samedi 12 juin 2021

focus




alors que je rêvais récemment
des grands espaces et de nouveauté
la levée des restrictions sanitaires
me donne le vertige
et me met à nouveau au défi
de rester moi-même

j'aimais être encadrée
et confinée à un périmètre 
qui limitait ma dispersion
et la perte d'énergie
ne pas pouvoir faire telle ou telle chose
comme voyager par exemple
me forçait à me concentrer
sur la multitude d'autres choses
que je pouvais faire 
en cercles concentriques
à partir de moi-même

lire les livres à la maison
fabriquer des produits utiles
jardiner sur le balcon
rencontrer les voisins
visiter les régions proches
travailler et étudier
me concentrer
avoir du focus
économiser

l'ouverture des restrictions
et bientôt des frontières
me disperse à nouveau
et devant ces possibilités infinies
mon agenda se remplit
de millions d'activités inutiles
mon portefeuille s'évente face aux dépenses à venir
et c'est le grand retour
du mal que j'étais si heureuse
de voir reculer en mars vingt vingt

le manque de temps
le manque d'argent
le gaspillage éhonté des ressources

l'homme-chat a envie de revoir des gens
de sortir de voyager
nos désirs divergent

moi
je veux juste le calme
me grounder pour une fois dans la vie
arrêter de tourbillonner et m'étourdir
de disperser toute ma poussière d'or dans l'air
alors que j'en ai besoin 
pour fabriquer et construire
un sens dans ma vie

il m'est impossible de tout faire
d'être partout et de tout voir
j'ai besoin des oeillères du cheval
j'ai besoin de me concentrer
je ne peux pas me dépenser à tous vents
je veux conserver mon énergie
je veux vivre vieille
en toute simplicité
au lieu de brûler
comme une chandelle

il n'en tient qu'à moi de me réserver
et j'ai le privilège de pouvoir choisir
chaque joule que j'économise
en est une de plus pour l'univers

conserve energy
conserve energy
conserve energy.


samedi 5 juin 2021

obiter dictum

 


ma copie du code civil
date de deux mil six
à l'époque où je faisais un cours
de droit immobilier
dans le cadre d'un des certificats
ayant contribué à mon baccalauréat
sur douze ans à hec montréal

mon code civil est nouveau
et remplace
le code civil du bas-canada
qui était en vigueur au québec
depuis mil huit cent soixante-six
mais il n'est pas assez récent
pour inclure l'article
huit cent quatre-vingt-dix-huit point un
datant de deux mil quinze
qui nous informe enfin
que les animaux ne sont pas des biens

j'aime le droit
j'ai toujours aimé le droit
ma chum geneviève qui l'aime autant que moi
dit que c'est parce que nous sommes des balances
et que nous recherchons la justice

c'est bien possible

j'aime lire la loi
j'aime décortiquer les dispositions
pour les comprendre
pour les interpréter
je serai peut-être une bonne fiscaliste
j'aime la nomenclature des lois
la façon dont les codes sont structurés
en livres
en titres
en chapitres
en articles
en paragraphes
en alinéas

j'aime la ponctuation
pas ici
mais dans les lois
elle y est critique
pour faire parler le texte

j'ai toujours travaillé avec la loi
car dans ma carrière de banquière
nous financions des acquisitions
et devions toujours réviser
des contrats d'achat
des baux commerciaux
des nantissements
des actes de fiducies
des garanties hypothécaires immobilières
et plus récemment
des hypothèques mobilières et des hypothèques ouvertes
et leurs inscritions au rdprm

j'aimais lire mais aussi rédiger
et pendant un semestre j'ai même fait 
un cours de secrétariat juridique
au collège de secrétariat moderne
alors qu'il logeait dans un édifice appartenant
aux petites soeurs des pauvres
sur rené lévesque ouest

