samedi 19 août 2017

les petits riens



les petits riens
il y en a tellement
et contrairement à ces détails que l'on aime
ceux que j'haguis le plus
sont ceux auxquels on s'attache pour rien

hier soir l'homme-chat me parlait
de réaménagement de bureaux dans la tour
et du fait que les postes allaient être plus tassés
donc les coéquipiers allaient devoir renoncer
à leur cafetière et bouilloire individuelle
sur leurs bureaux

voyez-vous ce genre de détails
provoque l'ire des gens

ce qui m'énerve dans les petis riens
c'est l'incapacité de l'humain
de voir plus grand et plus noble

ce qui dérange les gens
ce n'est pas de ne pas conserver leur cafetière
c'est de devoir faire des concessions
de devoir céder encore un pas
en ne connaissant pas la contrepartie
en n'arrivant pas à se situer
dans the big picture

ce qui dérange les gens
et qui tue l'humanité
c'est de ne s'attarder qu'à son propre nombril
et aux détails de la vie
de tout découper en minutes en taches en morceaux
plutôt que d'être transporté
par quelque chose de plus grand que soi
ce qu'on appelle le bien commun
non comme un outil de propagande
corporatiste ou communiste
mais bien comme un objectif spirituel
comme une sagesse humaine

tant que l'on s'attache aux petits riens
qu'on possède la mauvaise perspective
on ne vaudra pas plus
que ces petits riens
on ne sera pas valorisé
on ne saura pas pourquoi

mais personne ne fait notre bonheur
il faut savoir penser
et prendre du recul
les gens malheureux
sont incapables de hiérarchiser
les petits les moyens et les grands riens
n'oubliez pas la métaphore des roches
qu'illustre le dessin en haut
il parle de lui-même

ne vous attardez pas aux petits riens
parce que le plus grand rien
c'est le vide
c'est de ne pas savoir ce que l'on fait de sa vie
c'est de ne pas avoir accompli quelque chose de grand
que l'on peut nommer facilement
sur son lit de mort
le plus grand rien
ce n'est pas de perdre une cafetière sur son bureau.

samedi 12 août 2017

doux labeur


david hockney, atelier de londres, 1963

dans la douche vendredi matin à rome
je me disais que j'étais contente
de rentrer à montréal
après trois merveilleuses semaines de vacances

je me disais que je ne pourrais pas vivre
en vacances plus longtemps
à me lever sans autre but que d'errer
et de payer pour me faire servir à manger
même dans les endroits les plus paradisiaques de la planète

je me disais que la vie devait être plate
si la retraite arrivait précipitemment
pour quelqu'un qui n'avait pas songé
à comment l'occuper

bref

je commençais à m'ennuyer du labeur
du travail
de l'activité de production
de mon calendrier outlook
plein de tâches et rendez-vous

j'aimerais mettre au clair ici
que ce qui a commencé à me manquer
ce n'est pas le fait de générer des revenus
mais plutôt de m'occuper à être utile
depuis presqu'un an je me rends compte
que c'est être utile qui me rend heureuse
et non gagner de l'argent

depuis septembre deux mil seize
je n'ai presque pas gagné de sous
grugeant ogrement sur mes économies
durement amassées pendant trente années
mais depuis septembre deux mil seize
je n'ai jamais arrêté d'être occupée
à m'impliquer dans mille projets
et réaliser des choses
qui m'ont tant empli le coeur

acquérir des connaissances
faire des connaissances
lire écrire calculer
aider des entrepreneurs
fabriquer des gâteaux
faire de la nourriture
transformer en rénovant
laver du linge
changer des draps
nettoyer la maison
me mettre en forme physiquement
m'impliquer socialement

les vacances
c'est pour se reposer de ça
juste assez pour vouloir y retourner
avec grâce et affirmation

bien que j'haguis souffrir dans l'effort
je chéris tendrement le labeur
et je serai peut-être un jour comme costa
qui à quatre-vingt-deux ans
flippe des burgers pendant les heures de rush
au roi du smoked meat s'a plaza st-hubert
où il a travaillé pendant un demi-siècle

ma vie c'est être
ma vie c'est faire.

samedi 5 août 2017

collection vivante



dire que je collectionne
est plus élégant que
dire que j'accumule

parmi mes collections les plus futiles
il y a celle des messages de biscuits chinois
trônant au milieu de notre salon
dans un vase en vitre sur la table à café
nous y déposons systématiquement
chacun des messages de biscuits chinois
qui nous a été destiné et emballé
dans une coquille de gluten wing
après que nous l'ayons lu à haute voix
ou échangé du chat à moi ou vice versa
avec la 'yieule pleine de biscuit
après un repas de restaurant chinois

c'est comme une superstition
ces messages de papier pêle-mêle
c'est une mauvaise habitude
dont on peut bien se moquer

quand j'étais plus jeune
j'accumulais les bouteilles de parfum
que je trouvais fort jolies
j'avais très peu de disques
car peu de moyens pour m'en acheter
et je les chérissais comme la prunelle de mes yeux
je suis sure que j'avais dressé un inventaire
parmi eux des albums double live
de sting bring on the night 
et de dire straits alchemy

je ne collectionnais pas les attaches de sacs de pain
simplement parce ce n'est pas moi qui achetais le pain
alors je ne devais pas y accorder plus d'importance
que celle de le manger
d'ailleurs c'était du brun en sac
celui qui s'applatit entre ton palais et ta langue
c'était si dégueulasse
et on en faisait chaque jour
des sandwichs au jambon avec de la miracle whip

un jour j'ai commencé à avoir des livres
d'abord des livres d'art
une monographie du museum of modern art à l'adolescence
que monsieur shang m'avait ramené de new york
une espèce de brique de deux pouces d'épaisseur
dont chaque page était colorée
de l'oeuvre d'un maître
c'était fabuleux
au cégep j'ai commencé à m'acheter mes propres monographies
au fur et à mesure que se déployaient
les maîtres rencontrés dans mes cours d'histoire de l'art

d'une pile jonchée sur le sol
ma collection de livres a occupé
une tablette dans l'étagère ikéa de ma chambre du sous-sol

je ne collectionnais pas les livres à lire
puisque mes lectures ont débuté
avec les livres de pa'
qui meublaient depuis une quinzaine d'années
une quelconque bibliothèque montée
n'importe où dans la maison
en l'occurrence dans une pièce fermée de la cave

elle contenait la comédie humaine de balzac
tous les classiques français en format de poche
et des henry james
quand j'étais petite je ne lisais pas l'anglais
et à ce jour je n'ai encore jamais lu henry james

pa' a de tout temps aimé la lecture
mais accordait peu d'importance
à l'objet du livre
comme il accorde peu d'importance aux objets
point

ma' ne collectionne rien
mais bichonne tout ce qu'elle possède
comme lorsque tu vas chez elle en californie
et que les rares meubles de sa maison
sont des simili antiquités en bois
qu'elle a choisies avec amour
dans un marché au puces idoine
au québec dans les années quatre-vingt
ma' porte toujours le même linge
et rapièce tous les morceaux

mes parents n'achètent ni n'accumulent rien
ils vivent léger et économique
et respirent le bonheur

il y a quelques mois
j'ai donné quatre ou cinq paires de jeans
qui ne me faisaient plus depuis des années
à ma chumette geneviève
qui a un gabarit plus mince
et qui s'est fait un plaisir
de leur donner une seconde vie

à mon anniversaire en octobre
ma chumette isabelle m'a donné
une robe pêche en crêpe de soie
qu'elle portait il y a de nombreuses années
j'en ai fait raccourcir les bretelles
et elle me sied à merveille

alors qu'elle tombait en congé de maternité
geneviève a demandé des suggestions de livre
et deux charlottes lui ont amené un matin
une bonne dizaine de bouquins
pas juste des recommandations
des vrais livres
pour qu'elle satisfasse facilement ses envies
elle m'en passera ensuite
car je n'en ai lu aucun titre

il y a quelques semaines
julie m'a remis un livre
en me demandant de le donner à quelqu'un
quand j'en aurais terminé la lecture
étrangement en le lisant
je savais que ce livre serait lu après moi
et cela lui insufflait quelque chose de sacré
de plus grand que les mots
je n'allais pas juste en parler
écrire ce qui m'y avait émue
mais j'allais réellement le passer intégralement
au suivant

ça m'a fait penser à ma triste bibliothèque
un sanctuaire chez nous
qui n'est que trop rarement visité
où les livres dorment
après que je les ai lus
puis placés en ordre alphabétique

j'adore les bibliothèques
c'est beau
mais ce n'est pas une place pour les livres
je dis comme julie
ils doivent se promener
les livres doivent être lus

chez nous les oeuvres d'art vivent
car elles sont accrochées au mur
on les regarde amoureusement chaque jour
mais les livres sont fermés
et peut-être pour toujours
pour n'être jamais retouchés
jusqu'au prochain déménagement
passant d'une tablette à une boite
à une tablette à une boîte

à part quelques amis qui en empruntent
une fois de temps en temps
mes livres ne servent pas
ils se meurent

en même temps quand je pense m'en départir
j'ai un pincement au coeur
j'aime vivre parmi les livres
autant les livres d'images
que les livres de mots

