samedi 29 novembre 2014

vertigo



un jour j'ai écrit un plan de vie
si ce n'était à la havane
en janvier deux mil huit
alors exposée à plusieurs choix de carrière
mon copain m'avait dit
prends une feuille et quadrille la
dans les colonnes indique
tes choix de carrière incluant
le poste occupé
et dans tes rangées indique
les critères qui te sont importants
après coche les cases avec des plus ou des moins
et le choix le plus payant tu choisiras
peu de temps après cet exercice éclairant
je prenais une feuille de papier
et j'étendais un plan de vie

j'en ai déjà parlé
c'est celui auquel je repense
quand je suis débordée
j'y ai pensé cette semaine
quand soudainement
après une superbe course dominicale
toutes mes intentions engagées
se sont évaporées
le lundi matin alors réveillée
je me suis recouchée
sans aller nager
le mardi matin réveillée
je me suis recouchée
sans aller jogger
toujours en me préparant la veille à y aller
je me suis dit ça y est je suis surmenée

je parie qu'à cette époque l'an dernier
je l'étais également
et j'ai dû déjà vous raconter
que je meublais le temps
pour ne pas avoir le vide
pour être dirigée en toute sécurité
je planifiais mes activités
pour évoluer car j'haïs gaspiller
car il n'y a aucune réponse existentielle autre
car sur cent trois ans
je voudrais avant de devenir pissenlit
avoir appris
mais c'est tout le contraire de l'orientalité
celle qui évolue dans la sérénité
la force dans la tranquillité
je suis fébrile comme il n'est pas permis
je sautille je trépide sous prétexte de vivre
et bien sûr un jour je suis fatiguée
je dors je récupère je sors je bois je m'amuse
j'ai envie d'évasion je book un voyage
je suis romantique nostalgique
j'écoute de la musique fort
je danse je m'écroule je dors

quand je me réveille
après un hiatus d'une ou deux semaines
je me souviens de mon plan de vie
et reprends le contrôle rationnel des choses
je déleste j'abandonne
je vois clairement les choix que j'ai faits
qui ne respectent pas la consigne
de l'objectif à long terme
mais qui représentent un défi de luxe
que malheureusement mon énergie ne me permet pas
et à regret je fais marche arrière
sous peine de tomber malade pour toujours

c'est fou comme dans ces moments
il est salutaire d'être bien accompagné
d'avoir un conjoint qui voit plus clair que soi
et qui aide à nous réaligner

mes pensées sont mal exprimées
et il y a définitivement trop de je
même cette tribune ne respecte pas la consigne
qui est d'écrire hebdomadairement
afin de me faire la main
elle ne comprend aucune contrainte
mais elle me fait du bien
je ne sais pas si j'arriverai à réaliser
mon grand plan de vie
je sais que mes tripes veulent
que je traverse la vie avec plaisir et enthousiasme
et fort heureusement
ma raison m'aide à rester équilibrée

sur ce je vais me recoucher
mais pas trop afin de ne pas tout manquer.


samedi 22 novembre 2014

élever


cary grant, bringing up baby, 1938

depuis quelques temps
je petit-déjeune en semaine avec des amis
ce qui est très bénéfique
pour la fille qui n'a plus de vie sociale
par manque de temps et d'intérêt
et qui est poignée à prendre des décisions
sur lesquelles elle n'échangeait plus désormais
qu'avec le cercle très sélect
de son mari et de son chat

or donc
cette semaine
nous parlions des gens
qui ont de mauvaises manières
ceux qui manquent de social grace
cette expression empruntée
d'une autre amie
bref ces gens qui ne savent pas vivre

nous nous demandions si cela valait la peine
de leur dire de mieux se conduire
d'être plus matures
pouvaient-ils encore changer
à défaut de s'antagoniser la planète
au complet
ce qui serait bien dommage
puisqu'au fond ils ne sont pas tant méchants
que maladroits
ils auraient à donner et à recevoir
et tout le monde en sortirait gagnant

avant-hier bébé relatait
s'être fait engueuler par une folle à lier
une autre chumette avait coupé les ponts
avec une ex amie plus du tout intéressante
je l'ai fait également cette semaine
à l'occasion d'un anniversaire

dans le métro je me suis rappelé
crispi qui citait un jour meryl streep
disant elle-même n'avoir plus de patience
pour ce genre de personnes
je me souviens que lorsque j'ai lu cette citation
je trouvais cela bien prétentieux
de dire qu'on n'avait plus de patience pour d'autres
portant un jugement sur ce qui est vertueux
et ce qui clairement manque de fini
comme si on trônait en haut de l'espèce humaine

