samedi 31 décembre 2016

sans modération


gerhard richter

allez hop le cadran du trente-et-un
et sur notre trente-et-un
on regarde en arrière quelques instants
en appliquant son rouge à lèvres
en relevant ses cheveux en se parfumant
un tout bref regard dans le rétroviseur
non pas pour se désoler de n'avoir pas fait
tout ce qu'on voulait faire
mais plutôt pour se féliciter d'avoir fait
tout ce qu'on a fait
et se donner un port altier
pour continuer la danse

pourquoi le trente-et-un décembre
plutôt que le vingt-trois mai

parce qu'on est la plupart d'entre nous en congé
reposés de deux ou trois jours de flottement
entre nos activités frénétiques qui ne donnent pour souffler
que quelques jours en été où il fait trop chaud pour penser
en décembre au moins avec la neige
qui nous aveugle de bonheur
qui nous pousse au cocon du foyer
et du chocolat chaud au rhum
ah oui ce cocon-là
on a le loisir d'errer entre deux oreilles un duvet et un oreiller
des fois entre bras jambes et corps chauds
mais on erre
certes

rétroviseur du fierce and glamourous
édition deux mil seize
quand j'avais des idées que j'ai quelque peu réalisées

lire chaque soir
   oui pas mal réussi et près de trente titres dévorés
courir avec un plan
   troqué un vingt-et-un kilomètres en avril pour un cinq
   et couru un vingt-et-un en septembre
   ramassé des fonds pour la fondation alpha en promettant
   que je mettrais mes runnings
   j'ai à peu près pas menti
boxer au mushin
   pas pantoute
   ce fut la première envie qui soit tombée à l'eau
   et celle qui me révélait ma fatigue nouvelle
   de cet état de préménopause
   dont je vous reparlerai un autre tantôt
   pas maintenant parce que c'est fucking dull
nager avec les charlots
   je paye mon abonnement mais je ne nage pas
   mon état fucking dull susmentionné
   me fait passer tout droit chaque jeudi
   lorsque mon réveil sonne à cinq heures
   jeudi le douze janvier deux mil dix-sept
   m'as le mettre à cinq heures et cinq
   voir si ça fait une différence
étudier un cours par session
   ah oui maudine
   après avoir abandonné
   mon cours du mercredi soir en janvier
   parce que mon esprit n'avait plus d'espace pour réfléchir
   j'ai pris les grands moyens
   et suis retournée étudier à temps plein en septembre
   ah ça oui donc
travailler en trouvant l'impact
   je pense l'avoir trouvé et ça m'a fait changer de voie
   j'ai envie de collaborer avec les toutes petites entreprises
   les entrepreneurs les travailleurs autonomes
   dans un quotidien plus concret
dormir en me couchant
   je ne sais pas pourquoi j'ai pris cette résolution
   je n'ai tellement aucun problème avec le sommeil
cuisiner une fois par semaine
   c'est fou de penser qu'au début de l'année
   je ne pensais pas cuisiner une fois par semaine
   i've come a long way baby
   c'est maintenant au moins trois fois par semaine
   avec appétit et plaisir
manger mieux dont des légumes
   ben oui en cuisinant c'est tellement plus probable
   et je ne peux pas m'acheter de friteuse d'accord
   okay je ne ferai pas de poutine maison
écrire le blogue
   j'ai pas lâché
   je pense avoir écrit mon trois centième dans l'année
bénévoler qui n'est pas un mot
   oui j'y étais encore pour la fondation pour l'alphabétisation
   j'ai été sacrée vice-présidente du conseil d'administration
   et je suis très fière de la direction que prend cet organisme phare
aimer en le disant et en voyant mes kids plus souvent
   ben ça t'sais c'était une maudite bonne idée
   et faut que ça soit ongoing
méditer chaque jour
   je l'avais oublié jusqu'à ce que mon abonnement
   se renouvelle automatiquement
   et que se débite mon compte de crédit
   j'ai alors renoué avec andy puddicombe et headspace
   pour le meilleur et pour le pire

et puis j'ai aussi fait d'autres choses
je me suis mise à apprendre l'italien
en tapant sur mon téléphone et conversant avec duolingo 
j'ai recommencé à voir des amis et je continuerai à le faire
j'ai eu quatre-vingt-treize après avoir eu cinquante-quatre
j'ai quitté un emploi bien rémunéré
et signé mon premier contrat de consultation
j'ai couru six fois aller-retour de chez nous à la croix du mont-royal
vous l'avez vu me suis prise en photos
j'ai visité londres
j'ai fabriqué un banc en bois
je me suis immatriculée
j'ai pris une semaine de vacances
et deux mille huit cent dollars
et me suis payée la méga conférence c2mtl
j'ai roulé en bixi
j'ai gardé mon neveu
je me suis ouvert un compte instagram
un uber et un téotaxi
j'ai utilisé facetime facebook live et les moments d'instagram
j'ai payé sans le savoir l'app' de musique sur le iphone
puis me suis désabonnée sans broncher
j'ai obtenu mes récompenses de points
de mes cartes de crédit
j'ai appris tellement de choses
je me suis louée un casier à l'université
j'ai mangé dans ma cuisine face à l'orignal rouge de riopelle
j'ai fait des soupes ramen
et des biscuits de nowell

et demain
je vais continuer à faire tout cela
en appliquant une attention particulière
au ciel et à la couleur des yeux de mes interlocuteurs
comme je fêterai mon premier demi-siècle
un grand demi-siècle à me préparer pour le second
je me réserve de nombreux plaisirs
je vais essayer de chantonner en marchant
je vais écrire un livre
parce que c'est fini les chichis
parce que j'ai envie de raconter des histoires
je vais faire quatre cours d'université
et quelques autres aussi
et j'ai envie d'oeuvrer socialement
comme ce sera la dixième année du blogue
je pourrais en faire imprimer un recueil des best of
si j'ai assez d'argent j'irai manger la pasta à roma
et visiter les uffizi à firenze
j'ai envie de cuisiner pour les autres
je pourrais possiblement conclure mon premier cycle
en comptabilité et signer un diplôme de plus
je les aime ces trophées vous savez
sans eux nul besoin de me faire bouger
j'ai envie d'aimer de me promener
de rouler
de courir
de nager
d'embrasser
de manger la neige

et je vais continuer à vous partager
mes pérégrinations
car j'aime vous lire me dire
car je vous aime
et je vous souhaite la plus belle des deux mil dix-sept
qu'elle vous soit heureuse
et profitable

tchin tchin cawlice!

de gerhard richter grand peintre allemand
qui brosse la réalité mais jamais comme les autres
avec un autre regard
il frotte il gratte il repeint
il tourne les pages mais jamais brutalement
couche après couche
pour faire ressortir une autre vérité.

samedi 24 décembre 2016

clé de voûte




la clé de voûte soutient les cathédrales
sans elle tout n'est que chateaux de cartes
en banques la voute contient le trésor
quand tu n'as pas la clé
tu tournes autour tu fais la danse du soleil
tu gruges ton frein tu pries
mais tu n'as pas accès au trésor
la clé de voûte
c'est le sésame de la caverne

quand j'ai recommencé l'université
il y a plus de vingt ans
j'ai tranquillement acquis des connaissances
qui ont consolidé mes apprentissages empiriques
pris sur le tas sur le marché du travail
de temps à autres j'avais des wow
des illuminations de compréhension
non pas que je venais de comprendre ce que j'entendais
en classe en atelier ou en conférence
mais que je venais d'associer un concept
avec quelque chose que je faisais par mimétisme
depuis des années
que j'en comprenais l'entièreté

ces flashs me sont arrivés
sans arrêt tout au long de ma vie étudiante
et de ma carrière professionnelle
ce sont des sensations très enrichissantes
comme de posséder tout d'un coup le pouvoir
d'appréhender le monde plus intelligemment
de comprendre soudainement les faits d'actualités
avec leurs tenants et aboutissants

depuis mon retour à l'école à vingt-huit ans
je n'ai jamais arrêté d'encourager
mon entourage à en faire autant
je recommande l'acquisition de connaissances théoriques
dont peu sont capables de se doter de façon autodidacte
parce que les fondements théoriques aident à comprendre

et quand on comprend
on opère plus rapidement
que si on attendait d'avoir acquis
la connaissance empirique

c'est pour ça que le médecin va à l'école
apprendre la chimie la biologie
la biomécanique le fonctionnement corporel
non comme une mécanique
mais la théorie des liens et les causalités
pour pouvoir solutionner de nombreux problèmes
avant d'en avoir lui-même fait l'expérience

l'écriture depuis les grecs
a permis le legs de la connaissance et de la science
profitons-en
nous n'avons pas besoin de recommencer
à trouver le moyen d'allumer le feu dans le bois
on nous a montré comment
on sait faire

dans mon domaine professionnel
où on lit des chiffres comme l'histoire d'une entreprise
où on les interprète comme des résultats
des rendements et des performances
il est essentiel de comprendre
pour avoir une vue d'ensemble
malheureusement très peu de gens de l'industrie
ne continuent à se former
et en près de trente ans de carrière en financement
j'ai côtoyé une majorité de collègues
qui ne se sont jamais recyclé
qui ont appris leur métier sur le tas
qui ne comprennent que la partie de travail qu'ils font
et qui la font souvent bien car ils la répètent
comme une recette maintes fois exécutée
mais dès que la formule change
ils sont dépourvus
et ils n'arrivent plus à se situer
dans le contexte changeant