ça tient du culte ostentatoire
mais pas tant
puisque la bibliothèque est dans le fond de la maison
dans une pièce reculée et sombre
que personne ne fréquente
sauf brooklyn le chat pour la sieste

il faudra insuffler une vie à cette collection
il faut que les objets vivent
qu'ils soient utilisés
comme le presse-citron et la râpe à fromage
l'homme crée les objets pour qu'ils servent
pas pour qu'ils nous envahissent
ni qu'ils ramassent la pousssière

même si j'étais peut-être destinée
à créer des cabinets des curiosités
je n'ai pas succombé à cette tentation
et j'en suis fort aise
car lorsque j'y pense j'ai les frissons
il me pousse des fils d'araignée
j'aime mieux partager recevoir et donner
et voyager léger.

samedi 29 juillet 2017

audience publique




je le dis ici pour que vous le sachiez
une fois pour toutes
je ne fais pas plus de trucs
que personne d'autre
mais comme le dit mon tendre mari
je dis tout ce que je fais
et je l'agrémente même d'images
alors que les simples mortels
se contentent de vivre
et de faire des coucous aléatoires
donc on pense qu'ils ne font rien
et que j'en fais plein

ce n'est pas grave

à l'ère de la multitude médiatique
celui qui fait du bruit
ressort naturellement
celui qui n'en fait pas
meurt dans le silence

aux yeux des autres évidemment
pas hors de la plénitude ni de la grâce

mais comme je ne suis pas une sainte
et que j'ai toujours été humaine
j'ai de tout temps aimé avoir une audience
comme témoin de mon existence
ça m'a valu d'être grégaire
à l'époque des rapports humains
et de tenir open house mit oysters
pendant vingt-et-un ans
en revêtant mes plus beaux atours
pour rappeler au monde que j'existais

avec les zinternets
il est donc devenu facile
de laisser ma trace
et de vivre devant témoins
et c'est ainsi que je continue à être un livre ouvert
j'apporte joie beauté tristesse
envie régal bonheur
c'est pas badrant
je vends mon quotidien grétisse sur le web
une vie sans filtre
une vie vécue
par une vraie humaine
qui ne se cache de rien
ni de personne

d'ailleurs si vous lisez ceci
c'est donc que vous avez une identité virtuelle
et sachez donc qu'il est illusoire de penser
que vous conserviez une quelconque parcelle
de votre vie privée

ainsi donc j'aime mieux produire
mon contenu moi-même
que de me faire tagger à mon insu
dès lors que vous savez tout de moi
comment puis-je encore être piégée

rincez-vous l'oeil amusez-vous
régalez-vous de ma vie pleine et heureuse!

samedi 22 juillet 2017

alors on danse!!!


le superbe stromae

hey les babes
c'est le dixième anniversaire de fank-u

le vingt-et-un juillet deux mil sept
je déposais les premiers mots de ce blogue
je découvrais alors le web deux points zéro
après avoir compris ce qu'étaient des sites web
et des recherches d'information
sur google et altavista

le web deux points zéro
celui qui m'ouvrira les portes
d'une nouvelle vie
la plus grande révélation de mon existence
après pleins d'autres trucs et avoir deux enfants
je ne sais donc pas à quelle génération j'appartiens
à avoir connu la télécommande du câble à roulettes
le vidéo bêta dont on louait la machine au club vidéo
en même temps que les cassettes
le walkman le quarante-cinq tours
les débuts des cédés les cédéroms
les floppy disks
puis l'avènement du web deux points zéro

que je sois ixe igrèque ou zed
je suis heureuse d'être ici

je me souviens avoir lu omo erectus
qui ne sévit plus depuis longtemps sur son blogue
et d'avoir eu pour première amie virtuelle
la belle zoreilles
écrivaine publique de rouyn noranda
qui publie encore son blogue
et continue d'échanger via ses commentaires
et les commentaires de ses lecteurs
d'un blogue à l'autre
comme si facebook ne l'avait pas rattrapée

j'ai connu tant de monde grâce au blogue
il n'y a qu'à voir mon blogroll
dans lequel vous reconnaîtrez de nombreuses
de mes connaissances facebook actuelles
qui plus est
de nombreux de mes amis actuels

pensez-y un instant
sans le web deux points zéro
qui m'amena d'abord au blogue
puis à facebook quelques mois plus tard
ainsi que les autres réseaux sociaux
vous fabuleuses personnes
existiez en même temps que moi
sur la planète terre
et je ne vous connaissais pas

pensez-y un instant
sans lancer fank-u
il y a de grandes chances que nos chemins
ne se soient jamais croisés

je pense que ça vaut la peine de continuer
à exprimer mes élucubrations
au nombre de trois cent soixante-trois
elles sont à peine moins nombreuses
que les citrons consommés dans une année
mais elles font partie
de saines habitudes de vie
celles alliant la pensée
l'humour la réflexion et les interrogations

et toujours et encore
ce son enivrant de mes doigts
sur le clavier

alors on danse
c'est la fête les babes
tchin tchin cawlice!!!

(lisez ici ma timide première)

samedi 15 juillet 2017

bleue



quand je nage
je ne performe pas
j'en suis incapable

quand je nage
j'essaye d'abord de ne pas me noyer
puis le temps de mon réchauffement
j'essaye de trouver un rythme
de reprendre mon souffle

quand je nage
je regarde le fond de la piscine
et quand le plancher baisse
en fonçant vers les profondeurs
mon coeur et mon esprit s'apaisent
et je me sens protégée
comme dans un utérus

quand je nage
il n'y a personne
que du mouvement de l'eau
presqu'un peu de vague
mais pas de coude qui touche
pas de pieds qui frappent
pas de voix qui parle
juste la mienne

jeudi j'avais pour mandat
pendant mon heure de nage
de réfléchir au coût et bénéfice
de refaire à neuf les sheds de notre duplex
j'ai eu le temps je pense
de faire le tour de toutes les variables
pour proposer mes recommandations
au conjoint et partenaire de ma vie
quelques heures plus tard

quand je nage
je compte les aller-retours
les cinquante mètres les cent mètres
les deux cent mètres
comme un métronome
comme une litanie comme un mantra

quand je nage
je suis dans une bulle d'eau
qui est à peine plus fraîche
que la température de mon corps
je ne respire plus le chlore
ni n'avale l'eau
parce que j'ai appris à faire

quand je nage
je fais aussi quelques exercices
que notre coach nous donne pour nous améliorer
ils sont faciles au début
et plus je les répète
plus ils sont durs parce que je me fatigue
et j'attends toujours impatiemment
les quelques dix minutes précédant
la fin de l'heure
pour simplement revenir à la nage

quand je nage
j'aime glisser dans l'eau
comme un cétacé un dauphin peut-être
beaucoup plus qu'un poisson
une espèce de mammifère marin
qui aime avoir la tête sous l'eau
qui a des fois une petite turbine
qui voit à cause de ses goggles
qui voit des choses impossibles
comme dans un vidéo de musique
des années quatre-vingt
quelque chose de géométrique
avec une ligne bleue tracée dans le fond
au-dessus de laquelle je flotte
avec quelques bouées délimitant le corridor
auxquelles je m'accroche quand je nage de biais

quand je nage
je suis bien
je suis apaisée
à l'abri des aléas de l'univers
s'il y avait la guerre
je voudrais nager dans une piscine
pour toujours.

samedi 8 juillet 2017

beau



depuis quelques temps
je me dis que j'aimerais arriver
à cinquante ans plus belle qu'à trente ans
les médias n'arrêtent pas
de nous noyer avec des images
de femmes plus âgées
super belles
helen mirren céline dion
meryl streep et j'en passe
notons que ce ne sont pas les moindres

que je me sente mieux dans ma tête
et dans mon corps
à cinquante ans qu'à trente ans
va de soi
c'est juste normal
lorsqu'on vit en occident
et qu'on n'a pas souffert de handicap physique
de maladie mentale
ou de sévices à l'enfance
qu'on se développe de cette manière
qu'on prenne conscience de la santé
qu'on fasse plus attention à soi qu'avant
qu'on prenne du temps pour soi
et pour les autres
qu'on ait trouvé son identité
qu'on vive bien avec

mais qu'on soit plus belle qu'avant
est un mensonge
c'est bien parce que la démographie nord-américaine
soit arrivée à majorité à quarante-cinq ans
que l'industrie nous vend l'image
de la femme belle à cinquante ans
je n'ai rien contre
c'est bon pour le moral
et ça continue à faire vendre du linge tight
et de la lingerie fine

mais croyez-moi
j'étais belle en crisse
à dix-sept ans
puis à vingt ans
puis à trente et à quarante

en fait je trouve qu'on ne célèbre pas assez
la jeunesse
c'est pourtant elle qui travaille
à sauver notre civilisation

la petite boulette qui vient de naître
le cinq juillet dernier
à l'issue de nombreuses heures de travail
au poids respectable de huit livres

augustin roy sept ans
qui fait le cube rubik
en à peine quelques secondes
et gagne un ruban de la persévérance scolaire
et qui est inscrit dans une école de bollés

laurence gagnon huit ans
responsable de la section danse
du spectacle de fin de camp musical
qui s'énerve de peur de ne pas bien accomplir sa tâche

lou-anne et lilimei tousignant
filles du futur

marion portelance violoncelliste dix-huit ans
qui a déjà joué au carnegie hall
en faisant un programme de musique
et un programme international au secondaire
et qui poursuit ses études au conservatoire de musique

