samedi 31 mai 2014

classe moyenne



cette semaine j'ai lu trois textes
qui remettent une fois de plus en question
mon mode de vie hédoniste

le week-end dernier en allant et retournant d'ottawa
j'ai englouti le magnifique sel de la terre de samuel archibald

man je fais partie de la classe moyenne
et vous aussi
il se peut que vous soyez au centre
au bas ou ailleurs
moi je suis très certainement au top de

archibald décrit très bien
les causes et motivations de la classe moyenne
lorsqu'il se permet d'en parler comme un monolithe
alors qu'il explique que ce n'en est pas un
la caractéristique dans laquelle je me suis le plus reconnue
et je ne sais plus s'il en parle ainsi
c'est
oui mais j'ai travaillé pour
faque touche pas à mes affaires
laisse-moi acquérir les bébelles que je veux
travailler fort puis voyager
et dis-moi yousque ça coûte le moins cher

j'ai suivi cette lecture du très excellent
constituer le québec de roméo bouchard

man une assemblée constituante tirée au sort
pour rédiger une constitution
avec une démocratie directe
et la souveraineté du peuple
implique qu'il faille s'engager
ne plus élire le gestionnaire
qui gérera notre équilibre budgétaire
mais participer activement à l'élaboration
des projets de société
à la construction du bien commun

cette semaine muhammad yunus
donnait une conférence à c2-mtl
pour parler d'entrepreunariat social
dont l'objectif n'est pas de créer de l'argent
mais de meilleures conditions de vie humaine

man

j'ai toujours voté à gauche
j'ai suivi le parti communiste marxiste léniniste
étant jeune maman
j'ai été membre du parti du renouveau démocratique
je vote encore à gauche
je milite intellectuellement pour l'universalité des services publics
en santé en éducation

mais voilà
je passe ma vie à accumuler des biens
du plaisir et une rente
mon obsession la plus chère
et c'est le cas de le dire
est d'atteindre l'indépendance financière
qui n'arrivera pas de toute façon
au rythme où je m'endette

je ne veux pas céder mon hédonisme
et mon individualisme
pour créer un projet de société
je suis d'une passivité morte
je contribue au système de redistribution de la richesse
en payant de larges impôts
en nourrissant la caisse de l'assurance-emploi
dont j'ai tenté de me prévaloir après dix-huit ans
de travail à temps plein mais sans succès
je donne vingt-cinq piastres à toutes mes connaissances
qui s'impliquent dans une cause
je donne temps et argent
à la cause de mon choix

mais voilà
je ne suis pas prête à renoncer
je le ferais si tout le monde le faisait
si on m'y forçait
comme en quarante-neuf
lors de la révolution culturelle de mao

man
j'ai quarante-six ans
même si ma conscience comprend
je braille comme un bébé
de me savoir si faible
citoyennement.



samedi 24 mai 2014

acquisition de talents



tout est possible

et je ne dis pas cela
à la veille d'un demi-marathon
je le dis car je le constate
et j'aime cet état de fait

j'ai commencé à vivre cette sensation
il y a environ cinq ans
alors que j'allais relever
un extraordinaire défi professionnel

je ne savais pas à ce moment
que je deviendrais une équipe
que nous allions grandir
que nous allions être réputés
c'est avec du recul que je vois
tout ce que nous avons accompli
du simple fait que je prenais alors
ce qu'on appelait un risque

je ne savais pas
que j'allais construire quelque chose
je ne faisais qu'avancer

tout est possible

lors du mba
la plus grande acquisition
ne fut pas tant
ces nouveaux angles de réflexion
que sont les processus et la gouvernance
le plus grand apprentissage
fut de réaliser que je pouvais
créer de zéro
connaître une nouvelle matière
l'appréhender et travailler pour la comprendre
puis en produire une synthèse
et appliquer de nouvelles compétences

tout est possible

je ne savais pas
et pouf
maintenant je sais

la même chose s'est produite
depuis que nous avons rénové
la première maison que nous avons achetée
ça nous a permis
de vivre dans beaucoup mieux aujourd'hui
à force de travail
et de changements

