samedi 9 décembre 2017

nos enfants


les quatre cents coups
françois truffaut, 1959

j'ai vu des enfants cette semaine

lundi soir j'ai vu camille adulte
accompagnant martine adulte
à une activité caritative
et elles étaient en symbiose

mardi soir j'ai vu catherine adulte
dans la salle de projection
des films que sa mère avait réalisés
et auxquels elle avait participé aussi
et elles étaient fières

mercredi sur mon écran d'ordi
j'ai vu thomas et loïc
et une vingtaine de petits
qui ne voulaient plus de la vie
et j'ai abondamment pleuré
autant qu'un père orphelin

jeudi j'ai vu des kids
de vingt-cinq ans présenter leurs projets
devant la classe
habillés en robes et costards
devant leur powerpoint
et donnant leur vie pour une note
et donnant leur sang
pour une carrière

vendredi j'ai vu jeannine et léon
et également nancy et geneviève
leurs mamans dont j'ai déjà eu l'âge
et en regardant ces merveilleuses créatures
j'étais encore une fois soufflée
et émerveillée qu'elles naissaient
à partir de rien
en sachant respirer et crier
puis regarder et apprendre à parler

et heureuse de savoir
qu'elles avaient toute la vie à elles
et comment nous les chérissions
beaucoup plus que nous puissions
aimer une bête de famille ou un arbre

et qu'on avait raison et besoin
de refonder chaque jour l'espoir en l'humanité
dès qu'un enfant vient au monde.

samedi 2 décembre 2017

biophilie



biophilie
terme adopté par le biologiste
edward wilson dans les années quatre-vingts
pour qualifier l'affinité innée que l'humain
a pour le vivant et les systèmes naturels

cette thèse est très utilisée en architecture
où on promeut l'exposition à la lumière naturelle
et la vue sur des éléments de la nature
elle l'est également en urbanisme
où on valorise la coexistence du béton
avec la végétation
pensons parcs et rives
arbres et oiseaux

bien que les escapades hors de la ville
me font toujours le plus grand bien
et que j'adore courir dans les parcs et forêts
je suis une grande citadine
et je n'ai pas le pouce vert
faisant en sorte que je ne sache
ni entretenir un potager ni une platebande

le vivant vers lequel je vais pour trouver mon bonheur
celui qui dure au-delà des plaisirs momentanés
est jusqu'à présent l'autre humain
et des fois les chats les chiens et les bébés

le bonheur tire sa source chez moi
du fait de prendre soin du vivant
de faire de la nourriture pour moi
mais encore plus pour les autres
donner un sens à ma vie passe par le fait de partager
avec les autres vivants
de caresser un chat de le nourrir
de nettoyer ses affaires
de penser à l'homme-chat
de fabriquer de construire et de créer
pour les autres et avec eux
d'échanger de donner des morceaux de vie
de donner du sang
de partager la vie
c'est ça ma biophilie

pour revenir à wilson et au botaniste mondor
qui me l'a fait découvrir jeudi soir
dans une table-ronde portant
sur la conception du bonheur en ville
je n'ai donc pas le pouce vert
mais il ne m'empêche pas de verdir
la terrasse l'été avec quelques plantes en pots
pour dissimuler la vue sur le clapboard
l'asphalte et la clôture frost

à la fin de l'été
on rentre les plantes afin qu'elles ne gèlent pas
mais souvent elles ne passeront pas l'hiver
dans le rez-de-chaussée mal éclairé du palace
et malgré les soins judicieux de l'homme-chat

puisque mondor parle des bienfaits
de s'occuper et de s'entourer des plantes
j'ai décidé de les faire vivre
en les nommant rita et olivia
ce sont deux areca dont je ne remarquais
qu'hier matin les différences
rita a deux pousses
et olivia est plutôt discrète
pointant vers les haut et non vers l'extérieur
nous allons les monter à l'étage
être colocs avec nos invités voyageurs
qui pourront leur parler et les arroser chaque vendredi
un calendrier sera accroché sur le frigo
et vendredi sera le
weekly rita & olivia care day

je suis tellement fière de mon interprétation
de la biophilie
je suis heureuse d'avoir enfin fait connaissance
avec rita et olivia
et de les confier désormais
à la lumière du deuxième étage
et aux bons soins de gens qui veulent
se sentir chez eux en voyageant
par leur verdure
rita et olivia leur feront baisser le rythme cardiaque
et embelliront leur environnement

la biophilie
c'est la vie
prenez soin d'un homme d'un enfant
d'un chien d'un chat
d'un plant de tomates
d'une personne âgée
d'un voisin
d'une troupe d'écureuils
d'un flocon de neige

soignez le vivant
le bonheur y est.

Rita et Olivia, Areca, Dypsis Lutescens nées à l'été 2017
futures colocataires du 2e étage du Palace.


samedi 25 novembre 2017

la parabole des portes



poussin était une fille à grande crête
elle n'avait peur de rien
et défonçait de son bec de nombreuses portes
criant dès l'aube comme son père le coq
que rien n'était à son épreuve
fut-elle une future poule
ou encore mieux
un futur coq
fier
le torse bombé
et la crête bien en vue
majestueuse
triomphant du haut
d'une girouette
au sommet des plus hauts clochers de montréal

poussin pouvait faire n'importe quoi
changeant d'idées n'importe quand
sur n'importe quoi
et même si elle était jaune
comme un poussin asiatique
elle ne souffrait d'aucun stigmate
et adorait sa vie

elle apprit à nager
à courir
et essaya même de voler

mardi soir
poussin ne pouvait plus rentrer
dans son palais
la porte lui était barrée
et sa clé n'arrivait pas à déclencher
le mécanisme qui jusqu'à ce moment
ne lui avait jamais apparu magique

poussin se trouvait donc d'un côté de la porte
et son palais de l'autre
son palais où
même si elle n'y passait pas la majeure partie
de son temps
lui apparaissait du coup si précieux
et même brooklyn le gros matou
qui allait bientôt mourir d'inanition
si poussin ne s'en occupait pas bientôt
même le matou commençait à l'inquiéter

poussin se demandait
comment une simple porte
de la matière solide
puisse la séparer de son univers
et l'empêcher de fonctionner
l'empêcher de foncer dans la vie
de voler jusqu'au sommet des clochers
comme elle pensait toujours le faire

tout d'un coup
une porte était vraiment fermée
et son assurance se dérobait sous ses pattes
poussin se dégonflait tranquillement
entre huit et dix heures du soir mardi
même mercredi matin
alors qu'un spécialiste des portes
courut à son secours
elle ne comprenait pas comment
une simple porte
à plus forte raison bien transparente
puisse résister si longtemps
et qu'un univers aussi beau que son palais
soit à ce point une forteresse
elle n'osait pas dire prison
mais elle le pensait un peu quand même

le spécialiste des portes n'était pas plus vieux
que poussin
un débutant de toute évidence
qui a failli tout arracher
sans réussir à ouvrir la porte
poussin se demandait
comment les voleurs faisaient

puis est arrivé le senior des portes
le coq incontesté de la profession
poussin avait confiance en lui
elle reconnaissait un maître
un expert de son envergure
il a caressé et parlé doucement à la porte
et avant que junior arrive avec une menaçante crow bar
senior avait ouvert la porte
sans outil ni technique spéciale
juste parce qu'il savait comment
juste parce que c'était son champ d'expertise

pour senior
les barrures sont son univers
il peut toutes les ouvrir
mais peut-être ne sait-il pas chanter comme un coq
ou compter les chiffres de son ledger

poussin a compris cette semaine
qu'il existe des portes qu'on ne sait pas franchir
que certains ont peur des peurs
même celles transparentes
et que même en osant
on risque de s'y frapper le nez le bec le front la crête
bref
qu'on ne sait pas tout faire
mais ça n'empêche pas d'essayer
que des fois
il vaut mieux aller doucement
que foncer à toute allure

poussin a appris aussi
qu'il est important de se faire de nombreux amis
et qu'ensemble
on peut vraiment tout faire
et que seul
peu importe la fierté et la compétence
on n'est qu'une partie d'un tout!