thomas aucoin-lo vingt-six ans
qui donne ses mains et son coeur
à faire des lampes chez lambert et fils
après des voyages à travailler
dans l'ouest et dans le pacifique

gabriel aucoin-lo vingt-sept ans
qui dédie son énergie à la scène musicale montréalaise
avec passion depuis plus de cinq ans
et anime son émission de radio

anne bussière-godbout vingt-sept ans
conseillère stratégique chez kap
qui développe sa clientèle à une vitesse fulgurante
en élevant deux beaux enfants

gabriel nadeau-dubois vingt-sept ans
co porte-parole de québec solidaire
et député à l'assemblée nationale
qui a participé à soulever les masses
au jeune âge de vingt-deux ans
et faire marcher des milliers de personnes
dans les rues de montréal
pour décrier les politiques ankylosées
et oser vouloir changer le monde

odrey robillard trente-deux ans
nageuse de l'aurore aguerrie
conseillère en investissement responsable
à la caisse de dépôt et de placement du québec
qui contribue à mettre en oeuvre le plan d'action
de développement durable de la caisse

dominic leclerc dans la trentaine
cinéaste de rouyn-noranda
qui a commencé à produire
il y a plus de dix ans

julien niquet et david cayer trentenaire
qui cofondent glutenberg

émilie nollet trentenaire
qui co-fonde avec olivier demers-dubé
l'entreprise éau
créant des fermes d'aquaponie verticale
pour assurer l'autonomie alimentaire
et éradiquer l'exclusion sociale

moi dans la vie
j'aimerais mieux voir ces gens-là dans les médias
pour qu'on sache qu'ils existent
de tous les temps
c'est la jeunesse qui fait évoluer les choses
pas celle cosmétisée et habillée
celle qui sait faire
celle qui rêve
celle qui ose

c'est ça la beauté qu'on doit valoriser
la fougue l'espoir l'action
le monde des possibles.

samedi 1 juillet 2017

légère


leia organa et jabba the hutt

je ne sais pas combien je pèse
je le saurai le quatorze juillet
lorsque je me pèserai le quatorze juillet
pour la quatrième fois
depuis le premier mai

je ne me suis jamais pesée aussi souvent
de toute ma vie

j'aime le mot légèreté
je ne savais pas que c'était cet état
que je recherchais
lorsqu'au printemps je voulais rencontrer
une nutritionniste dès le premier mai
je ne savais pas alors
si j'avais des problèmes de poids
ou d'alimentation
ou de ménopause
ou tout cela à la fois
je ne savais pas et je n'avais pas le temps
de savoir ça
j'avais quatre cours
une saison d'impôt
un peu de course à pieds
et de la natation quand je pouvais

mais je n'étais pas légère
c'était clair

j'avais des fois des brûlements d'estomac
quand je buvais quelques verres
quoique j'avais déjà pris l'habitude
depuis un certain temps
de refuser de boire
quand le coeur ne disait pas oui
dès le premier coup
j'avais déjà appris à ressentir mes envies
face aux choses alcoolisées

j'avais aussi des trucs en-dedans
je ne savais pas ce que c'était
mais c'était à l'intérieur de moi
trop de bouffe trop de sucre du poison
je ne sais quoi
mais je pouvais difficilement faire des rotations
et lorsque je me regardais dans l'énorme glace
de la salle-de-bain
je voyais mon ventre assis sur mes cuisses
dépassant légèrement la pointe de mes seins

je savais qu'à quarante-neuf ans
je n'aurais jamais les seins que j'ai voulus toute ma vie
alors il était hors de question qu'en plus
j'ai un ventre me donnant l'air
de jabba the hutt

le premier mai
après ma session d'hiver
j'allais consulter
pour savoir quoi faire
quoi me foutre dans la 'yieule
et quand je l'ai rencontrée
j'ai dit à la nutritionniste
que j'aimais beaucoup manger
et que je ne voulais pas changer
mes habitudes alimentaires
ni entreprendre un régime
que je voulais juste aller comprendre
comment les choses marchaient

quand j'y pense avec du recul
je trouve que j'étais un peu arrogante
comme si j'allais chez le médecin
en lui annonçant tout de suite
que je ne prendrais pas de sa médecine

elle était wise la petite dominique
très fine psychologue je l'admets
et je ne sais par quelle magie
ça a été si simple à changer

ce que je redoutais le plus
soit couper du sucre et des cochonneries
a été tellement facile
et je n'ai pas du tout eu l'impression
ni de relever un défi
ni de me brimer
et encore moins d'avoir faim

peut-être que le choc de mon poids réel du premier mai
m'avait tellement fouettée
m'a tellement dit
que je m'étais défigurée
que ce n'était plus moi
cette femme de cent quarante livres
que je pensais toute ma vie peser cent vingt livres
ce poids me disait que j'avais perdu le contrôle
qu'il fallait que je prenne en mains cet aspect de ma santé

la jeune nutritionniste qui me conseillait
m'expliquait simplement des mathématiques
des plus et des moins
et mon esprit comprenait très bien ça
elle m'expliquait avec la science
quels aliments étaient nutritifs
et combien il en fallait dans une journée typique
quoi manger au déjeuner au lunch et au souper
et quels aliments n'apportaient absolument rien
sauf des livres en plus
et combien ces livres étaient difficiles à perdre par la suite
elle m'a expliqué les métabolismes
les calories en plus et celles en moins
les gras les sucres
elle m'a montré
en objets de plastique
les volumes correspondant aux poids
une livre de gras
une portion de viande de cent grammes
etcetera

quand je me suis pesée la deuxième puis la troisième fois
j'étais si ravie d'avoir perdu du poids
j'en chahutais dans tout le campus universitaire
mais les gens autour de moi me le disaient aussi
ça m'a fait tant de bien
je me suis trouvé légère
le teint meilleur
je mangeais des légumes aussi souvent que possible
je faisais encore des gâteaux
mais en coupant le sucre et le gras rajoutés
en faisant des purées de dattes
et en comptant sur les compotes de pommes
je comptais les amandes que je me foutais dans la bouche

le douze juin je me souviens
je pesais cent trente-deux livres
j'en avais perdu cinq en un mois
et quand dominique m'a montré sur la table
le jouet représentant une livre de gras
cette énorme masse et qu'elle m'a dit
que j'avais perdu cinq fois ça
c'est là que j'ai compris
ce qu'était la légèreté
cette grosse masse
je l'avais dans mon corps
c'est elle qui m'empêchait de vivre
de bouger librement
qui alourdissait mes pas
et obstruait mes organes
qui empêchait mon sang
de circuler fluidement
et qui me donnait sûrement
des maux de ventre et un teint gris

et depuis soixante-et-un jours
je note tout ce que je mange
sans compter les calories
mais en rapportant sur une feuille
ce que j'ingère aux déjeuners aux lunchs et aux soupers

car si le quatorze juillet ma balance
m'indique que j'ai repris du poids
je saurai pourquoi
j'aurai des traces

après deux mois
j'ai presque perdu mes nouvelles bonnes habitudes
je me sens un peu en danger
parce que je travaille moins
donc j'ai plus envie de manger
ça tue l'ennui
parce que c'est la saison de la crème glacée
et que même en réduisant de deux à une boule
il y en a plus au menu
qu'en plein coeur du printemps
parce que j'ai râté ma course du dix-huit juin
et que la possibilité de faillir
a repris sa place dans mon esprit
parce que je sens dans mon corps
la place de mon estomac
parce que j'ai relâché la garde
quand je prépare les assiettes au souper
parce que les pâtes sont bonnes
et que l'italie s'en vient

je vais resserrer la garde
même si c'est les vacances

j'ai l'air de la fille soucieuse de son apparence
victime des diktats qu'on dénonce
je le suis bien évidemment
ça fait partie de ma psyché
de me sentir belle
d'être bien dans ma peau

mais surtout j'ai tellement aimé ça
savoir que malgré la ménopause qui arrive
malgré mon amour de la bouffe
j'ai réussi à dompter mon corps
à écouter mon réel appétit
il y a des choses que je peux contrôler
si j'en ai envie
et je ne suis pas prête de les lâcher
parce que bien évidemment
je préfère être la belle
plutôt que la bête.

