samedi 31 octobre 2015

arias and symphonies



à matin je m'en vais
me faire limer des couches infinitésimales de cornée
à l'aide du sabre au laser de skywalker
pour éradiquer ma myopie
celle qui est si forte à gauche
et si absente à droite
et qui me fait fermer un oeil pour voir de proche
et l'autre pour voir de loin
et me fait plisser le front en permanence
même lorsque je n'ai aucun souci
augmentant mes chances de migraines
inexistantes dans ma prime jeunesse

jeudi soir
n'allant pas chercher un ami
mais plutôt trois prescriptions en suspension
chez jean coutu père
je me suis prise de panique
devant la panoplie de cortisone anti-inflammatoire
de gouttes anti-irritant
et de fausses larmes lubrifiantes
à s'administrer aux heures puis aux deux puis aux quatre
jusqu'à l'aridité complète
des trois contenants
j'ai poigné les chocottes
mon coeur s'est emballé j'ai voulu tout annuler
j'avais peur que le laser glisse brûle coupaille
et qu'il me rende aveugle

~ ~ ~

jouez l'aria dans une autre fenêtre

~ ~ ~

si un accident arrivait
je n'aurais aucune assurance
ayant signé préalablement toutes les décharges
en même temps que mon coupon de carte de crédit

j'arrêterais de travailler temporairement
et dans les banques définitivement
sauf pour chanter la pomme peut-être

je deviendrais non-voyante
le monde tairait ses couleurs
fuck rothko kandinsky dali
van gogh monet thomson
matisse picasso basquiat
pollock borduas et le fucking hirsch sanguin
je resterais avec un trou noir
et un nuage blanc étampé dans le fond de la rétine

la première chose que je ferais
serait de trouver trois mille piastres
un autre que celui de l'opération
pour m'acheter un piano droit en bon état
qu'il faudrait faire livrer accorder
et descendre dans le sous-sol
en face du bar
à la place des tablettes de cédés
et j'apprendrais les variations goldberg
de bach pas de goldberg
à l'oreille en les écoutant dans mes écouteurs
et un ordinateur plogué en permanence dans le courant
sur un fauteuil confortable à roulettes
cause je pourrais plus lire les partitions
j'apprendrais à l'oreille j'ai dit

je redévelopperais mon ouïe
j'en ai tellement envie
elle est devenue si paresseuse
que j'ai même passé des tests à l'hosto
dans un cubicule capitonné
comme pour les fous
pour éviter qu'ils ne se blessent
et pour absorber les sons
des coups et de la folie
ni vu ni entendu

si j'étais aveugle donc
j'apprendrais la musique

ensuite j'apprendrais à me déplacer
dans la maison en frôlant les murs
les corridors étroits me donneraient le bras
je ferais la vaisselle délicatement
debout devant l'évier
en manipulant le savon et le robinet d'eau chaude
et en fredonnant rach trois
l'hiver des saisons
ou für elise

je prendrais ma douche facilement
car je me suis déjà pratiquée
le plus difficile n'est pas de se laver
mais de se repérer dans l'espace environnant
les murs sont soit plus proches
ou plus loin que l'on se les imagine

j'abandonnerais l'écriture momentanément
je n'apprendrais pas le braille avant la musique
j'adorerais ce calme dans mon esprit
le noir serait réconfortant

je méditerais et ferais du yoga
je me servirais du téléphone
je crois

je parlerais au chat
je l'appellerais et l'attendrais
pour en caresser la fourrure
et éviter qu'il ne me griffe

j'ouvrirais la portière du frigo
pour sentir s'il y fait vraiment froid
je tenterais de trouver la pinte de lait
je pense que ce serait facile
et je m'amuserais à me faire un bol de céréales
sans renverser le lait sur le comptoir
ou à terre
je remplirais la bouilloire au poids
et me ferais de la tisane
j'apprendrais à doser les feuilles
c'est tellement léger
que ce serait trop fort

