samedi 28 novembre 2015

liste



j'adore les listes
et j'en écris souvent
joblo nous racontait vendredi la poésie des listes

dans mon quotidien outlook
où les meetings se bousculent les uns après les autres
sans période de transition
pour absorber les temps de déplacement
de pipi de café de reprendre mon souffle
je prends de temps en temps
mon sharpie et mon cahier
pour réécrire les trois choses les plus importantes à faire
afin de ne pas les oublier
ironiquement ces trois choses
ne sont jamais pluggées
dans mon calendrier outlook
je me promène donc la plupart du temps
sans sentiment d'accomplissement

hier en roulant
je disais à l'homme-chat
que fils numéro deux avait confirmé pour le vingt-six
le vingt-six décembre
déjà

de décembre à décembre
il n'y a que trois cent soixante-cinq fois vingt-quatre heures
qui s'écoulent à une vitesse
exponentiellement plus rapide qu'il y a vingt ans

j'ai décidé de faire cette liste
pour me rassurer
que j'ai existé cette dernière année

passé le nouvel an à bed stuy à découvrir brooklyn
invité mes vieux amis à souper à la st-valentin
vu et entendu marion et sa gang jouer au carnegie hall
passé la journée internationale des femmes à miami
organisé le groupe de course et de levée de fonds scotia
pour la fondation alpha
couru un premier demi-marathon
reçu une vraie copie officielle de mon acte de naissance
fait ma vingt-huitième déclaration annuelle de revenus
allée à harvard voir rothko
acheté une robe chinoise rouge
vu la mer et les motos à biarritz
absorbé les oeuvres de gaudi et mangé la catalogne
vu et bu torres
mariée en cachette
foxé le triathlon auquel j'étais inscrite
rénové un logement au deuxième
commencé le cours sur l'impôt du revenu
fêté l'anniversaire du changement de carrière
pêché pour la première fois de ma vie
couru un deuxième demi-marathon
meublé et loué le deuxième aux voyageurs
fait le plus beau banquet de cour ever
avec la famille les amis et la chum eva de mon enfance
vu lemieux et chuck close à new york
soufflé mes quarante-huitième chandelles en commençant la méditation
soumis ma myopie au laser
signé des nouveaux locataires pour le six-et-demi
résilié le bail au troisième
terminé mes salons et voyages d'affaires de l'automne
peint des pièces et changé le comptoir de cuisine au troisième
regardé l'homme-chat refaire la salle de bain
accepté l'invitation de la comète pour débuter les arts martiaux
acheté mes premiers gants de boxe
repartie pour une escapade hors la ville

respiré mangé dormi baisé
couru nagé lu quelques bouquins
bu quelques bouteilles de vin
et des dizaines de coquetels
ri aimé joué

il y a les endroits
il y a le coeur
il y a les amis
il y a l'esprit

il y a les listes pour voir clair dans la vie.

---30---

samedi 21 novembre 2015

ohm


yue minjun
the baptism of christ - 2010

je souris beaucoup ces temps-ci
pas comme une béate conne
j'ai dit ça sur fb récemment
j'ai rien contre les béats comprenez-moi
j'en veux un estique de truck load de béatitude
si vous voulez savoir

je voulais dire
que je ne souriais pas comme une béate conne
pas comme une imbécile heureuse

je suis loin d'être imbécile
okay oui peut-être un peu
mais je suis toujours très proche du bonheur
quand je n'ai pas carrément les deux pieds dedans

mais je n'ai pas toujours souri

donc
depuis quelques semaines
dans les endroits publics
je souris
ça vient tout seul
c'est complètement nul
j'ai un rictus et le coeur chaud
dans la rue
dans le métro
au travail
au siège social
à l'école
c'est pas badrant
chu rendue que je parle au monde
i mean
je parle aux inconnus
je disais avant merci et pardon pour sortir du wagon
je dis maintenant bonjour
oui
bonjour

je dis bonjour
aux itinérants
aux parents d'enfants
aux minorités visibles
les colorés
ça doit être à cause de deepak qui me parle
avec son accent indien
matinalement depuis presque trois semaines

je dis bonjour à tout le monde
je suis rendue une vraie boutte en train
c'en est insupportable

mais c'est faux
c'est totalement supportable et heureux
et dire que j'étais bête avant

je donne des conférences aussi
depuis près de dix ans
sur un stage devant la classe devant du monde
au travail au mba devant les raccrocheurs
devant les futurs entrepreneurs
devant les mêlés
devant les collègues
devant la direction

et savez quoi
j'aime tellement ces moments
alors que je partage avec le monde
que je leur pose des questions
qu'ils me répondent
qu'on fait la conversation
que des étincelles passent dans nos regards
je les aime

