samedi 28 janvier 2017

ce cerveau prétentieux



les abeilles ont-elles du plaisir
des orgasmes une piscine creusée
un château de la loire
trois semaines de vacances
sur le bord de la méditérannée

les abeilles ont-elles des droits
des devoirs et des obligations
ou sont-elles strictement programmées
par leur code génétique
dictant leurs faits et gestes
dans le seul but de se nourrir
nourrir leur reine et ses rejetons
pour perpétuer l'espèce
quitte à mourir en cent vingt jours

pourquoi sommes-nous si différents
parce que nous vivons soixante-dix ans
plutôt qu'un tiers d'année
parce que nous sommes capables de la pensée
et qu'il nous faille donc trouver un sens
au-delà du devoir et des obligations

mais quels sont-ils donc ces devoirs
une fois que l'on déconstruit tous les systèmes
celui de la santé
celui de l'éducation
la primaire la secondaire la supérieure
le sytème économique
la main invisible
les cultes
les conglomérats et actionnariats
les bateaux les châteaux les gâteaux

une fois que ces constructions humaines
n'existent plus
que reste-t-il

des êtres humains
parmi d'autres espèces animales
trouvant des moyens de survie
pour se reproduire et durer

enfin je veux dire
quand je mourai
ce sera essentiellement ça ma vie
naître me reproduire et mourir
ce sera quoi d'autre sinon

je pense à tout cela alors que
depuis mercredi
mon thorax se serre en pensant
à la nécessité d'une journée de la santé mentale
à l'angoisse au stress au cancer
à l'épuisement professionnel
au manque de sens à la dépression
au suicide
au fait qu'on ne se sente jamais à la hauteur
au fait que mcsween nous ramène encore dans la face
notre devoir individuel
parce que nous n'avons pas réussi
à nous construire une collectivité
un essaim et un objectif humble
respectueux de l'écosystème biologique
dans lequel nous sommes partie

alors nous sommes seuls à nous battre
contre eux
ceux-là
les autres
les qui déjà
les abeilles
les dinosaures
les lions

mais contre qui nous battons-nous
si ce n'est que contre nous-mêmes
si ce n'est le mal dont nous nous emballons
les murs que nous érigeons
pour nous protéger individuellement
plutôt qu'agir ensemble
pour être plus fort et plus grand
dans l'âme le coeur et le corps
pendant soixante-dix ans
et des fois cent quatre

faisons l'amour
bien comme il faut
reproduisons-nous et cultivons des jardins
pour perpétuer la belle race humaine
et de grâce
arrêtons de trop intellectualiser
ce fait si simple
que d'exister
car malgré que nous ayons
le cerveau le plus développé
du règne animal
nous n'avons pas encore compris
que nous créons notre propre destruction
plutôt que notre évolution.


samedi 21 janvier 2017

pour le plaisir



en fait c'est plutôt pour la forme
mais je voulais absolument intituler ce billet
pour le plaisir
pour vous envoyer de suite écouter ce hit du kitsch
de notre flamboyant herbert léonard
pendant que vous lisez mon xième retour du balancier
au sujet de la course à pied

ça m'a frappé en pleine face
à l'aube mercredi matin
alors que mon corps voulait sortir courir
après neuf jours d'immobilisme

il n'y a pas un coureur qui passe
de si longues périodes de temps sans sortir courir
mais voilà
je n'aime pas vraiment ça courir
en fait sur les cent à deux cents fois de ma vie
où je suis sortie courir
pour m'entraîner ou dans le cadre d'une course officielle
je compte sur les doigts de mes deux mains
le nombre de fois où j'ai vraiment aimé courir
je veux dire trouver la grâce pendant que je cours

je cours non pas parce que je sois obligée de le faire
je n'ai pas le temps de m'astreindre à quoi que ce soit
mais parce que j'aime tant de choses
qui entourent la course à pied
d'abord l'idée de rester en forme à peu de frais
la simplicité de pratiquer ce sport
où que l'on soit sur la planète
ensuite les bienfaits de l'exercice
sur la condition physique et mentale
et puis avouons-le les médailles
et les accomplissements
le fait de m'améliorer de temps à autre

mais mercredi donc
je me disais que mon high typique de fin de course
du demi-marathon de septembre deux mil seize
m'avait donné envie de courir plus vite
et de me fixer des objectifs plus compétitifs
c'est toujours ça qui arrive
quand j'accomplis quelque chose
je suis soit contente ou déçue
et la déception arrive lorsque ma performance
est moins bonne qu'avant
je me dis que je n'ai pas assez travaillé
l'orgueil prend le dessus et la raison me dit
que tout est possible
je suis galvanisée par les endorphines
et me dis que la prochaine fois
je travaillerai plus fort pour m'améliorer

mais depuis le temps que je cours
je sais très bien que je n'ai plus la discipline
pour m'améliorer en course
je n'aime pas assez les efforts que cela implique

je pense que l'effort minimal que cela prenait
pour faire de moi une coureuse
a été effectué
je suis devenue une coureuse
je sais que je peux courir
j'aime courir et je veux courir longtemps
mais je n'aime pas être obligée de courir
quand je n'en ai pas envie

conséquemment

je laisse tomber mes objectifs
d'améliorer mon temps de course
je préfère vivre avec une déception de temps à autre
de m'inscrire à une course moins bien préparée
et finir avec un mauvais temps
que de me sentir coupable
chaque matin où je ne sors pas courir
au moins une demi-heure pour suivre un plan

j'aime trop la course pour la gaspiller
pour l'abandonner

j'ai hâte de courir pour le plaisir.


