samedi 30 janvier 2016

menus plaisirs



anticiper
batifoler
culminer
déguster
encaisser
féliciter
gloutonner
humer
illuminer
jubiler
klaxonner
léchouiller
mitonner
narrer
oser
prélasser
quadrupler
ressusciter
sacraliser
terminer
unir
voyager
warranter
xylophoner
youtser
zéler.

samedi 23 janvier 2016

quand je serai grande



en mil neuf cent quatre-vingt-quatre
j'entamais avec fierté mon dec en arts plastiques
je me disais que si un jour je gagnais vingt-cinq mille
je serais riche
je sais c'était quand même beaucoup d'argent à cette époque
dans mon esprit de jeune fille

je ne savais pas ce qu'étaient les affaires
et je ne savais rien de la société

plus de trente ans plus tard
je circonvolutionne continuellement dans une galaxie
d'ambition de réussite sociale et d'affaires
de vouloir être quelqu'un
voilà c'est ça
je me compare toujours aux autres
je veux tout le temps être plus

tiens mon dada ces dernières années
c'est d'avoir un complexe d'infériorité face aux titres professionnels
j'ai travaillé dans le dernier mois avec une collègue
dont le nom est suivi des lettres llb cpa cga
ça m'impressionne beaucoup compte tenu des efforts requis
pour arriver à obtenir ça

dans un autre univers
c'est comme un boston finisher
et un kona finisher

insatisfaite de mon statut
je veux en tout temps
un nouveau titre une nouvelle job un nouveau projet
comme si le présent ne me suffisait pas
comme si je n'arrivais pas à livrer ce qu'il faut
maintenant à bien faire ce qui est requis
je n'ai pas le courage d'être parfaite maintenant
comme tout mon présent est une prévoyance du futur
je vis mon réer
je veux être une autre personne
décorée gradée graduée
et puis après encore
médecin pharmacienne comptable avocate ingénieure
je me sens toujours comme une imposture
je ne veux jamais y arriver
car j'ai la chienne d'y être

et comme la vie sait répondre à nos insécurités
je tombe sur cette chronique vendredi matin
m'inspirant à tout vendre ne plus dépenser
et prendre ma retraite à trente-cinq ans
comme la vie est simple

l'homme-chat qui est le plus sage d'entre nous
dirait
chérie il y a un entre-deux

donc hier soir
pour discuter de ça et de tout
on finit au petit alep
à manger des trucs aux pitas
en jasant d'écart-type de sinus cosinus et tangentes
c'est lui qui me l'explique
ce sont encore pour moi des concepts demeurés abstraits
depuis le secondaire cinq
à boire une bouteille de trousseau de la vigne louis pasteur
et à desserter sur une gelée à l'eau de rose

bref je n'ai toujours pas de titre professionnel
et je ne prendrai pas ma retraite à trente-cinq ans
je suis trop occupée à avoir du plaisir
et à essayer d'être plus
je cours après une chimère
pour ne pas affronter l'angoisse
je suis tout sauf zen
je suis en mouvement

mais un jour mes amis
je serai satisfaite de ce que je suis
j'aurai la discipline d'aller jusqu'au bout du présent
je me foutrai éperdument des affaires et de la société
je reviendrai à l'art
et je me fermerai la trappe
pour profiter de la vie
point.

(jouez la toune.)

samedi 16 janvier 2016

sésame, ouvre-toi



au salon du livre en novembre dernier
l'auteur annie perreault me confiait son angoisse
d'avoir ajouté un autre livre à la multitude des livres existants
comme une contribution à cette surabondance

je lui ai répondu quelque chose du genre
que son livre aurait eu lieu de toute façon
ayant alors lu big magic
j'avais compris qu'un livre était organique et vivant
qu'il était un message à livrer
et que quelqu'un le lirait
peu importe la multitude que cela créait
le livre qui naissait devait exister

et geneviève de citer hier william goldman
never stop a writer from writing

en ce début de deux mil seize
je vous fais un inventaire aride
des lectures de mes vingt-quatre derniers mois
pour vous inspirer
car lire c'est voyager très loin
découvrir de multiples horizons
c'est apprendre et grandir

si vous savez lire
profitez-en
je vous souhaite bon voyage
et vous pouvez aussi aider
ceux qui ne savent pas encore lire

ce sont toutes des lectures personnelles
hors travail études ou autres
elles m'ont été recommandées
ou croisées au hasard d'une ballade
ou livrées par atelier dix