dans un mandat hier
j'avais décidé de prendre en main
un problème qu'une jeune collègue
tentait tant bien que mal de résoudre
il manquait treize millions en financement
qui avait disparu d'un rapport à l'autre
elle avait posé des hypothèses
et demandé à un spécialiste des données
de lui expliquer les écarts
sa patronne devait rendre des comptes
sur les écarts budgétaires
ne connaissant ni d'ève ni d'adam
les différentes caractéristiques du produit
qu'elle tentait de réconcilier
elle n'a travaillé qu'avec sa propre hypothèse

quand j'ai repris le problème
mon esprit a su tout de suite que c'était réconciliable
on sait tous que les rapports sont issus de données
et on sait que rien ne se perd rien ne se crée
j'ai donc ignoré son hypothèse
et abordé le problème avec une autre clé
j'ai trouvé le treize millions
et il n'était pas manquant
il était sous ses yeux
mais comme elle ne savait pas comment chercher
elle ne l'a pas vu
ça m'a pris quatre heures
et j'ai foré j'ai dessiné
j'ai calculé à la main
là où elle pensait que c'était impossible
j'ai trouvé la clé de voûte

l'expérience nous dit qu'il n'y a rien d'extraordinaire
ou de dramatique dans la vie
il faut juste comprendre
ça a l'air simple dit ainsi
mais je vous jure
que la somme des connaissances théoriques et pratiques
accélère énormément la résolution de problèmes

quand vous doutez de votre valeur
et attendez de vous décrocher tel ou tel mandat
n'hésitez jamais à aller prendre des cours
lire des livres théoriques
parce que c'est toujours gratifiant
de pouvoir dire
que vous avez retrouvé le treize millions
et fait cesser la panique là-bas en haut
dans les grands bureaux

ah oui
et autre chose
il arrive des fois que vous ne déteniez pas la clé à un problème
ça m'arrive fréquemment
quand vous pensez en avoir fait le tour
mais sans résultat concluant
confiez-le donc à quelqu'un d'autre
souvent il s'agit qu'il soit adressé d'un autre point de vue
sous un autre angle
pour que la clé ressorte.

samedi 17 décembre 2016

séance tenante



quand ma chumette m'a rappelé
sa liste de to do de deux mil seize
et par ricochet la mienne
celle-ci n'incluait pas de passer mon samedi
à écrire deux examens de fin de session
qui me stressent encore plus
que de faire un discours
devant trois cent personnes
ou une présentation
à un comité de direction de la banque
lundi matin à sept heures

mais je n'ai pas encore fait le postmortem
de mon année deux mil seize
cela viendra en temps convenu
dans une à deux semaines
après sapin boustifaille et famille

mais sans ma chumette
je n'y aurais probablement pas pensé
à ce comparatif de mes objectifs
sans les gens qui m'entourent
je ne penserais pas à autant de choses

alors que ma vie semble dictée
par mes intérêts mon plan et mes convictions
elle ne se réalise pas moins
grâce à mes interactions sociales

ainsi je ne deviendrais pas ermite
je pense l'avoir déjà dit maintes fois
car je me priverais non seulement
du grand bonheur de l'amitié
mais également des réflexions précieuses
et de l'inspiration
que mon entourage m'apporte

d'abord l'homme-chat qui me remet toujours
sur le droit chemin
qui connaît mes ambitions
mieux que moi-même
et alors que je m'égare en planifiant
accepter un mandat pénard cet été
entre deux sessions de cours
il me rappelle que je devrais plutôt en profiter
pour tester mes stratégies et développement d'affaires
à mon propre compte
ah oui au fait
c'est ce que j'avais choisi de faire

l'homme-chat quel bonheur
est ce sounding board quotidien
d'une richesse inégalée

et tous ceux que je rencontre
pas nécessairement pour parler
des fois pour courir
pour m'entraîner pour traîner pour explorer boire et manger
tous et chacun m'aident quotidiennement à grandir
ils me défient et montent la barre
m'aident à fixer des objectifs
me donnent leur point de vue leur expérience
souvent ils ne savent pas
comment ils m'influencent
ma' mes frère et soeur et mes fils tout autant
mon coach de course ma coach de course
mes profs mes chums de nage quand j'y vais
mes amis dans les affaires
les membres du conseil les employés de la fondation
mes patrons mes collègues
tous sont les ingrédients de ma réflexion

autant sur les réseaux sociaux
que dans la vraie vie
j'ai la chance d'être directe et ouverte
et de recevoir aussi directement
on me remet des fois à ma place
on me questionne
et ça m'aide à penser

ces échanges dans la vie sont pour moi primordiaux
et peu importe la tribune qu'ils utilisent
il me permettent toujours d'agir séance tenante.


samedi 10 décembre 2016

bloc lego



jeudi chumette iz et deux autres amies
ont relayé ce clip de prince ea
qui encapsule un message
que je porte au fond de mon coeur
depuis fort longtemps

become your dream

je n'ai pas intitulé ce billet ainsi
car j'en ai un autre du même nom
datant de septembre deux mil quinze
où j'énumère de nombreuses personnes
qui m'inspirent à faire de ma vie
quelque chose de beau et de grand

become your dream
est un slogan créé par james de la vega
artiste new yorkais
qui avait pignon sur rue
dans le east village
au début des années deux mille

j'en parle car ce slogan qui m'a marquée
était sa façon à lui de changer les choses

become your dream
ce n'est pas tant de tout crisser là
tomber s'a tête et revirer sa vie
de cent quatre-vingts degrés
ce que j'aime dans le clip de prince ea
c'est qu'il soupçonne que chacun est né
pour accomplir quelque chose
que nous avons tous un talent certain
à mettre à profit

become your dream
se laisser envahir de sa mission
non ce n'est pas ésotérique
sinon quoi

sinon on naît pour manger
boire travailler faire du feu
baiser pis mourir

nah

on naît pour perpétuer l'humanité
un humain à la fois
comme des blocs lego
qui s'imbriquent l'un dans l'autre

chacun apporte sa contribution à l'humanité
la charge n'est pas lourde
on ne parle pas de la quête du st graal
on parle des gestes que l'on commet chaque jour
de la bonté
des choses que l'on sait faire
et qui sont utiles à tous
on parle des savoirs précis
qu'ont nos professionnels
qui nous apportent la technologie
la science les lettres les arts le vin le goût
on parle des grands progrès humanitaires
qui ne sont pas le fait du destin
mais bien des gestes humains

c'est à notre mesure
un petit quelque chose
un petit degré à la fois
même si on ne trouve pas
c'est de savoir qu'on est à la bonne place
qu'on fait les bonnes choses
qu'on n'est pas ici pour passer le temps
gaspiller une vie si précieuse
à baisser les bras ou à attendre

je trouve ça vraiment beau
de me savoir utile
ça donne envie de vivre.


samedi 3 décembre 2016

la vache!



elle considérait un changement de carrière
parce qu'il lui restait certainement
trente ans
à produire

c'est moi qui ai complété la phrase
avec le verbe
produire

aussitôt prononcé
j'ai eu honte en silence
et j'y ai réfléchi dans mon for intérieur
en dévalant le chemin olmsted du mont-royal

produire
un peu comme la vache à lait
la laitière que l'on trait
jusqu'à épuisement des stocks

produire
comme dans les années de récolte
les années où notre valeur marchande
est la plus élevée
où on est à l'apogée de notre carrière
de notre capital
celles que j'appelais récemment dans ma vie
les années à bâtir

je ne l'ai dit à personne encore
vous êtes les premiers à savoir

mais j'ai honte de gérer ma vie
comme une entreprise
avec un cycle de vie
même si heureusement elle ait une date de péremption

toute ma rhétorique est gestionnaire
je suis productive
je suis rentable
je vaux tant
mon coût d'opportunité est élevé
ou il est nul
je suis mes objectifs
et je prends des décisions stratégiques

bref

je ne débattrai pas aujourd'hui
de la manière dont j'occupe mes jours
la planification me sert bien
c'est le contenu que je change

car depuis quelques mois
je pense que je ne veux plus produire
produire dans le sens managérial
avec efficience et efficacité

produire qui n'est pas l'équivalent
de contribuer

de faire de fabriquer de concevoir de créer
de mettre la main à la pâte

je ne veux plus produire
uniquement pour générer des revenus
pour mener ma vie et occuper ma place dans la société
en gagnant des sous
en contrepartie de mon temps mes efforts
mes compétences
pour m'acheter une place en dépensant à outrance
en gaspillant même si
je faisais rouler l'économie

j'existais parce que je travaillais
et que je consommais

aujourd'hui
j'ai envie de contribuer
en faisant
en étant là sur le terrain
avec les gens qui font
en fabriquant en concevant en créant

en travaillant autrement
pour que mon labeur soit plus concret
qu'il laisse une trace dans l'univers
j'ai envie que mon rapport à la vie
soit plus direct
et sans intermédiaire
qu'il fasse une réelle différence
dans ma communauté
auprès des gens qui se débrouillent
qui ont des idées et qui ont du cran

j'ai envie de faire
pour bâtir autre chose que des réer

parce que moi aussi
il me reste au moins un autre trente ans
à contribuer.

