samedi 26 décembre 2015

faire



jeudi je lisais une chronique
sur la relation entre l'argent et le bonheur
le lien sera au bas du billet
ça m'a touché car ça disait essentiellement
qu'à partir d'un certain seuil de confort assuré
les dollars marginaux gagnés
n'apportaient pas de bonheur supplémentaire

dire que je suis à l'argent
est un euphémisme
enfin je suis insécure du cash
et c'est important pour moi d'en avoir
pas que je veuille toujours plus
mais que j'ai peur d'en manquer

j'occupe beaucoup de mon temps
à essayer de ne pas manquer d'argent
je consacre quarante heures par semaine
à un emploi exigeant dans un environnement stressant
à essayer de remplir mon mandat
et mériter un salaire
j'étudie un soir par semaine
plus tous les soirs s'il le faut
en période d'examen
pour essayer d'obtenir un titre professionnel
au cas où je n'aie plus d'emploi salarié
pour continuer à assurer ma subsistance
je fais sans cesse du réseautage
pour être sure de ne pas perdre le contact
avec le monde des affaires
je fais du sport pour rester en vie
et je m'implique socialement
pour rester connectée avec la vraie vie

je parle donc de cet article avec l'homme-chat
qui répond que nous ne manquons pas d'argent
mais que nous manquons cruellement de temps

je ne pense pas manquer de temps
car si je coupais toutes mes activités
pour ne laisser qu'un emploi à temps plein
ne serait-ce qu'un peu moins rémunérateur mais moins stressant
j'aurais beaucoup de temps libre
et je voudrais tout de suite le meubler
avec plein de choses que j'aime
et ça donnerait exactement la même chose
que mon emploi du temps actuel

il n'y a pas grand chose avec lequel j'occupe mon temps
qui ne me plaise pas
je viens de m'inscrire à un autre certificat
je ne vous dis pas lequel
je ferai dès octobre deux mil seize
un autre cours par semaine
en sus de mon cours de comptabilité
je me suis inscrite en novembre
aux techniques d'arts martiaux avec la comète
j'ai dû abandonner par manque de temps
en période d'examen
je reprendrai en janvier
je n'ai pas nagé depuis un mois malgré que j'adore ça
car je n'entends pas le réveil matin
depuis mon vingt-quatre heures de tremblant
ce sera un autre retour à la rentrée

ce qui tue c'est la vitesse à laquelle j'exécute chaque chose
sans respirer sans pause en sautant de l'une à l'autre
mais il y a juste trop de choses que j'aime faire
et à cet égard oui je manque de temps dans le temps
je crois que c'est pour cela que je veux vivre vieille
et en santé physique et financière
le pourquoi du comment
cqfd

hier c'était congé
j'ai dormi tard
j'ai mis de la musique
j'ai emballé des cadeaux
j'ai dessiné des portraits
j'ai fait un ragoût des biscuits des pâtisseries
et j'ai regardé trois séries
j'ai adoré ma journée
car j'avais le temps de faire chacune des choses
sans échéancier ni dérangement
aucune visite à heure précise aucun compte à rendre
je me suis demandée pourquoi
je ne cuisinais pas plus souvent
et sais-tu quoi
j'ai réalisé que j'ai fait tout cela
parce que j'avais à les faire
le tout pour aujourd'hui
que si j'avais plein de temps libre
et aucune obligation
je ne ferais rien
je le passerais à m'ennuyer
ou à me créer d'autres objectifs

comme m'a dit un père nowell
chez nous jeudi soir en buvant un tit rouge
la vie a horreur du vide.

tiens : l'article sur l'argent et la pyramide de maslow.

samedi 19 décembre 2015

get a life



j'ai pété ma coche hier sur le web
à l'encontre des gens qui emplissent les entreprises
de façon égoïste à tout prendre et à ne rien donner

je continue mon éditorial sans pitié

au quotidien ces gens ne m'irritent pas
je suis concentrée sur ma job
mais à titre de collègue et de gestionnaire
il y en a qui me font suer à l'occasion
et ça me choque de constater
autant de petitesse
chez des gens pourtant intelligents

je travaille comme bien d'autres
de nombreuses heures par semaine
je gagne bien ma vie
si je ne travaillais pas comme je le fais
je ne mènerais pas la vie de rêve
que les gens me croient vivre à temps plein

mon employeur me paye bien
surtout parce que ça fait longtemps que je travaille
mais pas que
surtout parce que depuis tout le temps que je travaille
je n'ai jamais arrêté de donner
de parfaire mes connaissances
d'étudier à temps partiel pendant maintenant vingt ans
de lâcher le confort après dix-huit ans
et la possibilité de faire deux cent sinon cinq cent mille
pendant ne serait-ce que quelques années
de narguer des employeurs
en demandant des conditions high in the sky
que je n'ai pas obtenues
et à redescendre au bas de l'échelle salariale et hiérarchique
à trente-neuf ans pour le kick d'apprendre
dans un tout autre domaine
après avoir quitté sans prime ni espoir de chômage
et investi quelques deniers à aller m'instruire sur la chine
avec jean-françois lisée aux écoles d'été du cérium
j'ai recommencé encore
en changeant d'emploi et travaillant à commissions
j'ai bien vu que je ne savais pas faire
et j'ai tout de suite salué ceux qui en avaient le talent
j'ai appris qu'il était très difficile de commencer
à zéro dans un nouveau domaine
et j'ai encore payé pour apprendre
je suis revenue en force
avec mes compétences et mon réseau
et me suis payée la traite dans le bancaire
à aider des entreprises à se construire et se développer
et quand je me suis mise à m'emmerder
il y a deux ans j'ai voulu lâcher et prendre un long congé
pour faire mon cours de pharmacie ou de comptabilité
avant que cette autre banque ne m'appelle
pour m'offrir un autre défi
encore une autre aventure

je suis ce genre de personne

on dit que je suis devenue corporate
à travers les années
le principe est simple
je respecte celui qui me paye
c'est élémentaire
ne mords jamais la main qui te nourrit

que ce soit ton client
que ce soit ton employeur
que ce soit ton gestionnaire
ne chiâle pas de tes conditions
négocie justement s'il le faut
mais de grâce il y a mieux à faire
que de te plaindre
contribue améliore
ça va te rendre heureux

donc je suis corporate
je ne suis pas une yes lady
mais contre ma paye
je donne tous mes efforts
c'est pour cela que je suis là
pas pour être en vacances
ou jaser de ma robe ou de la température

goddamnfuck

ce qui n'exclut pas
qu'il me soit arrivé de boire du vin
sur mes heures de travail et sur mon lieu de travail
qu'il me soit arrivé de lancer mes souliers
à plus de cinquante pieds de mon bureau
à vingt ans j'ai même lancé des dossiers
qu'il me soit arrivé d'écrire le mot fuck
dans un courriel vers l'ontario
qu'il me soit arrivé de me disputer
avec le président de l'entreprise
et de sacrer ma job là un vendredi matin
en ballerines

mais oui quand je rentre je travaille
quand je travaille le week-end
je ne demande pas congé à ma boss le lundi
je me fixe des objectifs
et je suis sévère envers moi-même
je ne les atteins pas toujours
et j'en porte un énorme poids
tiens je médite
mais je stresse à rien dans mon travail
si j'ai pas envie de travailler
j'ai juste à quitter
à changer
à prendre ma vie en mains

cawlice

je suis consciente qu'il y a un pan de gens
inaptes au travail
à cause d'un handicap intellectuel
d'une maladie ou encore d'analphabétisme
mais t'sais quoi
il y a même des gens
qui reprennent le chemin de l'alphabétisation
à dix-sept trente ou cinquante-cinq ans
ceux-là ils m'énervent pas
ceux-là je travaille à les aider
en marge gratuitement probono

ceux qui m'énervent
ce sont ceux qui se plaignent
que leurs fonds de pension n'est plus aussi généreux qu'avant
ce sont ceux qui chialent à seize heures en novembre
parce qu'il fait noir dehors ou qui baillent aux corneilles
car ils sont debout depuis cinq heures à matin
mais au bureau juste à neuf
ce sont ceux qui sont totalement insatisfaits
car le montant du boni n'est pas comme ils pensaient
alors qu'un boni c'est ce que ça dit mec
c'est du gravy prends jamais ça pour acquis
ce sont ceux qui sont dans leur bureau au chaud
et qui fulminent contre les manifestants
en les traitant de pouilleux
ce sont ceux qui comptent à haute voix
les jours jusqu'à leur retraite
ce sont ceux qui passent leur temps
sur leur téléphone intelligent plutôt que sur leurs dossiers
ce sont ceux qui ne se lèvent pas
pour aller aux déjeuners causeries ou aux lunchs conférences
ce sont ceux qui ont perdu l'intérêt d'être là
qui ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont
d'être payés le jeudi pour leur très maigre contribution
avec dentiste et médicaments en prime

t'as le droit de pas être intéressé
je suis sure qu'il y a cent mille autre choses
qui te passionnent dans la vie
va les rejoindre tout de suite please

je sais ça prend un peu de gutts
mais je suis sure que tu en es capable

ah oui
et merci.

