samedi 28 juin 2014

le levier amoureux


humans of new york by brandon

quand j'écrivais cette semaine
que la force du couple
était d'être un groupe
c'est que l'homme-chat faisait le ménage du sous-sol
pendant que je faisais celui du rez-de-chaussée
et que toute seule
je n'aurais jamais fini à la même heure
je n'aurais même pas reçu la magnifique visite
que je n'aurais probablement pas connue

le couple n'est pas juste une cellule d'entraide
le couple est un levier

j'aime le couple
comme j'aime
la famille la tribu les amis

je prêche pour ma paroisse
en couple mes capacités sont décuplées
certains diront que je dois apprendre
à me suffire à moi-même
et être aussi accomplie
en étant seule
mais voilà
ce n'est pas mon cas
je ne me réalise que lorsque
cette fondation est construite et bien solide
je suis anthropo et je suis maslow

en couple ma sécurité financière
est meilleure j'avance plus vite
en couple ma sécurité émotive est assurée
sinon je suis une femme insécure
cherchant l'approbation sexuelle
en couple je ne cuisine qu'une fois sur deux
en couple je partage mes joies
et mes préoccupations
en couple je discute et j'apprends

seule je n'aurais jamais
traversé l'amérique deux fois en moto
acheté ma première maison à trente-six ans
et en acheté trois autres depuis
utilisé une drill ou une skill saw
bu les vignobles de californie
et de france
quitté un emploi de dix-huit ans
et embrassé une nouvelle carrière à quarante ans
adopté un chaton
pris l'avion si souvent pour le sud
et l'auto si souvent pour new york
confit le canard et confectionné la crème caramel
visité les galeries et les musées
été si belle le matin
voulu être belle pour toujours
et prendre soin de mon corps
autant que de ma tête

sans compter l'amour
que l'on fait que l'on dit que l'on embrasse
les regards les joies les mains

patrick dion a écrit ces jours-ci
sans toi je ne suis que l'ébauche de moi-même
c'est formidablement beau

le couple c'est plus que la force du groupe
c'est l'amour qui donne la force d'exister
j'aime beaucoup prendre soin de mon couple
c'est la base de tout mon reste.

samedi 21 juin 2014

lady death



j'ai peur de la mort
l'envie du suicide en est mitigée
je regarde la photo des soldats irakiens
le gun derrière la tête
et mes bras tremblent
en me demandant à quoi ils pensent
en cette minute qui les sépare de la mort
j'ai peur quand je pense au père et à sa fille
accidentés de la route
j'ai peur non pas de l'au-delà
mais de la non-existence
j'ai peur des machettes
des couteaux et des guns
qui envoient le vivant dans la mort

ma soeur écrivait il y a un temps
dans un contexte de deuil
dont je ne me souviens plus
que la société occidentale
était peu préparée à la mort
alors que d'autres civilisations la célébraient
ou l'incluaient dans le cycle de la vie
je ne pense pas à acheter
un terrain au cimetière du mont-royal
ni à faire des préparatifs funéraires

il faudrait que je comprenne
que j'accepte
toute ma raison m'accompagne
pour me convaincre
que la mort d'un humain
n'est rien dans l'infini du big bang
pas plus que la fraise cueillie
ou la côtelette d'agneau

mais god damn que ça me déchire
ça m'effraie cette mort

je parlais samedi dernier
à un client pharmacien
opéré du cancer de la prostate
je lui parlais de mon père
mon père ce grand homme
cette inspiration infinie
qui grimpait des montagnes
à un âge avancé
et était l'invincible héros
et je lui disais que ma plus grande peine
était de le voir diminué par la maladie
il m'a répondu
mo
tu penses encore à ton père
comme s'il avait cinquante ans
alors qu'il en a soixante-quinze
le mien est mort à soixante-douze

ma mère m'écrivait cette semaine
qu'il serait mieux qu'ils se rachètent
une maison plutôt que de continuer à loyer
comme ils le font depuis la maladie
mais les banques ne prêtent pas aux retraités
j'ai dit que j'allais cautionner
elle m'a dit non
ton père n'a pas la force de bouger encore
on sera corrects pour un autre dix ans

mais d'où vient cette volonté
de vivre encore activement
d'acheter d'apprendre de déménager
à soixante-dix ans
sinon que la peur même de la mort

je suis pareille
je me voudrai vivante jusqu'à cent trois
je m'entraîne à repousser
ce passage irrémédiable
qui viendra bien avant cent quatre

je n'ai pas cette tardive sagesse
je souffre encore de l'ultime vertige.