samedi 14 janvier 2017

la vie devant soi



fréquenter l'université me donne des ailes
de l'énergie et de l'ambition
comme si j'avais vingt ans
mais j'en ai trente de plus
j'ai envie de faire des trucs
puis je calcule les étapes en blocs
de deux ans trois ans quatre ans
pour me dire que lorsque j'aurai mon titre comptable
j'aurai cinquante-cinq ans
et que je n'aurai pas encore pratiqué
puis cette envie qui me vient d'enseigner
moyennant un doctorat
qui prendra un autre quatre ans
m'amenant à soixante ans
et n'étant plus à cet âge
employable par une université
avec tous les avantages conférés
aux professeurs titulaires
puisque je serai si proche de l'âge de la retraite

bref

une chance que j'ai lu hier le billet de marc
qui se sent aussi jeune qu'un jeune
et qui me rappelle que cette fougue
ne s'estompe pas avec les années
mais rend plutôt
la vie encore plus urgente

me vient avec l'âge une certaine sagesse
qui me fait réfléchir et calculer
et qui me rappelle
que c'est bon d'avoir des objectifs ambitieux
mais que le chemin pour y parvenir est encore plus important
apprécier la qualité du chemin
faire les choses pendant que je les fais
et non afin de me rendre à destination

parce que soyons honnêtes
je risque peut-être une crise cardiaque
au local DS-4375 de l'uqam
dans les prochains mois
ou de m'endormir de fatigue
pendant un examen
quoi que cela me soit vraiment arrivé
alors que j'avais vingt-sept ans
tout est possible je ne suis plus une pousse verte

ma chère ma'
a obtenu un diplôme d'enseignement à soixante ans
elle avait travaillé en californie
comme assistante enseignante sur demande
et ça lui avait fait aimer le métier
une fois son diplôme obtenu
elle n'a pratiqué qu'un an comme professeur
car l'emploi venait avec pleins d'autres responsabilités
rendant le poste aussi administratif
que passionnant

je ne pense pas qu'elle regrette d'avoir consacré
quelques années de sa vie
à aller prendre des cours
je suis sure que non
je ne l'espère pas
et elle est encore vivante
plus que vivante
à soixante-quinze ans
même si elle ne travaille plus
s'il y a une femme qui apprécie les détours
c'est bien elle

mais bref

peu importe comment cela s'insère dans mon plan de vie
qui dit qu'à cinquante-cinq ans
je me construis une cabane dans le bois
et travaille à temps partiel
et qu'il me faille donc ramasser des sous pour ce faire
je suis émerveillée de me rendre compte
qu'on n'arrête pas de rêver
ni de se penser invincible

et que ça
c'est un maudit plan de vie
qui nous garde en vie

on peut ben mourir après.



la photo : en 2015, à l'école secondaire riverview, n.b.
la direction, les enseignants et les étudiants
ont créé une semaine thématique harry potter
et transformé leur cafétéria à l'image
de la salle à manger de Hogwarts
vidéo ici.

samedi 7 janvier 2017

hardiesse



elle nous visite plus facilement
quand on essaie quelque chose d'inconnue
plutôt que lorsqu'on essaie quelque chose
que l'on considère depuis longtemps
de tous bords tous côtés
et envers laquelle on a développé
telle ou telle crainte

comme la fois où un matin glacial
j'ai demandé à l'homme-chat
comment je partirais un feu dans le foyer
plutôt que d'attendre après lui
que ça devienne d'office sa tâche
parce que je ne l'avais jamais appris

ça impliquait nécessairement du feu
une hache pis du bois
je ne savais pas si j'avais peur
si j'allais être capable
si j'allais foutre le feu à la cabane
bref je ne connaissais aucune des conséquences
j'ai pris le taureau par les cornes
et ai appris à faire le feu dans le foyer
sans conséquence autre que de me mettre au chaud
et de maintenant savoir comment faire
et de savoir également qu'il me reste à apprendre
à utiliser une hache
à être forte pour la manier habilement

ou comme la fois où j'ai commencé
à utiliser la scie ronde
en ayant la crisse de chienne de me couper
puis j'ai appris à l'utiliser adroitement
même qu'une fois j'ai coupé son fil électrique
en la manipulant trop rapidement
ou à utiliser le banc de scie
et tous les autres équipements électriques
lourds et qui sont trop souvent représentés
dans les films d'horreur

ou la fois où j'ai parti le barbèque
ben quoi
vous faites ça fréquemment vous
moi j'ai déjà eu un chum
dont le toupet a pris en feu
en partant un barbèque quand on était jeune
la hardiesse ne revient pas si vite dans ces cas-là

la hardiesse est la chienne de la chienne
l'outil qui débarre la paralysie
elle est la fille de la nécessité
née du besoin de survie
je l'accueille toujours
quand elle se présente spontanément
et j'ai vraiment envie
de l'utiliser souvent dorénavant.