samedi 26 novembre 2016

équilibre



jeudi matin
couchée sur la table de massage
j'avais une conversation riche
avec ma masso

nous parlions de l'instinct de conservation
et le besoin d'être bien
qui nous font prendre
les grandes décisions dans la vie

ce ne sont ni l'audace
la détermination ou la ténacité
qui forcent les changements
celles-ci ne sont que des atouts nécessaires
pour les opérer

le changement est dicté par un besoin
besoin d'équilibre
besoin de ressourcement
besoin d'accomplissement
besoin d'enrichissement

n'allez pas penser
que les gens qui changent plus souvent
soient plus bold
que ceux qui semblent plus stables
ils sont juste plus facilement insatisfaits
moins tolérants dans leur situation
moins patients

oui c'est vrai
ils sont peut-être plus à l'écoute
de leur coeur et de leurs tripes
ils recherchent l'accord avec leurs valeurs
et ils ont suffisamment confiance en eux
pour aller les retrouver ailleurs

ils se sauvent

je suis de celles qui se sauvent
dès que ça fait mal à l'intérieur
quand le néon et le centre-ville
me donnent la nausée
il faut investiguer

mes tripes et mon irritabilité
sont les premiers symptômes
d'un déséquilibre
entre ce que je fais de mes journées
et où mon coeur veut se poser
mon esprit le sait rarement clairement
alors je dois écouter

c'est toujours après avoir pris une décision de changer
que je comprends ce qui n'allait pas
et je me retrouve alors pour un moment
dans cet état de plénitude
recomposée

je ne suis pas bold ni audacieuse
mais je suis à l'écoute

le malaise vient au bord de la falaise
pour se recentrer
il faut sauter
entre les deux
il y a le vertige
et c'est bien normal

donc quand on a le vertige
quand on a peur
c'est parce qu'on est sur le point
de faire un grand changement
un changement qu'on ne sait pas encore
nous mène vers un meilleur accord.

samedi 19 novembre 2016

rituels



bientôt quelqu'un me demandera
quel est mon rituel beauté
ce que je mange pour être en santé
quelle est ma routine pour garder mon énergie

ceux qui me connaissent savent
que je me bats quotidiennement
depuis deux ans pour ménager mes énergies
et continuer mes nombreuses expéditions
que j'ai de plus en plus de misère
avec les habitudes d'exercices physiques
et caetera mais bon
ma vie est pleine de rituels

loin d'haïr la routine
j'adore les rituels qui ancrent
le temps le rythme du quotidien
je déteste la surprise
je suis candidate pour une crise cardiaque
chaque fois que le téléphone vibre
ou que la sonnette retentit

j'aime les rituels donc
et comme ils sont routiniers
je vous en énumère quelques-uns
qui font partie de mes plaisirs
pas dull pantoute
je vous jure en passant
que je ne les accomplis jamais dans la torpeur
mais avec le plus grand des plaisirs

au matin les rituels s'enchaînent
comme une orchestration mille fois pratiquée
je me presse un demi-citron
que je mélange à un verre d'eau de montréal
je bois cela le temps que cela me prend
pour ranger la vaisselle qui traine
dans le séchoir et le lave-vaisselle le cas échéant
s'il y en a une proche
je lave et mange une pomme

la salle de bains est l'endroit
du rituel féminin
aussi simple soit-il
il demeure sensuel en tous points
dans la douche je me lave les cheveux avec vigueur
je pense que ça remonte
à mes années de fumeuse
je les couvre ensuite de conditionneur
et me fais un chignon noué
qui durera le temps de la douche
je me savonne en terminant par mon visage
que je lave avec un savon différent
en faisant plein de mousse
dans mes oreilles et de la friction sur mes joues
je rince le tout
essuie l'eau sur les carreaux et la vitre
m'essuie le corps
et noue ma serviette autour de mes cheveux
je me parfume les poignets
et avec eux je touche l'arrière de mes genoux
et les côtés de mon cou
tom ford embaume alors
et je me réveille femme
je me crème des pieds aux épaules
je m'habille
je me brosse les cheveux humides
je me crème la face
je remets mes bagues

je déjeune en lisant mon devoir du jour
peu importe ce que je mange
je le fais suivre de mon allongé du matin
je fais les mots croisés
je mange mes vitamines
calcium canneberges et vitamine c
je fais la vaisselle
je passe la soie dentaire
je me brosse les dents

je suis partie pour la journée

pas de radio pas de télé
toujours l'ordi

tous les dimanches je lave
ma cafetière espresso automatique
dans un lavabo plein d'eau savonneuse chaude
et avec mon petit pinceau

quand je passe la balayeuse
je commence toujours par le petit tapis du salon
puis j'aspire le sofa
pour enlever les poils de chat
et ensuite lentement
le reste de la maison
pour terminer avec une huile murphy
sur le plancher de bois
pour me récompenser

je prends toujours les marches
pour descendre dans le métro
et je prends toujours l'escalier roulant
pour sortir du dernier métro de la journée

je sors le recyclage et les produits compostables
le lundi soir sans faute
et les ordures le mardi soir
sans manquer de me demander
comment nous faisons pour tant en générer

le soir venu
alors que je suis déjà couchée
à lire ou à dormir
l'homme-chat vient me voir
avec le bébé chat pour qu'il me souhaite
bonne nuit
nous passons alors
cinq minutes de grande tendresse
à faire des câlins au minou
pendant qu'il ronronne sur la couverture
puis on le renvoie garder la maison pour la nuit

entre les rituels du matin et ceux du soir
mille choses se seront passées
certaines avec précision et savoir-faire
et d'autres en total désordre et inefficacité
rares sont celles qui me font de la peine
j'y trouve toujours grand plaisir

ma vie est emplie de ces gestes que j'aime
qui ponctuent le temps
qui ne servent à rien devant l'éternité
mais qui annoncent la vie
la mort
les anniversaires

ils ont cette qualité transcendante
de nous faire faire et exister.

samedi 12 novembre 2016

pollinisation



cette semaine nous a démontré
à quel point nous avons été surpris
par le comportement d'autres humains
atterrés nous avons essayé de comprendre
alors qu'il aurait fallu à tous comprendre et agir
depuis plus longtemps
nous sommes séparés
il faut pourtant écouter

je suis la première coupable
de rester dans ma caste
je pense être ouverte d'esprit
mais je reste parmi les miens
ceux avec qui je partage des intérêts
ceux qui me permettent d'avancer
mais pas nécessairement d'évoluer
en tant qu'être humain

heureusement
je sais lire écrire échanger
et assister à des conférences

je me fais donc durement réveiller
en me faisant dire qu'étant privilégiée
et née du bon bord de la planète
je doive m'ouvrir et faire ma part

et c'est très bien ainsi

mardi matin
alexandre taillefer critiquait légèrement
le système d'éducation qui à son avis
créait des strates d'élites académiques et de recalés
à cause du seul système d'évaluation
basé sur l'acquisition des connaissances
et ces étudiants occuperaient possiblement
des milieux sociaux différents
quelques années plus tard
il favorisait plutôt la pollinisation
entre tous les étudiants
chacun ayant à apprendre des autres
il n'avait pas la solution au problème
mais il m'a fait imaginer si cela m'intéressait
de passer du temps avec des personnes
ayant des difficultés d'apprentissage

dans ma vie d'aujourd'hui
je suis trop occupée de moi-même
pour m'occuper des autres
ce n'est pas une métaphore
c'est vrai et je me multiplie par
cinquante millions pour illustrer comment
notre société peut rapidement se foutre
de ce qui se passe ailleurs
si ce n'est que hors de la petite italie
à brossard ou dans l'état voisin
sans compter montréal quand on vit à new york
et penser que la rust belt a juste
à s'adapter et s'ubériser

jeudi matin geneviève
nous indiquait avoir la veille travaillé dur en équipe
dans le milieu communautaire
et avoir passé la soirée dans une faune fortunée
et comment elle aimait cette diversité sociale

moi aussi j'aime ça
mais quand je sers des repas à la mission old brewery
j'aime également quitter les lieux
une fois la tâche terminée
je ne pourrais pas passer mon quotidien
à aider les familles défavorisées de laval
comme ma chumette julie

hier fabrice vil écrivait dans sa chronique
qu'il allait chercher à comprendre
ceux qui ne sont pas d'accord avec lui
il mentionnait qu'un youtubeur
était allé cette semaine en floride
assister aux élections américaines
avec les fans de donald trump
pour aller voir du monde qu'il ne comprenait pas
pour aller les écouter

je ne me fais pas du boboshaming
je fais de la prise de conscience
il faut que je sois plus ouverte sur le monde
pour laisser tomber mes préjugés
il faut que je fasse encore d'autres pas
pour m'ouvrir les yeux
et aider comme je peux

comprendre est un premier pas
polliniser et se faire polliniser
est l'idéal.