samedi 12 décembre 2015

le mot de mo


foyer de la bibliothèque marc favreau

machiavel cervantes shakespeare
dostoïevksy kafka nietzsche
hugo balzac zola
hemingway steinbeck thoreau
gide camus sartre
eco barrico castaneda
james oates gilbert
nelligan vigneault tremblay
miron laferrière ducharme
archibald moutier séguin
forget lefebvre perreault

l'analphabète n'a jamais lu

l'analphabète ne lit pas non plus
la posologie de son médicament
ni le nom des rues dans la rue
ni sur google map
l'analphabète ne fait pas de recherche sur le web
ne consulte pas wikipedia
l'analphabète fait la file à la caisse
n'utilise pas le guichet automatique
l'analphabète n'a pas fréquenté
astérix lagaffe ni talon
ni lu ses premières histoires chez sa tante
dans le reader's digest
l'analphabète ne se fie pas aux recettes
ni aux mises en garde sur les flacons de produits dangereux
l'analphabète ne lit pas le journal de montréal
ni le devoir ni le national geographic
ne fréquente pas la bibliothèque
pas plus que ses expositions
l'analphabète n'aide pas ses enfants
avec leurs devoirs
n'écrit pas de mots d'amour à sa douce
ne balance pas sa caisse le soir
l'analphabète ne remplit pas le formulaire de santé
à la clinique médicale ou dentaire
ne lit pas les plateformes électorales
l'analphabète ne vote pas

l'analphabète a développé plein de trucs
pour évoluer dans la vie
et ces trucs sont en train de lui glisser sous les pieds
avec la technologie prenant une part si grande dans la vie
la disparition des conteurs et lecteurs publics
la disparition des emplois manufacturiers routiniers
l'analphabète perdra bientôt sa voix dans la société

savoir lire et écrire n'est pas juste
avoir l'accès à la culture et à l'érudition
savoir lire et écrire
c'est pouvoir se nourrir et évoluer sainement
c'est éviter la misère
c'est comprendre et appréhender son monde
c'est vivre à sa pleine mesure
comme être humain à part entière.

ici.

samedi 5 décembre 2015

l'argent pousse-t-il dans les arbres?



je fais du développement des affaires
depuis deux mil huit
ça veut dire que je convaincs des gens
de choisir notre option
plutôt que celle du concurrent
ça implique que je demande

certains diront que c'est de la vente
avec intelligence perles et résille
mais il y a surtout de l'expertise
de l'écoute et de la négociation
au bout du processus
tout le monde est content

depuis quelques temps
je m'implique également à lever des fonds
et plus intensément depuis deux mil treize

certains copains trouvent ça difficile
de lever des fonds
mais la seule clé est de demander

à deux reprises j'ai demandé
à des vice-présidents exécutifs de grandes banques
de m'épauler dans des projets caritatifs
à deux reprises ils ont décliné
à cause d'horaires trop chargés
mais à deux reprises ils m'ont félicitée
de m'être impliquée
et ont bien sûr donné à la cause

alors voilà copains
la clé est là
le muscle de la levée de fonds ça se développe
comme celui du coeur de l'esprit et du corps

quand vous levez des fonds
la conclusion est gagnante pour tout le monde
pour celui qui collecte
pour celui qui donne
et ultimement pour le bénéficiaire

on me donne beaucoup
et on me dit toujours que peu s'impliquent
en fait ils me donnent
car ils ne s'impliquent pas autrement

alors sachez ça
quand vous levez des fonds
vous ne harcelez pas
vous le faites fièrement
comme une race rare de gens dans l'action
et avouez-le c'est pas forçant comme action
un courriel par ci un autre par là

il n'y a aucune indigence dans ce geste
que de la beauté
et de la grande dignité
vous levez des fonds
car vous savez le faire
en fait vous ne faites rien
vous faites transiter des sous
passant d'un citoyen prêt à aider
mais qui n'a ni le temps ni l'engagement
et qui peut le faire par le portefeuille
à quelqu'un qui a besoin d'aide
qui a eu un coup dur ou qui est malade
comme tricoter une tuque
c'est exactement le même geste
ça vient du coeur
ça va au coeur

dans beaucoup de cas
on vous donne
simplement parce que vous demandez
parce que vous avez le courage de le faire
peu importe la cause

voyez comme c'est puissant
et comme c'est facile

je n'hésite jamais à demander
des fois on me dit non
dans toute ma vie
j'ai connu peu de refus
je demande tout sincèrement
sans hésitation
avec la pureté du coeur
je suis humaine
je suis honnête
quand on ne peut me donner
on me le dit
personne ne se sent obligé
personne ne me ment
je collecte

la vie est bonne

ce n'est pas un geste difficile
les gens qui lèvent des fonds le savent
on s'échange du cash d'une cause à l'autre
ce sont juste des affaires
comme des romans qui voient le jour
peu importe qui le fait
nous ne sommes que des véhicules
pour répandre l'aide

ce doit arriver
c'est la redistribution de la richesse
et c'est très noble

ne craignez jamais
de lever des fonds
c'est pour aider
vous
eux
la société

la tête haute les amis
et félicitations!

samedi 28 novembre 2015

liste



j'adore les listes
et j'en écris souvent
joblo nous racontait vendredi la poésie des listes

dans mon quotidien outlook
où les meetings se bousculent les uns après les autres
sans période de transition
pour absorber les temps de déplacement
de pipi de café de reprendre mon souffle
je prends de temps en temps
mon sharpie et mon cahier
pour réécrire les trois choses les plus importantes à faire
afin de ne pas les oublier
ironiquement ces trois choses
ne sont jamais pluggées
dans mon calendrier outlook
je me promène donc la plupart du temps
sans sentiment d'accomplissement

hier en roulant
je disais à l'homme-chat
que fils numéro deux avait confirmé pour le vingt-six
le vingt-six décembre
déjà

de décembre à décembre
il n'y a que trois cent soixante-cinq fois vingt-quatre heures
qui s'écoulent à une vitesse
exponentiellement plus rapide qu'il y a vingt ans

j'ai décidé de faire cette liste
pour me rassurer
que j'ai existé cette dernière année

passé le nouvel an à bed stuy à découvrir brooklyn
invité mes vieux amis à souper à la st-valentin
vu et entendu marion et sa gang jouer au carnegie hall
passé la journée internationale des femmes à miami
organisé le groupe de course et de levée de fonds scotia
pour la fondation alpha
couru un premier demi-marathon
reçu une vraie copie officielle de mon acte de naissance
fait ma vingt-huitième déclaration annuelle de revenus
allée à harvard voir rothko
acheté une robe chinoise rouge
vu la mer et les motos à biarritz
absorbé les oeuvres de gaudi et mangé la catalogne
vu et bu torres
mariée en cachette
foxé le triathlon auquel j'étais inscrite
rénové un logement au deuxième
commencé le cours sur l'impôt du revenu
fêté l'anniversaire du changement de carrière
pêché pour la première fois de ma vie
couru un deuxième demi-marathon
meublé et loué le deuxième aux voyageurs
fait le plus beau banquet de cour ever
avec la famille les amis et la chum eva de mon enfance
vu lemieux et chuck close à new york
soufflé mes quarante-huitième chandelles en commençant la méditation
soumis ma myopie au laser
signé des nouveaux locataires pour le six-et-demi
résilié le bail au troisième
terminé mes salons et voyages d'affaires de l'automne
peint des pièces et changé le comptoir de cuisine au troisième
regardé l'homme-chat refaire la salle de bain
accepté l'invitation de la comète pour débuter les arts martiaux
acheté mes premiers gants de boxe
repartie pour une escapade hors la ville

respiré mangé dormi baisé
couru nagé lu quelques bouquins
bu quelques bouteilles de vin
et des dizaines de coquetels
ri aimé joué

il y a les endroits
il y a le coeur
il y a les amis
il y a l'esprit

il y a les listes pour voir clair dans la vie.

---30---

samedi 21 novembre 2015

ohm


yue minjun
the baptism of christ - 2010

je souris beaucoup ces temps-ci
pas comme une béate conne
j'ai dit ça sur fb récemment
j'ai rien contre les béats comprenez-moi
j'en veux un estique de truck load de béatitude
si vous voulez savoir

je voulais dire
que je ne souriais pas comme une béate conne
pas comme une imbécile heureuse

je suis loin d'être imbécile
okay oui peut-être un peu
mais je suis toujours très proche du bonheur
quand je n'ai pas carrément les deux pieds dedans

mais je n'ai pas toujours souri

donc
depuis quelques semaines
dans les endroits publics
je souris
ça vient tout seul
c'est complètement nul
j'ai un rictus et le coeur chaud
dans la rue
dans le métro
au travail
au siège social
à l'école
c'est pas badrant
chu rendue que je parle au monde
i mean
je parle aux inconnus
je disais avant merci et pardon pour sortir du wagon
je dis maintenant bonjour
oui
bonjour

je dis bonjour
aux itinérants
aux parents d'enfants
aux minorités visibles
les colorés
ça doit être à cause de deepak qui me parle
avec son accent indien
matinalement depuis presque trois semaines

je dis bonjour à tout le monde
je suis rendue une vraie boutte en train
c'en est insupportable

mais c'est faux
c'est totalement supportable et heureux
et dire que j'étais bête avant

je donne des conférences aussi
depuis près de dix ans
sur un stage devant la classe devant du monde
au travail au mba devant les raccrocheurs
devant les futurs entrepreneurs
devant les mêlés
devant les collègues
devant la direction

et savez quoi
j'aime tellement ces moments
alors que je partage avec le monde
que je leur pose des questions
qu'ils me répondent
qu'on fait la conversation
que des étincelles passent dans nos regards
je les aime

