre
une personne
une vie
un humain
des fois quelqu'un en meurt

et comme la vie
est un anneau
de moebius
on fait partie
tant du début
que de la fin
des événements

dès lors qu'on
interagit avec un autre
soyons gentils
always

we never know
you know.

samedi 7 décembre 2013

la plus importante des petites voix



l'instinct m'a rarement trahie
sûrement parce que
je m'arrangeais pour
justifier mes décisions
n'empêche qu'il m'a fait avancer

séguin disait jeudi
qu'il n'essayait pas de justifier
ni de comprendre
pourquoi il faisait ce qu'il faisait
il y avait un fil et des idées
qui le traversaient
il les livrait avec les outils
qu'il avait
la peinture
l'écriture
le cinéma
la chasse
la famille
la ferme

je crois que nous avons
la responsabilité
de décider
si petits soyons-nous
dans l'univers
rien ne sert de comprendre
pourquoi on existe
et quel est notre rôle
en ce monde
nous avons la responsabilité
de dire oui à l'instinct
il n'a qu'une fonction
que l'humanité se perpétue

sinon serait prétendre
que je sois plus intelligente
que l'orignal
qui évolue en forêt
depuis des millénaires

l'instinct me fait dire oui
des fois on me regarde de haut
en trouvant
que je pousse
que je suis pressée
que je me prends pour une autre
que je prends des risques
et pourtant c'est si simple
la porte est là
je l'ouvre
je découvre
j'évolue
who cares vers où

je pense à mon chum alain
qui s'en retourne dans l'ouest
vérifier s'il en a encore envie
s'il a eu raison
il y a presque dix ans
de choisir la voie
c'est son instinct qui le pousse
et il a raison
il aura la réponse

c'est notre coeur qui veut
et notre esprit
réagit plus vite
qu'on en a conscience
car nous avons vécu
l'esprit sait par
expérience
que nous pouvons
y aller
mais c'est un muscle
il faut se pratiquer
si on n'ose
jamais traverser
la barrière hostile
de la crainte
l'esprit ne sait pas

il n'y a rien pour rien
sinon poussière
alors pourquoi réfléchir
de midi à quatorze heures
sur la façon
de mettre
un pied devant l'autre?