samedi 10 octobre 2015

ondées



dans le délire du quotidien
pendant une quinzaine de minutes
je fends ma fatigue
je sonde le sens des choses

je me suis mise à penser
à ce qui me reviendrait en tête
lorsque je serai mourante
lorsque j'aurai quatre heures de conscience
pour refaire le point
sur ce qui aura animé mon existence

j'ai pensé à ma carrière
aux activités que je faisais
au fait que j'étais en bonne santé
que j'avais travaillé fort pour me faire une situation
aux petites victoires quotidiennes

et puis non
j'ai senti d'un coup que ces douceurs
n'auraient aucun poids sur mon lit de mort
aucun
niet
nada

ces douceurs ces victoires ces succès
ne font en sorte
que d'arriver à la mort
de façon plus saine
mais sans garantie prolongée

j'ai senti dans mon corps
l'urgence de revivre les grandes ondées
et me suis imaginée qu'avant mon trépas
ce qui reviendrait seraient les grandes émotions
la tristesse les sanglots
les joies l'ébahissement

et du coup des moments marquants
sont remontés à la surface
de ces souvenirs qui sont ancrés
dans le fin fond de mes entrailles
qui ont empreint l'argile de ma vie
ceux-là reviendront nourrir
le goût de mes cendres

le soir du coup de foudre amoureux
où j'ai lancé mes mocassins dans les airs
au parc lafontaine

la première fois que j'ai roulé big sur
du nord au sud
et que j'ai eu le vertige de ses montagnes
et l'amour du pacifique violent

le jour où mes entrailles se sont arrachées
pour délivrer la vie en décembre

le matin où je me suis réveillée
dans un lit ensanglanté sur st-joseph
après une nuit d'amour
à manger des oranges entre nos étreintes

le soir où j'ai entendu gabriel
chanter biko live

l'écran géant dans lequel je me suis noyée
avec les tigres et dragons de lee
en version originale dans ma langue maternelle

le bois dans lequel holly hunter
se fait couper la main
et son muet cri de munch
puis toutes les réécoutes de la leçon de piano

l'été de mes seize ans
à écouter dans la radio
chacune de tes respirations
par sting et consorts
en pensant à toi dans mon corps

l'arrivée sur le bord du précipice
au grand canyon
puis devant le mont rainier

le premier battement de cils vers le rocher percé
lorsqu'on tourne le coin
à cap d'espoir

la roue latérale dans le gazon
et l'euphorie
après ma première longue course
et le désir qui m'a inondée toute la journée

l'attente qu'il arrive
pendant des heures au bar sur des pins
en écoutant mysterious ways au scotch on the rocks
puis en suer mon saoul
sur losing my religion et le parquet de bois

l'endorphine de mes poussées conscientes
donnant vie à nouveau
à la fin de l'hiver

les kilomètres d'autoroute surplombant l'eau
en moto vers new orleans sous la pluie
avec moderat dans les oreilles

la longue étreinte au milieu de la rue
pour amortir les sanglots de l'amie

les débuts de spectacles
et les envolées solistes des musiciens
hautement amplifiées

le jardin du inn à shelburne
un après-midi d'automne
sur les rives du lac champlain

le cou tendu vers la grande rosace
de la cathédrale de chartres
et la reine margot en boucles

ces moments qui ont fait vibrer ma chair
qui m'ont faite humaine
ces grandes ondées de désir
j'espèrerai les revivre
jusqu'aux derniers instants.

2 commentaires:

melodienelson.com a dit...

J'ai pleuré. Merci pour tes mots, bella. Bientôt Thanksgiving, pas la mort, et je trouve le temps de penser à ce pour quoi j'ai de la gratitude. Et pour toi, pour toi et tes mots, merci.

modotcom a dit...

xxx