samedi 30 juillet 2016

allegro vivace ma non troppo



il me semble qu'on arrive tard dans la vie
à se rendre compte de notre finitude
de la mort inéluctable
faudrait introduire une date de péremption
on serait plus efficace dans la vie
on accomplirait des choses
on arrêterait de niaiser

cent quatre ans
ce n'est quand même pas si loin que cela
enfin ce n'est certainement pas l'éternité
ce sera dès le dix-neuf octobre
treize mille deux cents jours ouvrables
si je me fais quatre semaines de vacances par année
en travaillant huit heures par jour
chu mieux d'aiguiser mon crayon
pour réussir à y ployer tout ce que j'ai envie de faire

ainsi donc
des fois il faut prioriser
comme je veux mon titre comptable
avant l'âge de cinquante-cinq ans
j'ai décidé de ne plus étudier à temps partiel
mais d'étudier à temps plein
on change de régime
on inverse l'emploi du temps

mardi neuf heures trente patrimoine et collections
c'est pas en compta c'est pour changer d'air
et faire un peu de muséologie et diffusion de l'art
mardi quatorze heures gouvernance
gestion des risques et contrôle interne
mercredi neuf heures trente comptabilité financière intermédiaire II
mercredi quatorze heures impôt sur le revenu II

à cela on ajoute
séances sportives les lundis matins
lunchs séance tenante les lundis midis
étude et devoirs les soirs et les jeudis
et gagne-pain les vendredis

c'est simple on arrange l'horaire en conséquence
et c'est ça dès septembre

bien sûr j'ai du succès et j'ai confiance
bien sûr la vie me sourit et je saurai faire
mais il faut que je vous l'avoue
mon meilleur guide dans la vie
c'est d'être à l'écoute de mes faiblesses
c'est de capter quand l'amour n'y est plus

quand je n'ai plus la flamme
quand je suis épuisée
c'est souvent parce que je ne suis pas bien
qu'il manque quelque chose à mon équilibre
je perds le contrôle de ma vie
quelqu'un d'autre la dirige et ça dérape
quand je sens que je passe du temps à être occupée
sans rien accomplir
c'est que l'emploi du temps est erronné
que je ne passe pas le clair de mon temps
à ce qui compte vraiment pour moi

il faut alors que je laisse aller
et que je me recentre
avant de m'éteindre
et de ne plus rien vouloir
ni même vivre jusqu'à cent quatre ans

en septembre je retombe en amour
je le suis déjà en fait
depuis que je me suis engagée dans ce nouvel horaire
depuis que j'ai avisé la banque il y a quelques semaines
que j'allais quitter mes fonctions
car je manquais de temps
pour faire des choses qui m'importaient plus pour l'instant
consacrer du temps à mes études
ce sera quand même quatre ans devant moi
du temps à ma forme physique
un marathon à cinquante ans peut-être
du temps à l'alphabétisation
beaucoup d'événements bénéfices
du temps pour réapprendre mon rapport à l'argent
et au pouvoir de faire mieux avec moins
du temps pour le jardin les enfants l'amour
du temps pour m'occuper
du temps pour faire pour créer

cause t'sais
treize mille deux cents heures
c'est quand même pas l'éternité
mais c'est bien assez
pour retourner jouer.

samedi 23 juillet 2016

creo creas creat



la créativité
implique la matérialisation

la créativité dont je rêve
est celle qui fait naître des choses
qui donne la vie

après des études en beaux-arts
au cégep et à l'université
j'ai travaillé presque exclusivement
en financement pendant près de trente ans

on m'a souvent demandé pendant tout ce temps
où était passé mon côté artistique
ma créativité
et je répondais que je ne sentais pas en manquer
je sentais que je créais même dans un monde sans art
je trouvais des solutions à des problèmes
je créais
réellement
je contribuais
en finançant des entreprises
des projets voyaient le jour
créaient des emplois
devenaient des environnements de vie
de production

il y a dix ans j'ai quitté la finance
car je voulais me rapprocher de la créativité
je voulais travailler au cirque du soleil
ou dans une école de danse ou dans une galerie d'art

j'ai travaillé en marketing
j'ai créé
pas des pubs ni des belles choses
je n'étais ni rédactrice ni directrice artistique
mais je créais par ma disponibilité
à penser autrement
je fabriquais de l'apprentissage
je grandissais

je suis revenue aux chiffres que j'aime tant
car ils s'additionnent dans un monde que je comprends
je les vois réellement sur mon chiffrier
ils clignotent ils vivent ils dansent
ils balancent
je les agrémente de vision et de stratégie
et ils deviennent des réalités futures
des perspectives de croissance

mais il me manque encore dans mon emploi du temps
cette tangibilité cette sensualité cette satisfaction
de créer de fabriquer
de mettre la main à la pâte
de réaliser des choses

depuis treize ans je rénove
je fabrique des murs des planchers
des lavabos des cuisines des tables
je tricote des pulls
j'écris des textes
ça répond très bien au besoin de créer
ça laisse quelques legs tangibles