je ne sortirais pas de la maison
pas avant longtemps
mais comme marco
je voudrais bien courir moi aussi sur la montagne
mais j'attendrais
de savoir au moins pianoter quelques mouvements
et acquérir la confiance
dans la longueur du clavier du grave de l'aigü
dans l'envergure de mes bras de mes coudes longs
dans les trois dimensions
dans la longueur de mes cheveux et de mes jambes
dans cet espace en évaluation
dans l'équilibre de mon oreille interne
et la stabilité de mon core
oui il faudrait que le plexus ne soit plus fébrile
avant que je mette le pied dehors
et qu'il ne dépasse du trottoir trop rapidement
sur st-zotique dans le trafic

j'attendrais donc
avant d'aller courir sur la montagne

j'essayerais de bien respirer
afin de me réapproprier l'odorat
pour humer l'air serait-il pollué
il se peut qu'oui
et me reviendrait en tête
le vert et l'orangé
et la vision de la terre battue
et les ombres des crevasses sur le sentier

je n'ai pas peur de devenir aveugle
j'ai juste peur d'avoir un peu mal tantôt
j'ai regardé trop de films
dans lesquels on écartèle les yeux

je vous verrai tous tantôt
un peu mieux
ou beaucoup mieux

avec beaucoup d'ombre dans les verres
pour atténuer le soleil rougeoyant.

samedi 24 octobre 2015

des races pis des épices


brandon stanton à droite
créateur du blogue humans of new york

des races des gens
des niqabs des migrants
le déclin de l'indépendance

en fait
il y a au vingt-et-unième siècle
encore des humains qui croient
en une hiérarchie des races
j'ai le droit de dire "race"
chu jaune
bon

je vais mêler toutes ces choses
bien confusément dans mon esprit
rien que pour vous illustrer à quel point c'est flou
et qu'il est donc facile
pour des démagogues
de tirer des slogans de gauche à droite et partout à la fois
et faire en sorte que les humains s'haguissent

vous pensez aux empires et
à la loi darwinienne du plus fort
et de la mutation des espèces
savez quoi
il n'y a pas de hiérarchie dans le monde animal
contrairement à ce que vous pensez
chaque espèce est nécessaire dans l'écosystème
il s'agit d'une chaîne alimentaire
c'est tout

par ailleurs
en termes de mutation
le métissage est très à la mode
et ça rend plus fort
fourrer entre semblables
génère des tares éventuelles

revenons aux races
je lisais hier matin un article sur les sévices
et agressions sexuelles perpétrées sur les femmes autochtones
pourquoi
mississipi burning
le ku klux clan
l'holocauste

j'ai pris le taxi et me demandais pourquoi
les chauffeurs écoutaient des postes de radio
où fusent les noms célestin et moïse
alors que je n'écoute pas radio pékin

je lisais dans le même souffle
un article sur le déclin de l'indépendantisme québécois

je suis une fervente indépendantiste
mais j'ai pas voté pour le bloc
cause j'y croyais pas
j'ai voté pour un foutu marxiste léniniste
qui est aussi obstiné dans' tête qu'un indépendantiste
il n'a pas gagné non plus

je suis d'origine chinoise
vivant en occident depuis près de cinquante ans
je voterai pour l'indépendance du québec n'importe quand
mais je me demande si de l'extérieur
dans le restant du monde
je suis perçue comme une "nationaliste"
comme une raciste xénophobe
à l'esprit fermé
mais oui
je me le demande
quand je lis les nouvelles européennes
où la xénophobie se radicalise
car on aime mettre la faute sur un autre

je sais
on a été immigrants en europe
on est parti à temps

qu'est-ce que ça veut dire s'intégrer
pourquoi donc arrive-t-on
à devoir concilier tant de disparités dans la société
tout en devant faire patte blanche
en termes de diversité dans les entreprises
les discours ne concordent pas
et la réalité elle
que devient-elle

quand je prends le métro depuis septembre deux-mil un
j'ai plus peur
ben oui quoi
qui n'a pas plus peur
j'ai développé insidieusement un sentiment de peur
envers mes semblables
pis c'est pas parce que j'ai vieilli
c'est parce que j'ai embarqué
pas vite
et bien sans m'en rendre compte
dans la paranoïa médiatisée