ça y est
j'aime le monde

j'aurais jamais pensé
j'ai arrêté d'intellectualiser les relations
j'ai laissé tomber des préjugés
j'ai fait un peu de place à la méditation
alors que je fuyais ça comme l'ésotérisme
qui me semblait aussi horrifiant que l'exorcisme
j'ai laissé un peu de place au coeur
celui qui ramollit quand il voit un enfant
ou un chien dans la rue
le coeur qui s'émerveille
le coeur tendre
et le sourire est arrivé tout seul

fuck que c'est agréable le bonheur

i love you

take care les babes! xxx

ps : i still don't use drugs.

samedi 14 novembre 2015

funérailles



mon coeur est en bernes
comme le vôtre
quand la barbarie frappe le familier
je suis plus mobilisée qu'autrement
je connais à peine palmyre
mais la ville lumière plongée
dans la grande noirceur
est une image des plus funestes

l'humain est capable de la plus grande infamie

pendant trois semaines
la méditation me fait devenir plus forte
elle m'aide à trouver une force intérieure
une lumière orange
dans un monde frénétique
elle m'aide à faire du sens
car il est vrai
la vie moderne n'en contient pas

la violence est une autre réponse
à la quête de sens
il est facile d'endoctriner
la vie est folle

pendant des millénaires
l'humain a construit
l'humain a détruit

la saint-barthélémy
à paris il y a quatre cent cinquante ans
sans l'était islamique

le jour du souvenir
le collectif dysturb qui nous rappelle
que l'horreur est présente dans le monde
qui nous sensibilise la rétine
à l'actualité internationale
car il nous dit que nous ne la lisons plus
nous ne la voyons plus
nous ne voyons la syrie que dans notre capacité
de recevoir d'accueillir d'aider
nous ne voyons l'étranger
que dans cette femme en burqa
vendredi après-midi dans le métro de montréal
jugée par les quatre-vingt-cinq personnes
partageant son wagon

quand la barbarie frappe en occident
elle touche nos repères nos proches
nos plans de vacances nos affaires nos transits
nos joyaux notre fierté
nous redevenons des animaux
noyés dans l'incompréhension

il n'y a aucune solution
chérissons chacun des bonheurs que la vie apporte
c'est une grâce que de pouvoir aller en paix

l'humain est encore monstrueux
à défaut d'être heureux.

samedi 7 novembre 2015

cosmic girl


michel granger
pochette de l'album équinoxe
de jean-michel jarre

les larmes me viennent aux yeux
rapidement ces temps-ci
comme si j'avais un coup de foudre
tu sais comme si j'avais le trac
le trop-plein veut faire éclater mon plexus
c'est la préménopause
c'est headspace oprah deepak
elizabeth gilbert
la création l'envie de faire
le umph de la vie
je ne sais quoi

speedy me l'avait dit jeudi
quand nous sommes allées écarter nos genoux
au yoga sur chaise à deux cent femmes
avant d'entendre cette femme d'expérience
nous parler de la magie de la vie

une semaine avant j'avais failli
aller écouter le moine bouddhiste ricard

je me dis fuck
ça y est
les astres conspirent
j'écris des haïku
peut-être cela se décline-t-il
s'accordent-ils au pluriel
je ne le sais pas

chumette me dit que je devrais écrire
et puis quoi encore
je ne le ferai pas j'ai le trac
deepak me dit que je dois faire confiance
en l'authentique moi

mais il ne dit rien l'authentique moi
dans l'avion je voulais crisser ma job là
caller off
puis liz me dit de pas laisser ma job de jour
de toute façon je ferais quoi
dis-moi
je ferais quoi
fuck you la vie

j'aime trop ça être moi
je suis comme je suis
j'ai déjà crissé la job là
pour me retrouver ailleurs et allonger le chemin
revenir en arrière chercher quelque chose
perdu mes barniques

ma vie de tous les jours je l'aime
car je m'écoute sans arrêt je m'ausculte je me siphonne
je n'arrête pas de m'écouter
taper sur ces touches de macbook air
comme j'aime ce son et cette sensualité
cette physicalité du clavier
cette danse des ongles sur les touches
je m'écoute
je sais donc quand j'ai envie de mourir
de baiser de manger de dormir
de boire d'écrire de méditer de courir
de réfléchir de dépenser
je sais aussi que je ne finis pas
que liz mom says get it done
je ne finis jamais rien
je butch la finition
je scrappe je m'en vais je décrisse je scramme

mais je veux
je consomme l'émotion
je suis
l'ère individuelle

mais voilà que je médite
depuis l'autre jour-là je ne sais plus quand
et alors j'aime les gens
je souris je pleure les yeux fermés
je suis passée du fauteuil à l'aube
à l'indien sur le tapis de yoga
au taxi à l'aéroport
je suis une avec l'univers
je peux me faire écraser
je peux m'envoler
je peux courir sous la pluie
je peux aider quelqu'un
je peux demander
je peux vouloir

j'ai envie
tiens
j'ai envie de toi
j'ai envie
de la vie
encore

et ce n'est pas fini.

les chants magnétiques II
jean-michel jarre
les concerts en chine, 1982.

samedi 31 octobre 2015

arias and symphonies



à matin je m'en vais
me faire limer des couches infinitésimales de cornée
à l'aide du sabre au laser de skywalker
pour éradiquer ma myopie
celle qui est si forte à gauche
et si absente à droite
et qui me fait fermer un oeil pour voir de proche
et l'autre pour voir de loin
et me fait plisser le front en permanence
même lorsque je n'ai aucun souci
augmentant mes chances de migraines
inexistantes dans ma prime jeunesse

jeudi soir
n'allant pas chercher un ami
mais plutôt trois prescriptions en suspension
chez jean coutu père
je me suis prise de panique
devant la panoplie de cortisone anti-inflammatoire
de gouttes anti-irritant
et de fausses larmes lubrifiantes
à s'administrer aux heures puis aux deux puis aux quatre
jusqu'à l'aridité complète
des trois contenants
j'ai poigné les chocottes
mon coeur s'est emballé j'ai voulu tout annuler
j'avais peur que le laser glisse brûle coupaille
et qu'il me rende aveugle

~ ~ ~

jouez l'aria dans une autre fenêtre

~ ~ ~

si un accident arrivait
je n'aurais aucune assurance
ayant signé préalablement toutes les décharges
en même temps que mon coupon de carte de crédit

j'arrêterais de travailler temporairement
et dans les banques définitivement
sauf pour chanter la pomme peut-être

je deviendrais non-voyante
le monde tairait ses couleurs
fuck rothko kandinsky dali
van gogh monet thomson
matisse picasso basquiat
pollock borduas et le fucking hirsch sanguin
je resterais avec un trou noir
et un nuage blanc étampé dans le fond de la rétine

la première chose que je ferais
serait de trouver trois mille piastres
un autre que celui de l'opération
pour m'acheter un piano droit en bon état
qu'il faudrait faire livrer accorder
et descendre dans le sous-sol
en face du bar
à la place des tablettes de cédés
et j'apprendrais les variations goldberg
de bach pas de goldberg
à l'oreille en les écoutant dans mes écouteurs
et un ordinateur plogué en permanence dans le courant
sur un fauteuil confortable à roulettes
cause je pourrais plus lire les partitions
j'apprendrais à l'oreille j'ai dit

je redévelopperais mon ouïe
j'en ai tellement envie
elle est devenue si paresseuse
que j'ai même passé des tests à l'hosto
dans un cubicule capitonné
comme pour les fous
pour éviter qu'ils ne se blessent
et pour absorber les sons
des coups et de la folie
ni vu ni entendu

si j'étais aveugle donc
j'apprendrais la musique

ensuite j'apprendrais à me déplacer
dans la maison en frôlant les murs
les corridors étroits me donneraient le bras
je ferais la vaisselle délicatement
debout devant l'évier
en manipulant le savon et le robinet d'eau chaude
et en fredonnant rach trois
l'hiver des saisons
ou für elise

je prendrais ma douche facilement
car je me suis déjà pratiquée
le plus difficile n'est pas de se laver
mais de se repérer dans l'espace environnant
les murs sont soit plus proches
ou plus loin que l'on se les imagine

j'abandonnerais l'écriture momentanément
je n'apprendrais pas le braille avant la musique
j'adorerais ce calme dans mon esprit
le noir serait réconfortant

je méditerais et ferais du yoga
je me servirais du téléphone
je crois

je parlerais au chat
je l'appellerais et l'attendrais
pour en caresser la fourrure
et éviter qu'il ne me griffe

j'ouvrirais la portière du frigo
pour sentir s'il y fait vraiment froid
je tenterais de trouver la pinte de lait
je pense que ce serait facile
et je m'amuserais à me faire un bol de céréales
sans renverser le lait sur le comptoir
ou à terre
je remplirais la bouilloire au poids
et me ferais de la tisane
j'apprendrais à doser les feuilles
c'est tellement léger
que ce serait trop fort

je ne sortirais pas de la maison
pas avant longtemps
mais comme marco
je voudrais bien courir moi aussi sur la montagne
mais j'attendrais
de savoir au moins pianoter quelques mouvements
et acquérir la confiance
dans la longueur du clavier du grave de l'aigü
dans l'envergure de mes bras de mes coudes longs
dans les trois dimensions
dans la longueur de mes cheveux et de mes jambes
dans cet espace en évaluation
dans l'équilibre de mon oreille interne
et la stabilité de mon core
oui il faudrait que le plexus ne soit plus fébrile
avant que je mette le pied dehors
et qu'il ne dépasse du trottoir trop rapidement
sur st-zotique dans le trafic

j'attendrais donc
avant d'aller courir sur la montagne

j'essayerais de bien respirer
afin de me réapproprier l'odorat
pour humer l'air serait-il pollué
il se peut qu'oui
et me reviendrait en tête
le vert et l'orangé
et la vision de la terre battue
et les ombres des crevasses sur le sentier

je n'ai pas peur de devenir aveugle
j'ai juste peur d'avoir un peu mal tantôt
j'ai regardé trop de films
dans lesquels on écartèle les yeux

je vous verrai tous tantôt
un peu mieux
ou beaucoup mieux

avec beaucoup d'ombre dans les verres
pour atténuer le soleil rougeoyant.

