samedi 29 mars 2014

frische luft



je suis très souvent heureuse
comme le lundi soir
à mon atelier d'écriture
ou plutôt de lecture
quand je découvre
hervé bouchard
autant que réjean ducharme
et nancy huston

quand j'apprends à lire
et j'apprends à écrire
quand je lis en suivant
le défi b52 de la comète

je le disais jeudi soir
c'est fabuleux
à quarante-six ans
d'ouvrir encore
les portes du savoir

imagine si j'apprenais
la mécanique automobile
la botanique
la composition classique
le latin
le droit commercial
la fiscalité
la peinture à l'huile
la psychologie

man comme le monde est infini

et je peux le dire
en ayant appris du vin
de la cuisine
du sport
de la finance

que tu n'apprécies
chaque chose
à son plein potentiel
que lorsque tu la comprends

que tu apprécies les choses
de la vie
quand tu peux les appréhender
à travers de nombreuses
disciplines
que tu peux créer
dès que tu investis
différents horizons

ouvrons les portes
de notre esprit
explorons
apprenons
et apprécions
la grande exposition
du génie humain

si l'ignorance est le terreau
de la servitude
la connaissance devrait
être l'ouvroir de la liberté.

vendredi 21 mars 2014

la paltrowisation



j'ai lu mercredi soir
la lettre de carter
éditeur du vanity fair
me parlant
du phénomène d'amour-haine
entourant gwyneth paltrow

j'en ai rien à cirer
de gwyneth
nous ne nous connaissons pas

ce qui m'a interpellée
c'est le supposé contraste
entre la vie positive
qu'elle semble projeter
à grand coups de
lifestyle guru
curating the positive in life
et la haine qu'elle peut susciter
autour d'elle

la possibilité de défaire
l'image d'une vie parfaite
érigée en modèle d'affaires

j'ai appelé ça
la paltrowisation
ou le phénomène
si tu grattes trop le vernis
j't'haïs

je publie à peu près
tout ce que j'aime
les réflexions que je me fais

si je fais un collage
des photos que je publie
et de mes statuts virtuels
je vais avoir une très belle
robe de vie

mon entourage me dit
que ma vie est belle
et inspirante

en fait c'est du voodoo
je crée ma vie
lorsque j'écris
je me convaincs
je me parle sans arrêt
je me fais croire
autant qu'à vous
que la vie est belle
que je prends les bonnes décisions
que je réfléchis bien
que je suis heureuse

je crée le vernis
qui protège le mou
le fragile
le faillible

je me réveille des fois
en sursaut
car ma nuit a fait sortir
mes plus grandes hantises
mes fragilités non publiées
la peur de perdre l'amour
la peur de perdre le confort
la peur de perdre mes dents

je vous placarde les murs
de bouffées de bonheur
c'est en général
comme ça que je me sens
besoin de le matérialiser
en des mots des images
comme une preuve
que le bonheur existe

grattez pas trop
je risque d'être triste
ou méchante des fois
comme tout le monde

et gwyneth paltrow.


samedi 15 mars 2014

l'approbation




j'adore cette photo de moi
elle est en tout point conforme
à l'image que j'ai de moi
et celle que je souhaite projeter

la couleur et la wave parfaite
dans les cheveux
la tombée du sein gauche
pas trop dramatique
les bras pas gros
une posture droite
un cul non compromis
l'absence du visage
et des taches brunes
l'absence d'excentrisme
de mes verres fumés
ou de mes lunettes
sur la tête
le camouflage
de l'oeil gauche triangulaire
plus petit que le droit
le voilage des plis
au front

c'est une bonne image
je l'approuve

j'évolue dans la vie
comme dans un flipper
un labyrinthe de miroirs
où chaque minute m'est retournée
une image de moi

depuis la vingtaine
j'ai conscience du regard des autres

je le veux approbateur
et je reçois du feed back positif
le travail est bien fait
les notes sont bonnes
la compagnie est drôle
le sex-appeal est présent

ce feed back est la fondation
de l'estime de moi-même
il est faux de prétendre
que je n'ai pas besoin de reconnaissance
j'ai besoin de toute la reconnaissance
de la plus triviale
à la plus sincère
du compliment sur les cheveux
à la critique sur le texte
ou sur l'implication sociale

je suis une machine d'autopromotion
très bien rodée
je peux vous vendre l'idée que
je suis belle bonne
la meilleure
je suis une experte
de la séduction
j'ai plus de vingt-cinq ans de pratique
dans l'art de réussir
et tout cela
parce que j'en suis moi-même
convaincue
je suis sure de moi
de mes compétences
de mes capacités
de mes limites
et de la possibilité
d'y aller
de savoir qu'on peut
se casser la gueule
mais que ça ne nous enlaidit pas

l'estime de soi
est la fondation de l'évolution
de l'individu
sans elle
même le meilleur ne sait pas
qu'il l'est
il ne faut donc jamais hésiter
à féliciter
à encourager
à aider
à aimer les gens qui nous entourent

c'est le carburant
qui fait la différence
entre cent ans de bonheur
ou cent ans de pourriture

lorsque vous aimez
dites-le
approuvez.