à lire sur la peur de...
la fin des exils de jean-martin aussant

samedi 18 novembre 2017

hymne à l'amour



vous trouvez que j'ai fait de l'homme-chat
un personnage public
vous le voyez partout
et vous le reconnaissez
la première fois que vous le voyez en personne

il y a quarante-douze photos de lui par semaine
se promenant entre instagram et facebook
mais non je n'en fais pas une vedette du web
il n'aimerait pas du tout cela
que sa vie soit étalée au grand jour

ce que je célèbre chaque jour pourtant
est mon amour pour lui
c'est l'amour
le personnage principal
ce liant ce regard ce petit je-ne-sais-quoi
qui fait qu'il est beau partout où je vais

quand je vous parle de l'homme-chat
c'est mon amour matérialisé
et fort heureusement pour moi
il est bien partagé

l'amour m'a accompagnée cette semaine
alors que l'homme-chat était physiquement absent
il a veillé sur moi
et a empêché la tristesse et l'ennui
de venir me visiter

je ne pense pas que j'aie un amour pour lui
et lui un amour pour moi
j'ai l'impression que c'est le même
ce même espace ce même air que nous partageons
il est épais et harmonieux
il est douillet
nous l'avons bien construit
et bien entretenu
il est devenu grand et beau
et il est surtout très fort

je lui parle tous les jours à mon amour
il crée des noms
il fait dire
ma chérie mon chat mon amour
il fait attendre au coin du feu
il fait travailler le fourneau
il fait prendre l'avion

je l'aime mon amour
et je suis évidemment heureuse
que l'homme-chat en soit le sujet
et qu'il ait accepté le colis
car encore faut-il pouvoir le recevoir
l'amour
il ne vient pas toujours souriant
il vient avec de grands besoins
et plus on en prend soin
meilleur il devient.

fredonnez avec la môme ici

samedi 11 novembre 2017

les pissenlits par la racine


brouteuses en calvados

dans le billet que je lisais au lunch mercredi
énumérant cinquante trucs
pour vivre sa vie à sa façon
il y avait un truc qui parlait de croire
en quelque chose de plus grand que soi

sur le coup j'ai pensé à la spiritualité
et je me suis demandé si c'était quelque chose
qui allait occuper de plus en plus de place
dans mon esprit ou ma façon de voir les choses
au fur-et-à mesure que je me rapproche de la mort

assise à la table du restaurant de pho
sur la rue sainte catherine est
entre deux cours de comptabilité mercredi midi
j'ai tout de suite pensé à djieu
et me suis répondue instantanément que je n'y croyais pas
ça n'avait pas changé depuis des années
même si j'aime les églises et que j'aime regarder le ciel

croire en quelque chose de plus grand que moi
c'est pourtant ce qui me réconcilie avec la vie
et avec la mort

faire partie d'un tout
autant temporel que matériel
biologique et énergique
je crois en gaïa l'univers et les choses vivantes
je crois au cosmos et aux poussières
j'aime penser que je ne suis rien de plus
qu'un amas de molécules bien pensantes
et que ma durée de vie est limitée

je pense au replicant roy du premier bladerunner
maintenant qu'il y en a un premier et un deuxième
qui leur permette de se situer dans le fil du temps
je pense à roy qui pleure
car il vivra moins longtemps
que son contemporain humain
je pense à roy qui essaye de se définir
et vivre au-delà de ce pourquoi il a été programmé
je pense à roy qui pleure en bleu
sous une avalanche d'eau et de vangelis
et qui nous a tous fait pleurer avec lui
alors qu'il n'était qu'une caricature
de la plus humaine des craintes
avec laquelle nous n'avons pas encore fait la paix
celle de mourir

j'aime alors penser plus grand que moi
j'aime penser au pissenlit
aux vers de terre
aux patates
et à la soupe maison

le plus grand dans chaque détail de la vie
me permet de tout relativiser
et ne pas dramatiser ce qui après coup est toujours futile
toujours
repensez-y
au plus grave dans vos vies
repensez-y après
futile
je vous le dis

j'aime penser à la lumière après l'ombre
lorsque marcel est mort
que la panique fut passée
et que j'ai vu sa lumière éclairer mon ciel
quelques jours après son décès
quand michelle voit son père depuis jeudi
trôner sur le ciel de son lac
j'aime ça et malgré tout ça j'ai peur de perdre le mien

j'irai le vingt-sept novembre
là où on me dira d'aller
pour écouter un autre conférencier
qui m'alignera davantage la pensée
relativement à la mort
car bien que nous soyons novembre
ce sera le thème du prochain creative morning
je pense que ma crainte de la mort
n'a pas rapport à ma rationalisation
de ma place dans le continuum de la vie
et de l'univers
ma crainte de la mort des autres
est une affaire égoïste
la peur du manque
ce qui n'a rien à voir avec la mort
qui est une étape naturelle de la vie

le pissenlit
pas par la racine
mais jaune
sur le gazon de banlieue à brossard
ce pissenlit-là
la beauté de la vie

croire en plus grand que moi
comme faire ma part pour la communauté
comme n'être pas centrée sur moi
même à des périodes où j'ai peur
parce que je vis des changements
même dans notre société arriviste
où on vante la réalisation de soi
quand je pense à plus grand que moi
je me sens humble
comme la soupe maison
je me sens comme les autres
le voisin les fils le chat les caissiers
le banquier la nageuse
comme les autres
pas moins et certainement pas plus

je mets de côté mon arrogance
et ma mégalomanie
et me reconnecte à mon coeur

oui je pense que c'est bien ça
que ça me fait
de croire en plus grand que moi
je ne me sens pas soumise à une autorité
quelque créateur plus fort que tout
qui m'oblige à donner des sous
je me sens faire partie de l'univers

ça me ground

dans la terre
pas à la messe ni chez le gourou
ni dans la grande communion
je me sens connectée
au plancher des vaches.

ps : je voulais mettre une photo de roy
celle où il pleure sous la pluie
ça aurait attiré des clics
j'ai préféré la vue aérienne
des brouteuses dans le calvados
on fait un peu partie
de la même famille.

samedi 4 novembre 2017

l'âgisme à tous âges


dena davida qui danse à six ans
et dont la vie évoluera autour de sa passion


tu sais comment j'aime les huîtres
je travaille toujours entre deux et trois minutes
avec mon couteau
avant de réussir à les ouvrir
et quand j'y arrive je prends encore
quelques instants à anticiper le goût
de cette merveilleuse créature
qui était si bien cachée dans sa coquille

la vie est pleine de merveilles
qui gagnent à être découvertes
la vie est pleine de gens merveilleux
qui ont décidé cependant
de se fermer comme des huîtres
à double tour par en-dedans
à tel point
qu'on est découragé de travailler dessus
et qu'on les jette avec l'eau du bain
pour passer à la suivante

je connais quelques personnes comme ça
âgistes malgré elles

madeleine qui a quarante-cinq ans
se demande pourquoi elle travaille encore autant
et pourtant elle devrait savoir
madeleine du haut de ses quarante-cinq ans
tout le travail que ça demande
de maintenir son train de vie
de cent mille piastres par année
c'est pas parce qu'elle a maintenant
quarante-cinq ans
qu'il faut travailler moins
pour maintenir ce beat de vie là
madeleine a perdu la raison
quelque part entre sa fougue de jeunesse
et sa position de cadre
elle a oublié pourquoi elle faisait ça
et a investi tout son temps à courir
après la queue qu'elle n'a pas
plutôt qu'à aimer faire des choses
à prendre ce qu'il y avait autour d'elle
à être curieuse de la vie
et du coup
elle se ramasse avec une hypothèque
qu'elle n'avait pas à vingt ans
alors qu'elle vivait ses meilleurs jours
en appartement

madeleine a oublié de vivre tu vois

simon qui a trente-deux ans
cherche à pogner
auprès de la fille idéale
et même s'il trouve que ses chums de poly
sont pas toujours ben matchés
il les envie quand même un peu
les soirs où il reste dans son salon devant l'internet
et se dit qu'il serait heureux juste là là
à être rien qu'en couple
peut-être avoir un flo ou deux
et même se payer un voyage annuel à cuba
mais simon aussi
du haut de ses trente-deux ans a déjà oublié
il a oublié ce qu'était le bonheur
de jouer avec nathalie sa blonde du primaire
il ne se souvient plus
qu'il était le plus drôle et le plus vif d'esprit
de sa classe en sixième
il s'est encabané depuis
dans des idéaux inatteignables
et il pense que les gens sont donc ben rendus difficiles

je trouve que les gens souffrent d'âgisme
pas envers les autres
envers soi-même
maudit

je trouve que les gens disent
oui mais les jeunes a'c't heure
faut tout faire pour eux
c'est plus comme avant
sophie dit ça très souvent
et elle remet tout sur le dos de la jeunesse
en oubliant la chance qu'elle a
de vivre et d'être en santé à soixante ans
elle a oublié aussi
comment elle est une king dans son métier
elle dit qu'on a arrêté de lui dire

madeleine simon sophie
voici ce que j'ai à vous dire

je n'attends pas que les gens me disent
que je suis une king ou une queen
je le hurle à pleins poumons
à qui mieux mieux
je me bombe le torse
et me dis que si je suis rendue dans la vie
à vingt trente quarante cinquante ans
avec le sourire
c'est parce que je sais faire plein de choses à merveille
et que j'en suis fière
je porte mes galons
y en a pas un dont je ne me vante pas
je veux qu'on le sache
je suis bonne
ma' n'a pas souffert quelques heures de sa vie
pour me donner vie
et que je me décrotte le nombril
en me suçant le pouce

non

des fois je me réveille
et je me sens les chakras pognés
particulièrement les jours de pluie
alors je prends mes mains ensemble
et je fais cinq minutes d'exercices de mobilité
et le fait de bouger mes jointures
de faire des oui et des non avec la tête
de me masser les tempes
et de bouger mes coudes
ça me remonte le ressort en un rien de temps

les postures de yoga
il faut les faire dans les deux sens
par en dedans
et par en dehors
à gauche
et à droite

les ceuzes qui souffrent d'âgisme
ont déjà lâché la serviette
ils sont restés pognés avec leurs asanas par en-dedans
ils tiennent le couvercle du pot de yogourt
tellement serré
que leur muscle de l'ouverture ne fonctionne plus
après ils se demandent
comment ça se fait qu'ils ne rencontrent pas
eux aussi
le gars du câble de joanne
pour vivre l'amour fou et le marier
cream puff madeleine simon sophie
joanne s'est étalée ouverte et vulnérable comme un buvard
le jour où elle a décidé d'être heureuse
et elle a tout pris de la vie
elle a absorbé le bonheur
par tous les pores de sa peau de sa tête et de son coeur
et oui
elle a marié le gars du câble