samedi 5 novembre 2016

cent fois



quand je suis en crisse comme vendredi
après avoir pris connaissance de ma note d'examen
je traverse toutes les émotions
des plus dramatiques
me suicider casser de la vitre crier fort
je n'ai rien fait de tout cela ne craignez pas
aux réactions les plus sages
je suis poussière dans l'univers
c'est absurde comme j'aime la complexité
pourquoi je ne me contente pas des chemins les plus simples

dans le bain en fin d'après-midi
je me suis souvenue que j'étais mortelle
et que ça n'avait aucune crisse d'importance
dans la vie de personne ni de moi-même
cette note d'examen au-dessus du passage
mais sous la moyenne

ce qui fâche la mortelle que je suis
c'est l'échec

puisque je ne suis pas encore devenue
engrais à pissenlit
je me permets de réfléchir encore
de dire et de radoter
au risque de me répéter

j'ai déjà vécu des échecs et je ne les prends pas bien

j'ai échoué plusieurs fois un examen de conduite
lorsque j'étais adolescente
je ne comprenais plus rien en maths
de secondaire cinq
j'ai échoué une fois un examen en circuit fermé
pour mon test de moto
mon texte n'était pas parfait la première fois
que je l'ai présenté à mon cours de création littéraire
mon poème n'a pas été choisi
lors du concours de poésie de radio-canada
et la liste continue
ça me fait chier

je vis mal les échecs parce que ce que j'entreprends
je le pense toujours à ma portée
je n'entreprends rien d'impossible
je n'essaie pas de devenir ingénieur en aéronautique
mais si cela m'intéressait
je pense que mon cerveau y serait disposé
j'essaie de faire des choses qui me sont familières
donc je pense que je peux les réussir

je ne défends pas la culture de la performance
et certainement pas celle de la médiocrité
je défends la culture de l'amélioration
je connais mes limites
mes capacités et mon potentiel

c'est honorable pour moi l'amélioration
car justement ce qui est difficile
j'ai tendance à l'abandonner
avant de mourir
c'est cette barrière que je dois abattre
je veux devenir meilleure au prix de l'effort

de nature j'ai été douée pour certaines choses
et je supporte mal l'effort
je suis intolérante à la douleur
tu ne peux pas me fouetter
pour que je pousse plus fort
je vais te tuer si tu me violentes

donc
c'est difficile

je ne suis pas disciplinée
je suis paresseuse
je ne réussis que ce qui m'est facile

je sais
on est tous différent
je suis bonne dans ci ou dans ça
c'est vrai
je le suis
et c'est pour ça que je le fais
quand j'ai le choix de passer une heure
à faire différentes choses
je choisis ce qui m'est le plus accessible
c'est reposant c'est simple
on est tous pareil
alors il faut m'emprisonner et me faire suer
jusqu'à la limite du supportable
jusqu'à ce que la limite soit plus souple
et ce
je dois me l'imposer moi-même

je dois apprendre le labeur

apprendre à travailler

et devenir meilleure.

cent fois sur le métier je remettrai mon ouvrage.

samedi 29 octobre 2016

moi aussi


image provenant du site du 
Centre pour les Victimes d'agression sexuelle de Montréal

je me sens interpellée
par la réflexion relative
aux agressions sexuelles au québec
tant en ce qui concerne les hommes que les femmes
je n'ai pas de témoignage à faire
ni d'expérience refoulée à vous relater
djieu merci je n'ai pas subi d'agressions sexuelles
même si les balises de ce délit
ont été élargies à travers le temps
comme pleins de concepts le sont
dans une société qui évolue
et des mentalités qui s'ouvrent

ainsi j'ai grandi à l'époque des machos
je les ai d'ailleurs beaucoup aimés
et j'ai encore un faible pour les hommes alpha
qui sont loin d'être
des agresseurs potentiels ceci dit
mais j'ai toléré de vivre sans grandes séquelles
dans des environnements de travail
où on embrassait les filles
où on les complimentait sur leurs tenues
et où on adoptait des attitudes un peu paternalistes

chez parée a fait les choux gras
des lunchs de nos représentants
mais il n'y avait rien de vil ni de mesquin
c'était à une autre époque 
une époque où je suis moi-même devenue macho
femme séductrice toujours prête à plaire
je le suis encore d'ailleurs
je préfère paraître jolie que moins jolie
mon ego est flatté par les remarques masculines
il est rarement offensé
je ne sais pas pourquoi

j'ai donc grandi là-dedans
à être peu sensible aux cas d'abus sexuels
au point de n'en pas connaître les statistiques d'occurrence
jusqu'en novembre deux mil quatorze
quand l'affaire ghomeshi battait son plein
puis à m'être désintéressée de la chose
sauf du traitement judiciaire pour mieux comprendre

je n'ai eu connaissance
des agressions sexuelles survenues à l'université laval
qu'une semaine après les événements
ce qui est grave car la nouvelle
a traversé mon esprit comme un simple fait divers
jusqu'à ce qu'un scandale plus grand
attire mon attention définitivement

il faut remercier les scandales
d'attirer notre attention
et nous faire remarquer à quel point
nous avons banalisé certaines situations
c'est comme ça qu'on lance des discussions
avec éclat en forçant les choses de façon exagérée
en sachant qu'un jour il y aura un retour du balancier

ces discussions révolutions indignations
même si elles sont douloureuses et polarisées
sacrifiant au passage la dignité et la réputation
de l'une ou de l'autre
ont lieu pour le bien d'une plus grande cause
et d'une plus grande communauté
pour aider le futur
pour le changer

les discussions de la semaine étaient douloureuses
car elles traitaient des hommes et des femmes
et parce que les couples québécois saisis de la question
ont eu dans la dernière semaine
au moins une conversation sur le sujet
et ont eu à tester
leurs réactions primaires et immédiates
quel camp prend-on d'emblée
quand on est femme ou homme
quel camp prend-on dans notre for intérieur
lorsqu'il n'y a ni témoin ni public

je suis prête à évoluer
il le faut
je veux participer au changement

je n'en dis pas plus car j'ai assez lu et écrit cette semaine
mais je laisse ici
des liens vers des chroniques articles et autres écrits
qui ont aidé ma réflexion dans la dernière semaine

sur la dichotomie entre le système judiciaire et l'opinion publique :
me véronique robert, avocate en droit criminel, sur le biais de perception qu'amène le concept de la présomption d'innocence
pierre trudel, chroniqueur, sur la logique différente entre le judiciaire et les médias

sur l'inventaire des choses que l'on évoque :
geneviève pettersen, sur la présence ou l'absence de consentement
marie-christine bernard, femme de lettres, sur un inventaire exhaustif de choses à caractère sexuel

sur le climat social :
jocelyne robert, sexologue, sur la culture du viol
francine pelletier, chroniqueuse, sur l'évolution du concept d'agression sexuelle

statistiques et définitions : 
ministère de la santé et des services sociaux du québec, section sur les agressions sexuelles
gouvernement du québec, orientation gouvernementale en matière d'agression sexuelle, 2001
ministère de la sécurité publique, statistiques sur les infractions d'ordre sexuel, tel que rapportées aux services de polices.

et puis enfin oui
tous ensemble
nous aurons à ce sujet
une société de plus en plus évoluée

souhaitons-nous le.


samedi 22 octobre 2016

cognosco cognoscis cognoscimus


maskull lasserre, un de mes artistes préférés,
illustre bien la perception de mon cerveau ces temps-ci.

apprendre lire étudier
faire des exercices
résoudre des problèmes
neuf heures par semaine en classe
et vingt-sept heures par semaine à la maison
c'est intense

comme vivre dans l'inédit
à chaque chose que l'on voit et que l'on entend
à temps plein
comme lire et écrire à six ans en première année
comme adopter trois nouvelles langues en même temps
comme commencer à courir
à raison de cinquante kilomètres de volume
dès la première semaine

mon cerveau doit s'adapter
et mon corps aussi pour le tenir
à l'intensité de cet apprentissage
à la capacité de concentration
pour apprendre du nouveau
et rattraper les notions préalables
des cours que je n'ai pas suivis
je suis tellement crevée le mercredi à dix-sept heures
que le jeudi matin je n'arrive plus
ni à me lever aux aurores pour aller nager
ni à embrayer cérébralement
avant la fin de la matinée

cet après-midi
je vais écrire un examen
de gouvernance et contrôles internes en entreprise
comptant pour trente pour cent de la note finale
ça m'énerve un peu
même si je n'ai pas arrêté de préparer des examens
pendant toutes mes années d'études à temps partiel

mais à dix-sept heures il sera un peu plus vide
et j'espère à nouveau prêt à étudier
pour les deux autres examens
qui arrivent la semaine prochaine

mais l'apprentissage quand il rentre au poste
quand il s'imprègne dans l'endroit de la compréhension
il est étincelant et jouissif
quand je pense que je consacre ma semaine
à faire ce que j'aime
j'ai le coeur empli de gratitude

hier
j'ai passé une journée complète au travail
à valider de nouveaux accès réseau
à configurer un poste de travail
à jeter un oeil sur une centaine de courriels emmagasinés
pour traiter les plus pertinents
à coacher un nouveau gestionnaire
à lui faire des recommandations
à ne pas avoir le temps de luncher
avant quatorze heures
et à rédiger deux paragraphes
dans une analyse de crédit
de sept cent quatre-vingt millions
je n'ai pas accompli grand chose
d'exigeant intellectuellement
et à dix-huit heures en quittant le bureau
j'avais l'impression d'avoir un cerveau reposé
c'était une vraie relâche de classe

et c'est bien à point
parce que là c'est l'heure d'étudier
et allez hop on y va!

