samedi 29 octobre 2016

moi aussi


image provenant du site du 
Centre pour les Victimes d'agression sexuelle de Montréal

je me sens interpellée
par la réflexion relative
aux agressions sexuelles au québec
tant en ce qui concerne les hommes que les femmes
je n'ai pas de témoignage à faire
ni d'expérience refoulée à vous relater
djieu merci je n'ai pas subi d'agressions sexuelles
même si les balises de ce délit
ont été élargies à travers le temps
comme pleins de concepts le sont
dans une société qui évolue
et des mentalités qui s'ouvrent

ainsi j'ai grandi à l'époque des machos
je les ai d'ailleurs beaucoup aimés
et j'ai encore un faible pour les hommes alpha
qui sont loin d'être
des agresseurs potentiels ceci dit
mais j'ai toléré de vivre sans grandes séquelles
dans des environnements de travail
où on embrassait les filles
où on les complimentait sur leurs tenues
et où on adoptait des attitudes un peu paternalistes

chez parée a fait les choux gras
des lunchs de nos représentants
mais il n'y avait rien de vil ni de mesquin
c'était à une autre époque 
une époque où je suis moi-même devenue macho
femme séductrice toujours prête à plaire
je le suis encore d'ailleurs
je préfère paraître jolie que moins jolie
mon ego est flatté par les remarques masculines
il est rarement offensé
je ne sais pas pourquoi

j'ai donc grandi là-dedans
à être peu sensible aux cas d'abus sexuels
au point de n'en pas connaître les statistiques d'occurrence
jusqu'en novembre deux mil quatorze
quand l'affaire ghomeshi battait son plein
puis à m'être désintéressée de la chose
sauf du traitement judiciaire pour mieux comprendre

je n'ai eu connaissance
des agressions sexuelles survenues à l'université laval
qu'une semaine après les événements
ce qui est grave car la nouvelle
a traversé mon esprit comme un simple fait divers
jusqu'à ce qu'un scandale plus grand
attire mon attention définitivement

il faut remercier les scandales
d'attirer notre attention
et nous faire remarquer à quel point
nous avons banalisé certaines situations
c'est comme ça qu'on lance des discussions
avec éclat en forçant les choses de façon exagérée
en sachant qu'un jour il y aura un retour du balancier

ces discussions révolutions indignations
même si elles sont douloureuses et polarisées
sacrifiant au passage la dignité et la réputation
de l'une ou de l'autre
ont lieu pour le bien d'une plus grande cause
et d'une plus grande communauté
pour aider le futur
pour le changer

les discussions de la semaine étaient douloureuses
car elles traitaient des hommes et des femmes
et parce que les couples québécois saisis de la question
ont eu dans la dernière semaine
au moins une conversation sur le sujet
et ont eu à tester
leurs réactions primaires et immédiates
quel camp prend-on d'emblée
quand on est femme ou homme
quel camp prend-on dans notre for intérieur
lorsqu'il n'y a ni témoin ni public

je suis prête à évoluer
il le faut
je veux participer au changement

je n'en dis pas plus car j'ai assez lu et écrit cette semaine
mais je laisse ici
des liens vers des chroniques articles et autres écrits
qui ont aidé ma réflexion dans la dernière semaine

sur la dichotomie entre le système judiciaire et l'opinion publique :
me véronique robert, avocate en droit criminel, sur le biais de perception qu'amène le concept de la présomption d'innocence
pierre trudel, chroniqueur, sur la logique différente entre le judiciaire et les médias

sur l'inventaire des choses que l'on évoque :
geneviève pettersen, sur la présence ou l'absence de consentement
marie-christine bernard, femme de lettres, sur un inventaire exhaustif de choses à caractère sexuel

sur le climat social :
jocelyne robert, sexologue, sur la culture du viol
francine pelletier, chroniqueuse, sur l'évolution du concept d'agression sexuelle

statistiques et définitions : 
ministère de la santé et des services sociaux du québec, section sur les agressions sexuelles
gouvernement du québec, orientation gouvernementale en matière d'agression sexuelle, 2001
ministère de la sécurité publique, statistiques sur les infractions d'ordre sexuel, tel que rapportées aux services de polices.