les gens qui souffrent d'âgisme me disent souvent
oui mais toi
t'es chanceuse parce que tu rides moins
(merci ma' de m'avoir faite chinoise)
t'es chanceuse parce que tu prends pas de poids
mais tu vas voir à la ménopause
(je ne sais pas si tu te souviens 
comment j'aimais les bonbons sûrs
ça fait six mois que j'en mange plus)
t'es chanceuse parce que t'as un chum
(c'est sûr il est arrivé de même un matin
sur le pas de la porte comme par magie
ce qui n'est pas faux
mais encore a-t-il fallu que je dise oui)
t'es chanceuse parce t'as de l'argent
(réponds-moi honnêtement
si tu aurais accepté de travailler pour un autre
tous les jours de ta vie pendant près de trente ans)
t'es chanceuse parce que tes enfants sont grands
(j'ai pas beaucoup fait la fête
entre vingt et vingt-cinq ans
j'ai fait deux beaux bébés qui maintenant sont grands)
t'es chanceuse parce t'es aimée

oui chu aimée
parce que je n'exige rien de moins
de la vie

parce que comme dena davida
lorsque j'aurai soixante-huit ans
je n'entamerai qu'un autre chapitre de ma vie
auquel je voudrai consacrer de nombreuses années
parce que comme ma'
à soixante-quinze ans
je voudrai encore perfectionner
mes shots de billard un coup à la fois
parce que comme alice cole
à quatre-vingt et quelques
je voudrai encore courir de plus en plus vite
et peut-être être la meilleure de ma catégorie

parce que je ne renonce à rien dont j'ai envie
et que j'en prends la responsabilité
toute la responsabilité
tout ce qui vient avec
les erreurs
les échecs
les sacrifices
les semaines de sept jours de travail
le peu de revenu pour avoir plus de temps
je façonne ma vie
en mangeant chaque jour
mes shit sandwiches
et en publiant mes lunchs
sur instagram
comme si c'étaient les plus belles merveilles du monde

life is there
take it or leave it

ne garde pas l'huître fermée de grâce
tu as la responsabilité de vivre
d'autres n'en ont pas toujours le loisir.

samedi 28 octobre 2017

l'exercice du pouvoir


arrival
denis villeneuve, 2016

j'aime le pouvoir
j'aime immensément le pouvoir

j'aime en avoir
j'aime en user
je n'aime que les gens qui en ont

en faisant mes longueurs de piscine jeudi
je me suis dit que je devrais consacrer
quelques années de ma retraite
à faire de la recherche et écrire un essai
sur la psyché du pouvoir
un sujet fascinant et un aspect
qui aura certainement défini ma vie

en attendant
je vous offre ma vision conceptuelle de la chose
du haut de mes cinquante ans
d'exercice du pouvoir

dans les dernières semaines
nous avons disserté sur le pouvoir
qui n'existe que lorsqu'il est exercé
le pouvoir est une notion relationnelle
il ne se vit qu'en regard des autres
il existe dans une balance
et n'est concerné que dans un déséquilibre
dans une relation où quelqu'un convoite
ce qu'un autre détient
ça existe dans l'espèce humaine
autant que dans le règne animal

lorsqu'on abuse du pouvoir
il s'exerce aux dépens des autres
l'abus est une utilisation immodérée
de quelque chose de foncièrement bon
mais dont l'usage exagéré
ou à mauvais escient
mène à la destruction de soi
ou la destruction d'autrui

il est facile de tomber dans l'abus
là où tout change de nom
où la recherche aveugle du plaisir
devient le vice
là où la béatitude devient l'enfer

revenons au pouvoir
celui que j'aime car il permet d'agir
car il facilite l'évolution
le pouvoir comme ce qu'en signifie le verbe

mais dans la vie le pouvoir est multiple
et chacun de nous en détient

je répète

chacun de tout détient le pouvoir

il y a

le pouvoir de financer
le pouvoir de diriger
le pouvoir de décider
le pouvoir d'exécuter

le pouvoir de séduire
le pouvoir de nourrir
le pouvoir de guérir
le pouvoir d'agir

le pouvoir de soigner
le pouvoir de crier
le pouvoir de choquer
le pouvoir d'influencer

le pouvoir d'aimer
le pouvoir de loger
le pouvoir de protéger
le pouvoir de consoler

le pouvoir de donner la vie
le pouvoir de donner à autrui
le pouvoir de sauver
le pouvoir de rejeter

le pouvoir d'écraser
le pouvoir de jeuner
le pouvoir d'agresser
le pouvoir de payer

le pouvoir de marcher
le pouvoir de s'exprimer
le pouvoir de jardiner
le pouvoir de créer

le pouvoir de légiférer
le pouvoir de penser
le pouvoir de torturer
le pouvoir de taxer

le pouvoir d'écrire
le pouvoir d'élire
le pouvoir de détruire
le pouvoir de réduire

le pouvoir de tester
le pouvoir de témoigner
le pouvoir d'incriminer
le pouvoir d'emprisonner

le pouvoir de libérer
le pouvoir de soulager
le pouvoir d'anesthésier
le pouvoir d'hypnotiser

le pouvoir de dénoncer
le pouvoir de mobiliser
le pouvoir de rassembler
le pouvoir d'attaquer

le pouvoir de comprendre
le pouvoir d'apprendre
le pouvoir d'entendre
le pouvoir de surprendre

le pouvoir de peindre
le pouvoir de geindre
le pouvoir de feindre
le pouvoir d'atteindre

et ils sont nombreux et infinis

le pouvoir n'est pas machiavélique
il n'est pas une fin en soi
il n'est qu'une commodité dont on se sert
pour en acquérir une autre
il est un instrument dans une structure
que l'on construit toute sa vie
et qui se terminera on l'espère
avec le pouvoir ultime
de mourir sans souffrir

le pouvoir vient avec la liberté
et la capacité de l'exercer
l'exercice du pouvoir vient avec le désir
et la motivation
ce n'est pas le pouvoir qui est malsain
ce sont les mobiles pour lesquels on l'utilise
c'est l'escient
la conscience du pourquoi

les pouvoirs sont nombreux
et ils guident nos vies

vous savez desquels vous rêvez
vous savez ceux que vous possédez
vous connaissez ceux que vous exercez
et ceux que vous choisissez
peut-être ne vous souvenez-vous pas
quand vous avez eu conscience d'en avoir
et comment vous avez fait pour les acquérir

mais vous aimez ça comme moi le pouvoir
car vous n'aimez certes pas son contraire

l'impuissance

alors à chaque instant
n'oublions jamais
d'exercer notre pouvoir.


dans arrival ou toute oeuvre de science-fiction
nous testons nos paradigmes
les pouvoirs se substituent
et d'autres sont mis en valeur.

samedi 21 octobre 2017

doux



la révolte
la rage
l'indignation
ce sont des émotions que je n'ai pas ressenties
depuis bien longtemps
même s'il m'est arrivé d'avoir crié fort
lorsque j'étais plus jeune
je n'ai pas été fâchée depuis un très long temps
je ne tolère pas le bruit fort
je ne me mets pas en colère
je ne fais pas de crise
et l'homme-chat ne supporte pas
que l'on hausse le ton

je suis donc devenue calme
non sans ondée
mais calme

je crois toutefois
que si l'on portait atteinte à mon intégrité
je pourrais arracher des yeux
même en portant les ongles courts

donc si je n'ai pas été remuée cette semaine
c'est en fait que je n'ai pas été blessée

car comme tous et toutes
ça me faisait mal de lire tout sur tout
et je réfléchissais
ai-je déjà été agressée
est-ce que je connais un ou des vieux porcs
et ma réponse était non
à part le fou qui m'a giflée dans la rue
lorsque j'avais dix-neuf ans
et que je marchais vers le métro lucien l'allier
puis que ma chumette d'université m'a dit
de me construire une bulle imaginaire
autour de moi pour me protéger

il faut croire que je suis depuis protégée
personne ne m'a jamais fait mal
je ne sais pas pourquoi

c'est peut-être parce que je suis chinetoque
et que l'on pense que je maîtrise un quelconque
art martial
ou que j'avais juste un air bête

à cet égard
jacquot relate souvent que
lorsqu'il m'a connue plus jeune
j'avais ce petit air de
ne m'approche pas
peut-être un peu snob
au-dessus de tout cela
alors que je sais très bien
que j'étais comme tout le monde
molle du dedans
à vouloir tout prendre de la vie
autant l'amour l'affection que les opportunités

mais clairement non
je ne me suis pas fait agresser
pas même d'un iota à me comparer
aux nombreux récits relatés depuis quelques jours

et puis j'ai fermé l'ordi' vendredi
parce que vraiment ça goûtait le vomi
toute cette hargne
cette haine
cette montée aveugle de quelque chose d'amer
cette perte d'objectivité
beaucoup trop émotive
et j'ai fermé tout
parce que ça m'a rappelé
dans le fin fond de ma petite humaine

à quel point c'est violent la douleur

et que je préfère la douceur.


