samedi 22 février 2014

une petite vite



elle accouche en beuglant
du premier
elle accouche comme une chatte
du deuxième
sans épidurale
en déchirant une seule fois

elle fait du lait de soya maison
elle fait des purées maison
elle lave les couches de coton
elle allaite les nourrissons

elle confie les petits
à la garderie
en poussette parapluie
et en snooglie
en attendant l'autobus
dans hochelaga

et rejoint le travail
ils ont trois mois

elle gagne leur vie
et apprend à travailler

elle ne sait pas faire à manger
elle pleure et veut le tromper
elle se sent flouée
elle le quitte

elle conduit une voiture usagée
avec la carrosserie rouillée

elle ne sait pas nager
ni faire du kayak ni courir
ni rouler à bicyclette
elle ne sait même plus dessiner

des fois elle pleure
elle sort et boit
elle veut s'amuser
elle n'a pas d'argent
il veut une pension
elle doit faire faillite
elle pleure souvent
avec le menton tremblant

elle sort encore et boit toujours
elle le rencontre là
elle forme un couple
elle s'amuse
elle le trouve trop parfait
elle veut mourir
avec une corde au plafond

il la quitte
elle pleure beaucoup
elle s'amuse
elle voit des hommes
elle rêve de liberté
elle s'endette
elle travaille encore plus

elle le rencontre
elle partage sa vie
elle finit ses études
elle quitte son emploi
après deux décennies
sans plan de carrière
pour recommencer à zéro
comme une impulsion

elle recommence
elle trouve ça dur
elle n'est pas bonne
c'est difficile
elle veut prendre la route
pour ne plus revenir

elle change
elle recommence
elle aime ça
elle a une carrière
elle a les pieds sur terre

elle rêve d'amour
elle se réveille
elle a l'amour

elle reprend et retermine ses études
elle est fatiguée
elle court
elle jogge et elle performe
elle regarde autour d'elle
ce trop plein d'énergie
toute cette vie qui continue
elle pleure encore
elle aime la vie
elle écoute les symphonies

comme toutes les autres
cette femme traverse
l'univers
à la vitesse de l'étoile filante
elle ne laissera aucune trace

rien que de l'énergie qui brûle.

samedi 15 février 2014

cocufier - avoir ou être



lorsque j'étais célibataire
je fréquentais plusieurs garçons
dont certains étaient
des hommes liés
ce n'était pas de mes affaires
c'était à eux de gérer

hier à l'occasion
de la st-valentin
nous avons parlé
de la fidélité
il a bien fallu pour moi
être accompagnée
de trois autres femmes
pour en jaser
devant l'homme-chat
avec qui je ne parle pas
de ces choses-là

il a donc appris
que je le tuerais
de mes propres mains
si j'apprenais
qu'il me trompait
que je le garocherais dehors
du char en route
sur l'autoroute
au risque de frapper
une auto à contresens

mais que si c'était juste
un french
d'une collègue de bureau
au party de nowell
je le lui pardonnerais
il a pris quelques notes

on a aussi parlé
des relations extra maritales
des personnalités publiques
obama hollande woods clinton
et délibéré à savoir
si cela était pertinent
d'en jaser sur la place publique

est-ce que ce qui se passe au lit
affecte la capacité à gérer
à gouverner à performer

il semble évident que
cela relève de la sphère privée

moi étrangement
je tends à les aimer davantage
ces hommes sexuels
comme une espèce
de syndrome de stockholm
mal placé

et si c'était eux
les cocufiés
par
michelle valérie erin hillary

en parlerait-on autant
est-ce que cela affecterait
leur capacité à gérer
à gouverner à performer

ou est-ce que cela
resterait du domaine privé

moi je dis
vivons ouvertement
sinon entretenons
l'illusion

dès lors qu'on doive prouver
que l'on règne et performe
l'ego
c'est plus fort que l'amour
et certainement plus fort que le cul.


samedi 8 février 2014

oui allo?



j'ai trouvé le lookback génial
je ne l'ai pas publié
parce que je choisis
ce que je publie

facebook est un outil
de communication
comme les autres
on choisit ce qu'on y échange

ce n'est pas ma vie
get a life qu'on me dit
non ça ne  m'empêche pas de vivre

j'y échange plus que mon souvent
je ne cesse même plus
de l'utiliser
lors de mon traditionnel
unplugged mois de juin

j'aime facebook
comme d'autant aiment
leur iphone
pour les mêmes raisons

ça me facilite grandement
les activités
du coeur du social
de la culture du vivre