et puis enfin oui
tous ensemble
nous aurons à ce sujet
une société de plus en plus évoluée

souhaitons-nous le.


samedi 22 octobre 2016

cognosco cognoscis cognoscimus


maskull lasserre, un de mes artistes préférés,
illustre bien la perception de mon cerveau ces temps-ci.

apprendre lire étudier
faire des exercices
résoudre des problèmes
neuf heures par semaine en classe
et vingt-sept heures par semaine à la maison
c'est intense

comme vivre dans l'inédit
à chaque chose que l'on voit et que l'on entend
à temps plein
comme lire et écrire à six ans en première année
comme adopter trois nouvelles langues en même temps
comme commencer à courir
à raison de cinquante kilomètres de volume
dès la première semaine

mon cerveau doit s'adapter
et mon corps aussi pour le tenir
à l'intensité de cet apprentissage
à la capacité de concentration
pour apprendre du nouveau
et rattraper les notions préalables
des cours que je n'ai pas suivis
je suis tellement crevée le mercredi à dix-sept heures
que le jeudi matin je n'arrive plus
ni à me lever aux aurores pour aller nager
ni à embrayer cérébralement
avant la fin de la matinée

cet après-midi
je vais écrire un examen
de gouvernance et contrôles internes en entreprise
comptant pour trente pour cent de la note finale
ça m'énerve un peu
même si je n'ai pas arrêté de préparer des examens
pendant toutes mes années d'études à temps partiel

mais à dix-sept heures il sera un peu plus vide
et j'espère à nouveau prêt à étudier
pour les deux autres examens
qui arrivent la semaine prochaine

mais l'apprentissage quand il rentre au poste
quand il s'imprègne dans l'endroit de la compréhension
il est étincelant et jouissif
quand je pense que je consacre ma semaine
à faire ce que j'aime
j'ai le coeur empli de gratitude

hier
j'ai passé une journée complète au travail
à valider de nouveaux accès réseau
à configurer un poste de travail
à jeter un oeil sur une centaine de courriels emmagasinés
pour traiter les plus pertinents
à coacher un nouveau gestionnaire
à lui faire des recommandations
à ne pas avoir le temps de luncher
avant quatorze heures
et à rédiger deux paragraphes
dans une analyse de crédit
de sept cent quatre-vingt millions
je n'ai pas accompli grand chose
d'exigeant intellectuellement
et à dix-huit heures en quittant le bureau
j'avais l'impression d'avoir un cerveau reposé
c'était une vraie relâche de classe

et c'est bien à point
parce que là c'est l'heure d'étudier
et allez hop on y va!

samedi 15 octobre 2016

le fabuleux destin



dimanche soir dernier
nous soulignions en famille
le cinquantième anniversaire de mariage
de pa' et ma'
venus à montréal
célébrer la noce de ma soeur yvonne

deux mil seize est un grand millésime

pendant le souper
forts d'une tablée de trois générations
à l'exception d'yvonne partie nocer à paris
nous avons demandé à pa' et ma'
de nous raconter les années soixante
celles où ils se sont rencontrés

ils remontent donc aux années collégiales à taiwan
et à l'innocence de ma'
qui aux premières dates 
était toujours accompagnée de sa chaperonne

à l'université de taiwan
pa' a passé les concours
et obtenu une bourse du gouvernement
pour faire d'autres études en france
il a donc pris le bateau vers paris
en mil neuf cent soixante-quatre
et fait le doctorat en droit international
à l'université de paris

ma' l'a rejoint en soixante-six
et fait des études pour enseigner le français
aux immigrants à l'alliance française

ils étaient encore des kids
et sortaient et mangeaient en gang de chinetoques
ceux de taiwan et de rares de la chine
la grande chine où battait son plein
la révolution culturelle de mao
les jeunes étaient surveillés de près
par les diplomates taiwanais pour repérer
les transfuges qui succomberaient au charme
de la sirène communiste