à l'école face
quand t'as cinq ans
c'est normal que ton chum soit
chinetoque black tamoul
ou parisien

je voyage pas trop dans les endroits exotiques
genre tsé
outrée

de façon générale j'aime les toilettes du fairmont
pis les rues propres quand je décide de sortir
c'est de même

n'empêche
revenons à la base
il y a tellement de métissage aujourd'hui
tellement de richesse
pourquoi donc être sectaire
c'est tellement out
c'est tellement à l'envers de la globalisation
de l'économie de partage
je sais je sais
ce n'est que du capitalisme déguisé

c'est quoi cette foutue manière de penser les choses
on peut ben pas être capable d'avancer
quand on est trop occupé
à s'haguir les uns les autres
y a rien qu'à regarder les malheurs documentés
aux expos du worldpress photo
la misère est réelle
okay on va pas faire dans le candide
à la yann-arthus bertrand
mais aller à la rencontre du monde
juste en tant qu'humain mortel
ce serait déjà un pas de géant non

imagine...

samedi 17 octobre 2015

liberté 55




je connais des gens à la retraite depuis vingt ans
jouissant depuis d'une rente viagère
qui récompense leur longue carrière
à faire des jobs ingrates
pour de grandes sociétés
ou dans les fonctions publiques

ça fait vingt ans qu'ils dépensent
à chercher le bonheur

entre parenthèses
je rêve aujourd'hui d'une rente viagère
mais je suis née dans cette époque formidale
où la vie est d'être fourmi
gen x
working girl

ces gens à la retraite depuis vingt ans
ne savaient pas que la vie leur coûterait si cher
ils ont été retirés du marché trop rapidement
sans laisse ni devoir à cinquante-cinq ans
la liberté qu'ils disaient
ils ne savaient pas alors
qu'ils vivraient encore plus longtemps
et qu'à cinquante-six ans
on a encore le goût du luxe et des voyages
et qu'occuper son temps à dépenser
ma foi
à soixante-quinze
on a moins d'argent
malgré la rente
ils se demandent comment ils feront
pour garder leur niveau de vie

je capote
je les vois là si avancés
devant faire des choix de carrière
à nouveau réfléchir à planifier

on n'a donc jamais fini

je redoute cela dans ma vie
ne pas arriver à moins dépenser
c'est pour cela que je dépense toute mon énergie
à faire des provisions
au cas où

j'ai tellement peur de la misère
j'en suis pourtant si loin
il n'y a plus de retraite
cet idéal lointain
où on se lève quand on veut
et qu'on n'a aucun ennui financier
ni d'ennui tout court
on a sa tête sa santé ses intérêts ses motivations
on va et on vient au gré de ses envies
ça n'existe pas

le travail est ma fuite
quitte à en mourir
je ne veux pas savoir.


samedi 10 octobre 2015

ondées



dans le délire du quotidien
pendant une quinzaine de minutes
je fends ma fatigue
je sonde le sens des choses

je me suis mise à penser
à ce qui me reviendrait en tête
lorsque je serai mourante
lorsque j'aurai quatre heures de conscience
pour refaire le point
sur ce qui aura animé mon existence

j'ai pensé à ma carrière
aux activités que je faisais
au fait que j'étais en bonne santé
que j'avais travaillé fort pour me faire une situation
aux petites victoires quotidiennes

et puis non
j'ai senti d'un coup que ces douceurs
n'auraient aucun poids sur mon lit de mort
aucun
niet
nada

ces douceurs ces victoires ces succès
ne font en sorte
que d'arriver à la mort
de façon plus saine
mais sans garantie prolongée

j'ai senti dans mon corps
l'urgence de revivre les grandes ondées
et me suis imaginée qu'avant mon trépas
ce qui reviendrait seraient les grandes émotions
la tristesse les sanglots
les joies l'ébahissement

et du coup des moments marquants
sont remontés à la surface
de ces souvenirs qui sont ancrés
dans le fin fond de mes entrailles
qui ont empreint l'argile de ma vie
ceux-là reviendront nourrir
le goût de mes cendres

le soir du coup de foudre amoureux
où j'ai lancé mes mocassins dans les airs
au parc lafontaine

la première fois que j'ai roulé big sur
du nord au sud
et que j'ai eu le vertige de ses montagnes
et l'amour du pacifique violent

le jour où mes entrailles se sont arrachées
pour délivrer la vie en décembre

le matin où je me suis réveillée
dans un lit ensanglanté sur st-joseph
après une nuit d'amour
à manger des oranges entre nos étreintes