samedi 14 octobre 2017

longtemps


château margaux

je l'avoue
avoir cinquante ans dans cinq jours
ça me fait de quoi
je ne le pensais pas
mais je me regarde dans le miroir
et j'ai peur de changer

que mes cheveux deviennent fins et clairsemés
que ma peau s'assèche comme un désert
que mes seins se vident
que mes entrailles s'endorment
que mes os cassent

parce que quand je regarde en arrière
je suis si heureuse de ma vie

au fil des trente dernières années
je me suis construit un univers de beauté
où tout est majesté et grandeur
pour évoluer dans l'harmonie

j'ai joué l'insolence l'arrogance
la vanité et l'orgueil
et j'ai foncé avec entrain et aveuglement
les murs sont tombés
les portes se sont ouvertes
j'ai construit mon royaume
mon jardin mon terreau
j'ai bien joué
j'ai tout remué

j'ai tout ce qu'il faut

et là je peux mûrir

je ne veux plus faire de grands sauts
ou révolutionner ma vie
je suis contente de ce qu'elle est

je ne veux plus remuer
comme une grande bourrasque
vulgaire et violente
je veux exhaler la délicatesse
d'un doux parfum

je n'ai plus envie d'être chavirée
mais d'être très émue et vivante

je n'ai plus l'urgence de bâtir
mais plutôt d'assembler les repas
de la vie avec mon âme et mon coeur

je veux cesser de gueuler
de chanter à tue-tête
et de m'indigner
je veux lire apprendre et sourire
et rire avec humeur et faste

je veux tout prendre
tout garder
regarder
observer
lire
écrire
vivre
et au lieu d'éclater
et de me brûler en dix ans
j'aimerais suivre la route
vivre le voyage
regarder le paysage
et non courir après la médaille

je veux m'équilibrer
et goûter bon longtemps.

samedi 7 octobre 2017

les cinq à sept de l'aube



jeudi matin à table il y avait

une jeune fille avec son fils d'un mois
qui venait célébrer son anniversaire
avec sa gang de charlots
elle avait pris le métro sur la ligne orange
là où il y a maintenant des ascenceurs aux stations
et marché de berri au café pamplemousse
avant huit heures du matin
c'était le baptême de métro
pour le ti' gars d'un mois

une jeune fille qui s'en allait au travail à la caisse
et qui essaye de gérer son temps
avec ses deux cours d'anglais à mcgill
où elle apprend à négocier et présenter en affaires
dans une langue seconde
car elle veut s'adresser aux gens d'affaires d'expérience
avec vocabulaire subtilité et fluidité
elle prépare également une présentation
qu'elle fera dans quelques semaines
devant des centaines d'avocats
cette jeune fille vient de recevoir l'invitation
à joindre un conseil d'administration
dans lequel elle recommandera au comité de placement
de s'impliquer en équité dans des entreprises d'ici
elle croit en son ambition et lui donne les outils
et le travail pour se réaliser
elle est comme la mairesse st-hilaire
frondeuse et fonceuse
elle travaille fort car elle ne veut rien de moins
que changer le monde

une jeune fille qui a nagé dans mon corridor
après quelques mois d'arrêt pour donner vie à sa fille
elle me dépassait déjà pendant mes longueurs
la poussette de sa fille de trois mois
était stationnée au bout du couloir
pour pouvoir la surveiller
à chaque cinquante mètres de nage
une fois elle est sortie de l'eau
et a fait faire un tour de roues à la petite
pour l'endormir un peu
avant de retourner dans l'eau
poursuivre son entraînement

une jeune fille qui vient de recevoir
après deux semaines seulement
son visa de séjour et de travail dans un autre pays
et qui envisage les prochaines années
à se fixer ailleurs
sans peur du changement
et avec la plus grande fluidité
elle était étonnée que la réponse soit si rapide
puis elle s'est dit qu'elle avait vraiment bien travaillé
et préparé une demande parfaite

une jeune fille qui partira dimanche
avec son chum et sa fille
faire une visite touristique
d'une ville vermontoise
alors qu'elle a passé tous ses week-ends cette année
à s'entraîner pour un défi sportif d'envergure
je pensais à elle en nageant
et à ses mille neuf cent mètres de nage en eau libre
réalisés en septembre dans la cohue
malgré sa peur de l'eau il n'y a pas si longtemps
elle est une modèle de détermination
de patience et de travail
elle vainc une peur et fait tomber les obstacles
un après l'autre
pour réaliser ses rêves

une jeune fille qui a marché pendant sept jours
dans la nature sauvage gaspésienne
et qui revient les yeux et le coeur bien emplis
avec dans le ventre l'ardeur des vikings
qui les premiers ont foulé le sol inhospitalier
des terres d'amérique
et qui nous ont permis de nous établir ici
elle nous rappellera bientôt
comment notre confort est pris pour acquis
cette jeune fille ayant revêtu robe et talons
pour un lancement parlementaire cette semaine
et qui le refera encore dans les prochaines semaines
a mis ses docs martens et sa tuque et enfourché son vélo de ville
pour nous rejoindre dans le bonheur d'une tasse de café au lait
pour sentir l'ambition et la joie
et reprendre tous les travaux écrits qui l'attendent

une jeune fille qui a les bras les doigts et le corps de fée
qui est notre soigneuse officielle
la guérisseuse du tout
une jeune fille qui donne son corps
à guérir ceux des autres
qui venait de terminer une semaine de bénévolat
aux grands ballets canadiens
et qui portait un coeur rouge en séquins
sur son très beau tee-shirt
et un sourire grandiose sur son visage heureux

une jeune fille qui s'implique dans tout à fond
autant ses engagements au musée qu'à la fondation
et qui assume le gros du travail au bureau
vient de terminer ses plus récents défis sportifs haut la main
et qui a à coeur d'être rigoureuse et professionnelle
elle vient de remettre à sa place
un collègue manquant de scrupule
qui au sein d'une équipe qui l'a formé
n'a pensé qu'à son intérêt personnel
et a décidé de quitter l'équipe dans un mauvais timing
cette jeune fille  qui lui a dit ce qu'elle en pensait
et ne l'a pas embrassé sur les joues
pour lui souhaiter bonne chance
il s'en souviendra longtemps
dans son propre cheminement
un jour il se retournera et il dira qu'elle avait raison

une jeune fille qui partait au centre des sciences
pour vérifier le montage de la prochaine exposition
à laquelle son entreprise a participé
parmi les nombreux mandats qui l'occupent
cette jeune fille qui récolte le fruit d'années d'efforts
de passion et d'engagement
à s'impliquer à gérer une équipe à être une leader
cette jeune fille a une vision
crée des produits
emploie des gens signe des contrats
fait confiance engage
est une femme d'affaires aguerrie
et une employeur de choix

entre ces filles
et des fois les gars
il s'échange inévitablement chaque jeudi
et des fois le lundi
un courriel une référence un rendez-vous un livre
de l'argent une offre une recommandation
des conseils

ces personnes formidables
ces charlots et charlottes
sont des agents de changement
des champions qui prennent en main leur vie
qui sont sensibles à leur environnement
qui font preuve d'empathie et de générosité
c'est un tremplin vers le bonheur
c'est un forum inspirant
où tous et toutes se tirent vers le haut

je pense que l'on s'aime tant
sans se coller à la peau
parce qu'on se respecte mutuellement
le fait de faire du sport ensemble
de progresser ensemble chacun à sa vitesse
nous réunit automatiquement
dans le partage des défis
dans la réussite
dans la progression
le fait de se savoir forts et vulnérables à la fois
le fait de se passer du shampoing
ou du savon dans les douches du vestiaire
le fait de porter des apparats hideux
comme un casque de bain et des goggles
nous rend vraiment aimables
la joie de se nourrir après l'entraînement
une fois gonflés d'endorphine
et satisfaits de nos efforts
prédispose à la communion

alors mesdames et messieurs
chers leaders exécutifs
au lieu des traditionnels cinq à sept de réseautage
où seuls le verre de vin et les bouchées
aident à délier l'ambiance en fin de journée
précédez donc vos activités de réseautage
par une bonne heure de piscine
à six heures du matin
vous tirerez le meilleur de chacun
et tous en sortiront gagnants

et ils voudront recommencer.


samedi 30 septembre 2017

pas chouchoune


jp bédard
embrace that f...ing suck

si c'était moi
je ne lirais jamais un billet d'humeur
s'il y a une chose qui me tape s'es nerfs
ce sont les gens qui s'apitoient sur leur propre sort
des victimes qui se plaignent la bouche pleine
des gens qui ont eu une faiblesse
et qui ont l'odieux de tremper dans le même bain
que les réels malchanceux de la vie
les pockés les défavorisés
il en pleut en ville
rajoute-s-en pas fille
t'es pas à plaindre
t'as pas le droit

comment il disait donc bégin à tlmep
égocentrique narcissique
pas cool ça

donc non
pas chouchoune pantoute

oui j'ai besoin que tu me prennes dans tes bras
pis que tu me fasses un câlin
oui j'ai besoin de brailler parce que ça sort tu' seul
mais goddamnfuck j'vais tout faire
pour sortir de cet état-là le plus rapidement possible

parce que la vie m'a appris
que je n'avance pas quand je braille
ou que je me roule en foetus sous les couvertes
oui ça prend une bonne sieste
quelques mots lancés dans l'univers
une conversation empathique
et qui replace avec mon meilleur ami
qui est également mon époux
puis on se reprend en mains

j'ai appris à truster mes émotions
si elles sortent elles sortent
si je change brusquement de registre
c'est parce que c'est bon
le déséquilibre
le vertige qui mène à autre chose
je me suis habituée
et je l'accueille avec bienveillance
mais pendant qu'il passe
j'ai quand même des frissons dans le dos
un stress dans le ventre
et des déceptions des fois

