samedi 24 septembre 2016

immortalité



hier en revenant du marché
ma mémoire j'ai exercée
le nom d'un homme me suis rappelée
il s'appelait laliberté
quel beau nom prédestiné
le soir venu l'ai googlé
pour constater qu'il était décédé
à soixante-huit ans passés

les souvenirs sont faits
pour être immortalisés
je ne connais jim morrison
qu'à l'âge de vingt-sept ans
aux yeux angéliques et au torse nu
je ne l'ai jamais connu ni à soixante
ni à soixante-dix ans

monsieur laliberté
était un crush de ma chumette
alors qu'elle était une jeune fille en fleurs
d'à peine vingt ans
il en avait vingt de plus qu'elle
nous étions à peine sorties de l'enfance
avec la vie devant nous

quand je me souviens des hommes
dont j'ai été amoureuse jeune
ils ont encore les cheveux noirs
ou blonds et les torses musclés
et la fougue de me prendre
jambes écartées à bouts de bras
accotée sur le poêle de la cuisine
à quatre heures du matin

si par malheur je croise
leur photo d'aujourd'hui sur l'internet
je déchante et me ravise
ce n'est pas d'eux que j'ai été éprise
ils n'ont plus le même regard
peut-être encore le même coeur
ils n'ont plus le même corps
non
ce ne sont pas eux

la photo funéraire de monsieur laliberté
le dépeint plus jeune qu'à soixante-huit
les souvenirs sont faits
pour être immortalisés

les souvenirs sont beaux
et ils nous gardent au chaud
dans les nuits les plus glaciales
autant que les plats du creuset
et que l'amour présent
ils nourrissent nos rêves nocturnes
et nous rajeunissent le matin venu
ils sont inaltérés

depuis peu sur le campus universitaire
mes phéromones sont à on
je fréquente le plus fort de la jeunesse
elle m'emplit de désir
elle communique sa passion
ça ne s'estompe pas avec l'âge
c'est toujours présent
mais quand on avait vingt ans
on était beau comme à vingt ans
quand on en a quarante puis cinquante puis soixante
on est beau comme à cet âge

des fois dans le métro
je me prends à imaginer
que je croiserais un ancien amant
et me demande toujours narcissiquement
s'il trouverait que j'ai changé
puis je constate hier
qu'il désenchanterait
car ces trente dernières années
je les ai passées moi aussi

je ne suis qu'un souvenir
à immortaliser

et pendant ce temps
je continue ma vie
à aimer à donner
pour créer à nouveau
mon immortalité.

come on baby light my fire.

samedi 17 septembre 2016

collé collé


source photo
j'aime sa peau
élastique douce chaude
couchée j'aime lui caresser
le chest poilu
comme on caresse le ventre
du bébé chat

ça fait seize ans que je dors en cuillères
avec l'homme-chat
moi la petite lui la grande
cuillère
des fois cuillères à droite
des fois cuillères à gauche
dépendamment des chambres qu'on habite

tu sais que tu aimes un homme
quand tu aimes sa peau
tu sais que tu peux vivre avec un homme
quand endormis
vos corps sont jetés l'un sur l'autre
un bras pesant sur ta taille
une grande jambe écrasant les tiennes
et qu'ils passent ainsi la nuit
sans jamais d'inconfort

tu sais que tu aimes un homme
quand ta peau cherche la sienne
comme une extension de la vie
quand vos corps sont collés
comme des jumeaux chauds inséparables

il y a aussi les vibrations
de la luxure
mais même sans le sexe
la peau est bonne et nourricière

tu l'embrasses le matin
en allant le réveiller au lit
sur le front tendrement
puis sur la joue que tu colles de tes lèvres
pendant qu'il s'allume les yeux

et tu l'embrasses encore en partant travailler
en plaquant encore vos deux joues gauches ensemble
pour qu'elles se sentent bien
comme deux peaux voulant se donner
voulant se coller

sa peau c'est comme cette pâte fraîche enfarinée
toute la vie et la sensualité dans cette peau
tu sais que tu aimes un homme
quand tu te caches le nez dans son cou
pour toujours
quand il cache le sien dans tes cheveux
et que rien
nulle part jamais
ne pique ou ne dérange
pas besoin de parfum de shampoing
ou de savon chic
juste sa peau belle et propre
pour toujours
avec son coeur dedans
et son fabuleux sourire.

samedi 10 septembre 2016

you kiou é èm



you kiou é èm
for when you travel outbound
u q a m

l'uqam c'était pour les commerciaux
quand j'avais dix-sept ans
alors au cégep du vieux en arts plastiques
l'uqam c'était pour le graphisme
ça m'intimidait beaucoup en quatre-vingt-six
ça prenait un portfolio bien monté
j'ai fait concordia à la place
j'ai appris un peu l'anglais
et j'ai fait des fine arts

neuf ans plus tard
en quatre-vingt-quinze
travaillant en finances
et mère de deux enfants
l'université du québec est entrée chez moi par la teluq
je ne me souviens pas du cours que j'ai fait
mais c'était par correspondance
puis dans une vraie classe
possiblement au sous-sol du pavillon des sciences de la gestion
parce que la gestion c'est scientifique à l'uqam
en quatre-vingt-quinze c'était vraiment glauque
et très animé
il y en avait du monde
j'ai passé mon cours
à manger des sweet tarts
avec ma chumette isabelle
c'était un cours de métho'
ou un vrai cours de grh
m'en souviens plus
mais je me souviens
qu'à l'issue de mon certificat de grh
j'ai décidé de faire mes autres certificats aux hec
c'est de même
à cette époque où j'essayais d'obtenir un bac par cumul
je me disais que les hec sonneraient mieux