en deux mil six
lorsque j'ai quitté après dix-huit ans
ma première job en financement
pour aller faire tourner
des ballons sur mon nez
mon patron du même âge que moi
m'informait qu'il allait quitter aussi
pour aller faire un bacc en droit

j'étais un peu jalouse

j'ai eu des cours de droit
par la suite par ci par là
aussi durant mon mba

mais quinze ans plus tard
je ne vais pas décider d'entamer un bacc en droit
même si j'en ai la capacité
car je n'ai plus le temps
que j'aime consacrer aux études
je vais plutôt terminer ma maîtrise en fiscalité
et continuer à fouiller dans la loi
car c'est la nature de mon travail à l'agence
de la déchiffrer
dans ses sections
dans ses livres
dans ses articles
dans ses paragraphes
dans ses alinéas.


samedi 29 mai 2021

réveillée


pic ivanoh demers radio-canada

dès que l'homme-chat a su
que les terrasses allaient réouvrir
il a invité nos amis
à se joindre à nous
au resto du quartier

ils ont tout de suite accepté

et c'est ainsi qu'hier soir
avec très peu de degrés ambiants
mais beaucoup d'enthousiasme
nous nous sommes rencontrés
à une table à pique-nique
à distance respectable
de quelques dizaines d'invités
illuminés de banderoles de lucioles
et que nous avons veillé
dans une atmosphère festive
au-delà du remisé couvre-feu
jusqu'à ce que fatigue s'en suive

je ne savais pas que cela me manquait
je n'ai fait aucun excès
j'étais juste bien et heureuse
d'être parmi d'autres
de sourire aux inconnus qui partageaient
ce mini bain de foule
de voir notre ami restaurateur
et toute sa brigade
en cuisine comme au service
échevelés de courir partout
mais excités et soulagés
d'avoir survécu
à quinze mois de restrictions
qui ont coûté des fermetures et des pertes d'emploi
à nombreux de leurs pairs

nous sommes passés au travers
de cette première secousse
nous respirons un peu
profitons du moment

je n'étais pas anxieuse face au déconfinement
mes habitudes de vie ne changeront pas
je ne serai pas moins sauvage
ni plus sorteuse
mais j'aime aller au restaurant
et j'aime retrouver ce privilège

je ne suis pas préoccupée
du fait que la ville sera plus populeuse
et plus bruyante
oh que non

les seuls fois où j'abhorre les foules
c'est lors d'un coquetel
ou un tournoi de golf professionnel
où je ne connais personne
et où je cherche désespérément
à identifier un visage familier
puis à m'y coller pour le restant de l'activité
car je suis mortifiée de gêne
ou encore lorsque je suis dans un commerce
pendant les heures de pointe
comme tout le monde
cela m'excède
je perds patience

or tout cela n'est pas le résultat
du déconfinement ou de levées de restrictions sanitaires
je ne suis nullement contrainte
à ce genre de situations

je suis plutôt heureuse
de retrouver une montréal estivale
avec ses abords de cafés et restaurants
bondés de gens qui échangent 
avec les rues qui ne sont plus habitées
uniquement par des gens en transit
entre une commission rapide ou une autre
et qui n'ont pas le temps d'errer
ni même de saluer
les voisins les commerçants les itinérants

j'aime lorsque la ville s'anime
et de pouvoir profiter en temps de loisir
des commerces qui ouvrent
de m'asseoir à une terrasse
pour siroter un café
en regardant le monde passer

j'aime faire partie
de ce mouvement fluide
de la ville animée
et de rentrer chez moi
lorsque j'en ai assez

c'est vraiment apprécié
d'en avoir la possibilité
ce privilège n'est pas acquis
il faut le saisir
avant qu'il soit passé.


