samedi 30 août 2014

temps libre



j'ai aimé ça n'avoir rien à l'horaire
ni jeudi ni vendredi
j'ai fait une liste de choses à faire
avant la rentrée
celle de la nouvelle job
et du nouveau cours en compta
me suis levée aux heures
où mon corps a bien voulu
quand il a pu se séparer
de celui de l'homme-chat
dans le lit des vacances
mon corps et mon esprit ont pris le temps
et l'homme m'a laissée seule
voulant lui aussi embarquer
dans ses occupations
nous venions de passer douze jours
collés sur une moto
face-à-face deux fois par jour au resto
ça faisait du bien de se séparer
j'aime ces journées de liberté gagnées
j'ai fait de la bouffe
du ups
de la papeterie
de la banque
de toute de toute de toute
on s'est retrouvé pour faire la commande
et manger une bouchée
j'ai cuit enduit canné
et je me dis qu'en temps réel
je devrais faire cela le week-end
c'est-à-dire me garder du temps de liberté
les cinquante autres week-ends de l'année.

samedi 23 août 2014

sandwich wasabi



avant mon départ en vacances
était publié un article
sur la génération sandwich
celle qui élève des enfants
en même temps qu'elle prend soin
de parents vieillissants

je me suis dit alors
fiou ce n'est pas mon cas
car j'ai élevé les miens
comme louve dans la forêt
avec bien peu de choses
alors que j'avais vingt ans
et que je ne générais pas
les revenus que je gagne aujourd'hui

je comprends que les adultes
ayant des enfants dans la trentaine
ou la quarantaine
ont normalement plus de moyens
pour élever leurs ouailles
et que les enfants deviennent
une charge financière importante
école université sports cadeaux et activités
ce serait le cas si j'avais d'autres kids maintenant
je parle évidemment des parents
qui travaillent à revenus stables
avec les obligations quotidiennes que cela entraîne
je sais aussi que beaucoup
vivent dans la précarité
et que la question ne se pose même pas

mes flos ont décidé
de voler de leurs propres ailes
vers dix-neuf ans
je n'ai à charge aucune étude universitaire
je n'en aurais pas eu les moyens alors
mes fils auraient été logés et nourris
mais auraient payé leurs études
ou alors ils auraient fait comme moi plus jeune
partir et gagner leur vie
et c'est bien ce qu'ils font

cela fait donc près de cinq ans
que je suis encore une ado
vivant sans enfant
et avec des parents indépendants
et c'est maintenant
que je dépense mes énergies
à construire une retraite
c'est étrange non
je suis insécure de la retraite
comme près du tiers des canadiens sondés
dans l'étude ayant mené à l'article susmentionné
je ne veux plus d'hypothèque
je veux pouvoir vivre jusqu'à cent trois ans
en ne travaillant à ce moment
que de temps en temps

quand j'ai grandi enfant
deux familles chinoises
vivaient avec leur grand mère
il me semblait à l'époque
qu'elles étaient vieilles
bien plus que mes parents
lorsque mes enfants étaient petits
vieilles comme s'il fallait en prendre soin

j'ai dit souvent ici et ailleurs
que mes parents étaient des forces de la nature
eh bien ce sont aussi des humains vulnérables
si ma' tombe avant mon père malade
ce sera la catastrophe
en fait c'est dans le domaine du possible
mais ma mère étant forte et en santé
nous exempte du concept du besoin
elle veille au grain

alors qu'ils vivent de façon frugale
et sans revenus importants
à plus de soixante-dix ans
mes parents continuent à défrayer leur coût de vie
et au moins un voyage par année
pour nous visiter
des fois maman travaille un peu
quand c'est noël ils nous offrent
des enveloppes rouges
avec quelques billets américains

les dernières fois
où j'ai visité la californie
j'ai offert mes premières enveloppes rouges
c'était à ma grand mère
de plus de quatre-vingt-dix ans
qui visitait aussi
à son âge vénérable elle doit être assurée
que les petits prendront soin d'elle
c'est normal
elle en a élevé une tralée
je n'en ai donné que deux à l'humanité
je ne peux pas espérer

mais quand donc commence-t-on
à prendre soin de ses parents

je sais vous me direz
cela viendra bien assez vite
je me pose la question
car ils sont si loin
ils ont eux-mêmes grandi loin des leurs
dans d'autres continents
n'étant pas au chevet
de leurs parents malades
est-ce qu'on continue de vivre sa vie
comme si chacun pouvait prendre soin de soi-même
est-ce une question à poser
sauront-ils y répondre
je ne sais pas ce qui est normal
l'homme-chat dit suis ton coeur
mais mon coeur a peur
il ne veut pas savoir

heureusement qu'il y a mon esprit
pour m'y préparer.