j'ai avancé également
depuis que j'ai commencé à courir
je constate les progrès à travers le temps
je ne courais pas
et pouf
maintenant je cours

la comète écrivait hier
que la course rapportait au mérite
et ça s'applique oui je dis
à d'autres champs de la vie
de un
plus on se pratique à avancer
à emprunter de nouvelles avenues
plus cela devient facile et normal
il n'y a plus l'angoisse
de prendre des risques
cela devient simplement notre façon d'évoluer
de deux
quand on décide d'essayer
à coups d'efforts
on bâtit quelque chose
c'est inévitable
si on travaille
on construit
le rendement est là

quand je regarde en arrière
je vois des progrès
je n'en suis pas peu fière
je suis au fond
de ce sel de la terre
et me proclame
self made woman

avec le temps
le mot oser devient caduc
on acquiert le réflexe d'essayer
et ce que l'on recherche comme une drogue dure
c'est de faire d'autres bonds
de se réinventer
c'est l'envie d'évoluer
comme une envie de mourir
plus accomplie plus épanouie

allez hop
on avance!


samedi 17 mai 2014

pomme et lys




ça fait vingt ans que je vais à new york régulièrement
dans les premières années je me disais que j'y vivrais
cause le buzz et l'anonymat la nervosité
cette espèce de fébrilité constante qui me stimulait

aujourd'hui je me dis que je suis contente d'habiter proche
car si je vivais à anvers j'irais à londres ou à paris
mais je vis à montréal depuis vingt-six ans
donc je vais à new york

quand le douanier canadien me demande dimanche soir
ce qu'il y avait dans la grosse pomme ce week-end
je lui réponds rien justement
il n'y avait rien
rien que cette ville que j'adore avoisiner

le portier du speakeasy dans le sous-sol
sur la septième avenue
me dit que ça lui coûte près de deux mille piastres
se loger dans une chambre dans queens
parce qu'il ne trouve rien pour se loger
à manhattan avec ses chats

au fait on ne voit jamais de chat à manhattan
rien que des chiens plein de chiens
avec des maîtres au bout des laisses
des maîtres qui se protègent
se tiennent compagnie
qui socialisent
ils sont beaux et nombreux ces pitous new yorkais
pour des rues étonnamment propres

au fait il n'y a pas ville comme montréal
pour profiter si bien de new york

penses-y
où sur terre pourrais-je posséder plus de treize cent pieds carrés
pour moins de deux mille dollars par mois
plus sous-sol cour et garage
et aller à new-york en ridant six heures
à travers les majestueuses adirondacks

plus j'y pense plus je trouve
que vivre ici c'est un estique de bon deal
on dira qu'on fait de la basse politique
on dira qu'on a peur de perdre notre langue notre culture
on dira qu'on a des hivers froids
on dira que la ville est run down

mais cream qu'il fait bon vivre ici
quand je reviens de la grosse pomme
retrouver mon discret jardin
à échelle humaine
je retrouve le buzz doux qui cache précieusement
ses jewels d'initiatives citoyennes
ses petites perles émergeant de l'hiver sale
comme des iris diamantés
et pourquoi pas
comme des lys tiens
j'aime cette ville qui m'habite
qui me tient en vie
qui me fait vibrer à longueur d'année
la belle et douce hochelaga.

samedi 10 mai 2014

recharge



j'aimerais vous parler de la sagesse
et de mon besoin d'organiser ma vie
afin de pouvoir cuisiner
trois soupers par semaine
et éviter de gaspiller la bouffe
comme deux adultes sans enfants
savent le faire occasionnellement

j'aimerais vous dire que chaque fois
que je visite une galerie d'art ou un musée
et que je colle mes yeux
sur les coulures et les empâtements
j'ai envie de prendre des cours
pour me remettre à la peinture

j'aimerais vous parler du courage
de continuer à travailler fort
pour atteindre d'autres sommets professionnels
malgré l'usure du quotidien

j'aimerais penser à peut-être m'engager
comme citoyenne engagée
dans ma communauté
mais voilà je me contente
de loger un vieux sourd muet
jusqu'à ses derniers jours