samedi 24 octobre 2015

des races pis des épices


brandon stanton à droite
créateur du blogue humans of new york

des races des gens
des niqabs des migrants
le déclin de l'indépendance

en fait
il y a au vingt-et-unième siècle
encore des humains qui croient
en une hiérarchie des races
j'ai le droit de dire "race"
chu jaune
bon

je vais mêler toutes ces choses
bien confusément dans mon esprit
rien que pour vous illustrer à quel point c'est flou
et qu'il est donc facile
pour des démagogues
de tirer des slogans de gauche à droite et partout à la fois
et faire en sorte que les humains s'haguissent

vous pensez aux empires et
à la loi darwinienne du plus fort
et de la mutation des espèces
savez quoi
il n'y a pas de hiérarchie dans le monde animal
contrairement à ce que vous pensez
chaque espèce est nécessaire dans l'écosystème
il s'agit d'une chaîne alimentaire
c'est tout

par ailleurs
en termes de mutation
le métissage est très à la mode
et ça rend plus fort
fourrer entre semblables
génère des tares éventuelles

revenons aux races
je lisais hier matin un article sur les sévices
et agressions sexuelles perpétrées sur les femmes autochtones
pourquoi
mississipi burning
le ku klux clan
l'holocauste

j'ai pris le taxi et me demandais pourquoi
les chauffeurs écoutaient des postes de radio
où fusent les noms célestin et moïse
alors que je n'écoute pas radio pékin

je lisais dans le même souffle
un article sur le déclin de l'indépendantisme québécois

je suis une fervente indépendantiste
mais j'ai pas voté pour le bloc
cause j'y croyais pas
j'ai voté pour un foutu marxiste léniniste
qui est aussi obstiné dans' tête qu'un indépendantiste
il n'a pas gagné non plus

je suis d'origine chinoise
vivant en occident depuis près de cinquante ans
je voterai pour l'indépendance du québec n'importe quand
mais je me demande si de l'extérieur
dans le restant du monde
je suis perçue comme une "nationaliste"
comme une raciste xénophobe
à l'esprit fermé
mais oui
je me le demande
quand je lis les nouvelles européennes
où la xénophobie se radicalise
car on aime mettre la faute sur un autre

je sais
on a été immigrants en europe
on est parti à temps

qu'est-ce que ça veut dire s'intégrer
pourquoi donc arrive-t-on
à devoir concilier tant de disparités dans la société
tout en devant faire patte blanche
en termes de diversité dans les entreprises
les discours ne concordent pas
et la réalité elle
que devient-elle

quand je prends le métro depuis septembre deux-mil un
j'ai plus peur
ben oui quoi
qui n'a pas plus peur
j'ai développé insidieusement un sentiment de peur
envers mes semblables
pis c'est pas parce que j'ai vieilli
c'est parce que j'ai embarqué
pas vite
et bien sans m'en rendre compte
dans la paranoïa médiatisée

à l'école face
quand t'as cinq ans
c'est normal que ton chum soit
chinetoque black tamoul
ou parisien

je voyage pas trop dans les endroits exotiques
genre tsé
outrée

de façon générale j'aime les toilettes du fairmont
pis les rues propres quand je décide de sortir
c'est de même

n'empêche
revenons à la base
il y a tellement de métissage aujourd'hui
tellement de richesse
pourquoi donc être sectaire
c'est tellement out
c'est tellement à l'envers de la globalisation
de l'économie de partage
je sais je sais
ce n'est que du capitalisme déguisé

c'est quoi cette foutue manière de penser les choses
on peut ben pas être capable d'avancer
quand on est trop occupé
à s'haguir les uns les autres
y a rien qu'à regarder les malheurs documentés
aux expos du worldpress photo
la misère est réelle
okay on va pas faire dans le candide
à la yann-arthus bertrand
mais aller à la rencontre du monde
juste en tant qu'humain mortel
ce serait déjà un pas de géant non

imagine...

samedi 17 octobre 2015

liberté 55




je connais des gens à la retraite depuis vingt ans
jouissant depuis d'une rente viagère
qui récompense leur longue carrière
à faire des jobs ingrates
pour de grandes sociétés
ou dans les fonctions publiques

ça fait vingt ans qu'ils dépensent
à chercher le bonheur

entre parenthèses
je rêve aujourd'hui d'une rente viagère
mais je suis née dans cette époque formidale
où la vie est d'être fourmi
gen x
working girl

ces gens à la retraite depuis vingt ans
ne savaient pas que la vie leur coûterait si cher
ils ont été retirés du marché trop rapidement
sans laisse ni devoir à cinquante-cinq ans
la liberté qu'ils disaient
ils ne savaient pas alors
qu'ils vivraient encore plus longtemps
et qu'à cinquante-six ans
on a encore le goût du luxe et des voyages
et qu'occuper son temps à dépenser
ma foi
à soixante-quinze
on a moins d'argent
malgré la rente
ils se demandent comment ils feront
pour garder leur niveau de vie

je capote
je les vois là si avancés
devant faire des choix de carrière
à nouveau réfléchir à planifier

on n'a donc jamais fini

je redoute cela dans ma vie
ne pas arriver à moins dépenser
c'est pour cela que je dépense toute mon énergie
à faire des provisions
au cas où

j'ai tellement peur de la misère
j'en suis pourtant si loin
il n'y a plus de retraite
cet idéal lointain
où on se lève quand on veut
et qu'on n'a aucun ennui financier
ni d'ennui tout court
on a sa tête sa santé ses intérêts ses motivations
on va et on vient au gré de ses envies
ça n'existe pas

le travail est ma fuite
quitte à en mourir
je ne veux pas savoir.


samedi 10 octobre 2015

ondées



dans le délire du quotidien
pendant une quinzaine de minutes
je fends ma fatigue
je sonde le sens des choses

je me suis mise à penser
à ce qui me reviendrait en tête
lorsque je serai mourante
lorsque j'aurai quatre heures de conscience
pour refaire le point
sur ce qui aura animé mon existence

j'ai pensé à ma carrière
aux activités que je faisais
au fait que j'étais en bonne santé
que j'avais travaillé fort pour me faire une situation
aux petites victoires quotidiennes

et puis non
j'ai senti d'un coup que ces douceurs
n'auraient aucun poids sur mon lit de mort
aucun
niet
nada

ces douceurs ces victoires ces succès
ne font en sorte
que d'arriver à la mort
de façon plus saine
mais sans garantie prolongée

j'ai senti dans mon corps
l'urgence de revivre les grandes ondées
et me suis imaginée qu'avant mon trépas
ce qui reviendrait seraient les grandes émotions
la tristesse les sanglots
les joies l'ébahissement

et du coup des moments marquants
sont remontés à la surface
de ces souvenirs qui sont ancrés
dans le fin fond de mes entrailles
qui ont empreint l'argile de ma vie
ceux-là reviendront nourrir
le goût de mes cendres

le soir du coup de foudre amoureux
où j'ai lancé mes mocassins dans les airs
au parc lafontaine

la première fois que j'ai roulé big sur
du nord au sud
et que j'ai eu le vertige de ses montagnes
et l'amour du pacifique violent

le jour où mes entrailles se sont arrachées
pour délivrer la vie en décembre

le matin où je me suis réveillée
dans un lit ensanglanté sur st-joseph
après une nuit d'amour
à manger des oranges entre nos étreintes

le soir où j'ai entendu gabriel
chanter biko live

l'écran géant dans lequel je me suis noyée
avec les tigres et dragons de lee
en version originale dans ma langue maternelle

le bois dans lequel holly hunter
se fait couper la main
et son muet cri de munch
puis toutes les réécoutes de la leçon de piano

l'été de mes seize ans
à écouter dans la radio
chacune de tes respirations
par sting et consorts
en pensant à toi dans mon corps

l'arrivée sur le bord du précipice
au grand canyon
puis devant le mont rainier

le premier battement de cils vers le rocher percé
lorsqu'on tourne le coin
à cap d'espoir

la roue latérale dans le gazon
et l'euphorie
après ma première longue course
et le désir qui m'a inondée toute la journée

l'attente qu'il arrive
pendant des heures au bar sur des pins
en écoutant mysterious ways au scotch on the rocks
puis en suer mon saoul
sur losing my religion et le parquet de bois

l'endorphine de mes poussées conscientes
donnant vie à nouveau
à la fin de l'hiver

les kilomètres d'autoroute surplombant l'eau
en moto vers new orleans sous la pluie
avec moderat dans les oreilles

la longue étreinte au milieu de la rue
pour amortir les sanglots de l'amie

les débuts de spectacles
et les envolées solistes des musiciens
hautement amplifiées

le jardin du inn à shelburne
un après-midi d'automne
sur les rives du lac champlain

le cou tendu vers la grande rosace
de la cathédrale de chartres
et la reine margot en boucles

ces moments qui ont fait vibrer ma chair
qui m'ont faite humaine
ces grandes ondées de désir
j'espèrerai les revivre
jusqu'aux derniers instants.