ma plus grande crainte
c'est la complaisance
c'est de tout crisser là
et devenir faible
tout abandonner
pour ne pas lutter
manquer de courage
oui c'est ça ma crainte
manquer de courage
de humpf

dans ce temps-là
je pense à ma' la battante
qui a obtenu un diplôme à soixante ans
qui a fait soigner pa'
qui prendra un taxi lundi soir
parce que mon char de bourgeoise
me fait un clin d'oeil de très mauvais goût
en ne rechargeant pas la batterie
et menaçant de mourir sans énergie à chaque cent mètres

dans ce temps-là
je pense à j-p bédard qui l'a certes pas eu facile
et qui nous dit
embrace the suck

dans ce temps-là
je pense au courage dont la majorité
des humains font preuve sur la terre
et je me trouve vraiment lâche de brailler pour des peccadilles
j'ai même pas mal
j'ai juste l'ego égratigné
et une chance que j'ai un ego
parce qu'il est big en estique
et il veut gagner
sans lui je n'aurais jamais avancé
je ne serais pas en voyage en italie pour mes cinquante ans
sans mon ego
je serais une paresseuse oisive cachée
mais voilà
il a été choyé mon ego dans la vie
et je n'ai jamais trop travaillé pour le contenter
maintenant comme dit l'homme-chat
je suis dans la marée rouge
the red ocean
je compétitionne pour un titre professionnel

c'est pas une job de chouchoune
c'est de la volonté et de la détermination
il faut que je le veuille ce titre
il faut que ça me demande un peu
on ne vainc pas sans péril

alors non
ce n'est pas un billet d'humeur
je suis pas du foie gras
je suis de l'adrénaline

pas chouchoune.

samedi 23 septembre 2017

ruelle beau dommage



elle s'appelle de même
depuis juin deux mil quinze
alors que l'artiste jérôme poirier a reproduit en murale
la pochette de l'album de beau dommage
contenant la toune tous les palmiers
où l'on nomme l'adresse célèbre
du soixante-sept soixante st-vallier montréal

c'est très beau cette ruelle
parce qu'au bout
il y a jean-françois et sa squadra
au café beaufort
djee-eff que j'ai croisé jeudi soir
en revenant du lancement de caroline et geneviève
en break dans la ruelle de l'autre bord
de st-zotique
légèrement fatigué
après un stretch de onze jours de travail
mais tellement heureux
de partir vendredi
pour son tournoi de hockey balle au massif
c'est une bête au hockey balle
tu veux jouer dans son équipe et pas contre

hier l'homme-chat se rappelait
qu'il faisait lui aussi des stretch
de onze ou treize jours de travail sans pause au resto
pendant les rush de haute saison
mais c'était quand il était jeune
il ne le ferait plus maintenant
il disait que la journée de pause était aussi horrible
que celles de travail
t'as aucun chum avec qui sortir
parce que t'as pas eu le temps de les appeler
depuis si longtemps
t'as pas de bouffe dans le frigo
t'as pas d'énergie
t'as rien à faire du coup
pis tu recommences le lendemain

bref
djee-eff
amuse-toi ce week-end

au bout de la ruelle
il y a aussi john
qui a racheté depuis des années
le commerce du nettoyeur monsieur rousseau
john travaille assis devant la vitrine
avec sa machine à coudre et ses aiguilles
quand tu passes devant sur st-zotique
il te fait un sourire large
te lance un grand salut de la main
et se lève toujours un peu du tabouret
pour être sûr que tu le voies
il t'appelle ma chérie quand il sait que tu l'entends
il a de vieilles photos de revues de céline dion
sur les murs
tu sais pas s'il l'aime à cause de son défunt mari syrien
ou s'il l'aime vraiment elle
c'était dans le temps où elle ne s'habillait pas si bien

à côté de chez john
avant de tourner dans la ruelle
celle sur laquelle est peinte la murale
il y a un coiffeur qui à toute heure
coupe des cheveux
d'un mafioso ou d'un autre
qui a stationné son char tout croche
toujours un peu devant la sortie de la ruelle
sur l'enseigne du coiffeur
c'est juste marqué coiffeur
sans nom ni numéro de téléphone
mais il y a une chaise
un gars assis
un gars debout
et des lunettes noires

de biais en arrière de chez nous
il y a la cour de nico et nadine
et de leur deux flos augustin et romain
ça c'est l'adon le plus drôle de la vie
parce que nico c'est le chum de l'homme-chat
depuis plus de vingt ans
ils ont fait l'ithq ensemble
on n'avait pas réalisé qu'en achetant là
on était si proche de chez eux
pourtant on connaissait le quartier
on avait déjà été chez eux
mais bref c'est vraiment chouette
on entend les réunions de famille
les méchouis
et les kids qui s'amusent
et des fois on voit pogo
le chien aveugle

il y a annie aussi
qui nous rejoint par derrière pour aller courir
quelques dimanches matins
où qu'on invite de façon impromptue
à prendre une bouchée
quand elle passe par là
en même temps qu'on mange dehors

en face de chez nous dans la ruelle
il y a johanne
avec ou sans h c'est délicat
on ne sait jamais tant qu'on ne l'a pas lu
elle aura bientôt soixante ans
vit au deuxième et ses parents âgés
mais juste sa mère maintenant
vivent au rez-de-chaussée
son père vient de mourir
elle fait changer dix portes et fenêtres à son duplex
elle a choisi une bonne entreprise
qui stationne son énorme camion
depuis deux jours sur un côté de la ruelle
avec une longue rampe qui en descend
elle a dû prendre congé pour qu'ils installent
c'est le bordel
ça fait vraiment beaucoup de poussière partout en dedans
elle a dû reloger sa mère chez sa soeur
parce qu'elle n'arrivait plus à se cacher dans aucune pièce
il y avait des hommes partout
sa chatte apeurée qu'elle appelle tipou
et dont on ne connaît ni le sexe ni l'âge
s'était réfugiée hier dans le talus de mauvaises herbes
dans notre cour
notre chat brooklyn lui avait cédé sa place
et je l'ai retrouvé couché sur un paillasson piquant
à l'ombre dans un autre coin de la terrasse
j'ai jasé un peu avec johanne de ses rénos
elle pense qu'elle déménagera peut-être en bas
lorsque sa mère mourra
puisqu'elle se sent âgée elle-même
et elle louera le haut
il faudra refaire la cuisine tu sais
dans la ruelle il faisait chaud dans ma blouse noire à manches longues
que je portais dans la maison plus fraîche
et en lui parlant j'ai remarqué
que johanne était amputée du pouce droit

il y a d'autres voisins de ruelle
qui ont formé un groupe sur facebook
dans lequel on jase de la sécurité des enfants
de la sécurité des domiciles
de la vague de vols l'autre saison
du verdissement
des activités ludiques pour les kids
des ventes de garage
et des scratchs sur les chars

mon voisin de gauche de ruelle
ou de droite sur la rue st-denis
a déménagé à la fin juillet
finalement
comme doit se dire son proprio
qui a acquis le cinqplex
il y a deux ou trois ans
il avait déjà exproprié les quatre locataires du dessus
rénové tous les logements de fond en comble
en dérangeant les voisins de droite de la ruelle
ou de gauche sur la rue st-denis
dès sept heures trente tous les jours
pendant deux étés
en foutant de la poussière
jusque dans nos assiettes lorsqu'on soupait dehors
bref
le voisin du rez-de-chaussée
était indécrottable
puis il a fini par céder
tant mieux
c'était un estique de grincheux antipathique
mais quand même
à la place de son camion et de son trailer
à la place de sa face de boeuf
et des airs de piano que son frère débile
produisait de temps à autre mélodieusement
dans le salon mitoyen au nôtre
il y a maintenant des coups de marteau
d'arracheur de plâtre et lattes de bois
il y a des containers en acier dans la cour
pour recevoir les vieilleries
les boiseries les murs les fils
et tout est strippé à neuf
dans la rue quand tu regardes par la fenêtre
tu vois jusque dans la cour
il n'y a plus de murs
il n'y a plus rien
il n'y a plus de vie

c'est un beau gâchis
de ne pas préserver l'harmonie
c'est un beau gâchis de détruire la vie
pour créer le néant
pour nettoyer et refaire au goût du jour
qui ne goûte rien
la ruelle porte bien son nom
quel beau dommage!


samedi 16 septembre 2017

aveugle



cette semaine en lisant le devoir
je me suis dit que j'en reperdais
que je n'étais plus à jour sur les nouvelles
qu'elles s'enchaînaient si rapidement
et toutes plus désastreuses les unes que les autres