dans le cadre d'un cours d'initiation à la créativité
débutant mon certificat
en création littéraire
entamé mais non achevé
je me suis réinventée
comme une fille qui vainc ses peurs
et apprend à faire du skateboard
à quarante-cinq ans
j'ai créé glamoroll
elle tarde toujours à se matérialiser
je n'ai pas encore dompté mon skate
il me faudra passer à l'action
dépasser le stade de la conception si confortable
dans lequel je ne prends aucun risque

je veux pourtant créer
faire pousser les tomates
donner la vie à des projets
à des choses à des cabanes
à des gâteaux à la terre
j'ai envie de voir naître des chats
j'ai envie de changer les choses

je suis impressionnée par les jeunes
ceux qui créent sans contraintes mentales
en abattant les cloisons et les paradigmes
dans le grand champ des possibles
comme les fondateurs et l'équipe
de pépinière et co qui créent des espaces dans notre ville
avec peu de moyens et peu de temps
ils matérialisent rapidement
ils sortent efficacement
du stade du rêve et de l'idéalisme

j'ai envie de matérialiser
de jouer une oeuvre pour la première fois
de la voir naître
de me réinventer une fois de plus
de façon concrète
de faire

creare
mettre au monde
être en contact avec la vie
pour vivre mieux.

samedi 16 juillet 2016

brain dates



cette semaine je voulais justement faire la conversation
moi qui ai toujours haï cela
moi qui ai fui les partys de filles
car j'abhorre les confidences
je les déteste car je n'aime pas l'apitoiement
propre à certaines situations
la complaisance dans le malheur
le bitchage et la ligue des unes contre les autres
je n'y portais aucun intérêt

et puis aussi il faut l'avouer
j'avais peur de m'écouter parler
je n'avais aucun intérêt pour la vie des autres
j'étais trop intéressée par la mienne

j'ai donc gardé les échanges à un autre niveau
et ai trouvé du sens autrement
ça n'excluait pas pour autant l'amitié
mais ça excluait la confidence
tout le monde sait
que je ne suis pas une confidente
j'esquive toujours le small talk
et les affaires personnelles

cela se manifeste aussi dans mes contacts d'affaires
toujours un peu maladroits avec les femmes
et beaucoup plus simples avec les hommes
je rentre dans le vif du sujet rapidement
en oubliant même de saluer
évidemment et je l'ai répété souvent
un cocktail comptant pleins d'inconnus
venus ramasser des leads d'affaires
me rebute au plus haut point
quoi dire
quoi entendre

mais qu'est-ce que j'aime écouter pourtant
j'étudie et j'adore les classes
j'adore que l'on m'apprenne des choses
je chéris les moments où j'écoute une conférence
où j'absorbe de la matière du savoir
les idées que mes pairs partagent
j'adore les conversations politiques
philosophiques et intellectuelles
lors desquelles j'écoute attentivement
à défaut de manquer de perspective
et de me garocher comme une dogmatique
dans la fosse aux lions
et faire une folle de moi

avec les années
ce dernier type de conversation m'interpelle énormément
les réseaux sociaux mettent en relief
le fait que les gens ont des idées
ont des projets de vie
ont énormément à m'apprendre
et sont en train de réfléchir
j'ai envie à nouveau de faire la conversation
on est rendu ailleurs
fini le pleurnichage immature de l'adolescence
on est rendu dans les choses sérieuses
celles où on a envie de changer le monde

ces conversations-là
autour d'un petit déjeuner
ou d'un lunch rapide
entre deux ou trois ou six personnes
qui ont envie de faire des choses
oui
elles changent le monde
et elles m'inspirent
j'ai besoin de cet input pour avancer

et comme le dit si bien yann fortier
dans son dernier billet
je ne vais pas évoluer grâce à une société
qui a une histoire à me raconter
je vais grandir grâce à des gens qui ont des réflexions
et des expériences de vie
ce besoin a été très bien capturé
par christine renaud qui a fondé e-180
sur la prémisse de l'apprentissage par les pairs
c'est d'elle que vient le brain date
ce concept de rencontres
entre gens qui ont des choses à s'apprendre
c'est formidable ce que les gens font
et il y en a plein autour de moi

je t'appelle et on déjeune
j'ai envie de t'entendre.

