samedi 28 mars 2015

des mots pour écrire



achillée
agar
aigrettes
arrachis
asclépiade
aspérités
bardane
bractées
cagibi
capitules
chamboulée
charognards
ciliée
communion
corymbe
crayeuse
digitaire
disloqué
dodelinant
ébréchure
effrontément
embrasure
épanchements
escarpins
fabulations
floraison
fugace
glomérules
gyrophares
implorant
inflorescence
lactifères
lambeaux
magma
membraneuse
moussus
noueux
olfactive
ombelles
ombellifères
ornières
panicule
pédoncules
pourpre
pubescente
putréfié
quémander
quiproquo
rameaux
redoux
romanesque
ruissellerait
sanguine
sillage
simagrées
stroboscopique
vacillante

inventaire alphabétique non exhaustif
des mots non usuels
ponctuant des milliers
d'autres mots usuels
qui m'ont fait voyager
la semaine dernière

le vocabulaire
pimente la littérature
il n'y a pas de littérature sans recherche
sans exactitude dans le rythme et la beauté des mots
mais l'art d'écrire ne réside pas
que dans ces exotismes

la littérature naît de
l'orchestration parfaite de ces mots solistes
au sein des mots les plus banals
articulés de manière fine souple et agréable
et complexe

elle se lit à voix basse
et elle se dit à voix haute
elle est rythmée et elle est sonore
elle est visuelle et cinématographique
elle est écrite et décryptée
elle est vive la première fois
et transcendante la deuxième
elle est si riche qu'elle peut même
s'interpréter une troisième fois

la littérature
lorsqu'elle jaillit
est d'une si grande beauté.

merci annie pour ton fabuleux livre.

samedi 21 mars 2015

prendre racines


hilaria baldwin dans son quotidien
vrksasana

il y a pleins de choses
que je ne sais pas faire avec mon corps

tout ce qui implique la force
de mes abdominaux
est un échec avoué
après trente secondes d'effort
je capitule de façon violente

je ne sais pas faire la première position
ni le grand écart
même si je sais joindre
mes deux mains dans mon dos
l'une au-dessus de l'épaule
et l'autre en-dessous

je ne sais pas tenir en équilibre
sur un skate board
je m'en suis donné le défi
à l'automne deux mil treize
il faut reprendre cet exercice

je n'ai pas essayé récemment
de tenir sur ma tête
mais ce n'est pas un obstacle
à la vie courante

je ne tiens pas debout
sur un ballon
je ne saurai même pas comment l'enfourcher

mais ce qui depuis
mil neuf cent quatre-vingt dix-huit
me fait le plus honte
c'est de ne pas savoir tenir en équilibre
sur une seule jambe

cela fait quinze ans
que je pratique le yoga sporadiquement
j'aime le iyengar et ses postures rigoureuses
mais j'aime aussi ce que je fais maintenant
les vendredis midis au bureau
de la petite détente bêbête
avec des simili postures momolles

mais même dans le bêbête
je baisse la tête
lorsqu'une douzaine en rond
nous faisons la pose de l'arbre
et que je n'arrête pas de déposer mon pied
le reprendre le recoller sur ma jambe
trembler lever les bras au ciel
fixer mon regard sur le mur
trembler retomber commencer
j'essaye tant de me concentrer
je trouve des techniques
mais je ne reste pas immobile
pendant plus de deux secondes

la prof disait qu'il fallait sentir
son ancrage à la terre
il s'agit de la posture de l'arbre
la belle vrksasana
et quelqu'un sur facebook me disait
qu'en tant que balance
il était normal que je ne sois pas ancrée

quand même c'est un corps
quand même je tiens très bien en équilibre
dans un métro en mouvement pendant huit stations
mais dès qu'il s'agit de lever un pied
je frétille et je tombe
je pèse trois cent cinquante tonnes et je penche

je manque vraiment de volonté
okay
m'en vais réessayer
de me regrounder
un pied à la fois
sans rire
ni pleurer.


samedi 14 mars 2015

naître



ce soir nous célébrons
le plus jeune des fistons
qui a eu vingt-quatre ans cette semaine
un peu plus que l'âge que j'avais
quand j'en accouchais

c'est un esprit libre
autant que son grand frère
mes gars sont deux garçons
autonomes dans leurs décisions
et l'art de mener leur vie
même s'ils se battent déjà
pour gagner leur vie

c'est ce que je faisais à leur âge
alors que je décidais dès dix-neuf ans
de sacrer mon camp
et partir en appartement
j'avais hâte d'apprendre l'art du quotidien
de prendre mon destin en mains
il est fou comme on manque d'expérience
mais comme on a confiance
on fonce dans tout on essaye
on ne crève pas de faim
on loue on achète on boit on vit
avec si peu et tant de joie et d'espoir
on se réveille avec la neuvième de beethoven
on fume des clopes quand on veut
on se fait du café à l'heure qui nous plait
on travaille on sort on fait l'amour
on lit hugo le soir
on refait le monde
on jase jusqu'aux petits matins
on trouve un travail dans les annonces du journal
on fait ses premiers impôts
on change de succursale bancaire
on déménage
on est amoureux
on tombe enceinte
on fréquente la garderie
et tutti quanti