je suis du type plus indulgent
mais si je vous le dis
je veux dire je vois le bon en chacun
et tout le monde mérite une deux trois chances
donc j'ai tendance à dire mais oui
disons-lui de mieux se conduire
d'apporter à boire à nos partys
de s'exprimer sur les bonnes tribunes
et en privé quand il le faut
de faire preuve de délicatesse
de vivre avec les autres
et non de les utiliser
d'être souriant et de remercier lorsque doit
etcetera

tout le monde a ses défauts
il y en a des condescendants
des contrôlants des insécures
des violents
ah zut fallait pas dire violents
des colériques
des endormants des fatigants
des téteux des puants
des lents des extravagants
des égocentriques
des innocents
des sceptiques

et j'en suis

alors oui
tout dépend de l'intérêt que l'on porte
à cette personne
des fois c'est notre fille notre mère
notre garçon notre patron
on décide alors d'élever
en anglais is to bring up
comme dans élever des enfants
mais aussi comme dans amener le sujet

mais des fois comme diraient meryl ou crispi
quand il y a un manque de volonté flagrant
ou aucun potentiel latent
alors ça ne vaut pas la peine
quand on a le choix de choisir
on préfère ce qui est simple et généreux
et évolue en harmonie

tant pis pour les pas fins.


samedi 15 novembre 2014

prêt à cueillir



oser

c'est mon verbe intransitif préféré

en anglais is to dare
qui est un peu trop fort
soeur de la tentation du diable
une notion de risque supplémentaire
une témérité inutile et déraisonnable
celle qui provoque
de façon insolente et juvénile

j'ai déjà parlé d'oser
je l'aime de plus en plus

il s'agit de l'audace
celle d'essayer
comme un essai gratuit
ou remboursement garanti
l'audace qui nous pousse un matin
à choisir le chemin différent de la veille
et ce faisant
nous rend un tantinet grisé
mais nous fait ensuite sentir bien
comme après un bon sprint
rassuré d'avoir enfin pris cette décision

car l'audace n'est pas folle
elle est le moteur qui appuie sur le bouton
elle prend rarement une décision
qui nous est totalement inconnue
nous l'avions déjà murie
mais n'osions pas
ce n'était que la paresse
et le confort

que l'audace nous sorte
de notre zone de confort
c'est exactement ce qu'elle fait
et c'est cette petite poussée
tout comme l'effort qui fait mal
cette poussée qui nous fait avancer
qui nous fait franchir la rivière
et passer à une autre étape
l'audace c'est la confiance en soi
elle connaît nos limites et nos capacités
elle est fille de notre expérience
et c'est pour cela que l'on y fait
de plus en plus confiance
comme un moteur
que nous aurions construit toutes ces années
c'est notre corps et nos aspirations
traduits pour notre esprit
l'audace est notre coach personnel
si nous n'embarquons pas dans sa caravane
nous ratons un sapristi de voyage
nous gaspillons notre vie
qu'on a beau dire n'est pas longue
mais qui devient éternelle
dès lors qu'on s'ennuie

quand on témoigne
d'un acte d'audace
par une personne qu'on aime
cela nous émeut profondément
nous emplit d'un bonheur chaud
ce sont des actes d'évolution

oser
c'est quasi conscient
quand on y arrive
il faut se laisser tomber comme le fruit mûr
c'est pour cela que la milliseconde
pendant laquelle on se sent
l'étourdissement et l'euphorie
il faut écouter son papillon dans le ventre
et s'envoler

car
comme une organisation que je connais bien
disait à ses clients

oser ça fait grandir.

samedi 8 novembre 2014

jamais deux sans trois



heureusement nous ne sommes pas deux
nous ne sommes qu'une sur trois
une sur trois vous y pensez
ayant subi une agression sexuelle

lundi matin au déjeuner
alors que les portes ne s'étaient pas encore ouvertes
sur les #agressionsnondénoncées
nous ne faisions référence
qu'à la sordide affaire ghomeshi
une autre affaire de persona
une affaire de pouvoir
une affaire de déviance et d'abus

comme chaque femme l'a fait depuis
j'y ai beaucoup pensé
comme beaucoup l'ont fait depuis
je veux en écrire
je veux dire

j'ai dit nous mais je n'en fais pas partie
lundi matin nous pensions une sur deux
nous disions qu'autour de nous
nous connaissions des femmes
ayant subi une agression physique ou psychologique
je me retourne et soit je ne connais personne
soit je suis bénie des dieux
et mes amies aussi
soit je ne vois rien
je pense que c'est ce dernier constat qui prévaut
ça ne peut être que ça si je me fie aux chiffres
j'ai déjà dit que je n'avais pas d'antenne
à ne pas détecter une femme sur trois
victime de violence
faut être aveugle en sacrament
surtout à mon âge qui frôle le demi-siècle