samedi 15 octobre 2016

le fabuleux destin



dimanche soir dernier
nous soulignions en famille
le cinquantième anniversaire de mariage
de pa' et ma'
venus à montréal
célébrer la noce de ma soeur yvonne

deux mil seize est un grand millésime

pendant le souper
forts d'une tablée de trois générations
à l'exception d'yvonne partie nocer à paris
nous avons demandé à pa' et ma'
de nous raconter les années soixante
celles où ils se sont rencontrés

ils remontent donc aux années collégiales à taiwan
et à l'innocence de ma'
qui aux premières dates 
était toujours accompagnée de sa chaperonne

à l'université de taiwan
pa' a passé les concours
et obtenu une bourse du gouvernement
pour faire d'autres études en france
il a donc pris le bateau vers paris
en mil neuf cent soixante-quatre
et fait le doctorat en droit international
à l'université de paris

ma' l'a rejoint en soixante-six
et fait des études pour enseigner le français
aux immigrants à l'alliance française

ils étaient encore des kids
et sortaient et mangeaient en gang de chinetoques
ceux de taiwan et de rares de la chine
la grande chine où battait son plein
la révolution culturelle de mao
les jeunes étaient surveillés de près
par les diplomates taiwanais pour repérer
les transfuges qui succomberaient au charme
de la sirène communiste

les chinetoques travaillaient dans les restos
pour supporter leurs études et vivaient
en colocs dans les mansardes de paris

pa' et ma' se sont mariés le six décembre
dans leur mi-vingtaine
en catholiques puis en party de chinetoques
j'ai la bible de pa' de l'époque à la maison
je pense qu'il avait découvert la chrétienté
et s'était converti
mais je n'ai pas été baptisée
alors je pense qu'il n'a pas pratiqué activement

pour son mariage
les chumettes de ma' l'avait maquillée
et elle se trouvait ainsi bien laide et barbouillée
mais pa' dimanche l'a rassurée
en réitérant que lui la trouvait si belle

un mois après les épousailles ma' est tombée enceinte
elle était désemparée
autant que son jeune mari
dans une communauté de jeunes flos chinois
ces étudiants venus apprendre à l'étranger
sensés retourner au pays pour servir
loin de leur famille loin de leurs parents

les amis ont donné pleins de trucs à ma'
pour la faire avorter
laver les vitres faire des exercices
boire des médicaments à la quinine
elle a tout essayé
peut-être sans assez de vigueur
rien n'y a fait
le bébé était accroché

les avortements étaient alors
illégaux en france

durant ce temps
pa' devait aller à genève pour une recherche
à la maison des nations unies
et a ma' l'a accompagné
les avortements y étaient pratiqués légalement
à l'hôtel ils ont soudoyé la femme de ménage
pour qu'elle leur réfère un médecin
elle est partie avec le cash
et ils sont restés pantois
ils ont épluché le bottin téléphonique
et ma' s'est bientôt retrouvée
devant un obstétricien établi et bienveillant
qui lui a dit que
la mère et l'enfant étaient en bonne santé
tout allait bien se passer
ils ne devaient pas s'inquiéter

pa' garde encore en tête le souvenir
de ce bon père de famille
il a souligné
comme il y avait vraiment de bonnes personnes
c'était clairement les mots dont mes parents avaient besoin
alors si jeunes et innocents

le docteur a eu raison de leurs craintes
car je suis née en octobre la même année

ma' nous a avoués dimanche
qu'elle s'est demandée longtemps
quand elle me raconterait cette histoire
et puis elle s'est dit
que puisqu'elle s'était bien terminée
elle pouvait me la raconter sans craintes

nous avons tous bien ri au souper
et nous avons célébré les noces
avec le grand osoyoos larose de la vallée d'okanagan
le vin fruit de la grande terre
sur laquelle ils ont fait naître
une belle famille
l'ont fait voyager
et la font encore rêver

quel fabuleux destin
que celui du clan lo!

(cette semaine je salue mon
quarante-neuvième anniversaire
je comprends maintenant
que ma volonté et mon amour de la vie
sont plus forts que la noirceur
et datent vigoureusement
d'il y a presque un demi-siècle).

samedi 8 octobre 2016

gris cendré



mon cerveau est éprouvé à l'école
même si je n'ai jamais arrêté d'étudier
je trouve la matière difficile
je comprends maintenant avoir sauté à la deux ou
troisième année de bac en comptabilité
je manque donc des fois
de la base théorique
que les étudiants normaux
acquièrent dans leurs deux premières années d'études
j'ai beaucoup de rattappage à faire
bref les kids
sont clairement plus allumés que moi
ils ont drillé ça depuis deux ans
et comprennent plus rapidement

j'ai vieilli aussi
martin a dit ça mais il voulait dire autre chose

il disait essentiellement
que dans notre vie courante
nous étions habitués à gérer cent tâches
et avions perdu l'habitude
de nous concentrer longtemps sur une chose
tu sais
le sitzfleisch dont je parle si souvent
il disait qu'on était excellent en multi tasking
et très mauvais en mono tasking
et je lui disais aussi
que dans une vie mono disciplinaire
depuis près de trente ans
on avait arrêté d'apprendre en grandes doses
l'apprentissage quotidien était simplement incrémental

c'est donc dur pour mon cerveau
de remettre la machine à on
et d'assimiler de la nouvelle matière
pendant neuf heures par semaine
et faire des travaux et études
pendant vingt-sept autres heures par semaine

je suis une reine du multi tasking
mais seulement dans ma capacité
à débuter des centaines de choses
dont mes intérêts m'investissent
mais je reste rarement concentrée
sur chacune d'elles
au final je ne suis bonne en rien
jack of all trades
master of none
ça aussi c'est martin qui l'a dit un jour
j'ai toujours aimé butiner
toucher à tout
et quand une chose requiert un effort
je m'esquive vers une autre tâche plus intéressante
et je peux ainsi me garder occupée
et surmenée pendant toute la vie

je fais pleins de choses
pour fuir toutes les choses
je manque de profondeur
je déteste l'effort
je reste superficielle

c'est faux

j'ai réussi et complété pleins de choses
je suis même devenue une experte
dans mon domaine professionnelle
j'ai donc réussi à acquérir cette profondeur

mais j'ai une tendance très naturelle de butiner
et donc de perdre énormément de temps
à m'éparpiller

j'ai décidé de passer moins de temps sur fb
parce que j'aime trop ça fb
c'est comme un sac de kettle aux jalapeño
ouvert en tout temps
j'y pige à demande du plaisir continuel
c'est sûr que ça bouffe tout mon temps
ce n'est pas la faute de fb
c'est de la mienne
comme un vice un péché la luxure

on verra si avoir plus de temps
me forcera à me concentrer davantage sur mes études
histoire de reprendre le dessus
si je peux dormir plus
et mieux manger aussi
moins de sucre raffiné
acheter des cans de poissons
des sardines du thon
et m'en faire un lunch à la maison une fois par semaine
me bourrer d'omega trois
j'ai envie de l'image de mon cerveau luisant
et sans cesse regénéré
j'ai envie de performer
ce n'est pas rien
que de ne pas se sentir à la hauteur
en ce si début d'études
il faut que je me ressaisisse

je veux vider mon cerveau en méditant
en courant en nageant
pour le disposer à apprendre
je suis prête à toutes les techniques
de l'hypnose au ginkgo biloba
je veux apprendre
je veux comprendre
je veux réussir
je veux savoir qu'en y mettant l'effort
on peut tout faire

on peut atteindre nos objectifs.

samedi 1 octobre 2016

en avant



quand julien est venu hier
porter des cartes d'affaires
c'est ma' qui lui a ouvert
et elle s'est demandée pourquoi
son étudiante de fille se faisait faire
des cartes d'affaires

peut-être s'était-elle imaginée
que j'avais encore dix-neuf ans
et que je commençais ma vie

puis elle s'est souvenue que j'en avais
quarante-huit
avec près de trente ans
de bagage professionnel
dont profitaient encore des clients
que je rajoutais des cordes à mon arc
en complétant des études et des certifications
et que je gagnais ma vie
selon mes termes et conditions
comme énormément de professionnels
souhaitent le faire

elle s'est enchantée de savoir
que j'avais recommandé mon ancien patron
pour prendre ma place
que j'avais négocié mon premier contrat de pigiste
avec une grande banque canadienne
et que lorsque mon ex-patron
me poserait des questions d'ordre
de culture et de pouvoir d'entreprise
je le facturerais à titre de client
et non à titre de subalterne

elle était enthousiasmée de voir
que j'avais plein d'alternatives
que je ne recommençais pas à zéro
mais que je continuais à construire
que j'allais encore aimer gagner des sous
et que je ne négocierais pas des contrats à la petite semaine
mais seulement avec des gens d'affaires
inspirants et chevronnés

ma' avait alors compris
que je valais bien plus que mes cartes d'affaires
elle s'est vite dépêchée d'ailleurs
de la montrer à pa'
car son fils aussi y a contribué
j'ai fait affaires avec mon frère
dans le meilleur de ses compétences
il a livré un travail extraordinaire

je pense que nos parents sont contents
de savoir notre aplomb
nos compétences
et notre confiance

we are growing up
and never letting them down.