samedi 22 mai 2021

orgueil

 

pic : louise savoie pour châtelaine

il y a quelques semaines
j'ai dû annoncer à mes clients
que mon employeur n'acceptait plus
que j'aie des activités rémunérées de comptabilité
et que je devais cesser ce travail sur le champ

j'étais mortifiée à l'idée
de devoir annoncer subitement
cette mauvaise nouvelle

ce travail accessoire que j'avais débuté en deux mil dix-sept
à mon retour aux études à temps plein
et que j'ai poursuivi en commençant
mon emploi à l'agence en deux mil dix-huit
a occupé tellement de mon temps et de mon énergie
que je le pensais important et complexe
et je ne pouvais pas imaginer
qu'il puisse être remplacé si facilement

heureusement j'avais récemment
débuté l'élaboration d'une liste de pairs de l'industrie
recommandés par des amis
pour référer tous les clients potentiels
que je devais refuser
depuis le printemps deux mil dix-huit

j'étais alors moins genée de dire à mes clients
au revoir tout de suite sans préavis
mais voici quelques recommandations
et n'hésitez pas à me mettre en contact
avec votre nouveau professionnel
pour exécuter un transfert fluide
de votre dossier

étonamment tout s'est déroulé sans heurts

personne ne m'en a voulu
à tout le moins ouvertement
personne ne m'a crié après
en me reprochant de les avoir mis dans le trouble
des clients m'ont remerciée
pour le travail accompli
d'autres ont tout de suite entrepris
la recherche d'un nouveau comptable
certains m'ont demandé des détails
pour bien comprendre la nature du mandat
à confier au prochain
et d'autres ont même évalué
s'ils pouvaient faire eux-mêmes une partie
de ce que je faisais

je me suis fait demander par deux clients
si les comptables référés
connaissaient leur domaine d'activité respectif
ce à quoi j'ai répondu
que ça n'avait créé aucune différence
dans mon travail de comptabilité
et que tous les professionnels étaient en mesure de comprendre
les particularités de certaines industries
dès lors qu'on les leur expliquait

même si l'on est expert dans un domaine
en faisant quelque chose de particulier
ce que je croyais être moi-même
on n'offre en fait que très peu de différenciation
et on est facilement remplaçable
sous d'autres modalités

je le sais
j'ai moi-même quitté de nombreux emplois
pour faire quelque chose de nouveau
pour stimuler mon esprit
et la vie a continué ailleurs après mon départ

mais c'est à chaque fois
une grande leçon d'humilité

il faut juste faire du mieux chaque jour
et apprécier la valorisation que l'on reçoit en retour

il n'y a rien d'extraordinaire à ce que l'on fait
la vie est composée de gestes simples
que l'on accomplit avec amour et labeur
et l'humain a appris à s'adapter
pour poursuivre son chemin
lorsqu'on l'oblige à changer

et bas l'orgueil.


samedi 15 mai 2021

patrie


pic : thierry dubois


un soir d'hiver de deux mil-six
au hasard d'une promenade en voiture
nous avons vu une petite shoe-box
sur la rue de normanville
que nous avons vite fait d'acquérir
et de rénover pour qu'elle soit habitable

c'est à ce moment
que nous avons commencé à vivre
dans la petite-patrie

au milieu du vingtième siècle
avec sa grande artère commerciale sur la rue saint-hubert
c'était un quartier ouvrier comme plusieurs autres
qui a toujours abrité de nombreuses familles
c'est encore le cas
et bien qu'elle se soit un peu embourgeoisée
dès le nouveau millénaire
la petite-patrie est très vivante
avec les enfants en ribambelles
qui crient et rient à tue-tête
et les chats qui croisent les chiens

l'homme-chat et moi ne sommes pas de nature sociable
et aimons une certaine intimité
depuis trente-deux ans
la ville m'a procuré cet anonymat physique
et j'adore cela
c'est ma façon de me sentir en sécurité

cela prend du temps avant que l'on s'implique
dans une communauté plus large
que le simple immeuble dans lequel on habite

nous vivons dans la ruelle beau dommage
depuis maintenant sept ans
exactement dans le quadrilatère de la petite patrie
ainsi nommée par claude jasmin
dans sa série des années soixante-dix