samedi 16 août 2014

dis bonjour s'il-vous-plaît merci



tu auras toujours une place dans mon coeur
tu as marqué nos vies

je sais j'étais heureuse d'entendre ces mots
j'ai fait des au revoirs hier matin
ces phrases on devrait les entendre
plus souvent dans nos vies
pas qu'on en ait besoin
pour avoir confiance en soi
ou aimer la vie
mais c'est rassurant de savoir
qu'on fait une différence
avec si peu de gestes

ne pensant qu'à moi et ma sérénité
je voulais esquiver les adieux hier matin
me rendre au resto directement pour midi
remettre ma visa mon blackberry
ma carte d'accès et tutti quanti
je ne ressentais pas d'émotion
de tristesse ou de coeur serré
ce n'est qu'une décision professionnelle
je n'ai pas l'impression de quitter des gens
je ne fais que continuer mon chemin
pourquoi accorder tant d'importance
à un si petit changement
je sais que le monde est petit
et que je vais recroiser
certains d'entre eux encore
et comme pour mes fils
je ne m'inquiète de rien
je suis confiante que la vie soit bonne
pour moi autant que pour les autres

puis j'ai pensé à eux
à chacun d'eux
et je suis allée les saluer
un par un
parce que oui
ça fait la différence dans le quotidien

j'ai des relations interpersonnelles très simples
je ne suis en conflit avec personne
n'ayant que peu d'antennes
je ne perçois ni la malice ni les problèmes
je vis sur mon nuage rose
j'aime tout le monde

j'ai déjà été méchante
longtemps même
vaniteuse et orgueuilleuse
un monstre désagréable

devant mes parents si magnifiques
je ne peux qu'être inspirée
par la bienveillance et l'ouverture
j'ai choisi la gentillesse
la politesse le civisme
je salue ceux que je croise quotidiennement
je dis bonjour je dis merci
je souhaite des joyeux anniversaires
je souhaite un bon après-midi à tous
lorsque je suis bien servie
je remercie abondamment
je suis toujours reconnaissante
même si ça ne se manifeste pas outrageusement
même si je suis enfermée dans mon bureau
à transiger mes fonctions
mes préoccupations

je ne fréquente plus beaucoup d'amis
c'est fort complexe de recevoir et donner
sans qu'il n'y ait de comptabilité
j'ai choisi d'investir en moi
pour être la meilleure personne possible
je ne fais pas d'extravagance
je n'achète plus de cadeaux démesurés
je ne cours plus à la rescousse de mon entourage
je ne prête plus jamais d'argent
je n'offre plus de déménager
je ne me tords plus en quatre pour les autres
je ne donne pas aux mendiants
bref je suis à peine généreuse
mais je fais ce que je fais
avec le respect la bonne foi la considération

je crois au karma
je crois que la gentillesse et la droiture
sont la clé du bonheur et de la paix
je n'ai pas l'esprit de vengeance
je ne cherche jamais le trouble
et je ne mange jamais de mauvais coup

que l'on bénisse mon cul bordé de nouilles
j'ai le karma sain
j'aime les gens quand je les fréquente
c'est comme un code de conduite
j'ai l'air de faire la morale
mais crime c'est si simple
et on me le rend au centuple

j'en suis béate de gratitude!


samedi 9 août 2014

avancement



lundi j'aurai une entrevue de départ
les ressources humaines de la banque
s'interrogent sur la raison
pour laquelle les individus
quittent l'organisation

j'ai reçu cet appel au printemps de toronto
j'étais intriguée
par le recrutement en anglais
out of the province
pour l'entreprise au siège social
dans le quartier international

mais la banque n'avait plus le temps
de chercher
la commande était grosse et dure à combler
elle a sorti les gros canons

james m'a vendu le poste
que je lisais en biais
assez pour que j'écoute sa proposition
alors que je me plais très bien à mon travail
où je performe sur le pilote automatique
où je trône comme une reine dans mon domaine
je l'écoute car dernièrement
je suis un peu contrariée dans le fin fond de mon coeur
il y a quelques promotions qui se donnent
à gauche à droite à des copains
alors que je revendique la mienne
tranquillement depuis deux ans
je ne suis pas une opportuniste
mais j'ai été primée
et j'ai envie de continuer à construire
cela prend quelque pouvoir et reconnaissance
bref tout tardait à se matérialiser
dans un contexte en changement
où il y a trop à penser
à revirer le navire de bord
alors que cela ralentit tout ce qui y vit
c'est cela que je dirai en entrevue de départ lundi

j'ai négocié mes nouvelles conditions de travail
comme une grande
pendant plus de trois mois
avec des appels téléphoniques
à toronto à sept heures trente du matin
et une entrevue sur skype
je n'étais pas nerveuse
mais j'étais bien préparée
je savais ce que je voulais
je demandais trop cher
je voulais une augmentation de quarante pourcents
et il trouvait que c'était élevé
oui mais je quitte une zone de confort
une réputation un domaine d'expertise
pour prendre un risque professionnel
pour revitaliser un département atrophié
il faut me compenser