samedi 24 juin 2017

brutes



quand je déjeune le jeudi matin
avec la gang de charlots
je me dis que je fréquente vraiment des champions
je me tiens toujours avec les meilleurs

dans la vie
je dépense plus que je gagne
je vis toujours un peu au-dessus de mes moyens
j'ai de l'ambition
et beaucoup de prétention
je vis à crédit
je flambe du cash pour en faire
i fake it till i make it

quand j'étais à l'école
je voulais surement faire partie
de la gang de cool
et pas de la gang de losers

vous me lisez assez pour savoir
que je déteste les faiblards
ceux qui morvent et braillent
ceux qui disparaissent sous la terre
les insignifiants

je ne les fréquente pas
ils ne m'apportent rien

j'aime l'envergure
même si souvent
je n'en ai pas l'étoffe
je ne travaille pas aussi fort
je ne suis pas assez tough
des fois je suis une imposture
comme dimanche alors que j'abandonne
en plein milieu de la course
parce qu'un rien d'effort
devient psychologiquement trop dur
dans ces moments
je veux croupir sous terre
je suis en colère de n'être pas bonne
de n'être pas la meilleure
à la hauteur de mes ambitions
de détruire l'image que je veux incarner

puis après je retourne
me coller aux champions
parce qu'ils ne disent rien
ils ne me jugent pas
ils sont occupés à faire
ils ont mieux à faire
alors je ferme ma yieule
j'arrête de brailler
et je remets l'épaule à la roue
let's move on babe
if you want it go get it

ces gens-là ils carburent
ils savent que rien ne vient sans effort
mais qu'une vie sans accomplissement
c'est drabe et c'est déjà la mort

je les aime ces gens-là
et je voudrai les côtoyer toute ma vie

ceux qui écrivent des livres
courent des marathons
courent la gaspésie en relais amoureux
tricotent des sculptures
taillent le bois
coupent le métal
soufflent le verre
chantent dans le métro
traversent l'océan pour vivre l'amour
se cassent un bras en vélo
font des triathlons
se lèvent à l'aube pour fendre le chlore
vont plaider à la cour
se creusent les méninges pendant des heures
font des double dec
écrivent une thèse
font de la politique
aspirent à un monde meilleur
verdissent les ruelles
plantent des légumes sur la rue
cuisinent pour les autres
font de la boxe
font le ironman ce dimanche
le demi l'olympique ou le sprint
enfilent un wetsuit
portent un casque de bain sans broncher
fouettent les blancs d'oeuf
font le ménage
changent les draps
ouvrent les fenêtres
construisent des maisons
enseignent aux enfants
apprennent aux adultes
font du bénévolat
chantent des chansons
voyagent autour du monde
gèrent des hôtels et des restaurants
sont tous les jours en tablier
réalisent des idées
articulent celles des autres
font des mots croisés
jouent au scrabble et au crible
gagnent des tournois de pool
déménagent en couple
font leurs valises
crissent leur camp
font de la peinture
exposent sur les murs
rentrent en collection
rentrent dans les ordres
lavent la vaisselle
mangent de la crème glacée
conduisent des tracteurs
mènent les brebis
dessinent leur vie

voient le jour
voient chaque jour

ce sont mes champions
ceux qui me font pousser
ceux que mon coach david appelle tendrement

les bruuuuuuutes!!!

samedi 17 juin 2017

désamour



la vie de couple c'est dangereux
ça peut être rapidement rempli de désamour
si on ne fait pas attention chaque jour

la personne qu'on adulait à vingt ans
celle qui était la plus belle
et que l'on voyait lumineuse
dans nos rêves au lit le soir
en nous pressant de la revoir le lendemain
cette personne qui était la plus drôle
la plus intelligente
qui dépassait de loin tous nos camarades
celle avec qui on apprenait le plus
la personne la plus enrichissante
qui valait plus que nos parents
nos frères nos soeurs et notre meilleur ami
cette personne qui valait une carte confectionnée à la main
des mots d'amour recherchés rimés puis écrits
cette personne qui valait une bague
des cadeaux une demande en mariage

cette personne
cinquante ans plus tard
on l'a prise pour acquis
on la respecte moins que toutes les autres
parce que le rapport a changé
parce qu'elle n'illumine plus notre vie
parce qu'au lieu de continuer
à paver notre chemin de promesses
et d'être notre guide
dans le changement vers un monde meilleur
au lieu d'être restée cette partenaire dans le jeu
cette complice dans les réalisations
dans l'expérience de la vie
cette faiseuse de wow
cette personne est devenue celle qui prend soin de nous
celle qui fait les meilleurs repas de la terre
celle qui nous amène chez le médecin
celle qui prend notre température
celle qui écrit à notre place
celle qui s'occupe de nos moindres soucis
avec le temps elle est devenue un peu notre mère

tout d'un coup
cette personne qui nous tirait vers le haut
la capitaine de notre coeur est devenue une esclave
elle l'est devenue par amour ou par habitude
parce que nous étions la personne la plus importante au monde
parce qu'elle nous aimait
et que même malade vieux ou bedonnant
elle nous aime toujours
parce qu'on la rend importante et essentielle
parce qu'elle l'est évidemment réellement
parce qu'on est devenu sa raison d'être
parce qu'elle veut encore qu'on l'aime

audrey hepburn l'ingénue la délinquante
est devenue mère teresa la vertueuse la pieuse

la vie de couple c'est dangereux
si vous ne continuez pas à vous développer
à vous dépasser et à impressionner
si vous n'êtes devenus qu'une cellule fusionnelle
et n'existez qu'à travers l'autre
vous allez rapidement souffrir de désamour
vous ne serez plus la personne la plus intéressante
et la plus convoitée de l'univers
tout le monde sera meilleur que vous
tout le monde saura mieux jouer au billard que vous
qu'y connaissez-vous au billard d'ailleurs
tout le monde connaîtra la science mieux que vous
quand avez-vous le temps de vous instruire d'ailleurs
tout le monde saura raconter l'histoire mieux que vous
que savez-vous de l'histoire d'ailleurs
tout le monde pourra parler de l'art mieux que vous
vous ne savez pas parler de l'art
parce que tout ce temps-là
nous étions ensemble
tout ce temps-là
tu étais avec moi
tu n'étais pas là ailleurs
occupée à être une personne

il est dur de ne pas s'user
de demeurer pertinent et intéressant
il n'y a rien qu'à voir comment les marques
rafraîchissent leur image aux cinq ans
pour continuer à séduire
même leurs meilleurs clients acquis

ayez une vie bonyenne
amusez-vous le plus souvent possible
ne soyez pas dull et plein de devoirs
ne vous oubliez pas en chemin
tant que vous serez en vie
achetez-vous les plus belles robes
les plus beaux souliers
ramenez de la fraîcheur au foyer
ce frische luft dont on a tous besoin
pour continuer à grandir pour bien respirer
ne risquez pas le désamour
en emballant le vôtre trop serré.

samedi 10 juin 2017

saisons




je ne sais pas comment j'occuperais mon temps
si je recevais un verdict de maladie incurable
je ne sais pas si je planifierais mes journées
aussi touffument que je le fais

je me lève ces jours-ci
une heure plus tard qu'à la même période l'an dernier
et me couche à la même heure
outre cette heure supplémentaire passée à dormir
être plus près de la tombe
je cours encore après mes heures et mes minutes

depuis le premier mai
je suis un cours intensif soit deux sessions par semaine
au lieu de quatre cours de janvier à avril
à la fin mai j'ai terminé le mandat
qui m'occupait un jour par semaine
et je ne suis plus occupée le soir
avec les dossiers de vingt clients

pourtant mon outlook est toujours aussi plein

il y a un peu plus d'orange
soit ma catégorie sociale
le temps que je prends pour voir des gens
il y a du rouge
soit la catégorie maison
alors que j'ai débuté mes rénos
et que je consacre encore deux heures les lundis
à faire l'épicerie et le gâteau
il y a toujours du bleu
soit la catégorie académique
alors que je vais aux cours j'étudie et je produis
puis il y a de plus en plus de mauve
soit la catégorie professionnelle
alors que je fais des suivis de dossiers
j'apprends des logiciels
je vois des clients

bien sûr les occupations changent
je vois une diététiste
j'assiste à des conférences
je cours un peu plus
je rénove
j'apprends toujours

mais le temps me manque
et même si je ne gagne pas de sou
je me lève chaque matin pour entamer la journée
avec un horaire chargé

il y avait aussi à l'agenda
une heure d'écriture par jour
depuis le premier mai
je me suis dit que j'aurais le temps
et l'espace mental
puisque je passais de quatre cours à un

il n'y a ni temps ni espace mental
je n'ai réussi à y consacrer que quelques heures
depuis le premier mai

je ne sais pas pourquoi les gens rêvent de la retraite
le temps file un point c'est tout
c'est au-delà de nos forces
n'essayons pas de tout contrôler
toutes ces occupations sont futiles la mort venant

je chante cabrel
la feuille d'automne emportée par le vent
en ronde monotone
tombe en tourbillonnant.

