samedi 25 mars 2017

fugacité



ma vie est un embranchement
un réveil ignorant
fruit du seul hasard
fonçant vers la mort
en ne sachant pas plus
où mène l'autre route

ma vie n'est pas bataille
elle est une suite de gestes
des rituels insensés
qui escamotent la beauté

ma vie est aveugle
elle a si peu de temps
pour attraper l'essence
les effluves organiques
l'héritage
la civilisation
la science
la technologie
la littérature
l'art
l'architecture
et la mathématique

ma vie ne sait pas où aller
elle sait seulement avancer
avec des indications abstraites
une voix qui lui parle
d'abysalles entrailles

ma vie ne sait rien des autres
elle est un peu superflue
elle ne se lie ni aux fleurs
ni aux parfums de celles-ci
quand par hasard elle s'arrête
pour contempler ses semblables
ma vie sourit mais sans savoir

elle n'a pas d'existence
elle est diaphane
elle va disparaître
sans grand souci ni dégât

ma vie passe
elle est sans conséquence
rien ne sert donc de l'alourdir
avec de graves importances.


samedi 18 mars 2017

la ferme



je me demande ce qu'être fermé le samedi
a en commun avec la ferme
d'ailleurs il n'y a pas de lion à la ferme
il faudrait que je fouille dans antidote
ou wikipedia y a-t-il encore un larousse
je veux dire en ligne tu sais
qui m'expliquerait l'étymologie
du verbe fermer

il n'était pas question de fermer ce matin
sous prétexte de me lever tard
ou de manquer de choses à dire

j'ai une certaine fierté à tenir ce blogue
et à y pointer régulièrement
comme à la ferme où tout est orchestré
comme un ballet russe
malgré les aléas de la nature
mais réglé quand même au quart de tour
à la technique pomodoro

donc pas question de fermer ce matin
loin d'être une obligation une cassure
le fait de coucher dans l'univers une centaine de mots
pendant une heure le matin
est plutôt une hygiène de vie
une façon de tisser des liens
là où on n'en verrait pas normalement
le fait de tracer un sentier
dans le champ allant de l'étable à l'écurie
juste du fait d'avoir mis le pied
dans une mare bouetteuse

il faut y être
just show up qu'ils disent
ensuite on verra

il y a toujours au hasard de l'action
un embranchement
comme les très beaux de pierre-léon
ceux qui nous sont encore inconnus
une chatte qui accouche dans l'étable
des oeufs chaudement pondus
ou de la sève qui coule

la ferme
non
on ne la ferme pas
pourquoi donc
plutôt que d'être béant à la vie
à la nouveauté et aux pensées modernes
qui ne sont pas nécessairement enrichissantes
mais toujours symptomatiques
de l'air du temps
lécher son index et le lever
sentir le zeitgeist
puis le tremper dans la crème

j'ai essayé d'être ouverte hier soir
et d'apprendre les nouveaux mots
que les convives prononçaient
lorsqu'ils m'expliquaient l'existence
de groupes auxquels appartenaient
des gens qui prenaient des positions plutôt radicales
mais je ne me souviens même pas des termes utilisés
j'étais un peu fascinée mais plutôt fatiguée
j'ai décidé que je m'y fermais
et qu'il n'y avait là pour moi aucun intérêt
rien qui vaille de mon temps chronométré
ni même errant
rien qui puisse me faire évoluer
pour les cinquante années qu'il me reste à pointer
du coup je me suis sentie vieille
comme quelqu'un qui s'était fermé
et qui à défaut de savoir ce qui se passait
s'était retranché dans ses convictions
et qui serait rapidement dépassé

je me suis dit que ces phénomènes
étaient marginaux et si spécifiques
qu'ils ne valaient pas la peine
qu'on ne peut pas tout savoir
mais voilà le hasard ne les a pas mis sur ma route pour rien
il faudra que j'en comprenne un peu plus
des gens vont naître et vont mourir
et pas juste naturellement
il y a beaucoup de haine ces temps-ci
on disait que les réseaux sociaux la nourrit bien

la vie suit son cours
mais prend des fois des chemins un peu sombres
dans l'univers des humains
elle leur fait dire des choses cruelles
penser des aberrations qui divisent plutôt qu'unissent
il faut savoir que ça existe
comprendre même superficiellement
ne pas rester fermé à ces réalités
mais pas que

il faut aussi continuer à vivre
en restant connecté
avec le plus profond de soi
ce qui est biologique
et spirituel
pas ésotérique
mais spirituel dans l'essence de nos vies

au moins les moutons les brebis les cochons
et autres trucs qui groinent
les plumés qui piaillent
ils ne racontent pas la haine
ce n'est pas à eux que l'on crierait
la ferme!