ça me désespérait
j'avais envie de me désabonner de mon quotidien

enfant je n'écoutais pas le journal télévisé
en europe je me souviens que mes parents le faisaient
parce que ma' trouvait toujours jolie
telle ou telle speakerine
mais ça ne m'intéressait guère
je ne me souviens pas d'avoir été rivée à l'écran
devant telle ou telle nouvelle marquante
de l'histoire contemporaine
je me souviens de noms
jimmy carter
anouar el-sadate
valéry giscard d'estaing
la reine fabiola

puis adolescente je me souviens
que pa' lisait the gazette
dont je ne collectionnais que les comics à l'époque
il recevait également le newsweek
mais comme tout cela se passait en anglais
et que j'étais une artiste dans l'âme
je ne m'intéressais qu'aux arts visuels
et à la musique
et rien de l'actualité ne s'imprégnait dans mon cerveau

sauf la fois de reagan contre kadhafi dans les années quatre-vingt
j'ai pensé que ç'allait être la troisième guerre mondiale
je pleurais comme une madone

cette semaine l'homme-chat m'a montré en vidéo
des flamands roses s'enfuyant en gang floride
à cause de l'ouragan irma
je ne savais pas alors si je voulais rire ou pleurer

les nouvelles sont sordides
soit le monde se porte de mal en pis
soit c'est ce qu'on nous fait croire

ceci dit
des gens souffrent et meurent quotidiennement
sur la planète

je me rappelle souvent comment j'ai de la chance
d'être née en occident et de n'avoir jamais vécu la guerre

face aux nouvelles
je me sens mal à l'aise de publier mon quotidien
rempli des plaisirs de la vie affluente occidentale
même si elle résulte de certains efforts
je me sens indécente
comme si on pouvait dire
fuck man qu'elle est pas dedans
comme si j'étais complètement déconnectée de la réalité

quand je compare mon quotidien
de mon observatoire luxueux
à ce dont on m'informe qui se passe autour de moi
aux réalités exposées au world press photo
je me dis que je saute les deux pieds dans le piège
de la caste
celle isolée dans son confort
celle de la réalisation de soi
au sommet de la pyramide de maslow
celle qui un jour deviendra sectaire
comme tous les sectaires que l'on dénonce sur les réseaux sociaux
comme les fous qui élisent trump
simplement car ils ne s'abreuvent pas
des autres réalités que la leur

non je ne peux pas cesser de lire les nouvelles

j'ai peur de parler pour ne rien dire
de n'être pas pertinente
de sonner comme des chroniqueurs des fois
de qui l'on dit qu'ils sont restés pognés
mais d'où donc sortent-ils

j'ai peur d'être off
de manquer d'empathie
de compassion
de parler à travers mon casque
et de devenir une vieille autruche
aux lunettes roses
qui radote

une crisse de vieille folle
qui a pas rapport

parce que lundi en moto
je demandais à l'homme-chat pourquoi
nous recevions tant de roches
dans le visage en roulant
et il m'a répondu que ce n'était pas des roches mon amour
c'était des bébittes
faque en plus de polluer la planète
avec notre bébelle à moteur
qui nous donne une illusion de fuite et de liberté
on tue des êtres vivants à cent quarante à l'heure

man

des fois j'e ferais mieux de me taire
de cesser d'exposer ma vie si simple et heureuse
parce que ça se peut que ça déraille dans la grisaille
que ça heurte ceux qui souffrent
et que tout ça finisse par sonner un peu faux.

samedi 9 septembre 2017

le code et le sens



Etsin st-denis-katua
he ovat muuttaneet merkinantoa
tunneli ei ole enää olemassa
yksi tapa on muuttanut reunaa
pysäköintialueet ovat ristiriidassa toistensa kanssa
Kiinalainen minulle kaiken tämän
minusta tuntuu, että tämä katu on uusi

ce que je viens de vous dire c'est ceci

je cherche la rue st-denis
ils ont changé la signalisation
le tunnel n'existe plus
le sens unique a changé de bord
les panneaux de stationnement se contredisent
c'est du chinois pour moi tout ça
il me semble que cette rue est nouvelle

et puis je vous aurais dit ça aussi

ma fille m'a dit d'utiliser le gps
elle m'a fait un dessin mais elle a oublié une ligne
il y a quatre maisons au lieu de trois
je n'arriverai jamais à l'heure
je peux pas prendre le métro
même si l'intercom me dit à quelle station j'arrive
d'ailleurs dans l'autobus c'est mieux maintenant
même si je peux encore demander au chauffeur
et m'accrocher au premier siège en avant
celui réservé aux vieux et aux handicapés
la vie quand les choses changent
c'est toujours un peu difficile pour moi
faudrait que je m'y remette
des fois j'ai la chienne
tout change tellement de plus en plus vite
je ne m'y retrouve plus
c'est vraiment pas comme avant
quand la caissière au iga était la même
et qu'elle prenait le change dans ma main
et que je prenais pas encore des médicaments
que le pharmacien m'explique trop rapidement maintenant

mais vous n'auriez rien compris
si je vous l'avais écrit
si vous aviez été comme moi

analphabète.



(les sept premières lignes
sont une traduction finnoise
des sept premières lignes du texte français
par google translate)

dans les prochains jours la Fondation pour l'Alphabétisation
mettra en ligne les capsules vidéo des portraits 
de sept adultes ayant repris le chemin de la scolarité
ou de l'alphabétisation et ayant gagné les bourses 2017
Je ne lâche pas je gagne; sept gagnants parmi plus de 
200 candidatures reçues.

l'analphabétisme a des racines diverses; il stigmatise
mais il n'est pas impossible d'y rémédier.

donnez à la Fondation pour l'Alphabétisation

samedi 2 septembre 2017

amputation


alyssa et anissa dreiver

j'ai déjà
perdu patience quand mes fils étaient bébés
perdu des clés quand j'étais petite
perdu un portefeuille et des cartes d'identité
perdu mon chum dans la foule pendant un show
perdu des points à un examen de moto en circuit fermé
perdu un tournoi de pool
perdu une trompe de fallope à cause d'une grossesse ectopique
perdu une bicyclette à la faveur d'un voleur
perdu du sang en me coupant une veine de la cheville par accident
perdu ma' dans l'appartement quand nous étions petits
perdu la raison lors d'un souper en famille
perdu un cédé de roni size pendant un party
perdu des points de démérite parce que je roulais trop vite
perdu des pages de livres dans l'inondation de quatre-vingt-sept
perdu un ami qui n'avait que vingt ans
perdu un ami qui n'avait que quarante-sept ans
perdu ma dignité en vomissant à un party d'huîtres
perdu un chat pendant deux jours
perdu du temps à niaiser

je n'ai jamais
perdu mes parents pendant la guerre
perdu ma maison aux flammes
perdu un frère au combat
perdu un grand-parent que je connaissais bien
perdu un emploi
perdu un bébé
perdu un logement dans une catastrophe naturelle
perdu la vue ou l'ouïe
perdu l'usage d'un membre
perdu la mémoire
perdu l'envie de vivre
perdu un amoureux
perdu un chat pour toujours
perdu une soeur à la maladie
perdu la capacité de penser
perdu la force d'avancer
perdu l'appétit trop longtemps
perdu une voiture dans un stationnement

j'ai très peur de
perdre ma' avant pa'
perdre ma'
perdre un fils dans un accident de vélo
perdre mes fils
perdre pa' avant ma'
perdre un être que j'aime
perdre l'usage d'un membre ou de mes sens
perdre pa'
perdre ma respiration en me noyant

puis des fois j'ai aussi un peu peur de
perdre la face
et perdre du temps à trop penser sans agir

perdre de quoi
comme un manque irremplaçable.


samedi 26 août 2017

les marqueurs



c'était un jeudi de juin deux mil six
ils avaient dû me traîner dans la salle de conférence
où ils s'étaient réunis
pour me donner mon cadeau de départ
sûrement une énorme boîte
avec une énorme carte

ça faisait dix-huit ans que je travaillais là
c'était ma deuxième famille
une gang de chums qu'on ne quitte pas facilement
c'était en quelque sorte une prison professionnelle
mais j'ai quand même décidé de partir
un jour où j'allais lancer une autre paire de souliers
au travers de l'étage
parce qu'un problème administratif
m'exaspérait au plus haut point

au bureau je m'occupais volontairement
de nettoyer la cafetière espresso quotidiennement
c'était une belle saeco commerciale
on se faisait des allongés et des cappucino
on était bien servi
c'est sûrement elizabeth qui avait acheté ça
avec le set de porcelaine anglaise
dans le temps où la compagnie avait de l'argent

faque mon cadeau de départ
après cette longue première carrière
se terminant à l'aube de mes quarante ans
fut naturellement une magnifique cafetière espresso
ma saeco vienna deluxe
que j'aurais désormais à moi toute seule
dans le confort de mon foyer

je l'ai ramenée à la maison sur van horne
juste avant que réjeanne m'emmène à la colombe
où m'attendaient une quarantaine de personnes
pour un souper surprise

je la nettoie chaque dimanche
je la bichonne je l'aime
et hebdomadairement elle me rappelle donc
tout le temps passé depuis juin deux mil six

dimancher dernier en lavant la saeco je me suis énuméré
tout ce qui m'a occupé depuis la fin de ce long emploi
et comme il me plaît de faire des listes*
je vous offre fièrement celle-ci
comme si je vous présentais mon bulletin
avec mention honorable