il est génial de négocier
quand on a tout à gagner
puis j'ai été conseillée
par chumette et par l'homme-chat
et si c'est un deal breaker
refuserais-je l'emploi si c'était trente plutôt que quarante
serais-je prête à perdre l'opportunité
et à rester dans mon emploi
à attendre ma promotion

c'est là que je me suis rendue compte
que le temps fait son travail
c'est en laissant mûrir une idée
qu'elle vous colle à la peau
il ne faut jamais rien précipiter

pendant ce temps mon esprit s'était fait à l'idée
qu'il valait mieux que j'élargisse mes horizons
que je dépasse la spécialité
qui me rendait une si bonne réputation
mais qui blindait le plafond de verre
qu'à promotion la spécialité nuit plutôt qu'elle ne sert
je voulais donc saisir l'opportunité
pour apprendre encore
d'autres industries d'autres activités
élargir mon réseau d'affaires mes contacts
et ma portée géographique
j'avais ma réponse
non je ne pouvais laisser aller cette chance

j'ai rencontré mes nouvelles patronnes
plusieurs fois
au début je craignais de travailler
avec des femmes
j'aime tellement les hommes
ils sont si faciles à vivre
et puis non
j'ai vu ma future boss
et sa vice-présidente
et god damn que ce sont des forces de la nature
des femmes de carrière
déterminées et transversales
il y a une grande force
dans le pouvoir au féminin
une écoute une intelligence émotionnelle
qui transperce les niveaux
une façon de construire matricielle
out of the box
j'ai tout de suite adoré
ce qu'elles faisaient
et ce qu'elles me confiaient

j'ai continué à négocier
avec james à l'aube
à l'heure du déjeuner
j'ai eu trente pourcents
plus plein de boni de signature
j'avais mon offre signée
tout le monde était content

ils attendaient maintenant
que je démissionne
pour annoncer et préparer ma venue en septembre
je ne voulais pas rendre les armes tout de suite
j'étais à huit semaines du départ
je ne pouvais me priver de deux mois de revenus
je leur ai dit le vingt-quatre juillet
avant que mon patron parte en vacances
j'ai continué mon travail assidu
et avancé des livrables appréciables
puis je me suis assise
avec mon jules adoré
pour lui dire que je partais
et il était déconcerté
il a pleuré
il voulait tout me donner
la promotion le centre-ville les nouvelles responsabilités
mais j'y avais déjà réfléchi
et rien de tout celà ne valait
le sentiment de recommencer à neuf
de sauter en parachute

je suis tellement heureuse
d'avoir géré ce dossier
comme une professionnelle
j'ai planifié j'ai discuté
j'ai calculé j'ai réfléchi
je me suis renseignée
j'ai questionné
j'ai tenu mon bout
ce n'était même pas difficile
ce sont des années de travail
c'était un deal comme un autre
un client à satisfaire
une entente à conclure
un soir je me suis dit
c'est à bien faire ce que j'ai toujours fait
à vouloir m'améliorer
à prendre des risques
à apprendre et à vouloir m'impliquer
que j'étais rendue là
à me négocier des conditions de rêve
pour aller apprendre et contribuer
à faire des pas de géants

je suis contente de partir
j'aime être un agent de changement
je déteste subir ma vie
je veux décider

je me suis toujours rappelé
une phrase de mon ancien collègue yvon
act as what you want to be
à partir du moment
où j'ai voulu avancer
je ne me suis plus jamais
habillée sloppy un vendredi matin
j'ai toujours enfilé mon suit et ma tête
de professionnelle
et tu vois ça a fait la différence
les gens ont confiance
que je serai capable d'apprendre rapidement
pour contribuer dans un domaine
que je connais à peine
et ils sont prêts à payer

et ils ont raison
ils m'ont déjà demandé
de présenter une conférence au congrès d'automne
c'est un nouveau départ
c'est un facelift total pour l'ego
now go!

samedi 2 août 2014

arpents d'amour




chérie
on va s'acheter une terre

c'était plus beau
qu'une demande en mariage

on en jasait
des cent arpents
avec pommiers et pins rouges
de la forêt pour marcher
un grand chien
on mettra des pancartes
terrain privé
pour quand on sera pas là
on sait même comment
on financera ça
dans quelques années

on pensait pas à ça à vingt ans hein

on va aller en voir
en mode exploratoire
il a dit laisse-moi ça
c'est sa partie de notre plan de vie

quand l'homme-chat
parle de ses projets de vie
tu veux vieillir avec lui
et bien sûr tu en fais partie
dans l'amour il y a tout
le sourire dans les yeux
l'entraide le soutien
la fierté l'admiration
mais il n'y a pas plus belle
déclaration d'amour
que l'envie de vieillir ensemble.