samedi 3 octobre 2015

humans of facebook



le monde va moins bien
c'est évident
et avec l'arrivée du front froid
que j'espérais temporaire
comète de me dire temporaire oui disons pour six mois
et bien le taquet
il tombe facilement à terre
c'est aussi le down des endorphines
après notre demi-marathon de l'autre jour

bon donc
quand le monde va moins bien
il faut aller à la pêche au bonheur

c'est ce que comète a fait lundi le vingt-huit septembre
en demandant aux membres de son forum
quelles étaient leurs marques de civisme préférées
je vais tantôt vous citer quelques-unes de leurs réponses
car c'est génial de simplicité
le civisme
c'est grand de gentillesse

mais d'abord vous dire que ce genre de discussion
nous recolle au bonheur
parce qu'entre humains au fond
on veut vraiment s'aimer
y a que ça de bon
l'amour des autres

mardi matin en prenant le métro pour aller travailler
j'ai repensé aux marques de civisme
et je me suis mise à sourire
et me dire que j'étais bien chanceuse après tout
et que je ne pouvais pas avoir l'air ni bête ni blasée

voici donc les perles de la vie quotidienne
repiquées du forum de la comète geneviève


saluer les gens quand on les croise
même ceux que l'on ne connaît pas
et surtout les personnes âgées
car souvent on est leur seul contact de la journée
souvent juste un sourire ça fait l'affaire aussi
- nathalie

avoir la conscience des autres
physiquement dans l'espace public
beaucoup se comportent comme s'ils étaient seuls au monde
incluant sur la route
- brigitte

attendre son tour
- marc

les petits mots le lendemain d'un souper
merci pour la belle soirée
- geneviève

ne pas chiâler
- johanne

savoir remercier
- andré

regarder les gens dans les yeux quand on leur parle
dire des choses qu'on pense vraiment
sinon se taire
- pascale

donner du sang
- christian

ne pas commencer toutes ses phrases par
moi
- martin

écouter
- djo

penser à ceux qui font les sales jobs
les éboueurs les concierges
les gens de ménage
ceux et celles qui ramassent ce qu'on laisse par terre
qui lavent les toilettes publiques
qui passent l'aspirateur
qui lavent les planchers et font briller les robinets
que l'on pense à eux et à tous leurs petits gestes
qui font que nos vies sont moins pénibles
- denis

moi je remercie geneviève d'avoir posé la question
ainsi que ses invités d'y avoir répondu
ça rend la vie beaucoup plus fluide
et même des fois un peu goulue.

samedi 26 septembre 2015

run lola run



il était une fois une femme
appelons-la lola
une vraie femme
savez
de celles qui a des kids
une job pis plein de responsabilités
elle fait ce qu'elle aime
elle fait ce qu'elle peut
elle tient la terre à bout de bras

l'été de ses quarante-deux ans
lola file pas tant que ça quand même
elle s'est un peu oubliée
elle n'est pas à son meilleur
ni dans son coeur ni dans son corps

lola commence à courir
mais c'est une méthodique
elle lit tout sur le sujet avant de mettre un pied dehors
puis elle y va
une minute à la fois
la première fois
quatre minutes à peine
entrecoupées de minutes de marche
elle pompe l'air

mais c'est une rocky
lola a toujours été une balboa
le meilleur reste à venir
elle a mis ses culottes de jogging
a sorti le chien
et a affronté ses peurs

elle a utilisé ses plus grandes forces
la discipline l'audace et la persévérance
et elle a avancé
elle a suivi un plan
no brainer
just do it

à quarante-cinq ans
après avoir couru ses entraînements
quelques courses de cinq et dix kilomètres
perdu soixante livres depuis le début de l'aventure
lola s'inscrit à son premier demi-marathon

insérez l'hymne à la joie
fort

c'est là que le lecteur coureur braille sa vie
la communauté coureuse s'inscrit alors elle aussi
à la même course que lola
c'est contagieux
on n'y croit pas
elle va oser ça
elle fonce dans le tas

c'était il y a dix mois

depuis dix mois
je m'entraîne en pensant à lola
qui allait courir son premier demi-marathon
vingt-et-un point un kilomètres
je pense à cette femme qui a changé sa vie
petit à petit

lola m'a aidée à garder le cap
lors des sorties de course difficiles
elle était dans ma tête et dans mon coeur
dimanche dernier
alors que je complétais moi aussi
mon dernier demi-marathon

et dimanche dernier
savez-vous quoi
lola a couru vingt-et-un point un kilomètres
elle a franchi l'arche
et complété son premier demi-marathon

sans le savoir
lola avait inspiré toute une communauté
déjà en novembre dernier
comète lui dédiait une chronique
dans la course et la vie

et depuis peu
une grande entreprise
avait choisi lola pour lui faire
un stunt marketing le jour de la course
et célébrer sa persévérance
à son insu
à l'insu de tous

on va se dire les vraies affaires
lola s'appelle en fait clothilde
elle a été la première inspiration
de mon billet de samedi dernier
je ne voulais pas trop écrire son nom
mais il est dorénavant du domaine public

alors donc
je vais laisser parler les liens ci-dessous
ils sauront vous inspirer
à courir et à vivre

go clothilde go!!!

voyez donc :
clothilde, en entrevue avec la comète blonde, 
et le stunt du fan club le jour de la course.

samedi 19 septembre 2015

become your dream


isa kitty hurteau

mercredi on m'a appelée
inspirante
être inspirant est un qualificatif
et non une force ou une qualité
on ne dit pas en entrevue
qu'on est inspirant
cela se trouve sur une carte perceptuelle
quelque part entre idiot drôle et grand

être inspirant
c'est la résultante de deux états de faits
le premier est d'être dans l'action
le deuxième est d'être visible

pour ce qui est de l'action
je fais ce que je dois et ce que j'aime
j'ai un mapping macro de mes grandes aspirations
être une femme en santé
une bonne mère une bonne conjointe
être cultivée donner à la société
etcetera
et vivre longtemps

en fonction de ces objectifs
j'ai des stratégies puis des tactiques
être à l'école à quarante-huit ans
un mardi soir après la job
n'a rien d'inspirant
ce n'est qu'une tactique
courir une course le jour de ses quarante-sept ans
n'a rien d'inspirant
ce n'est qu'une tactique

vous me suivez
bien sûr
on est tous pareils
je ne suis pas différente

ah si je suis différente

car pour ce qui est d'être visible
je bats quand même quelques records
je le fais sciemment
non pour vous épater
mais parce que j'ai besoin de ventiler
j'ai écrit maintes fois ici
pourquoi les réseaux sociaux étaient importants pour moi
comme un journal intime et un tableau de bord
ce qu'on en pense une validation rapide
bon pas bon go no go
à force de me lire vous écrire tout ce que je fais
vous pensez peut-être que j'en fais plus que les autres
statistiquement je vais sûrement faire
quelque chose que vous aimez
et je vais vous inspirer

je connais la mécanique de l'inspiration
parce que tout le monde m'inspire
chacun est pour moi un modèle à imiter
dans un aspect de ma vie à améliorer

voici les modèles de ma vie
ceux que je côtoie et qui m'inspirent
et qui ne vous sont peut-être pas si visibles

clothilde qui fera son demi-marathon demain
que je connais maintenant depuis plus de deux ans
et qui est une pragmatique
qui trouve une solution à tout
avec humour et initiative
clothilde est une chef
une mère de famille pour tous ceux qui l'entourent
avec clo t'avances

virginie qui comme une grande fille étudie
et sauve des vies
qui a un cerveau grand comme les nations unies
et qui a un coeur pour prendre la terre et les océans
un aplomb et une curiosité peu commune

geneviève qui touche à tout et essaye
qui fait face à ses peurs en fonçant dans le tas
elle défie le temps elle défie tout
c'est énorme pour une si petite fille
et elle ne fait pas que provoquer les choses
elle travaille pour y arriver
elle assume chacune de ses crisses de décisions
c'est une personne hyper rigoureuse et responsable
mature sensible et sage
c'est une humaine magnifique

ma soeur qui lors de la fête de son chum
le laisse prendre soin du troisième
pendant qu'elle sirote son cocktail
en compagnie de mes deux magnifiques nièces
ma soeur qui sait tout faire
mais en riant
de façon toujours agréable pour les autres
ma soeur qui est une soie
qui rit et apporte la joie

ma' est bien sûr mon héroïne
je ne veux pas être comme elle
je veux être plus glamour
vivre dans le strass et le luxe
mais ma mère elle ne veut rien
elle veut juste être dans l'action
elle dirige tout
dans son micro univers
elle ne prétend à rien
si elle présidait les états-unis
elle serait aussi qualifiée
que lorsqu'elle assistait chez lévesque beaubien
et qu'elle prend soin de son ménage
de ses amis et de pa'
elle continue à apprendre et nous transfère ses apprentissages
en toute candeur et humilité
elle traite les contraintes comme des étapes à régler
il n'y a rien de dur pour elle
ça se passe dans l'instant
c'est une gestionnaire
elle trouve des solutions
cent mille solutions par jour

stéphane est mon héros quotidien
il est mon balancier
il est mon calme et ma raison
il asseoit mon énervement il me ramène sur terre
il aime il est généreux il ne juge jamais
il est vrai et authentique
il se respecte