depuis deux mil six donc il y a eu
un mba
un début de certificat en création littéraire
une admission au certificat en muséologie et diffusion de l'art
trois-quarts de bac' en comptabilité
cinq emplois à temps plein
le premier avec une drop de vingt-cinq mille de salaire
pour explorer de nouveaux domaines d'activité
ma' disait que j'étais payée pour apprendre
le deuxième avec une augmentation de dix mille
parce que j'étais efficace
le troisième comme travail à commissions
le quatrième avec une augmentation de vingt-cinq mille du deuxième
puis de nombreuses augmentations pendant les années suivantes
le cinquième avec une augmentation de trente mille de la fin du quatrième
mon début de carrière de travailleur autonome
avec un contrat en poche d'une institution financière
cette année en décembre
où je déclarerai moins de vingt mille dollars de revenus
me ramenant à mes onze mille de salaires de mes vingt ans**
un voyage en allemagne pour un mariage
un voyage à prague
un voyage en france pour les quarante ans de l'homme-chat
un voyage en italie pour mes cinquante à venir
biarritz pour le wheels and waves et pour nos noces
barcelone pour nos noces
londres pour notre premier anniversaire de mariage
new york et brooklyn de nombreuses fois
quarante mille kilomètres de moto
des prix et multiples plaques honorifiques à la job
une mention dans le rapport annuel d'une grande banque canadienne
des brochures spécialisées des articles de journaux des conférences
mon implication à la fondation pour l'alphabétisation
mes sept derniers partys d'huîtres
un mariage
trois déménagements
deux nouvelles maisons
six nouvelles cuisines
des salles de bain à rénover
des murs à détruire reconstruire jointer et peindre
quelques planchers à sabler
un ou deux meubles fabriqués
sept demi-marathons
un nombre non compté de cinq et dix kilomètres
quelques longueurs de piscine
un blogue qui a plus de dix ans et trois cent billets
deux fils adultes qui sont partis du nid
la méditation
un nouveau skateboard
un casque de vélo en pastèque
la cuisine les tartes les muffins
une cloche à gâteaux

c'est beaucoup plus qu'un faiseuse de cappu'
ma saeco vienna deluxe
c'est un marqueur du temps

j'en ai quelques-autres parmi les objets que j'utilise quotidiennement
mon iphone qui porte la date de départ
de mon dernier emploi à temps plein
comme mot de passe
c'est un autre marqueur de temps
celui qui me dit
que plus de dix ans après ce grand saut en deux mil six
je suis encore capable de partir
et de refaire une partie de ma vie autrement
pour accomplir plus encore
livrer d'autres bulletins
parce que la vie n'est rien d'autre
qu'une fabuleuse école où je veux tout voir et tout apprendre
où je veux donner
que je veux vivre.


* en apprenant l'italien
je me suis amourachée de la formule
me piace qui signifie il me plaît
que l'on utilise plutôt que de dire j'aime

** j'aime parler d'argent car ça me rassure
de voir que les changements viennent avec des fluctuations
ça descend quand on explore de nouveaux domaines
ça monte quand on est bon et qu'on s'y met
je n'ai jamais craint de ne plus en faire
car je sais que je peux en faire
donc je fais ce que je veux
en suivant mon instinct

samedi 19 août 2017

les petits riens



les petits riens
il y en a tellement
et contrairement à ces détails que l'on aime
ceux que j'haguis le plus
sont ceux auxquels on s'attache pour rien

hier soir l'homme-chat me parlait
de réaménagement de bureaux dans la tour
et du fait que les postes allaient être plus tassés
donc les coéquipiers allaient devoir renoncer
à leur cafetière et bouilloire individuelle
sur leurs bureaux

voyez-vous ce genre de détails
provoque l'ire des gens

ce qui m'énerve dans les petis riens
c'est l'incapacité de l'humain
de voir plus grand et plus noble

ce qui dérange les gens
ce n'est pas de ne pas conserver leur cafetière
c'est de devoir faire des concessions
de devoir céder encore un pas
en ne connaissant pas la contrepartie
en n'arrivant pas à se situer
dans the big picture

ce qui dérange les gens
et qui tue l'humanité
c'est de ne s'attarder qu'à son propre nombril
et aux détails de la vie
de tout découper en minutes en taches en morceaux
plutôt que d'être transporté
par quelque chose de plus grand que soi
ce qu'on appelle le bien commun
non comme un outil de propagande
corporatiste ou communiste
mais bien comme un objectif spirituel
comme une sagesse humaine

tant que l'on s'attache aux petits riens
qu'on possède la mauvaise perspective
on ne vaudra pas plus
que ces petits riens
on ne sera pas valorisé
on ne saura pas pourquoi

mais personne ne fait notre bonheur
il faut savoir penser
et prendre du recul
les gens malheureux
sont incapables de hiérarchiser
les petits les moyens et les grands riens
n'oubliez pas la métaphore des roches
qu'illustre le dessin en haut
il parle de lui-même

ne vous attardez pas aux petits riens
parce que le plus grand rien
c'est le vide
c'est de ne pas savoir ce que l'on fait de sa vie
c'est de ne pas avoir accompli quelque chose de grand
que l'on peut nommer facilement
sur son lit de mort
le plus grand rien
ce n'est pas de perdre une cafetière sur son bureau.

samedi 12 août 2017

doux labeur


david hockney, atelier de londres, 1963

dans la douche vendredi matin à rome
je me disais que j'étais contente
de rentrer à montréal
après trois merveilleuses semaines de vacances

je me disais que je ne pourrais pas vivre
en vacances plus longtemps
à me lever sans autre but que d'errer
et de payer pour me faire servir à manger
même dans les endroits les plus paradisiaques de la planète

je me disais que la vie devait être plate
si la retraite arrivait précipitemment
pour quelqu'un qui n'avait pas songé
à comment l'occuper

bref

je commençais à m'ennuyer du labeur
du travail
de l'activité de production
de mon calendrier outlook
plein de tâches et rendez-vous

j'aimerais mettre au clair ici
que ce qui a commencé à me manquer
ce n'est pas le fait de générer des revenus
mais plutôt de m'occuper à être utile
depuis presqu'un an je me rends compte
que c'est être utile qui me rend heureuse
et non gagner de l'argent

depuis septembre deux mil seize
je n'ai presque pas gagné de sous
grugeant ogrement sur mes économies
durement amassées pendant trente années
mais depuis septembre deux mil seize
je n'ai jamais arrêté d'être occupée
à m'impliquer dans mille projets
et réaliser des choses
qui m'ont tant empli le coeur

acquérir des connaissances
faire des connaissances
lire écrire calculer
aider des entrepreneurs
fabriquer des gâteaux
faire de la nourriture
transformer en rénovant
laver du linge
changer des draps
nettoyer la maison
me mettre en forme physiquement
m'impliquer socialement

les vacances
c'est pour se reposer de ça
juste assez pour vouloir y retourner
avec grâce et affirmation

bien que j'haguis souffrir dans l'effort
je chéris tendrement le labeur
et je serai peut-être un jour comme costa
qui à quatre-vingt-deux ans
flippe des burgers pendant les heures de rush
au roi du smoked meat s'a plaza st-hubert
où il a travaillé pendant un demi-siècle

ma vie c'est être
ma vie c'est faire.

samedi 5 août 2017

collection vivante



dire que je collectionne
est plus élégant que
dire que j'accumule

parmi mes collections les plus futiles
il y a celle des messages de biscuits chinois
trônant au milieu de notre salon
dans un vase en vitre sur la table à café
nous y déposons systématiquement
chacun des messages de biscuits chinois
qui nous a été destiné et emballé
dans une coquille de gluten wing
après que nous l'ayons lu à haute voix
ou échangé du chat à moi ou vice versa
avec la 'yieule pleine de biscuit
après un repas de restaurant chinois

c'est comme une superstition
ces messages de papier pêle-mêle
c'est une mauvaise habitude
dont on peut bien se moquer

quand j'étais plus jeune
j'accumulais les bouteilles de parfum
que je trouvais fort jolies
j'avais très peu de disques
car peu de moyens pour m'en acheter
et je les chérissais comme la prunelle de mes yeux
je suis sure que j'avais dressé un inventaire
parmi eux des albums double live
de sting bring on the night 
et de dire straits alchemy

je ne collectionnais pas les attaches de sacs de pain
simplement parce ce n'est pas moi qui achetais le pain
alors je ne devais pas y accorder plus d'importance
que celle de le manger
d'ailleurs c'était du brun en sac
celui qui s'applatit entre ton palais et ta langue
c'était si dégueulasse
et on en faisait chaque jour
des sandwichs au jambon avec de la miracle whip

un jour j'ai commencé à avoir des livres
d'abord des livres d'art
une monographie du museum of modern art à l'adolescence
que monsieur shang m'avait ramené de new york
une espèce de brique de deux pouces d'épaisseur
dont chaque page était colorée
de l'oeuvre d'un maître
c'était fabuleux
au cégep j'ai commencé à m'acheter mes propres monographies
au fur et à mesure que se déployaient
les maîtres rencontrés dans mes cours d'histoire de l'art

d'une pile jonchée sur le sol
ma collection de livres a occupé
une tablette dans l'étagère ikéa de ma chambre du sous-sol

je ne collectionnais pas les livres à lire
puisque mes lectures ont débuté
avec les livres de pa'
qui meublaient depuis une quinzaine d'années
une quelconque bibliothèque montée
n'importe où dans la maison
en l'occurrence dans une pièce fermée de la cave

elle contenait la comédie humaine de balzac
tous les classiques français en format de poche
et des henry james
quand j'étais petite je ne lisais pas l'anglais
et à ce jour je n'ai encore jamais lu henry james

pa' a de tout temps aimé la lecture
mais accordait peu d'importance
à l'objet du livre
comme il accorde peu d'importance aux objets
point

ma' ne collectionne rien
mais bichonne tout ce qu'elle possède
comme lorsque tu vas chez elle en californie
et que les rares meubles de sa maison
sont des simili antiquités en bois
qu'elle a choisies avec amour
dans un marché au puces idoine
au québec dans les années quatre-vingt
ma' porte toujours le même linge
et rapièce tous les morceaux

mes parents n'achètent ni n'accumulent rien
ils vivent léger et économique
et respirent le bonheur

il y a quelques mois
j'ai donné quatre ou cinq paires de jeans
qui ne me faisaient plus depuis des années
à ma chumette geneviève
qui a un gabarit plus mince
et qui s'est fait un plaisir
de leur donner une seconde vie

