samedi 27 juin 2015

mister and missus


au camping de plattsburg
il y a treize ou quatorze ans
on m'avait appelée de son nom

dans certains fiefs anglophones
la dame porte le nom de son époux
mais je n'étais pas épousée
et encore moins une dame
t'sais
camping de plattsburg

mais j'aimais l'idée
d'être sa girl
une idée d'exclusivité de choix de là
voilà quoi

ainsi donc c'est fait
nous nous sommes épousés ce matin
comme des grands
dans le secret presque absolu
étant le nôtre
étant notre affaire d'amour

je ne l'ai pas attendu
ces choses-là sont lentes chez les messieurs
en fait elles sont absentes
mais quand je l'ai demandé en mariage ce printemps
en lui annonçant
qu'il n'y aurait ni tambour ni trompette ni party
il a dit oui

pour me faire plaisir

écoute miss
si un gars accepte de m'épouser
pour me faire plaisir
j'attends pas qu'il revire de bord

il s'est vite fait à l'idée
et s'en est même réjoui
il s'est fait débrocher les dents
il s'est acheté un suit
il s'est fait coiffer
puis on a officialisé
au un notre-dame est
sans maire
sans invités

c'était une scène que je voulais vivre
dans la réalisation
de mon conte de fée
je me suis fait belle
et je me suis mariée
cela rassure mon égo de séductrice
je peux passer à autre chose

je ne porterai pas son nom
sa mère le porte très bien merci
mais moi je ne serai désormais
que sa chick son épouse his wife

pis j'aime ça
la grande vie amoureuse
j'y crois tellement
à vivre vieux et heureux ensemble

meilleur
et plus encore.

samedi 20 juin 2015

carte postale




j'avais oublié que nous étions samedi

les vacances ont fait grand bien
c'est faux que j'ai pensé au travail
ou développé la nouvelle stratégie
je n'ai pensé qu'à dormir marcher
manger me brunir et visiter
j'ai vu du beau
tout est beau dans mes yeux
je sais j'ai cette faculté d'aimer
et bien sûr j'en ai les moyens
je suis toujours reconnaissante
de pouvoir bien gagner ma vie
pour ainsi voir du pays
des gens de l'architecture de la culture
c'est immensément ressourçant
et le soleil est vivifiant

la connexion expire
la vie inspire.

samedi 13 juin 2015

soif de demain faim d'hier



le présent est un espace infinitésimal
entre le futur toujours entamé
et le passé qui témoigne de tout
je ne vis donc pas dans le présent
seul mon corps l'est
ma tête anticipe toujours
qu'elle soit en préparation du prochain meeting
ou en rencontre d'échéance
l'heure n'est pas la vraie
elle ne permet que de vérifier
combien de temps il reste

je ne vis pas dans le présent
jamais
mon esprit n'enregistre pas assez rapidement
ma réalité
je m'en rends compte le plus souvent
lorsque je suis en vacances
et que je déambule sans objectif
je deviens frénétique et angoissée
je ne suis pas ancrée
c'est parce que je n'ai pas de repère
mon esprit n'arrive pas à interpréter
mais si je reste plus longtemps quelque part
il commence à comprendre
à situer les choses les gens les endroits la vie
déjà alors il vit dans le passé
je prends des photos et les regarde
les voyages passent vite
je ne les vis qu'en souvenirs
ceux-ci sont vifs
ceux-ci sont mon présent

je ne suis ancrée dans le présent
que physiquement
lorsque j'ai mal lorsque je jouis lorsque je vomis
je suis ancrée dans le présent
par les gestes du quotidien
ceux qui savent qu'il est exactement
sept heures et onze lorsque je sors de la douche
et qui agissent dans l'espoir d'arriver
avant huit heures vingt
ma tête n'est jamais là
elle est toujours en avant
elle penche vers l'arrière

ce n'est pas que le hamster du docteur marquis
c'est l'immatérialité du temps

lorsque je suis ailleurs
ici par exemple
la vie n'a plus d'importance
elle devient si abstraite
quand j'ai l'impression de flotter
entre parenthèses
comme je les aime
je finis par m'ennuyer
et j'ai envie de me regrounder
de m'ancrer à nouveau
dans cette course de gestes insignifiants
qui savent tant me fatiguer
dans la poursuite d'objectifs
dans l'anticipation de projets
qui s'empilent et s'entassent
sans jamais se satisfaire suffisamment

l'immatérialité me donne le vertige
je suis née ouvrière
pour accomplir les gestes
dans l'infinitésimal
et combler le vide du temps.

samedi 6 juin 2015

ils sont partout



j'ai écrit plusieurs fois
sur le concours de circonstances
qui m'a amenée à faire ce que je fais
le besoin de travailler
les gens que je fréquentais
mes capacités
et aussi le fait que j'ai lâché les beaux-arts
à l'université après une jeunesse
passée à dessiner

hier je pensais à mon frère
ce cadet de trois
qui a deux grandes soeurs exubérantes
mais qui n'en est pas moins
un génie sensible et talentueux

c'est un créatif
comme tous chez nous le sommes
ma' dessinait plus jeune
on dessine tous les trois
pa' est un mélomane
la musique est en nous
ma soeur est pianiste
mon frère violoniste
et moi j'entends des voix

mon frère a persisté
jusqu'à gagner sa vie dans l'art du trait
quel courage je vous le dis

dans ses temps libres
il honore son goût pour la musique
de toutes les façons possible

son quotidien n'est pas que d'art
il subit comme tous l'enfilade d'ennuis chroniques
du monde civilisé
mais son univers transpire la création
je ne sais pas s'il aborde la vie en innovant
mais il est sollicité pour créer
et il le fait grandiosement

j'ai beaucoup d'admiration
pour cette manifestation de l'intelligence
c'est si beau et utile
la création artistique

mes fils ont choisi des voix similaires
enfin
de celles qui sont le moins évidentes
et j'ai un profond respect
pour ceux qui nous donnent le bonheur
parce qu'ils sont faits de même
de cette sensibilité aigüe
parce qu'ils partagent leur savoir-faire
dans la création de la beauté

pensons aux artistes
à chaque pas que nous faisons
en allumant la radio en nous promenant
en mangeant en regardant dehors
ils sont partout
dès lors qu'on trouve cela beau
c'est soit la nature
soit notre coeur notre regard
soit les artistes

merci de cette générosité
on va en profiter.