fait que j'ai un bac des hec tu sauras
en douze ans le bac
avant mes quarante ans
avec du monde sérieux
de vrais entreprenants
tout le monde était ambitieux là-dedans
ça a dû me faire un caractère

l'uqam est revenue par la grande porte du mba
et c'est là que je suis vraiment tombée en amour
avec cette université
c'était de deux mil dix à deux mil douze
tu sais durant le printemps érable

j'ai tellement eu de magnifiques professeurs
des vrais profs pas des à moitié
des titulaires de chaires
des doctorants
des cracks des intellectuels
du savoir en cans
j'étais fuckingment fière
je pense que j'ai même posé pour une annonce
et j'étais sur le comité de programme

c'est avec ce diplôme
que l'uqam est devenue
ma alma mater
en deux mil douze
à l'âge de quarante-cinq ans

en parlant d'âge
ce six septembre
en file au local temporaire de la coop pour la rentrée
il se côtoyait des gens de tous les âges
et de toutes les couleurs
il y avait des cinquantenaires
autant que de jeunes adultes
avec leurs plans de cours
et leurs sacs à dos
dans la file au café
des accolades chaudes se faisaient
à la fin de l'été
l'une emménageait à montréal
et allait y trouver un emploi
l'autre venait de s'acheter une auto

l'uqam n'est plus du tout l'école intimidante
que j'appréhendais avant la vingtaine
c'est une maison de bonheur
où les profs adorent leur métier
certains avec une année sabbatique payée aux sept ans
tu sais
on les garde en forme
et en passion
c'est ce qui fait la différence

je retrouve l'uqam à temps plein cette année
avec casier et bouteille d'eau
je connais ses pavillons
ses stationnements
ses étages
ses corridors
ses toilettes publiques
ses abreuvoirs
ses machines à café
ses fours à micro ondes
ses bibliothèques

je l'aime cette école
tout le monde qui y est veut quelque chose
boit du savoir des notes ou des résultats
est là pour apprendre ou avancer
il n'y a personne qui veut pas
c'est rempli d'espoir ces boîtes-là
il faut vraiment les fréquenter plus souvent
les universités
c'est universel
c'est la maison du monde
c'est l'ouverture sur l'inconnu
c'est l'aventure.

samedi 3 septembre 2016

catch me if you can



ça y est j'angoisse
j'ai passé une semaine de fou
justement le genre de semaines que je veux éviter
je n'ai plus l'âge d'avoir des semaines de fou
mais j'en ai malheureusement le tempérament

je pensais que cette semaine
entre ma dernière salariée
et ma première étudiante
en serait une de repos et de préparation

vous le voyez comme moi
avec le outlook que je me suis booké
que je vous remplis un horaire
peu importe les retombées
peu importe les revenus

il faut occuper le temps

et djieu sait que j'en suis capable

même de me dépêcher lundi
entre mon retour de course salutaire sur la montagne
et ma première séance tenante
manquer de temps
entre deux activités non obligées

mais où donc est ma faculté
de prendre ça zen

de me réveiller à quatre heures trente
trois jours cette semaine
bien avant le cri du réveil matin
avec pleins d'idées en tête

et passer des heures à classer
trier déchiqueter des documents
dont je ne vois pas la fin
et qui dormaient pourtant si bien
dans le fond de leurs filières respectives

bien sûr il y a du temps de qualité
comme celui où je consulte le livre de recettes
dresse mon menu pour trois repas
fais mes emplettes et les soupers
bien sûr il y a le gain de temps
à ne pas me transporter en ville chaque matin
chaque soir
bien sûr il y a le bonheur
de luncher des restants chaque midi
et de comptabiliser toutes mes dépenses
et crier victoire quant aux économies que je fais

bien sûr il y a la satisfaction
de faire enfin fonctionner pleins de choses
ma montre garmin notamment
mon imprimante mes écrans
mon speaker bluetooth
de mettre à jour la comptabilité
de notre appartement de touristes
et de faire un post mortem
sur notre tarification après un an d'opération

bien sûr je tripe d'avoir loué un casier à l'école
et de planifier aller nager le mardi
avant mon cours de gouvernance
d'avoir longé les corridors de l'université
avant la rentrée dans quelques jours
d'avoir acheté mes recharges de mines
point sept millimètres
d'avoir jeté les stylos qui n'écrivaient plus
d'avoir imprimé mes plans de cours
sans compter m'y être réinscrite
et d'avoir identifié les textes à lire
aujourd'hui et demain
pour ne pas prendre du retard

mais mon plancher est toujours sale
et mes vitres toujours pas faites
pas encore trouvé les cadeaux de fête
de m en mai et j en août
je n'ai pas terminé le bouquin de warhol
entamé en août à nassau
alors que j'ai déjà envie d'avoir du temps
pour lire le prochain roman qui m'attend

je n'ai pas eu le temps de travailler une fois
sur la terrasse
encore enfermée dans un bureau
peu importe qu'il soit à square victo
ou au palace st-denis

vingt-neuf ans de fonctionnement
en mode rapide et ultra-rapide
sans reprendre son souffle entre deux rendez-vous
ça crée des habitudes
difficiles à enrayer

toutes ces choses que j'ai faites cette semaine
je vivais sans les faire

le constat auquel je dois absolument réfléchir
si je veux survivre
est qu'il ne faut pas se booker serrée
il ne faut pas remplir le temps
il se remplira bien de lui-même
je ne prendrai jamais de l'avance sur la vie
d'y être simplement devrait suffire.

ohm shalom ciao bye
long week-end
go.