à mon anniversaire en octobre
ma chumette isabelle m'a donné
une robe pêche en crêpe de soie
qu'elle portait il y a de nombreuses années
j'en ai fait raccourcir les bretelles
et elle me sied à merveille

alors qu'elle tombait en congé de maternité
geneviève a demandé des suggestions de livre
et deux charlottes lui ont amené un matin
une bonne dizaine de bouquins
pas juste des recommandations
des vrais livres
pour qu'elle satisfasse facilement ses envies
elle m'en passera ensuite
car je n'en ai lu aucun titre

il y a quelques semaines
julie m'a remis un livre
en me demandant de le donner à quelqu'un
quand j'en aurais terminé la lecture
étrangement en le lisant
je savais que ce livre serait lu après moi
et cela lui insufflait quelque chose de sacré
de plus grand que les mots
je n'allais pas juste en parler
écrire ce qui m'y avait émue
mais j'allais réellement le passer intégralement
au suivant

ça m'a fait penser à ma triste bibliothèque
un sanctuaire chez nous
qui n'est que trop rarement visité
où les livres dorment
après que je les ai lus
puis placés en ordre alphabétique

j'adore les bibliothèques
c'est beau
mais ce n'est pas une place pour les livres
je dis comme julie
ils doivent se promener
les livres doivent être lus

chez nous les oeuvres d'art vivent
car elles sont accrochées au mur
on les regarde amoureusement chaque jour
mais les livres sont fermés
et peut-être pour toujours
pour n'être jamais retouchés
jusqu'au prochain déménagement
passant d'une tablette à une boite
à une tablette à une boîte

à part quelques amis qui en empruntent
une fois de temps en temps
mes livres ne servent pas
ils se meurent

en même temps quand je pense m'en départir
j'ai un pincement au coeur
j'aime vivre parmi les livres
autant les livres d'images
que les livres de mots

ça tient du culte ostentatoire
mais pas tant
puisque la bibliothèque est dans le fond de la maison
dans une pièce reculée et sombre
que personne ne fréquente
sauf brooklyn le chat pour la sieste

il faudra insuffler une vie à cette collection
il faut que les objets vivent
qu'ils soient utilisés
comme le presse-citron et la râpe à fromage
l'homme crée les objets pour qu'ils servent
pas pour qu'ils nous envahissent
ni qu'ils ramassent la pousssière

même si j'étais peut-être destinée
à créer des cabinets des curiosités
je n'ai pas succombé à cette tentation
et j'en suis fort aise
car lorsque j'y pense j'ai les frissons
il me pousse des fils d'araignée
j'aime mieux partager recevoir et donner
et voyager léger.

samedi 29 juillet 2017

audience publique




je le dis ici pour que vous le sachiez
une fois pour toutes
je ne fais pas plus de trucs
que personne d'autre
mais comme le dit mon tendre mari
je dis tout ce que je fais
et je l'agrémente même d'images
alors que les simples mortels
se contentent de vivre
et de faire des coucous aléatoires
donc on pense qu'ils ne font rien
et que j'en fais plein

ce n'est pas grave

à l'ère de la multitude médiatique
celui qui fait du bruit
ressort naturellement
celui qui n'en fait pas
meurt dans le silence

aux yeux des autres évidemment
pas hors de la plénitude ni de la grâce

mais comme je ne suis pas une sainte
et que j'ai toujours été humaine
j'ai de tout temps aimé avoir une audience
comme témoin de mon existence
ça m'a valu d'être grégaire
à l'époque des rapports humains
et de tenir open house mit oysters
pendant vingt-et-un ans
en revêtant mes plus beaux atours
pour rappeler au monde que j'existais

avec les zinternets
il est donc devenu facile
de laisser ma trace
et de vivre devant témoins
et c'est ainsi que je continue à être un livre ouvert
j'apporte joie beauté tristesse
envie régal bonheur
c'est pas badrant
je vends mon quotidien grétisse sur le web
une vie sans filtre
une vie vécue
par une vraie humaine
qui ne se cache de rien
ni de personne

d'ailleurs si vous lisez ceci
c'est donc que vous avez une identité virtuelle
et sachez donc qu'il est illusoire de penser
que vous conserviez une quelconque parcelle
de votre vie privée

ainsi donc j'aime mieux produire
mon contenu moi-même
que de me faire tagger à mon insu
dès lors que vous savez tout de moi
comment puis-je encore être piégée

rincez-vous l'oeil amusez-vous
régalez-vous de ma vie pleine et heureuse!

samedi 22 juillet 2017

alors on danse!!!


le superbe stromae

hey les babes
c'est le dixième anniversaire de fank-u

le vingt-et-un juillet deux mil sept
je déposais les premiers mots de ce blogue
je découvrais alors le web deux points zéro
après avoir compris ce qu'étaient des sites web
et des recherches d'information
sur google et altavista

le web deux points zéro
celui qui m'ouvrira les portes
d'une nouvelle vie
la plus grande révélation de mon existence
après pleins d'autres trucs et avoir deux enfants
je ne sais donc pas à quelle génération j'appartiens
à avoir connu la télécommande du câble à roulettes
le vidéo bêta dont on louait la machine au club vidéo
en même temps que les cassettes
le walkman le quarante-cinq tours
les débuts des cédés les cédéroms
les floppy disks
puis l'avènement du web deux points zéro

que je sois ixe igrèque ou zed
je suis heureuse d'être ici

je me souviens avoir lu omo erectus
qui ne sévit plus depuis longtemps sur son blogue
et d'avoir eu pour première amie virtuelle
la belle zoreilles
écrivaine publique de rouyn noranda
qui publie encore son blogue
et continue d'échanger via ses commentaires
et les commentaires de ses lecteurs
d'un blogue à l'autre
comme si facebook ne l'avait pas rattrapée

j'ai connu tant de monde grâce au blogue
il n'y a qu'à voir mon blogroll
dans lequel vous reconnaîtrez de nombreuses
de mes connaissances facebook actuelles
qui plus est
de nombreux de mes amis actuels

pensez-y un instant
sans le web deux points zéro
qui m'amena d'abord au blogue
puis à facebook quelques mois plus tard
ainsi que les autres réseaux sociaux
vous fabuleuses personnes
existiez en même temps que moi
sur la planète terre
et je ne vous connaissais pas

pensez-y un instant
sans lancer fank-u
il y a de grandes chances que nos chemins
ne se soient jamais croisés

je pense que ça vaut la peine de continuer
à exprimer mes élucubrations
au nombre de trois cent soixante-trois
elles sont à peine moins nombreuses
que les citrons consommés dans une année
mais elles font partie
de saines habitudes de vie
celles alliant la pensée
l'humour la réflexion et les interrogations

et toujours et encore
ce son enivrant de mes doigts
sur le clavier

alors on danse
c'est la fête les babes
tchin tchin cawlice!!!

(lisez ici ma timide première)

samedi 15 juillet 2017

bleue



quand je nage
je ne performe pas
j'en suis incapable

quand je nage
j'essaye d'abord de ne pas me noyer
puis le temps de mon réchauffement
j'essaye de trouver un rythme
de reprendre mon souffle

quand je nage
je regarde le fond de la piscine
et quand le plancher baisse
en fonçant vers les profondeurs
mon coeur et mon esprit s'apaisent
et je me sens protégée
comme dans un utérus

quand je nage
il n'y a personne
que du mouvement de l'eau
presqu'un peu de vague
mais pas de coude qui touche
pas de pieds qui frappent
pas de voix qui parle
juste la mienne

jeudi j'avais pour mandat
pendant mon heure de nage
de réfléchir au coût et bénéfice
de refaire à neuf les sheds de notre duplex
j'ai eu le temps je pense
de faire le tour de toutes les variables
pour proposer mes recommandations
au conjoint et partenaire de ma vie
quelques heures plus tard

quand je nage
je compte les aller-retours
les cinquante mètres les cent mètres
les deux cent mètres
comme un métronome
comme une litanie comme un mantra

quand je nage
je suis dans une bulle d'eau
qui est à peine plus fraîche
que la température de mon corps
je ne respire plus le chlore
ni n'avale l'eau
parce que j'ai appris à faire

quand je nage
je fais aussi quelques exercices
que notre coach nous donne pour nous améliorer
ils sont faciles au début
et plus je les répète
plus ils sont durs parce que je me fatigue
et j'attends toujours impatiemment
les quelques dix minutes précédant
la fin de l'heure
pour simplement revenir à la nage

quand je nage
j'aime glisser dans l'eau
comme un cétacé un dauphin peut-être
beaucoup plus qu'un poisson
une espèce de mammifère marin
qui aime avoir la tête sous l'eau
qui a des fois une petite turbine
qui voit à cause de ses goggles
qui voit des choses impossibles
comme dans un vidéo de musique
des années quatre-vingt
quelque chose de géométrique
avec une ligne bleue tracée dans le fond
au-dessus de laquelle je flotte
avec quelques bouées délimitant le corridor
auxquelles je m'accroche quand je nage de biais

quand je nage
je suis bien
je suis apaisée
à l'abri des aléas de l'univers
s'il y avait la guerre
je voudrais nager dans une piscine
pour toujours.