samedi 11 mars 2017

femina


polly jean harvey

je suis une fille je suis une femme
j'ai peigné pleuré peiné
me suis parfumée
j'ai séduit j'ai enfanté
j'ai nourri j'ai aimé
j'ai travaillé
j'ai jardiné décoré enjolivé
j'ai illuminé et donné

je suis une fille je suis une femme

depuis toujours j'ai évolué
parmi les filles et les garçons
les femmes et les hommes
dans la lumière et non dans l'ombre
dans une vie ouverte et bienveillante
avec le port altier
et la dégaine d'une rock star

je n'ai jamais souffert de mon sexe
les hommes ne m'ont jamais intimidée
ni écrasée ni violée
je n'ai donc jamais senti le besoin
de me battre pour faire valoir mes droits
ne me sentant pas diminuée
par rapport à eux

je dirais même que j'ai passé
une grande partie de ma vie
sans avoir grande conscience
de la condition féminine dans la société
proche moyenne ou lointaine

jusqu'a récemment
j'ai pensé que le combat féministe
était un combat ancien
très digne d'avoir été mené
de la même nature que les soldats canadiens
avaient donné lors de la deuxième guerre
un combat du passé envers lequel
j'étais reconnaissante

l'air ambiant me dit qu'il en est autrement
que plus je m'intéresse aux autres
plus je comprends que la majorité
n'est pas aussi privilégiée
qu'il y a de la violence et de la hargne
qu'il y a d'importants clivages
et j'haguis les positions sectaires
les retranchements sociaux

en mûrissant avec les années
je sais que mon être intérieur refait surface
je comprends que la vie a un sens
je le sens dans mes tripes
les parties profondes de mon identité
être une fille être une femme
être chinoise être mère
être une artiste être travaillante
se manifestent et veulent se camper
je ressens le besoin de définir ces identités
de les comprendre et les appréhender
d'une manière universelle

peut-être parce que je suis rendue là
j'ai reçu
je redonne

mais je ne vais pas crier
ce n'est plus le temps de crier pour moi
c'est le temps de faire du bien
parce que les femmes font le bien.


samedi 4 mars 2017

dossier complet



je veux me faire exorciser
le gène de l'abandon
celui qui me fait mourir en plein coeur de l'action

mais en douceur siouplait
avec effluves de lavande
et sans que je reste poignée
sur le sillon du disque où ça fait mal
où c'est douloureux
où je découvre un morceau de moi
qui soit vraiment honteux
et que je veuille abandonner
mes cinquante prochaines années

je ne voudrais pas non plus me faire soigner
et devenir demain une superachiever
qui ne pense qu'à tout terminer
et à gagner à n'importe quel prix
qui ne dort plus et devient ultracompétitive

le gène de l'abandon
oui celui qui vient me chercher
chaque fois que l'effort me coûte un peu plus cher
celui qui me fait révolter dès que je n'aime plus ça
celui qui me fait arrêter de courir en plein entraînement
des fois même en pleine course
la voix qui me dit d'abandonnner les études en beaux-arts
parce que je ne serais pas aussi bonne
que ceux qui m'entourent

vous savez ce dont je parle
vous l'avez lu dans le portrait de châtelaine
qui se termine sur ce fameux trait de caractère

celui qui permet de mettre en relief un regret
ce à quoi j'ai renoncé

quand je cours
ce gène de l'abandon me défie
je ne comprends pas pourquoi je n'arrive pas à le vaincre
d'où il vient et pourquoi il est en moi
il me cause un trouble de l'opposition
me met en colère contre tout encouragement
ne reviens pas en arrière me chercher avec une tape sur l'épaule
je vais t'envoyer promener même si tu as les meilleures intentions
si j'en ai envie je vais abandonner
et du coup la seule issue possible est l'abdication
la carotte n'est pas assez grosse
pour l'effort que cela me demande
il n'y a aucune conséquence négative
je n'ai pas de gun s'a tempe
alors je choisis souvent l'alternative
de fuir de partir de faire autre chose
plutôt que de me forcer et de terminer

je finis quand même plein de choses
et pas juste mes assiettes
mais je n'ai pas un parcours parfait
et même si ces abandons ne me dérangent pas
dans l'ensemble de ma vie
j'haguis m'avouer faible
et j'aimerais franchement
être capable de courir et de me dépasser
sans me rappeler tout le temps
que je suis une lâcheuse

sans me remémorer ces dossiers incomplets
mon bac en beaux-arts
mon permis de moto
les deux années à faire plein d'argent
pour l'entreprise ontarienne
mon triathlon mon demi au scotia deux mil seize

j'aimerais me débarasser de ce caractère infantile
du ça me tente plus de jouer
j'abandonne
je donne ma langue au chat
je vaux mieux que ça

je veux faire un rebirth
et comprendre pourquoi je suis si douillette
et que si tu me pousses le moindrement
je veuille te tuer
pourquoi comme la chatte dont on tire la queue
je deviens méchante
c'est pas fin ni pour moi ni pour mon entourage

je ne suis pas de nature à l'introspection
et à fouiller en dedans
comme tout le monde j'ai mes bébites
et je ne tiens pas à les remuer
je fonctionne très bien dans l'action
et suis mentalement équilibrée

mais ça me ferait du bien
parce que ces temps-ci
ces unfinished qui m'envahissent
m'emplissent d'urgence de colère et d'aigreur
pis dieu sait que ma vie n'a pas ce loisir-là.