samedi 24 septembre 2016

immortalité



hier en revenant du marché
ma mémoire j'ai exercée
le nom d'un homme me suis rappelée
il s'appelait laliberté
quel beau nom prédestiné
le soir venu l'ai googlé
pour constater qu'il était décédé
à soixante-huit ans passés

les souvenirs sont faits
pour être immortalisés
je ne connais jim morrison
qu'à l'âge de vingt-sept ans
aux yeux angéliques et au torse nu
je ne l'ai jamais connu ni à soixante
ni à soixante-dix ans

monsieur laliberté
était un crush de ma chumette
alors qu'elle était une jeune fille en fleurs
d'à peine vingt ans
il en avait vingt de plus qu'elle
nous étions à peine sorties de l'enfance
avec la vie devant nous

quand je me souviens des hommes
dont j'ai été amoureuse jeune
ils ont encore les cheveux noirs
ou blonds et les torses musclés
et la fougue de me prendre
jambes écartées à bouts de bras
accotée sur le poêle de la cuisine
à quatre heures du matin

si par malheur je croise
leur photo d'aujourd'hui sur l'internet
je déchante et me ravise
ce n'est pas d'eux que j'ai été éprise
ils n'ont plus le même regard
peut-être encore le même coeur
ils n'ont plus le même corps
non
ce ne sont pas eux

la photo funéraire de monsieur laliberté
le dépeint plus jeune qu'à soixante-huit
les souvenirs sont faits
pour être immortalisés

les souvenirs sont beaux
et ils nous gardent au chaud
dans les nuits les plus glaciales
autant que les plats du creuset
et que l'amour présent
ils nourrissent nos rêves nocturnes
et nous rajeunissent le matin venu
ils sont inaltérés

depuis peu sur le campus universitaire
mes phéromones sont à on
je fréquente le plus fort de la jeunesse
elle m'emplit de désir
elle communique sa passion
ça ne s'estompe pas avec l'âge
c'est toujours présent
mais quand on avait vingt ans
on était beau comme à vingt ans
quand on en a quarante puis cinquante puis soixante
on est beau comme à cet âge

des fois dans le métro
je me prends à imaginer
que je croiserais un ancien amant
et me demande toujours narcissiquement
s'il trouverait que j'ai changé
puis je constate hier
qu'il désenchanterait
car ces trente dernières années
je les ai passées moi aussi

je ne suis qu'un souvenir
à immortaliser

et pendant ce temps
je continue ma vie
à aimer à donner
pour créer à nouveau
mon immortalité.

come on baby light my fire.

samedi 17 septembre 2016

collé collé


source photo
j'aime sa peau
élastique douce chaude
couchée j'aime lui caresser
le chest poilu
comme on caresse le ventre
du bébé chat

ça fait seize ans que je dors en cuillères
avec l'homme-chat
moi la petite lui la grande
cuillère
des fois cuillères à droite
des fois cuillères à gauche
dépendamment des chambres qu'on habite

tu sais que tu aimes un homme
quand tu aimes sa peau
tu sais que tu peux vivre avec un homme
quand endormis
vos corps sont jetés l'un sur l'autre
un bras pesant sur ta taille
une grande jambe écrasant les tiennes
et qu'ils passent ainsi la nuit
sans jamais d'inconfort

tu sais que tu aimes un homme
quand ta peau cherche la sienne
comme une extension de la vie
quand vos corps sont collés
comme des jumeaux chauds inséparables

il y a aussi les vibrations
de la luxure
mais même sans le sexe
la peau est bonne et nourricière

tu l'embrasses le matin
en allant le réveiller au lit
sur le front tendrement
puis sur la joue que tu colles de tes lèvres
pendant qu'il s'allume les yeux

et tu l'embrasses encore en partant travailler
en plaquant encore vos deux joues gauches ensemble
pour qu'elles se sentent bien
comme deux peaux voulant se donner
voulant se coller

sa peau c'est comme cette pâte fraîche enfarinée
toute la vie et la sensualité dans cette peau
tu sais que tu aimes un homme
quand tu te caches le nez dans son cou
pour toujours
quand il cache le sien dans tes cheveux
et que rien
nulle part jamais
ne pique ou ne dérange
pas besoin de parfum de shampoing
ou de savon chic
juste sa peau belle et propre
pour toujours
avec son coeur dedans
et son fabuleux sourire.

samedi 10 septembre 2016

you kiou é èm



you kiou é èm
for when you travel outbound
u q a m

l'uqam c'était pour les commerciaux
quand j'avais dix-sept ans
alors au cégep du vieux en arts plastiques
l'uqam c'était pour le graphisme
ça m'intimidait beaucoup en quatre-vingt-six
ça prenait un portfolio bien monté
j'ai fait concordia à la place
j'ai appris un peu l'anglais
et j'ai fait des fine arts

neuf ans plus tard
en quatre-vingt-quinze
travaillant en finances
et mère de deux enfants
l'université du québec est entrée chez moi par la teluq
je ne me souviens pas du cours que j'ai fait
mais c'était par correspondance
puis dans une vraie classe
possiblement au sous-sol du pavillon des sciences de la gestion
parce que la gestion c'est scientifique à l'uqam
en quatre-vingt-quinze c'était vraiment glauque
et très animé
il y en avait du monde
j'ai passé mon cours
à manger des sweet tarts
avec ma chumette isabelle
c'était un cours de métho'
ou un vrai cours de grh
m'en souviens plus
mais je me souviens
qu'à l'issue de mon certificat de grh
j'ai décidé de faire mes autres certificats aux hec
c'est de même
à cette époque où j'essayais d'obtenir un bac par cumul
je me disais que les hec sonneraient mieux

fait que j'ai un bac des hec tu sauras
en douze ans le bac
avant mes quarante ans
avec du monde sérieux
de vrais entreprenants
tout le monde était ambitieux là-dedans
ça a dû me faire un caractère

l'uqam est revenue par la grande porte du mba
et c'est là que je suis vraiment tombée en amour
avec cette université
c'était de deux mil dix à deux mil douze
tu sais durant le printemps érable

j'ai tellement eu de magnifiques professeurs
des vrais profs pas des à moitié
des titulaires de chaires
des doctorants
des cracks des intellectuels
du savoir en cans
j'étais fuckingment fière
je pense que j'ai même posé pour une annonce
et j'étais sur le comité de programme

c'est avec ce diplôme
que l'uqam est devenue
ma alma mater
en deux mil douze
à l'âge de quarante-cinq ans

en parlant d'âge
ce six septembre
en file au local temporaire de la coop pour la rentrée
il se côtoyait des gens de tous les âges
et de toutes les couleurs
il y avait des cinquantenaires
autant que de jeunes adultes
avec leurs plans de cours
et leurs sacs à dos
dans la file au café
des accolades chaudes se faisaient
à la fin de l'été
l'une emménageait à montréal
et allait y trouver un emploi
l'autre venait de s'acheter une auto

l'uqam n'est plus du tout l'école intimidante
que j'appréhendais avant la vingtaine
c'est une maison de bonheur
où les profs adorent leur métier
certains avec une année sabbatique payée aux sept ans
tu sais
on les garde en forme
et en passion
c'est ce qui fait la différence

je retrouve l'uqam à temps plein cette année
avec casier et bouteille d'eau
je connais ses pavillons
ses stationnements
ses étages
ses corridors
ses toilettes publiques
ses abreuvoirs
ses machines à café
ses fours à micro ondes
ses bibliothèques

je l'aime cette école
tout le monde qui y est veut quelque chose
boit du savoir des notes ou des résultats
est là pour apprendre ou avancer
il n'y a personne qui veut pas
c'est rempli d'espoir ces boîtes-là
il faut vraiment les fréquenter plus souvent
les universités
c'est universel
c'est la maison du monde
c'est l'ouverture sur l'inconnu
c'est l'aventure.