samedi 9 juillet 2016

un très digne passage sur terre



c'est une phrase de l'homme-chat
nous parlions d'ibrahim ferrer
dont la voix réchauffait nos coeurs
lors du souper hier soir
je me demandais ce qu'il deviendrait
alors que cuba renouait vec les états-unis
l'homme-chat m'a rappelé qu'il n'était plus en vie

il a dit
c'est un très digne passage sur terre
tu sais
il a passé sa vie à faire de la musique

j'ai regardé cet homme
et mon coeur a fondu
je l'ai aimé vraiment très fort à ce moment de la soirée

c'est un très digne passage sur terre

je me pose les questions existentielles le samedi matin
le reste de la vie
je meuble le temps ou bedon le temps se meuble
de frivolités et de plaisir et de passe-temps
et de choses et de stress et d'émotions
qui ne laisseront aucune trace dans la vie
quand je capote
je me demande toujours si cela sera important
alors que je serai sur mon lit de mort
et cette perspective me permet alors de relativiser
et revenir à mon idée de l'existence
qui est que c'est poussière et ça redeviendra poussière
ou un peu mieux
pissenlit

je le connais depuis quatre-vingt-douze
nous vivons ensemble depuis seize ans
je l'ai marié l'an dernier
nous avons craqué ensemble des dizaines de biscuits chinois
dont je garde les messages superstitieusement
nous en avons eues des discussions
sur tout et sur rien
sur l'avenir du hockey comme sur le nôtre
sur le rythme de notre vie
sur l'accumulation des biens
sur l'éducation du chat
sur le menu du prochain souper aux gars

et hier soir cette clé qui a allumé ma batterie
cette phrase comme sortie de la bouche du messie
si significative et qui m'aidera à répondre
aux futures questions de la vie
c'est encore lui qui l'a amenée
il n'y a rien pour rien dans la vie

c'est un très digne passage sur terre

merci l'homme-chat
quelle beauté
quelle clarté.

samedi 2 juillet 2016

le grand bleu



sur trois cents billets de blogue
j'ai bien dû en écrire cent sur l'audace
et sur le goût de faire pleins de choses
et bien sûr la nécessité de vivre vieille
pour compléter ma bucket list

je suis de moins en moins attirée
par les nouveaux projets
car à défaut de tout essayer superficiellement
pour dire que je l'ai fait
ou pour savoir si j'aime ça ou non
j'essaye de plus en plus de les limiter
car ça demande du travail de l'effort
car je ne réussis pas toujours facilement ce que j'essaye
et je ne suis pas capable de livrer toutes les commandes
auxquelles m'engagent mon enthousiasme et mon intérêt

cependant
à défaut d'évoluer dans la nouveauté
ce que je vais tenter de faire
est d'éviter de me scléroser
quand je parle du trait le plus vilain
de la vieillesse
et je le dis avec un grand dédain
c'est bien celui-là
dans lequel notre vie se rapetisse
parce qu'on a peur
parce qu'on ne veut plus

je vais donc continuer d'oser
d'oser à être meilleure
à affronter mes peurs
à ne pas dire non
à ne pas lâcher là où habituellement j'arrête

jeudi je nageais et j'étais fatiguée
j'allais arrêter en plein milieu d'une longueur
et puis je me suis dit non
je me suis dit que j'étais capable
et j'ai continué
et j'ai arrêté plus loin

il y a pleins de trucs qui me font peur dans ma vie
alors qu'il s'agit de capacités dont j'ai besoin
je serais heureuse de les réussir
avant même d'entreprendre du nouveau

engager une conversation avec un inconnu
dans un coquetel professionnel
après trente ans de carrière
j'en suis toujours incapable
c'est quelque chose que j'aimerais réussir
avant de mourir
je n'ai pas à justifier pourquoi
je veux tout simplement dépasser
ce petit bloquage psychologique
je ne veux plus être gênée

être flexible dans mes plans plutôt que rigide
être capable de m'adapter aux humeurs
et à la température
ça doit faire une décennie que j'y travaille
je ne lâcherai pas ce trait-là

écouter plus et écouter attentivement
quand les gens me parlent
et réfléchir
pouvoir changer d'opinion
et ne pas rester campée
je ne veux plus avoir de préjugés

être empathique
sans nécessairement aller vers les autres
mais au moins les recevoir
dans mon coeur avec sincérité
c'est l'endroit le plus serré chez moi
l'ouverture du coeur
je le sais et il est dur à ramollir
je n'irai pas jusqu'à y planter un couteau
pour le pétrir
mais j'ai besoin de sentir
et d'être meilleure
sans vanité
mais sincèrement

je ne cours plus après la nouveauté
je veux juste m'améliorer
dire okay je peux faire mieux
arrêter de penser que je ne suis pas capable
que je ne le veux pas parce que c'est comme ça
je vais oser être entière
je vais oser continuer de croire
que c'est possible

je me regarde aller
et ce que je dois le plus surveiller
est de ne pas fermer moi-même
les portes de la vie
mais de continuer à marcher  droit dedans
avec le port altier et l'humilité

la semaine dernière je me suis regardée dans la glace
et me suis fait croire
que j'avais douze ans de moins
j'ai tenté de me souvenir
de ce que je faisais à trente-six ans
puis je me suis rappelé que j'étais encore une floune
il n'y a pas si longtemps

je vais garder ça en tête
cette énergie et cet enthousiasme
à plonger dans la vie
et je vais maintenant l'appliquer
à me connaître davantage
à plonger au fond de moi
et arrêter de flirter superficiellement avec le quotidien
et je serai encore plus fière
de ce que j'apprendrai
de ce que j'accomplirai.