samedi 27 août 2016

chiffrier ardent



les gens sont rébarbatifs aux chiffres
ça les tue quand je dis
que je vais étudier en comptabilité
ils trouvent ça vraiment ennuyant
complexe et incompréhensible
des colonnes de chiffres non classés
c'est très peu sexy ou appétissant
du simple fait que c'est inintelligible

mais les chiffres voyez
c'est un langage si simple
et si poétique des fois

trois point quatorze-seize
trois cent vingt-cinq farenheit
cinq pieds trois
cent vingt livres
deux heures vingt-deux
ou midi douze
dix-sept heures
ou cinq pihèm
la quatre-vingt sur du parc
dix-neuf deux à 'tivi
cinq-un-quatre quatre-cinq-zéro huit-un-neuf quatre-un-huit
quatre par quatre
quarante onces
en soixante-sept tout était beau
fait vingt-huit
deux par quatre
quatre par six
treize à la douzaine
millionnaire
milliardaire tant qu'à faire
ou neuf et quatre-vingt-dix-neuf
quatre-vingt-dix minutes
cinq et quarante du kilomètre
cent deux cents cent
quatre fois deux cinquante mètres
trente-six semaines
deux ans et demi
trente-sept deux le matin
neuf semaines et demie
onze cents pieds carrés
moins quarante
cinquantième
deux trois cinq sept onze treize dix-sept
quatorze dix-huit
quarante quarante-cinq
onze septembre
quatorze juillet
le vingt-quatre juin
un gramme
trois onces
six pouces et quart
trois cent soixante-dix-sept pages
quatre mille mots
quarante-cinq tours
trente-six vingt-quatre trente-six
cinquante-et-un pour cent

puis repartir à zéro

ils sont beaux et ils pleuvent
je les additionne
je les multiplie
je les expose
ils résonnent
et même des fois
ils sonnent et ils trébuchent
alors ils rayonnent.

samedi 20 août 2016

la vie c'est comme si



okay si ça peut vous faire plaisir
disons que je suis chanceuse

ben oui
chanceuse d'avoir eu des parents
qui m'ont inculqué la valeur du travail
qui m'ont appris par l'exemple
que tout job était bon à faire
sans hiérarchisation en toute humilité
même la restauration ou le marché aux puces
après un doctorat en sciences politiques
même après une carrière en diplomatie
chanceuse d'avoir eu une maman
qui a trimé et donné sans arrêt et qui a obtenu
une licence d'enseignement à soixante ans
et fait une immersion de quelques mois au mexique
pour apprendre l'espagnol dans la cinquantaine
chanceuse d'avoir une soeurette
qui a changé d'orientation pendant l'université
pour suivre sa voie même si elle rallongeait ses études
chanceuse d'avoir un frérot
qui n'a jamais été à la solde des intérêts commerciaux
et qui a pratiqué son métier dans la plus pure perfection
chanceuse d'avoir eu des parents asiatiques
qui m'ont permis d'étudier en arts
et non en pharma ou en dentisterie
chanceuse d'avoir lâché l'école à vingt ans
pour mieux reprendre à vingt-huit
à quarante-trois et même à quarante-huit

chanceuse d'être en bonne santé
chanceuse de savoir lire et écrire
et même de savoir compter
vous y pensez
chanceuse de continuer à apprendre
chanceuse de vivre avec un homme
qui accepte sans juger
chanceuse d'avoir commencé à travailler
dans une industrie pleine de cash
qui m'a donné le goût d'en faire
et m'a permis d'acquérir quelques biens
que je ne pourrai possiblement plus acquérir demain
chanceuse de vivre à cette époque
où tant de femmes et d'hommes
ont tracé le chemin
de toutes les possibilités en toute liberté
chanceuse d'avoir étudié pendant dix-sept ans
à temps partiel en travaillant
chanceuse d'avoir fait payer mes études
par mes employeurs grâce à de bonnes notes
chanceuse de savoir encore réfléchir
chanceuse d'avoir fait des bébés
pendant que mes pairs vivaient leur jeunesse
et de ne plus avoir d'enfants à ma charge
alors que je suis encore en forme
chanceuse d'avoir confiance en la vie
et de ne pas avoir peur de me tromper
chanceuse d'être optimiste
chanceuse d'avoir payé mon char
et d'espérer compter dessus encore un an
chanceuse d'aimer les huîtres
chanceuse de ne pas avoir d'orgueil
et me dire qu'au pire je lâche l'école
et je me cherche une job
car si j'ai pu le faire à vingt
je sais certainement comment à cinquante
chanceuse de savoir que comme tous je mourrai
et deviendrai poussière
chanceuse de vouloir tellement faire des choses
que je les fais
chanceuse de pouvoir décomposer la vie
en toutes petites étapes pour entreprendre chaque chose
chanceuse de savoir que la vie
c'est tellement plus grand que moi
et que la vanité c'est tellement juste du luxe
chanceuse de ne jamais dramatiser
et de me dire que je ne suis tellement pas grand chose
qu'il ne sert à rien de m'énerver avec tous ces paradigmes
chanceuse d'avoir le sens de l'humour
chanceuse de rayonner positivement
et d'avoir des encouragements
et de l'influence
chanceuse de toujours vouloir plus
de vouloir aller plus loin

et d'y aller

oui vous avez bien raison
pour pouvoir me réinventer sans cesse
et avoir du plaisir dans la vie
pour décider de changer de route de temps à autres
il me faut surtout de la chance comme vous dites

mais je vais vous confier ceci
j'y mets pas mal de bonne foi
et une bonne dose de sueur quand même!