or donc en deux mil quatorze j'ai lu

On boxing, Joyce Carol Oates
Purple cows, Seth Godin
The signature of all things, Elizabeth Gilbert
The writing life, Annie Dillard
On writing, Stephen King
L'avalée des avalés, Réjean Ducharme
Un beau genre de terrorisme, Patrick Dion
Courir mieux, Jean-François Harvey
The traveller, Daniel Baylis
The world of Suzie Wong, Richard Mason
Salut Loup!, Laurance Ouellet Tremblay
Les États-Unis du vent, Daniel Canty
On the road, Jack Kerouac
Le sel de la terre, Samuel Archibald
Constituer le Québec, Roméo Bouchard
Peut-être jamais, Maxime Collins
Les enfantômes, Réjean Ducharme
Le partenariat stratégique, Jean H Gagnon
The first 90 days, Michael Watkins
Just kids, Patti Smith
Arvida, Samuel Archibald
La déesse des mouches à feu, Geneviève Pettersen
Va chercher, l'insolite destin de Julia Verdi, Geneviève Lefebvre
Vie et mort du couple, Geneviève Pettersen
The $12 million stuffed shark, Don Thompson
Seven days in the art world, Sarah Thornton
The competitive runner's handbook, Bob Glover
33 artists in 3 acts, Sarah Thornton

si cette liste ne vous dit rien
peut-être que mon année deux mil quinze est un meilleur millésime

Kitchen confidential, Anthony Bourdain
Le prince, Nicolas Machiavel
To kill a mockingbird, Lee Harper
Mike Tyson, Undisputed truth, Larry Sloman
L'occupation des jours, Annie Perreault
La vie habitable, Véronique Côté
Pourquoi cours-tu comme ça?, collectif de nouvelles
Le carnet écarlate, Anne Archet
Drama Queens, Vickie Gendreau
Ultramarathon : confession of an all-night runner, Dean Karnazes
Born to run, Christopher McDougall
Second début, Francine Pelletier
Unbroken, Laura Hillenbrand
What men don't tell women about business, Christopher Flett
Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Haruki Murakami
The Medici, George Frederick Young
L'angoisse du paradis, Yann Fortier
Journal d'un étudiant en histoire de l'art, Maxime-Olivier Moutier
Restaurant man, Joe Bastianich
Big Magic, Elizabeth Gilbert
A day at elBulli, Ferran Adria

je l'avoue
c'était un billet paresseux
c'était une liste comme je les aime
mais je ne saurais vous écrire
si je ne lisais pas avant
une multitude de mots des autres
couchés sur velin après des années de réflexion
dans le train à la boxe à la course dans la piscine
des mois de journées d'heures assises
de sitzfleisch exemplaire
de doigté de son de beauté

bon voyage
et bonne liste.

samedi 9 janvier 2016

user les bancs



je cumule maintenant plus d'années d'études
que d'années sans études
et dire que j'ai fait partie des drop outs
de celles qui ont lâché l'école
avant d'avoir un diplôme
pas tant
je n'avais juste pas fini l'université
j'ai quitté après ma première année de fine arts
au campus sir george williams de concordia
c'était chouette étudier en anglais à l'université
ça m'a donné une bourse de langue seconde de cinq cent piastres

mais bon j'étais destinée
au marché du travail à vingt ans
et comme dans tout je ne regrette rien

j'ai déjà écrit ici que j'étais une éternelle apprenante
c'est vrai j'aime vraiment apprendre
en regardant mes notes mardi sur le site de l'uqam
j'ai vu que le nouveau portail étudiant
contenait les notes de tous mes cours
depuis aussi loin que je me souvienne
j'ai pu voir que je n'ai pas toujours été aussi rigoureuse
mais ça m'a surtout rappelé
que ça fait longtemps que j'ai recommencé
à étudier à temps partiel

en quatre-vingt quinze à l'âge de vingt-huit ans
je suis jeune maman les gars vont à face
et je travaille en finances depuis huit ans
je sais me servir d'une calculatrice financière
d'un téléphone à fonctions et écrire des rapports de crédit en anglais
cette année-là je vais quitter ma job
pour travailler ailleurs dans un endroit tellement ennuyant
que je me souviens y faire mes travaux d'école
ça n'a pas duré je suis revenue à mon ancien travail
avec de nouveaux termes et conditions
après seulement trois mois
mais c'est juste pour dire
que c'est une période où j'avais besoin de nouveaux défis
pis le référendum a pas passé maudit

méthode quantitative et de gestion
puis un certificat en ressources humaines
puis un certificat en marketing
puis un certificat en gestion financière
me valant un bac par cumul de hec
avant ma quarantième année
j'étais ben fière de l'avoir obtenu ce foutu diplôme
en douze ans d'études à temps partiel

quelque part là-dedans ou peut-être après
je suis un cours de secrétariat juridique au csm
je lâche ma job à trente-neuf ans
après dix-huit ans de loyaux services
et je suis un cours d'été sur la chine
à mes frais pendant mes vacances
avec jean-françois lisée au cérium
maudit que j'étais motivée et que j'étais rendue une grande fille
ils pensaient que j'étais étudiante en maîtrise
ben non pas encore
ça n'allait pas tarder

en deuxième année de banque j'ai commencé le mba
ça c'était intense en s'il vous plaît
mais c'était magique
un contexte dans lequel les profs te font entièrement confiance
et te pitchent la matière comme si tu étais une personne intelligente
tu pédales en chien
quinze cours en deux ans
quatorze notes de a et une de b
plus que fière