tranquillement nous avons tissé des liens avec nos voisins
et participé à des corvées et fêtes annuelles
comme nous n'avons plus d'enfants à la maison
nous nous mélangeons
moins organiquement avec ceux qui nous entourent
il y a évidemment les amis que nous connaissons
qui vivent dans la ruelle
mais avant l'arrivée du printemps
et l'animation de nos cours et les ruelles qui les relient
on croise très peu de monde
on vit dans nos chaumières

j'ai très hâte à demain
alors que je ferai corvée
avec d'autres voisins un peu plus éloignés
à quelques rues d'ici au chsld
dans le cadre des projets participatifs citoyens
conçus à l'invitation de notre arrondissement

ce programme en est à sa troizième année de réalisation
notre milieu de vie a été créé cette année
alors que de nombreux résidents
ont manifesté le désir de s'y impliquer
pour le rendre plus agréable à vivre
plus vert plus sécuritaire
avec un soutien financier de la ville

je ne sais pas si c'est l'effet de la pandémie
le fait que de nombreuses personnes travaillent à domicile
ou le fait que d'autres se sentent plus isolées
qui donnent autant d'entrain à mes voisins
mais nous n'avons pas moins de neuf projets en marche cette année
et je suis si heureuse de m'engager dans ces projets avec d'autres
que j'en ai même perdu la gène
d'aller à la rencontre de parfaits inconnus
ce qui me mortifie d'habitude très rapidement

ce sera vraiment gai et stimulant
et tellement valorisant de faire ma part
c'est un moyen efficace pour m'attacher davantage
à ma petite-patrie.

samedi 8 mai 2021

envol

 

amelia

ce blogue est une prison

des fois je n'ai pas envie d'écrire
mon absence ne serait pas humilité
mais acte de défiance

à moi qui aime le confort des rituels
ce serait le pire pied de nez
que je m'enverrais
de manquer ce rendez-vous hebdomadaire
avec la routine

l'homme-chat a toujours été un esprit libre
il n'aimait pas planifier
il tolérait l'impromptu
lorsqu'il le provoquait
et si d'aventure on voulait le surprendre
il se pouvait qu'il s'évapore
qu'il ne soit pas au rendez-vous
il filait entre les mailles

insaisissable

c'est l'effet de la pandémie
qui agit sur moi
et me donne cette envie du changement

je ne veux pas un retour en arrière
surtout pas
je n'ai jamais envie de revenir
comme avant

j'ai envie d'une autre vie

d'être ailleurs
de recommencer
avec un nouvel horizon
d'explorer un paysage
un bord de lac
une nouvelle toiture
un ciel d'ailleurs
et des sensations cutanées fortes

juste fuire
encore

toutes les prisons.


samedi 1 mai 2021

bon sens

 

jugement dernier xvi
barthélémy toguo 2011


j'ai des ennuis avec mon stage de cpa
dont l'ordre ne veut pas reconnaître
les derniers douze mois
parce que selon ce qui est écrit
dans ma description de tâches
cela ne rencontre pas
toutes les compétences techniques
exigées par la profession
je comprends que l'on veuille s'assurer
de n'accueillir dans le club
que des praticiens compétents
c'est dans l'intérêt public
et j'en suis la première rassurée

mais dites-moi qui pratique en même temps
au quotidien
toutes les compétences requises par son métier

il va falloir que je leur parle
de mes presque trente ans de finance
au service des entreprises
de mes stratégies sectorielles
développées pour les banques
avec l'analyse et la gestion du risque
l'évaluation du portefeuille
les tendances industrielles
la stratégie de gestion et la stratégie de développement
avec projections budgétaires et rentabilité quinquennales
il va falloir que je leur parle
de ma pratique de gestion comptable
qui ne fait pas partie d'un stage supervisé
mais qui par ailleurs
me garde les deux mains et l'esprit
bien ancrés dans la comptabilité de gestion
il va falloir que je leur parle
de tous mes cours de comptabilité
dans le cadre de mon bacc et de mon mba
en plus du parcours académique du cpa
il va falloir que je leur rappelle
que j'ai passé l'examen final en deux mil dix-neuf
dès le premier essai