élaine me drive comme pas deux
se lève aux aurores se couche tard
elle est si intelligente
elle travaille sans arrêt et rit avec toi
elle voit et retient tout
elle est sélective et exigeante
c'est une patronne exemplaire
je veux la suivre je veux être aussi bonne
c'est ainsi qu'on devient des professionnels respectables

johanne de sa matane
me tente de loin
je la lis virtuellement et la vois en images
dans son fleuve et ses bateaux
dans sa vie dédiée à un art à une vision
à la création
elle me donne du coeur et de l'âme

lucie qui court et qui flotte sur le lac
julie qui manage son organisme à bouts de bras
isabelle qui coordonne les services d'apprentissages
marie-maude qui ose tous les sports à fond
stéphane qui nageait pas en mai et qui a fait trois triathlons depuis
marie-chantal si calme et si douce
ingrid qui ma foi recouvre fermement son indépendance
martin qui a entrepris si jeune
manon qui crée pour générer
natalie qui plaide gros et ultra spécialisé
yann qui est si cartésien et si créatif
annie qui écrit si bien
julie qui fait du karaté
caroline qui est une entrepreneur hors pair
patrice qui a vaincu un cancer et est un super athlète
pia qui court et coach à t'en donner envie
karine qui veut tant et prend les moyens de ses ambitions
mona qui gère plein de monde et est si attentionnée
christian qui nous rapproche des premières nations
audrey qui est la joie et la lumière
geneviève qui est fière de sa ville

et toi et toi et toi et toi
et vous également

il y a tant de choses que les gens font
il y a tant de belles façons d'être
j'ai la chance d'être constamment stimulée
c'est beaucoup d'inspiration
il faut continuellement s'améliorer
les modèles autour de nous
sont des gens comme nous
qui font la vie
qui réalisent leur petit bout de rêve.

become your dream
est mon mantra
depuis que je l'ai lu à new york
c'est la signature de l'artiste
james de la vega

samedi 12 septembre 2015

virgule



la virgule
le point
le point-virgule
les points de suspension
le deux-points
les guillemets
les parenthèses
le tiret
le point d'interrogation
le point d'exclamation
les crochets
les chevrons
la barre oblique
l'astérisque

mardi midi à la coop de l'uqam
du même souffle que le guide fiscal canadien deux mil quinze
je m'achetais impulsivement
l'art de ponctuer
par benard tanguay

vous voyez tout de suite
que je sais utiliser la ponctuation
vous le voyez ici-même

of course not

je m'en esquive autant que possible
tout autant que de la majuscule
et du chiffre arabe
je me contente de la minuscule
et du retrait

pour me retirer
pour m'en sauver
de cette rigueur
de cette discipline
pour éviter l'erreur
en galvaudant vulgairement
la grammaire
sous couvert d'exercice de style

ironiquement
à seize ans
mon surnom de camp était virgule

mais je sais
j'ai conscience que je doive apprendre à écrire
je l'ai dit en deux mil treize
je suis retournée à l'école
j'ai pris contact avec l'art d'écrire
et je trouve l'exercice fastidieux

soumise à des codes et des règles
la littérature est un art
celle qui se décline sur du velin
relève de la maîtrise d'une discipline
je veux pouvoir
je veux savoir

j'étais au lancement hier soir
il y en a tant
il y a tant de talents
tant d'écrivains qui l'ont t'sais

moi je ne coucherai jamais mes caractères
sur papier
tant que je n'aurai pas appris la technique
tant que je n'aurai pas écrit
et réécrit
relu retranché coupé
changé de temps
recomposé
réaligné
reconjugué
changé de perspective
de contexte de décor
de langue de pays

jamais

stiff sur ce principe
autant
que je ne ferai jamais mon propre vin
dans la petite italie

il faut savoir faire

j'y aspire encore
souffrir suer des mots et des blancs
dans mon deuxième demi-siècle
apprendre
straight
ce métier
le faire de façon classique
à la laferrière
rien de moins
sans imposture aucune
pas un graffiti de trottoir
pas une murale de mots
un livre
un vrai

un jour

des mots,
et des virgules.

samedi 5 septembre 2015

ante diem



j'ai jamais sniffé de coke
je sais même pas c'est quoi un gramme
mais je sais que quatre cent cinquante-quatre
ça fait une livre de beurre
j'ai jamais fait d'extasy
j'ai jamais dansé dans un rave
où fallait que je trouve le spot les yeux fermés
le soir même @ two éhèm quand il fait noir
avec un serpent illuminé dans la main gauche
pis des broches dins dents
et une étampe s'a main
j'ai jamais fait de buvard
j'ai jamais participé à une orgie
j'ai jamais baisé deux mecs
et plus en même temps
c'est de la contorsion inimaginable
j'ai jamais regardé un film porno en gang
sauf caligula quand j'étais vraiment jeune
pis c'était traumatisant
la passe des têtes coupées dans l'arène
j'ai jamais été sur une plage de nudistes
j'ai jamais mangé d'insecte
j'ai jamais chassé l'orignal
ni l'ours ni le chevreuil
ni même le lièvre
j'ai jamais fait de français théâtre
j'ai jamais dansé le tango
j'ai jamais sauté en parachute
j'ai jamais eu de profil réseau contact
j'ai jamais acheté de vibrateur
j'ai jamais quêté un autographe backstage
j'ai jamais vu les rolling stones
j'ai jamais fait de wheelie en bécyk
j'ai jamais fait mon droit
j'ai jamais fait de birdie sans jouer vegas
j'ai jamais regardé plus que douze épisodes
de vingt-quatre heures en ligne
j'ai jamais vidé une bouteille de vin seule
ni une bouteille de vodka
j'ai jamais mangé d'oursin
j'ai jamais cuisiné une clam chowder
j'ai jamais écrit un livre
j'ai jamais gagné un tournoi de pool
j'ai jamais fait une expo de peinture
j'ai jamais fait cuire une dinde
j'ai jamais mangé au joe beef
j'ai jamais perdu mes parents
j'ai jamais eu d'avortement
j'ai jamais échoué un cours
sauf le circuit fermé de moto dans les clôtures
j'ai jamais joué de violon
j'ai jamais chanté au karaoké
j'ai jamais fait de triathlon
j'ai jamais voyagé en asie par moi-même
j'ai jamais gagné à la loto
j'ai jamais fait du pouce seule
j'ai jamais chauffé manuel
j'ai jamais été sauveteur
j'ai jamais joué au hockey
j'ai jamais fait de jardinage
j'ai jamais fait mon propre vin
j'ai jamais construit de maison
j'ai jamais tué d'enfant
j'ai jamais nourri un étranger
j'ai jamais demandé l'asile
j'ai jamais vécu la guerre
j'ai jamais vu la noyade
j'ai jamais vu la mort
j'ai jamais souffert

la liste de tous mes
j'ai déjà
aurait été plus rocambolesque
et sûrement bien heureuse
incluant beaucoup de ratés involontaires
et de circonstances
pas toujours atténuantes

en visant cent trois ans d'humanité
avant de kicker ma chaudière du bout des orteils
il me restera encore plus d'une cinquantaine d'années
à me consacrer à mes futilités
choisies ou accidentelles

c'est une chance inouïe
de n'être pas morte jeune
à deux dix ou vingt ans
disons.

samedi 29 août 2015

la rentrée de tous les espoirs



jeudi la maman vocalisait plus fort
que les autres passagers du métro
elle a dit
t'as vu ici c'est laurier
tu comprends
on s'en va à berri uqam
c'est en direction de côte vertu
mais c'est pas côte vertu
tu comprends
il y a deux directions
l'autre c'est montmorency
mais tu vas pas à côte vertu
tu descends avant
tu comprends
tu descends à berri uqam

elle lui parlait avec fermeté
et un regard très tendre
elle fondait tous ses espoirs
dans cet enfant si petit
qui allait commencer l'école