j'aimerais courir et marcher davantage et
ne plus dépendre du pétrole
j'aimerais pouvoir promettre que je ne succomberais
ni à une cadi ni à une porsche
si un jour j'en avais les moyens

j'aimerais apprendre à faire du vélo
sans avoir peur de toute cette mort cycliste

j'aimerais apprendre à nager jusqu'à
ne plus souhaiter
m'agripper au bord de la piscine
au bout de vingt-cinq mètres

j'aimerais organiser les semaines
pour m'asseoir et écrire une heure chaque soir
pour soigner mon style
lire et enrichir mon vocabulaire

j'aimerais apprendre à jardiner
et créer le soleil sur le bon côté
dans la cour
que les tomates poussent
que les fines herbes embaument

mais au fond seulement j'aimerais
car lorsque je regarde ma vie
depuis le saint siège du temps off
lorsque je vis à crédit
à me nourrir d'art
de plaisir
de soleil
et de graffitis
je ne souhaite rien d'autre
que de n'avoir pas mal aux pieds
pour toute la journée

mes vacances aussi courtes soient-elles
sont exemptes de contraintes
me ressourcent
me remplissent de grandes ambitions
d'émerveillement de vision de gratitude et d'humilité
du grand gaz pour continuer

me rappellent de vivre
comme un carpe diem pour aujourd'hui et demain
pluggée direct su' l' deux cent vingt.

samedi 3 mai 2014

brocart


folon
l'artiste - 1973
je voulais entendre
nathalie bondil me parler d'art
de la place de la culture
dans l'écosystème

je me suis achetée un billet
pour sa conférence de jeudi matin
on m'a demandé de quelle entreprise j'étais
j'ai dit de la banque

au déjeuner on m'a demandé
ce qui m'amenait à cette conférence
j'ai répondu bondil
à titre personnel

bien sûr me dit-on
les motivations personnelles
sont différentes des motivations d'affaires

non

nous ne vivons pas en silo

mon cerveau possède
un côté gauche et un côté droit
je travaille les deux
car ce qui ne se travaille pas
s'atrophie

je me suiciderais
si je savais que je mourrais
en pensant exclusivement
comme une comptable
ou exclusivement
comme une poète

kerouac ginsberg burroughs
carr vollmer
dans les années quarante
ont décloisonné
les antécédents différents
ils ont fusionné
la création a foisonné

je lis canty et je le dis
je suis estomaquée
devant autant de beauté
son dernier opus
est un touche-à-tout
l'homme touche à tout
je ne connais pas son parcours
l'ayant découvert par pur hasard
au gré d'un lancement
où j'allais voir quelqu'un d'autre
j'apprends également
qu'il connaît mon frère
un autre multidisciplinaire

les êtres qui font de tout
se croisent inévitablement
collaborent
et construisent des univers

ils sont autant poétiques
que créatifs
les agences publicitaires
cherchent à coups de boot camps
les idées qui ne peuvent survenir
qu'en dehors de la boîte

c'est pour cela qu'il ne faut pas
l'avoir carrée
la boîte
il faut l'avoir la plus circulaire possible
nous vivons dans un univers matriciel
il faut pouvoir répondre
de chaque position
comprendre de chaque vue

je n'étudie pas la création littéraire
pour être une littéraire
ou la comptabilité
pour être une comptable
je ne fais pas de la réno
parce que je suis contracteur
ou du skate board
parce que je fais de la compétition
je ne lis pas diamond
car je suis anthropologue
ou greenspan
car je suis économiste
je ne fais pas la cuisine
car je suis cuistot

je fais tout cela
car cela m'intéresse
je fais tout cela
car c'est ce que nous sommes

des êtres humains
aux capacités multiples
qui n'appelons
qu'à nous développer
à enrichir notre esprit
notre façon de penser
notre façon de faire chaque chose
chaque jour
notre façon d'être
c'est cela qui est
le tissu de la vie

plus je crée
plus j'apprends
plus je deviens humble
plus j'ai la force
plus j'ouvre des portes
plus je suis heureuse.

les images de folon
dans mon enfance
m'ont beaucoup interpellée
et ont sûrement contribué
à me faire dessiner.