les chinetoques travaillaient dans les restos
pour supporter leurs études et vivaient
en colocs dans les mansardes de paris

pa' et ma' se sont mariés le six décembre
dans leur mi-vingtaine
en catholiques puis en party de chinetoques
j'ai la bible de pa' de l'époque à la maison
je pense qu'il avait découvert la chrétienté
et s'était converti
mais je n'ai pas été baptisée
alors je pense qu'il n'a pas pratiqué activement

pour son mariage
les chumettes de ma' l'avait maquillée
et elle se trouvait ainsi bien laide et barbouillée
mais pa' dimanche l'a rassurée
en réitérant que lui la trouvait si belle

un mois après les épousailles ma' est tombée enceinte
elle était désemparée
autant que son jeune mari
dans une communauté de jeunes flos chinois
ces étudiants venus apprendre à l'étranger
sensés retourner au pays pour servir
loin de leur famille loin de leurs parents

les amis ont donné pleins de trucs à ma'
pour la faire avorter
laver les vitres faire des exercices
boire des médicaments à la quinine
elle a tout essayé
peut-être sans assez de vigueur
rien n'y a fait
le bébé était accroché

les avortements étaient alors
illégaux en france

durant ce temps
pa' devait aller à genève pour une recherche
à la maison des nations unies
et a ma' l'a accompagné
les avortements y étaient pratiqués légalement
à l'hôtel ils ont soudoyé la femme de ménage
pour qu'elle leur réfère un médecin
elle est partie avec le cash
et ils sont restés pantois
ils ont épluché le bottin téléphonique
et ma' s'est bientôt retrouvée
devant un obstétricien établi et bienveillant
qui lui a dit que
la mère et l'enfant étaient en bonne santé
tout allait bien se passer
ils ne devaient pas s'inquiéter

pa' garde encore en tête le souvenir
de ce bon père de famille
il a souligné
comme il y avait vraiment de bonnes personnes
c'était clairement les mots dont mes parents avaient besoin
alors si jeunes et innocents

le docteur a eu raison de leurs craintes
car je suis née en octobre la même année

ma' nous a avoués dimanche
qu'elle s'est demandée longtemps
quand elle me raconterait cette histoire
et puis elle s'est dit
que puisqu'elle s'était bien terminée
elle pouvait me la raconter sans craintes

nous avons tous bien ri au souper
et nous avons célébré les noces
avec le grand osoyoos larose de la vallée d'okanagan
le vin fruit de la grande terre
sur laquelle ils ont fait naître
une belle famille
l'ont fait voyager
et la font encore rêver

quel fabuleux destin
que celui du clan lo!

(cette semaine je salue mon
quarante-neuvième anniversaire
je comprends maintenant
que ma volonté et mon amour de la vie
sont plus forts que la noirceur
et datent vigoureusement
d'il y a presque un demi-siècle).

samedi 8 octobre 2016

gris cendré



mon cerveau est éprouvé à l'école
même si je n'ai jamais arrêté d'étudier
je trouve la matière difficile
je comprends maintenant avoir sauté à la deux ou
troisième année de bac en comptabilité
je manque donc des fois
de la base théorique
que les étudiants normaux
acquièrent dans leurs deux premières années d'études
j'ai beaucoup de rattappage à faire
bref les kids
sont clairement plus allumés que moi
ils ont drillé ça depuis deux ans
et comprennent plus rapidement

j'ai vieilli aussi
martin a dit ça mais il voulait dire autre chose

il disait essentiellement
que dans notre vie courante
nous étions habitués à gérer cent tâches
et avions perdu l'habitude
de nous concentrer longtemps sur une chose
tu sais
le sitzfleisch dont je parle si souvent
il disait qu'on était excellent en multi tasking
et très mauvais en mono tasking
et je lui disais aussi
que dans une vie mono disciplinaire
depuis près de trente ans
on avait arrêté d'apprendre en grandes doses
l'apprentissage quotidien était simplement incrémental