ça m'a rappelé mes petits

hier en buvant mon rouge
nous parlions d'un petit devenu grand
que l'homme-chat croise des fois
au café qu'il fréquente le jour
de même que d'autres professionnels aguerris
et des étudiants de mcgill

ce petit devenu grand que nous connaissons à peine
respire la confiance
il ira loin dans la vie
il incarne le succès
et il fait tout cela avec humilité
simplicité et respect
d'autrui de l'environnement de l'humain
et du plaisir

ce petit a été voué au succès
non qu'il soit né avec
le succès n'est pas génétique
mais il a été élevé avec
le succès est un état d'esprit
lorsque tu grandis dans le monde des possibles
étudier à mcgill et travailler à l'onu
sonnent des cloches
et ça se peut que tu travailles l'été
pour payer tes frais de scolarité
tout est possible
lorsqu'on parle à table de l'indonésie
et de la politique
ainsi que des missions humanitaires
ça peut finir par t'intéresser
treize générations de médici ont été puissants
non qu'ils soient nés plus intelligents que les autres
mais parce que c'était attendu d'eux
ils ont été élevés pour dominer

j'ai été élevée sans barrières aucune
avec des conseils et des outils
avec des livres autour de moi
de la liberté et de la rigueur
et des parents qui travaillaient sans arrêt
qui n'ont pas hésité à émigrer
plusieurs fois dans leur vie
pour améliorer notre sort
il est possible d'améliorer notre sort
j'ai toujours su que c'était possible

j'ai élevé mes petits
en pensant qu'ils pouvaient tout faire
j'ai eu confiance en leur intelligence
ils me surprennent toujours
énormément
et de plus en plus

aidez les kids à bâtir leur confiance en eux
s'il le faut
faites qu'ils soient les plus âgés de leur groupe
félicitez chacun de leurs succès
construisez avec eux des mécanos
poussez là où il faut
exigez hautement et laissez-les faire
punissez justement
et dites leur que la vie est vaste
travaillez leur curiosité
faites leur faire la vaisselle rapidement
éveillez leur gourmandise
donnez leur le goût des bonnes choses
et regardez les toujours avec bienveillance
avec la chaleur de votre coeur
donnez leur cette précieuse clé vers le bonheur

comme c'est si bien écrit dans la juste part
le mérite du succès
ne revient jamais qu'à soi
allons-y parents c'est la rentrée
on y va!

samedi 22 août 2015

basse culture



voici venu le temps
des rires et des chants
dans l'île aux enfants
c'est tous les jours le printemps
c'est le pays joyeux
des enfants heureux
des monstres gentils
oui c'est un paradis

jeudi cinq heures trente éhèm
j'écoute avec distraction
les potins hollywoodiens
présentés par paul arcand
au quatre-vingt-dix-huit cinq
dans mon char en route vers la piscine

je me demande pourquoi je n'écoute pas radio can
pourquoi je n'ai jamais écouté radio can

je me rends compte que je n'ai pas de culture
j'essaye de me souvenir
je tente d'inventorier les artéfacts
de ma richesse culturelle

flashback années soixante-dix
l'île aux enfants
tf1 ou antenne2 m'en souviens plus
un dinosaure en peluche
casimir
un autre
hippolyte
dont l'épellation me torture depuis ma tendre enfance
j'ai huit ans

quarante ans plus tard
je me souviens de la toune
genèse de la culture avec un grand cul

l'île aux enfants l'école des fans
des chiffres et des lettres
roland garros et wimbledon
fantomas candy goldorak fulguro poing
hey hey wickie hey wickie hey
fifi brindacier
la première version de star wars
un vendredi dingue dingue dingue
france gall sylvie vartan claude françois
brassens astérix lucky luke
grease les stray cats the pretenders
happy days
la lni
heureusement la lni
robert gravel patrice l'écuyer
yvan ponton
érigé mon background musical
entre treize et vingt-cinq ans
riche riche riche
puis tout le classique pendant ma vie adulte
à tivi y avait radio québec
et les citoyens du rebut global
pinard et di stasio
en drame les filles de caleb
roy dupuis
roy dupuis
roy dupuis
au cinoche le grand bleu
trente-sept deux la reine margot
et blade runner

je ne suis pas louise cousineau
je n'ai plus rien vu
plus rien écouté
je suis devenue autarcique de la culture
j'ai éteint la radio j'ai éteint la tivision
j'ai négligé le cinéné

depuis deux mil sept il y a le web
et toute la vie s'est mise à révolutionner
autour de ma personne
ma mise en scène
mon cadrage
ma vie mes chansons mon film

c'est vrai
je n'ai aucune culture de la culture
je suis incapable de savoir en entendant un nom
si on parle d'une vedette d'un athlète
ou d'un politicien
peut-être même d'un scientifique
d'un auteur d'une sage-femme
d'une mauvaise fille
écho vedette stars ou entertainment machin
me parlent comme le journal chinois

c'est beaucoup trop de bruit tout ça
mon cerveau mélange tout

au moins lorsque je chauffe le char
les potins hollywoodiens par arcand le matin
ça détend le teint ça déplisse le froufrou fru
pas besoin de savoir qui est qui
c'est tellement farfelu c'est vide et drôle
et ça me rappelle également
non sans désarroi
que j'écoute pour fins de pure détente
lorsque j'ai le char le soir
et jusqu'à m'empêcher de sortir quand il parle
car j'ai la mâchoire décrochée
ron fournier
le prophète

c'est tout pour vous rassurer
je sais.

samedi 15 août 2015

sans rancune



j'envoie rarement promener quelqu'un
c'est lourd de conséquences
la vie comporte son code de conduite
les règles de civilité
l'éthique la déontologie
pour nous permettre d'avancer
en toute harmonie
vers le sommeil éternel

il y a une personne que j'envoie chier
régulièrement
mais je ne m'en rends pas compte
lorsque je le fais
et de façon assez violente
elle est meurtrie respire mal
est en colère veut mourir
cette personne c'est moi

je suis une as du sabotage
et de l'abandon
mais seulement dans des espaces privés
là où il est encore possible
d'envoyer chier
de tout abandonner
d'avoir cette liberté

je ne peux pas rompre mes amitiés
je ne peux pas ne pas aller pointer
je ne peux pas me suicider
je ne peux pas ne pas aimer

mais je sais saboter

je peux par exemple arrêter de courir
en plein milieu d'une course
je peux sortir de la piscine
en plein milieu du cours
je peux aller me coucher
sans me brosser les dents

je m'envoie chier

c'est le seul espace qu'il me reste
de liberté
dans mes horaires tassés serrés
c'est l'endroit où la folie naît
dans le pur anonymat de l'intimité

c'est le seul pouvoir
que je puisse encore exercer
celui de m'engager
d'avancer
et puis
de tout abandonner
le majeur bien dressé.

samedi 8 août 2015

sur le divan



en deux mil sept j'allais commencer
une thérapie
je ne savais pas encore à quel point
elle allait s'avérer efficace
et essentielle dans ma vie

c'est en juillet il y a huit ans
que j'ai découvert les réseaux sociaux
je m'en suis emparée
j'y ai plongé

et j'en émerge à chaque instant
plus resplendissante
mieux construite
plus calme
plus indépendante

le cyberespace est devenu
la tribune où se déversent
mon besoin compulsif d'expression
et mon urgence de validation
qui autrement feraient de moi
un être insupportable au quotidien
une bête dépendante et insécure
un magma de sensibilité et d'impulsion

et non
je n'aurais pas fait plus de peinture
ou d'écriture
à la place de publier léger sur facebook
twitter google plus pinterest et blogger
non au contraire

parce que je ne voulais que faire du bruit
et je suis devenue lectrice
je ne pensais qu'à m'exprimer
et j'ai tellement reçu

je ne compte plus combien ce forum d'expression
est devenu un espace d'échange
je ne sais pas à quel point j'ai appris sur la vie
par l'expérience des autres
qui ont osé partager sans peur du jugement
de façon honnête et candide
j'ai et je continue toujours
de bénéficier d'une énorme générosité
comment dire
virtuelle oui
mais présente
une bienveillance qui comme l'air frais de l'été
donne une aura de douceur à ma journée

et vous savez quoi
elle marche cette thérapie
le pouce en l'air
je l'apprécie beaucoup
et il coûte si peu cher

si peu cher et si précieux pourtant
vous êtes là
de l'autre côté de l'écran

je vous remercie sincèrement
votre amie
votre patiente.

samedi 1 août 2015

ma plusse meilleure



ça m'en prenait une
je ne me souviens pas depuis quand c'est iz
à l'adolescence il y avait des chums
des amies des voisines des gangs
et puis une fois dans la quatorze à brossard
on a parti l'idée d'aller vivre en appart'
en ville
je crois que c'est ce jour-là
qu'iz est devenue ma meilleure amie
c'est elle qui m'a déménagée
dans l'été inondé de juillet quatre-vingt-sept
dans le quatre-et-demi que nous allions habiter
sur st-denis dans' côte
pendant que je vendais des cerfs-volants à percé

dans nos presque vingt ans
nous tombions chacune amoureuse
d'un homme pas mal plus vieux
elle au hasard moi au homard
et nous nous échangions nos aventures
sur du papier ligné
à la plume et l'encre verte
sur des airs de francis cabrel
il y avait la poste à cette époque
elle a fait le voyage en train
je crois qu'elle a passé sa fête de lion
chez nous à percé
dans la maison de gilles
avec une mouche qui lui flirtait l'oreille
pendant qu'elle essayait de dormir

au retour en ville
nous avons vécu ensemble
lu du victor hugo
écouté du beethoven
et nous sommes chicanées
comme de vraies filles
elle a quitté en juin
pour se loger sur bordeaux
j'ai laissé st-denis en juillet
pour me loger sur bordeaux

peu de temps après elle est tombée enceinte
et peu de temps après je suis tombée enceinte
d'une de ses anciennes aventures
tiens je me demande si mes fils savent
la vie est bien faite des fois
quand la blonde fut partie il appela la chine

elle m'a vu accoucher
dans la chambre à beugler
oh sainte-justine délivrez-moi
à quoi je pensais donc
livrer ainsi mes entrailles
en spectacle d'épouvante

elle a assisté à tous mes partys d'huîtres
vingt-et-un
incluant celui de deux mil dix
le jour même où elle rencontrait
l'homme de sa vie

