samedi 8 mars 2014

sortie de scène



j'étais illuminée toute la semaine
heureuse vive ensoleillée

je voulais écrire encore
sur le bonheur clair
enjoué et distinct
de la vie sous les tropiques

puis le mot suicide
a été évoqué
et le chagrin m'a brouillée
pendant une éternité

devant la rame de métro
je me suis demandée
si les suicidés
étaient malheureux
à cause des autres
ou s'ils étaient malheureux
en dedans d'eux

je parle à travers
mon chapeau
évidemment
je ne suis ni psy
ni socio ni anthropo
je ne connais rien à la question

j'ai menacé souvent la vie
de me la couper raide
de me faire une sieste éternelle
suite à une fatigue insurmontable
heureusement
je n'avais pas la force
de fermer la porte

le suicide arrive-t-il
quand on n'y voit plus d'issue
quand le temps ne passe plus
comme une mélodie
mais comme une trame
kafkaienne
quand il n'y a plus personne
sur qui frapper
quand la source du malaise
est vague floue et innommable
que la vie n'apporte pas de réponse
qu'il n'y a plus de questions
qu'aucun dialogue n'intéresse
que le temps stalle
dans un torse gonflé de larmes
une grisaille constante
humide et froide

qu'il doit faire noir et flou
dans une âme mêlée
qui ne trouve plus pied
sur rien de solide
aucun espoir
aucune visée
aucun bonheur
qui renvoie de la vie
l'absurdité de la mort imminente
pourquoi perdre son temps
à l'égrainer
lorsqu'on peut y arriver
plus rapidement
quelle désespérance
doit habiter
l'enveloppe charnelle
des angoissés des déprimés
des évadés qui ne se groundent pas
qui ne trouvent que la tombe
comme destination qui vaille
que la vie doit être insensée
molle et puante
pour attenter ainsi à sa personne
avoir la force de tirer
couper avaler brûler
pour n'avoir plus aucune attache
pleure-t-on même avant
que la vie doit être vide
pour forcer la rage
de partir ainsi

sauvagement

quand j'y pense
j'ai le coeur en miettes
la ligne est si fine
entre bonheur et désespoir
je souhaite que le désespoir
ne dure jamais plus
d'une couple heures
salvatrices pour recouvrer
la raison et demander secours
mais assez court
pour qu'il ne me mène jamais
à concrétiser une si décisive
finitude.

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