samedi 3 juin 2017

grand faiseux


lampe en chêne par thomas aucoin-lo

hier je suis allée au lancement d'espace fabrique
une coopérative manufacturière
co-fondée par emmanuelle raynaud artiste visuelle
et son co-fondateur machiniste
ça leur a pris cinq ans pour mettre sur pied
leur projet et aller se chercher
un million de dollars de financement
par investissement québec
la ville de montréal
le fonds de solidarité ftq
et un ange financier du domaine manufacturier

je suis allée pour voir les machines
ces choses conçues et fabriquées par l'humain
qui nous permettent de matérialiser
des objets que nous avons dans la tête

l'expérience est positive
et je vous en parlerai davantage
lorsque j'irai la première fois faire mes cours
de santé et sécurité
puis de gosser avec de l'équipement industriel
et mon petit bout de bois

ces jours-ci j'ai besoin de faire
de fabriquer avec mes mains

je suis à la recherche de mes habiletés de survie
je sais cuisiner
je sais courir pour m'enfuir
je sais nager pour ne pas me noyer
je peux rouler un peu en vélo
je sais conduire vite
je sais tricoter pour me vêtir
je sais faire de la dentelle qui ne sert à rien
je sais emballer des cadeaux
je sais faire des noeuds papillons
je sais faire des collages
je sais scier du bois et des fois couper du métal
je sais visser avec un tournevis et avec une drill
je sais me servir d'une crow bar autrement que pour tuer
je sais partir un feu dans l'âtre
je sais hacher du petit bois
je sais couper des légumes et de la viande
je sais sabler et vernir des planchers
je me sers d'une scie ronde d'un banc de scie
et de tous les appareils à main
sauf une chain saw qui m'horripile encore
je sais lire et écrire
je sais compter avec ou sans calculatrice financière
je sais peut-être patiner
je sais crocheter pour me mettre la corde au cou
je sais convertir des miles en kilomètres
je sais faire de la soupe
je sais me servir de la colle à bois qui n'est pas bonne à sniffer
je sais relier un livre avec du fil
je sais recoudre tous les boutons du monde
je sais nettoyer une salle de bain à la brosse à dents
je sais tirer des joints même s'ils sont moches
je sais rôtir un poulet
je sais pêcher de la truite mais pas tant jouer avec l'appât
je sais faire fructifier des sous
je sais ouvrir des douzaines d'huîtres dans une soirée

mais

je ne sais pas encore

faire pousser des herbes et des légumes
plier du métal
guérir des blessures
consoler un humain
recoudre une plaie
conduire une moto pour m'esquiver
tuer un animal pour me nourrir même si
je pense devenir végétarienne pour m'en sauver
boxer pour me battre
plonger au fond des mers pour je ne sais quelle raison
me mettre du rouge à lèvres
réparer un ordinateur ou une télévision

j'ai besoin d'avoir ce kit de survie
j'ai donc besoin de savoir fabriquer
avec mes mains mon cerveau et toute ma coordination
j'ai longtemps été une technicienne mentale
puis une spécialiste
et une experte de la chose pensée
mais j'étais avant tout une créatrice
dessinant partout depuis ma tendre enfance
j'ai besoin de me savoir autarcique
de pouvoir reproduire les recettes
directement chez moi dans l'assiette
de pouvoir dessiner et coudre le vêtement
de ne plus être une consommatrice passive
mais de devenir comme ma'
qui rapièce tout son linge et celui de pa'
depuis toujours et des années
j'aimerais réparer ce qui se casse
ne pas jeter ne pas gaspiller

devenir une grande faiseuse
parce que ça me donnerait plus confiance
parce que j'aimerais mieux faire partie de la chaîne
plutôt que d'être à sa traîne.

(okay, quand tu viendras chez moi,
il n'y aura pas de set de tables en macramé,
ni de chandelier tricoté,
c'est pas là que je m'en vais, t'inquiète!)

samedi 27 mai 2017

go get it!!!



daliyah marie arana, 4 ans,
a lu 1000 livres

les envieux et moi on a quelque chose en commun
on s'haguit mutuellement des fois
ces fois-là ils me causent des émotions viscérales
comme rager contre la convoitise oisive

on a lu quelque part
dans les comportements de ceux qui évoluent
qu'ils n'envient jamais leur entourage
mais qu'ils les supportent et les félicitent
ceux qui mènent la parade tirent et inspirent les autres
puis chacun leur tour
ils se dépassent mutuellement
comme un peloton de cyclistes

personne n'est source de jalousie ou de mépris

we don't make decisions based on money
we make decisions based on what's good for us
c'est steve wozniak qui l'a dit vendredi matin
alors qu'il parlait longuement d'innovation
et du fait que ce n'était jamais le côté économique
qui orientait le changement en matière de créativité
mais bien un meilleur résultat attendu

l'argent est toujours un mauvais guide
l'argent n'est qu'un moyen

de mes quatre cent vingt-cinq amis facebook
personne n'a le droit de m'envier
ni de me mépriser
aucune d'entre elles ne fait partie
de populations marginalisées
handicapées physiquement ou mentalement
et n'ayant pas accès à l'éducation publique au québec

je prends des décisions
et me booke des activités et un chemin de vie
non en fonction de combien ça coûte
mais en fonction de ce que je veux faire
et c'est ainsi que j'ai toujours vécu
un peu au-dessus de mes moyens
je me suis toujours tenue avec des gens meilleurs que moi
simplement guidée par ce que ma vie veut être
voir et aller un peu plus loin
évoluer

payer de ma poche une conférence de trois jours
n'est rien d'enviable
je le fais parce que j'ai envie d'être là
parce que ça m'apporte quelque chose
dans mon coeur et mon esprit
c'est autant d'argent que j'ai généré en travaillant
et que j'ai mis de côté comme en l'an deux mil
quand j'ai emmené mes ti-loups à walt disney
c'était des dollars durs à ramasser
mais qui en valaient tellement la peine
aujourd'hui mes intérêts sont ailleurs
je me prive des plaisirs parentaux
et je stimule mon coeur et mon esprit autrement
l'argent n'en est pas moins dur à ramasser

il ne faut pas non plus envier
des participants invités à ces événements
il faut faire la juste part et se rappeler
que s'ils sont invités et pas nous
c'est qu'ils la font la job pour se trouver là
ils y vont aux cinq-à-sept qu'on abhorre
ils les font les contacts
consacrent leurs énergies à réseauter
font une job importante
choisissent des fournisseurs avec qui transiger
et des fois on leur dit merci
on les invite à une conférence
même si on a l'impression
qu'ils y sont moins à leur place
qu'on y serait
ça c'est présomptueux
ils sont à leur place justement

lorsque j'ai connu c2mtl pour la première fois
je travaillais pour une petite banque
qui avait décidé d'être le partenaire
de leurs premières éditions
et des fois on avait des billets pour assister
à une ou une autre séance de la conférence
en autant qu'on y invitait deux ou trois clients importants
je n'ai jamais réussi à me qualifier
pour y assister à ce titre-là
et les présidents de nos entreprises clientes
ne connaissaient pas la conférence
et n'avaient aucun temps à consacrer
à aller y voir de plus près
ni même envie d'aller y entendre
sir richard branson

alors en deux mil seize
n'étant plus à l'emploi de cette banque
je me suis dit que si je voulais y aller un jour
je devais m'arranger moi-même pour y aller
combien ça coûte
c'est quand
trouver le tarif le moins cher
mettre des sous de côté
prendre une semaine de vacances à mes frais
bang je le fais
je n'ai jamais regretté cette liberté
de prendre les moyens pour vivre à ma guise

il ne faut jamais envier
you want there
you go there

quand j'accompagne des clients
et qu'on discute de plan d'affaires
je leur dis toujours d'enlever la contrainte de l'argent
s'il n'y en avait pas
que ferais-tu
quelle serait ta vision idéale
quel serait ton rêve
astheure
comment fait-on pour y arriver

on va trouver les moyens
si tu as envie d'y aller

si tu as envie d'y aller
si tu as envie d'y aller

aujourd'hui je ne gagne pas de sous
mais je réalise un rêve
j'étudie à temps plein
si je ne pensais qu'à l'argent
je retournerais faire du neuf à cinq
sur le marché du travail

mais comme je n'ai qu'une vie
j'essaye de faire ce qui est plus important pour moi
en ce moment
de suivre ce que mes viscères m'indiquent
avec tous les sacrifices que mon choix comporte

quand je regarde les autres autour de moi
je ne les envie pas
quand ils font des trucs trippants qui m'interpellent
je ne suis pas jalouse
je m'écrie plutôt
comme la petite daliyah marie arana

oh my gosh!!! i can do that!!!


pour la magie de daliyah, voyez-la s'écrier ici.

samedi 20 mai 2017

désir collectif


lucie, sa tuque vcmdlm, et son sourire,
malgré la situation alarmante
d'une inondation de sa maison à oka

en mars deux mil huit
il y avait une tempête de neige
et les voisins de la rue de normanville
s'aidaient les uns les autres
pour déblayer et déprendre leurs autos respectives
des fabuleux bancs de neige
j'avais écrit un billet à ce moment
qui parlait de solidarité

du cinq au quinze mai deux mil dix-sept
notre chumette lucie et son amoureux rené
ont tenté de se défendre de mère nature
qui a largué de l'eau en grande quantité
et fait monter le niveau du lac des deux-montagnes
au-dessus du solage de leur maison
comme de nombreux résidents riverains
ils se sont battus jours et nuits
pour ne pas abandonner leur maison
à une imminente et désastreuse inondation

lucie a rapidement appelé à l'aide
et de façon très pragmatique
donné toutes les instructions claires
pour que ceux qui pouvaient aller les aider
se sentent le plus utiles possible
elle n'émettait aucune plainte
ne demandait aucune charité
voici ce qui en est
si tu veux on a besoin de toi
elle a publié sur les réseaux sociaux
des informations pertinentes décrivant l'état des lieux
et à tout moment on pouvait savoir quand
et comment se joindre à leurs efforts

on sentait que la situation était dramatique et éreintante
mais que son espoir et sa force
luttaient contre l'abattement
et après dix longues journées
alors que le niveau d'eau baissait
ainsi que le danger d'inondation
une des premières choses que lucie a faite
fut de remercier tout le monde
et publier de nombreuses photos
de tous ceux qui les ont aidés
ont passé des nuits blanches
avec des prénoms et des visages
des fonctions et des provenances
bref elle a exprimé sa grande gratitude

lucie a même mentionné
qu'elle avait le sourire aux lèvres
en repensant à tous ces efforts déployés
et c'est ça qui m'a rappelé
ce grand sentiment du coup de foudre collectif
que l'on ressent
lorsqu'on fait ensemble des choses utiles et significatives

