samedi 12 août 2017

doux labeur


david hockney, atelier de londres, 1963

dans la douche vendredi matin à rome
je me disais que j'étais contente
de rentrer à montréal
après trois merveilleuses semaines de vacances

je me disais que je ne pourrais pas vivre
en vacances plus longtemps
à me lever sans autre but que d'errer
et de payer pour me faire servir à manger
même dans les endroits les plus paradisiaques de la planète

je me disais que la vie devait être plate
si la retraite arrivait précipitemment
pour quelqu'un qui n'avait pas songé
à comment l'occuper

bref

je commençais à m'ennuyer du labeur
du travail
de l'activité de production
de mon calendrier outlook
plein de tâches et rendez-vous

j'aimerais mettre au clair ici
que ce qui a commencé à me manquer
ce n'est pas le fait de générer des revenus
mais plutôt de m'occuper à être utile
depuis presqu'un an je me rends compte
que c'est être utile qui me rend heureuse
et non gagner de l'argent

depuis septembre deux mil seize
je n'ai presque pas gagné de sous
grugeant ogrement sur mes économies
durement amassées pendant trente années
mais depuis septembre deux mil seize
je n'ai jamais arrêté d'être occupée
à m'impliquer dans mille projets
et réaliser des choses
qui m'ont tant empli le coeur

acquérir des connaissances
faire des connaissances
lire écrire calculer
aider des entrepreneurs
fabriquer des gâteaux
faire de la nourriture
transformer en rénovant
laver du linge
changer des draps
nettoyer la maison
me mettre en forme physiquement
m'impliquer socialement

les vacances
c'est pour se reposer de ça
juste assez pour vouloir y retourner
avec grâce et affirmation

bien que j'haguis souffrir dans l'effort
je chéris tendrement le labeur
et je serai peut-être un jour comme costa
qui à quatre-vingt-deux ans
flippe des burgers pendant les heures de rush
au roi du smoked meat s'a plaza st-hubert
où il a travaillé pendant un demi-siècle

ma vie c'est être
ma vie c'est faire.

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