l'année suivante je commence le certificat en création littéraire
parce que t'sais j'ai pas lu tous ces livres pour rien
c'est grâce à lui que je suis revenue ici
pour écrire tous les samedis
j'ai fait deux cours
inscrite à kerouac j'ai lâché la session
j'avais vraiment trop de conflits d'horaires
puis les sessions d'été j'ai jamais aimé ça
la session suivante j'entame le certificat
en sciences comptables
convaincue que l'obtention d'un titre professionnel
me donnera mon indépendance à l'âge de cinquante-cinq ans

trop de choses motivent mes études
l'homme-chat me demande si je vais vraiment vouloir
devenir comptable à cinquante-cinq ans
si je me vois faire ce métier
parce qu'au bout du compte
des études par-dessus le travail à temps plein
ça requiert beaucoup d'énergie
je lui réponds que je ne sais pas si j'ai envie du métier
mais je sais que j'aime l'école
j'aime aller aux cours
écouter des enseignants passionnés
apprendre pleins de nouvelles choses
prendre des notes
lire des livres faire des exercices
argumenter sur des éléments nouveaux
avoir pleins de connaissances en intraveineuse
je suis accro à l'apprentissage

puis je me rappelle que ma'
a décroché un diplôme d'enseignement
à soixante ans
qu'elle a fait une immersion au mexique
vers cinquante-huit ans
pour apprendre l'espagnol
et comme ils disent
it runs in the family
c'est inéluctable
je suis scotchée aux bancs d'école
de soirs ou de fins de semaine
ça m'aide à vivre et à réfléchir
puis j'aime ça penser que je suis intelligente

pas humble
intelligente

avec des bonnes notes
et des fois des moins bonnes.

samedi 2 janvier 2016

new gold dream


Vierge de Guadalupe
Salvador Dali, 1958

je n'ai jamais été décrissée de même
en une fin d'année
jeudi matin le trente-et-un je voulais me jeter en bas du pont
il est heureux que je n'en aie pas dans ma cour
et je m'excuse auprès des vrais déprimés et de leur famille
mais on n'est jamais loin de la folie

j'avais très peur de la nouvelle année
je n'avais pas eu le temps de respirer
et j'envisageais la vie avec beaucoup de terreur
trouvant que j'avais été amoindrie durant l'année
que ma' avait raison en disant qu'on vieillissait
je n'avais que quarante-huit ans
il n'était pas encore temps de ralentir

j'ai lu une chronique ce matin-là
qui parlait de ce rituel de trouver trois mots
pour orienter ce qu'on voulait être dans la prochaine année

BECOME YOUR DREAM
un mantra dur à oublier
le mien depuis bien longtemps
depuis james de la vega
dans east village il y a des années
le pouvoir des mots le pouvoir de la projection
l'autosuggestion
pour qui a une chimie équilibrée dans le cerveau
tout ce qui y rentre a un effet durable
il s'agit d'y rentrer les bons mots
à preuve
les millions de pèlerins à la mecque et à lourdes
se déplaçant pour obtenir salut et miracles

jeudi matin j'ai donc essayé de trouver trois mots
pour me réaliser en deux mil seize
je veux être zen
non ça c'est quatre mots
je veux mourir
non ça c'est pas bon
je serai bienveillante
mange de la marde c'est pas moi
je serai généreuse
what the fuck
quand j'ai sorti mes formidables jambes de coureuse paresseuse
de la douche
j'avais trouvé
I AM GLAMOROUS

tout s'est transformé dans ma tête
j'ai arboré de suite un sourire brillant
j'étais de bonne humeur
me penser glamorous
m'avait donné des ailes et des joues coquines
une vanité toute délicieuse
une absence d'humilité
et surtout un torse bombé
quand je pense que je suis glamorous
je suis ludique et juvénile je me farce je me blague
je suis investie de la plus indécente légèreté
celle qui n'existe pas en temps de guerre
ni de conflit ni de misère
mais qui soulève de la vase
la fille qui veut voler
celle qui veut exister
et trôner au sommet de maslow

rendue au travail
j'ai pris mon crayon et j'ai écrit sur une feuille
tout ce que j'aimais faire
pourquoi et comment
puis j'ai eu un soupir
il me faudra faire tout cela encore
je me suis dit qu'il me fallait être plus que glamorous
cela me prendrait des couilles
il me faudrait aussi être FIERCE

FIERCE AND GLAMOROUS
voilà comment j'approcherai la vie en deux mil seize
avec légèreté bravoure et fierté
un air coquin des bulles et des perles
l'humilité saura attendre
je ne saurais pas encore m'en servir
j'ai encore le temps de grandir

je vous souhaite tous les trucs qu'il faut
pour passer une excellente année 
si cela vous prend trois mots trois ce sera
s'il en faut quatre 
grand bien vous en fasse

un plan
pas de plan
comme vous voudrez
et sur ce
bonne année les babes! xxx

3 boni pour le prix d'un :
1. la toune à jouer
2. la chronique lue le 31 décembre 2015
3. la liste d'épicerie fierce and glamorous