le soir où j'ai entendu gabriel
chanter biko live

l'écran géant dans lequel je me suis noyée
avec les tigres et dragons de lee
en version originale dans ma langue maternelle

le bois dans lequel holly hunter
se fait couper la main
et son muet cri de munch
puis toutes les réécoutes de la leçon de piano

l'été de mes seize ans
à écouter dans la radio
chacune de tes respirations
par sting et consorts
en pensant à toi dans mon corps

l'arrivée sur le bord du précipice
au grand canyon
puis devant le mont rainier

le premier battement de cils vers le rocher percé
lorsqu'on tourne le coin
à cap d'espoir

la roue latérale dans le gazon
et l'euphorie
après ma première longue course
et le désir qui m'a inondée toute la journée

l'attente qu'il arrive
pendant des heures au bar sur des pins
en écoutant mysterious ways au scotch on the rocks
puis en suer mon saoul
sur losing my religion et le parquet de bois

l'endorphine de mes poussées conscientes
donnant vie à nouveau
à la fin de l'hiver

les kilomètres d'autoroute surplombant l'eau
en moto vers new orleans sous la pluie
avec moderat dans les oreilles

la longue étreinte au milieu de la rue
pour amortir les sanglots de l'amie

les débuts de spectacles
et les envolées solistes des musiciens
hautement amplifiées

le jardin du inn à shelburne
un après-midi d'automne
sur les rives du lac champlain

le cou tendu vers la grande rosace
de la cathédrale de chartres
et la reine margot en boucles

ces moments qui ont fait vibrer ma chair
qui m'ont faite humaine
ces grandes ondées de désir
j'espèrerai les revivre
jusqu'aux derniers instants.

samedi 3 octobre 2015

humans of facebook



le monde va moins bien
c'est évident
et avec l'arrivée du front froid
que j'espérais temporaire
comète de me dire temporaire oui disons pour six mois
et bien le taquet
il tombe facilement à terre
c'est aussi le down des endorphines
après notre demi-marathon de l'autre jour

bon donc
quand le monde va moins bien
il faut aller à la pêche au bonheur

c'est ce que comète a fait lundi le vingt-huit septembre
en demandant aux membres de son forum
quelles étaient leurs marques de civisme préférées
je vais tantôt vous citer quelques-unes de leurs réponses
car c'est génial de simplicité
le civisme
c'est grand de gentillesse

mais d'abord vous dire que ce genre de discussion
nous recolle au bonheur
parce qu'entre humains au fond
on veut vraiment s'aimer
y a que ça de bon
l'amour des autres

mardi matin en prenant le métro pour aller travailler
j'ai repensé aux marques de civisme
et je me suis mise à sourire
et me dire que j'étais bien chanceuse après tout
et que je ne pouvais pas avoir l'air ni bête ni blasée

voici donc les perles de la vie quotidienne
repiquées du forum de la comète geneviève


saluer les gens quand on les croise
même ceux que l'on ne connaît pas
et surtout les personnes âgées
car souvent on est leur seul contact de la journée
souvent juste un sourire ça fait l'affaire aussi
- nathalie

avoir la conscience des autres
physiquement dans l'espace public
beaucoup se comportent comme s'ils étaient seuls au monde
incluant sur la route
- brigitte

attendre son tour
- marc

les petits mots le lendemain d'un souper
merci pour la belle soirée
- geneviève

ne pas chiâler
- johanne

savoir remercier
- andré

regarder les gens dans les yeux quand on leur parle
dire des choses qu'on pense vraiment
sinon se taire
- pascale

donner du sang
- christian

ne pas commencer toutes ses phrases par
moi
- martin

écouter
- djo

penser à ceux qui font les sales jobs
les éboueurs les concierges
les gens de ménage
ceux et celles qui ramassent ce qu'on laisse par terre
qui lavent les toilettes publiques
qui passent l'aspirateur
qui lavent les planchers et font briller les robinets
que l'on pense à eux et à tous leurs petits gestes
qui font que nos vies sont moins pénibles
- denis

moi je remercie geneviève d'avoir posé la question
ainsi que ses invités d'y avoir répondu
ça rend la vie beaucoup plus fluide
et même des fois un peu goulue.