samedi 25 février 2017

chérir



quand tu viens chez nous
c'est beau
c'est pas laid
c'est pas anodin
c'est beau
c'est pas le tapis
c'est pas la lampe
c'est pas le foyer
tu ne sais pas ce que c'est
mais c'est beau

c'est beau parce que j'ai décidé
que c'était beau
que la laideur n'existait pas
que les détails se pouvaient
et que l'ensemble doit être aimé

un de mes anciens amoureux me disait
que lorsqu'on a le choix
on devait choisir la beauté
plutôt que la laideur

entièrement d'accord
c'était dans mes cordes

je ne supporte pas la laideur
à vrai dire je ne la vois pas
c'est pour ça que tu aimes ça chez nous
les accidents de réno
de peinture de cadrage
de niveau
ils sont beaux chez nous
parce qu'ils côtoient le reste
ils fréquentent les objets choisis et chéris
parce que tout est aimé

tu te sens bien quand tu viens chez nous
quand tu manges ma soupe
ou que tu portes mon hoodie
dans le sous-sol lorsqu'il fait déjà frais l'automne
parce que c'est naturel
c'est comme l'homme comme le chat
comme le couteau de cuisine
comme le poulet au four
comme le lion décrissé en avant
comme les feuilles mortes pas ramassées
comme le gazon jauni
comme les cheveux qui trainent par terre
dans la salle de bain
comme les taches sur le miroir pas toujours astiqué
ça baigne dans une aura de volupté

tu aimes ça chez nous
parce que je m'y sens bien
parce que nous y occupons l'espace
nous le meublons des pensées que nous aimons
des livres que nous avons lus
des toiles que nous avons regardées
des images qui nous sont offertes
des cadeaux qui nous sont donnés

tous les jours mon regard s'arrête et aime

rien n'est drabe ni laid
les lustres qui ne portent pas le bon doré
aux deux tons qui jurent dans la salle à manger
je les dépoussière les astique
et je finis par les aimer
comme des oeuvres abandonnées
qui ont le droit d'exister
chez nous

chaque détail reçoit ma contemplation
partout
depuis toujours

la lumière tricolore au coin de la rue
la pente du trottoir
les affiches et les graffitis aléatoires
les traces que mes pieds font dans la neige
les allées d'épicerie trop éclairées du marché chinois
le parquet presque luisant de notre corridor
les planches de chêne mal clouées au rez-de-chaussée
le cercle de peinture écaillée au plafond
les dessins et sérigraphies des fils
les cadres aux fils d'or
les dizaines de miroirs
ramassés sur les trottoirs de la ville

je trouve belles les poignées d'armoires
autant que les cuillers et les fourchettes
les tasses écorchées
et les vieilles bouilloires
je bichonne les objets
je les lave les astique les utilise
comme je contemple les fenêtres des appartements
de l'autre côté de la rue

j'aime quand la laideur se présente
le trash le rock l'incohérence
ils me font visite de temps à autre
et cherchent leur place dans l'univers
qu'ils finissent toujours par adopter
et où ils aiment se lover.

3 commentaires:

Annie P a dit...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Annie P a dit...

C'est pour quand déjà un livre avec cette prose magnifique?

modotcom a dit...

annie, tu me fais bien plaisir!