samedi 28 avril 2018

ligne de vie


(image sans crédits volée sur un site web)

voici ce qui m'occupe ces jours-ci
et qui fait que je ne suis pas parlable
non parce que je sois devenue asociale
mais que je manque de temps

j'ai un contrat de jour dans une agence
de neuf à cinq avec trente minutes pour luncher
et deux pauses de quinze minutes
j'ai accepté le contrat
pensant qu'il se qualifierait pour un stage
à l'intérieur du vingt-quatre mois obligatoire
pour obtenir le titre de cpa
je ne sais pas encore si ça va marcher
mais j'adore ce contrat
j'y trouve bien mon compte
ça me donne un coup de pouce financièrement
j'y aide des gens au quotidien
et j'ai du plaisir dans une équipe
avec une chef d'équipe
qui est plus une mère-poule
qu'une boss

les soirs et les week-ends
je m'occupe de mes clients
ceux que je n'ai jamais sollicités
mais qui ont accouru dès qu'ils ont su
que j'allais travailler les chiffres
que je saurais m'occuper des leurs

et depuis janvier j'ai refusé quelques clients
j'ai prévenu les miens que je n'en prendrais pas d'autres
j'ai gardé la crème par manque de temps
et c'est parfait

j'ai donc laissé les moins bien organisés
en arrière
tant pis pour eux
ce sera toujours tant pis
pour les moins organisés
dans la jungle de la vie
il faut un minimum de discipline
un minimum de volonté
pour sortir du marasme
faut pas se complaire dans son propre bordel
(j'haguis les pleutres)
et surtout ne pas utiliser le prétexte que
tu sais je suis un artiste
on est comme ça nous autres
jamais à l'heure
comme si c'était futile d'être rigoureux
comme si la création te donnait un passe-droit

moi aussi je suis une artiste
et je suis fichtrement bien organisée
faque va chier
si tu veux travailler avec moi
sois à la hauteur
(fin de l'éditorial)

ce week-end après le brunch de fête du frérot
je vais clore les dossiers fiscaux
de mes clients pour entamer
leurs affaires d'entreprises dès le mois de mai

et le week-end prochain
je débute mon deuxième cycle en compta' à l'université
avec des cours le samedi
et les lundi et mercredi soirs

j'essaye d'avoir sept jours de congé cet été
entre ma session scolaire d'été et celle d'automne
mais ça ne sera pas simple à l'agence
que veux-tu
c'est si prometteur un poste d'entrée
à la fonction publique
on peut bien faire quelques compromis

mais bon
il faut faire des choix
et ces jours-ci je ne suis jamais sûre des miens
car je suis fatiguée à outrance
et ne pas avoir le temps de penser
est très périlleux dans mon cas
car je ne suis plus très jeune
et si je mange mal
manque de sommeil et de temps pour l'exercice physique
je peux en tout temps voir trouble
et vouloir me calisser
sous les roues du train

je suis la première à dire
qu'on peut choisir sa vie
et je me demandais cette semaine
pourquoi je ne choisissais jamais la plus simple
et je pensais sérieusement
souffrir d'un complexe d'infériorité
qui me pousse sans arrêt à vouloir prouver
que je suis meilleure que les autres

je ne suis pas heureuse de moi
ce n'est pas suffisant
j'ai un orgueil mal placé

et puis jeudi je pose les yeux
sur la chronique de nicolas langelier
dans le dernier nouveau projet
et je comprends tout
à tout le moins
je suis touchée

il me manque certainement de participer
à quelque chose de plus grand que moi
je n'ai pas besoin d'être meilleure que les autres
je n'ai pas besoin de m'essoufler ainsi
comme une bonyenne
et crever avant le temps
j'ai besoin de m'investir avec la communauté
sentir que j'aide
je veux faire partie d'un tout qui est plus ambitieux que moi
j'ai besoin de savoir qu'ensemble
tout est possible
et qu'on avance

mais je manque un peu de courage
je n'ai pas envie de pédaler seule
je n'ai pas envie de mener
ni de mobiliser
je lâche les bras au lieu d'aller à la rencontre
et de faire lever la pâte

alors je fais lever la pâte
dans la cuisine du palace
dans mon ordinateur
dans ma calculatrice
dans mon emploi du temps

pour combler ce grand vide sidéral
qu'est le manque d'un projet commun
un projet qui fait une différence
qui fait avancer l'humanité
plus que celui d'obtenir un titre en comptabilité

j'espère quand même que lorsque j'aurai
complété mon estique de titre de comptabilité
vers mes cinquante-cinq ans
je sois finalement en symbiose
avec mes valeurs et mon environnement
et que je participe davantage
à la progression d'un tissu social
plus intéressant

je sais déjà que mes fils le font à leur tour
mais j'aimerais bien encore
jouer dans cette terre
qui est la nôtre
et que je souhaite comme tous
vouloir rendre meilleure.

lire le petit dernier 
toujours pertinent
qui m'aide constamment à réfléchir.

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