je lis justement actuellement
l'essai de catherine dorion
intitulé les luttes fécondes
où elle parle de ce désir si fort
existant au début d'une relation amoureuse
ainsi que lorsqu'on s'engage dans la lutte citoyenne
et qui s'éteint progressivement
alors que l'organisation s'installe et se sclérose

quand je pense à lucie
je pense aux amis avec qui j'ai des liens très spéciaux
ceux que je vois rarement
mais avec qui j'ai fait des choses spéciales
par exemple les coureurs
du vingt-quatre heures de tremblant
que je n'ai côtoyés que l'espace d'une nuit
avec qui j'ai souffert du même effort
ou ceux avec qui j'ai participé à la corvée
pour monter la rallonge de la maison chez jacques
dans cette belle campagne ensoleillée
il n'y avait rien
puis en fin de journée
les murs étaient montés
ces gens avec qui j'ai réalisé un projet commun
avec qui j'ai intensément vécu
mes souvenirs d'eux se limitent à ces moments-là
ils ne se diluent pas dans le quotidien
dans la déception ou les chichis
ils restent ancrés dans ces moments de lumière
toujours incandescents

je pense que réside là
l'attrait de l'action collective
ce besoin de faire ensemble
quelque chose d'inouï
je suis du genre
à vouloir faire collectivement
pour pouvoir partager l'effort et la réussite
faire dans l'ombre est bien entendu valable
mais beaucoup plus difficile
il ne tient qu'à la force intrinsèque
alors que le mouvement collectif soulève
déploie et décuple la motivation

pensons au printemps érable
ce fabuleux mouvement
qui a fait descendre des milliers en liesse
dans les rues du québec

il est impossible d'encapsuler cette énergie

et même si elles sont momentanées
ces étincelles de groupe
nous font vibrer
les organismes caritatifs l'ont bien compris
et exploitent chez nous ce désir de faire grand
et nous les faisons tous ces beaux défis
le scotia le grand défi pierre lavoie
les constructions d'école pour habitat pour l'humanité
et tutti quanti
ils réussissent à nous faire vivre cette expérience
à satisfaire notre besoin de réalisation
à allumer notre soif de passion
notre envie de nous donner à fond

bravo encore à la belle lucie
pour avoir alimenté la flamme
et été une guerrière noble
une capitaine rassembleuse
et pleine de gratitude

de loin tu m'as fait vivre de beaux moments
et transformé un drame en quasi conte de fées.

les remerciements et photos de lucie ici
avant la deuxième partie de la corvée
de ménage de poches de sable
le lien vers les luttes fécondes ici.

samedi 13 mai 2017

#lesgens


(revisiter zola)

j'haguis les gens qui
pis ceux qui
et encore ceux-là

je me souviens il y a quelques mois
sinon il y a un an ou deux
que crispi avait publié la photo d'une dame connue
qui disait n'avoir plus de patience ni de tolérance
pour certaines personnes
je pense qu'il s'agissait de meryl streep

il y a en effet des gens
qui me tapent sur les nerfs
enfin pas des personnes telles quelles
mais lorsqu'elles disent ça ou encore ça
ou lorsqu'elles se comportent de certaines manières

tu sais
avoir des mauvaises habitudes
être négative
chiâler
rire des autres
vouloir avoir raison
être dogmatique et fermée
ne pas prendre le temps d'analyser
ne pas se mettre à la place des autres
avoir des préjugés
faire une mauvaise blague
avoir la chienne
dire non
dire oui puis dire non
s'excuser sans le penser
se trouver des excuses
être paresseuse
être trop enthousiaste
être désorganisée
être dépassée
être fataliste
être pessimiste
envier les autres
être au-dessus de tout cela
mettre tout sur le compte de la ménopause
blâmer tout et rien
en vouloir à la température
en vouloir à l'hypothèque
vouloir tout contrôler
ne rien réaliser
se plaindre de la solitude
dire oui mais

ça ces trucs-là
ça me lève la peau
ça me fait fuir à toute vitesse

quand j'y pense avec recul
je sais bien que c'est parce que
je me vois toujours un peu là-dedans
ce sont toutes des faiblesses que j'ai
et qui risquent de m'envahir insidieusement
si je ne porte pas attention quotidiennement
si je ne suis pas vigilante
si je lâche la garde
de vouloir être gentille et ouverte
et on n'a pas toujours l'énergie de devenir meilleure
mais c'est pourtant ce qu'on doit faire
du moins en société

parce que sincèrement
quand je vois ces trucs chez les autres
j'ai peur de devenir ça

une vieille crisse aigrie.

samedi 6 mai 2017

transformation mentale



hier matin je suis retournée me coucher
après un réveil matinal
pour me relever quelques heures plus tard
dans une humeur totalement paresseuse
avant de sortir du lit
je furetais sur les réseaux sociaux
et me suis attardée à comprendre
le changement qu'avait entrepris
une de mes connaissances sur facebook

depuis décembre
elle semble travailler sur une transformation physique
qui allie un régime alimentaire spécial
à un entraînement physique intense
après cinq mois
sa silhouette a complètement changé
elle a possiblement perdu du poids
et musclé certaines parties de son corps
à la fin du mois elle portera des talons hauts
se fera bronzer la peau
et participera à un concours de fitness
je ne sais pas ce que cela implique
je ne connais rien là-dedans

ce qui m'interpelle
c'est cette transformation
ce total makeover
qui est possible en si peu de temps
perdre du poids
redevenir cut

vous avez l'impression
que je suis obsédée par mon poids ces temps-ci
et vous avez un peu raison

mais en fait le poids n'est que le déclencheur
je suis occupée à ravoir une silhouette saine

le cent quarante livres sur la balance
dans le vestaire des filles au centre sportif de l'uqam
dépassait de loin ma conception de moi-même
m'a fait prendre conscience de mon corps
et m'a dit
fille tu t'es laissée aller
bien sûr il y a l'âge et les hormones
mais non c'est trop facile
heu
je n'ai jamais jamais jamais pesé cent quarante livres
même pas cent trente à ma connaissance
voyons-donc
pis je le sais ben trop que je ne me sens pas bien
dans aucun pantalon ni aucune brassière
ce n'est pas vrai que je vais commencer
à avoir un ventre plus gros que mes seins
parce que je suis à la veille d'avoir cinquante ans
et à soixante j'aurai l'air de quoi
et à soixante-dix
et à cent quatre
non mais ça va faire

je ne fais que revoir un peu mon alimentation
comprendre ce que je peux changer
pour être en meilleure santé
pas être mince
pas mourir de faim
pas devenir une femme que je ne suis pas
pimbeche ou anorexique
juste en meilleure santé
plus légère du dedans
et plus délicate à la course
parce que mon poids
il faut que je le déplace
et c'est franchement lourd vingt livres de trop

outre mon alimentation
le défi est d'intensifier mes entraînements physiques
pas de faire de l'activité physique
ça je n'y manque pas
mais de la faire rigoureusement

lorsque je regardais les transformations
de nombreuses personnes hier matin
leurs témoignages parlaient de total engagement
et maintes fois je lisais
que les femmes ou hommes ayant pris cet engagement
trouvaient que le résultat attendu valait mille fois
le mal et la souffrance que l'entraînement leur occasionnait
cette gêne de sortir de leur zone de confort
de changer leurs habitudes de vie
et de forcer autant physiquement

je peux totalement compatir
c'est dur pour moi l'effort physique

ce matin si cela a lieu malgré la pluie
je vais aller à mon entraînement
malgré que ce soit dur et que je n'aime pas forcer
courir plus vite que mes capacités
faire des burpees et des exercices abdominaux
je déteste cela
mais je vais essayer de garder en tête
ce nouvel objectif qui me tient à coeur
et me rappeler que si j'y mets l'effort
je pourrai peut-être l'atteindre

le changement
c'est d'abord dans la tête que ça se passe
et quand l'objectif est réaliste
et que la tête travaille en harmonie avec le corps
je peux progresser.

samedi 29 avril 2017

le progrès



cette semaine
il y a eu cet excellent papier de geneviève
relatant la volonté de s'améliorer
elle y parlait du prodigieux michel
et de ses progrès à la course à pied

j'ai adoré
parce que c'est toujours impressionnant
de lire que les gens se dépassent
et aussi parce qu'avouons-le
michel n'est pas qu'un homme qui se dépasse
à la course à pied
c'est un être humain d'une énorme générosité
et d'une grande humilité

des fois quand on lit un papier comme ça
on pense à la culture de la performance
et on se dit
oui mais
de un
ce n'est pas donné à tous
de deux
on n'est pas obligé de performer dans la vie

de un
d'accord
il y a des handicapés physiques
des déficients mentaux
et des gens avec pleins de contraintes
de deux
on pense trop souvent à la performance
comme du dépassement dans des sphères
très précises
comme la carrière ou le sport
des choses qui se voient et dont on parle dans les journaux

or ce dont il est question dans le papier de geneviève
c'est simplement de la volonté de faire mieux
michel court de mieux en mieux
et de plus en plus rapidement
parce qu'il aime courir
et décide d'y investir le temps et le coeur
d'autres aiment faire des mots croisés
jouer au badminton
faire des gâteaux ou enseigner
tous veulent s'améliorer
sans qu'on ait à y dénoncer
la culture de la performance

j'ai commencé à faire des sudoku
il y a quelques semaines
parce que la prof de mon cours de compta financière avancée
avait mentionné un lien avec ce genre de problèmes
j'avais déjà essayé avant et n'avais jamais réussi
ne sachant pas la logique et la perspective à aborder
depuis quelques temps j'en ai réussi quelques-uns
et chaque fois je me dis
qu'avant je ne savais pas faire ça
et maintenant je sais

j'apprends l'italien aussi
avant je ne savais pas parler italien
maintenant je sais

et comme toute personne normale
j'ai aussi des déficiences
pleins si vous me demandez
mais on les voit moins
mais ce que je fais j'aimerais faire mieux la prochaine fois
parce que j'en suis capable

pas parce que je veux être wonderwoman
pas parce que je suis meilleure que les autres
je ne veux pas être performante
d'ailleurs il faudra aborder ce thème
qui est trop souvent péjoratif
mais ce sera pour une autre fois

je veux juste être meilleure
meilleure à cinquante ans qu'à vingt
meilleure à ma mort qu'à ma naissance
pour le progrès.