l'ordre veut valider
que je sais ce que je fais
que je ne bafouerai pas le titre de cpa
et que j'en serai une légitime représentante

la vie n'est pas simple
quand on essaye de l'encadrer
et qu'on juge de compétences
à travers la lorgnette de deux ans d'emploi
c'est quelque peu réducteur
et même lorsque le bon sens nous dit une chose
les matrices décisionnelles
demeurent statiques
et ce sont les règles
qui je me doute
permettent d'assurer une évaluation équitable
pour tous les candidats

je ne peux même pas imaginer
le désespoir et la frustration
des immigrants professionnels
qui tentent d'obtenir des équivalences
pour pratiquer leur métier
et être utiles à leur société d'accueil

bref
entre vous et moi
j'espère que le bon sens prévaudra.


samedi 24 avril 2021

ressentir

 


cette semaine
j'ai eu des émotions
j'ai même pleuré plusieurs fois
et quand ça m'arrive
j'appelle cela brailler

comme s'il s'agissait d'une faiblesse

je n'avais pas pleuré
depuis août deux mil dix-neuf
au décès de brooklyn
ou à peine
une à deux fois depuis
en regardant un film triste

samedi dernier
après avoir désherbé le bac de plantes
dans la ruelle
le chat et moi
avons partagé un verre et du saucisson
avec nos amis voisins
chaque couple de notre bord long
du bac de plantes
mesurant plus de dix pieds
ce sont des amis très proches
avec qui on n'avait pas pris le temps
de partager un moment
depuis plus d'un an
ça m'a rendue heureuse
pendant plusieurs jours

lundi ou mardi j'ai lu une nouvelle triste
et j'ai pleuré
un midi je suis allée voir ma boulangère préférée
et j'avais envie de la prendre dans mes bras
j'ai pris ses mains gantées dans les miennes
en guise de câlin
j'ai pleuré dans l'auto en revenant
hier j'ai parlé à mon amie geneviève
et j'ai prolongé l'appel
juste pour entendre le son de sa voix
j'avais le moton dans la gorge
pendant tout l'appel

je pense que je manque de contacts humains
même si au quotidien je ne le ressens pas

chaque interaction réelle
crée chez moi
un tsunami d'émotions

bien sûr je vois l'épicier
et tout son personnel
bien sûr je vois le barrista
le pizzaiolo et le pâtissier
il m'arrive même de leur sourire
et de leur parler
de leur donner ma carte de crédit
bien sûr je salue le nettoyeur
chaque fois que je passe devant sa boutique
et lorsque je vois jean-françois
devant son restaurant
je m'arrête quand je peux ou je lui envoie la main
de l'autre côté de la rue
bien sûr je vois mes collègues
en visioconférence depuis que
j'ai un ordinateur portable avec une caméra
c'est un peu comme une conversation animée
bien sûr je croise mes voisins
dans la rue ou la ruelle
bien sûr j'envoie la main à mélanie
quand je passe devant la fenêtre de son bureau
bien sûr je crie bonjour
à patsy quand elle passe dans la rue

et bien sûr
je parle et j'embrasse chaque jour
l'homme-chat qui m'accompagne
dans ce huis presque clos
en trio avec carlito

c'est clair que je ne suis pas ermite
même si je pensais l'être un peu

le manque de contacts humains m'endurcit
et la fontaine de mes larmes se tarit
mais mon corps et mon coeur se souviennent
malgré moi
du bonheur d'échanger avec des gens
et ils pleurent de joie ou de tristesse
chaque fois que cela arrive

ma mémoire émotionnelle
me surprend

je ressens.


birdy est un de mes films préférés
et sa trame sonore est bouleversante.