ça y est
j'aime le monde

j'aurais jamais pensé
j'ai arrêté d'intellectualiser les relations
j'ai laissé tomber des préjugés
j'ai fait un peu de place à la méditation
alors que je fuyais ça comme l'ésotérisme
qui me semblait aussi horrifiant que l'exorcisme
j'ai laissé un peu de place au coeur
celui qui ramollit quand il voit un enfant
ou un chien dans la rue
le coeur qui s'émerveille
le coeur tendre
et le sourire est arrivé tout seul

fuck que c'est agréable le bonheur

i love you

take care les babes! xxx

ps : i still don't use drugs.

samedi 14 novembre 2015

funérailles



mon coeur est en bernes
comme le vôtre
quand la barbarie frappe le familier
je suis plus mobilisée qu'autrement
je connais à peine palmyre
mais la ville lumière plongée
dans la grande noirceur
est une image des plus funestes

l'humain est capable de la plus grande infamie

pendant trois semaines
la méditation me fait devenir plus forte
elle m'aide à trouver une force intérieure
une lumière orange
dans un monde frénétique
elle m'aide à faire du sens
car il est vrai
la vie moderne n'en contient pas

la violence est une autre réponse
à la quête de sens
il est facile d'endoctriner
la vie est folle

pendant des millénaires
l'humain a construit
l'humain a détruit

la saint-barthélémy
à paris il y a quatre cent cinquante ans
sans l'était islamique

le jour du souvenir
le collectif dysturb qui nous rappelle
que l'horreur est présente dans le monde
qui nous sensibilise la rétine
à l'actualité internationale
car il nous dit que nous ne la lisons plus
nous ne la voyons plus
nous ne voyons la syrie que dans notre capacité
de recevoir d'accueillir d'aider
nous ne voyons l'étranger
que dans cette femme en burqa
vendredi après-midi dans le métro de montréal
jugée par les quatre-vingt-cinq personnes
partageant son wagon

quand la barbarie frappe en occident
elle touche nos repères nos proches
nos plans de vacances nos affaires nos transits
nos joyaux notre fierté
nous redevenons des animaux
noyés dans l'incompréhension

il n'y a aucune solution
chérissons chacun des bonheurs que la vie apporte
c'est une grâce que de pouvoir aller en paix

l'humain est encore monstrueux
à défaut d'être heureux.

samedi 7 novembre 2015

cosmic girl


michel granger
pochette de l'album équinoxe
de jean-michel jarre

les larmes me viennent aux yeux
rapidement ces temps-ci
comme si j'avais un coup de foudre
tu sais comme si j'avais le trac
le trop-plein veut faire éclater mon plexus
c'est la préménopause
c'est headspace oprah deepak
elizabeth gilbert
la création l'envie de faire
le umph de la vie
je ne sais quoi

speedy me l'avait dit jeudi
quand nous sommes allées écarter nos genoux
au yoga sur chaise à deux cent femmes
avant d'entendre cette femme d'expérience
nous parler de la magie de la vie

une semaine avant j'avais failli
aller écouter le moine bouddhiste ricard

je me dis fuck
ça y est
les astres conspirent
j'écris des haïku
peut-être cela se décline-t-il
s'accordent-ils au pluriel
je ne le sais pas

chumette me dit que je devrais écrire
et puis quoi encore
je ne le ferai pas j'ai le trac
deepak me dit que je dois faire confiance
en l'authentique moi

mais il ne dit rien l'authentique moi
dans l'avion je voulais crisser ma job là
caller off
puis liz me dit de pas laisser ma job de jour
de toute façon je ferais quoi
dis-moi
je ferais quoi
fuck you la vie

j'aime trop ça être moi
je suis comme je suis
j'ai déjà crissé la job là
pour me retrouver ailleurs et allonger le chemin
revenir en arrière chercher quelque chose
perdu mes barniques

ma vie de tous les jours je l'aime
car je m'écoute sans arrêt je m'ausculte je me siphonne
je n'arrête pas de m'écouter
taper sur ces touches de macbook air
comme j'aime ce son et cette sensualité
cette physicalité du clavier
cette danse des ongles sur les touches
je m'écoute
je sais donc quand j'ai envie de mourir
de baiser de manger de dormir
de boire d'écrire de méditer de courir
de réfléchir de dépenser
je sais aussi que je ne finis pas
que liz mom says get it done
je ne finis jamais rien
je butch la finition
je scrappe je m'en vais je décrisse je scramme

mais je veux
je consomme l'émotion
je suis
l'ère individuelle

mais voilà que je médite
depuis l'autre jour-là je ne sais plus quand
et alors j'aime les gens
je souris je pleure les yeux fermés
je suis passée du fauteuil à l'aube
à l'indien sur le tapis de yoga
au taxi à l'aéroport
je suis une avec l'univers
je peux me faire écraser
je peux m'envoler
je peux courir sous la pluie
je peux aider quelqu'un
je peux demander
je peux vouloir

j'ai envie
tiens
j'ai envie de toi
j'ai envie
de la vie
encore

et ce n'est pas fini.

les chants magnétiques II
jean-michel jarre
les concerts en chine, 1982.