samedi 3 septembre 2016

catch me if you can



ça y est j'angoisse
j'ai passé une semaine de fou
justement le genre de semaines que je veux éviter
je n'ai plus l'âge d'avoir des semaines de fou
mais j'en ai malheureusement le tempérament

je pensais que cette semaine
entre ma dernière salariée
et ma première étudiante
en serait une de repos et de préparation

vous le voyez comme moi
avec le outlook que je me suis booké
que je vous remplis un horaire
peu importe les retombées
peu importe les revenus

il faut occuper le temps

et djieu sait que j'en suis capable

même de me dépêcher lundi
entre mon retour de course salutaire sur la montagne
et ma première séance tenante
manquer de temps
entre deux activités non obligées

mais où donc est ma faculté
de prendre ça zen

de me réveiller à quatre heures trente
trois jours cette semaine
bien avant le cri du réveil matin
avec pleins d'idées en tête

et passer des heures à classer
trier déchiqueter des documents
dont je ne vois pas la fin
et qui dormaient pourtant si bien
dans le fond de leurs filières respectives

bien sûr il y a du temps de qualité
comme celui où je consulte le livre de recettes
dresse mon menu pour trois repas
fais mes emplettes et les soupers
bien sûr il y a le gain de temps
à ne pas me transporter en ville chaque matin
chaque soir
bien sûr il y a le bonheur
de luncher des restants chaque midi
et de comptabiliser toutes mes dépenses
et crier victoire quant aux économies que je fais

bien sûr il y a la satisfaction
de faire enfin fonctionner pleins de choses
ma montre garmin notamment
mon imprimante mes écrans
mon speaker bluetooth
de mettre à jour la comptabilité
de notre appartement de touristes
et de faire un post mortem
sur notre tarification après un an d'opération

bien sûr je tripe d'avoir loué un casier à l'école
et de planifier aller nager le mardi
avant mon cours de gouvernance
d'avoir longé les corridors de l'université
avant la rentrée dans quelques jours
d'avoir acheté mes recharges de mines
point sept millimètres
d'avoir jeté les stylos qui n'écrivaient plus
d'avoir imprimé mes plans de cours
sans compter m'y être réinscrite
et d'avoir identifié les textes à lire
aujourd'hui et demain
pour ne pas prendre du retard

mais mon plancher est toujours sale
et mes vitres toujours pas faites
pas encore trouvé les cadeaux de fête
de m en mai et j en août
je n'ai pas terminé le bouquin de warhol
entamé en août à nassau
alors que j'ai déjà envie d'avoir du temps
pour lire le prochain roman qui m'attend

je n'ai pas eu le temps de travailler une fois
sur la terrasse
encore enfermée dans un bureau
peu importe qu'il soit à square victo
ou au palace st-denis

vingt-neuf ans de fonctionnement
en mode rapide et ultra-rapide
sans reprendre son souffle entre deux rendez-vous
ça crée des habitudes
difficiles à enrayer

toutes ces choses que j'ai faites cette semaine
je vivais sans les faire

le constat auquel je dois absolument réfléchir
si je veux survivre
est qu'il ne faut pas se booker serrée
il ne faut pas remplir le temps
il se remplira bien de lui-même
je ne prendrai jamais de l'avance sur la vie
d'y être simplement devrait suffire.

ohm shalom ciao bye
long week-end
go.

samedi 27 août 2016

chiffrier ardent



les gens sont rébarbatifs aux chiffres
ça les tue quand je dis
que je vais étudier en comptabilité
ils trouvent ça vraiment ennuyant
complexe et incompréhensible
des colonnes de chiffres non classés
c'est très peu sexy ou appétissant
du simple fait que c'est inintelligible

mais les chiffres voyez
c'est un langage si simple
et si poétique des fois

trois point quatorze-seize
trois cent vingt-cinq farenheit
cinq pieds trois
cent vingt livres
deux heures vingt-deux
ou midi douze
dix-sept heures
ou cinq pihèm
la quatre-vingt sur du parc
dix-neuf deux à 'tivi
cinq-un-quatre quatre-cinq-zéro huit-un-neuf quatre-un-huit
quatre par quatre
quarante onces
en soixante-sept tout était beau
fait vingt-huit
deux par quatre
quatre par six
treize à la douzaine
millionnaire
milliardaire tant qu'à faire
ou neuf et quatre-vingt-dix-neuf
quatre-vingt-dix minutes
cinq et quarante du kilomètre
cent deux cents cent
quatre fois deux cinquante mètres
trente-six semaines
deux ans et demi
trente-sept deux le matin
neuf semaines et demie
onze cents pieds carrés
moins quarante
cinquantième
deux trois cinq sept onze treize dix-sept
quatorze dix-huit
quarante quarante-cinq
onze septembre
quatorze juillet
le vingt-quatre juin
un gramme
trois onces
six pouces et quart
trois cent soixante-dix-sept pages
quatre mille mots
quarante-cinq tours
trente-six vingt-quatre trente-six
cinquante-et-un pour cent

puis repartir à zéro

ils sont beaux et ils pleuvent
je les additionne
je les multiplie
je les expose
ils résonnent
et même des fois
ils sonnent et ils trébuchent
alors ils rayonnent.

samedi 20 août 2016

la vie c'est comme si



okay si ça peut vous faire plaisir
disons que je suis chanceuse

ben oui
chanceuse d'avoir eu des parents
qui m'ont inculqué la valeur du travail
qui m'ont appris par l'exemple
que tout job était bon à faire
sans hiérarchisation en toute humilité
même la restauration ou le marché aux puces
après un doctorat en sciences politiques
même après une carrière en diplomatie
chanceuse d'avoir eu une maman
qui a trimé et donné sans arrêt et qui a obtenu
une licence d'enseignement à soixante ans
et fait une immersion de quelques mois au mexique
pour apprendre l'espagnol dans la cinquantaine
chanceuse d'avoir une soeurette
qui a changé d'orientation pendant l'université
pour suivre sa voie même si elle rallongeait ses études
chanceuse d'avoir un frérot
qui n'a jamais été à la solde des intérêts commerciaux
et qui a pratiqué son métier dans la plus pure perfection
chanceuse d'avoir eu des parents asiatiques
qui m'ont permis d'étudier en arts
et non en pharma ou en dentisterie
chanceuse d'avoir lâché l'école à vingt ans
pour mieux reprendre à vingt-huit
à quarante-trois et même à quarante-huit

chanceuse d'être en bonne santé
chanceuse de savoir lire et écrire
et même de savoir compter
vous y pensez
chanceuse de continuer à apprendre
chanceuse de vivre avec un homme
qui accepte sans juger
chanceuse d'avoir commencé à travailler
dans une industrie pleine de cash
qui m'a donné le goût d'en faire
et m'a permis d'acquérir quelques biens
que je ne pourrai possiblement plus acquérir demain
chanceuse de vivre à cette époque
où tant de femmes et d'hommes
ont tracé le chemin
de toutes les possibilités en toute liberté
chanceuse d'avoir étudié pendant dix-sept ans
à temps partiel en travaillant
chanceuse d'avoir fait payer mes études
par mes employeurs grâce à de bonnes notes
chanceuse de savoir encore réfléchir
chanceuse d'avoir fait des bébés
pendant que mes pairs vivaient leur jeunesse
et de ne plus avoir d'enfants à ma charge
alors que je suis encore en forme
chanceuse d'avoir confiance en la vie
et de ne pas avoir peur de me tromper
chanceuse d'être optimiste
chanceuse d'avoir payé mon char
et d'espérer compter dessus encore un an
chanceuse d'aimer les huîtres
chanceuse de ne pas avoir d'orgueil
et me dire qu'au pire je lâche l'école
et je me cherche une job
car si j'ai pu le faire à vingt
je sais certainement comment à cinquante
chanceuse de savoir que comme tous je mourrai
et deviendrai poussière
chanceuse de vouloir tellement faire des choses
que je les fais
chanceuse de pouvoir décomposer la vie
en toutes petites étapes pour entreprendre chaque chose
chanceuse de savoir que la vie
c'est tellement plus grand que moi
et que la vanité c'est tellement juste du luxe
chanceuse de ne jamais dramatiser
et de me dire que je ne suis tellement pas grand chose
qu'il ne sert à rien de m'énerver avec tous ces paradigmes
chanceuse d'avoir le sens de l'humour
chanceuse de rayonner positivement
et d'avoir des encouragements
et de l'influence
chanceuse de toujours vouloir plus
de vouloir aller plus loin

et d'y aller

oui vous avez bien raison
pour pouvoir me réinventer sans cesse
et avoir du plaisir dans la vie
pour décider de changer de route de temps à autres
il me faut surtout de la chance comme vous dites

mais je vais vous confier ceci
j'y mets pas mal de bonne foi
et une bonne dose de sueur quand même!