ou peut-être le cachent-elles si bien
comme elles doivent le faire
pour toutes les raisons connues maintenant
depuis deux jours
pour ne pas subir de douleurs additionnelles
pour ne pas être davantage ostracisées
pour continuer à fonctionner dans la vie
car elles ont choisi de vivre
plutôt que de mourir
plutôt que d'en finir
je ne peux pas dire le courage
c'est indicible pour moi qui n'ai pas vécu ça

je peux imaginer comment ma vie serait différente
si on m'enlevait la liberté de la naïveté
de la candeur de l'innocence
je suis bénie des dieux je le répète
surtout considérant une jeunesse
si gourmande de volupté
si amoureuse du désir
j'aurais pu me retrouver
aux bras et à sang du premier venu
et pourtant
je n'ai jamais été battue violée

je me suis battue
conjugalement parlant
une fois ou deux
avec forces bras cou et tralala
ça n'a pas duré
j'ai quitté le gars
c'était un moment d'emportement
nous étions tous les deux fous

j'ai été amoureuse languissante
d'hommes qui ne me voulaient pas
autant que je les voulais
j'aurais été une proie si facile
et pourtant
ça ne m'est jamais arrivé

à vingt ans
un itinérant m'a frappée
comme je marchais vers le métro
je suis sure de l'avoir déjà écrit
ma chum d'université m'a dit
pense à avoir une bulle autour de toi
une enveloppe d'invincibilité

je traverse la vie
avec impunité et confiance
je ne veux pas au grand jamais
que quelqu'un m'enlève ce droit de vivre
bulldoze mes fondations de maslow
je ne veux pas vivre dans la terreur
alors que je suis émancipée
à tout lire je pense que c'est un privilège
mais non dis-je
de quel droit peut-on me faire mal

je ne veux pas être le sexe faible
je ne me suis jamais sentie ainsi
vous êtes braves
belles filles belles femmes belles dames
j'ai maintenant tant d'empathie

merci de continuer à dénoncer.


ps :
la photo
shooting artistique controversé
inspiré du viol collectif de nirbhaya en 2012

pps :
sur une note plus joviale
cette semaine fut couronnée par le baptême
du nouveau blogue de geneviève allard
qui nous donnera j'espère d'autres beaux mots cerclés

en l'ajoutant dans mon blogroll
je me suis rappelé que j'aimais
beaucoup zoreilles
que je n'avais pas lue depuis trop longtemps
j'y suis retournée avec grand plaisir

bonne lecture.

samedi 1 novembre 2014

assis dis-je



geneviève nous a récemment transmis
un article dans lequel on parlait
de zitzfleisch

mot yiddish
contrôle de soi
patience
capacité de rester assis longtemps
assis
cul

ce nouveau mantra
est pertinent
à mon époque
où tout me distrait
où je ne sais plus mener
un ouvrage de longue haleine
sans m'interrompre quarante-douze fois
pour faire n'importe quoi d'autre
où mon esprit est constamment dissipé
où je ne sais plus rester concentrée

je manque de zitzfleisch
je suis donc en retard sur mes échéanciers
that's it that's all
c'est pas compliqué
faut que je réinvestisse cette aptitude
je peux facilement imaginer mon père jeune
assis devant un bureau
à lire et retranscrire pendant des heures
sans distraction
malgré le bruit ambiant
et les enfants courant autour de lui
je me souviens des heures passées
à dessiner à peindre
lorsque j'étais plus jeune
ça n'a pas empêché un mba
un bac en douze ans
une carrière stimulante
et d'autres réalisations
mais tout est rigoureux
rien n'est simple

je suis devenue impatiente
je suis orientée vers les résultats
je ne finis pas
j'essaye d'aboutir
je tourne les coins ronds
et lorsque vient le temps
de faire un travail plus ardu
me demandant un effort supplémentaire
j'ai besoin d'aide
de feedback de va et vient
de relecture
d'analyse
de synthèse
et on recommence
je ne manque ni de méthodologie
ni de rigueur
mais j'ai perdu l'endurance
je peux persister et me répéter
mais non renouveler mon raisonnement
tout en l'articulant clairement
pendant six heures de suite
j'ai perdu cette faculté
car j'aime trop
ce qui me sucre le bec rapidement

je ne vois pas le jour
où je courrai un marathon
où j'écrirai un roman
où je soumettrai une thèse
où je cuisinerai français classique
où je serai yogi

zitzfleisch 'stie
zitz the fucking fleisch.