samedi 17 avril 2021

fortitude


matriarche moso
photo de karolin klüppel


j'ai souvent dit que je vivrais
jusqu'à cent trois ans
et c'est en observant la longévité
de ha' ma'
que je me permettais d'affirmer cela

lorsque je m'imaginais vieille
je pensais aussi vouloir être vigoureuse
comme une alice cole qui court
ou une sorcière marchant dans les airs

depuis j'ai ralenti mes ardeurs
je veux toujours vieillir
mais paisiblement
à l'instar de ma'
autour d'une vie simple
avec moins d'amplitude
mais plus de fortitude

je l'ai dit samedi dernier
je suis un peu fatiguée
j'ai envie de prendre le temps
d'absorber
ce qui s'est passé
dans les cinquante-trois dernières années
j'ai besoin de faire le point
et arrêter de filer en avant
pour fuire et progresser

je n'ai plus besoin d'avancer

je veux me déposer
comme un cep de vigne
mettre le pied en terre
m'ancrer
et porter fruit

mûrir
en toute tranquilité
donner vie
en toute humilité

apprendre à devenir
moins aérienne
atterrir sur la terre ferme
aimer ma vie

et me crisser du reste.

le zeitgeist de joblo d'hier ici



samedi 10 avril 2021

ouï dire



ça va je vais bien

le beau temps me donne de l'élan
chaque jour passe et je l'occupe
et je m'occupe
en ne me décourageant pas 
devant la montagne de travail
en la gravissant une pierre à la fois
je sais que j'y arriverai
je ne me mets pas en colère

je vois des photos d'amis
qui se font vacciner
on exhibe sa patch comme un trophée
en région il manque de vaccins
ou de plages horaires 
ou de personnel pour les administrer
je ne sais pas
qui sait

et dire que je n'ai pas fait vacciner mes fils
ni mes chats
au-delà de leur premier rendez-vous
celui pris pour faire acte de présence
juste après leur naissance
par peur qu'ils ne meurent
et dès qu'ils ont continué à vivre
je n'y suis jamais retournée

la mort n'effraie plus personne
mais la maladie oui
la déchéance la souffrance
on s'est endurci
combien sont devenus plus forts
dans la dernière année

j'ai reçu une grosse enveloppe hier
qui a dû coûter vingt-cinq dollars
à assembler remplir adresser et affranchir
pour me demander de faire un don
je l'ai jetée à la poubelle

le voisin vend ses nouveaux chatons
quatre cents dollars
je suis restée bouche bée
la parturiente n'ayant même pas un an
une belle petite chatte toute rose

il y avait des gens dans le parc hier
des parents avec des enfants
un barbeque
de la boisson et des adultes cognant leurs verres
en faisant tchin tchin
sans couvre-visage aucun

le monde est dingue
la révolution est à nos portes
pas la guerre
woodstock
le non-respect du couvre-feu
un aléa de non-conformité
des difficultés à rappatrier les derniers traineux
mangeant leur glace
sur la place publique

l'été sera chaud
le printemps l'est déjà

cette pandémie nous change

certains font des jardins
ou commencent à élever des poules
l'homme-chat ne veut ni abeilles
ni poules ni moutons
aucun animal
s'il ne le dit pas en majuscules
il le dit certainement en italique
s'il n'a pas eu d'enfants
il n'aura pas d'animaux
il ne veut pas se lever
à quatre ou huit heures du matin
et être attaché à une ruche ou une cage
à nourrir ou nettoyer
bref
il préfère une pelouse à tondre
ce n'est pas qu'il n'aime pas les bêtes
c'est qu'il les aime trop
il ne sera l'esclave de personne

ce bélier

moi
donnez-moi n'importe quoi
et je m'en occupe sans y penser
afin que je ne succombe pas à mes péchés
ceux qui viennent me visiter en grappes
durant les rêves de l'aube

je suis un peu fatiguée
le soleil ne brille pas encore ce matin

je retourne me coucher .