samedi 13 juin 2015

soif de demain faim d'hier



le présent est un espace infinitésimal
entre le futur toujours entamé
et le passé qui témoigne de tout
je ne vis donc pas dans le présent
seul mon corps l'est
ma tête anticipe toujours
qu'elle soit en préparation du prochain meeting
ou en rencontre d'échéance
l'heure n'est pas la vraie
elle ne permet que de vérifier
combien de temps il reste

je ne vis pas dans le présent
jamais
mon esprit n'enregistre pas assez rapidement
ma réalité
je m'en rends compte le plus souvent
lorsque je suis en vacances
et que je déambule sans objectif
je deviens frénétique et angoissée
je ne suis pas ancrée
c'est parce que je n'ai pas de repère
mon esprit n'arrive pas à interpréter
mais si je reste plus longtemps quelque part
il commence à comprendre
à situer les choses les gens les endroits la vie
déjà alors il vit dans le passé
je prends des photos et les regarde
les voyages passent vite
je ne les vis qu'en souvenirs
ceux-ci sont vifs
ceux-ci sont mon présent

je ne suis ancrée dans le présent
que physiquement
lorsque j'ai mal lorsque je jouis lorsque je vomis
je suis ancrée dans le présent
par les gestes du quotidien
ceux qui savent qu'il est exactement
sept heures et onze lorsque je sors de la douche
et qui agissent dans l'espoir d'arriver
avant huit heures vingt
ma tête n'est jamais là
elle est toujours en avant
elle penche vers l'arrière

ce n'est pas que le hamster du docteur marquis
c'est l'immatérialité du temps

lorsque je suis ailleurs
ici par exemple
la vie n'a plus d'importance
elle devient si abstraite
quand j'ai l'impression de flotter
entre parenthèses
comme je les aime
je finis par m'ennuyer
et j'ai envie de me regrounder
de m'ancrer à nouveau
dans cette course de gestes insignifiants
qui savent tant me fatiguer
dans la poursuite d'objectifs
dans l'anticipation de projets
qui s'empilent et s'entassent
sans jamais se satisfaire suffisamment

l'immatérialité me donne le vertige
je suis née ouvrière
pour accomplir les gestes
dans l'infinitésimal
et combler le vide du temps.

Aucun commentaire: