samedi 1 mars 2014

oreilles de lapin



j'ai le wifi
j'ai également
un téléphone cellulaire
j'ai une clé
avec un code
qui me permet de rentrer
dans les antres des systèmes bancaires
à partir de n'importe quelle
connexion internet

j'ai un compte internet
en fait j'en ai quatre
j'ai des mots de passe
pour des comptes auprès
des plus grands distributeurs
de la planète
j'ai un réseau de contacts virtuels
me permettant de rejoindre
un million six cent
quatre-vingt-treize et trois quarts
personnes via linked in

je suis très connectée

(mettre la toune)

mais si tu vas mal
je ne le détecte pas
quant à ce qu'il advient
des gens qui m'entourent
je n'en sais rien

voilà
je manque de sensibilité
je suis asociale
j'ai trop d'empathie
pour me mêler
de la vie des gens
pour rentrer dedans
car je ne sais faire autrement
que vivre leurs peines
que souffrir leurs chagrins

depuis que j'ai appris
que mes amis se séparaient
je suis emplie d'une tristesse infinie
la vie me pèse
comme une illusion perdue
je voudrais changer la situation
je voudrais changer le monde
je voudrais le bonheur omniprésent

j'ai fait ça toute ma jeunesse
être dans la vie des gens
écouter échanger converser
ça fait si tant souffrir
et vouloir aider
comme il y en a de la souffrance
partout quand tu t'y mets

égoïstement je préfère ne pas savoir

mon esprit a développé
des mécanismes
pour éviter de savoir
je me retire
quand c'est le temps des potins
je m'esquive me sauve m'enfuis
je ne suis pas là
je te pense heureux
tu ris je ris
tu souris je souris
quand je te vois pleurer
mon coeur saigne

voilà
tu sais tout de moi
mais ne me raconte pas

je ne veux pas
jamais me réveiller
au triste jour

je me shield
derrière mon bouclier virtuel
sans microbe sentimental
dans un éden superficiel
de bonheur constant
sans drogue aucune
que l'illusion candide
d'un firmament heureux.

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