(ok go,je vous laisse là
m'en vas recommencer ma vie
but don't you worry babe
cause it's only mountains).

samedi 13 août 2016

home sweet home



j'aime ma maison
la mienne pas comme dans ma possession
ou celle de la banque ou du propriétaire ou celle que je paye
ma maison
comme dans celle que j'habite

lorsque nous sommes rentrés de voyage hier
et que nous avons pénétré ses aires
elle sentait le renfermé
l'air n'y avait pas circulé depuis deux semaines
pas plus que l'eau que l'homme-chat a repartie tout de suite
il n'y a pas eu âme qui vive
voix d'homme de femme d'enfant ou de chat
qui ait résonné en ses murs
depuis trop longtemps

j'ai hâte d'avoir le temps de la prendre
qu'elle m'habite à son tour

lorsque j'étais enfant
les lieux m'habitaient
dans mes rêves les lieux m'habitent encore
petite je m'y assoyais je les contemplais
je les touchais je m'y ennuyais
depuis que je vis ici
la maison ne m'habite pas
je n'ai pas eu le temps
nous avons rénové nous avons emménagé
nous avons rénové encore et loué et géré
mais je n'ai pas encore eu le temps
de m'asseoir à terre
dans chacun de ses recoins
de toucher et d'embrasser
le plâtre sur ses murs
de palper amoureusement ses longueurs de boiseries
de me coucher sur ses parquets
non je n'ai pas encore eu le temps
de sentir son odeur
de connaître les rayons de soleil
lorsqu'ils entrent à telle heure dans le salon
ou dans la cuisine

dès septembre je passerai plus de temps
dans ma maison
le jour comme le soir
et je me laisserai imprégner
de cette structure qui n'est pas bénigne
de ces volumes enveloppants
de ces matériaux nobles
de cet air nourricier

bientôt ma maison sera plus que l'hôtel où je dors
où je me ressource pour repartir
elle sera mon foyer et le réceptacle
de mes amours et mes passions
j'en prendrai soin comme elle le mérite
j'en décaperai la porte et les fenêtres avant
je referai ses balcons
je lui ferai un parterre de fleurs
je la ferai belle et elle sentira bon
je la dorloterai et l'aimerai
comme tous ceux qui l'ont habitée
et j'y resterai pour encore quelques années.

samedi 6 août 2016

am i not your girl



je lisais hier un billet de glennon doyle melton
relayé par elizabeth gilbert
où elle révèle sur son blogue
qu'elle vient de se séparer
et elle fait part du combat qu'elle a eu
à savoir si elle allait ou non le dire à ses lecteurs
alors qu'elle était en train de publier
son dernier livre portant sur le mariage
il y avait la question débattue de la stratégie marketing

toute vérité est-elle bonne à dire

je parle bien sûr dans un contexte professionnel
pas de la question de jugement lors d'une conversation

je me suis posé la même question hier
par rapport à moi-même
alors que j'étais en train de créer un blogue d'affaires
avec le même identifiant que mon blogue personnel
et le même donc que mon blogue érotique
je me suis demandé si le lectorat visé était le même
s'il était judicieux de cacher
cette partie de mon identité ou de la révéler
bref comment j'allais gérer mon image

lorsque j'ai fait le choix cette année
de retourner aux études et obtenir un titre professionnel
j'ai aussi décidé de m'affranchir de certaines contraintes
je remarque avec le temps que chacun est une personne entière
avec des goûts et intérêts variés
et que le fait que je sois multiple
que j'aime les arts les lettres autant que les affaires
que j'aime les cocktails les fleurs les voyages le sport
le bénévolat et le cul
n'est pas quelque chose qui m'est exclusif
mais tout le monde n'en parle pas ouvertement

et d'ailleurs est-ce pertinent

mais
il y a ce désir d'authenticité
mêlé à mon expérience
qui me dit
oui je peux continuer à dire et à m'exprimer
vous me connaissez ce n'est pas comme si j'allais arrêter
mais avec un peu de finesse et de stratégie
continuer à penser où et comment le faire
quelle démarcation appliquer entre le professionnel et le personnel
même si je la veux de plus en plus invisible

pour ne pas me compromettre
pour ne pas tout ruiner
parce que le jugement
ça continue à exister
et ça va peser pour toutes les années à venir.

si le coeur vous en dit, jouez sinead et lisez glennon.