un jour j'ai rédigé un testament virtuel
et l'ai nommée exécutrice testamentaire
quand fut venu le temps de le faire notarier
mon notaire sage m'avisa
qu'on ne fait pas cela à son pire ennemi
donc certainement pas à sa meilleure amie

elle m'a hébergée
lorsque je me suis séparée
avant que de grandes ailes me repoussent
et que je m'enfarge de longs mois
dans les aléas du désir
elle est venue garder les marmots
un soir où le scotch était salutaire
ça a sûrement sauvé ma descendance
je sais pas si mes fils savent
quand j'étais petite
elle m'a aidée à passer mon permis de conduire
à trois reprises si si
en quatre-vingt-huit elle me faisait réciter
la liste des employés et leur poste téléphonique
pour l'emploi que j'allais débuter
pas plus tard que le week-end dernier
elle m'a appris à pêcher

on ne s'appelle plus jamais
sauf quand c'est les fêtes
on lunch on jase c'est rare
mais c'est elle pareil
ma bé èf èf à moi

dans tous les filages de la vie
ça m'en prend une meilleure amie
pour me prouver que je vaux bien ça
c'est une question morale une question d'honneur
je ne me la pose même plus
je ne l'aime pas plus qu'une autre
je l'adore
si elle appelait en plein milieu de la nuit
j'irais c'est tout c'est clair
tu sais
c'est inestimable
cette amitié

c'est la seule amitié que j'arrive à qualifier

c'est rassurant
c'est pas badrant
c'est enrichissant
pis c'est pas pour tous les jours

ne pas en abuser.


samedi 25 juillet 2015

cent trois ans c'est si vite passé



le stress est cette bête qui tue
avec qui je mange je couche je bouge
et qui me tient en vie
du lundi au vendredi
et même le samedi
je suis une pro pour m'emballer
et arrêter de respirer

comme plein d'autres
j'ai eu une semaine chargée
de celles qui me réveillent fatiguée
qui me voient tard travailler
qui me font la diarhée
et qui m'empêchent de me lever

comme d'habitude
je me suis stressée
pour rien
parce que dans la vie
j'aime assurer

mais je m'emballe
j'oublie de relativiser
combien de fois ai-je dit
que rien ne comptait
dès lors que nous ne sommes que poussière
que matière organique
avec durée de vie limitée

stressée donc j'étais hier matin
pour la première présentation au pévépé
de la stratégie que je bâtis depuis des mois
je l'ai tellement recherchée rédigée lue répétée
mais il y a un je ne sais quoi
à la banque tout me stresse
le rythme est effréné tout bouge vite
c'est fait exprès
ça te casse et tu lâches
ou bedon t'apprends à la pékinoise
sous la férule de chef suprême
comme nous le relate si bien la comète immergée
dans le workout chinois

faque chu au régime pékinois
au bureau-chef d'une grande banque
et je planche sans arrêt
et je crains
je suis fucking sur les nerfs
à sept heures du matin
le premier vendredi des vacances de la construction
dans le wagon du métro
en direction du bureau

heureusement
il y a joblo
et sa liste de la lenteur
qu'elle aborde si bien en cette fin juillet
elle le fait également dans le temps des fêtes
quand ça sent ses vacances
quand elle prend le temps d'y réfléchir
et de nous y amener savamment

un mot m'a accrochée dans son billet
et mon stress s'est arrêté
comme si j'avais enfilé
un masque à oxygène

FI-NI-TU-DE

finitude

je pense que je vais l'écrire au sharpie
en diagonale sur mes deux écrans vingt-quatre pouces

je ne suis rien de plus
que l'engrais des pissentlis qui poussent tout croche
slack les nerfs ma grosse
t'es bonne
pas besoin de stresser
ça se pourrait que tu meures demain

la présentation s'est super bien déroulée
j'ai recouvré mon appétit
j'ai super bien lunché
j'ai ri et souri
j'ai parlé au téléphone
j'ai écrit encore
et j'ai soupé en fabuleuse compagnie
j'ai même bu plusieurs rouges dans la soirée

à matin je vais à la pêche
vérifier si ma finitude rencontre celle du poisson
ou celle du maringouin
je ne serai rien de plus que l'engrais

l'éphémère l'est déjà bien assez
arrange-toi pas pour le déwrencher
niaise pas a'c l'univers
fille
tu gagneras pas.


samedi 18 juillet 2015

dixie



dis-moi c'est quoi ta toune
qui me revient dans les oreilles tout le temps
tu sais, moé, j'ai pu ben ben le temps comme avant
pu le temps comme avant
pour remplir mes oreilles


je voulais vous transmettre le ver d'oreille
que vous chanteriez en me lisant vous raconter
à quel point j'aime le changement
je l'ai dit et écrit maintes fois
le renouvellement de soi
est la chose la plus vertigineuse et enlevante

chumette s'en va en voyage pour un mois
dans un pays lointain
il n'est pas exclu qu'elle y reste plus longtemps
pour passer un autre chapitre de sa vie

savez
j'adore le déracinement
j'envie ceux qui partent
j'aime partir et recommencer

je me souviens en juin deux mil sept
alors que pa' et ma'
passaient à montréal
dans leur périple automobile
de san francisco à charlottetown
nous jasions de l'envie
d'aller vivre en californie
j'avais alors quarante ans
et deux grands fils presque élevés
nous nous demandions comment
nous ferions pour nous implanter ailleurs
quelles démarches
quel travail
etcetera
puis nous réalisions que c'était exactement à cet âge
quarante ans
que pa' avait déménagé sa petite famille
femme et trois enfants de treize à trois ans
de bruxelles à la banlieue montréalaise

pa' n'a jamais hésité à refaire sa vie
à bouger par nécessité
et à gagner de l'expérience

j'admire ces jeunes qui partent
étudier à l'étranger
travailler dans l'ouest ou dans l'est
ces moins jeunes qui s'exilent en missions
dans l'afrique centrale et dans l'asie
ces reporters qui font de l'avion leur mode de transport
et qui atterrissent lundi à tel aviv et samedi à londres

j'ai envie des fois plus que d'autres
de m'intéresser davantage à toutes ces choses
qui portent le nom de consulats et d'ambassades
de passeports et de visas
pour ouvrir la couverture
d'une nouvelle aventure.

samedi 11 juillet 2015

l'art volage



j'ai des amis qui ne vivent pas l'amour
je veux dire
comme on le conçoit traditionnellement
venant du simple fait
qu'ils ne soient pas en couple
pas en relation amoureuse

je me demande s'il leur manque quelque chose
si l'on peut être heureux sans amour

j'exclus de suite la notion romantique de l'amour
celle que j'insinue dans mon conte de fée
la notion qui flatte mon égo
qui confirme mon pouvoir de séduction
la lettre d'amour
la sérénade sous le balcon
la dramaturgie
et le cinéma

je parle plutôt de la relation amoureuse
se vivant au quotidien
celle tant convoitée
par des milliers de célibataires

n'est-elle pas au fond
qu'une simple amplification de la relation amicale

on y rajoute bien sûr le sexe
parce que c'est agréable
et très pratique d'en faire usage
avec la personne la plus proche de nous
on peut baiser en parlant de l'épicerie
ou même de l'hypothèque
c'est efficace et ma foi cocasse
et je jure que ce sont là
de vrais fragments du discours amoureux

on y rajoute la notion de belle-famille
et peut-être l'aspect de la reproduction de l'espèce
la brosse à dents
les vidanges la confection des repas
les vacances
le retour sur la journée
les discussions philosophiques sociales et politiques
les rencards pour un verre
les sorties au resto
etcetera

mais ce ne sont tant qu'à moi
que tant d'aspects différents de la vie
qui s'adonnent à s'exécuter avec la même personne
du simple fait de la proximité
de l'envie et des conventions

n'y a-t-il pas de ces choses-là
qui se vivent également
sans la relation amoureuse

il y a tant de coups de foudres amicaux
de belles complicités fusionnelles
apportant de la joie et des papillons dans le ventre
combien de fois me suis-je endormie rieuse
en repensant à telle ou telle situation heureuse
vécue entre amis

revenons au sexe qui se vit très bien sans amour
à ce désir dénué de sentiment
mais plein d'émotions
et d'excitation nouvelle

ah oui on dira que dans l'amour
il y a la tendresse et l'attention
et bien il y a cela aussi chez les amis
dans l'amour on bâtit
l'amour élève quand on y grandit
beaucoup de mentors
nous entourent hors l'amour
on apprend on admire on inspire
dans l'amour on met en commun des ressources
pour construire ensemble
il est vrai que certains engagent
cette belle énergie pour des causes communes

je dois oublier tant d'aspect de l'amour
qui vous viennent à l'esprit en lisant
je suis une fervente du couple vous le savez
je suis heureuse de vivre toutes ces choses
avec la même personne
est-ce que l'amour se résume à cela
avoir trouvé l'âme soeur
la personne la plus compatible
à tous ces niveaux
tout en continuant à s'enrichir
individuellement et ensemble
l'amour a-t-il des vertus exclusives

si tel est le cas
il est vraiment très riche
nul besoin d'en pleurer ou d'en mourir
juste d'y arriver tranquillement

je souhaite l'amour à tous mes amis
un bel amour
qui leur permet de rester ce qu'ils sont
qui vient honorer leurs plus belles qualités.