samedi 14 juin 2014

un à la fois




les montagnes accouchent des souris
mais les souris n'accouchent pas des éléphants

le fromage se mange une bouchée à la fois
et au prix d'efforts renouvelés

j'annonçais cette semaine
mon quatrième retour aux études
ayant été acceptée au certificat
en sciences comptables
programme de pré-requis
pour entamer l'agrément national
des comptables professionnels

c'est un gros projet
quand on le prend dans son ensemble
l'obtention d'un titre professionnel dans cinq ans
et des études sans arrêt d'ici là en travaillant

mais un chum a dit récemment
qu'il faut découper chaque projet
en de petites tâches

la souris n'accouche pas d'un éléphant

j'ai voulu abandonner le projet
quand j'ai réalisé qu'il me prendrait cinq ans
je me suis demandé si ça valait la peine
valoir la peine signifie qu'il y a un sacrifice
mais qu'est-ce qui est sacrifié au juste
si on poursuit un projet qui nous intéresse

puis je me suis dit
que si je commençais
peut-être je finirais
et bien avant la fin
chaque pas complété est une fin en soi
si je finis deux cours
ce seront deux cours de plus
que ceux qu'on n'entame jamais

quand je regarde dans mon rétroviseur
de quarante-six ans
je vois très bien que j'ai fait une chose à la fois
suivie d'une autre

ma vie est une suite de décisions
une prise d'information
un formulaire complété
d'autres scannés
un envoi par courriel
un paiement par carte de crédit
une admission
une inscription à un cours
une lecture un travail une lecture un examen
une note
et encore
une journée de travail
une paye
un projet
une promotion
et encore
un coup de peinture
un tour de vis
un tour de pick-up
un bail signé
un chèque de loyer
une patte crèmée
un bas et un soulier de course
l'autre pied
un dossard
une médaille
et encore

je me suis dit la semaine dernière
crisse chu rendue là

ben oui toi à force de

mais non y a rien là
la souris n'a pas accouché de l'éléphant
elle a juste fait un pas avant le suivant.

samedi 7 juin 2014

chante-la ta chanson



mon père aime la musique
au point d'avoir son tourne-disque
dans sa chambre à coucher

mon frère aime la musique
au point d'en produire et d'en jouer

ma soeur aime la musique
au point de connaître tout ce qui se fait

mon fils aime la musique
au point de travailler pour la prod
et de courir l'émergent

on est une gang de mélomanes chez nous
mais je n'en écoute que très peu
je me suis entourée du bruit ambiant
depuis près de quinze ans
je n'achète plus de cédés
depuis limewire puis itunes
je cours sans musique
sauf lors des longues courses
je n'écoute jamais la radio musicale
sauf la classique
mais au bureau l'ordi sonne creux
donc non je n'écoute plus de musique

je vais à des shows
quand j'y pense
le classique des classiques
cinq fois par année
et des fois des shows de choses et d'autres
dont j'entends parler

je suis une fan finie des spectacles
mais je n'y pense pas car je ne veille plus
au-delà de vingt-deux heures

quand je m'y adonne
je chante danse et déménage
je joue du air drum
de la air guit
je suis heureuse
je sue j'ai soif je m'en peux plus
la musique me transporte tout le temps
lorsqu'elle est interprétée devant moi
en chair et en os
par des rock stars
j'adore les chanteurs et chanteuses
qui lancent des mélodies dans la nuit
avec leur coffre et leur tête
qui créent des personnages de toutes pièces
qui font théâtre sous nos yeux
comme j'aime les shows de musique
le blues le jazz le rock le toute
la flûte l'orgue et le piano

c'est la livraison tangible
de l'art musical
une céleste communication
elle m'emporte dans d'autres dimensions
dans une transe euphorique
j'aime la musique
encore plus
lorsqu'elle est rare
et c'est alors qu'elle m'habite
et que je vibre comme la harpe.