c'est donc dur pour mon cerveau
de remettre la machine à on
et d'assimiler de la nouvelle matière
pendant neuf heures par semaine
et faire des travaux et études
pendant vingt-sept autres heures par semaine

je suis une reine du multi tasking
mais seulement dans ma capacité
à débuter des centaines de choses
dont mes intérêts m'investissent
mais je reste rarement concentrée
sur chacune d'elles
au final je ne suis bonne en rien
jack of all trades
master of none
ça aussi c'est martin qui l'a dit un jour
j'ai toujours aimé butiner
toucher à tout
et quand une chose requiert un effort
je m'esquive vers une autre tâche plus intéressante
et je peux ainsi me garder occupée
et surmenée pendant toute la vie

je fais pleins de choses
pour fuir toutes les choses
je manque de profondeur
je déteste l'effort
je reste superficielle

c'est faux

j'ai réussi et complété pleins de choses
je suis même devenue une experte
dans mon domaine professionnelle
j'ai donc réussi à acquérir cette profondeur

mais j'ai une tendance très naturelle de butiner
et donc de perdre énormément de temps
à m'éparpiller

j'ai décidé de passer moins de temps sur fb
parce que j'aime trop ça fb
c'est comme un sac de kettle aux jalapeño
ouvert en tout temps
j'y pige à demande du plaisir continuel
c'est sûr que ça bouffe tout mon temps
ce n'est pas la faute de fb
c'est de la mienne
comme un vice un péché la luxure

on verra si avoir plus de temps
me forcera à me concentrer davantage sur mes études
histoire de reprendre le dessus
si je peux dormir plus
et mieux manger aussi
moins de sucre raffiné
acheter des cans de poissons
des sardines du thon
et m'en faire un lunch à la maison une fois par semaine
me bourrer d'omega trois
j'ai envie de l'image de mon cerveau luisant
et sans cesse regénéré
j'ai envie de performer
ce n'est pas rien
que de ne pas se sentir à la hauteur
en ce si début d'études
il faut que je me ressaisisse

je veux vider mon cerveau en méditant
en courant en nageant
pour le disposer à apprendre
je suis prête à toutes les techniques
de l'hypnose au ginkgo biloba
je veux apprendre
je veux comprendre
je veux réussir
je veux savoir qu'en y mettant l'effort
on peut tout faire

on peut atteindre nos objectifs.

samedi 1 octobre 2016

en avant



quand julien est venu hier
porter des cartes d'affaires
c'est ma' qui lui a ouvert
et elle s'est demandée pourquoi
son étudiante de fille se faisait faire
des cartes d'affaires

peut-être s'était-elle imaginée
que j'avais encore dix-neuf ans
et que je commençais ma vie

puis elle s'est souvenue que j'en avais
quarante-huit
avec près de trente ans
de bagage professionnel
dont profitaient encore des clients
que je rajoutais des cordes à mon arc
en complétant des études et des certifications
et que je gagnais ma vie
selon mes termes et conditions
comme énormément de professionnels
souhaitent le faire

elle s'est enchantée de savoir
que j'avais recommandé mon ancien patron
pour prendre ma place
que j'avais négocié mon premier contrat de pigiste
avec une grande banque canadienne
et que lorsque mon ex-patron
me poserait des questions d'ordre
de culture et de pouvoir d'entreprise
je le facturerais à titre de client
et non à titre de subalterne

elle était enthousiasmée de voir
que j'avais plein d'alternatives
que je ne recommençais pas à zéro
mais que je continuais à construire
que j'allais encore aimer gagner des sous
et que je ne négocierais pas des contrats à la petite semaine
mais seulement avec des gens d'affaires
inspirants et chevronnés

ma' avait alors compris
que je valais bien plus que mes cartes d'affaires
elle s'est vite dépêchée d'ailleurs
de la montrer à pa'
car son fils aussi y a contribué
j'ai fait affaires avec mon frère
dans le meilleur de ses compétences
il a livré un travail extraordinaire

je pense que nos parents sont contents
de savoir notre aplomb
nos compétences
et notre confiance

we are growing up
and never letting them down.