samedi 17 mai 2014

pomme et lys




ça fait vingt ans que je vais à new york régulièrement
dans les premières années je me disais que j'y vivrais
cause le buzz et l'anonymat la nervosité
cette espèce de fébrilité constante qui me stimulait

aujourd'hui je me dis que je suis contente d'habiter proche
car si je vivais à anvers j'irais à londres ou à paris
mais je vis à montréal depuis vingt-six ans
donc je vais à new york

quand le douanier canadien me demande dimanche soir
ce qu'il y avait dans la grosse pomme ce week-end
je lui réponds rien justement
il n'y avait rien
rien que cette ville que j'adore avoisiner

le portier du speakeasy dans le sous-sol
sur la septième avenue
me dit que ça lui coûte près de deux mille piastres
se loger dans une chambre dans queens
parce qu'il ne trouve rien pour se loger
à manhattan avec ses chats

au fait on ne voit jamais de chat à manhattan
rien que des chiens plein de chiens
avec des maîtres au bout des laisses
des maîtres qui se protègent
se tiennent compagnie
qui socialisent
ils sont beaux et nombreux ces pitous new yorkais
pour des rues étonnamment propres

au fait il n'y a pas ville comme montréal
pour profiter si bien de new york

penses-y
où sur terre pourrais-je posséder plus de treize cent pieds carrés
pour moins de deux mille dollars par mois
plus sous-sol cour et garage
et aller à new-york en ridant six heures
à travers les majestueuses adirondacks

plus j'y pense plus je trouve
que vivre ici c'est un estique de bon deal
on dira qu'on fait de la basse politique
on dira qu'on a peur de perdre notre langue notre culture
on dira qu'on a des hivers froids
on dira que la ville est run down

mais cream qu'il fait bon vivre ici
quand je reviens de la grosse pomme
retrouver mon discret jardin
à échelle humaine
je retrouve le buzz doux qui cache précieusement
ses jewels d'initiatives citoyennes
ses petites perles émergeant de l'hiver sale
comme des iris diamantés
et pourquoi pas
comme des lys tiens
j'aime cette ville qui m'habite
qui me tient en vie
qui me fait vibrer à longueur d'année
la belle et douce hochelaga.

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