ça m'a remis en contact
avec une dizaine
d'amis d'outremer
et une trentaine
du secondaire

ça m'a lié d'amitiés
avec une centaine
de personnes inconnues
et pourtant formidables
dont je vois le tiers
régulièrement
en chair et en os

ça m'informe
sur tout ce qui m'importe
et ça lève
tant d'initiatives dans ma vie

ça m'a aidé à commencer
à courir en deux mil douze
et ça m'aide à continuer

ça m'a permis d'organiser
une levée de fonds pour
le chu de ste-justine
l'an dernier et encore cette année

ça m'a permis de recruter
des membres
pour la fondation
pour l'alphabétisation

ça m'a permis de suivre
l'exemple de lectrices
assidues et de me reconnecter
avec la lecture

ça m'a permis de me rassurer
d'avoir l'audace
de commencer à faire du skate
à quarante-six ans

ça me fait lire
tant d'articles intéressants
couvrant des domaines
que je n'ai jamais explorés

ça me donne des recettes
de brownies au citron
quand je manque d'inspiration

ça me fait boire de l'eau

ça remplit mon sous-sol
d'amis lors d'un match de boxe

ça me donne
l'exposure requis
pour me sentir bien
dans ma vie

ça me rappelle des dates
avec mes fils et avec les gens
pour aller danser
sur un plancher en bois franc
un samedi par mois
à la sala rossa

ça me fait vivre un peu
la vie de gens évoluant
dans des domaines si différents
ça recadre les perspectives

ça me fait découvrir
des pays à travers les yeux
de ceux qui y ont vécu
le temps d'un séjour
court ou long

ça me fait réfléchir
sur la religion
la spiritualité
l'art de grandir

ça me fait lire
à distance ce que les gens
ont à dire
à explorer découvrir
comprendre et accepter
à élargir mes horizons

facebook remplace
le téléphone
que je n'ose décrocher
depuis trop longtemps

facebook m'empêche
d'être l'ermite
que je serais devenue

à ma façon
je lui lève mon verre d'eau
pour fêter
toutes ces belles connexions

tchin tchin cawlice!


samedi 1 février 2014

cumulus materialus



annie messager
installation - 2007

hier une amie a partagé
un article relatant
le cheminement d'une famille
vers une vie plus économique
et plus écologique

ça m'a frappé de front
constatant encore une fois
comme je n'étais pas là

je recycle
je donne ma bouffe
au compost
géré par la municipalité
mais non
je ne refuse pas encore
les excès de la consommation

je consomme à outrance
j'abuse de mes cartes de crédit
je dépense
je voyage
je bois
je mange
j'achète des rideaux
des tuiles
je veux acheter un futon
pour le sous-sol
même si j'ai un sofa-lit
dans le salon
j'habite beaucoup
de pieds carrés
avec un homme et un chat
et j'en suis fort aise
et sans malaise

ce n'est pas que je ne veuille pas
réduire mon empreinte terrestre
c'est que je n'y pense pas

alors oui
merci pour l'article
merci de me rappeler
qu'en tant qu'être humain
je n'ai pas besoin
de plus d'espace
que mon frère indien
ni de plus de biens
certes

j'ai aussi lu
mercredi ou jeudi
que l'interprétation perpétuelle
de la musique classique
empêchait l'essor
de la musique contemporaine
que la collection
d'oeuvres d'arts
faisait ombrage à la réalité
des artistes contemporains
comme si le fait de posséder
cristallisait une beauté
détachée de l'artiste

tout ça me fait questionner
s'il est lourd de posséder
est-ce que cela nous empêche
de vivre dans le présent

j'aimerais penser à arrêter
de dépenser
c'est totalement insensé
c'est indécent
c'est du gaspillage
d'abord la vie serait moins chère
et je serais plus légère

au printemps je ferai du ménage
je vais trier
donner vider
ensuite avant d'acheter
je vais penser
je pourrai aussi fabriquer
je tenterai d'être
plus économique
et plus écologique.