samedi 30 avril 2016

dangereusement


les héroïnes du documentaire advanced styles

quand j'étais petite
je ne savais pas ce qu'était la vie
je rêvais d'avoir ma propre chambre
ou de décorer la nôtre avec des rideaux en dentelle
vus dans la maison d'aurore
de mettre des cadres
de dessiner
et peut-être de peindre une façade noire
d'avoir un amoureux
je ne savais pas ce qu'étaient des enfants
sauf pour jouer avec les chats
se disputer
chanter du georges brassens par coeur
dans la maison des amis en vacances
et regarder nadia comaneci en soixante-seize
sans nécessairement vouloir être comme elle

quand j'étais petite
j'avais plein de rêves
et pas encore de désirs

c'est au contact de la vie que l'on génère des ambitions
je me souviens me dire que si un jour
je gagnais vingt-cinq mille dollars
je serais riche et ce serait bien
j'avais fait cette réflexion
dans la cafétéria de la poly antoine-brossard
en secondaire quatre
à l'heure des réflexions sur le cégep
il y a bien longtemps

je me suis mise à vouloir avoir
mon appartement
pour disposer mes bouteilles de parfum
et mes disques dans une belle décoration
d'accrocher mes peintures et d'en faire plein
comme je le voulais

je me suis mise à vouloir vivre à la campagne
à vouloir changer les choses
en m'impliquant sur le ca de la garderie
je me suis mise à vouloir faire du ski
comme mes collègues de bureau
à porter des tailleurs
à vouloir un chanel que trente ans plus tard
je n'ai toujours pas
je me suis mise à aimer la saab neuf cent
puis la jaguar verte
et enfin la porsche puis la cadillac
je me suis mise à aimer les huîtres
la veuve clicquot et le golf
et maintenant ça y est je me suis mise
à acquérir de l'art

à trente ans je ne savais pas ce que j'allais être
et repoussais cette définition à quarante
quand je m'y suis rendue
je ne savais pas plus et même si ma vie
avait été une collection d'expériences enrichissantes
je me suis donné des objectifs
et une direction
je me suis positionnée comme être humain
pour canaliser mes énergies dans ce qui comptait le plus pour moi

à l'aube de la cinquantaine
ma vision a encore une fois changé
j'ai tout ce que je désire
c'est ainsi c'est arrivé
je continue de rêver
à avoir un business
à m'établir en californie ou à miami
je rêve de vendre et de partir

mais je vis tout d'abord
je reviens à la joie d'être tout simplement
à manger à respirer à voir à découvrir
et à aimer
j'aime beaucoup aimer en fait
je recommence à me servir du téléphone
à rencontrer des gens
à prendre l'air marcher courir pédaler
à savourer une belle promenade le dimanche
à écrire des mots
à rire à dévaler à festoyer

j'ai peur de devenir une vieille sénile
je ne serai pas une vieille aigrie j'en suis presque sure
ça me rassure
mais je ne voudrai pas perdre les facultés
qui me font tant apprécier la vie
je vis à une époque formidable
elle est ingrate et dure pour un pan de l'humanité
je suis du bon côté
celui de toutes les possibilités
et je ne peux pas gaspiller toutes ces opportunités
le monde change rapidement
je peux écrire ce que je veux
je peux faire tous les sports que je veux
je peux m'habiller comme bon me semble
je peux quitter un emploi pour en choisir un autre
je peux publier sur le web
je peux exprimer mes idées

ce serait vraiment trop fou de ne pas en profiter
de ne pas faire ce dont j'ai envie

dangereusement
c'est ce que me répond au téléphone
la directrice générale de la fondation pour l'alphabétisation
quand je lui demande comment ça va

ainsi prend-on la vie
dangereusement
living on the edge
à fond et avec légèreté
dans toutes les teintes et les saveurs
fierce and glamorous

bonne journée la vie!

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