les enfants sont arrivés dans ma vie
comme un continuum
alors que j'étais jeune
et que l'enfance était encore familière
j'avais tant d'énergie
et faire des enfants faisait partie
de vouloir changer le monde
cela faisait beaucoup de sens
dans ce que je voulais être
dans ma vingtaine

la vingtaine est bien portante
c'est un âge de naissance
je vois les jeunes adultes dans le métro
ils parlent fort ils rient ils sont sûrs d'eux
à cette croisée des chemins
où ils commencent à tenir les rênes
où ils découvrent mais savent tout
ils philosophent déclament et affirment
ils nous apprennent
ils s'impliquent portent des dossards
ils doutent
mais ils nous engagent

la vingtaine est énergique et généreuse
elle donne des concerts bénéfices
pour des organismes de choix
afin d'apporter de la beauté en ce monde

elle apporte de nouvelles idées
dans le monde du travail
elle prend ses responsabilités
elle veut être citoyenne
elle parle culture artistique et politique
elle parle les langues
elle est mixte et métissée
elle fait le printemps
elle fait ses classes
la vingtaine est belle et elle est porteuse
il ne faut jamais arrêter
de la fréquenter
afin de ne pas devenir blasés

nous célébrons ce soir mon deuxième fils
et du même trait mon premier fils
et tous ces fils et ces filles
qui quittent le nid familial
une semaine au costa rica
deux semaines à paris
un an à natashquan
et puis la vie
et qui en le faisant
s'ancrent davantage
dans le coeur de leur maman.



samedi 7 mars 2015

et d'ève et d'adam


john currin, the cripple, 1997

cette femme que je suis
porte une robe rose
et les cheveux relevés
pour dégager son cou
elle aime décolleter sa gorge
même si son buste est plat
elle est généreuse de ce qu'elle a

cette femme que je suis
est une séductrice
c'est sa chumette speedy qui l'a dit
lors d'un déjeuner post natation
c'est bien ce qui la décrit
son approche à la vie
ce désir de plaire
ce désir de réussir
son besoin d'approbation
par elle par lui par eux

cette femme que je suis
passe ses heures dans un bureau
dans les salons dans les avions
dans les négociations
elle a de la crédibilité
et elle s'est mis à porter
des soutiens-gorge sous ses robes
et des bas-résilles par temps frais

cette femme que je suis
fait de la moto derrière son homme
et aussi du pick-up
en bottes ou en birkenstock
selon la fraîcheur de la saison
et elle bronze comme une indienne
avec des traces de montures
tout ce qu'il y a de moins chic

cette femme que je suis
porte des lunettes de natation
et un casque en silicone
avec un maillot une pièce
et du vernis à ongles écaillé
elle souffle et souffre dans l'eau
sa vanité en prend un coup
elle essaye de rencontrer l'humilité

cette femme que je suis
a un ventre qui ne partira plus
à l'âge de quarante-sept ans
il ne sera pas plus petit
qu'à l'âge de vingt-cinq ans
et elle arrête des fois d'y penser

cette femme que je suis
a élevé deux garçons
d'une main ferme mais sans rigueur
avec suffisamment d'amour
et des glaïeuls l'été
pour qu'ils l'aiment à leur tour
ces beaux
ces magnifiques enfants

cette femme que je suis
espère être grand
et arrière-grand
et arrière-grand-grand maman

cette femme que je suis
a toujours été amoureuse
mais jamais mariée
non pas car elle n'a pas essayé
mais elle n'a plus sa virginité

cette femme que je suis
porte des vêtements de sport
et sue souvent sa vie
à essayer de faire la forme
et de la performer
avec des femmes et des hommes
ses camarades
elle n'est ni pire ni meilleure
elle est comme elles elle est comme eux

cette femme que je suis
ne s'est jamais maquillée
mais elle se parfume
car elle aime la volupté
comme la crème glacée
le whiskey le café

cette femme que je suis
sacre comme un charretier
et apprend l'italien
dans une encyclopédie culinaire
elle parle les chiffres
et elle écrit les lettres

cette femme que je suis
n'a jamais milité
elle a toujours grandi
avec des hommes doux
elle n'en a jamais eu peur
elle en a à peine souffert

cette femme que je suis
aimerait aujourd'hui
dire un grand merci
à toutes ces femmes qui sont venues
se sont levées et ont crié
ont pleuré n'ont rien dit
pour lui permettre de vivre
la vie qu'elle veut vivre

cette femme que je suis
aimerait aujourd'hui
dire un grand merci
à tous ces hommes qui l'entourent
l'aiment et l'encouragent
et qui font que sa vie
est la plus heureuse des vies.