sinon quoi?

lisez le papier de geneviève.

samedi 22 avril 2017

chouchous



ils sont seize
à m'avoir fait confiance
à avoir demandé mon aide
à m'avoir confié leurs plus précieuses informations
à m'avoir écrit parlé lue écoutée
dont j'ai écrit le nom
calculé les revenus les dépenses les crédits
découvert les occupations les habitudes financières
pour qui j'ai créé des dossiers
que je tiens au chaud dans mon classeur verrouillé
et que je chéris comme la prunelle de mes yeux

ce sont mes nouveaux chouchous
ce sont mes clients

seize individus de tous âges
de toutes professions
et de toutes conditions
qui me font découvrir seize univers

il y a presqu'un an
yann m'avait dit que j'aurais du succès comme pigiste
car je savais faire tant de choses
je n'en espérais pas tant
mais je retiens souvent sa phrase
depuis la dernière année
elle me donne confiance lorsqu'il m'arrive de douter

je vous écrirai un jour un autre billet
sur l'indépendance financière
que beaucoup pensent que j'ai
et qui me permettrait de vivre mes passions
d'avoir fait le saut entre un emploi rémunéré
et les études à financer
ainsi qu'un travail autonome
je vous parlerai alors de l'indépendance
que j'ai acquise face aux choses financières
plutôt que de la possibilité d'arrêter
de générer des revenus
ce qui est totalement l'opposé de ma situation

mais elle est importante
cette indépendance
elle modèle mon esprit

car en fait des clients je n'en cherchais pas si tôt
alors que j'étais et suis encore dédiée
à la raison pour laquelle
j'ai laissé mon travail à temps plein
c'est-à-dire les études sept jours sur sept
je suis concentrée à me rapprocher de jour en jour
d'un titre professionnel que je trime dur à obtenir
d'ici deux ou trois ans
comme je l'ai dit à des amis jeudi
cette fois-ci j'aimerais bien ne pas mourir
avant de l'avoir obtenu

donc
cette indépendance
qui ne criait pas
je veux des clients
j'ai besoin d'un job
je veux des sous
elle me permet de rester cool

alors ils sont venus
un à un
parce que je n'étais pas pressée
parce que je savais ce que je faisais
et que j'avais le loisir de le faire ou de le refuser
je savais que si j'accueillais de nouveaux mandats
en février mars et avril
cela bousculerait ma session universitaire
qui se termine avec des examens
en même temps que la saison fiscale

alors j'ai mis mes limites
j'ai dit
voici ce que je sais et peux faire
et voici ce que je ne peux pas faire
avant le premier mai
et ils ont tous embarqué

et je les aime
j'ai été chanceuse
ils sont tous extras
je n'ai pas attiré de morons de malfrats de malhonnêtes
de névrosés de psychopathes de dramatiques

rien que des gens formidables

j'ai donc commencé à avoir des clients

j'ai appris en février mars et avril
qu'on ne peut développer une entreprise
que lorsqu'on croise le besoin d'un client
on ne peut pas créer une entreprise
on ne peut pas avoir cette vision mythique
si elle ne croise aucun besoin
tout reste théorique
tant qu'on n'a pas un service concret à offrir

c'est en lançant cette idée de faire les impôts
dans le bon timing
que les clients ont choisi de me faire confiance
ont décidé de changer de comptable
tu y penses
ils ont changé de comptable pour moi
en ne me connaissant pas
c'est fort une réputation
il y en a même qui ont décidé de me payer
pour faire quelque chose qu'ils faisaient eux-mêmes
et sans le vouloir
j'ai commencé de nouvelles et formidables relations
et j'ai même rentabilisé ma license de logiciel d'impôt
je me suis instruite encore davantage
alors que je n'en demandais pas tant

et oui cher ami yann
je vais avoir du succès
parce que je vais continuer à bien faire
ce que je sais faire
et surtout écouter mon coeur et mes capacités
à trimer à mon rythme
à vouloir être là
investir
bien servir
travailler avec des gens intéressants
qui triment aussi dur que moi
des clients responsables
qui payent et qui comprennent

vois-tu
je suis en lune de miel
je ne pensais pas que cela m'arriverait encore

i fully heart.


MERCI À TOUS POUR VOS COUPS DE POUCE LES BABES!!! XXX

samedi 15 avril 2017

last call



s'il y a une chose qui me rend
bête et méchante
c'est les losers

je sais
j'ai promis un certain jeudi
que j'essaierais de moins dénigrer
parce qu'au fond je ne peux pas juger des gens
qui suis-je
que sais-je d'eux

mais bon
quand il y en a vraiment trop au pied carré
je peux juste hurler ark
gang de losers

je sais
tu veux me tirer des roches
je suis une femme hautaine
tu ne me pensais pas comme ça
mais non
je suis une femme heureuse
je me tiens loin de l'échec
de la honte
de la mièvrerie

j'évolue parmi des gens positifs et équilibrés
qui font des choses
qui regardent et entendent autour d'eux
qui se lèvent le matin
qui ont des projets
des gens d'action
qui profitent de la vie

pas des gens qui se retrouvent
dans des bars miteux
tous les samedis depuis quarante ans
et qui écoutent de la bonne musique
seulement si on l'entend une fois par an
mais pas tous les samedis
alors que le deejay a le même âge qu'eux
pour leur rappeler le bon vieux temps
tu sais en mil neuf cent quatre-vingt-cinq

non la vie continue
et il faut continuer avec

pas écouter marjo milène farmer
pis niagara en boucles
pour oublier
qu'ils sont encore là
à consommer
à fuir la vie et chercher les chimères
qu'ils ont d'ailleurs déjà abandonnées
édentés d'avoir mal vécu
et sans dessein autre que de tenir une baguette de pool
et s'ils avaient pu
ils auraient la cigarette entre l'index et le majeur
dont la cendre tombe sur le tapis de billard
parce qu'ils la tiennent en même temps que la baguette
ceux-là même qui n'ont aucune conversation
ceux qui te font baisser la tête
lorsqu'ils te passent devant parce qu'ils sont tellement pleutres
parce qu'ils n'ont pas changé d'un iota
depuis deux mil huit
ceux qui portent des souliers laids et usés
et dont les visages n'ont aucun relief
les losers
tu sens mon dédain
et tu me hais d'être vile

on a récemment reparlé
d'une des plus ancienne performance
de marina abramovic datant des années soixante-dix
où elle se tenait debout pendant des heures
pendant que les spectateurs pouvaient disposer de son corps
comme ils l'entendaient
ayant à leur disposition différents objets

après un certain temps
les gens sont devenus cruels et humiliants
la blessant physiquement autant que psychologiquement
par la suite elle a marché parmi eux
et peu d'entre eux pouvaient la regarder dans les yeux
ayant honte de ce qu'ils avaient fait

je ne veux pas voir les losers
savoir que si j'étais parmi eux
je m'abaisserais à leur niveau
ça me rend méchante cruelle et inhumaine
je ne veux pas penser que si je me tenais là
je deviendrais comme eux
ils voudraient me séduire
et je n'aurais plus la force de fuir

hier nous parlions des gens malheureux
ceux qui commettent des délits honteux
parce qu'ils ont besoin d'amour
parce qu'ils veulent de l'attention
l'homme-chat en sage vénérable
disait que nous étions tous un peu comme ça
que nous l'exprimions chacun à notre façon
ce grand besoin d'amour
alors je te le dis
mieux vaut le crier haut et fort
créer des choses belles et douces
te trancher les veines sur une scène
faire de la poésie du punk militer
que de marcher la tête entre les jambes
tellement insignifiant
que tu te lèches les couilles

ne sois jamais
au grand jamais
un crisse de loser
un estique de nul
sois unique heureux malheureux
en quête de
mais sois fier
lève-toi

ressucite bonyienne
c'est pâques simonac!


