samedi 8 novembre 2014

jamais deux sans trois



heureusement nous ne sommes pas deux
nous ne sommes qu'une sur trois
une sur trois vous y pensez
ayant subi une agression sexuelle

lundi matin au déjeuner
alors que les portes ne s'étaient pas encore ouvertes
sur les #agressionsnondénoncées
nous ne faisions référence
qu'à la sordide affaire ghomeshi
une autre affaire de persona
une affaire de pouvoir
une affaire de déviance et d'abus

comme chaque femme l'a fait depuis
j'y ai beaucoup pensé
comme beaucoup l'ont fait depuis
je veux en écrire
je veux dire

j'ai dit nous mais je n'en fais pas partie
lundi matin nous pensions une sur deux
nous disions qu'autour de nous
nous connaissions des femmes
ayant subi une agression physique ou psychologique
je me retourne et soit je ne connais personne
soit je suis bénie des dieux
et mes amies aussi
soit je ne vois rien
je pense que c'est ce dernier constat qui prévaut
ça ne peut être que ça si je me fie aux chiffres
j'ai déjà dit que je n'avais pas d'antenne
à ne pas détecter une femme sur trois
victime de violence
faut être aveugle en sacrament
surtout à mon âge qui frôle le demi-siècle

ou peut-être le cachent-elles si bien
comme elles doivent le faire
pour toutes les raisons connues maintenant
depuis deux jours
pour ne pas subir de douleurs additionnelles
pour ne pas être davantage ostracisées
pour continuer à fonctionner dans la vie
car elles ont choisi de vivre
plutôt que de mourir
plutôt que d'en finir
je ne peux pas dire le courage
c'est indicible pour moi qui n'ai pas vécu ça

je peux imaginer comment ma vie serait différente
si on m'enlevait la liberté de la naïveté
de la candeur de l'innocence
je suis bénie des dieux je le répète
surtout considérant une jeunesse
si gourmande de volupté
si amoureuse du désir
j'aurais pu me retrouver
aux bras et à sang du premier venu
et pourtant
je n'ai jamais été battue violée

je me suis battue
conjugalement parlant
une fois ou deux
avec forces bras cou et tralala
ça n'a pas duré
j'ai quitté le gars
c'était un moment d'emportement
nous étions tous les deux fous

j'ai été amoureuse languissante
d'hommes qui ne me voulaient pas
autant que je les voulais
j'aurais été une proie si facile
et pourtant
ça ne m'est jamais arrivé

à vingt ans
un itinérant m'a frappée
comme je marchais vers le métro
je suis sure de l'avoir déjà écrit
ma chum d'université m'a dit
pense à avoir une bulle autour de toi
une enveloppe d'invincibilité

je traverse la vie
avec impunité et confiance
je ne veux pas au grand jamais
que quelqu'un m'enlève ce droit de vivre
bulldoze mes fondations de maslow
je ne veux pas vivre dans la terreur
alors que je suis émancipée
à tout lire je pense que c'est un privilège
mais non dis-je
de quel droit peut-on me faire mal

je ne veux pas être le sexe faible
je ne me suis jamais sentie ainsi
vous êtes braves
belles filles belles femmes belles dames
j'ai maintenant tant d'empathie

merci de continuer à dénoncer.


ps :
la photo
shooting artistique controversé
inspiré du viol collectif de nirbhaya en 2012

pps :
sur une note plus joviale
cette semaine fut couronnée par le baptême
du nouveau blogue de geneviève allard
qui nous donnera j'espère d'autres beaux mots cerclés

en l'ajoutant dans mon blogroll
je me suis rappelé que j'aimais
beaucoup zoreilles
que je n'avais pas lue depuis trop longtemps
j'y suis retournée avec grand plaisir

bonne lecture.

1 commentaire:

Zoreilles a dit...

Quand j'ai vu ton commentaire sur mon blogue, je me suis empressée de courir sur le tien que je croyais fermé depuis des lunes. Comme quoi, la vie est pleine de belles surprises, encore et toujours.

Ton texte est très touchant, j'ai été virée à l'envers cette semaine moi aussi. J'aurais voulu écrire quelque chose comme tu l'as fait, par solidarité et empathie pour toutes ces une sur trois qui, je le crois sincèrement, sont peut-être plus une sur deux.