(ok go,je vous laisse là
m'en vas recommencer ma vie
but don't you worry babe
cause it's only mountains).

samedi 13 août 2016

home sweet home



j'aime ma maison
la mienne pas comme dans ma possession
ou celle de la banque ou du propriétaire ou celle que je paye
ma maison
comme dans celle que j'habite

lorsque nous sommes rentrés de voyage hier
et que nous avons pénétré ses aires
elle sentait le renfermé
l'air n'y avait pas circulé depuis deux semaines
pas plus que l'eau que l'homme-chat a repartie tout de suite
il n'y a pas eu âme qui vive
voix d'homme de femme d'enfant ou de chat
qui ait résonné en ses murs
depuis trop longtemps

j'ai hâte d'avoir le temps de la prendre
qu'elle m'habite à son tour

lorsque j'étais enfant
les lieux m'habitaient
dans mes rêves les lieux m'habitent encore
petite je m'y assoyais je les contemplais
je les touchais je m'y ennuyais
depuis que je vis ici
la maison ne m'habite pas
je n'ai pas eu le temps
nous avons rénové nous avons emménagé
nous avons rénové encore et loué et géré
mais je n'ai pas encore eu le temps
de m'asseoir à terre
dans chacun de ses recoins
de toucher et d'embrasser
le plâtre sur ses murs
de palper amoureusement ses longueurs de boiseries
de me coucher sur ses parquets
non je n'ai pas encore eu le temps
de sentir son odeur
de connaître les rayons de soleil
lorsqu'ils entrent à telle heure dans le salon
ou dans la cuisine

dès septembre je passerai plus de temps
dans ma maison
le jour comme le soir
et je me laisserai imprégner
de cette structure qui n'est pas bénigne
de ces volumes enveloppants
de ces matériaux nobles
de cet air nourricier

bientôt ma maison sera plus que l'hôtel où je dors
où je me ressource pour repartir
elle sera mon foyer et le réceptacle
de mes amours et mes passions
j'en prendrai soin comme elle le mérite
j'en décaperai la porte et les fenêtres avant
je referai ses balcons
je lui ferai un parterre de fleurs
je la ferai belle et elle sentira bon
je la dorloterai et l'aimerai
comme tous ceux qui l'ont habitée
et j'y resterai pour encore quelques années.

samedi 6 août 2016

am i not your girl



je lisais hier un billet de glennon doyle melton
relayé par elizabeth gilbert
où elle révèle sur son blogue
qu'elle vient de se séparer
et elle fait part du combat qu'elle a eu
à savoir si elle allait ou non le dire à ses lecteurs
alors qu'elle était en train de publier
son dernier livre portant sur le mariage
il y avait la question débattue de la stratégie marketing

toute vérité est-elle bonne à dire

je parle bien sûr dans un contexte professionnel
pas de la question de jugement lors d'une conversation

je me suis posé la même question hier
par rapport à moi-même
alors que j'étais en train de créer un blogue d'affaires
avec le même identifiant que mon blogue personnel
et le même donc que mon blogue érotique
je me suis demandé si le lectorat visé était le même
s'il était judicieux de cacher
cette partie de mon identité ou de la révéler
bref comment j'allais gérer mon image

lorsque j'ai fait le choix cette année
de retourner aux études et obtenir un titre professionnel
j'ai aussi décidé de m'affranchir de certaines contraintes
je remarque avec le temps que chacun est une personne entière
avec des goûts et intérêts variés
et que le fait que je sois multiple
que j'aime les arts les lettres autant que les affaires
que j'aime les cocktails les fleurs les voyages le sport
le bénévolat et le cul
n'est pas quelque chose qui m'est exclusif
mais tout le monde n'en parle pas ouvertement

et d'ailleurs est-ce pertinent

mais
il y a ce désir d'authenticité
mêlé à mon expérience
qui me dit
oui je peux continuer à dire et à m'exprimer
vous me connaissez ce n'est pas comme si j'allais arrêter
mais avec un peu de finesse et de stratégie
continuer à penser où et comment le faire
quelle démarcation appliquer entre le professionnel et le personnel
même si je la veux de plus en plus invisible

pour ne pas me compromettre
pour ne pas tout ruiner
parce que le jugement
ça continue à exister
et ça va peser pour toutes les années à venir.

si le coeur vous en dit, jouez sinead et lisez glennon.

samedi 30 juillet 2016

allegro vivace ma non troppo



il me semble qu'on arrive tard dans la vie
à se rendre compte de notre finitude
de la mort inéluctable
faudrait introduire une date de péremption
on serait plus efficace dans la vie
on accomplirait des choses
on arrêterait de niaiser

cent quatre ans
ce n'est quand même pas si loin que cela
enfin ce n'est certainement pas l'éternité
ce sera dès le dix-neuf octobre
treize mille deux cents jours ouvrables
si je me fais quatre semaines de vacances par année
en travaillant huit heures par jour
chu mieux d'aiguiser mon crayon
pour réussir à y ployer tout ce que j'ai envie de faire

ainsi donc
des fois il faut prioriser
comme je veux mon titre comptable
avant l'âge de cinquante-cinq ans
j'ai décidé de ne plus étudier à temps partiel
mais d'étudier à temps plein
on change de régime
on inverse l'emploi du temps

mardi neuf heures trente patrimoine et collections
c'est pas en compta c'est pour changer d'air
et faire un peu de muséologie et diffusion de l'art
mardi quatorze heures gouvernance
gestion des risques et contrôle interne
mercredi neuf heures trente comptabilité financière intermédiaire II
mercredi quatorze heures impôt sur le revenu II

à cela on ajoute
séances sportives les lundis matins
lunchs séance tenante les lundis midis
étude et devoirs les soirs et les jeudis
et gagne-pain les vendredis

c'est simple on arrange l'horaire en conséquence
et c'est ça dès septembre

bien sûr j'ai du succès et j'ai confiance
bien sûr la vie me sourit et je saurai faire
mais il faut que je vous l'avoue
mon meilleur guide dans la vie
c'est d'être à l'écoute de mes faiblesses
c'est de capter quand l'amour n'y est plus

quand je n'ai plus la flamme
quand je suis épuisée
c'est souvent parce que je ne suis pas bien
qu'il manque quelque chose à mon équilibre
je perds le contrôle de ma vie
quelqu'un d'autre la dirige et ça dérape
quand je sens que je passe du temps à être occupée
sans rien accomplir
c'est que l'emploi du temps est erronné
que je ne passe pas le clair de mon temps
à ce qui compte vraiment pour moi

il faut alors que je laisse aller
et que je me recentre
avant de m'éteindre
et de ne plus rien vouloir
ni même vivre jusqu'à cent quatre ans

en septembre je retombe en amour
je le suis déjà en fait
depuis que je me suis engagée dans ce nouvel horaire
depuis que j'ai avisé la banque il y a quelques semaines
que j'allais quitter mes fonctions
car je manquais de temps
pour faire des choses qui m'importaient plus pour l'instant
consacrer du temps à mes études
ce sera quand même quatre ans devant moi
du temps à ma forme physique
un marathon à cinquante ans peut-être
du temps à l'alphabétisation
beaucoup d'événements bénéfices
du temps pour réapprendre mon rapport à l'argent
et au pouvoir de faire mieux avec moins
du temps pour le jardin les enfants l'amour
du temps pour m'occuper
du temps pour faire pour créer

cause t'sais
treize mille deux cents heures
c'est quand même pas l'éternité
mais c'est bien assez
pour retourner jouer.

samedi 23 juillet 2016

creo creas creat



la créativité
implique la matérialisation

la créativité dont je rêve
est celle qui fait naître des choses
qui donne la vie

après des études en beaux-arts
au cégep et à l'université
j'ai travaillé presque exclusivement
en financement pendant près de trente ans

on m'a souvent demandé pendant tout ce temps
où était passé mon côté artistique
ma créativité
et je répondais que je ne sentais pas en manquer
je sentais que je créais même dans un monde sans art
je trouvais des solutions à des problèmes
je créais
réellement
je contribuais
en finançant des entreprises
des projets voyaient le jour
créaient des emplois
devenaient des environnements de vie
de production

il y a dix ans j'ai quitté la finance
car je voulais me rapprocher de la créativité
je voulais travailler au cirque du soleil
ou dans une école de danse ou dans une galerie d'art

j'ai travaillé en marketing
j'ai créé
pas des pubs ni des belles choses
je n'étais ni rédactrice ni directrice artistique
mais je créais par ma disponibilité
à penser autrement
je fabriquais de l'apprentissage
je grandissais

je suis revenue aux chiffres que j'aime tant
car ils s'additionnent dans un monde que je comprends
je les vois réellement sur mon chiffrier
ils clignotent ils vivent ils dansent
ils balancent
je les agrémente de vision et de stratégie
et ils deviennent des réalités futures
des perspectives de croissance

mais il me manque encore dans mon emploi du temps
cette tangibilité cette sensualité cette satisfaction
de créer de fabriquer
de mettre la main à la pâte
de réaliser des choses

depuis treize ans je rénove
je fabrique des murs des planchers
des lavabos des cuisines des tables
je tricote des pulls
j'écris des textes
ça répond très bien au besoin de créer
ça laisse quelques legs tangibles

dans le cadre d'un cours d'initiation à la créativité
débutant mon certificat
en création littéraire
entamé mais non achevé
je me suis réinventée
comme une fille qui vainc ses peurs
et apprend à faire du skateboard
à quarante-cinq ans
j'ai créé glamoroll
elle tarde toujours à se matérialiser
je n'ai pas encore dompté mon skate
il me faudra passer à l'action
dépasser le stade de la conception si confortable
dans lequel je ne prends aucun risque

je veux pourtant créer
faire pousser les tomates
donner la vie à des projets
à des choses à des cabanes
à des gâteaux à la terre
j'ai envie de voir naître des chats
j'ai envie de changer les choses

je suis impressionnée par les jeunes
ceux qui créent sans contraintes mentales
en abattant les cloisons et les paradigmes
dans le grand champ des possibles
comme les fondateurs et l'équipe
de pépinière et co qui créent des espaces dans notre ville
avec peu de moyens et peu de temps
ils matérialisent rapidement
ils sortent efficacement
du stade du rêve et de l'idéalisme

j'ai envie de matérialiser
de jouer une oeuvre pour la première fois
de la voir naître
de me réinventer une fois de plus
de façon concrète
de faire

creare
mettre au monde
être en contact avec la vie
pour vivre mieux.