samedi 8 avril 2017

écrire l'autre



le salon du livre de québec bat son plein
avant ça il y a eu des lancements
des auteurs et auteures parmi mes amis
beaucoup d'auteurs
pleins de coureurs
comme si l'un allait avec l'autre

le salon du livre du québec
ouvre également la saison de course
celle où tous à part les vikings de l'hiver
sortiront dans leurs tits kits serrés

depuis murakami
l'auteur est coureur
d'ailleurs les auteurs ne sont pas que des coureurs
ils sont des coureurs de fond
des endurants
ça prend la même discipline
est-ce complémentaire ou renforçant
je n'en sais rien

je ne possède pas la discipline
du coureur de fond
fournir un effort continu
pendant de longues heures
m'a toujours été difficile
je ne possède pas non plus
l'art d'être auteur

je parle d'écriture ce matin
car lorsque je lis tant de fabuleux romans
je me demande encore
si un jour j'en serai capable

j'ai beaucoup envie d'écrire
et je me dis tout le temps que ce sera facile
le jour où je m'y mettrai
puis quand je commence à penser à un début de
je suis à la même place
que lorsque j'ai débuté mon bac' en compta
avec tout à apprendre
à ne rien savoir

ça m'a flashé ce matin
je ne sais pas faire la fiction
je n'écris pas sur les autres
peut-être devrais-je commencer à le faire
cela me permettrait d'utiliser
le je moins souvent
et de voir évoluer des personnages

je ne sais écrire que mon journal intime
je ne sais que io i je uo

peut-être devrais-je m'astreindre à mieux courir
en réfléchissant à écrire

encore
encore travailler
j'avais cette idée romancée de l'écriture
celle du talent inné
celle de liz gilbert disant
que l'histoire passe par l'auteur
mais trouvera sa voie pour s'exprimer
et qu'il faille juste être assez sensible
pour trouver le fil

j'aimerais me faire hypnotiser
trouver le début de la bobine
le mot
elle
lui
un jour
ici
là-bas

bref tu comprends
je vais aller faire quelques devoirs
me calmer le pompon
et courir pour la fondation pour l'alphabétisation

chacun sa place dans l'univers.


samedi 1 avril 2017

entrevue



le week-end dernier je lui ai demandé
s'il pensait qu'untel était amoureux d'unetelle
ou s'ils ne faisaient que former un couple
une cellule fonctionnelle

il a trouvé ça étrange comme question
il n'avait jamais pensé à l'absence d'amour
il m'a dit qu'il pensait qu'il l'aimait
j'ai voulu me rassurer en lui demandant s'il m'aimait
il m'a répondu oui

mardi j'ai eu peur qu'il me quitte
je crois que cela ne me soit arrivé
que deux fois en seize ans
c'est trop peu

c'est angoissant quand ça arrive

j'ai eu ce guts feeling au nord de mes entrailles
toute la journée enfermée dans une tour du centre-ville
je le sentais
je ne voulais pas lui écrire
il était occupé
c'était sa fête
il avait tant besoin de liberté

hormis son anniversaire
il n'y avait rien de spécial
pas d'escarmouche
pas de malentendu
rien qui puisse mettre
un iota de nuage dans notre vie idéale

juste cette impression
qu'il voulait partir

en sortant du boulot pour aller
à notre date où il ne savait pas s'il serait présent
à cause de l'heure inconnue de son rendez-vous
avec un enième contracteur pour nos sheds
je me suis transportée cinq minutes
dans son âme et son coeur
de jeune garçon
et me suis vu fuir cette vie
cette vie calme et rangée
où tout va si vite
où l'on doit exécuter des gestes
pour ne pas lâcher
où l'on a des projets
et où l'on se repose
cette vie qui exténue
mais où l'on donne tant
parce que c'est le temps de donner
cette vie où l'on s'imagine déjà dans le futur
à south beach ou à la campagne
avec des acres de bois
du feu partout des chiens et des chats
cette vie faite de travaux
de gâteaux de vaisselle de bouffe
de vidanges à sortir
de locataires à gérer
de devoirs à faire
de voyage à booker

cette vie

s'enfuir

quitter

notre cellule fonctionnelle

j'ai eu un haut le coeur dans le métro
qui m'a humecté les yeux
en enflammant mes joues au passage
j'avais une mini peine d'amour
j'avais la chienne
j'avais une peine d'ego

s'il partait
ce serait ma faillite
mais je savais aussi que non
s'il partait
ce serait parce qu'il veut autre chose
une autre vie

et je me suis demandé
comment je pouvais l'aimer autrement
que de la façon dont je l'aime depuis seize ans
il y a pourtant tant d'amour
d'affection de respect de sollicitude entre nous
il y a de la tendresse et du bien-être
il y a du confort du rire
de la grande amitié
il y a de la passion à nos heures
c'est mon meilleur ami
c'est mon complice

comment donc l'aimer autrement

il n'est pas parti
il est venu au rendez-vous
la vie a repris son cours

comment ferais-je donc
pour que parmi toutes
il me choisisse encore
il me faut passer cette entrevue
et la passer encore
chaque jour comprendre entendre
séduire aimer émerveiller

avoir peur de perdre.

samedi 25 mars 2017

fugacité



ma vie est un embranchement
un réveil ignorant
fruit du seul hasard
fonçant vers la mort
en ne sachant pas plus
où mène l'autre route

ma vie n'est pas bataille
elle est une suite de gestes
des rituels insensés
qui escamotent la beauté

ma vie est aveugle
elle a si peu de temps
pour attraper l'essence
les effluves organiques
l'héritage
la civilisation
la science
la technologie
la littérature
l'art
l'architecture
et la mathématique

ma vie ne sait pas où aller
elle sait seulement avancer
avec des indications abstraites
une voix qui lui parle
d'abysalles entrailles

ma vie ne sait rien des autres
elle est un peu superflue
elle ne se lie ni aux fleurs
ni aux parfums de celles-ci
quand par hasard elle s'arrête
pour contempler ses semblables
ma vie sourit mais sans savoir

elle n'a pas d'existence
elle est diaphane
elle va disparaître
sans grand souci ni dégât

ma vie passe
elle est sans conséquence
rien ne sert donc de l'alourdir
avec de graves importances.


samedi 18 mars 2017

la ferme



je me demande ce qu'être fermé le samedi
a en commun avec la ferme
d'ailleurs il n'y a pas de lion à la ferme
il faudrait que je fouille dans antidote
ou wikipedia y a-t-il encore un larousse
je veux dire en ligne tu sais
qui m'expliquerait l'étymologie
du verbe fermer

il n'était pas question de fermer ce matin
sous prétexte de me lever tard
ou de manquer de choses à dire

j'ai une certaine fierté à tenir ce blogue
et à y pointer régulièrement
comme à la ferme où tout est orchestré
comme un ballet russe
malgré les aléas de la nature
mais réglé quand même au quart de tour
à la technique pomodoro

donc pas question de fermer ce matin
loin d'être une obligation une cassure
le fait de coucher dans l'univers une centaine de mots
pendant une heure le matin
est plutôt une hygiène de vie
une façon de tisser des liens
là où on n'en verrait pas normalement
le fait de tracer un sentier
dans le champ allant de l'étable à l'écurie
juste du fait d'avoir mis le pied
dans une mare bouetteuse

il faut y être
just show up qu'ils disent
ensuite on verra

il y a toujours au hasard de l'action
un embranchement
comme les très beaux de pierre-léon
ceux qui nous sont encore inconnus
une chatte qui accouche dans l'étable
des oeufs chaudement pondus
ou de la sève qui coule

la ferme
non
on ne la ferme pas
pourquoi donc
plutôt que d'être béant à la vie
à la nouveauté et aux pensées modernes
qui ne sont pas nécessairement enrichissantes
mais toujours symptomatiques
de l'air du temps
lécher son index et le lever
sentir le zeitgeist
puis le tremper dans la crème

j'ai essayé d'être ouverte hier soir
et d'apprendre les nouveaux mots
que les convives prononçaient
lorsqu'ils m'expliquaient l'existence
de groupes auxquels appartenaient
des gens qui prenaient des positions plutôt radicales
mais je ne me souviens même pas des termes utilisés
j'étais un peu fascinée mais plutôt fatiguée
j'ai décidé que je m'y fermais
et qu'il n'y avait là pour moi aucun intérêt
rien qui vaille de mon temps chronométré
ni même errant
rien qui puisse me faire évoluer
pour les cinquante années qu'il me reste à pointer
du coup je me suis sentie vieille
comme quelqu'un qui s'était fermé
et qui à défaut de savoir ce qui se passait
s'était retranché dans ses convictions
et qui serait rapidement dépassé

je me suis dit que ces phénomènes
étaient marginaux et si spécifiques
qu'ils ne valaient pas la peine
qu'on ne peut pas tout savoir
mais voilà le hasard ne les a pas mis sur ma route pour rien
il faudra que j'en comprenne un peu plus
des gens vont naître et vont mourir
et pas juste naturellement
il y a beaucoup de haine ces temps-ci
on disait que les réseaux sociaux la nourrit bien

la vie suit son cours
mais prend des fois des chemins un peu sombres
dans l'univers des humains
elle leur fait dire des choses cruelles
penser des aberrations qui divisent plutôt qu'unissent
il faut savoir que ça existe
comprendre même superficiellement
ne pas rester fermé à ces réalités
mais pas que

il faut aussi continuer à vivre
en restant connecté
avec le plus profond de soi
ce qui est biologique
et spirituel
pas ésotérique
mais spirituel dans l'essence de nos vies

au moins les moutons les brebis les cochons
et autres trucs qui groinent
les plumés qui piaillent
ils ne racontent pas la haine
ce n'est pas à eux que l'on crierait
la ferme!