samedi 21 juin 2014

lady death



j'ai peur de la mort
l'envie du suicide en est mitigée
je regarde la photo des soldats irakiens
le gun derrière la tête
et mes bras tremblent
en me demandant à quoi ils pensent
en cette minute qui les sépare de la mort
j'ai peur quand je pense au père et à sa fille
accidentés de la route
j'ai peur non pas de l'au-delà
mais de la non-existence
j'ai peur des machettes
des couteaux et des guns
qui envoient le vivant dans la mort

ma soeur écrivait il y a un temps
dans un contexte de deuil
dont je ne me souviens plus
que la société occidentale
était peu préparée à la mort
alors que d'autres civilisations la célébraient
ou l'incluaient dans le cycle de la vie
je ne pense pas à acheter
un terrain au cimetière du mont-royal
ni à faire des préparatifs funéraires

il faudrait que je comprenne
que j'accepte
toute ma raison m'accompagne
pour me convaincre
que la mort d'un humain
n'est rien dans l'infini du big bang
pas plus que la fraise cueillie
ou la côtelette d'agneau

mais god damn que ça me déchire
ça m'effraie cette mort

je parlais samedi dernier
à un client pharmacien
opéré du cancer de la prostate
je lui parlais de mon père
mon père ce grand homme
cette inspiration infinie
qui grimpait des montagnes
à un âge avancé
et était l'invincible héros
et je lui disais que ma plus grande peine
était de le voir diminué par la maladie
il m'a répondu
mo
tu penses encore à ton père
comme s'il avait cinquante ans
alors qu'il en a soixante-quinze
le mien est mort à soixante-douze

ma mère m'écrivait cette semaine
qu'il serait mieux qu'ils se rachètent
une maison plutôt que de continuer à loyer
comme ils le font depuis la maladie
mais les banques ne prêtent pas aux retraités
j'ai dit que j'allais cautionner
elle m'a dit non
ton père n'a pas la force de bouger encore
on sera corrects pour un autre dix ans

mais d'où vient cette volonté
de vivre encore activement
d'acheter d'apprendre de déménager
à soixante-dix ans
sinon que la peur même de la mort

je suis pareille
je me voudrai vivante jusqu'à cent trois
je m'entraîne à repousser
ce passage irrémédiable
qui viendra bien avant cent quatre

je n'ai pas cette tardive sagesse
je souffre encore de l'ultime vertige.

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