samedi 8 mars 2014

sortie de scène



j'étais illuminée toute la semaine
heureuse vive ensoleillée

je voulais écrire encore
sur le bonheur clair
enjoué et distinct
de la vie sous les tropiques

puis le mot suicide
a été évoqué
et le chagrin m'a brouillée
pendant une éternité

devant la rame de métro
je me suis demandée
si les suicidés
étaient malheureux
à cause des autres
ou s'ils étaient malheureux
en dedans d'eux

je parle à travers
mon chapeau
évidemment
je ne suis ni psy
ni socio ni anthropo
je ne connais rien à la question

j'ai menacé souvent la vie
de me la couper raide
de me faire une sieste éternelle
suite à une fatigue insurmontable
heureusement
je n'avais pas la force
de fermer la porte

le suicide arrive-t-il
quand on n'y voit plus d'issue
quand le temps ne passe plus
comme une mélodie
mais comme une trame
kafkaienne
quand il n'y a plus personne
sur qui frapper
quand la source du malaise
est vague floue et innommable
que la vie n'apporte pas de réponse
qu'il n'y a plus de questions
qu'aucun dialogue n'intéresse
que le temps stalle
dans un torse gonflé de larmes
une grisaille constante
humide et froide

qu'il doit faire noir et flou
dans une âme mêlée
qui ne trouve plus pied
sur rien de solide
aucun espoir
aucune visée
aucun bonheur
qui renvoie de la vie
l'absurdité de la mort imminente
pourquoi perdre son temps
à l'égrainer
lorsqu'on peut y arriver
plus rapidement
quelle désespérance
doit habiter
l'enveloppe charnelle
des angoissés des déprimés
des évadés qui ne se groundent pas
qui ne trouvent que la tombe
comme destination qui vaille
que la vie doit être insensée
molle et puante
pour attenter ainsi à sa personne
avoir la force de tirer
couper avaler brûler
pour n'avoir plus aucune attache
pleure-t-on même avant
que la vie doit être vide
pour forcer la rage
de partir ainsi

sauvagement

quand j'y pense
j'ai le coeur en miettes
la ligne est si fine
entre bonheur et désespoir
je souhaite que le désespoir
ne dure jamais plus
d'une couple heures
salvatrices pour recouvrer
la raison et demander secours
mais assez court
pour qu'il ne me mène jamais
à concrétiser une si décisive
finitude.

samedi 1 mars 2014

oreilles de lapin



j'ai le wifi
j'ai également
un téléphone cellulaire
j'ai une clé
avec un code
qui me permet de rentrer
dans les antres des systèmes bancaires
à partir de n'importe quelle
connexion internet

j'ai un compte internet
en fait j'en ai quatre
j'ai des mots de passe
pour des comptes auprès
des plus grands distributeurs
de la planète
j'ai un réseau de contacts virtuels
me permettant de rejoindre
un million six cent
quatre-vingt-treize et trois quarts
personnes via linked in

je suis très connectée

(mettre la toune)

mais si tu vas mal
je ne le détecte pas
quant à ce qu'il advient
des gens qui m'entourent
je n'en sais rien

voilà
je manque de sensibilité
je suis asociale
j'ai trop d'empathie
pour me mêler
de la vie des gens
pour rentrer dedans
car je ne sais faire autrement
que vivre leurs peines
que souffrir leurs chagrins

depuis que j'ai appris
que mes amis se séparaient
je suis emplie d'une tristesse infinie
la vie me pèse
comme une illusion perdue
je voudrais changer la situation
je voudrais changer le monde
je voudrais le bonheur omniprésent

j'ai fait ça toute ma jeunesse
être dans la vie des gens
écouter échanger converser
ça fait si tant souffrir
et vouloir aider
comme il y en a de la souffrance
partout quand tu t'y mets

égoïstement je préfère ne pas savoir

mon esprit a développé
des mécanismes
pour éviter de savoir
je me retire
quand c'est le temps des potins
je m'esquive me sauve m'enfuis
je ne suis pas là
je te pense heureux
tu ris je ris
tu souris je souris
quand je te vois pleurer
mon coeur saigne

voilà
tu sais tout de moi
mais ne me raconte pas

je ne veux pas
jamais me réveiller
au triste jour

je me shield
derrière mon bouclier virtuel
sans microbe sentimental
dans un éden superficiel
de bonheur constant
sans drogue aucune
que l'illusion candide
d'un firmament heureux.